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JOURNAL ASIATIQUE
CINQUIÈME SÉRIE
TOME l\
JOURNAL ASIATIQUE
RECUEIL DE MÉMOIRES
D'EXTRAITS ET DE NOTICES
RELATIFS A L'HISTOIRE, A LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES
ET A LA LITTÉRATURE DES PEUPLES ORIENTAUX
PAR MM. BAZIN, BIANCHI, BOTTA, CAUSS1N DE PERCEVAL, CHERBONNEAO, D'ECKSTEIN
C. DEFREJJERT, L. DUBEUX , DULAURIER
GARCIN DE TASST, GRANGERET DE LAGRANGE , STAN. JULIEN
HIRZA A. K.ASEM-BEG, J. MOIII. , S. HDNK, REINADD
L. AU. SÉDILLOT, DE SI.ANE , ET AUTRES SAVANTS FRANÇAIS
ET ÉTRANGERS
ET PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE
CINQUIEME SERIE
TOME IX
PARIS
IMPRIMÉ PAR AUTORISATION DU ,. 'ÏÎVPI.N I.H h \1
A L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE
M DCCC LVII
P3
K
Sel. 5
+ .9-10
JOURNAL ASIATIQUE.
JANVIER 1857.
RECHERCHES
SUR
LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN,
DANS SON RAPPORT AVEC L'HISTOIRE DE CETTE ILE,
PAR M. EUGÈNE BURNOUF.
Madame Burnouf ayant bien voulu me permettre de choi-
sir, dans les papiers de son mari , les morceaux qui pourraient
intéresser les lecteurs du Journal asiatique, je publie aujour-
d'hui un mémoire qui a été lu, par l'auteur, à l'Académie
des inscriplions et belles-lettres , dans les séances du 2 1 et
du 26 mars i834- Ce travail devait servir d'introduction à
une série de mémoires sur l'hisloire de l'île de Ceylan , série
qui n'a pas été achevée, parce que la découverte des ma-
nuscrits buddhistes du Népal, par M. Hodgson, fournit à
M. Burnouf les matériaux d'un travail plus général sur l'his-
loire du Buddhisme, dans la seconde partie duquel les mé-
moires sur l'île de Ceylan devaient trouver leur place na
turelle. On sait que le premier volume de ce grand ouvrage
a paru sous le titre d'Introduction à l'histoire du Buddhisme
indien, mais que la mort prématurée du savant auteur a in-
terrompu la rédaction du second volume, qui devait traiter
du Buddhisme du midi de l'Inde. Nous ne pouvons malheu-
reusement plus chercher, dans les matériaux immenses accu
0 JANV1EK 1857.
moles par M. Barônnl qjm ce qui te prétr < un. |.iil>lu-ataM
posthume. Le mémoire que je fais imprimer aujourd'hui
traite des noms ancien» de l'Ile de Ceylan ; il a reçu aa rédac-
tion définitive. Le manuscrit est une copie faite par le copiste
ordinaire de M. Burnouf. qui a corrigé ce travail de sa main .
le copiste a seulement laissé en blanc le texte de quelques pas-
sages en pâli dont M. Burnouf donne la traduction. L'auteur
aurait, sans donte . ajouté les testes quand il aurait préparé le
manuscrit pour l'impression. Ce premier mémoire devait être
suivi d'un second, dans lequel fauteur H-, niait la géogra-
phie ancienne de l'ile, et essayait d'en reconstruire la carte
i -le fixer les localités des noms de villes, de montagnes et
de rivières qu'il avait rencontrés dans les chroniques singha-
laises et les livres pâlis. Je n'si pas encore réussi a découvrir
ce mémoire, qui pourtant a dû être terminé. J'ai trouvé une
liste considérable de noms de liens extraits du AaW/eva/i et
du Makàtatùsm. et qui sonne probablement l'appendice dont
M. Burnouf parle page 9. Je continuerai la recherche du mé-
moire, et, at je le retrouve . je m'empresserai de le publier
avec la carte; ai je ne réussis pas. j'aurai à voir si la I
que j'ai en main peut paraître séparément.
I M.
i\rh<> m
La olisn v.itiou> (lotit s. oompOMot < <■ nr
cl eetu qui doivent le suivre ont été rassemblée»
(>< iidint n des rat 1 que j'ai entreprise»
sur a religieuse el civil, <|. (., Jai». l.-tudc
des trois chroniques singlialaisos publiées récemment
'•n rVngieterre celle du texte même du lldateata,
du Thùparaihsa et du RâdjaiaU, ouvrage» dont je
possède (l«- nonnes copie», en me fournissant de»
matériaux nouilu.ux pour I liMoin- »*t la geograp
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 7
de cette iie, me fit bientôt apprécier l'insuffisance
des cartes actuelles de Ceylan , sous le rapport de la
nomenclature et de la géographie comparative. Je
reconnus que les noms de plusieurs lieux qui avaient
joué, à des époques anciennes, un rôle important,
avaient disparu de nos cartes, et que plusieurs de
ceux qui s'y étaient maintenus avaient été altérés, -
soit par les transcriptions des voyageurs européens ,
soit par la prononciation singhalaise elle-même. Cette
dernière remarque s'appliquait surtout aux dénomi-
nations que je trouvais dans le Mahâvamsa, dénomi
nations qui sont , pour la plupart, d'origine sanscrite ,
et qui ont été quelquefois remplacées par d'autres
noms empruntés à la partie de la langue singhalaise
qui n'a rien de commun avec le sanscrit. Aussi ,
pour être en état de suivre le récit des faits dont
cette île a été le théâtre depuis le ive siècle environ
avant J. C. jusqu'au commencement du xvue, j'ai
dû déterminer d'abord avec exactitude les lieux où
s'étaient passés ces faits, en restituant leurs noms
anciens aux districts et aux villes qui les avaient per-
dus , et en rétablissant l'orthographe primitive de
ceux qui n'avaient été qu'altérés.
Ce travail, que je n'avais regardé que comme un
accessoire de mes recherches à une époque où j'es-
pérais trouver plus de secours dans les cartes euro-
péennes , a pris un tel développement , qu'il m'a paru
nécessaire de le présenter à part et d'en faire la hase
et le préambule des mémoires que je consacrerai à
l'histoire des Singhalais. J'en ai consigné les résul-
8 JANVIER 1857
tab sur une carte de llie de Ccylan , faite pour >«
.1 I liMom- ie oettl He . Ml M qu'elle rend .1 -
m tiers, aux districts, aux villes et aux autres h
les noms mêmes qu'ils portent dans les chronique»
1 tes en pâli et en singhalais que j'ai citées tout A
l'beure.Les noms qui désignent les montagnes et les
m ieres , et , en général , tous ceux qui se rapportent
à la géographie physique de 111e. ont été rétablis
également d'après les mêmes autorités. Mais ces
noms, qui sont d'ordinaire plus à l'abri des révolu
11 '-us qui affrètent la géographie politique, se sont
conservés à Ccylan presque sans al'
ngements qn ru devoir faire en «
v cartes m n'ont •té. pour la plup.»
»lr simples rectifications orthographiques.
Pour que la carte qui accompagnera le second
m. -moire atteignit le but sjm )•■ me proposais, sa-
1 de rétablir, à l'aide de l'histoire, b géographie
ancienne de Ceylan , je devais y placer tous les noms
de lieux qui figurent dans les chroniques singha-
toises, avec leur synonymie moderne, toutes les fois
qu'il était possible de la déterminer avr< 1 • 1 nuide.
Je ii "t'gligé pour obtenir ce résultat; mais
je dois dire que mes efforts ont été quelquefois
fructueux, et q«i« l< >me ou l'obscurité des
textes que j'ai eus à ma disposition m'a souv-
dans l'impossibilité de fixer, m. ni. «lu aère
approximative . la position d'un certain nombre de
lieux indiqués par le Wuhâcamsn le Râdjavali.
Il est vrai que c !, plus sou-
SUK LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 9
vent, que sur des villages ou des endroits peu con-
sidérables. Des cartes plus détaillées que celles que
je possède m'eussent peut-être permis de retrouver
un grand nombre de points inconnus, ou même
d'en fixer quelques-uns par conjecture; mais, limité
comme je l'étais dans mes moyens de comparaison ,
je me suis interdit les hypothèses, avec d'autant plus
d'attention que j'aurais eu plus souvent besoin d'y
recourir. Je n'ai donc admis sur ma carte que les
noms de la position desquels je pouvais me croire
certain ; et j'ai mieux aimé m'exposer au reproche
de pauvreté , que de faire parade de richesses sus-
pectes. Cependant, comme une industrie plus ha-
bile pouvait faire un meilleur usage que moi des
matériaux inédits qui sont à ma disposition, j'ai
conservé , dans un appendice , les noms de lieux qu'il
m'a été, jusqu'à présent, impossible de replacer sur
la carte. J'ai indiqué la source à laquelle je les avais
puisés, les circonstances qui nous les faisaient con-
naître; enfin, j'ai présenté quelques conjectures sur
leur rapport à l'égard des lieux voisins dont la po-
sition est rigoureusement fixée.
Ce serait sans doute un travail fastidieux que de
relever un à un les noms que présentera cette carte ,
et que d'indiquer dans tous leurs détails les raisons
qui m'ont décidé à rétablir telle dénomination jus-
qu'ici inconnue, ou bien à corriger tel nom dont
l'étude des textes m'a permis de rectifier l'ortho-
graphe. Il est cependant, entre ces deux ordres de
dénominations, une distinction à faire, et il est la-
Il JANVIER 1857.
|. ; i on est obligé tle fournil phn de
■HOVi quand ou introduit un nom nouveau que
quand on en corrige un ancien. Cette considéra
i • nd nécessaires quelques éclaircissements sur les
noms de provinces et de villes qui n'ont . jusqu'à
présent, paru sur aucune carte. J'en prendrai occa-
n d'eiposcr les difficultés qui rest. ni i m-ora sur
|m. Iques lieui considérables. Le but spécial que je
m « • su is proposé dent ces recherches tracera la marche
que je devrai suivre; et. au lieu <Texi
des provinces et des villes dans l'ordre que l<
•saigne Lui uiportanee actuel!- attacherai i
faire connaître chacun deux è mesure qu'ils se pré-
senteront dans l'histoire. Ainsi je commencerai par
e\an i s noms sous lesquels 111e de Ceylan a
anciennement connue, soit penn I. s Indiens
du continent, soit parmi les Singhalais eui mêmes :
ce sera l'objet d'un premier mémoire. Je passerai
ensuite eu revue, dans un autre mén
des districts et des villes . en m attachant de pr«
i< h v <|iii ont joué, dans l'histoire de cette
île. un rôle considérait*
PREMIER MÉMOlii
SOS LIS «OMS ANCIENS DE L'ILS Dt CS1
Une circonstance remarquable dans la geogra-
phii- .mm i. «me de Ceylan. c'est !«• nombre i
versité des noms sous lesquels vo\i>- il .1 h.
<!<• toute antiqtaîté Les normes mythologiques des
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. II
Brahmanes de 'l'Inde septentrionale l'appellent rT|T
Langkâ ou Langkâdvîpa (île de Langkâ), et, sous ce
nom , elle occupe une place considérable dans l'his-
toire héroïque de Râma, qui passe pour en avoir
fait la conquête. Selon le plus grand nombre d'au-
torités, le nom de Langkâ est, à proprement par-
ler, celui de la ville capitale où résidait Ràvana , et
ce n'est que par extension qu'on l'applique à l'île
entière. D'autres pensent, au contraire, que Langkâ
n'est pas Ceylan, mais une île voisine, qu'on peut
apercevoir des côtes de Ceylan. Cette divergence
d'opinions , jointe à la grandeur démesurée et à la
position très-méridionale de Langkâ, selon les Brah-
manes, a fait croire à Wilford que Langkâ était ia
presqu'île de Malacca , dont le nom peut n'être qu'une
altération de celui de Mahâlangkâ, «la grande Langkâ.))
Mais ce rapprochement, qui paraît favorisé par la
ressemblance des mots Lacca et Langkâ, n'est pas
appuyé d'assez de preuves pour qu'on puisse l'ad-
mettre sur la seule autorité de Wilford , qui le donne
sans citer aucun texte. Sans chercher si loin l'île de
Lamfkâ , on peut remarquer que la tradition singha-
laise suppose que la ville capitale de Râvana était
placée dans l'intervalle qui sépare Manar de Tuta-
eorin, sur une portion de terre qui, comme nous
le dirons tout à l'heure, passe pour avoir été sub-
mergée par la mer, lorsque l'île de Ceylan fut sépa-
rée du continent indien. Rapprochée de l'opinion
de ceux qui croient que Langkâ n'est pas Ceylan,
mais bien une île visible de Ceylan, cette tradition
I.' JANVIER 18*7
donne à penser que Langkâ, désignant, dans le pnn
cipe, la capitale de Ràvana, était ou une Ue voisine
de l'extrémité du continent indien, ou un lieu situé
• Lus la partie septentrionale de Ceylan . et dont V
nom aura été appliqué plus tard à la localitt-
cette il*-.
n'est pas aussi facile de concilier ces té-
moignages avec l'opinion des géographes indiens,
qui font passer leur premier méridien à Lan I
effet, comme ce méridien peser aussi par < »
(anciennement ^yiMl idjdjayani), l.ungkâ, selon
cette projection, do portée à l'ouest de <
lan1. Pour sauver cette dii'
pensent que Ltngkà avait autrefois une plus grande
étendue vers l'ouest que n'en a Ceylan de nos jours.
b vont jusqu'à dire qu'elle occupait la douzième
partie de l'équateur. Une opinion aussi erronée n'au
tait pas le droit d'occuper la critique . si elle ne rap-
pelait celle des anciens . qui n'ont possédé que des
notions peu exactes ssjf I «tendue de Cey lan. quand
ils l'exagéraient, comme Kratostbène et llippar<|
de l'est à l'ouest, ou. comme IHolémée. du nord au
sud. Ce rapprochement permet de supposer, ou que
les Brahmanes ont emprunté cette opinion aux ( irecs,
ou que les bjbj Mpi voyageurs, dont les données ont
mises en œuvre par les géographes d'Alexandrie,
avaient rapporté de llnde cette notion sur la pro
jection de Ceylan. Il ne nous appartient pas de
1 W. Joue». Gram oj ImJ la Cantal./, <W Asiat. l'.r, i III
p. 44. rdit. in-8*. Londres, i*-
SUR LA GEOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 13
cuter une question aussi difficile; nous remarque-
rons seulement que W. Hamilton , auquel on doit la
meilleure description de l'Inde qui existe, donne,
jusqu'à un certain point, l'appui de son autorité à
l'hypothèse des Brahmanes, quand il avance que
«appearances hetween it (Ceylan) and the Maldives
«tend to justify the belief l. » Sans doute, ce savant
géographe , qui paraît avoir emprunté cette opinion
à sir VV. Jones2, ne veut pas dire que Ceylan ait ja-
mais eu l'étendue de trente degrés de l'est à l'ouest,
que lui supposent les Brahmanes, et il ne prétend
pas, d'après un témoignage aussi vague, qu'une île
de cette étendue ait pu être réduite , depuis les temps
historiques, à ses proportions actuelles. Mais ce que
M. Hamilton est disposé à admettre, c'est que Cey-
lan peut avoir fait des pertes du côté de l'ouest, soit
par une invasion subite, soit par des empiétements
successifs de la mer3.
Or, les traditions singhalaises nous l'ont connaître
quelques événements qui semblent justifier cette
opinion. Le Hâdjavali nous a conservé le souvenir
d'une inondation partielle qui, sous un roi de Ku-
lyâni, aurait submergé, ce sont les termes de la ver-
sion anglaise, cent villes de celles que l'on nomme
Patunagam, neuf cent soixante et dix villages de pê-
cheurs et quatre cents villages habités par des pê-
1 Hamilton, Description of Hindostan , vol. II, p. 5o2.
1 W. Jones, Grant of land in Carnata, dans Asiat. Res. t. III,
p. 44.
3 Cf. Voyages and Iravels of Lord Valentia, t. I, p. 333, édit. in-4°.
14 W>. || '. -
cheursuY perles, enlevant ainsi les onae douzième*
du territoire qui Tonnait le domaine du roi de Ka
fyâni. Avant cette epoqiu-. ajoute la chronique, la
mer était éloignée de - net de À
qui a eu autrefois une grande importance, et dont
le nom subsiste encore datai celui du village de Ca-
la** de la carte de Valenlyn. et dans celui de la ri-
vière Calany Gamao, qui te jette dan> :
olombo.
Qu'il y ait beaucoup d'exagération dans la légende
relative à cette inondation, c'est ce qui est trèe-
vraisemblable ; mais le fait en lui-même est pos-
rffcle, et la côte parait garder quelques traces des
envahissement* de la mer. Nous ne devons pea non
plus oublier que le cnroniqueuT en prend occasion
pour rappeler qu'une inondation pareille couvi
dans le Dsdaweraja, c'est-à-dire à une époque anaf-
li! tnnqur, tout l'espace qui sépare Ifanâr de Tuta-
eorin. espace où se trouvait située la forteresse de
Hàvana. Ainsi . l'aspect de cette mer basse et coo-
iles avait inspiré aux Singbaiais la même con-
qu'aux voyageurs européens, et les ennui i
queurs s'appuyaient sur cette idée d'une ancienne
invasion de la mer vers le nord de Ceylan. pour
justifier le récit ri une inondation analogue arrivée
l>lus tard sur une autre partie de la côte. Or. de pu
• ils événements ont pu se renouveler plus d<
fois; et peut-être faut-il attribuer au souvenir pajfaaj
laissé dam la mémoirt des Singbaiais les empiéte-
n uts (le la mer. cet! ion de Mareo-Pdiov M
SUR LA GEOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 15
le vent du nord a submergé une grande partie de
l'île, C'est du moins le sentiment d'un voyageur an
glais, M. Cordiner, auquel on doit une bonne des-
cription de Ceylan; seulement, je n'ai pas connais-
sance des observations astronomiques qui, selon cet
auteur, semblent confirmer la tradition singhalaise
relative à une diminution considérable de l'île.
Au reste, c'est une opinion qui paraît répandue
dans cette partie de l'Inde; car elle a également
cours, d'après Is. Vossius, à la côte du Malabar.
Selon ce savant, qui s'est servi, pour son Commen-
taire sur Mêla , des documents recueillis par les voya-
geurs modernes, les Hindous croient que Ceylan
était autrefois réunie aux Maldives , et que la mer,
abandonnant la côte du Malabar, se rejeta sur la vaste
terre de Langkâ, qu'elle engloutit. Peut-être Vossius
a-t-il confondu les Singhalais avec les Malabars de
la péninsule , attribuant ainsi aux derniers une opi-
nion qui n'appartient qu'aux autres : c'est du moins
ce que semble indiquer une expression peu exacte
de sa note1. Les traditions auxquelles semble faire
allusion Vossius se trouvent, en effet, dans Diogo
de Couto, qui ajoute même que les habitants les ap
puient du témoignage de leurs livres; et Valentyn ,
qui, dans sa grande Description de l'Inde écrite en
hollandais, copie en cet endroit de Couto, sans en
1 Malabarri Taprobanensium aborigènes. » Les Malabars ne
descendent pas plus des babitants de la Taprobane ou des Singha-
lais que ces derniers des Malabars, si l'on veut désigner par ce
nom les habitants originaires du sud de la péninsule Gxés en grand
nombre à Ceylan.
16 ' ANflll 1847.
avertir, les attribue également aux SinghaUis et non
aux Malabars '. Bal dan t> fixe mot ne a quarante m il
l'étendue du terrain que Ceylan aurait |> i s le
nord. Yossius, il est vrai, a bien fait ressortit
qu'il y avait d'exagéré dans l«>
espèce; et Mannert. s autorisant de son opinion, a
également renoncé à la conjecture qu'il avait ai
rieurenieut admise sur une diminution possible de
111e de Ceylan. Cependant, sans te servir, comme
paraît le faire de Couto . des opinions des Singha-
lais, pour rendre compte de la différence q
trouve entre la grandeur de eett «elle est
marquée par les anciens et celle qu'on lui connaît
actuellement, il est permis de croire, avec ^ Il
milton qu'il peut se tr<>' -me dans ces fables.
• m toi m i «I- | • rite.
Quoi qu'il en soit de la question que font naître
• t la croyance des Brahmanes M I m tension an-
.i.iin- .1. <.\l. m .. t |. ■ u..(liti..ii> A>> Sn.^li.il.iiv
mu |aj .iii|M.t.'iii.MitN dr i.i mer ra n.»nl n •■ EbfcjMft,
il n'en est pas moins certain que. quand les Brah-
manes parlent de Langkd . ils entendent , en général .
dési vlan. Ce nom a également la même va
leur pour les Buddhistes de cette Ue . et leurs livres
religieux • •• lu«t tiques, ceux surtout qui sont é< >
' VaJraftya a copie, prrsqm mm en rira retrancher, le
«lu lu I de ta t' décade de de Cooto. Compara ce chapitre (4. III
p. 67-81 de ledit, de 1779) a»ec les pagee 14-17 de la fi**carr
eimçt mm CtyUm, t. V de la collection de Valratyn. Voyei encore,
wr l'ancienne grandeur de Ceylao . daieeV Joàoit bmmt, «1er. III
LU, «.1,1 \ . p. 109. éd. 1777. in-8*.
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 17
en pâli , se servent indifféremment du mot Langkâ
concurremment avec les autres dénominations, telles
que Tambapanna et Simhala, mots dont nous parle-
rons tout à l'heure. La preuve de cette assertion se
trouve presque à chaque ligne du Mahâvamsa. Ce
nom n'est pas moins fréquemment usité dans la
langue singhalaise , où il a perdu sa nasale et où
il s'écrit Laka, que l'on prononce Lake. On le fait
précéder, d'ordinaire, du mot sanscrit 5ft çrî, écrit,
soit de cette manière, soit, selon l'orthographe du
pâli, siri, et l'on a ainsi le mot Çrîlaka ou Sirilaka,
qui, pour les Singhalais, remplace le Langkâ des
Brahmanes. On ajoute quelquefois à ce nom propre
celui de Dù>a-(île), de cette manière Lakdiva, mot
qui ressemble beaucoup à celui des Lacdives, mais
qui ne doit pas être considéré comme venant de la
même source ; car le nom des Lacdives est vraisem-
blablement dérivé du sanscrit Lakchadvîpa. Les or-
thographes Çrilangkâ et Srîlaka sont les plus usitées
dans le Râdjavali, et l'île de Ceylan n'y est guère
désignée autrement. Nous pourrions encore invo-
quer le témoignage des Siamois, qui, au rapport de
Barros, connaissent Ceylan sous le nom de Lancâ,
et qui disent qu'elle fut jadis réunie au continent in-
dien , ; mais les Siamois ayant reçu leurs traditions
religieuses des Singhalais, leur opinion n'aurait ici
1 «Os Pôvos do Reyno de Siâo, failendo délia, ihe chaman
*. Lancâ, e tein por memoria de suas escrituras que foi jâ conjunta
«com a outra terra firme do cabo Comorij.» (Asia de Joâo de Bar-
ros, dec. III, 1. II, c. i, t. V, p 1 10, éd. 1777, in-ft".)
ix. ■>
18 JANVIER N
|n.> peu de poids. Les autorités que nous venons de
citer suffisent pour établir que la dénomination <l<
Ungkâ. avec la modification légère que noua avoua
indiquée, a été uniformément adoptée par lea Sin-
ghalais comme nom de leur II*, et que n le
plus généralement admise dans l'Inde sur I applica
tion de cette dénomination prévaut aussi à Ceylau.
Ce aérait ici le lieu de rechercher quelle est la
signification de ce nom de iMngké, ou an notea de
déterminer à quelle langue il peut appartenir. Mai*
il en est de cette dénomination comme de la pin
part de celles qui désignent les anciens peupl
l'antiquité de leur origine lea dérobe aux recherc
de la philologie. Lea Brahmanes, rependant . ne font
pas difficulté de rattacher Ifl mot Lnngké à la langue
sanscrit. . iK le dérivent §m radical eTO laka
gnifiant obtenir, et ils disent que le nom de LangkA
indique « un lieu où l'on trouve le bonheur. » S
cette ct> mologie , Ungkâénpa devrait signifier « Ile
fortunée». oV nomination qu'eli avoir reçue
en considération de m fertilité et de aea riebeaaea
naturelles.
L'étymologic dea Brahmanes semble avoir été
adoptée aussi par les Singhalais; oar je la trouve
rapportée par Diogo de Couto. avec dea circona-
tanr lu ne sont pas toutes égalent
exactes. Cet auteur, dans un chapitre relatif à Ccy-
lan , remarquable pour l'époque où il a été rédigé .
dit que les ptomiOH conquérants d frappés
de la fertilité merveilleux du n<>I lui donnèrent le
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. IM
nom d'ile Lancao , ce qui signifie « paradis terrestre h »
Vossius, qui écrit ce mot Lamcab ou Lamca, le tra-
duit, sans doute d'après la même autorité , par « terre
sainte » , et pense , comme Barros , qu'il fut imposé ;\
l'île par Vigiaraia (Vidjaya Râdja). Nous nous ser-
virons plus tard de ce renseignement pour établir
que les Singhalais eux-mêmes reconnaissent l'an-
cienneté de la dénomination de Langkâ; il nous suf-
fira ici de constater que l'explication de ce mot, telle
qu'elle est proposée par les Brahmanes, est, aussi
bien que le mot lui-même, généralement admise à
Ceylan.
La seconde dénomination sous laquelle est con-
nue Ceylan , selon les traditions des Singhalais eux-
mêmes, est celle de <il$4M"l tâmraparna ou dliJLjUJT
tâmraparni, mot sanscrit dont le pâli a fait tamba-
panna ou tambapanni. H y a déjà quelques années
que j'ai fait connaître ce nom remarquable , et que
j'en ai cherché l'explication dans la langue sanscrite.
Les textes nouveaux que j'ai été à même d'examiner
depuis n'ont pas changé d'une manière notable mon
opinion à cet égard.
La publication du recueil de M. Upham et celle
du Dictionnaire singhalais de M. Glough, servent
cependant à préciser divers points qui pouvaient
rester encore douteux. Ainsi , on ne peut plus
3 «E pela grande fertilidade que achâram de tudo, puzeram
« nome a quella Hha Lancao , que he voqabulo que vem a respon-
«der as Paraiso terreal.» (Asia de Diogo do Couto, dec. V, I. I,
c. x, t. III, p. 48, éd. 1779, in-8°.)
comme je le supposais , que. dans les mois
pâlis tambapanna, tambapanni ou tàmbapannaya ,
comme le manuscrit siamois de la Hil.
tbèque impériale . les deux premières syllabes tamba
ou tâmba soient l'abrégé du mot sanscrit rïlMH
tâmbùla i feuille de bétel. * Clough. dans son 1 1
boni nghalais, écrit TAmbraparnm . cv dont l<
pâli fait Tambapanni, et il définit ce mot de la ma-
nière suivante : ■ L'un des noms de Ceylan , qu'on
lui a donné, dit-on, à cause de la grande quant
d'arbres a feuilles couleur de cuivre qui croassent
sur le sol de cette île. • Que ce soit là le véritable
motif pour lequel Ceylan a été ainsi nommée, c'est
nous ne voulons pas mettre, pour le mo-
ment, en question; mai- I orthographe singhalatse
du mot tâmbra, qui a le sens de caiset, et qui n'est
autre chose que le sanscrit eTIsT tâmra, prou
'I iitie manière définitive, que nous ne devons voir
dans le pâli tamba ou tâmba qu'une altération de
tâmra, qui a passé par le singhalais tâmbr
conclusion résulte également de l'exp du
Râijaratnàkari. Fn établissant, en effet, qur la h
diens du Bengale qui abordèrent les premiers à Cey-
lan. bâtirent une ville non iawmbra Paumée
Nawara (lises Tâmbrapâni), ou «la ville couleur de
cuivre » , dans un lieu où ils avaient remarqué que
la poussière était de la couleur de ce métal, la
chronique nous donne et Forthograpl tive
selon les Singhalais, et la signification propre du
mot dont le pâli a fait tamba. Enfin, nous savons.
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 21
d'une manière positive, que le pâli tamba n'est autre
chose que le sanscrit tâmra; c'est un point démontré
par l'usage que les textes pâlis font de ce mot pour
désigner ce métal, et je le trouve dans le passage
suivant du Thûpavamsa , passage qui ne peut laisser
aucun doute à cet égard : «Il fit élever au-dessus
une maison de fer et de cuivre. » Ajoutons que le
vocabulaire pâli, connu sous le nom de Abhidhâ-
nappadîpikâ , nous apprend que le mot tamba est em-
ployé à la fois comme substantif, et alors il signifie
cuivre, et comme adjectif, c'est-à-dire dans le sens
de couleur de cuivre. C'est ce qui est établi par le
vers suivant :
Tamba [au neutre] désigne une espèce de métal; avec les
trois genres, il signifie rouge (ou cuivré).
Ces textes nous servent encore à déterminer, d'une
manière précise, l'orthographe du mot Tambapaïuia
ou Tambapanni , et ils nous montrent que celle du
manuscrit siamois est moins exacte que celle que
donnent uniformément le Mahâvaihsa et Je Thûpa-
vamsa.
Cela posé , il ne reste plus qu'à fixer la significa
tion propre de ce mot de Tâmraparna ou Tâmra-
parnî, et, comme l'écrivent les Buddhistes quand
ils se servent du pâli, Tambapaïuia ou Tambapanni.
Et d'abord nous remarquerons que ces deux ortho-
graphes paraissent indifféremment usitées par les
Buddhistes de Ccylan. Tel ouvrage, comme le Ma-
hâvamsa, n'emploie guère que l'orthographe Tamba-
M JANVIER 1857.
pointa; tel autre, connu. 1. Ikùpavamsa, uretère celle
de Tambapanni. C'est . comme nous le dirons tout à
l'heure, une différence très-peu importante < t mu
n'affecte pas le sens du mot. On a déjà vu plus haut
que , selon Clough . les Singhalais croyaient que ce
nom avait été donné a Geylan à cause du grand
nombre d'arbres à feuilles couleur de cuivre que
produit cette ile. Le mot de Tâmraparna , qui se tra
«luit littéralement par « feuille cuivrée, • peut signi-
fier aussi «arbre à feuilles couleur de cuivre. • et
il est permis de supposer que ce nom désigne l'arbre
< MM en singhalais sous le nom de tdmbravrikcka
ou • l'arbre de cuivre, * nom qui, suivant le mène
auteur, indique Ma espèce de bois de sandaldun
ça foncé, appelé aussi tâmbd, c'est-à-dire camé.
Les lois de la composition des mots en sanscrit 1 1
dans les langues qui, de même que le pâli, en dé-
rivent immédiatement, permettent d'appliquer ce
nom. comme épithète, à une localité où croissent
des arbres à feuillet couleur de cuivre; de sorte que
Tâmraparna peut aussi convenablement désigner I il<
où abonde cette espèce d'arbre que ces arbres •
mêmes. Cette observation rend également coin
de l'orthographe Tambapanni ; car on doit croire QM
dans ce mot pâli , la voyelle finale remplace le suffixe
sanscrit de possession in. Le mot Tambapanni devra
d ne aussi se traduire par «qui possède des arbres
à feuilles couleur de cuivre , » ce qui est ex;i»
le sens de Tambapanna. Cette ranaïqm-. qui |-
ini passer pour minutieuse, a cependant pour l>m
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 23
de montrer que, si l'on voulait rétablir en sanscrit le
pâli Tambapcuini , c'est, selon nous, dl^Mfuftf *am-
rapamin (et au nominatif rH«M«iT ) qu'il faudrait
écrire.
Nous venons de justifier, à l'aide de la philolo-
gie, l'opinion de Clough sur l'origine du nom de
Tambapanna ou Tambapanni. Mais cette opinion n'est
pas la seule qui ait cours parmi les Singhalais. La
chronique déjà citée sous le titre de Râdjaratnâkari,
et le Mahâvamsa, nous fournissent une autre expli-
cation qui paraît être en contradiction avec celle de
Clough. Nous devons exposer cette tradition nou-
velle, et rechercher ensuite s'il ne serait pas possible
de la concilier avec celle que rapporte le savant
missionnaire anglais.
Le Râdjaratnâkari raconte que quand Vidjaya ,
fils de Simhabâha, à la tête de sept cents hommes,
eut pris terre à Ceylan , ses soldats se mirent à par-
courir l'intérieur du pays, et que, fatigués d'une
longue marche , ils s'assirent à terre. Après s'être
reposés, ils s'aperçurent que la poussière qui s'était
attachée à leurs mains était de la couleur du cuivre ,
et cette circonstance les engagea à nommer Tâmbra-
pârni Navara, ou «cité couleur de cuivre,» la ville
qu'ils bâtirent en cet endroit. Cette tradition , dont
les circonstances ne nous sont connues que par la
traduction anglaise d'un ouvrage dont nous ne pos-
sédons pas le texte, s'éloigne assez de celle que
Clough nous a conservée, pour qu'on puisse croire
qu'elle est puisée à une autre source. Je remarque-
14 1V1SI 1857.
rai, eu outre, que la version anglaise qu'on doi
l'interprète employé pa Johnston n'est pas
ni tout à fait exacte ; car. pour que les mots singha
lais qu'elle rappelle signifiassent « ville cou
• i livre, » il faudrait Tàmbra Suivra , ou Tâmkravûrna
Navara. Les mots reproduits par M. I j ' tan dans son
édition , ne peuvent se traduire >
leur de cuivre. • et, avec l'addition du mot navara,
\ille des mains de cuivre,* ou «des hommes aux
mains de cuivre. • Cette interprétation, qui s'ac-
corde plus complètement avec les autres détails de
la légende, achève de nous éloigner de l'explicat
de Clougli.
Devrons-nous en dire autant de celle qu'on peut
déduire du texte du Makâvamta, ou. plutôt, nous
sera-t-il possible de découvrir, dans l'analyse «lu
passage de cette chronique relatif à la légcn.l |
e , la confirmation de l'une des deux expi !
précédentes? Nous remarquerons d'abord que la
faction anglaise n'a conservé que de faibles traces
du récit de l'original, car on ne trouve, dans l'édi-
tion de M. I ipham, que ces mots : « Vidjaya bâtit
ensuite une ville de < . IH)„, dans Ja forct je fam.
manah», et plus bas: « il régna tranquillement pen-
dant trente-huit années dans la ville de Tammanak ».
Nous ferons voir, tout à l'heure, que Tammannah est
la transcription du mot qui. pour l< s
présente le pâli tamlxipannu. En adimttlant. QOflMM
établi, ce fait que nom I*- montrerons plus bas, il
en résulte qae la traduction augLi»* du Mulnivanua,
SLR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 25
au lieu de raconter les circonstances auxquelles l'île
de Cevlan doit le nom de Tambapanna, n'a conservé
que la mention de ce nom sous une forme très-
altérée.
Heureusement le texte pâli du Mahâvamsa est
beaucoup plus détaillé, et, quoique la brièveté du
passage que nous allons citer et la concision du
style dont s'est servi le chroniqueur puissent encore
laisser des doutes sur la signification de quelques
mots, on y trouve cependant des renseignements
que la version anglaise a eu tort de supprimer. Ces
renseignements sont contenus dans le septième cha-
pitre du Mahâvamsa , celui qui expose l'arrivée de
Vidjaya dans l'île de Ceylan, et la victoire qu'il rem-
porta sur les mauvais génies qui, selon la chronique,
y habitaient avant l'établissement de la colonie in-
dienne. Après avoir raconté la défaite des démons,
le texte ajoute sept vers que je traduis littéralement :
Ayant bâti une ville nommée Tambapanna, il y fixa son
séjour. Les sept cents hommes que commandait le roi, étant
arrivés [à Ceylan], étaient descendus de leur vaisseau sur le
rivage, épuisés de fatigue. Ils s'assirent, privés de force,
sur la terre, dont la poussière resta attachée à leurs mains;
il en résulta que leurs mains devinrent, en cet endroit, sem-
blables à des feuilles couleur de cuivre. Ce bois reçut, pour
cette raison, le nom de Tambapanna ou t feuille cuivrée ■; de
là, cette dénomination s'étendit à l'excellente île [tout en-
tière].
Si cette traduction est exacte, il en résulte que
la narration du Mahâvamsa s'accorde mieux avec le
36 vWIfcR 1*07
Hàdjaratiùkurt, qu'avec la légendedonnée par Clough.
Les circonstances principales de ce récit sont qui
les compagnons de Vidjaya s'assirent sur le sol , que
leurs mains, auxquelles 1s poussera s'était attachée,
mrent OMaVsj de cuivre, et que la colonie m
.luniu- .h prit u.r.iM.111 (!-• muet Bf lirii i'amba
patina. Mais j'avoue que les deux dernières circons-
lances sont obscurément rattsihéui Tune à l'autre
par le | toutefois y I interprète bien. La
I illimité porte seulement sur les mou tamUpaMat
tka aoaaivé. auxquels je crois pouvoir donner le
sens de m leurs mains fui -nd roi t. comme
des feuilles cuivrées. » Ces feuilles , auxquelles res-
semblaient les mains des soldats . après qu'ils les
eut appuyées sur la terre, sont peut-être celles
• l< l'espèce de sandal dont nous avons parle plus
haut; et cette supposition nous ramène indirecte -
ment à la légende de Clough. Je dis indirectement,
car Clough pense que le nom de Tambdpanna a été
donné a Ccylan. à cause du grand nombre d'arbres
a feuilles cuivrées que 111c produit, tanat que le
[UkêtaiiiMi n'indique ces feuille» que pour ooan
parer à leur couleur celle que le contact de la
poussière donna aux mains des compagnons de
\ iiljaya.
Mais comment a-t-on pu être conduit p
ind kart ton I muer le lieu où s'était passé celui
feuille de cuivre! I hv> que c'est l'endroit où les DM
des soldais du Bengale prirent la couleur parti
lui e bjd leuilles d'un arbre qui croit à C«*\ l.in n'est
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 27
ce pas une voie un peu détournée, et ne serait-il pas
préférable d'énoncer, comme semble le faire le Râ-
djaratnâkari, que cet endroit fut nommé Tambapâni,
ou « le lieu des mains couleur de cuivre»? L'ortho-
graphe Tambapanni se prête certainement à cette
explication ; car en pâli le mot panni peut, aussi bien
que pâni, désigner la main. Mais on n'en peut plus
dire autant de Tambapanna, où panna ne peut être
autre chose que le sanscrit parna « feuille ». Nous ne
sommes donc pas autorisé à substituer le mot main
à celui de feuille dans l'interprétation du mot Tam-
bapanna, tel que le donne le Mahâvamsa; mais nous
pouvons dire que le récit de cette chronique, quoique
un peu obscur, revient à celui du Râdjaratnâkari ,
et qu'il présente une allusion détournée à celui de
Clough.
C'est peut-être dans ce rapport de deux traditions
qui, considérées isolément, sont très-différentes l'une
de l'autre , qu'il faut chercher le moyen de concilier
Clough et le Râdjaratnâkari. L'île de Ceylan produit
une variété de sandal qui est appelée Tâmbravrïkcha,
et d'autres espèces d'arbres ou de plantes à feuilles
cuivrées, et qu'on peut désigner sous le nom de
Tambapanna. Voila le fond réel des explications
proposées d'un côté par Clough, et de l'autre par
le Mahâvamsa et par le Râdjaratnâkari. Celle de
Clough est plus simple et plus directe, il faut en
convenir, que celle des chroniques précitées; mais
cette dernière est donnée par deux ouvrages origi-
naux; et l'un des textes qui nous la font connaître
J8 \\\ ÎKR 1857.
est maintenant lt\t< .1 l.i . ritiqu.-, qui a
Me ; lier si le texte Im-même ne DOatiwI pu
autre chose que ce que j'y ai vu.
La discussion précédente a eu pour but de dcter-
min . r. avec la plus grande préei%ion que cela nous
était possible, l'origine et la valeur propre de lu
nomination de Tambapanna ou Tambapanni. J'ai cru
que l'ancienne célébrité de ce nom. qui est depuis
longtemps connu des Occidentaux, sous une forme
I» n (Itérée, me ferait pardonner la minutie des dé-
tails dans lesquels j'ai été obligé d'entrer. D'ailleurs.
il m'a semblé indispensable d'examiner avec soin
• me dénomination qui occupe, comme nous l'a lions
voir, une place considérable dans b géographie his-
<|ue de Ceylan.
Le passage du Makâvanùa que
duit ri-dessu» nous apprend qu'avant <i I -u>- I. 1
de Ceylan. Tambapanna fut celui de la pi • • ill.
qui ait été fondée dans cette Ile par le chef de la co-
lonie indienne \< mi* du Bengale. Cette ville. •
même, devait < d'après le même texte. à un
bois (kânana) dans lequel s'étaient arrêtés les soldats
\ idjaya. De la forêt, cette dénomination passa.
dit on, a la ville, de la ville à la totalité de l'île de
Ceylan: telle est la marche que trace le Mahâramsa
pour les appli< liions successives du nom de Tamba-
panna. La troisième des chroniques singhalaises 1
corde complètement avec les données du textfl |»àli;
mai> il < >t nécessaire de remarquer que le moi
Tambapanna v est ' «m<* manière telle, qw
SUR LA GEOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 29
l'on aurait de la peine à le reconnaître, si l'on n'avait
la certitude que le mot dont se servent les Singha-
lais pour désigner la première ville fondée par Vi-
djaya est bien , d'après eux , le substitut du pâli Tam-
bapanna. Déjà nous avons dit que la version anglaise
du Mahâvamsa nommait Tammanah la ville où Vidjaya
fixa son séjour. Cette orthographe est donnée avec
une variante légère dans le Râdjavali anglais, où
nous voyons que la colonie commandée par Vidjaya
prit terre à un port nommé Tammenne Tota, port
qu'une note de l'édition de M. Upham représente
comme un lieu où l'on passe l'eau (ferry), auprès
de Wanny. Nous essayerons, tout à l'heure, de dé-
terminer la position de ce lieu. Nous devons remar-
quer auparavant que notre manuscrit du Râdjavali
singhalais écrit ce nom Tœmmœnna Tôta, dans le
passage même qui répond à celui de la version an-
glaise que nous venons de citer, et Tammanna Tôta
dans un autre endroit. C'est, selon moi, cette der-
nière orthographe qui doit être préférée. Il est à
peine nécessaire de dire qu'on n'est pas en droit de
conclure du récit du Râdjavali qu'au moment où
Vidjaya prit terre à Ceylan, le port de Tammanna
existait déjà dans cette île. Il ne faut pas interpréter
ce récit à la lettre, et le texte veut seulement dire
que la colonie indienne aborda au lieu où se trouve
le port de Tammanna.
Cette interprétation s'applique également à un
autre passage du Râdjavali, où, après avoir raconté
les voyages successifs que fit, dit- on, Çakiamuni
30 JANVIER 1357
Buddha dans l'Ile de Ceylan pour y établir aa aV
trine. le chroniqueur ajoute qui huit jour» après
qae les mauvais génies ou habitants primitifs de I
eurent été exilés, par Ciàutama. dai nommée
depuis Yakain devina . sept cents d'entre eux se
tirèrent dans la forêt de Jammenawxnga . selon la tra
duction anglaise, et Tammœmma Vamaya selon le texte
original. Certainement cela ne veut pas dire que
cette forêt s appellait Tammammm Vamaya du
de Gàutama ; car. pour entendre le texte dans oe
il faudrait prouver d'abord , ce qui ne me paraîtrait
pas facile, que Gàutama soit jamais venu à Ceylan
Tout nous porte à croire, au contraire, que la forêt
de Tammamma Vamaya du HàdjavaU singhalais ev
bots où, selon le Mahâvamsa , se reposèrent les com-
pagnons de Vidjaya . et qui reçut d'eux le nom de
Tambapanna.
La même dénomination se trouve encore dans
celle de Tammanna Adawta, donnée par la tm
du RâdjataU au lieu où fut bâti un palais destiné à
célébrer le mariage de Vidjaya avec la reine des ha-
bitants primitifs de l'ile. Car la mot singhalais ad*'
w>a, que nous transcrivons d'après l'orthographe du
Râdjavali, n'est autre chose que le sanscrit dj|-iN
atavi « forêt » ou u bois » ; de sorte que le nom
Tammanna AHaviya du texte n'est autre chose que
ni de Tammanna Vanaya, que nous v« exa-
miner.
Enfin, elle est appliquée à la ville où s'établirent
Vidjaya et ses compagnons; seulement la traduM
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 31
anglaise nomme cette ville Tammenamwara , en alté-
rant un peu ce nom, que le texte du Râdjavali sin-
ghalais écrit Tammœnna Nuvara ou la ville de Tarn-
mœnna. Mais la traduction anglaise conserve plus
fidèlement l'orthographe de l'original, dans un autre
passage , où il est dit que le successeur de Vidjaya
quitta la ville de Tammanna Nuwara, et, selon le texte
singhalais, Tammœnna Nuwara, ou Tammanna Nu-
wara pour en bâtir une autre nommée Upatissa Nu-
vara.
Il résulte de la comparaison de ces documents,
empruutés au Râdjavali singhalais, avec ceux que
nous avons extraits ci-dessus du Mahâvamsa, que le
Râdjavali nous donne :
i° Une forêt nommée Tammanna, ou, avec la
modification très-légère d'une seule voyelle, Tam-
mœnna: c'est le bois de Tambapanna du Mahâvamsa
pâli;
2° Une ville nommée Tammanna ou Tammanna,
c'est la ville de Tambapanna du Mahâvamsa;
3° Un port nommé Tammanna, et, dans un autre
passage , Tœmmœnna. Or, quoique le Mahâvamsa ne
parle pas positivement d'un port de ce nom , on voit,
par le récit de cette chronique, que c'est non loin
du lieu ou débarqua Vidjaya que se trouvait le bois
nommé Tambapanna.
Nous sera-t-il possible maintenant de fixer le point
de la côte de Ceylan auquel cette dénomination fut
donnée par la colonie indienne venue du Bengale ?
Nous devons au moins tenter de le faire, et notre
32 JANVIER 1857.
recherche ne sera pas inutile, dut ailt ne nous don
iicr qu'on résultai approximatif; on • ll<- non» ap-
prendra de quelle partie de Ovlan est sorti
nomination de Tambapanna, pour s'étendre plus
tard à l'ile tout entière.
Les opinions des Cinghalais eux-mêmes, rel;i
ment au point de la côte où eut lieu le débartp
ment, semblent trtVpartagées, et Valent) n ne •
pas moins de cinq endroits entre lesquels on parait
hésiter. Ce sont : i* IVmbouchurc de la rivière Val -
levay. qui se jette dans la mer vers l'extrémité Ma*
est de l'ile; s* Mie de Manâr; 3* Mantote ou Ma-
tote; VCalpentin; 5* Trincomalé.
À ces cinq opinions, il faut ajouter celle de Diogo
de Couto1 , qui fait aborder Vidjay a en un port nom 1 1 1 •
Preatur Trincomalé et la pointe de Jafnapa
tam. Ce port de Prtaturé est vraisemblemcnt le
Varrnture de la carte de Valentyn t'<irtttva
de celle du capitaine Schneider, près de Puntoda»
as.
La première observation qui se présente . quand
on compare entre elles ces sis opinions diverses,
c'est qu'il n \ m a que deui qui se rapportent a la
••ntale de 111e : ce sont celles qui indiquent
l'embouchure de la rivière Vallevay ou Trincomalé,
comme les points de débarquement. La première
parait appuyée par le Râdjavali, celle des trois chro-
niques singhaiaises qui donne le plus de det
1 Asia de Dioçn fin Cmito. Arc. V. lih. I. cap. », t. Hl. p. 47. 4à
in-*", 1
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. o.">
1 établissement des Indiens du Bengale dans l'île de
Ceylan. En effet, la traduction anglaise, d'accord avec
le texte, raconte que, pendant que le vaisseau qui
portait Vidjaya faisait voile vers la contrée de Rune
Rate (dans le texte Runa Rata), les hommes qui le
montaient aperçurent , du milieu de l'Océan, la haute
montagne nommée Sumana Kûta Parvata, et qu'ils
prirent terre à Tammanna Tôta. Une note de l'édition
de M. Upham nous apprend que ie Runa Rata oc-
cupe environ le tiers de Ceylan au sud , et que Tam-
manna Tôta est un lieu où l'on passe l'eau (ferry) , aux
environs de Wanny. Or le Runa Rata (en pâli Roha-
narattha) est, comme nous le dirons plus tard, l'an-
cien nom de la côte sud-est de Ceylan , et c'est dans
cette province que la rivière Vallevay se rend à la
mer. Ce rapprochement donne, jusqu'à un certain
point, l'autorité d'un texte à la première des opi-
nions rapportées par Valentyn; car le terme même
dont se sert la version anglaise, ferry, terme qui est
la traduction du singhalais tôta, indique que le dé-
barquement se fit à l'embouchure ou près de l'em-
bouchure d'une rivière. Quant à Wanny, lieu auprès
duquel l'interprète singhalais place Tammanna Tôta,
les cartes qui sont à ma disposition n'en offrent pas
la moindre trace. C'est sur la côte du Runa Rata
qu'il faudrait vraisemblablement chercher ce lieu;
mais cette côte, qui est, de nos jours, une des plus
sauvages et des moins peuplées de l'île de Ceylan ,
n'offre aucun nom qui rappelle celui de Wanny,
lequel s'applique, comme on sait, à un district boisé
34 JANVIKR 1857.
qui ntérietrr des terre» * l'ouest
Trinromalé. En plaçant Tammanna Téta auprè>
WannN I interprète amghalai* entend, selon toute
apparence, parler d'un lieu situé sur la < non
rj'tii » aussi considérable et déjà .<
de la mer que relui de Wanny. S'il en était autre-
ment . et si . comme nous essayerons de le montrer,
le seul Wanny qui nous toit connu était designé
dans le passage que nous examinons en ce moment,
la mention de ce nom devrait nous détourner
chercher le lieu du débarquement de Vid java à l'em-
bouchure de la Yallevay; elle non» ramènerait, au
contraire, aux environs de Trinromalé, où nous
somme» déjà conduits par une des opinions qu m
dique Valenryn . et qu'appuient des renseignement»
qui seront discutés tout à l'heure.
ta difficulté que nous rencontrons M
vient peut-être du petit nombre de nos moyens de
comparaison . ne suffirait pas pour infirmer lui
moignage» du Rédjarali et de l'interprète smgusrlais;
et si l'opinion qu'il» nous font connaître était la
seule qui eût cours à Ceylan . il faudrait l'admettre,
quelque peu probable qu'elle paraisse quand on
l'examine de près. Sans doute, la mousson du nord
• dû porter un vaisseau partant du Bengale sur
la côte orientale de Ceylan. et !•• p la cote
où le débarquement doit avoir eu lieu a pu être
aussi bien au midi qu'au nord de l'Ile. Voilà pour-
quoi, parmi les Singhalais, les uns indiquent l'em
hure de la rivière Vallevav. d I
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 35
malé, comme, le lieu où vint aborder Vidjaya. Mais
ce qu'il n'est pas aussi facile d'expliquer, ce sont les
circonstances historiques qui se rattachent à une
seconde ville qui fut fondée non loin sans doute de
ce lieu, et qui fut, selon la chronique, le séjour du
second roi singhalais. Le Mahâvaiïisa et le Râdjavali
s'accordent à raconter que, Vidjaya étant mort sans
enfants, un de ses ministres, nommé Upatissa, occupa
le trône pendant une année, et qu'il fixa son séjour
dans un lieu nommé Upatissagâma, selon le texte pâli,
et Lpatissa Nuvara, selon l'histoire singhalaise, jusqu'à
ce que le neveu du roi Vidjaya vînt du Bengale avec
une nombreuse suite et s'emparât du pouvoir. Je ne
m'arrêterai pas à relever en ce moment les diffé-
rences légères que présente le récit assez développé
du Mahâvamsa , si on le compare à celui du Râdja-
vali. Je ne dois indiquer ici que les traits communs
de ces deux narrations, et surtout ceux qui ont rap-
port à la géographie. Or, en premier lieu , le village
de Upatissa est situé, d'après l'interprète anglais du
Mahâvamsa, au nord de Anurahde-Pura (Anarûdha-
para), ville ancienne, dont la position dans le nord
de Ceylan est bien déterminée. Ce renseignement,
il est vrai, appartient en propre à la traduction an-
glaise, et l'on ne le trouve pas dans le texte pâli,
où on lit seulement ce distique : « A la mort de Vi-
djaya, les ministres, en attendant l'arrivée des Kcha-
triyas (de l'Inde), s'établirent à Upatissagâma, et
gouvernèrent le royaume. » Mais on doit le regarder
comme une opinion admise parmi les Singhalais, et
3,
U \\\ IKK IH57
il est périma de luppoaer q«H n'a pas été1 iatroMl
dans la traduction du Makâramsa par le seul caprice
du traducteur. La version qu'on lui doit est asses
difl* " l'original pâli, pour qu'on puisse croire
(juclle se rapporte à m .mtre texte.
Mais si l'on admet, avec le Makâtxu'ma «ju.- |a
1 1 liage de l pat usa se trouve au nord de Anarddka
para , tandis que la ville de Tammanna est sur la cote
méridionale de Ceylan . il devient bien difficile de
comprendre les faits dont nous avons prétenté I
a l'heure le résumé. Comment croire que . dans l'es-
pace d'une année, le siège de la puissance d'une co-
lonie établie à Ceylan depuis trente-huit ans au pras
ail pu se déplacer du midi au nord et passer, de l'em-
bouchure de la Vallevay à la ville de Anarâdha , ssjj
en est éloignée de plus de cinquante lieues en ligne
droite? A en juger par l'étendue des bob impéné-
trables qui couvrent la plu» grande partie de Ceylan.
on peut croire que, quand les Indiens du Bengale y
abordèrent, les obstacles qui , de nos jours même,
rendirent la conquête de l'île si pénible I ar-
rêter longtemps leurs progrès. Pour qu'un déplace-
ment aussi rapide ait pu avoir lieu , il faut donc I
poser qu'il fut plus aisé que l'état du pays ne permet
de le croire, c'est- a- dire que le village de Upatism
et l'embouchure de la Vallevay étaient voisins I un
de l'autre. Or, c'est ce que la tarit* bon anglaise éa
Mahâvanisa contredit formellement , quand elle place
le village de Upahssa au nord de Anuradhapura.
Ce n'est pas tout, et un témoignage plus de
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 37
celui du texte même du Mahâvamsa,en rapprochant
la mention de Upatissaaâma, non pas de la Vallevay,
mais d'une rivière d'un autre nom, donne un nou-
veau degré de vraisemblance à l'opinion des Sin-
ghalais, qui cherchent au nord et non loin de Anu-
râdhapara la position de Upatissagâma. Selon cette
chronique, le plus jeune des neveux de Vidjaya,
nommé Panduvâsudêva, prenant avec lui trente-deux
ministres, s'embarqua pour se rendre à Ceylan. Ils
abordèrent, dit le texte, à l'embouchure de la rivière
nommée Mahâkandara. Là , ils demandèrent quelle
était la ville la plus voisine, et ils parvinrent jus-
qu'au village de Upatissa, protégés parles dieux.
Ce récit permet de supposer que le village de
Upatissa n'était pas fort éloigné de l'embouchure de
la rivière Mahâkandara ; car, autrement, s'il y eût eu
entre ces deux positions une aussi grande distance
que celle qui sépare Anurâdhapura de la rivière Val-
levay, le texte n'eût pas manqué d'indiquer que les
Indiens du Bengale avaient eu un long voyage à exé-
cuter dans l'intérieur du pays. Cette observation
nous autorise à chercher la rivière nommée en pâli
Mahâkandaranadî , c'est-à-dire « la rivière de la grande
vallée ou des grandes cavités » , dans la partie de Cey-
lan voisine de celle où est situé Anurâdhapura, ville
au nord de laquelle est placé le village de Upatissa.
Malheureusement, les cartes que je puis consulter
n'ont pas de rivière de ce nom, et comme l'inter-
prète singhalais a omis complètement les détails que
nous venons d'emprunter au texte même du Mahâ
SE JANVIEH 1857.
ramsn , nous sommes ici privés du secours de la Ira
durtion anglaise, qui nou>
synonymes modernes pour les anciens noms pâlis,
("m rencontre, il est vrai, sur la r<Ste nord-est, M
rmèrc .jiii porte, dans la carte de Davis, le i
Vfallekante Aar, celui de Nalle Malle hante .4 a r dans
«elle du capitaine Schneider, et A,- kmulekar dans
celle de Yalenlyn . qui la place un peu plus au sn.l
au fond de la baie de Cotiàr, mais la ressemblance
que l'on remarque entre les noms Afohàktmdarn et
Mallekantr âr est purement accidentelle, et ces déno-
minations appai Bl évidemment à des idiomes
divers. La finale âr est le tamoul àrm, mot qui si-
gnifie «rivière», et dont les Stnghalais ont bit dm,
«rui n'appartient peut-être pas primitivement à leur
pre langue. Au contraire, le mot kante ou kanée
le singhalais kanda • montagne ». et la réum
de ces deux termes forme le composé hybride «ri-
vière de la montagne. • L'idée de montagne est en-
core exprimée dans le nom de cette rivière tel qu'il
est tracé, sur la carte de Davis, par le mot malle
est vraisemblablement le tamoul malâi « montagne ».
ni. l'orthographe do capitaine Schneider, Nalle
'le, rappelle le nom de Natta Malla, donné à
une chaîne de montagnes qui s'étend an nord en
fleuve Krichna. sur la côte orientale de l'Inde. Ces
noms, que l'on trouve assignés à un Beat 16 qui coule
dans la partie de Ceylan où les Tamoul s si- sont
depuis longtemps établis, doivent être rapportes à
leur idiome national ; relui de Mahâkandara doit su
SUR LA GÉOGRAPHIE ANC1E.NNE DE CEYLAN. 3<J
contraire, se traduire par «rivière de la grande
vallée», et la comparaison de ces deux traductions
m'engage à penser que la Kandara du texte pâli, et
la Kande âr des cartes modernes , sont deux fleuves
différents.
Il est, en effet, dans ces recherches, une règle de
critique de laquelle on ne peut se départir sans dan-
ger. C'est qu'il ne suffit pas que les dénominations
que l'on compare entre elles présentent une analo-
gie de son plus ou moins marquée; il faut encore
que les éléments qui les composent se prêtent au
même procédé d'interprétation. Je dirai plus : quand
divers peuples se sont succédé dans un pays, quand
ils ont laissé sur le sol des traces de leur séjour, la
ressemblance de son qu'offrent entre elles les di-
verses dénominations géographiques que l'on ana-
lyse n'a plus aucune importance. Elle est souvent
même une cause d'erreur; car, en la prenant uni-
quement pour guide, on court le risque d'interpré-
ter par une langue des noms qui ne peuvent s'ex-
pliquer que par une autre. Cette remarque s'applique
sans restriction à la nomenclature géographique de
l'île de Ceylan, puisque cette île est, depuis des
temps déjà anciens, un lieu où des peuples de races
et de langues diverses semblent s'être donné rendez-
vous. Les noms des lieux ont varié avec les nations
qui s'y sont établies; et cette diversité, qui a passé
dans les traditions historiques, a couvert la carte de
Ceylan de dénominations de tous les âges et de toutes
les origines. Ainsi , à côté d'un nom sanscrit importé
40 i? im il
par la migi\iti"ii \»*nue du Bengali
un mot d'origine singhalaise. c'est -à -dire appui
nant à un dialecte qu'on peut supposer a\
celui des habitants primitifs de l'Ile. Souvt
deux éléments, que dans l'état actuel de nos connais-
sanoes. nous devons regarder comme radical* m. m
ili^iincts, se combinent pour former un compote
hybride. BoÉH la confaion est augmentée encore
par les mots purement tamouls, que les invasions
fréquentes, et les établissements des Tamouls et des
Malabars dans le nord de Ceylan ont répandus sur
cette partie de File. Or. dans le cas présent, la faci-
lité avec laquelle on peut expliquer par la langue
tamoule le Malle Kami* àr de nos cartes, est pour
moi une raison suffisante de renoncer à y
mot sanscrit kandara.
Cette rivière une !<■
il ne reste plus sur cette côte, en fait de noms of-
frant quelque ressemblance avec la Makdkandara-
nadi du Mahavamsa, que celui de l'étang de Candaly
ou Candelyc. Ce lac, qui a près de seixe milles an-
glais de circonférence, et qui est un des ouvrages
de ce genre les plus remarquables que l'on trouve
a Ceylan. communique avec la m* i par une issue
qui vient aboutir à Tamblegam1. Otte issue, ou-
' Oiristie donne vingt mille* anglais de circonférence i ce lac;
nous suivons ici Sir Al. Joboslon. qui ne loi en reconnail que seise
milles environ. Ce lac «et formé par une vallée étroite située entre
deux montagnes qui sont réunies par une chaussée dont la longueur
est d'un mille un quart environ. La largeur, A son sommet, est de
Mitante pieds anglais, et, à sa base, de cent cinquante pfa
SLR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 41
verte par l'art et augmentée par la nature, laisse
échapper un volume d'eau assez considérable , pour
que M. Th. Christie , auquel on doit la description
de ce lac magnifique, ait pu dire qu'il en sortait une
grosse rivière qui se précipite avec impétuosité vers
Tamblegam. Sur la carte de Valentyn, cette com-
munication du lac avec la mer est indiquée peut-
être avec un peu d'exagération, mais certainement
d'une manière plus conforme à la description de
Christie et à l'état réel des lieux que dans les cartes
modernes. Maintenant, quoique nous ne connais-
sions pas le nom de cette rivière, on peut soupçon-
ner qu'il est le même que celui du lac Candaly ; et ,
soit que ce dernier ait reçu son nom d'un village
voisin, ou qu'il l'ait communiqué à ce village lui-
même , on ne peut s'empêcher de remarquer l'ana-
logie qu'il présente avec le mot kandara qui figure
dans le Mahâkandaranadî du Mahâvamsa. En effet,
Candaly peut bien n'être qu'une altération de Kan-
darî (synonyme de Kandara, «vallée, défilé»), nom
qui s'applique très-heureusement à un lac formé,
comme celui dont nous parlons, par une vallée
étroite dont l'art a fermé les issues; et, d'un autre
côté, l'explication que nous avons donnée du mot
Mahâkandaranadî «la rivière de la grande vallée»,
semble, au premier coup d'œil, convenir au cou-
rant considérable qui sort du lac Candaly.
Toutefois , je dois me hâter de le dire , cette expli-
cation me paraît très-peu fondée ; car elle ne tend
à rien moins qu'à donner, sur un simple rapproche
ineiit de Titr un nom à une rivière qui n i d i pas.
et qui n'en doit peut être pas i q i elle
i.'., t. | \iai dllc , «| i j * ■ li»ur d 'un • t.ulp; • •ui>ule
rable. D'ailleurs , que le nom de kandari • vallée •
• .»ll\ H-lllie lu- Il . I « i.uiu' dU I Ullil.lK < .1.1 llf |Hull\e
pas qu'il docte aussi s'appliquer à la rivière qui s'en
échappe, et il resterait encoi
du mot mahti, qui fait partie du nom du fleuve i/«
kàkandara, Heine que nous essayons de retrou
sur nos cartes actuelles, liais, quand je me repré-
sente le nombre si considérable de dénominations
géographiques qui sont données eu pâli par le Ma-
kàvamta.lu Iles le sont en singludais par les
caries modernes et par les relations des voyageurs .je
ine persuade que la Mahâkandaranadi du Makàvamsa
u'est que le MowU-Gamfâ, ou le Makàviia - Canot
des Cinghalais. Ces deux noms sont exactement
la traduction l'un de l'autre, et MakàtnU lignifie
en singbalais « grande cavité » ou « grande vallée • ,
comme Makâkandara en sanscrit ou en pâli. Le Ma-
kùvméua, écrit dans la langue sacrée de <
n .i admis aucun des mots du dialecte vulgaire des
habitants primitifs, mais il les a traduits avec une
exactitude d autant plus grande, qu'il était plus dif-
les retrou^ : dans le passage d'une langue
est sur cette exactitude bi»
que nous nous fondons pour regarder le Makâkam-
daranadi du Makàvamsa comme i<l u tique avec le
lieux e Vahiirila-Ganoâ des Siughalais. Le mot < ianfà
répond i< i .m nadi du texte pâli, qui , d'ailleurs, em-
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIEiNNE DE CEYLAN. 43
ploie le plus souvent ce mot même pour désigner
le Mahâvila-Gangâ. Cette rivière, qui est la plus con-
sidérable de Ceylan, est ainsi appelée le Gangâ, ou
le fleuve par excellence ; et cet usage doit être an-
cien , car nous en remarquons déjà la trace dans la
description que donne Ptolémée de la Taprobane.
Les voyageurs dont il rassemblait et coordonnait les
matériaux ne connaissaient pas le fleuve sous un
autre nom.
Si les observations précédentes ne sont pas dé-
nuées de fondement, nous nous en servirons pour
confirmer l'opinion de l'interprète singhalais , qui
place Upatissagâma dans le nord, non loin de Anu-
râdhapura. En effet, la difficulté que fait naître l'é-
Joignement de la rivière Vallevay du village de Upa-
tissa, n'existe plus, si l'on admet que la migration
indienne est partie de l'embouchure du Mahâvila-
Gangâ; de cette rivière, on peut, en un court es-
pace de temps, se rendre à la ville de Anarâdha.
Ensuite (et cette conséquence nous ramène à l'objet
spécial de notre recherche), nous devons renoncer
à chercher le lieu du débarquement de Vidjaya, et,
par suite, la ville de Tambapanna, auprès de la Val-
levay; car, comme la position de Upatissagâma , qui,
en moins d'une année , a succédé à Tambapanna ,
d'une part est voisine de celle de Anurâdhapura, et
de l'autre se rattache à celle de la rivière Mahâkan-
dara, que nous croyons êtr"e le Mahâvila-Gangâ , il
en résulte que celle de Tambapanna doit en dépendre
aussi, et remonter avec elle dans le nord. Ces con
44 JANVIEK 1857
ucuce» sont uè> importantes pour la toiti
nos recherche* , et elles jettent asseï de lumière sur
le sujet pour que nous croyions nécessaire de les
réfumer en peu de mots. Il résulte donc de la Ék
cussion i 1 Mju.He nous venons de nous livrer :
i" Qu'en fait, la traduction anglaise du âJakà-
vamsu place, au nord de Anarddkapmra , Lpatistagéma .
4»ii devint la capitale de la colonie indienne, dans
l. muée qui suivit la mort de Yidjaya;
a* Qu'en fait encore pâli «lu Makânâua.
sans fixer la position relative de cas deux ville-»
nous apprend (j I embouchure de la mm i-
nommée Mokdktmdansutdi , on se rend à Upatiua
•liinui
j — - - - *
3* (Et ici commencent les conjectures) «pi il « >i
peu probable que si Tant Lapa niianayara était a l'cm-
bouchure de la rivière Vallevay, la coloi nue
ut pu, dans un aussi court délai que celui d
année, franchir un espace aussi considérai.
ui qui sépare l'embouchure de la \ ail*
/ fdtuMujâma, au nord de Atmràdhapura ,
à* Que la rivière Mahàkandara du texte p.i
peut être autre chose que le Mahâvila-Gangd des
S ^halais, ces deux dénominations ayant exacte-
ment !• un nie sens dans les deux langues auxquelles
«■Iles appartiennent .
5* Enfin . que la proximité de tous ces points,
Anunidlut, V palissa et l'embouchure de la Makà-
kandaranadi il dans i
■nqneai ittssbotM p.ir hypothèse la posi-
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 45
tion de Tambapanna , doit nous faire renoncer à cher-
cher cette dernière, dans le sud-est de Ceylan , à
l'embouchure de la rivière Vallevay.
Peut-être trouvera- 1- on que nous nous sommes
trop longtemps arrêté à discuter une des six opi-
nions admises par les Singhalais relativement au
lieu où aborda la colonie indienne; mais nous de-
vions examiner, avec le soin le plus attentif, celle
de ces opinions qui paraissait appuyée par un texte ,
celui du Râdjavali. D'ailleurs, si nous sommes par-
venu à démontrer combien il est peu vraisemblable
que le premier établissement des Indiens à Ceylan
ait eu lieu vers l'embouchure de la Vallevay, il nous
faudra chercher, dans le nord, à l'est ou à l'ouest,
la ville de Tambapanna , qui fut fondée après cet
événement. Ajoutons que la partie la plus difficile
de notre tâche est ainsi remplie; car, parmi les autres
opinions qui nous restent à indiquer, il en est qui
sont présentées avec trop peu de détails pour exiger
un long examen.
Ramené dans le nord de Ceylan par les textes
cités plus haut et par les inductions que nous croyons
pouvoir en tirer, nous trouvons, sur la côte orien-
tale , la baie de Trincomalé, indiquée par Valentyn ,
qui pense que ce lieu a dû être le point de débar-
quement de la colonie indienne , et qui donne à
cette opinion la préférence sur toutes les autres.
Nous allons voir qu'en effet il est possible d'assurer,
à l'aide de quelques rapprochements, un assez haut
degré de vraisemblance à ce qui n'est guère, de sa
4f. JANVIER II
part, qu'une fHnpIr inmiuob In pr« I, lu
t rs le point OÙ I
sente la plus grande largeur ••*! un. piv>omption
très-forte en uwOtH <l. \ .ti« ntyn, en ce que le* Tais
seaux poussés par la mousson du nord-est sont natu-
n ilcmcnt conduits vers cette partie de Pile; ei
baie de Trincomalé a, sur rembouchure de h
• il'vay, l'avantage de se présenter la pre-
mière aux navigateurs qui viennent du golfi-
Bengale. Secondement, un document autln > i|u
M ie de la tribu des Chalias, par
ta caste, document dont on doit la connaissance
au mémoire de Joinville sur la religion de Buddba .
nous apprend que Yidjaya prit terre a Tammt . dans
le Wanny. Joinville répète lui-même ce fait •
en écrivant d m* manière plus régulière le nom «lu
débarquement, Tammrnr. Or, cette indica-
tion est tn s- intéressante, en ce qu elle place dans le
il la position de Tammanua, et qu'elle résout la
difficulté a laquelle donnait lieu la note inr<
de la collection de II. Upham. note que nous av
discutée plus haut. 11 n'est plus posssible maintenant
d'hésiter sur la valeur du mot ff anny. Ce n'est évi-
demment pas le nom d'un village, mais bien <<
d un district boisé, qui s'étend à l'ouest de la baie
de Trincom I mi mot, c'est sur la côte la \
voisine de ce district qu il faut chercher le lieu <l>
débarquement de Yidjaya. Troisièmement, on con-
naît, au fond de la baie de Trin . une an
baie du nom de Tnmbleyan mière pai
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 47
de ce nom même semble rappeler celui de Tâmbra
«cuivre», qui figure dans la dénomination singha-
laise de l'île de Ceylan , Tâmbraparnni '. J'avoue que
cette seule analogie peut ne pas paraître suffisante
pour nous engager à rapprocher Tambapanna de
Tamblegqm. Mais l'explication que nous venons d'in-
diquer semble être admise par les Singhalais eux-
mêmes ; du moins Valentyn1 et l'auteur pseudonyme
d'une histoire de Ceylan , composée en anglais avec
les matériaux recueillis par Valentyn, la présentent
comme un fait qui n'est pas sujet à contestation. Se-
lon ces auteurs, Vidjaya et ses soldats abordèrent
dans une baie nommée Tammcnnatote ou Tammen-
tatote, maintenant Tambuligamme , près de Cotiâr;
ils trouvèrent le pays sauvage, et fondèrent immé-
diatement une ville qu'ils nommèrent Tammena Nu-
vara. Le nom de Tambaligamme , identique avec celui
de Tamblegam, qui appartient : i° à un village au-
près duquel sont des ruines anciennes; i° à la baie
sur laquelle est situé ce village; 3° à un district voi-
sin de la côte, peut certainement s'expliquer par les
deux mots Tâmbûla-Gâma « le village du Bétel. » Mais
l'orthographe généralement admise, celle de Tam-
blegam ou de Tumbela Caumum [Tambela Câmam),
comme l'écrit H. Boyd dans la relation de l'am-
bassade de 17822, se rapproche beaucoup plus de
celle du mot qui joue le rôle principal dans le sin-
1 Byzondere Zaaken van Ceylon, t. V, p. 64 de la collection.
4 H. Boyd's Journal of an Embassy from Madras to Kandy, dans
Asial ann. Rey. t. I, p. \. [Miscell. tracts.)
48 MNVIKH II
ghalais Tâmbruparn INbUmm tic n
et surtout la position do Trincom-* ' loi»
le dire . fournit à elle seule un argum< ni «I un grand
pouls, me paraissent donner l'avantage à l'opinion
que préfère N'ai t qu'adopte l'auteur pseudo-
nyme de l'Histoire de Ce vlan.
Mais ce que nous ne devons pas omettre, c'est
l'appui que cette opinion prête à la conjecture émise
plus haut sur l'identité de la MakâkanJannadi et
la Mahâvtio-Gangâ. N'est-ce pas une coïncidence tout
à (ait remarquable que, d'un côté, les Singhaleis
désignent la baie de Trincomalc comme le lieu où
\ idjaya prit terre . de l'autre , la seconde
migration indienne venue à Ceylan ait abordé . se
• le teste du MdbdMriisa . vers l'cmb<> d'un
fleuve que nous croyons être le Makàrila-Gamyâ,
• r< (pu • ]rtte clans la baie de Trinoomalé ? Sans
doute on pourra dire que c'est faire un paralogisme
que de se prévaloir de cette coïncidence ; car les deux
mm (pu* nous rapprochons ne peuvent se prêter
un mutuel appui qu'autant que chacun d'eux aura
été trouvé vrai isolément. Cependai ion mû
regarde Trinoomalé comn» où descendit la
colon», indienne venue du Bengale a précédemment
aOJUJl <|U»l«|u. \i.u-. nihi.iUM . «t « » M» ipu- nous
avons émise sur l'identité de la Makâkandarnnadi et
de la Mahâvda-Gangû repose, de son côté, sut
principe d'interprétation vérifié par un grand nombre
<J'exem| Ullaî nous croyons-nous autorisé à •
que le rappi eut inattendu de res deux d«
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 40
ments, le premier, emprunté à la tradition singha-
laise, le second, extrait d'un monument inédit et
auquel n'ont pas eu accès les auteurs auxquels on
doit le premier, donne une nouvelle valeur à l'hy-
pothèse proposée pour la Mahâkandaranadî.
H n'est pas non plus inutile de remarquer que le
Râdjavali, dans le passage où il est fait mention de la
seconde migration indienne qui vint à Ceylan après
la mort de Vidjaya , au lieu de parler de l'embouchure
delà Mahâkandaranadî, nomme le havre de Tammanna
Navara. Certainement, rien ne nous prouve que le
Râdjavali ait eu raison d'affirmer que la seconde co-
lonie prit terre à Ceylan au même lieu que la pre-
mière; et, quelque vraisemblable que ce fait puisse
paraître , cette présomption n'est pas assez forte pour
nous autoriser à prétendre que la ville de Tammanna
(en pâli Tambapanna) était située à l'embouchure
de la rivière Mahâkandara , selon nous la Mahâvila-
Gangâ. Mais la supposition que ces deux noms dé-
signent un seul et même fleuve, nous dispense de
tirer, des passages du Râdjavali et du Mahâvafhsa,
des conséquences forcées. Les localités dont parlent
ces deux ouvrages sont assez voisines Tune de l'autre
pour que le simple rapprochement des textes suffise
à la démonstration de notre hypothèse. Selon le
Mahâvamsa, le première colonie venue du conti-
nent indien aborde au lieu nommé depuis Tamba-
panna ou Tammanna, et que nous croyons être Tam-
blegam. La seconde prend terre à l'embouchure de
la rivière Mahâkandara, que nous croyons être la
ix*. 4
M) * n\ IKK 1857.
Makavila-Gangu Kll. suit doM la même route que
la première, parce quVII. vi.ni <l> l.i mrine partie
du continent, et, comme la promit I aborde
dans la baie de Trinoomalé, et presque au nu m.
endroit. Selon le Râdjarali. 1rs deux colonies pren-
nent également trrre au havre de Tammanna. (
dire un peu plus que le Makâramsa. tant doi
mais ee n'est pas le contre*! I qui résulte de
la comparaison de ces denx autorités, c'est
Tambaptnna est Tamblegam. et que ai la Mokékam-
tiaranadt est la rivière Makâtàla-GanyA. les chroniques
cinghalaises écrites . soit en pâli . soit dans le dialecte
vulgaire, doivei uvoquée* on faveur de I •
mon qui regarde Trinoomalé comme le point de la
cote où s'établit la première colonie indienne.
Enfin Vaienty n, que nous n'avons du citer qu'après
les textes originaux . rappoi I même
que nous font conmUre le ManeroaVia et le Blajfe
tua, (ait aborder 1rs Indiens dans une baie nommée
Makatottt. dont il indique la position non loin <l>
pseudonyme anglais, qui suit ordinaire-
ment Valentyn. ne parle que de ce dernier lieu.
Tous les renseignements, ceux que noue pouvons
retrouver dans les voyageurs modernes , romnaf
ceux que nous fournissent les textes pâlis et singha-
lab. nous retiennent donc dans les localités que
nous avons fixées pour le point du débarquement
de la première et de la seconde colonie indienne.
Le Mahâvamsa, le Bàdjarali et Valentyn parlent cha-
rnu de lieux divers; maie ces lieux sont tous voisins
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 51
l'un de Vautre , et la diversité même des indications
que nous donnent ces trois sources distinctes , est
peut-être plus concluante en faveur de notre opi-
nion , que ne le serait une coïncidence complète dans
leur énoncé. Une observation qu'il est nécessaire
d'ajouter ici pour ceux qui, cherchant le Mahatotte
de Valentyn ne le retrouveraient pas sur les cartes
modernes, c'est que ce lieu, dont il est souvent
question dans le Râdjavali, paraît avoir réellement
existé près de la baie de Cotiâr, à l'embouchure ,
sans doute, de la Mahâvila-Gangâ. Le nom de Ma-
hatotte est le singhalais Mahâtota, signifiant a grand
port , » et c'est vraisemblablement ce mot abrégé
que l'on trouve dans la célèbre Mantote ou Matota
et Matote, comme l'écrivent les Portugais et les plus
anciennes cartes de Ceylan. Le changement de Ma-
hâtota en Matote doit être ancien ; car je n'hésite
pas à regarder le port de Moduttu , placé par Pto-
lémée sur la côte nord-est de l'île, sinon comme lo
havre même de Mahâtota, au moins comme un port
de même nom. A ne consulter que la mesure des
distances indiquées par Ptolémée , il faut, sans doute,
avec les géographes modernes , et notamment avec
Bochart, Mannert et Cossellin , reporter beaucoup
plus au nord le Modatti emporiam; mais celte diffé-
rence, qui résulte peut-être de quelque erreur dans
les relations d'après lesquelles Ptolémée travaillait ,
n'est pas une objection contre le rapprochement que
je viens de proposer , et que je ne fais porter que sur
la forme des mots Matote et Modatta.
51 iKS\ III I.H57.
Les quatre autres opinions admises parmi les Sin-
ghalais sur le lieu de l'arrivée de Y idjaya . se rap-
portent a la cote occidentale h .« i
trionale de l'île. On désigne Manàr, Mantote. Cal-
pentin et Pareriture '. I*a seule de ces opinions <|'n
soit appuyée par un témoignage écrit, est celle nui
place Tambapanma ou Tammanna près de I il« \ !
h.. r Dw un < mh ti.utr mu Ui i mah Mimii.ii.iis»-.
et notamment sur celles des Châtias, trait* que
M. Dpliam a publié a la fin du troisième volume
de sa collection . on voit que V idjaya vint aborder
à un port no: / imnwnc Totta. «que I n <lit être
près de Manàr. > Ces derniers mots sont entre paren-
thèses, et cette particularité donnerait a croire qu'ils
ne font pas partie du traité original , et qu'ils y ont été
introduits par le traducteur. Mais le traité lui-même
parait être très-moderne, et il est loin d'avoir l'au-
torité qui s'attache aux textes du Makâvamsa et du
Râdjûvali. Quant à Mantotr I ailleurs, si voi-
sine de Manàr, et à Calpeutm . |t dp trouve aucun
texte original qui en parle. Le capitaine Mahooy est
le seul auteur, que je sache , qui ait rapproché Man-
tote de Tammanna Tota . q h tmmeneh Tottek.
Mais je doute qu'on puisse admettre avec lui que
Mantote. dont I etymologie est bien conn une
abréviation de Tammanna Tota. Je remarquerai en
1 De Couto dit que la première ville qui fut fondée par lea <
aignnai de Yidjaya le fut do ctoé de Maatote, eo lace de Maair.
Lea autre* tradition», au contraire, ae distinguent pas le lieu du
débarquement de remplacement de la ville bâtie par Vidjaya. [Dm
dsMdeDiofodoCoato. dec. V. 1. 1. c. ▼, t. XII. p i7. ed.io-a*.)
SUK LA GEOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 53
outre, relativement à Calpentin, que le récit de l'ar-
rivée à Ceylan de l'arbre sacré nommé bôdhi, récit
publié par M. Upham, place dans le district de
Vanny Pattou, situé sur la côte occidentale, non
loin de Calpentin, un lieu du nom de Tammanna-
godda, et qu'on trouve encore dans le même traité
un village du Magoul Corle nommé Tammannapit-
tiya ou Tammanapittiya. Ces rapprochements prou-
vent que le nom de Tammanna est fréquent dans
cette partie de l'île; mais on n'en peut rien conclure
quant à la ville du même nom , bâtie par Vidjaya ,
lors de son arrivée à Ceylan.
Les opinions que nous venons de rapporter, pri-
vées, comme elles le sont, de l'appui de preuves
écrites qui nous soient connues, doivent être vrai-
semblablement attribuées au souvenir des invasions
des Tamouls et des Malabars dans l'île de Ceylan.
C'est, en effet, en traversant le golfe de Manâr que
les peuples du sud de l'Inde abordèrent plus d'une
fois à Ceylan ; c'est, dans le nord de cette île qu'ils
sont restés établis. La tradition a donc pu confondre
la migration de Vidjaya, venu du Bengale, avec les
invasions armées des Tamouls du sud ; et l'on a dû
être naturellement porté , par la vue des lieux et par
le retour fréquent de ces expéditions, à croire que
l'île de Manàr et les parages qui l'a voisin eut étaient
le seul lieu auquel on put descendre de l'Inde à Cey-
lan. Mais cette île, qui est si facilement abordable
sur ce point, pour les peuples qui habitent l'extré-
mité do, la péninsule, ne l'est pas moins, sur la côte
54 JANVIER 1857.
orientale, pour ceux qui, places plus haut dan» \r
golfe du Bengale, peuvent profiter de la mouaton
du nord-est , et la grande vraisemblance des opinion» ,
que nous venons de rappeler ne doit pas, selon nous,
prévaloir contre celle qui regarde la baie de Trioco-
malé comme le lieu du premier établissement de
Vidjaya. Nous croyons donc pouvoir, jusqu'à preuve
contraire, persister dans ce sentiment ; et, pour re
m aux noms anciens de Ccylan, qui font fol*
spécial de ce mémoire , nous conclurons de ce qui
précède que c'est de la baie de Trincomalé . et par
ticulièrcmeot de Tamblegam , qu'est sortie la déno-
ii h nation de Tambapaima ou Tambapanni , pour s'é-
tendre à l'île tout entière, et pour être recueilli'
dès le iv* siècle avant notre ère, par les voyageurs
grecs, sous la forme de T*wpa€ém, si rapprochée
de l'orthographe sanscrite et singhalaise, Timra
parna et Tâmbrapanuu
Il nous reste encore i examiner un nom qui n'est
pas moins célèbre que les précédents, et qui. d'ail
leurs, les a remplacés tous; car c'est, selon toute
apparence, de ce nom que dérive la dénominai
actuelle de Ceylah. Nous voulons parler de fiftaR
Siikhala (au féminin ou au neutre Simkalâ ou SufcV
halam), mot que l'on trouve également employé
pour designer cette Ile. et par les textes sanscrits.
et par les ouvrages originaux en stngbalais. Ainsi on
lerencontre,dansla(>hronif{tie<lu t
tionné avec dcN « ur.nstanres dont j'ai vainement
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. bb
jusqu'ici cherché la confirmation dans l'histoire sin-
ghalaise. Selon cet ouvrage, dont on doit l'analyse
à M. Wilson , un roi du Cachemire nommé Mihira
Cala (Mihîrakula), et que ce savant place en 3io
avant notre ère, remarqua un jour, sur le sein de
la reine , la forme d'un pied d'or qui était tissue
dans l'étoffe dont la princesse était revêtue; cette
étoffe venait de Simhalâ, et cette empreinte était
celle du sceau que le roi de cette île faisait apposer
à toutes les étoffes qui se fabriquaient dans son do-
maine. Indigné que le pied d'un prince étranger se
trouvât placé sur la poitrine de sa femme, Mihîra-
kula conduisit une armée contre Langkâ, déposa le
roi qui gouvernait cette île, en mit un autre à sa
place, et stipula que les étoffes de Simhalâ, nom-
mées yamashadeva, porteraient, à l'avenir, son propre
sceau, c'est-à-dire un soleil d'or.
Ce récit romanesque aurait sans doute besoin,
pour être admis, de se trouver confirmé par un plus
grand nombre de témoignages; mais, quand même
on le verrait raconté dans d'autres chroniques du
Cachemire, on serait encore fondé à révoquer en
doute la réalité de l'événement qu'il nous fait con-
naître. Pour moi, je ne crois pas qu'au commence-
ment du ivc siècle avant notre ère, les Singhalais
eussent fait d'assez grands progrès dans la fabrication
des étoffes , pour que les nations du nord de l'Inde
tirassent de Ceylan les vêtements de leurs rois et
de leurs chefs. Nous savons, avec certitude, que
l'art de tisser les étoffes fines n'a jamais fleuri d'une
56 JAKVILK 1857.
manière continue à Ceylan I u> un
document curieux qui retrace l'histoire de l'arrivée
des tisserands indiens que les rois linghslaii ont plus
d'une fois appelés de l'extrémité de la presqu'île.
\iiim. connu.- M m |»*x,'t Mi|»|H)N.-i (ju.- Lut de Mm
des étoffes de prix soit ancien à Ceylan . Ile qui a
toujours été plus renommée pour sea productions na-
turelles que pour celles de ses manufactures ', on doit
admettre, ou que le récit de la Chronique de Cache-
unie n'est qu'une fable, ou que le nom de Simkalâ,
qui peut être celai de quelque autre peuple de l'Inde,
a été, dans ce récit, confondu, par erreur, avec celui
de 111e de Ceyl
Le mot Stmkalà, dont f origine est sanscrite , n'en
Ma%M |U> BBOÉM ««'ttr ftfj Muv.uit lr> m lits «1rs
Brahmanes; et \N illord le cite dans une liste de
noms géographiques empruntée à on traité astrono-
mique, le Varû-Sûmhitit. Il l'écrit Smhàla or Ccykm,
et M. Lassen. qui admet cette orthographe, la con-
sidère comme une abréviation du mot Simkàiaya
«l'asile des lions, » de même que HimAla vient de
Himalaya « l'asile des neiges. • Cette explication
génieuse devrait être adoptée sans contestation
l'orthographe réelle du mot que nous examinons
t Simhàla. Mais, malgré l'autorité de la liste de
Wilford , je dout» <jn il en soit ainsi-, du moins \N il
son ne donne que celle de faVflH «Simau/a , et il en
est de même du Dictionnaire cinghalais de Clough,
(|ui écrit ce nom comme on le fait en sanscrit. Aussi,
• Toyej le Périplt d'Amen.
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 57
quoiqu'il faille considérer comme un point établi
que le nom sanscrit du lion (simha) figure dans celui
que portaient l'île de Ceylan et le peuple qui l'habite ,
et quoiqu'on doive , selon toute apparence , voir ,
avec Hyde \ ce mot dans le t-oàliC^w singadîb du Ma-
salik oual-Mamalik, on ne peut admettre avec une
égale confiance l'explication de M. Lassen que nous
venons de rappeler. La finale de Simhala n'est vrai-
semblablement qu'un de ces suffixes de dérivation
d'origine obscure (unâdi), comme on en rencontre
beaucoup en sanscrit; et, envisagé sous ce point de
vue , Simhala doit signifier « ce qui est relatif au lion, »
et se traduire , si on l'applique à un peuple , par « les
descendants du lion. »
C'est à peu près ainsi que Hyde et Reland , qui ,
à une époque déjà ancienne, possédèrent quelques
notions exactes sur l'écriture et sur la langue sin-
ghalaise, entendaient le mot singala, en l'appliquant
au peuple qui habite cette île, lorsqu'ils disaient :
« Singhala , id est leonini,» et «lingua ipsa singalea
« dicitur, quod populi se Singalas, id est leones nun-
« cupant. » Cette opinion n'est pas très-éloignée de
celle des Singhalais eux-mêmes, qui ont essayé de
donner une explication du mot Simhala. Ainsi, Va-
lentyn nous apprend que singa-le, dans la langue du
pays, signifie le sang d'an lion, «aussi bien, ajoute-
t-il, qu'en malay, et dans le sanscrit, langue qui est
la mère de toutes celles de cette partie de l'Orient2. »
1 Th. Hyde, Ad Abr. Peritsol Idn. Mund. p. 26.
s «En zict men op de naam der Cingaleesen zelf, men zegt, dat
M \N\ IKK I8»7.
La même explication a été, au commencement de
ce siècle, reproduite par le capitaine Mali*
reconnaît dam Simhala le mot lai (lis. lé) « sang, • et
qui traduit ce compose par «race de lion.» On la
trouve encore dans Philaléthès, qui la indubitable-
ment empruntée à Yalentyn. Comme rien n'auto-
rise à supposer que Mahony ait, ainsi que le pseu-
donyme précité, puisé cette conjecture dans l'ouvrage
«lu vivant hollandais, et qu'au contraire les maté-
riaux de son mémoire ont été rassemblés par 1m
pendant son séjour à Ceylan , il est permis de croire
que cette interprétation lui a été fournie par quelque
prêtre singhalais désireux de retrouver, dans sa pro-
pre langue, le nom de son ile. C'est enfin sur cette
même autorité que t'appuie Wilfortl. lorsqu.l «lit
avec raison d'ailleurs, que le nom de Simkak vient
de ce que Ceylan est habitée par des Simkabu , c est-
a-dire par une race issue d'un lion , et non pas • amie
(peut-être pareut. bandku?) du lion, «comme le pen-
sait Joinville. Cependant, nous n'en croyons pas
moins I elymologie de Yalcntyn et de Mahony tout à
bût erronée sous le rapport philologique , et quoique
le sent qu'elle donne s'accorde avec celui que l<
. Scoga-1* k«t bioed «m m» Ueu«r in huuae Taa! . «I» ««de in't Ma-
• Iryu «ut Seaecrite (de Mo«dar v«a «Ile deie OoaJencue TaeJeu)
«beteeWnd.» [fytmdtrt Zmmhnt Ma Uylom, p. 61. l. V, de m col
lectioo ) On peut conjecturer, par no amige «Tone lettre de Zie-
geabalg. que ce ■iniinaaita «Tait dm notion plua eiacia «W rap-
port» 4a eingaalei» (ou'U aocaraa riflrrira liafaa) avec I idioate «acre
de» Brahmane». (Thet»mr. q>ui. Lmcros. t. I. p. 38a.) Quoique, eu
efet, les neuf dniemaj du aingualuia soient du aanaerit. il y a un
est tout à lait étranger i ce dernier idiorue.
SLR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 59
ait la langue sanscrite, nous continuons à regarder
le mot de Simhala comme appartenant, dans toutes
ses parties, à l'idiome savant des Brahmanes.
Les explications que nous venons de rapporter
pourraient passer pour fournies par la philologie
seule, indépendamment de tout autre secours, si
l'on ne savait que le nom de Sîmhala se rattache à
une légende qui occupe une place importante dans
l'histoire singhalaise. On voit, en effet, que les opi-
nions de Valentyn et du capitaine Mahony, suivies
par Wilford , leur ont été suggérées par la connais-
sance de la tradition singhalaise relative au premier
roi de l'île. Cette tradition, que de Gouto donne en
abrégé , et que l'on trouve , avec plus de détails, dans
le grand ouvrage hollandais de Valentyn, est rap-
portée, d'après le Râdjavali singhalais, dans le mé-
moire que le capitaine Mahony a consacré à l'île
de Ceylan, et dans celui où Joinville examine la
doctrine de Buddha. Depuis , elle a été publiée
par Philaléthès , et enfin , tout récemment et d'après
des documents singhalais , dans la collection de
M. Upham , dont une portion , le Râdjavali, avait été
déjà livrée au public par Sir Al. Johnston. Comme
nous possédons une partie des ouvrages originaux
dont la traduction forme deux volumes de cette
collection, nous sommes à même de puiser les dé-
tails de la légende singhalaise à une source plus
pure que celle des voyageurs européens ou des lit-
térateurs anglais qui se sont jusqu'ici occupés de
l'île de Ceylan. Aussi l'extrait succinct de la tradi
M JANUKK 1857.
tiun relative à l'origine de la dénomination de Sun
hula, que nous allons donner, est-il exclu-
emprunté aux textes pâlis et singhalais du Mahd-
vamsa et du Râdjavali. Nous ne nous sommet servis
des autres documents que quand nous avons cru
I ii ils pourraient jeter du jour sur quelques circons-
tances obscures des relations originales.
Selon le Aéakàvamsa et le Râdjarali, le roi <lw
Kalinga avait donné sa fille en mariage au roi de
Koftoeo. Les traductions anglaises de ces chroniques
écrivent le nom de ce pays fVantfoo et ffoaee, et
V aient vu appelle le prince qui le gouvernait rotet-
Ràja. Cette dernière orthographe est certainement
plus conforme à celle du texte du RàdjavaU, où on
lit Vagu Iladja; et l'on peut être surpris que l'inter-
prète de Sir Al. Johnston se soit écarté, en traclm
sant le Rêijmmli, de la leçon de l'origiinl <|u<n<l
on le voit la reproduire avec une exactitude parfaite
au commencement de ce même livre, dans L'enu-
mération des pays qui ne suivent pas la loi de GAu-
tama. Le traducteur nous apprend que le Vaguratta
est voisin du Bengale , et si nous nous reportons au
texte du Mahàvamsa, nous y trouvons le mot Varuja,
en sanscrit W$ . nom ancien de la province du Ben-
gale, et notamment de la partie orientale de ce pays.
De ce mariage naquit une fille d'une grande
beauté, mais passionnée pour le plaisir; elle s'enfuit
une nuit avec une troupe de marchands qui se ren-
daitdans le Magadha. La ti .itim tion angl.u- <lu Mu
hâiamsa nomme Magandc le lini qui il--v.nr I ti e le
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 61
terme de leur voyage. Mais ce nom n'est sans doute
que l'altération singhalaise du sanscrit Magadha , ainsi
qu'on le reconnaît par le texte même du Râdjavali,
qui nous montre la troupe se dirigeant vers le Man-
data. En passant par une forêt du royaume de Lâla
( Lâlarattha , selon le Mahâvafhsa), ou du pays de
Lâdâ (Lâdâ dêsa, selon le Râdjavali), la princesse
fut enlevée par un lion , avec lequel elle vécut dans
le désert, et dont elle eut deux jumeaux, un nls,
nommé par le Mahâvafhsa Sîhabâhu, et une fdle
nommée Sihasîvalî. Le royaume de Lâla ou Lâdâ,
que Valentyn nomme par erreur Cadda Desa, est
le $J5T Râdhâ de la géographie indienne; ce nom,
qui s'écrit quelquefois aussi Ganga Rârhi, est celui
qu'on donne à la partie basse du Bengale actuel,
qui s'étend sur la rive droite de la rivière Hougli,
et comprend les districts de Tamlouk et de Midna-
pour \ L'interprète singhalais auquel on doit les tra-
ductions publiées par M. Upham a écrit Lade Desay
les mots Lâdâ Desa de la chronique originale; mais
il a indiqué dans une note que l'orthographe propre
était Rawdha, pays voisin de Goude Desay a, c'est-à-
dire de JuT Gâuda, mot par lequel on désigne la
partie centrale du Bengale.
Je ne m'arrêterai pas à rapporter tous les détails
de la légende ; il me suffira, pour l'objet spécial de
notre recherche, de dire que le jeune Sîhabâhu, par-
venu à l'âge de seize ans, apprit de sa mère le se-
cret de sa naissance; qu'il se rendit avec elle et sa
1 Wilson, Mackenzie collection, introd. 1. 1 , p. cxxxvm.
m
sœur à Vamfanatprm , ches son grand père; qu'il tua
le lion. <|ui, désespéré d'avoir |>erdu sa feu
,. s riii.nto rsnrageail k pajys;e1 qu'à b morl «lu
roi de raaoa, il lui succéda, et bétft . dans le rovau
de lAla. une ville nommée Sihapura par le Makâ-
vmmsa, et Simhabdpura par le Ràdjarali cinghalais.
Dans ce dernier mot , Simkabà est une abr-
de Simkabdku, dont le pâli a fait Sihabâha.
I prince Sikabâkm épousa sa sœur Sihas>
qui accoucha seite fois de deux jumeaux; les <!<
premier* huent le-mm.N. I un I /<//-(> g, l.mtte Sn
miita (en sanscrit h/m* Smmitra). Quand Vidjaya
eot atteint l'âge convenable, son père s
l'associa au trône, en le sacrant sous le n'tn A
Vparàija : c'est sans doute à cause de cette i
tance que la chronique cinghalaise nouil-
le j- lyakamâra. avec le titre de ku
mâra, qxie l'on donne, comme on sait, dans l'Inde,
à l'héritier présomptif (le la rouronn< M
emporté par des habitudes vicieuses , se livrait a
actes de violence qui lui attirèrent les reproches et
la colère du roi. Sirhkabâka, cédant aux prières du
peuple, ordonna que Vidjaya et sa troupe oMfa
posée de sept cents hommes, fussent jetés dans un
et abandonnés sur l'Océan. Il tint ici
r parler le texte même du Muhâvamsa; il <
if ut sur le voyage des exilés des détails qui doi\
consignés dans ce mémoire, puisqu'ils ne se
trouvent que dans le texte inédit de cette ehronique
curieuse.
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 63
« Alors le roi fit jeter dans un vaisseau et aban-
donner sur l'Océan Vidjaya et sa troupe, formée de
sept cents hommes, auxquels il avait fait raser la
moitié de la tête; il y fit mettre en même temps
leurs femmes et leurs enfants. Us s'avancèrent,
hommes, femmes et enfants avec confiance (sur
l'Océan) ; ils parvinrent à une île, ils y descendirent
et y habitèrent. L'île où étaient descendus les en-
fants était connue en ce lieu sous le nom de Nagga-
dîpa , et celle où étaient descendues les femmes por-
tait le nom de Mahindadipa. Vidjaya descendit aussi
dans un havre qui offrait un passage facile. Là, ef-
frayé par la violence de sa troupe, il remonta de
nouveau sur son vaisseau. Le prince nommé Vidjaya ,
déterminé dans son choix, vint aborder à Lanka,
dans l'île de Tambapanna, le jour où Taihâgata s était
endormi dans le Nirvana , entre deux arbres de l'es-
pèce des sala. »
Maintenant que nous sommes en possession d'un
récit puisé à une source authentique, il ne nous
reste plus qu'à en faire ressortir ce qui intéresse la
géographie, et, en particulier, la recherche de la
valeur du mot Sifhhala. La légende dont nous avons
présenté un extrait a été, sans doute, comme toutes
celles qui se rapportent aux origines des nations,
embellie par l'amour du merveilleux. Mais la fiction
n'y tient pas une assez grande place pour qu'on n'y
puisse reconnaître un fond de réalité. A part le ma-
riage singulier de la fille du roi de Vanga, il n'y a
rien que de vraisemblable dans les événements qui
04 JANVIER 1857.
m furent la suite. Lue princesse du \ unga , enlevée
par un habitant des forêts de Râdhâ , dont la légende
a fait un lion, donne le jour à deux enfants, n dU
et une fdlc. Le hU \m son père, fonde une ville
dans la province de Râdhâ, épouse sa sœur et en a
de nombreux enfants. L'aine, nommé Vidjaya.
cite par sa violence la colère de son père, et est
exilé sur l'Océan avec les compagnons de ses dé-
sordres. Les pays de Va*ga et de Râdhâ forment les
portions orientale et occidentale de la province ac-
tuelle du Bengale, en la supposant divisée en deux
par la rivière Hougli. Or, la partie de r»
où se pestent les événements raoeetes par le Makâ
vêmmû doit être voisine de la mer, car le texte ne
dit pas que les exilés aient suivi le cours d'un fl«
pour se rendre dans l'Océan ; il les montre . au con-
traire , commençant immédiatement leur voyage vers
Ceylau. Rien ne nous apprend le point précis d'où
partirent les vaisseaux ; mais, s'il est permis •
argument du récit d'une autre migration qui aban-
donna plus tard le Bengale pour se rendre à ( • nI m
on peut admettre que ce fut de Tàmralipti, la mo
«1- l n. T.,nil'.iik. «jiir partit, s. -|mii le Mafuniimsd
la migration dont nous venons de parler.
Avant d'atteindre le lieu où ils devaient se fixer,
les exilés s'arrêtèrent sur deux Iles, lune nom*
mée Saggadipa ou ihi^Im Xâgadxipa • file des
Nâgas n , l'autre Mahindadipa ou ^VfN Mahén<i
dvipa i l'île du grand Indra ». Ces îles ne devaient
sans doute pas être très-éloignées l'une de ftnt
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 65
du moins le texte les nomme dans Je même pas-
sage, en ajoutant cette circonstance que les jeunes
gens descendirent dans celle des Nâgas, et les femmes
dans celle de Mahêndra. Mais comment concilier
cet énoncé avec l'état des lieux, et où retrouver ces
deux îles, quand, sur la côte orientale de la pres-
qu'île indienne, il n'en existe aucune de ce nom?
C'est là une difficulté considérable , et qui peut ins-
pirer des doutes sur l'exactitude du récit du Mahâ-
vamsa, récit que nous avons trouvé jusqu'à présent
si vraisemblable. Peut-être, cependant, n'est-il pas
impossible de la résoudre, ou au moins de décou-
vrir, à l'aide de quelques rapprochements, la situa-
tion approximative de ces deux îles.
Les rapprochements dont nous voulons parler
sont de deux sortes : les uns portent sur les noms
de quelques localités que présente la côte orientale
de la presqu'île indienne , les autres, sur des légendes
conservées par la tradition singhalaise. Commen-
çons par les noms géographiques. On sait que les
rivières de Godâvari et de Krichna se jettent dans
la mer par plusieurs bras, dont quelques-uns sont
très-considérables, et qui forment, à l'embouchure
de ces deux fleuves, des deltas assez étendus. Ces
deltas comprennent de véritables îles, et c'est fans
doute de là que vient le nom de Divy, donné à une
pointe de terre située à l'embouchure du Krichna1.
M.Wilson2, dans le résumé de l'histoire des rois du
1 Map of the Cireurs, dans Heyne's Tracts on India, p. 282.
s Mackemie collection, t. I, introd. p. cxxx.
ix. 5
66 JANMKIi 1857
Telingana, <|ii*il I inséré au tome I de la collection
Markenxie, parle même d'une île Deei. à l'embou-
chure du krirhna. < •»• qui M }>«•'>' «'tre que le ln-u
nommé actuellement /)/>> «>t situé SOT la branche
principale de ce fleuve. Le mol Itity doit n'être, en
effet . qu'une altération du sanscrit />cipa « Ue • . ana-
logue au Diva cinghalais. Cela ne suffit pas, sans
doute, pour nous autoriser à voir ici les lies A'eeee-
<*>* (Ndgadvipa) et Maaiadodpt ( MaUndnMp* ) de
la chronique singlialaise; mais si le rapport de DrVr
et de Ihipa pouvait être admis, il en résulterait
déjà que , vers ce point de la côte orientale de l'Inde,
on reconnaissait des Iles formées par les bras des
deux grandes rivières Godàvari et krirhna . et qu'une
dénomination géographique a conservé jusqu'à nos
jours la trace de cette opinion. Ce n'est pas |
le nom même des A'does parait près d'une des
branches les plus considérable» du Kxichna. dans
celui de Nâaa Dmm, qui. sur d'autres cartes, est
nommé \àgalankâ «Is Lanakà des dragons*. Non
loin de Nâgalankâ , et au sud-ouest de la branche
dont nous venons de parler, existe un autre Usai
nommé Pootalankâ (lis. PëtdUmakâ) «la pure Lama-
kà ». En ajoutant à ces dénomination* remarquables,
que nous trouvons sur une carte tres-détaillée des
Nortkern-Cirran . dressée par Heyne pour ses Traité*
sur finie, celle d'un port beaucoup plus cm
Bander Mahàlankâ, nous reconnaîtrons que le
de Langkâ (qui est celui de Ceylan). avec ou
le motAaofl. est d'un usage fréquent sur cette par-
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE GEYLAN. 67
tie de la côte. Nous n'osons pas en conclure encore
que la moderne Ndgalankâ ou que la Nâga Divou,
qui n'est donnée que sur une seule des cartes à nous
connues, soit la même île que la Naggadipa du Ma-
hâvamsa; mais nous nous trouverons par là confir-
més dans une opinion que nous avons déjà émise
autre part, sur le point de la côte indienne qui doit
avoir été, à des époques anciennes, en communi-
cation directe avec Ceylan. Le nom de Langkâ, ré-
pété trois fois dans un espace aussi peu étendu , est
une preuve suffisante de ces communications. Mais,
quant à la recherche qui nous occupe, nous no
pouvons offrir, il faut l'avouer, que comme une
simple conjecture, le rapport de Nâga Divou avec
la Naggadipa de la chronique singhalaise.
Il est moins facile encore de retrouver l'île de
Mahêndra, citée parla même autorité. J'ai cru, pen-
dant quelque temps, que la ville de Râdjamundri,
qui donne son nom à la partie la plus considérable
du delta de la Godâvari , pouvait se rapprocher du
Mahêndra du Mahâvamsa, qui aurait été précédé
du mot Râdja. En effet, ce nom, qui est purement
sanscrit, doit s'écrire, selon Wilson1, Râdjainahêndri ,
et c'est celui d'une ville qui a été, depuis la fin du
xi" jusque dans les dernières années du xmc siècle,
la capitale d'une branche de la dynastie des Tchâ
lukya. Mais je ne sache pas que Râdjamahêndri , qui
est, selon toute apparence, une dénomination mo-
1 Wilson, Mackenzic collection, t. I, introd. p. cxvn et cxix. Cf.
ibid. p. 263.
63 l \\\ IKK IS57.
derne, ait clé jamais appelée une île. et noua n'y
pouvons pas voir l'île MuVaeVn du Ataadraaasa. Ce
n'est pas que l«- mot de Makéndrn soit inconnu dans
la géographie du sud de l'Inde; Wilford le cite, mm
déterminer la position du lieu qu'il désigne, parmi
d'autres dénominations géographiques appartenant
à la partie méridionale de la Péninsule, liait il aat
surtout célèbre comme nom d'une des prit
,l,.uii.'> .1. niMMU-n.N du Matai Pariai*, m d.«
l'Inde, selon les Brahmanes, laquelle court le long
de la côte d'Orixa. et vient aboutir au lac Chilka.
Cette indication nous éloigne, comme on voit, de
l'embouchure du krichna . et ne nous donne anémia
lumière sur le Makêmin des chroniques de Ceylan.
La situation de l'Ile que cet ouvrage désigne ainsi,
reste donc, au moins pour moi. tout à Tait incon
nue . et la seule assertion que je puisse avancer avec
quelq nuance, c'est que, d'après les termes <ln
Makâvamsa . elle doit être voisine de /Veeeee^ea.
Peut-être serons-nous plus heureux en comparant
avec le text* pféeité les légendes conservées dans
d'autres parties de ce même ouvrage, on dans les
deux autres chroniques cinghalaises. Quoique cet
légendes n'aient aucun titre à prend r.
llmloire positive de Ceylan . elles ne noua paraissant
pas devoir être négligées ici, parce qu'elle
un point de rapport tout à fait remarquable avec
ooe donnée â\ I a géographie ancienne qui est restée
1 Y. G. Wahl . h.tdlttckmbunç —m thtuJtr* , p. sftg . 791.711.
W. Hamilton. fVi«r tptto» 0/ //iaJ*i/«« . I. II. p. ftS.
SUR LA GEOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. G'J
jusqu'à présent sans explication. Selon le Mahâvamsa ,
le fondateur du buddhisme, Çâkiamuni Buddha,
lit trois voyages à Ceylan, en vue de convertir les
habitants primitifs de l'île, connus sous le nom de
Yakchas, ou de mauvais génies, et de Nâgas, ou
dragons. La première fois, il descendit au lieu où
se trouve l'édifice sacré nommé Mahiyangganathûpa ,
pour H^4^ult*4M Mahyangganasthûpa « le sthûpa de
l'enclos de terre», et, selon le Râdjavali, Myange-
mea , temple célèbre , situé dans la province de Vi-
lassa, vers la partie orientale de Ceylan. Les Yakchas,
ou mauvais génies, furent alors exilés sur une île
nommée par le Mahâvamsa Giridîpa, pour Hll^M
Giridvîpa « l'île de la montagne ». Le Râdjaratnâkari
et le Râdjavali ajoutent au nom de cette île celui
des Yakchas, abrégé en Yak, et l'appellent Yakgiri-
diwa ou Yakgiri Devine; la première de ces deux
orthographes est conforme au texte du Râdjavali.
Or, la tradition singhalaise place cette « île de la
montagne», ou «île de la montagne des démons»,
près de Manàr, ou à Manàr même. Cette tradition
ne nous donne pas encore, il est vrai, la Naggadipa
du Mahâvaiîisa ; elle nous indique cependant déjà
l'existence , au moins dans l'opinion des Singhalais ,
d'une île vers le nord de Ceylan, portant le nom
de i île de la montagne des démons ».
Mais nous trouvons, dans la suite de la même
légende, une Nâgadîpa désignée comme le lieu
où Çàkiamuni descendit à son second voyage à
Ceylan. Le Mahm amsa est la seule des trois chro
70 JAKVIEH 1857.
niques cinghalaise* qui parle de cet!' il< rt le fia*.
djaratnâkari, ainM ; Rêdjatali, font paraître
Htuldha pour la seconde fois a Caiam I* crois
c'est une erreur, qui vient de ce que le troUt.
voyage a été confondu par lea Singhalais avc<
second. Le Mahâromsa en distingue troia de la ma-
nière la plus positive, et dans les termes suivant
i* \fahryangpinagamanam «arrivée è Afdaireag-
gana » ;
a* Nâyadtparjamanam « arrivée A Nâjêàif* •;
3" Kahrânigamanam • arrivée) à Kalydm •.
Il m-' parait évident, qu'en plaçant è Katya
me dn second voyage de Çakiamuni. lea detta
ouvrages rites en dernier lien appliquent au second
voyage dea événements qui n'appartient >.t qu'au
troisième.
Or. en nous en tenant aoi termes dn récit du
Mahàraihsa . qui dit positivement que i le flambeau
du m. .mir. aJeJn d'une immense miséricorde. \>
sita trois fois la belle Ile», il faut admettre que
NépuUpa est une Ile voisine de Ceyla tte
-, qui me parait résulter neoossaireaneaH
du texte précité, mérite d'autant plus d'être prise
en considération, que rien, dans le récit do Makd
vamsa, ne nous instruit de la véritable position de
Nâgaiipa. Une autre conclusion, qu'on admettra, je
l'espère également, c'est que la Myadipa où des-
I •• ndit Çakiamuni est la mi que la V»7ert-
dipa que rer le* emigranU du Beng..
nt d'aborder à Ovlan Car ■moinsil ,,icr
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 71
l'existence de deux Nâgadîpa dans ces parages, il
faut adopter la conséquence qui résulte de l'identité
absolue des noms, et regarder comme se rapportant
à la même localité les deux passages du Mahdvarhsa
où il est parlé de Nâgadîpa et de Naggadîpa. Enfin,
comme la légende du second voyage de Çàkia-
muni ne permet pas de douter que la Nâgadîpa de
ce récit ne soit voisine de Ceylan, et, comme la
\aggadipa visitée par Vidjaya est nécessairement en
avant de Ceylan, il est également indispensable de
reconnaître que Nâgadîpa était, dans l'opinion des
Singbalais, une des nombreuses îles qui se trouvent
au nord de Langkâ. Ce n'était certainement pas une
île isolée; car le texte parle, comme nous l'avons
vu , de Mahinda, autre île qui ne devait pas être à
une grande distance de la première.
Mais ce qui me paraît venir à l'appui de cette
hypothèse sur la situation de Nâgadîpa, c'est que les
tables de Ptolémée nous donnent une île de Naya-
§i€a, parmi celles qui sont indiquées dans les pa-
rages de Ceylan. Cette île a été placée par M. Gos-
sellin sous le même parallèle que la ville de l\agadiba,
capitale du peuple des Nagadibi , dont ce savant
géographe fixe , avec Bochart et Mannert , la posi-
tion dans le nord de Ceylan , sur la côte orientale.
C'est, je crois, avec raison que l'île Nagadiba est
rattachée aux Nagadibi singbalais , et l'on a bien fait ,
pour déterminer la situation de cette île , maintenant
1 Mahâvamsa. Ç. I. v. 34 a, fol. 4 v° du manuscrit de Sir Al.
Johnston.
78 JANV1KK 1857.
in< oiiuue, de profiter de la présence sur la côte de
Ceylan d'un point de rapport aussi évident que le
peuple des Nagadibi et la ville de NagaAba. Nou»
croyons même qu'il est permis d'aller plus loin en-
core , et de rapprocher davantage l'un de l'autre deux
points qui portent exactement le même nom. Toute-
fois, sans essayer de donner, par conjecture, à la
position de la Nagadiba de Ptoléméc, une précision
dont les tables actuelles n'offrent pas les éléments .
nous nous contenterons de tirer la conséquence qui
résulte du rapprochement que nous venons d'établir
«ntre la JVdpuUjpo du Makâmnua. et la Nê§Ma «In
géographe grec. Cette conséquence , c'est qu'il a dû
exister, dans le voisinage de Ceylan , une lie de Né-
gadipa , puisque deux autorités aussi indépendantes
l'une de l'autre que les tables dePtolémée et le Af*a-
hémnua citent également dm île de ce nom.
dans l'impossibilité où Ion est de retrouver actuel-
lement la trace de 111e de Nàgadipa, on se croyait
autorisé à contester l'existence de «cette I la
reléguer, comme la légende qui Dont la lait con-
naître, au nombre des labiés, il faudrait au moins
admettre, que la légende elle-même existait des le
r siècle de notre ère, et que les navigateurs, dont
Ptolémée mettait en «ruvre les récits, avaient, si-
non vu Nagadiba, du moins entendu pari»
tle de ce nom. Ce n'est certainement pas là une con-
séquence trop hardie, et nous doutons que les es-
prits les plus difficiles soient disposés à en contester
l'exactitude.
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 73
Quant à nous , partant de l'opinion des géographes
qui placent les Nagadibi de Ptolémée dans le nord
de Ceylan, et, sous le même parallèle, l'île de Na-
gadiba , rapprochant de cette opinion et du nom sur
lequel elle porte, la Nâgadîpa du Mahâvamsa, ile à
laquelle toucha la colonie indienne venue du Ben-
gale , avant d'aborder à Geylan , nous voyons dans ce
rapprochement une présomption nouvelle en faveur
de l'existence d'une île de ce nom parmi celles qui
sont situées en avant de Geylan. Ce nom ne se re-
trouve plus, il est vrai, dans la géographie actuelle;
mais on en peut dire autant de beaucoup de déno-
minations qui ont disparu des cartes modernes. Cette
opinion me paraît plus vraisemblable que celle qui
essayerait de retrouver la Nâgadipa du Mahâvamsa
sur la côte orientale de la presqu'île indienne. En in-
diquant plus haut les traces qu'on y peut découvrir
des noms de Nâga et de Dipa, nous avons fait re-
marquer qu'on en devait plutôt conclure l'existence
de communications anciennes entre l'île de Ceylan
et la côte du royaume de Kalinga.
Nous sommes ainsi conduits dans le voisinage de
Ceylan, et ramenés à l'objet principal de notre re-
cherche, l'origine du nom de Simhala. L'examen du
petit nombre de lieux auxquels loucha la migration
indienne, avant d'arriver dans l'ile, et de lui donner
ce nom , n'était cependant pas inutile , puisque la géo-
graphie comparative devait y trouver matière à un
rapprochement nouveau. Mais nous ne devons pas
accorder la même attention au renseignement his-
74 JAMILH 1857.
teafaaja <|iii termine l«' récit «lu Mihànim.ui Gml
dit la chronique . le jour de la mort de Buddba, qtia
\uija>a prit terre à Ceylan. Or, comme Buddlu
mourut, selon les Singhalais. cinq cent quarante-
trois ans ayant notre ère , ce serait , d'après le Mm-
kâvamsa , cette date qu'il faudrait assigner à l'arrivée
de \ idjaya. Ce n'est pas ici le lieu de traiter cette
question, que nous examinerons speaaleme nt d.m«
le mémoire consacré à l'histoire cinghalaise. Il noya
suffira de dire en ce moment . que le synchronisme
établi par la traduction entre ces deux événements
est très-douteux, et que le teste même dm chro-
nique» ou nous le trouvons indiqué assigne à
poque où l'île fut peuplée une date postérieure à
celle de la mon de Çèkiamuni Buddha.
L'extrait de la légende relative à l'arrivée et à ré-
tablissement de V idjaya au nord-est de Ceylan suf-
firait déjà pour établir le rapport du nom de SosV
kala, donné aux habitants et à l'Ile de Langké, avec
ni du chef de la famille à laquelle appartenait le
roi de la colonie venue du Bengale. Car \ idjaya est
fils de Stmkabâku, qui, lui-même, est fils de Sùkka
ou d'un lion m autre côté, nous avons mon-
tré plus haut que le nom de Simkala dérivait incon-
testsbleni'-nt du mot sanscrit ttmha.
Le seul point sur lequel il pourrait rester
quelque doute , c'est celui de savoir si l'île a
mimique ce nom aux habitants, comme le voulait
W alit . ou lui n »i elle l'a reçu d'eux. Or, ce que nous
« on naissons de l'ancienne géographie de l'Inde
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 75
donne déjà une grande vraisemblance à la seconde
hypothèse; car on y voit d'ordinaire les provinces
désignées par le nom du peuple qui les habite; les
listes géographiques des Purànas fournissent de
nombreuses preuves de cette assertion. Mais le Ma-
hâvamsa nous dispense de recourir ici à une conjec-
ture qui aurait déjà en sa faveur une grande proba-
bilité ; et le texte cpie nous allons citer nous apprend
que l'île de Ceylan reçut le nom Simhala, parce
qu'elle fut habitée par une famille de Simhalas.
Après avoir indiqué l'origine de la dénomination
de Tambapanna , dans le passage que nous avons
reproduit précédemment, le texte continue de cette
manière :
uComme le roi Sihabâhu s'était emparé du lion
(siha), de là vient que ses descendants à l'infini fu-
rent appelés Sîhala. Cette île de Lanka fut occupée
et habitée par un Sîhala (celui qui prend le lion).
Aussi fut-elle appelée Sîhalam [du nom] de celui qui
avait tué le lion. »
Ainsi, selon le Mahâvamsa, c'est parce que le
chef de la colonie du Bengale appartenait à une fa-
mille dite des Sîhala, en sanscrit Itl^fi Simhala,
en d'autres termes, parce qu'il était un Sîhala, que
l'île de Ceylan prit le nom de Sîhalam ou Simhalam.
Et, ce qui me paraît digne de remarque, le Mahâ-
vamsa adopte , sans la modifier, l'explication , peut-
être un peu subtile, que les lexicographes indiens
donnent de Simhala, quand ils le font dériver du
mot simha « lion », et du radical la « obtenir ». J'avoue
76 \\\ It H 1857.
rai que, pour tua part, j'aimerais mieux tradui
comme je l'ai proposé plus haut , Sikal* par « dea-
c lulant (l'un liun ». Mais quelque opinion qu'on ait
sur le sens de ce mot, il n'en est pas moins ét.il
par le témoignage des Singhalais. que ce nom a été
celui des habitants avant d'être appliqué a l'Ile. Ainsi
>e trouve justifiée l'opinion de Wilford. qui, s'ap
pusant sur une étymologie d'ailleurs erronée . tirait
le nom de Ceylan de celui du roi qui en avait fait
le premier la conquête. Enfin, par là s'explique lin
terprétation fautive du mot Simkak. inspirée aux
Singhalais par le souvenir de la tradition dont nous
venons d'emprunter les détails au Makâvamsa.
itons encore que cette explication met dans
tout son jour Insuffisance de celles qui ont • t> pn
posées jusqu'ici par des auteurs qui n'ont pu (air*
usage de b langue sanscrite. Par exemple , de Bar-
ras, s'autorisent d'une tradition dont nous parlerons
ailleurs . et qui est relative à une ancienne conquête
de Ceylan par les Chinois, pense que le nom de
Chingàlla , employé pour désigner les Singhalais et
la langue qu'ils parlent , doit son origine au séjour
des Chinois dans le sud de l'île. Selon lui , comme
leur premier établissement avait eu lieu vers la
pointe de Gale , où avait été fondée la ville de Ta-
nabaré, les habitants primitifs qui résidaient dans
les montagnes de l'intérieur nommèrent les colon»
chinois les Ckingàlla, c'est-à-dire « les Chinois
Gale ». Je n'examinerai pas, en ce moment .
tradition ne résulterait pas de la confusion du n
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 77
de Sina avec le mot Simha « lion » , qui forme, comme
nous l'avons fait voir, la partie principale du nom
des Singhalais-, il me suffit d'exposer l'opinion déve-
loppée par J. de Barros pour montrer combien peu
elle est vraisemblable. Il faut en dire autant de celle
de de Couto, qui pense que les Chingdlla sont issus
du mélange des Chins ou Chinois avec les Galla,
nom qui, selon lui, signifie les exilés, et par lequel on
désignait les premiers colons arrivés avec Vidjaya.
Cette explication, moins l'interprétation du nom de
Galla, est également donnée par Teixeira1. Bochart
n'est pas plus heureux, quand il cherche dans les
Chingali ou Chingari (avec une modification légère
d'orthographe) le mot arabe Chingar, qui signifie
un homme timide et lâche. Enfin, l'on ne peut
croire avec un voyageur anglais, Barrow2, qui renou-
velle la tradition d'une ancienne colonie établie par
les Chinois à Ceylan , que le nom de cette île , sous
sa forme moderne, dérive des mots chinois Sih-lan,
Sih-long ou Sih-lang ule dragon occidental». Il faut
s'en tenir à la tradition singhalaise, qui donne à la
colonie qui peupla Ceylan un nom d'origine sans-
crite, un nom que l'idiome savant des Brahmanes
suffit pour expliquer. Que les Simhala soient origi-
naires du Bengale, comme le pensent les Singhalais,
ou que ce soient des Radjpoutes, ainsi que vient de
le conjecturer tout récemment M. Montgorpery Mar-
1 Relaciones del orujen de. los Heyes de Persia, c. xxxv, p. i84.
Anvers, 1610, in-8°.
1 Traxels in China.
J4V
nu, dans son Histoire de» colonie» anglaise», c
une question qui sera mieux à sa place . quaud non»
rechercherons le» élément» dont se compose 1 an
CMone population de Ceyian. Aujourd'hui n ou» de-
vons nous contenter de» lumière» que in rappro-
chements présentés plus haut jettent sur le nom de
Sùhkabi. C'est, dan» de» recherche» de et genre.
obtenu un résultat qui peut passer pour itliafai
sant, que de retrouver, dan» le» texte», l'origine et
la justification de» tradition» populaire», souvent
si vague» et si incertaine», et de le» ramener eur
le seul terrain où elle» pument être discutée» avec
quelque avantage pour la science, celui de la phi-
lologie.
La discussion à laquelle nous venons de an» li-
vrer nous a lait connaître le troisième et dernier
de» nom» par lesquels le» document» écrits et les
traditions orales de» Singhslais ont désigné 111e de
Ceyian . depuis les temp» les pins ancien» jusqu'à no»
jour». Le caractère commun de ces noms, c'est qu'ib
appartiennent tous a la langue sansen te. du moins
s'il n'est pas facile de découvrir dan» cet idiome le
sens du mot Langkâ, on doit reconnaître que ee nom
est ai uniformément et si anciennement employé par
les Brahmanes pour désigner Ceyian . qa i a défini-
tivement pris place dans leur langue. Je n'hésite pas
a le regarder comme le plus ancien de tous cent
dont les Singhalai» ont conservé la mémoire I
monte jusqu'à l'époque fabuleuse de Râvana. i
ne paraît pas dans les chronique» cinghalaises i
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CET LAN. 79
nom, soit celui de Tâmbrapami, soit celui de Sim-
hala, sans que la dénomination brahmanique de
Langhâ soit en même temps rappelée. «Il prit terre
à Lancjkâ, qui fut nommée Tambapaiina. L'ile de
Langkâ fut appelée Sîhalam;» ce sont là des ex-
pressions familières au Mahâvamsa, et ces expres-
sions, si elles prouvent la simultanéité d'emploi de
ces trois mots, semblent en même temps indiquer
l'antériorité du premier. Diogo de Couto , s'appuyant
sur une tradition que nous avons précédemment
rappelée, affirme que Lancao fut le premier nom
qu'ait eu Ceylan; que c'est son véritable nom, et
qu'elle l'a conservé depuis. Valentyn, qui, dans sa
grande description de Ceylan , ne se sert, à ma con-
naissance, qu'une seule fois du mot Langkâ, et qui
l'écrit Langcauwn , le cite comme le nom de l'île au
temps du roi Vidjaya. Les Singhalais reconnaissent
donc eux-mêmes l'antériorité de cette dénomination
relativement aux deux autres; seulement je ne crois
pas, avec de Couto et Vossius, qu'il faille en attri
buer l'origine à leur premier roi, Vidjaya Râdja. Je
ne trouve, dans les textes que je puis consulter, au-
cune tradition qui permette de supposer que l'île ait
reçu ce nom de la première colonie indienne qui
s'y est établie , et j'ai lieu de croire , au contraire ,
que de Couto n'a eu, à ce sujet, que des renseigne-
ments peu exacts , ou qu'il a reproduit confusément
ceux qu'il avait à sa disposition. Le témoignage des
textes discutés plus haut nous paraîtrait d'ailleurs
préférable à une simple tradition , en supposant qu'il
80 JANVIER 1857.
\ Mit une à Ceylan. pour j
de Couto. La seule conséquence qu'on put
de son récit, c'est que l'on croit, à Ceylan. que
fut le premier nom d< i
Fatidra-t il conclure de tout ceci . que c est le nom
national de Ceylan , ceJui quelle portait avant l'ar-
rivée de la colonie indienne du Bengale? al de et
que nous le trouvons employé par les Brahmanes.
puis par les Buddhistes, pourrons-nous induire que
les habitants primitifs de l'Ile le connaissaient égale
ment? C'est une question dont la solution ne me
semble pas facile. Sans doute , si les peuples brah-
maniques du nord de l'Inde ont appelé La*gkâ I
de Ceylan , ou du moins la ville la plus importante
qu'ils y connaissaient, cela peut venir de ce qu'ils
ont trouvé ce nom en usage, ou dans l'ile elle-même.
ou dans la partie méridionale de la péninsule
dienne. Mais, d'un autre côté, si Ton réfléchit à
• x.u -titude des idées qu'ils s'étaient faites de cette
xactitude qui s'explique par la position des
anciens établissements des Brahmanes . dont les pro-
grès vers le sud de l'Inde paraissent être postérieurs
de plusieurs siècles à leur arrivée dans le nord, on
aura moins de peine à admettre que le nom de
Langkâ ait pu être imposé par eux à un peuple
ne le reconnaissait pas. H est vrai aaj M le rencontre
dans les compositions écrites des Singhalais sous les
formes diverses de Lanka , Laka , et même de \jak-
diva , et qu'on est ainsi porté a croire qu'il est na-
tional et primitif à Ceylan. et qu'il a été emprunté.
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. SI
par les Singhalais descendants des Indiens du Ben-
gale, à la population au milieu de laquelle ils se
sont établis. Toutefois, cette conclusion est loin
d'être rigoureuse ; car comme la civilisation et la lit-
térature singbalaises sont exclusivement d'origine in-
dienne, rien n'empêche qu'on ne suppose que ce
nom est passé de l'Inde à Ceylan , avec les produc-
tions littéraires des Brahmanes et des Buddhistes.
Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il est d'un usage plus
relevé et moins populaire que celui de Simhala; et,
sous ce rapport, il n'est pas indifférent de remar-
quer qu'il n'a pas été, comme ce dernier, appliqué
aux habitants de l'île , pas plus à ceux qu'on peut
appeler autochthones , qu'à ceux qui sont d'origine
indienne. Si Langkâ avait été le nom des habitants
primitifs , en supposant que ce soient les Vedda , ce
nom eût dû certainement céder la place a celui de
Simhala. Mais il n'eût pas si complètement disparu,
que nous ignorions absolument aujourd'hui qu'un
peuple quelconque l'ait jadis porté. Loin de là, on
ne trouve aucune trace de ce fait, et Langkâ n'est
jamais usité, dans les textes qui nous sont connus,
que comme désignation de l'île. Ces dernières con-
sidérations m'engagent à regarder ce nom comme
imposé par les Brahmanes et les Buddhistes à l'île
de Ceylan, et comme accepté par les colonies d'ori-
gine indienne qui la civilisèrent, plutôt que comme
primitivement connu de la population autochthone
qui existait quand les Indiens y parurent vers le mi-
lieu du vf siècle, dit-on, avant notre ère.
IX. i
81 II!! IEH 18*7.
Les traditions singhalaises jettent beaucoup plu»
de jour, ainsi qu'on l'a vu, sur le» deux noms <!♦•
Tdmbraparni et de Siihkaia. Ces noms se rattachent
aux origines de la nation telle que loot constituée
les colonies indiennes ; ils pot tcnl I rmprcmtrvisihlt'
de l'influence brahmanique, n un mm ill appar
tiennent à la langue sanscrite, c'est-à-dire à l'idiome
sacre des conquérants. Mais quoique aussi nlungn»
qur relui de Langkâ à la population autuchthone de
I il- |i m diflerent cependant en ce qu ik Mal pris
naissance avec les premiers développement* «lu
peuple singbalais. ceal-a-dire de cette population
d'origine indienne qui , par la conquête et sans doute
aussi par des alliances, s'empara de Cevlan quelques
siècles avant notre ère. Les Brahmanes, restes dans
I Inde, n'ont donc pas imposé ces dénominations aux
colonies établies à Ceylan ; il n'est pas même certain,
quoique Mannert l'affirme, qu'ils aient jamais fait
usage, pour désigner Ceylan, du nom de Témra
parm, nom que les Puranas appliquent à une l ivière
qui roule à l'extrémité de la péninsule; H ;i rail ton.
cité par le docteur Vincent1, affirmait qu'il n'avait
trouvé dans aucun texte sanscrit de nom qui res-
semblât à celui de Taprobane. Ce sont les Singbalais
qui se sont donné a eux -mémos et è leur Ue les
noms de Simhala et de Tdmbraparni . et, sous.ee rap-
port, ces dénominations doivent passer pour natio-
nales. La première est cependant beaucoup plu»
1 The commtrcr ami mnimmtiém aftke mmettmti tu tkr l»Jimm Ottmm.
i. II. p. 494.
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 83
populaire que la seconde; elle désigne à la fois l'île
el ses habitants, tandis que Tâmbraparni paraît ex-
clusivement employé , ainsi que Langkâ , comme nom
de Ceylan. D'un autre côté, cette dernière appella-
tion a plus d intérêt pour la géographie comparative ,
en ce qu'elle nous donne , comme nous Talions voir,
l'origine du nom sous lequel les Grecs ont connu
cette île célèbre. Il n'est pas facile de déterminer
l'antériorité relative des noms de Tâmbraparni et de
Simhala. Qu'ils soient tous deux anciens, c'est ce dont
on ne peut douter ; mais comme il est nécessaire de
soumettre à un examen critique les données de l'his-
toire singhalaise relative à la date de 5 A 3 ans avant
notre ère, assignée à l'arrivée de Vidjaya, on ne peut
affirmer absolument que les noms de Tâmbraparni
et de Simhala datent exactement de cette époque.
Quelques aveux dos Singhalais eux-mêmes permet-
tent au contraire d'en fixer l'origine environ un siècle
plus tard; et, d'un autre côté, le témoignage des
Grecs doit nous porter à regarder le nom de Tâm-
braparni comme antérieur à celui de Simhala.
Il ne nous reste plus, pour achever la tâche que
nous nous sommes imposée, qu'à indiquer, d'une
manière rapide , les destinées des noms divers de
Ceylan que nous avons examinés dans ce mémoire.
Et d'abord , l'observation que nous avons faite plus
haut , sur le nombre et la variété des dénominations
d'origine indienne que nous fournissent les textes
singhalais , doit être répétée ici ; car ce n'est pas une
particularité peu remarquable de voir sous combien
6.
84 JANVIER l»57
de noms divers eetM Ni » été connue de» nations de
l'Occident'. Depuis le commencenu-m «In iv* siècle
avant notre ère jusqu'au temps de PtoUmée , on en
compte trois tout à fait distii uns de* autres.
Depuis le vi* siècle jusqu'à nos jours, il en parait dans
les voyageurs au moins quatre nouveaui . sans comp
ter celui qui est reste en possession de désigner cette
Il (liez les nations de l'Europe etches le plus grand
nombre des peuples commerçants de l'Asie. Sens
doute des noms tels que ceus de Tenarisim. lUumn
et d'autres , prives comme ils te sont d'autorités n«
I >i' uses et vraiment respectable»
nt «t. de la part de la critique, un long examen
quand nous aurons dit qu'ils paraissent être incon >
à Ccylan. et qu'aucun texte, entre ceux que nous
pouvons consulter, n'en a gardé b plus légère trace,
qsj BjBjaJi « \ rusera peut pas non
« npor davantage. Mais on n'en peut pas dire autant
des noms que nous a conservés l'antiquité dassi<|
et quelque d illimité qu'on éprouve pour les retrou-
ver tous également chez les Singhalais. leur impor-
t.mo- 1rs .ippcllr ntfieSSliriinUBl .1 pn-mln- plan-
dans des recherches consacrées aux noms anciens
de Ceylan.
Après que les conquêtes d'Alexandre dans i :
eurent ouvert aux Grecs le chemin de l'Asie orien-
tale, Onesicritc et Mégasthène. au rapport de Stra-
bon et de Pline, eurent connaissance de l'île de
1 Vincent . Tkt nmmnet •md mmijmlttm •/ »*# màmt* m tke
/WMaOcMm.t. II. p. A93.
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 85
Ceylan, et ils lui donnèrent, dans leurs relations, le
nom de Ta7rpo£<xW Cette dénomination paraît donc
en même temps que les premiers renseignements
positifs que l'antiquité nous ait transmis sur Ceylan ,
et nous sommes ainsi autorisés à la regarder comme
la première que les Grecs aient connue. Or ce nom
de Taprobane, auquel les riches productions de l'île
qu'il désignait ont donné chez les anciens une grande
célébrité, nous le retrouvons dans la dénomination
sanscrite et singhalaise Tâmraparna et Tâmbroparni.
Ce rapprochement, que j'ai déjà essayé d'établir
autre part, d'après un passage emprunté à un ma-
nuscrit siamois, me parait mis à l'abri de toute con-
testation par les textes que j'ai rassemblés depuis et
dont j'ai fait usage dans ce mémoire. Je me trouve
encore confirmé dans cette opinion par l'assentiment
de M. de Bohlen et par l'autorité d'un critique an-
glais, qui avait indiqué, dès 1816, sous la forme
d'une simple conjecture, le rapprochement de Tâm
braparni et de Taprobane, dans un article de la Revue
d'Edimbourg que cite M. de Bohlen. Il est toutefois
nécessaire de remarquer que l'écrivain anglais, dont
j'ignore le nom, mais qui peut avoir été Hamilton,
s'est contenté d'avancer, sans en fournir aucune
preuve, que Tâmbroparni [sic) se trouve, dans les
livres des Cinghalais, employé pour désigner l'île
de Ceylan. Les détails étendus, dans lesquels j'ai
cru nécessaire d'entrer à ce sujet, ne doivent, je
l'espère, laisser aucun doute sur l'exactitude de cette
assertion , et la ressemblance si frappante des mots
H I! IKR 1857.
Tâmbraparnt et Taprobane démontre l'ideiitu<- l
damentale de ces deux noms.
( )n ne peut donc phu dire avee de Couto. qui
avait fuit do vains efforts pour retrouver la Tapro
fmne, soit dans la nomenclature géographique de
Ceylan, soit dans les traditions anciennes de l'île,
que ce nom n'a de sens dans aucun dialect •'• I Inde.
et qu'il a été imposé à Ce vlan par Ptolémée II faut
même temps renoncer aux ■ \| lira lions qui ont
été proposées jusqu'ici pour le nom de Taprobane.
à relit- de llochart . qui y trouvait les deux mois hé-
breux Tapk Porvan • la côte de l'or »; à celle de
Th. Hyde, qui composait Taprobane des mois Hb
+&) Rohvan «l'ile du mont Rahoun».
«lu pic d'Adam; à celle de Vossius. qui le tirait du
nom de Tranatc, qui est donné par de Couto à I
de Ceylan; à celle de Rurrows. que répét» plus tard
Cordiner1 quand il tire Taprobane de Tapobon pour
Tapovana , la forêt de la mortification ou de la prière;
a celle que réfute, comme à celle que propose
'.iiiMmi -Wahl. quand il reconnaît dans ce nom
mots à peine grecs de ta mpw oCop ($ic)\ enfin, à
celle de Duncan et de Wilford*. qui voient dans I
probanc les deux mots Topa Hârana m l'Ile de RAvana s.
Quand même les considérations philologiques que
j'ai fait valoir ailleurs contre cette dernière etplica
tion ne suffiraient pas pour démontrer combien peu
elle est sout île discussion devrait cesser
1 IkscnpUom oj CtyUm, l I |
' Duncan . Atial fit* i \ |> "\„ eJ ia-JT
SUR LÀ GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 87
devant le fait bien constaté, que les textes singhalais
donnent à l'île de Ceylan le nom de Tâmraparna ,
ou Tâmbraparni , et que ce nom est presque, lettre
pour lettre, celui de Taprobane.
La seconde dénomination que nous ait conser-
vée l'antiquité classique est celle de UaXaimfxovvSov
Palaisimoundou, ou ^ifxovvSov Simoandou. Je dis la
seconde; car je n'hésite pas à regarder, avec Dodwell
et le docteur Vincent1, ce nom comme n'ayant été
connu des Grecs que postérieurement à celui de 7a-
probane. L'auteur duPériple de la merErythrée donne
évidemment la priorité à la dénomination de Ta-
probane sur celle de Palaisimoundou, lorsqu'il nous
apprend que l'île de Palaisimoundou était ancienne-
ment nommée par les habitants Taprobane2. Il semble,
il est vrai , que l'on doive conclure du texte de Pto-
1 The commerce and navigation of ihe ancients in the Indian Océan,
t. II, p. 4q4 , fd. 1807.
1 Voici le texte du Périple : Eis vséXayos vyoof éxxsirat ispàs
aÙTTji» tt)v Svatv, \tyop.évr) UaXaiai(iovvSov, tsapà Se to7s dp^alots
av-réSv Ttmpoëdvv- M. Gossellin a, sur ce texte, la note suivante :
« L'auteur du Périple dit que l'île de Palœsimundi était appelée Ta-
probane par les anciens; mais il parle sans doute, des Grecs qui pré-
cédaient le siècle où il écrivait. 1 H uous est impossible d'admettre
cette conclusion , et, par toit ip^aiott aùiûv, l'auteur du Périple dé-
signe évidemment les anciens par rapport aux habitants de l'île.
Les éditeurs et traducteurs du Périple ont, il est vrai, omis aùiùv,
et rendu ce passage par veteribus, ce qui est, pour le moins, très-
vague. Il semble que le plus grand nombre des géographes qui se
sont occupés de la Taprobane aient pris à la lettre cette traduction ,
sans recourir au texte original; car comment comprendre autrement
qu'on ait pu voir ici les anciens Grecs ? Et n'est-ce pas pour avoir
méconnu le témoignage formel de ce texte que Mannert ait pu dire,
«l'une manière si affirmative, que le nom de Taprobane n'était pas
M JANV1LK l>
lém »duitpar Agatuémère.parM II
raclée et par Bhnttfuiîi Byianrc. que le plus an*
de tous les noms de Ceylan est l\iUmtmoundou , ou
Smwandou, comme on lit ordinairement en prenant
mdkeu pour un mot grec. C
par d'An ville, l'est également parM.Cios • llm . t par
Minuit et oc dernier va jusqu'à prétendre que le
nom de Taprobane n'était pas national A Ceylan. <
\m Grecs l'avaient appris *l mais «j
comme ce nom était généralement connu et ado)<
Ptolémée l'avait conservé, en avertissant toutefois
que l'île se nommait autrefois Palauimoë*d<
son temps laXuaf. Nous savons maintenant à quoi
nous en t* mu sur l'assertion qui sert de base au rai
Muni-m- nt il \! um.-it N.mm fM l«- DOM il '/"
probant n'est pas national à Ceylan. Et quant i son
raisonnement même, nous trouvons que c'est ti
du texte de Ptolémée une conséquence forcée , •
d'y voir la preuve de l'antériorité de la dénomina-
tion de Palaisimoandou mu rrlle de Taprobant. Ce
que Ptolémée noua semble avoir l'intention d'exp <
mer, c'est que le nom de Salike avait de son temps
remplacé le nom de Pala'uimoandoa. C'est
ment de l'ancienneté comparative de ces deux •
nières dénominations qu'il s'occupe i affirme
rien relativement à l'âge du nom de Taprobane,
c'est qu'il ne se propose pas d'examiné i ,ucs-
tion.
national à Ceylan? ( Voy. Goaadim . fera, mr laGéfr. ias ■■■-».
t III. p. 390; Manorrt. Gt^r À€t Gnaca. mmÀ Bâm. Part. \
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 89
Marcien d'Héraclée n'en dit pas plus clans l'un des
passages où il ne fait que reproduire le texte même
de Ptolémée , et l'on ne peut entendre autrement
celui d'Etienne de Byzance, qui est évidemment em-
prunté à la même source. Le seul texte que l'on
puisse invoquer pour prouver l'antériorité de Palai-
simoundou sur Taprobane , est le premier des deux
passages où Marcien parle de l'île de ce nom. Les
expressions rrjs te TairpoGavris xaXovfxévtis , jfjs HaXai-
a-ifxovvSov \eyo(iévtjs Tspàtepov signifient , sans aucun
doute, «l'île nommée Taprobane, appelée antérieu-
rement Palaisimoundou. » Mais, si l'on compare cette
phrase à celle dont se sert le même auteur dans un
autre endroit de son ouvrage , on est porté à croire
qu'elle n'est que l'abrégé du texte de Ptolémée,
source commune de ces divers énoncés, et que Mar-
cien s'est contenté ici de répéter la partie princi-
pale d'un passage qu'il reproduit intégralement ail-
leurs. De l'omission du mot de Salike, il résulte que
la question d'antériorité se trouve porter sur les mots
de Taprobane et de Palaisimoundou; mais j'ai peine
à croire qu'il ait été réellement dans la pensée de
Marcien de la poser dans ces termes. Au reste , quand
il en serait ainsi, et quand de la comparaison des
divers textes de cet auteur il faudrait conclure que,
d'un côté, il établit avec Ptolémée que le nom de
Palaisimoundou est antérieur à celui de Salike, et
que, de l'autre, il prétend que Palaisimoundou est
plus ancien que Taprobane , plaçant ces trois dé-
nominations dans l'ordre suivant : Palaisimoundou,
•mi JANVIER IK57
ïtiprobane, Salike, il en résulterait sculem
Martien est , entre les auteurs qui oui parlé uY /
laisimoandoa , le seul de ce sentiment. Or, son opi-
nion ne me parait pas devoir l'emporter sur cille
• li- Ptolêmée. qui. selon nous, n'avance rien de
pareil.
Dans le cours de* ubai nations précédent t
me suis servi de la dénomination de Pakitmmmàm
il préférence* celle de 5t0toa*doa. quoique les cartes
ii la Taprobane. selon Ptolêmée. reproduisent à
paji prés invariablement cette dernière leçon. Ceat
qu'il ne me parait pas possible de faire aucune
jertion solide contre l'opinion qu'ont émise Seumit
Dodwell . Mannert et M.Goasellin (ce dernier, cepen-
dant . d'une manière dubitative). I«a comparaison des
'• xtes du Périple de la mer Erythrée, de Martien et
de Pline, avec celui de Ptolêmée, noua autorise à
croire que ceat Pakùnmammiom qu'il faut lire. Une
variante du teite de Martien d'Héradée donne HeA-
XtytfuMov; mais Dodwell a rétabli la leçon IUW
atiwMou, et Ton doit, en effet, reeonnaitre que la
variante WaXktytpoMo» y isolée comme elle l'est . a
bien moins d'autorité que celle de Peiamaseendoe.
Déjà on a essayé, saut succès selon noua, de retrou-
ver dans les langues de l'Inde ce nom attribué à 111e
de Ceylan. Vosstus. s'autorisent d'une tradition plus
qaê douteuse relative à une ancienne conquête de
Ceylan par les Chinois, pense qu'il n dû primiti
il s'écrire \\a\cvotfivy, mot formé de palou ou
polou « ile » tnâm, nom propre des Siamois.
SUR LA GEOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 91
uue ce savant regarde comme le même peuple que
les Chinois. A ce mot de Palousîmôn , les Persans
ont ajouté, selon lui, le nom commun diou «île».
de sorte que cette idée d'île s'est trouvée deux fois
exprimée dans ce composé. Cette explication , toute
conjecturale , ne soutient pas l'examen de la critique.
La seule observation digne de remarque qu'elle pré-
sente, c'est celle qui porte sur la finale Sov, que Vos-
sius propose de regarder comme identique avec div,
qui signifie «île», mais qu'il croit, à tort, empruntée au
persan. Ce rapprochement peut être, en effet , fondé,
#et j'ajouterai qu'il appartient également à Pinédo,
l'éditeur d'Etienne de Byzance. Le monosyllabe don
est la finale ordinaire du plus grand nombre des
noms des îles Maldives, et il vient, de même que
le diva singhalais, de l'altération du sanscrit dvîpa.
Le P. Paulin de Saint -Barthélémy, qui croyait
trop facilement à la possibilité d'expliquer par les
langues de l'Inde les renseignements, de quelque
nature qu'ils fussent, qui nous ont été conservés par
les anciens sur cette contrée, faisait de Palaisimoun-
dou, le sanscrit Paraçrîmandala «la contrée de Pa-
raçrîn, nom du Bacchus indien. Je ne crains pas
d'affirmer que , si le mot inventé par Paulin existe en
sanscrit, il ne peut avoir le sens que ce savant lui
donne, et l'on peut être étonné que le docteur Vin-
cent1, qui a plus d'une fois consulté Hamilton dans
le cours de ses recherches sur la géographie de l'Inde,
1 The commerce and navigation of the ancients in the buiian Océan,
I II, p. 54 et /ig5.
M \NMKR 1857.
n'ait pas hésité à donner son approbation à 1 1.\
thèse de Paulin de Saint-Barthélémy.
Frédéric (Juntlicr Wahl s'est également e\
sur ce mot dilli» il< ■. et il en a donné autant (Texpli
min (liM-ises. qu'il a. trouvé dans le dictionnaire
oui de mots commençant par la syllabe pal . t
ayant des sens différents. Comme nom général
I il*- Simoanio* (sans palai) lui paraît, on formé du
sanscrit simd • terme, limite » . ou altéré de SikmadoM
ou Silandoa; cette dernière conjecture, déjà prof
sec par Renaudot. a été renouvelée par Malte- Brun
Comme nom de la ville principale de l'île, et te^
qu'il est donné par Mm, PaUtstmmmdmm est c<>
posé de simomdou, auquel on a préposé un des mots
tamouls suivants : paUi «temple», lj/tO&vtlulï?
pâtàiyam «campement, siège du gouvernement»;
i_j/rovTuï> pâlam «pont*, ljtoo, utovjb
pâla ou pâUuja (sanscr. ■ gouverneur, roi »); cette dé
•ination peut même s'appliquer à l'Ile tout en-
tière; et alors le méXa» grec sera le tamoul palia ou
ralia (Guj/ruj périra?) «grand, fort». Quand
peut donner, d'un même mot. autant d'explication»
diverses, on doit se tenir pour assuré que 1 on
possède pas la vérital
Dim mire côté. Wilford. renouvelant une ex-
pli» ttiofl <!.jà condamnée par Sauroaise. croit <\<
par le mot Taprobanc, les Gncs ont voulu design
l'île de Sumatra, et il trouve le nom de cette été
nière île dan» Pulaisunoandou , qui. puni lui est
et de Mimnmlu et mandit, ail'
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 93
ration singhalaise deSamudra ou Samunderu l'Océan ».
Palaisimoundou. signifie donc «île de l'Océan », selon
cette hypothèse. Mais , outre que Wilford eût pu dif-
ficilement trouver un texte pour justifier les diverses
transformations de mots dont il avait besoin , son ex-
plication est insuffisante, puisqu'il est définitivement
prouvé aujourd'hui que la Taprobane des anciens
est réellement la Ceylan des modernes. Mannert qui,
avec Saumaise, Bochart, d'Anville et tant d'autres,
reconnaissait l'identité de ces deux îles, s'était con-
tenté d'expliquer, sans doute d'après Vossius, le mot
Palai par pulo, et il regardait Simoundou comme le
nom propre de Ceylan.
La meilleure réfutation qu'on aurait à faire de
ces explications conjecturales serait de montrer le
mot Palaisimoundou dans un texte pâli ou singhalais,
etd'en rendre compte, comme nous l'avons fait pour
les dénominations de Tâmbraparni et de Simhala, par
l'une ou l'autre de ces deux langues. Mais les textes
que j'ai eus jusqu'à ce jour à ma disposition ne nous
offrent ici aucun secours, et je n'y ai pu, jusqu'à pré-
sent, rencontrer un nom qui eût, avec celui de Pa-
laisimoundou, la moindre analogie. Nous en sommes
encore, à cet égard, au point où s'était arrêté d'An-
ville, lorsqu'il disait que l'on ne découvre mainte-
nant aucun vestige de Simundi (Palaisimoundou). Il
y a, toutefois, cette différence, qu'au temps de d'An-
ville, on ne pouvait pas savoir si une connaissance
plus intime qu'on ne l'avait alors des idiomes et des
livres indiens, ne pouvait pas, plus tard, révéler
Il JANV IM. 1*57.
l'existence de ce nom. Aujourd'hui, au contraire,
nous sommes en état, sinon d'affirmer, du m
de conjecturer, avec beaucoup de
que le nom de PalatsimomAdoa n'est pas
les Singhalais au nombre de ceux qu'ils donnent à
leur ile. Ce nom ne se trouve dans aucune des trois
chroniques qui fout autorité à Ceylan. et qui, selon
toute apparence, sont les seuls documents hi
i uj.ies qu'on y possède.
Il me semble donc permis de conclure de l'an
seuce de cette dénomination du» les telles singha-
lais , de deux choses l'une . ou que les anciens i
commis une erreur en l'appliquant à la Taprobaue,
ou qu'ils ont, également à tort, étendu à l'ile tout
entière une dénomination qui n'appartenait qu'à use
localité, sans doute de quelque importance. Je i
goore pas que. pour donner quelque poids à la pre-
mière de ces conjectures, il faudrait montrer qu il
y avait, en effet . une lie dont les Grecs ont basse-
ment transporté le nom à la Taprobaue. Or, oek
n'est pas plus facile que de prouver que les Singha-
lais connaissent le nom de Pniammmmàom; et Dod-
wella été justement critiqué par le docteur Vincent1,
quand il a voulu retrouver une PafaùwttaWoa autre
que la Taprobaue. sur la côte occidentale de la Pé-
ninsule. Mais la seconde hypothèse a pour elle une
aases grande vraisemblance; car on remarque que
les quatre autorités sur lesquelles on s'appuie pour
1 Tke comtmtrcr m*d mmriftim af tkt •acinU m tir ImJimm Octan.
i. II. p. S7, ed 1807
SUR LA GÉ0G1UPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 95
nommer l'ancienne Taprobane Palaisimoundou ou Si-
moundou, peuvent se réduire à une seule, celle de
Ptolémée , puisque Marcien ne fait évidemment que
transcrire le texte de son prédécesseur, et que le
géographe Agathémère , ainsi qu'Etienne de By-
zance, paraît n'en donner qu'un extrait. Le nom
de Palœsimundum est encore, il est vrai, cité par
Pline , mais seulement comme nom d'une ville con-
sidérable à l'embouchure d'un fleuve du même nom.
Ainsi tout ce que l'antiquité nous apprend du nom
de Palaisimoundou , c'est qu'il désignait, selon Pline,
une ville célèbre de son temps, et, selon Ptolémée,
suivi en cela par Agathémère, par Marcien et par
Etienne de Byzance, la Taprobane toute entière. Ce
rapprochement nous autorise à croire que le nom
d'une ville appelée Palaisimoundou a été transporté
par quelques-uns des navigateurs occidentaux à la
Taprobane tout entière , pendant l'espace de temps
qui s est écoulé entre Pline et Ptolémée.
Je dois reconnaître, toutefois, que l'on ne re-
trouve plus à Ceylan de ville de ce nom, et que la
dernière syllabe de Palaisimoundou peut, comme le
proposait déjà Vossius, se traduire par île, nom qui
convient mal à une ville et à un fleuve. C'est que,
de toutes les difficultés que fait naître cette dénomi-
nation, la plus considérable est encore celle de la si-
gnification qu'il faut lui assigner. On trouverait sans
doute dans les langues de cette partie de l'Asie de
quoi la recomposer, et, sans sortir de Ceylan, les
trois mots: Palal sumana-diva, signifiant «l'île de
9* JANVIER 1857
la vaste montagne Sumana » , pourraient ne paa pa-
raître fort éloignés de Palautmomndou. On pourrait
ajouter encore que rien n'est plus naturel que d'a-
voir désigné Ceylan par le nom de la haute mon-
tagne a laquchV | «luit une partie de m célé-
brité. Mais, je le répète, cette dénomination de
de la montagne de Sumana • ou « du Pic d'Adam i
se rencontre dans aucun des livres singhalais •
nous pou voua consulter, et. jusqu'à <
trotm . il l.iut renoncer à s'en servir pour rendre
compte de PaUtisimoanJou. Autre chose est «I ftpfti
quer les dénominations que nous ont conservées les
auteurs classiques pour les contrées orientales, par
celles qui sont encore en usage dans le pava, ou <1
les livres orientaux ont gardé le souvenir; autre
chose est de se servir des langues de l'Asie pour re-
construire les noms dont les anciens nous ont trans-
mis Is mémoire. Cette dernière tentative peut être
quelque fois heureuse ; mais elle me parait rarement
légitime, et, s'il m'est permis de dire toute ma |
sec, c'est quelquefois attacher aux renseignements
que nous devons aux anciens navigateurs occiden-
taux une importance que tous ne méritent pas éga-
leuK-iit que de conserver l'espérance de pouvoir le»
expliquer tous, sans exception, par les langues des
pays auxquels ils se rapportent
Le dernier des noms anciens de Ceylan qui nous
reste a examiner est celui de SaJuW. que
Ptolémée comme existant de son temps. Les
autorités, moins celle de Pline « iteur du
#
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 97
riple , nous font connaître cette dénomination, et ces
autorités, qui sont Agathémère, Marcien et Etienne
de Byzance , se réduisent, à vrai dire, à Ptolémée.
Ainsi, il en est du nom de Salike comme de celui
de Palaisimoundou; ces deux noms , plus modernes
que celui de Taprobane, sont également cités par
un moins grand nombre d'auteurs. Il y a, toutefois,
entre le nom de Salike et celui de Palaisimoundou ,
une différence, c'est que le premier n'est pas isolé,
et qu'il se rattache à celui des 2aXa*, les Salœ, nom
sous lequel, d'après le même Ptolémée, sont connus
les habitants de l'île. Presque tous les géographes,
et, entre autres, d'Anville et Mannert, ont remar-
qué le rapport de ces deux mots Salœ et Salike; et
ont regardé le second comme un dérivé formé du
premier, et nous devons ajouter sans doute, avec le
docteur Vincent1, formé d'après le génie de la langue
grecque , quoique ies auteurs que nous venons de
citer n'en aient rien dit ; car c'est ce qui semble ré-
sulter du rapprochement des mots Salai et Salike.
Or, si cette opinion est admise avec la restriction
que nous croyons pouvoir y apporter, il faut en con-
clure que le nom de Salike, que Ptolémée donne
comme celui sous lequel la Taprobane était connue
de son temps , pouvait être en usage parmi les na-
vigateurs grecs , sans pour cela être reconnu par les
Singhalais. D'où il suit encore, dans cette hypo-
thèse, que nous devons renoncer à chercher la dé-
1 The commerce and navigation of the ancients in the Indian Océan,
t. II, p. 494, éd. 1807.
» i \\\ II.K 1857
nomination de Saltke dans le» teates singhahm
•Ut in pan* pas se trouver. Mais il n'en est pas de
méim du non <l> Sakû: et. si les voyageurs oectnW
M ont ainsi désigné les habitants de l'île de Cet
ian . il faut qu'en effet un nom ou identique ou ana
ne à relui de Salai ait été en usage dans cette Ile
i le second siècle de notre ère. I«a question n'est
ne que déplacée, et si elle ne porte plus sur Sa-
like, que nous regardons comme tui nom imposé A
m par les navigateur» occidentaux . elle
tout entière pour Salai, origine première dit
de Salike.
I*a conclusion précédent ai sembla née
voile de cet' nstance. qu'en effet, psi un
les noms de Oylan avoués par les Singhalai
rencontre pat celui de Salika. Il est vrai
pouvait nter d'une simple analogie de (orme,
on serait porté à croire que Saiikê est une espèc<
athèse de SrUaka • la bienheureuse Lamakâ • . mot
dont les (irecs auraient altère le commencement
M is cette explication qui. s'il était possible de Is
justifier par de» preuves plus solides, aurait l'avan-
tage de nous montrer le nom de Langké. lequel ne
parait pas ches les ai t . \ plication . dis-je .
m- rend pas compte du nom des Salai. Car on ne
peut pas prétendre que les Grecs ont appelé les ha-
bitants Salai, d'un nom tiré de •• de Sa-
like; bettÉ dérivation est contre toute vraisemblance.
I )r. si c'est le contraire qu'il l.mt <lin . eo d'autres
termes rient de Saisi, Sait ke ne peut être
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 99
Srîlaka. Cette objection s'applique également à l'éty-
mologie proposée par M. de Bohlen , qui regarde la
Salike de Ptolémée comme dérivée de Simhalaka, sy-
nonyme de Simhaladvîpa. Outre que je ne crois pas
que Simhalaka existe dans aucun texte singhalais , et
qu'il me paraît prudent de s'abstenir, en pareille
matière, de former théoriquement, fût-ce de la ma-
nière la plus rigoureuse, les mots dont on a besoin,
le nom des Salai, si rapproché de celui de Salike,
reste toujours inexpliqué. Nous montrerons tout à
l'heure ce qui peut subsister de la conjecture de
M. de Bohlen; quant à présent, il nous suffit d'avan-
cer qu'on ne peut tirer directement Salike de Simha-
laka, mot qui n'existe pas. L'explication de Wilford ,
qui considère Salike comme venant de Shâla ou
Shâli, mots qu'il ne traduit pas, est trop obscure
pour nous arrêter davantage. Peut-être Wilford ne
fait-il que reproduire une interprétation que suggère,
comme nous l'indiquerons tout à l'heure, la tradi-
tion singhalaise ; son laconisme , cependant , nous
empêche de rien affirmer à cet égard. Enfin, ce se-
rait sortir trop arbitrairement de la difficulté que fait
naître ce nom, que de changer, avec Th. Hyde, le
mot 2aAwo/ en "ZaXivv, pour y trouver le mot mo-
derne de Ceylan ; rien ne nous semble autoriser la
substitution de cette dernière leçon à celle de Haltxtj.
Si l'on a cherché en vain à retrouver le nom de
Salike, sans passer par Salai, d'autres auteurs ont, à
leur tour, essayé de résoudre la question dans les
termes où l'ont posée la plupart des géographes.
100 JANVIER II
iisi, Vossit^ I < ru que les .Sa/ut de Ptolémée éta
le peuple nommé de nos jours Gale. Mai» il me sent
ble que ce savant . ou plutôt que les voyageurs dont
il oonsuhait les relations , ont confondu le nom il
caste très- répandue à Cey lot les fl 5
leas, avec le nom du <l Gale, oi • -aste
est nombreuse. Je ne sache pa«. que le mot Gale,
«jiii. en singlinlala, s'écrit Gala, et qui signifie «ro-
cher », soit employé comme dénomination de pru pi.
à Ceylan. et Ton ne rencontre aucune caste d.
nom dans la liste fort étendue et, selon toute appe-
lée, exact- . que donne Valentyn des
Il nation cinghalaise. Au commencement de notre
siècle, M. Join ville dans rinde, «t \\ i li i >pe,
ont proposé une autre explication des Salai de Pto-
lémée, explication qui parait au premiei i • » ■ t j > «l'oeil
très -sa ti unit plus besoin, pour
être adoptée d* t ment, que du témoignage de
quelque! testât qui existent peut-être à Ceylan, mais
qui nous manqi ! s auteurs,
les Salai de Ptoléméc sont vratsemblahl> menl
Salea ou les Ckalia des modernes, lesquels form
une caste puissante, dont les occupations conaiv
maintenant à recueillir Pécorce du cann» IIki . mais
qui descendent d'une tribu de Brahmanes tisserai
connue à Ceylan sous le nom de Péskara. Cette caste,
qui dispute à celle des pécheurs le second rang dans
la hiérarchie singhalaise. possède des livres, dont
l'un porte le titre de Saliegesoatre (peu» i ti
Sâkaya sâtra) <• axiomes des Sâfya ou Ckalia
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 101
trouve dans le mémoire de Joinville auquel nous
empruntons ces détails , ainsi que dans le troisième
volume de la collection de M. Upham, une histoire
abrégée de cette tribu, à l'existence de laquelle se
rattachent plusieurs faits curieux. Sans entrer ici
dans l'examen des documents relatifs à cette caste,
examen auquel nous nous livrerons quand nous trai-
terons spécialement de la population ancienne et
moderne de Ceylan, nous dirons que les Pêskara
sont venus à trois époques différentes, et fort éloi-
gnées les unes des autres, de l'extrémité de la pé-
ninsule indienne, d'abord au temps de Vidjaya, puis
sous Deveni Paetissa, vers le me siècle avant notre
ère , d'après le calcul singhalais , puis enfin dans des
temps beaucoup plus rapprochés de nous, au com-
mencement du xme siècle. Or, à chacune de ces mi-
grations, dont le retour s'explique par le peu de pro-
grès qu'avait fait à Ceylan l'art de tisser les toiles
fines, on voit les Pêskara conserver leur nom. Ce
n'est que depuis leur dernier établissement dans le
voisinage de la ville actuelle de Chilaw, que leurs
descendants prirent le nom de Saleas Game, selon
Joinville, ou de Hallacjama, selon Upham, titre dont
la véritable orthographe est, en pâli, Sâlâgânia: ou
«village des halles», et qui leur fut donné à cause
des Sâlâ, ou «salles et habitations», dans lesquelles
ils s'étaient fixés pour exercer leur industrie.
Ce qui résulte de ce récit , c'est que les desccn
dants des Pêskara du xue siècle, ou, si l'on veut, ces
Pêskara eux-mêmes portent, à Ceylan, le nom de
103 U*1 IKK I8!V*
Chaliu, rrrit do diverses manières : Ck illxi
tia , Satea , Saleagamé , Hait? . Hattatjâ i
peut pas conclure que ce nom ait et» « « lui <|. s |
kara qui les ont », soit SOI ml 'artissa .
soit sous Vidjaya. soit enfin . * Ion I Ski-
mois, l'an 77 de noire ère. Or, c'est n
dont il faudrait être certain , pour avancer qu«
Salai de Ptolémèe sont les Châtia des temps M
dernes. Sans doute, si Joinville ne s'est pas fait la
même question que nous, au ta
pose ce rapprochen. «t qu'il avait des raisons
de noire que le nom de Châtia était feoura <l»-piris
• mimencement de notre ère à Ceylau. Mais nous
ne trouvons pas les mêmes m ion.
soit dans lliistoire de la caste de* I donnée par
Âirian RadjaJ'akrha . é caste, soit dans
OOOTt trar oisième vol»
M. I pham. Or, jusqu'à ce qu'on ait établi «I une ma-
nière positive l'existence ilia antérieurement
au m# siècle de notre èr noneer i se I
virdece mol pour. -\p! S démée.
Il faudrait aussi r«
existé quelques rapports entre cette tribu
des Shalay, tisserands qui se trouvent sur In
Coromai | qu'on croit Télingas d*ori- .1
n'ai pu trouver, dans les dû ires tamonl- qui
existent à la Hil)lioili,(j.i ilay
• ppliqué à une caste; mais je dois remarquer qn
tamoul Shâtay est l'orthographe régulier» <lu sans-
crit îMicft . cnlâ, mot qui sous sa fonn< j > .'* I i • • on
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 103
singhalaise, Sâlâ ou Sâlàva, a produit le nom de la
«aste des Chalia.
Si les observations précédentes nous autorisent à
ne pas admettre, sur des preuves aussi peu con-
cluantes, le rapprochement indiqué par Joinville,
elles doivent nous engager à chercher autre pari
l'explication des Salai de Ptolémée. Je remarquerai
d'abord que rien n'est plus uniformément reconnu
que le «apport de ce mot avec les noms modernes
de 2*eÀs<V£a. Sielediba , de c^oOO^a* , Serendib et Sa-
rantip, de {j^*** , Silân , de Seylam, Seilam, Sellarn,
Selam, Salam, Silan , Seylan , Seilan, Zeilan, Zeilam ,
Zellam , Celan , Syla et d'autres. De Barros soup-
çonne qu'au temps de Ptolémée on devait avoir
connaissance du nom de Ceylan, parce que ce géo-
graphe, en parlant de cette île, la nomme Salike ,
et ses habitants Salai; dans le même passage, il al-
lume, d'une manière plus positive , le rapport de ces
trois noms , Ceylan , Salike et Salai. Selon Teixeira ,
l'île de Ceylan est appelée Seilan et Salait, du nom
de l'ancien peuple des Salai, et en composition avec
le mot dire, Selandive. Cette opinion est répétée par
presque tous les auteurs qui se sont occupés de Cey-
lan, et entre lesquels nous ne citerons que Bochart,
qui approuve l'explication de Teixeira ; d'Anville ,
qui affirme, de la manière la plus positive, l'iden-
tité de Salai, Sielediba, Selendib ou Serendib et Cey-
lan; Mannert, qui compare Salai à Selan; le docteur
V incent1. qui trouve que les noms de Salœ et Selen-
' \ incent , t. II, toi i\j i .
104 J \N\ IKH 1857.
dibe ont beaucoup d'analogie l'un «vei 1 autre ; Gos-
>< Uni, qui fait porter le rapprochement entre Salikr,
Selendhe et Ceylan; le critique du Qmuttrty rrtiew.
({in affirme que Ceylan, nom dont I orthographe est
moderne, vient de Screndib. SeUnitb. Seilan-dco
ile de Seilan , selon les Arabes et d'autres écrivains
(in moyen âge; Plulaléthès, qui conjecture que <
lan vient de Salai ; et enfin M. de Hohleu . qui avance
que la Serandio des Arabes, aussi bien que la Sa
likc de Ptolemée, dérivent de Simkaluka. qt
le savant allemand . est le même mot que Simhûk-
chipa.
Etablie par tant et de si respectables autorités,
cette opinion me parait à labri de toute ci
il reste cependant encore à rendre compte rigoureu-
sement de ce qui n'est présenté par le plus grand
nombre des auteurs précités que d'une manière un
peu vague. L'ordre de dérivation qu'Us adoptent est ,
d'ailleurs, le plus souvent vicieux, parce que, à I
ception des derniers, ils ignoraient l'existence de
Simhala , source commune de toutes ces ortbogre-
phes en apparence ai diverse». Pour moi . je n'hésite
pas a croire que Simkalam, avec sa terminaison
neutre, a donné naissance aux diverses dénomina-
tions de Ceylan. que l'on trouve en usage depuis
Cosmas, et même depuis Ammien Marcellin. si,
toutefois, on admet la leçon de Scrtndivi propoeée
par Vallois, jusqu'à nos jours. Seulement, il faut
partir, non pas directement du sanscrit SimkaUm,
mais de la forme pâlie Sihalam, telle «ju .11. ajf
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 105
ployée par le Mahâvamsa. C'est une particularité que
ne paraît pas avoir remarquée M. de Bohlen, mais
qui, cependant, peut seule ramener à leur thème
primitif toutes les variantes précitées. Le Sielediba de
Cosmas 1 est exactement le Sihaladîpa du Mahâvamsa.
Dans Seren ou Selen, les Arabes ont, suivant l'usage
de leur propre langue , retranché les voyelles , qui
font partie intégrante de Sihalam. Au contraire , dans
Silan, qui est en usage depuis Marco Polo, la pre-
mière voyelle a été conservée à la faveur de l'emploi
du & arabe ; elle a été ensuite accompagnée d'une
autre voyelle très-brève , et c'est la syllabe ha de Si-
halam qui seule a disparu.
Or, quand je rapproche ce mot de Silan ou Selam ,
du Sala de Ptolémée, il me semble qu'ils rentrent
tous deux dans Sihalam ou Sihala. Si, du nom de
Sihalam, les Arabes ont pu faire Silan ou Selam, n'a-
vait-on pas pu tirer aussi Sala de Sihala, nom des ha-
bitants de l'île? L'une des variantes des manuscrits
de Marco Polo, Salam, n'est-elle pas un exemple de
la contraction de Sihala en Sala2? J'avoue que, jus-
qu'à ce qu'on ait pu assurer à la caste des Chalia une
1 Cordiner, Description oj Ceylon, t. I, p. 6.
1 II existe chez les Barmans une contraction beaucoup plus con-
sidérable du nom primitif de l'île de Ceylan, c'est le mot Ziho, qu'il
nous eût été impossible de ramènera sa véritable origine, si nous
ne l'eussions trouvé écrit dans les caractères mêmes qui sont propres
à la langue barmane. L'orthographe véritable de ce nom est Singhol;
et la différence de ces deux mots, Ziho et Singhol, vient unique-
ment du système de prononciation des Barmans, qui suppriment
quelquefois les consonnes finales d'une syllabe , et qui prononcent
régulièrement ol comme la vovelle o.
106 M 1ER 1857
antiquité |>lus haute, je préférerai rattacher le» S
fat de Ptolémée . ptan I * SêÊÊêê . qui en dérive , au mot
Sihala, plutôt qu'à celui des Chalta. Je continuerai
d- même, avec les auteurs précités, è rapprocher
de Sikalam les diverses orthographes du nom mo-
derne de Ceylan . quoique les Chinois p s néant que
la dénomination de Ceylan vient de Silmn «haute
montagne», pour le samcrfl ït^t. [Idilam <
nologie est, sans doute, tres-ingéiiieuse
justifiée par le grand nombre de hautes monta-
gnes qui couvrent la Mirfa- m. Mais qui
peut nous ailinner qu» mt pas joué
mol Silan , en en donnant d
n'est pas avouée pai s i inhalais?
Car ou peut regard'
nom de CAilam « pays de montagne • n'est pas corn
par ces derniers au nombre de ceux qu'ils asetgn< m
à leur île. Les noms de Malaya (le Maiea de Ptolé-
mée) dan* !<■ Mahâvamsa, et la (Hou vient la
inodtni- K.mdi ' «l.tiis |.n auteun Mn'jli.il.m (loi
gine, <li si^mnt seob la partie central*
gneuse de T\ I semble que ce soit le sens de
ces noms que les Chinois ont cherché à voir dans le
mot de Silan qu'il* «ut-
ils essayaient d* tive.
' Je dois la connaissance de ce fait A M. E. Jacquet . qui ■ bien
toulu me i ommuniipcr U noir «ai van te . entrait* do ffouanf ssuae
tknumjtcki, on «Descriplioo générale de fa province de Canton»
• Dans la langue des Barbares du Midi . une haute montagne sa dit
SiUm; de U 1e non (du royaume de 5ilau). •
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAiN. 107
Nous ne devons pas non plus nous arrêter à l'éty-
mologie donnée, avec des développements très-éten-
dus, par J. de Barros et Diogo de Couto. La tradi-
tion sur laquelle cette étymoiogie repose sera exa-
minée dans la partie de nos recherches relatives à
l'ancienne population de Geylan. Il nous suffira de
dire ici, que, suivant les Portugais, Ceilan ou Cilan
n'est pas le nom propre de l'île que nous appelons
ainsi, que ce nom lui a été donné par les Chins ou
Chinois, qui , ayant perdu un grand nombre de leurs
vaisseaux sur les bas-fonds qui séparent Manâr du
continent, appelèrent ce point Chilao ou Cinlao « les
écueils des Chinois», nom que les navigateurs per-
sans et arabes étendirent par la suite à Ceylan. Lo
pez de Castaneda l appliquant, comme de Barros , le
nom de Chilao aux écueils qui se trouvent entre Cey-
lan et Tutacorin, pense aussi que ce sont les Persans
et les Arabes qui, en considération du canal navi-
gable situé entre Manâr et l'Inde, ont donné à l'île de
Ceylan ce nom , qui signifie , selon lui , cousa de canal.
L'explication de de Barros, dont nous avons déjà
parlé à l'occasion du nom sanscrit de Simhala , est
non moins longuement développée par Is. Vossius ,
qui écrit le nom ancien de Ceylan , Chinilao ou Si-
nilao, c'est-à-dire, le nilao ou le «naufrage des Chi-
nois»; ce nom, ajoute-t-il, subsiste encore dans ce-
lui de la ville de Chilao. Si, comme le disent de
Barros et Vossius, ces explications sont justifiées par
1 Ilistoria do descobrimenlo e com/uista da India pelos Portuguezes,
porFeru. Lopez de Castaneda , liv. II, c. xxn, t. II, p. 7 4, éd. i833.
M JANVIER 1857.
des autorités écrites ou seulement par des tradition»
qui ont ••airs i Ceylan, il nous sera permis de faire
remarquer qu'on peut leur opposer des témoignages
et des traditions non moins respectables, et notam-
ment celles qui se rapportent à la caste des Ckalms
et à leur établissement près de la ville de Ckilaw,
nommée, selon les chroniques ainghalaises, d'après
■ tut sanscrit çéld • salle ».
Enfin nous croyons, avec Th. llyde. Renan
et Wahl. que les orthographes de Scrtmdib et Sa
rantip sont asses rapprochées de Sais* pour qu'on
n'ait pas besoin d'avoir recours, comme le voulait
M. de Chéxy, aui deux mots sanscrits, Skrirdmadvip*
« Hic du fortuné Rima •. héros qui, selon la mytho-
logie indienne, fit la conquête de Ceylan. SertmMb
n'est autre chose que SrUndib , et Seûn est le mot
Ceylan qui en dérive.
L'analyse que nous venons de (aire des diverses
transformations du nom singhalais de Ceylan nous
a conduits depuis les temps anciens jusqu'à l'époque
de la découverte des Portugais, en i5oô. On peut
maintenant reconnaître si nous avons eu raison de
dire que la dénomination de Svkkala (celui de tous
les noms de cette ile qui se rattache le |>ln> mtimr
m nt aux traditions nationales des Singhalais) a rem-
place toutes les autres. La tâche que nous avons
treprise serait achevée en ce moment, s'il ne nous
restait encore à citer quatre autres noms qui . asj rap-
1 Ancunnn rtUtioiu dtt Imdt* el il la Chtm , p I
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 109
port de quelques voyageurs modernes, passent pour
avoir été anciennement usités parmi les Singhalais ,
et pour être justifiés par des autorités écrites.
J. de Barros, en avançant, comme nous l'avons
vu plus haut, que le nom de Ceylan n'appartient
pas en propre à l'île que nous désignons ainsi, dit
qu'anciennement elle s'appelait Ilanâre, ou, selon
d'autres, Tranate, et que cette dénomination avait
encore cours de son temps parmi les Singhalais ins-
truits. Diogo de Couto, qui paraît avoir eu des ren-
seignements plus précis que de Barros sur les tradi-
tions nationales de cette île, est d'avis que le nom
de Ilanâre, qu'il écrit Illenâre, est le second de ceux
sous lesquels a été connue Ceylan , appelée antérieu-
rement, selon lui, Lancao. Ce nom, qu'il traduit par
le royaume de l'île, loin d'être national parmi les Sin-
ghalais, est, selon de Couto, celui sous lequel Ceylan
est connue des étrangers. Is. Vossius, sans distinguer
si cette dénomination est nationale ou seulement en
usage parmi les Malabars , la donne sous la forme de
Ilanâre, avec le sens de royaume insulaire. C'est aux
savants qui ont fait des dialectes du sud de l'Inde une
étude spéciale qu'il appartient de vérifier si le mot
Ilanâre ou Illenâre signifie réellement royaume de
Cîle. Les vocabulaires manuscrits , tant malabars que
tamouls, qui se trouvent à la Bibliothèque impériale,
et où j'ai vainement cherché ce nom, sont trop in-
suffisants pour m'autoriser à dire que le mot de Ila-
nâre n'appartient pas à l'une des langues de l'extré-
mité de la péninsule. On peut même reconnaître
110 JANV IB1 M
dans les syllabes nàrt, le malabar *àda (en tatu
n%T($ nàdu), mot <}ui. par mu le de la permutation
si fréquente dans l'Inde de la lettre da, avn la h
quide r, peut se prononcer nàra. Ce qu
mer. c'est que ce nom do Iiin.tr, . non plus que celui
de Trauate. où reparait également le mot «aie pour
nâda. ne se trouve dans aucune des traditions véri-
tablemeof siiighalaises dont je puis avoir connais-
sance. 11 est également difficile d'admettre que lia
mûre soit, comme le suppose M. Conliu.-i un
terme d'origine sanscrite, exprimant I abondance;
je ne connais pas en sanscrit de mot qui ait ej
llunùrc un rapport quelconque. Quant au mot Tm
note, je ferai remarquer que la syllabe tm. qui reste
après le retranchement de maie [nâda), se retrouve
encore dans un autre nom de Ccvlan , celui de Trm-
eaaa. qui est donné sur la carte du Ptolémeei
publié en 1 5 1 3 : mais ce nom de Tmaana est
aussi inconnu que celui de Tmnate.
Je me crois autorisé à en dire autant de Tenan-
sim. mot que quelques voyageurs donnent comme
le véritable nom de Ceylan. Barbota dit en termes
formels que celui de Z et la m est en usage paru
peuples qui trafiquent avec cette île . et . entre autres,
parmi les Arabes et les Persans . mais que les Indiens
emploient celui de Tenarisim, ce qui sigml.
de délices. Selon Mandeislo, qui l'écrit /
et le traduit comme Barbota, ce nom est ég>
ment admis et par les Indiens et par les habitai
I Dr$crtptn,* o/Cfjk». I. I . p. 6.
SUK LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 1 1 1
de l'île. Le mot Tenarisin est encore reproduit par
Stuckius dans ses scolies sur le Périple de la mer
Erythrée, et par Is. Vossius , dans ses notes sur
Mêla, vraisemblablement d'après les Portugais; car
ces deux savants suivent l'orthographe donnée par
Barbosa. J'ignore à quelle source les voyageurs pré-
cités ont puisé le nom de Tenarisim, mais je puis
dire qu'on n'en trouve pas la moindre trace dans les
chroniques singhaiaises , tant publiées qu'inédites,
qui sont à ma disposition. Sans doute, il serait possible
dans la langue singhalaise, de découvrir des termes
comme tœna « lieu » et risi « désir » , dont la réunion
pourrait représenter Tenarisin; mais on n'en tirerait
pas le sens de terre de délices, et, d'ailleurs, il serait
difficile de montrer ce nom dans un texte singha-
Jais. C'est vraisemblablement une dénomination as-
signée à l'île de Geylan par des navigateurs étran-
gers.
Lopez de Castaneda , dans son Histoire de la
découverte de l'Inde par les Portugais, et Is. Vos-
sius, dans sa note souvent citée sur le passage de
Pomponius Mêla, relatif à la Taprobane, donnent
encore , comme nom de Ceylan , Hibenaro, qu'ils tra-
duisent par terre fertile. C'est un mot dont j'ignore
également l'origine. J'y remarque seulement la fi-
nale naro, qui pourrait bien être, comme je l'ai déjà
conjecturé pour Rendre , le mot tamoul nâda. On ne
retrouve pas davantage , dans les sources singha-
iaises, les noms de llam et de Salabha, que cite le
P. Paulin de Saint -Barthélémy , sans indiquer la
IIS JANVIER 1857
sourn eu il les puise. Le premier de ce
serait-il pas l'abrégé de llangài ou Yclanki1. itli.<
graphe tamoule de Lanka, formée par I addition de
la voyelle i, qu'il est d'usage, dans ce dialecte, de
placer devant les lettres / et r initiales? J'oserais pré-
férer cette hypothèse à celle de Wahl .qui compare
liant au mot sanscrit Hiranya «or», et croit qu«
mot signifie Vils d'or. Peut-être faut-il rapprocher
liant de Prilam , que nous fait ronnatln une auto-
rité beaucoup plus ancienne, puisqu'on trouve déjà
ce dernier mot sur la mappemonde gravée en 1 5o8
par J. Ruysch. Ces deux dénominations sont d'ail-
leurs aussi rarement citées l'une que l'autre , et les
auteurs auxquels nous les devons ne nous donnant
aucun détail qui puisse nous aider a les ramener à
leur origine. Quant a Salabka, que Wahl écrit en-
core Salàbkabki, je ne l'ai pas non plus rencoi
dans les chroniques singhalaises. Mais je oc puis le
traduire avec Paulin, que cit. ut \\ .1.1 et le docteur
Vincent ', par sal * vrai • et làbka « gain » ; si le mot
salabka existe, ce ne peut être qu'une é(> uni-
fiant, sans doute, riche. On ne doit pas plus ad-
mettre, ce me semble, le rapport que Paulin
d'après lui \ inotnt, i \\> relient a établir entre Salabka
et Salike . non plus que l'orthographe de Salant ou
Salâvam. sous laque! I \\ il tord transforme la déno-
mination citée par Paulin, pour la rattacher a la
1 WiUoo. Mmekauu Colïêtuom, introd. t. I. p. UXSVUL
* TA* comumtm ami mntftiom ofth* mmetrnu in tke Imdion Orra* ,
t. Il, p. 494
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 113
tribu indienne des Shaliya, nommée, dit-il, dans
les Purânas, Sâlava. Ces changements que se per-
met Wilford , sans en avertir le lecteur, et sans les
justifier, soit par la citation d'un texte, soit par un
argument philologique quelconque, peuvent servir
d'exemple de la manière dont cet auteur dispose
d'ordinaire des matériaux curieux qu'il avait entre
les mains.
Je crois en avoir dit assez sur les dénominations
de Ceylan que je viens de rapporter. On ne les
trouve que dans des voyageurs très-modernes, et,
sous ce rapport, nous pouvions nous dispenser de
les comprendre dans nos recherches. Elles ont dû,
toutefois, y prendre place, parce que les auteurs
auxquels nous les devons les donnent comme an-
ciennement en usage à Ceylan ou dans l'Inde. Il est
assez remarquable que ce soient les noms anciens
que nous expliquons le plus facilement, tandis que
les dénominations toutes modernes résistent à nos
analyses; c'est que les premiers se rattachent aux
traditions nationales des Singhalais, et que nous
pouvons en déterminer, d'après leurs monuments
écrits, la forme véritable, tandis que les autres ne
sont cités que par des voyageurs peu instruits en
général des langues et de l'histoire du pays auquel
ils les attribuent. Peut-être la découverte de quel-
ques ouvrages qui nous sont inconnus, fournira-t-
elle, plus tard, l'interprétation de ces noms à peu
près inexplicables aujourd'hui. C'est un espoir qu'il
nous est d'autant plus permis de conserver, que les
114 JANVIER 1857
textes originaux que nous avons été à un
sulter ne sont qu'une faible portion des tlot um< ni^
écrits de tout genre que conservent les Singhalais.
Arrivé au terme de nos recJiert I
donnés à l'île de Ceylan depuis les temps les plu»
hmh on rii. .u.iii .-t. oowHM àm <.n<>. juxju..
la découverte qu'en furent les Portugais, en i5o5.
nous n'avons plus qu'à résumer en peu de moH II i
points que nous croyons avoir établis dans ce mé-
moire :
i* Nous avons extrait des Chroniques de Ceylan.
écrites en pâli et en singhalais. las noms tous les-
quels cette I le est c«
des peuples qui l'habitent. Nous avons trouvé que
ces noms étaient au nombre de trois, que le pre-
mier, celui de Lonjkâ. était employé par lea Bran
mânes du continent pour désigner cette ile. et que
les Singhalais. en l'adoptant, n'avaient fait, salon
toute apparence, qu'imiter leurs voisins ; tandis que
lea deux autres, ceux de Témbnpami et de SùkkoUi
se rattachent exclusivement aux <w— item niuaf éa
l'histoire singlialaise et aus traditions relatives à la
première colonisation de l'Ile, telles qu'elles ont été
conservées dans les chroniques originales.
s* Cherchant dans ces traditions, envisagées sou*
le point de vue particulier delà géograpln- IVxpli
cation des deux noms précités, nous avons raaoslésl
les textes palis et singhalais m deattaieal une
explication très- satisfaisant* ilioa que nom
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE CEYLAN. 115
avons justifiée par les preuves philologiques que
pouvait nous fournir la langue sanscrite , dont le
pâli n'est qu'un dérivé. Par là , nous avons acquis la
certitude que tous les noms anciens de Ceylan sont
d'origine sanscrite, conséquence importante et qui
ne nous permet pas d'hésiter sur la contrée de la-
quelle est sorti le peuple qui a donné à l'île de Cey-
lan son nom et sa civilisation.
3° A ces dénominations, admises par les Singha-
lais, et que nous devons regarder comme authen-
tiques , nous avons comparé celles que nous ont
conservées les auteurs grecs pour l'île de Ceylan; et
nous avons établi que la plus ancienne , celle de Ta-
probane , se retrouvait dans la Tâmbraparni des Sin-
ghalais. Nous n'avons pu , il est vrai, arriver à un ré-
sultat aussi satisfaisant pour celle de Palaisimoundou ;
mais nous avons donné quelque vraisemblance à
l'opinion qui rattache les SocXa* de Ptolémée, et,
par suite, le nom de SaXtxr/, au nom national des
Singhalais, celui de Sîhala, tel qu'on l'écrit en pâli.
k° Enfin , pour compléter cette énumération des
noms divers donnés à l'île de Ceylan, tant par les
peuples qui l'habitent que par ceux qiù ont été an-
ciennement en rapport avec elle, nous avons fait
suivre ces recherches de l'indication des noms de
Ceylan que l'on trouve dans les voyageurs qui l'ont
visitée depuis le commencement du xvie siècle de
notre ère.
Peut-être trouvera-t-on que nous sommes entré
dans des détails un peu minutieux pour établir Jes
8.
lin lARVItR M
laits dont nous venons de présenter le résume
et. Nous répondrons que , dans une matière aussi
nouvelle, et où presque tout était à faire, la philo-
logie devait occuper une place considérable; car elle
est à la fois, pour les recherches de ce genre. Km
t ru ment de découverte et le moyen de contrôle I
possession des noms anciens de Ceylau . non»
devions pas nous arrêter à et premier résulta» Il
fallait rechercher encore le sens de ces nonv
déterminer a quel idiome ils appartiennent . pour
découvrir par là l'origine du peuple qui les porte.
C'est ce que nou» avons essayé de taire ; et. ratta-
chant par ce moyen les commencements de la na
ùon singhalaise à une migration indienne partie du
Bengale plusieurs siècles avant notre ère . nous avons
posé la première base de rhiatoère d'une Ha <|>n
grâce à ses richesse*, à »» fertilité et è son admirable
situation, a été jadis le premier marché de l'Ori*
et qui, pour avoir conservé le dépôt des livres al
bues au fondateur du Buddhisme. est devenue, de
nos jours, l'une des parties <!• 1 1 ■ » « I «- les plu» dignes
de l'attention de 11 • t du pliilnsopl
NoU. — - Pendant la correction do •
que les boom propres écrits ea pili qui ** trouvaient dans I.
ooscril étaient écrits de la nain du copiai*, Si n'a»aient pas été
corrigés par M. Bnrnoo/. Je ose soi* déridé k les omettre et è ne
laisser anbststerqur les transcription» de M. Bomouf . car j'ai rrainl
de le rendra responsable des faute» du copiât* on de* rerean «lr aam
corrections.
J. M.
NOUVELLES ET MELANGES. 117
NOUVELLES ET MÉLANGES.
ii*-ii ji— -
Lettre de M. Savekio Cavallari , de Palerme , professeur d'archi-
tecture à l'Académie du Mexique, adressée à M. Reinaud, membre
de l'Institut.
Monsieur,
C'est avec un vif intérêt que j'ai lu votre savant rapport
sur la chape de CliJnon attribuée à saint Mexme l. Mon atten-
tion s'est fixée particulièrement sur les représentations et sur
le caraclère des animaux groupés, d'une manière caractéris-
tique, avec des accessoirs significatifs. La présence d'une
inscription arabe détruit naturellement plusieurs conjectures
qu'on avait faites sur l'origine de cette étoffe , et resserre beau-
coup les limites de l'époque à laquelle elle pourrait apparte-
nir. Mais ce qui m'a frappé le plus, dans votre rapport, ce
sont les observations, aussi justes que simples, qui vous ont
amené à rapprocher cette époque du xi° siècle.
Vous vous souvenez, Monsieur, que la première fois que
j'eus l'honneur de vous être présenté, à la Bibliothèque im-
périale, par mon ami M. Amari, avant d'avoir lu votre rap-
port, avant de connaître l'existence d'une inscription arabe
dans le tissu en question , à la vue seulement du dessin des
deux léopards , reproduit dans le Bulletin monumental de
M. de Caumont, ce groupe me rappela vivement plusieurs
images du x* et du xie siècle , que j'avais eu occasion d'élu
dier dans un grand nombre de monuments de l'Italie. La lec-
ture de votre rapport ayant pleinement confirme ma première
impression, je m'empresse, Monsieur, de soumettre à votre
1 Journ. aiiat. d'octobre i855, p. tiili et 472-
118 JiXWKA 1857.
jugement quelques oI>mi>. thon* qui pourront »eiiii, ji I.»
père, * l'illustration de la chape.
D'abord . je dois voua avouer que les deux léopards nie
paraissent séparés par une espèce de candélabre, plutôt que
par un arbre. N'ayant vu ni l'étoffe ni son dessin colorié.
je ne saurais affirmer cette circonstance. Cependant les lignes
de l'objet en question, les trois pied», les deux nœuds qu'on
y remarque, me portent à croire qu'on a en I intention de
déminer un candélabre.
La simple disposition de deux animaux tournés I
l'autre vert ce candélabre, colonne ou n'importe quoi, ne
se présente pas dans la chape de Chinonpourla première mis
comme vous l'axcx (ait remarquer , on en trouve dm exemples
même dans l'antiquité classique, dans les bas-reliefs de la
porte de Micéne. dans le vase grec de la collection Blecas;
dans plusieurs autres, peut-on ajouter, du musée de Naples.
Plus lard, des artistes, probablement arabes, la teproduki
rent dans les mosaïques de la salle de Roger, au palais royal
de Païenne. Le même manière de grouper des figures dam
maux se rencontre souvent dans les monuments de la Lom-
bardie et presque toujours dans ceux dm principautés Ion*
gobardea de Benevent. de Salerne, de Capooe; aile parait
avoir été . dans ce pays-la , un véritable sujet de prédilection ;
mais nous n'avons pas à nous occuper, en géoéral, da la re-
présentation de» deu* animaux placés vis-à-vis l'un de l'an
dont les exemples, sont si nombreux, et que nous pourrions
mi ivre jusqu'au! monuments de l'Assyrie et de la Perse, aux
quels a fait allusion M. Charles Lenormant. Les animaux et
les accessoires de notre dessin offrent des caractères qui res-
serrent beaucoup le cercle dm conjectures.
Si je ne me trompe, on peut établir une importante dis-
tinction. Dans l'antiquité, les deux animaux groupés sont
presque toujours un symbole de force et de puissance , se
rattachant quelquefois s un mythe, et exprimant, d'autres
fois , la simple fiction de confier k des gardiens vigilants et re-
doutables un monument religieux . une habitation royale ou
NOUVELLES ET MELANGES. Iiy
un tombeau. Les Arabes, après la conquête de la Perse et
d'une partie de l'empire romain , adoptèrent cette représenta-
tion, dans la pensée, je le crois, d'étaler toutes les beautés
de la création ; ils l'enrichissaient par la variété des couleurs ;
ils aimaient à grouper de la même manière certains oiseaux.
Cependant, si ma mémoire ne me trahit pas en ce moment,
je n'ai jamais vu, dans les œuvres de l'antiquité ni dans celles
de l'art arabe, des animaux enchaînés.
Voilà le détail important, détail appartenant à un autre
ordre d'idées , et se rattachant aux symboles chrétiens du
moyen âge.
La force brutale d'une bête opprimant l'innocence est sym-
bolisée sous une multitude de formes diverses dans les monu-
ments de la haute Italie du x° au xn* siècle. On voit presque dans
toutes les églises appartenant à l'art lombard un lion couché
sur une base, ayant sur son dos une colonne qui l'écrase et
qui soutient une espèce de dais formant le portique de l'église.
Cette représentation est toujours double. Dans les cathédrales
de Modène, de Monza, de Como, d'Assisi; dans les églises
des principautés longobardes du Midi , par exemple à Capoue,
Averse, San Clémente in Pescara, Caserta Vecchia, les ani-
maux, constamment vaincus et écrasés, représentent, sans
le moindre doute , la force domptée par la religion. A Modène
comme à Averse , le lion ou léopard , remarquez-le bien , est
enchaîné; à Caserta Vecchia et à Averse , le lion étrangle un
enfant, ou il allonge sa griffe sur un lièvre ou autre animal
inoffensif, tandis qu'il est écrasé à son tour par une force
plus puissante que la sienne. De telles représentations se
reproduisent quelquefois dans les candélabres placés près la
chaire de l'église: nous en avons, entre autres, un exemple
dans la chapelle du palais de Palerme, bâtie sous le règne
de Roger la de Sicile. Il n'est pas inutile d'ajouter que le
style figuré de l'Eglise au moyen âge, parmi ses nombreuses
expressions allégoriques , employait les symboles du léopard ,
du lièvre et du candélabre. Le premier faisait allusion à un
hérétique, un grand pécheur, un homme méchant et cruel ,
ISO JANVIER I8»7.
•|uek)ue£uù mène au diable; le second à m dsreliru dout
.lignant IVu . k titùsiène à l'Église ou a la Sainte Écri-
ture. Voyex la Cl»/ de saint Melitoo . publiée par don Pitra .
ilaus le Sptcilquum Solumtm» . t. 111. p. M. 74. iiS, 4oa
Je doia cette citetioo à mon ami II. Aman.
Pour en revenir ans repréeentatioua dea nw uioont
en a qui offrent une analogie encore plu* frappante avec û
. Ii m l m ( liinon. Dan» tonte l'étendue de la friae de San
I VI !m,. en Abrutse et dana le eberor de régnée d'Alba Ko-
'l'NM*|'M* | .^11 I' l< I" M ^ I ' * | m I W I
lement aoulient en guise de coosole fat iwuroooa de l'édifiée ;
mai» il est répété sur toute la ligne, absolument comme dan»
notre étoffe. Dans le doltre do monastère dea Bénidjalan
de Mooreale préa Païenne, «navre de Guillaume le Bob.
plu»dovioglo»teBiteau»oafco»^
et d antres animaux réels ou de fantaisie . • vméirsnueanenl
disposés Mlour du tronc du chapiteau , en sorte que les taies
et 1rs queues de deux animaux sont tournée» l'une contre
l'autre et séparées, soit par un arabesque, soit par un arbre
00 une fleur. II en est de aime dan» les portes dut églises
appartenant a l'art lombard ou a celui dea Normands d'Ita
ne; avec cette différence, cependant, que tes animaux
uotiveut dans l'attitude de la force domptée. Soutenant
a une époque a laquelle, par binrrorie de* artistes ou par
effet des haine» qui troublaient trop souvent In monntém.
de snrnblahln groupe» ont été enplotn comme caricature».
Aussi n'est il pas rare de voir une aile tonsurée, celle pro-
Ubteneot de quelque prélat enoeni. ■ttaoWe an corps d'un
quadrupède ou d'un oûeeu , et attaquée par une béat pies
forte, qui lut mord la langue ou l'oreille. Du reste, ors cari-
cature» sont groupées et répétées tout à fait comme In repré-
pieuses dont je viens de parier. On le» toit priori
dana le» chapiteaux de la porte de San (Jrmentein
et dans ceux du dottre de Monreale, Tou» le» moue
ut être publiés à Leip»icl. dau» un re
cueil commencé par non regrettable ami feu le D* .Scliuli
NOUVELLES ET MELANGES. 121
recteur de la galeriede Dresde. Cet ouvrage, auquel j'ai fourni
plus de cent vingt dessins des monuments de l'Italie méridio-
nale, aura pour titre: Denkmàler der Knnst des Mittelalters
im siidtichen Italien, gezeichnet von Prof. U Saverio Cavallari
und Anton Halbnann.
Après avoir établi que les symboles de la chape de Chinon
sont d'origine chrétienne, il ne faut pas oublier que l'étoffe
a été exécutée par des mains musulmanes, comme le prouve
l'inscription arabe. Ce travail rentre donc dans la catégorie
de ceux que produisit la société musulmane sous l'influence
de la civilisation chrétienne , soit en Espagne , soit dans la
partie de l'Asie occupée par les Occidentaux pendant les
croisades, ou bien en Sicile. Parmi ces trois suppositions, je
m'attache à la dernière pour les considérations suivantes :
1 ° Que la représentation des deux animaux enchaînés vis-
à-vis l'un de l'autre se trouve particulièrement dans l'Italie
méridionale;
2° Que nous avons de nombreux exemples d'oeuvres d'art
portant des représentations semblables et exécutées par des
Arabes sous les princes normands de la Sicile, comme les
mosaïques de la Zisa à Païenne, les chapiteaux de la cour
du même château , et les autres monuments du roi Roger I"
et de Guillaume II, en Sicile;
3° Que le fameux manteau impérial de Nuremberg, le
témoignage d'Ibn -Djobaïr ' et les vêtements de l'empereur
Frédéric II , retrouvés dans son tombeau à Palerme , nous
montrent, pendant le xn* siècle , et peut-être dans la première
moitié du xin*, l'existence en Sicile d'un tiraz ou manufac-
ture royale d'étoffes de soie, desservie par des musulmans.
On peut donc conjecturer, avec un haut degré de probabi-
lité, que l'étoffe de Chinon, non-seulement ne remonte pas
au delà du xi" siècle, mais qu'elle est réellement du xne, et
qu'elle a été tissée en Sicile par des ouvriers arabes, soit dans
1 Voyez le Journal a.ùulique de décembre i845, p. 56», et mars 18/16,
p. ïi;>.
IIS JANVIER 1857.
le lira: royal , soit dans de* manufacture» particulières , par
commande de quelque prélat ou même pour être livrée au
tSM
Kitiurr trvn* tarrai iDaassaa a M. Rsraaoo, par madaaac la ba-
ronne da Trcncfc da Tooder . né* lla—w PmmuH, à l'occasion
de la mort da son per*.
Vi«UM.kl3d*tMdM iIM
Monsieur,
Au milieu de ses maux . mon père s'occupait encore des
itudes qui avsientoccupé m longue vie. La veille de sa mort .
privé presque entsèretnent de la vois , il me fît comprendre.
avec beaucoup de peine, que j'eusse à envoyer chercher à la
Bibliothèque impériale un livre arabe nouvellement publié,
dont il avait entendu parler. Hélas! il n'aurait paa mène pu
y jeter les yeux. Il ne cessait de noua demander dee livres
pour les lire ; il appelait son secrétaire pour qu'il écrivit tout
aa dictée. Je fus forcée, pour le calmer, de lui remettre, le
■■tin même de son dernier jour, du pépier et de l'eu cri.
M II Im |l..«r .iilr. |nj JjBJgtj MM |>lumr. IVOt U<|iu-llr il
trace quelque* nota illisible*.
m doua dernièraa semaine*, se* oppressions
tafte* qu il ne put plu* reeter an lit. Il passa tout ce
temps dans un fauteuil placé devant son bureau , au milieu
de ae bibliothèque. Cotte place émit pou inmnnrfw pour le*
soin* qu'exigeait son état; mais noua aurions craint de l'en
faire changer : on voyait trop bien qu'il voulait mourir en-
touré de se* livres , comme un guerrier eu champ d'honneur
Le ao novembre, dans la matinée, le malade reçut les
saints sac rameuta. Le s3 , dans la journée . il fut plu»
mente, plus agité qu'à l'ordinaire. Il ne eesaait
de tracer avec un crayon des caractère* sur son moud
-es couvertures . enfin il s'assoupit. Nous entendions avec
bonheur le bruit de sa respiration douce et égale. Deux ou
NOUVELLES ET MELANGES. 123
trois fois , il frappa des mains , manière d'appeler ses dômes
tiques qu'il avait rapportée de ses voyages en Orient; mais
en nous approchant, nous le trouvions dans le même étal
de sommeil tranquille. Vers six heures et un quart, nous
entendîmes un profond soupir, qui nous fit pencher vers lui;
un second soupir se fit entendre, c'était le dernier!
Il me reste à vous dire quelques mots sur l'état des travaux
que mon pauvre père avait entrepris. Le septième volume de
l'Histoire de la littérature arabe est complètement fini et sera
envoyé sous peu aux. personnes et aux sociétés scientifiques
qui ont reçu les volumes précédents. La pensée d'avoir pu
achever ce volume était une source de consolations pour mon
père, et il m'en a bien recommandé la distribution. Dans son
testament, il a exprimé l'espoir que notre académie impériale
voudra bien le faire compléter au moins à l'aide des tables
jugées indispensables. M. Pfilzmaier est occupé à revoir le
deuxième volume de la Chronique persanne de Wassaf. Je
ne doute pas que le respect dû à la mémoire du traducteur-
éditeur ne prévienne tout retard dans l'achèvement de cette
publication, qui, comme vous le savez, se fait sous les aus-
pices de notre académie impériale.
Je ne vous étonnerai pas, Monsieur, vous qui connaissiez
l'application infatigable elles immenses travaux de mon père,
en vous disant qu'il se trouve dans ses portefeuilles une quan
tité considérable d'écrits de sa main, dont malheureusement
une grande partie est d'une écriture presque illisible. Je n'ai
pas besoin de vous dire que je regarde comme un devoir
sacré de faire mettre tous ces manuscrits en ordre par une
personne éclairée , à qui mon habitude de déchiffrer l'écriture
de mon père sera, j'espère, de quelque secours1.
* M. de Hammer fit anciennement une Iruducliou complète en irauçai.-.
<lu roman arabe d'Anlar. Il y a quelques années , M. Potijoulul aîné, homme
de lettres bien connu, se trouvant à Vienne, M. de Hammer lui remit le
manuscrit de sa traduction, afin qu'il la publiât a Paris. M. Poujoulat lait
espérer que cette publication ne se fera pas attendre longtemps. ( Noie de
M. Heinaad. )
194 JANVIER 1857
Dll l AfcBUOK» Ol>Sa DA» BBTDrClTt Li»4lf«»Mrf. VOU J. L Sittl
Jacb. Stockholm, in-8* (tans date, mai» imprimé M ibi6). Prt-
mier cahier ( 1 84 p*g e» H 4 planche».)
Ce cahier forme la préface d'un ouvrage sur ia religion et
l'alphabet primitifs , et consiste dans l'analyse dea noms dea
■ombres et la défi m lion de leur sens primitif et intime. H
est difficile de prévoir ce que sera le livre ; la préaace prouve
que l'auteur est on esprit original, qui a consacré toute MM
viede recherches a des i
vit !"•[!•> sjpgifti |sjpsjssj
mi Pobjw van Porna oaa Aaaaaa. von IV W Milwanli
Gotha . i8Sft. m-f (88 M 4 pafes).
A Gaamua or tns Pciarro. Pmarro, oa thb Liaecaee or rai
Arcaass. par le Lieutenant haverty. Galcotta. i856, m-8* (So.
■ Ss et un pages).
L auteur annonce en même temps la prochaine pu!
tion d'un dictionnaire afghan , et d'une chrestoma thie afghanr
Le premier doit paraître dans un vol. in-A* de doua* «
pages, et sera imprimé aussitôt qu'on aura réuni cinq cents
souscripteurs, le second formera un vol in-8*. Il est très-dési
rable que ces deut ou nagea trouvent «m appui aumeent pour
pouvoir paraître, car nos reaoourcoa netôuBm pour l'étude
de cette langmj curieuse , malgré les travaux méritoires de
M. Dora , sont insuffisantes , et les manuscrit» afghans son t
rares en Europe.
J. M.
JOURNAL ASIATIQUE.
FÉVRIER-MARS 1857-
ÉTUDES ASSYRIENNES.
INSCRIPTION DE BORSIPPA,
RELATIVE À LA RESTAURATION DE LA TOUR DES LANGUES
PAR NABUCHODONOSOR.
En soumettant, le premier et pour la première
fois, au monde savant le déchiffrement, l'analyse
grammaticale et l'interprétation d'une inscription
assyrienne , nous réclamons l'indulgence de nos lec-
teurs. Quoique le texte qui forme l'objet de notre
investigation ait été étudié depuis plus d'une année,
avant d'être compris dans tous ses détails, la diffi-
culté même de l'étude nous obligera probablement
à faire quelques rectifications ultérieures. Mais si nous
invoquons la bienveillance du public parce que nous
croyons en avoir besoin , nous pourrons faire valoir
quelques titres à cette faveur : c'est le manque d'un
précédent quelconque dans l'interprétation analy-
tique d'une inscription assyrienne , non accompagnée
d'une traduction.
Nous désignons sous le nom de langue assyrienne
12», \ MER. MARS 1*
l'idiome sémitique d .m- lequel sont rédigée» les ins-
criptions de Nu u\. et de llaby loue, ainsi que les tra-
ductions de la troisième espèce des \* li< m* nul. >
Le lecteur sei ut en droit d'attendre de nou> tju.-
nous lui prouvions la valeur de chaque signe cunéi-
forme. Nous nous sommes chargé de ce travail dans
un ouvrage déjà rédigé et qui , nous l'espérons, verra
bientôt le jour; il fera partie de la publie*
l'Expédition de Mésopotamie. Nous y avons repris
l'œuvre tout entière; après avoir soumis à la critique
les quatre-vingt -dix noms propres fournis par les ins-
criptions assyriennes des \< \\< •un •nides. nous en
avons déduit les valeurs syllabiques attachées aux
caractères, et en grand déjà connues par les
travaux de IIM. de SauJcy . Ilm<k>. H.oslm
d'autres. Nous y avons ensuite examiné la nature et
l'origine des caractères cunéiformes, et donné, comme
base de l'interprétation des lestes , une analyse rigou-
reusement minutieuse des inscriptions assyriennes
des rois Perses, où I original arien a pu nous guider.
I ut eur de ces pages a fait distribuer à l'Académie
«les inscriptions et belles-lettres on tableau qui con-
tes valeurs sy ilabiques des caractères
i, et qui a été reproduit dans le recueil, ai
justement estimé, de la Société orientale d'Allemagne.
tableau trouvera son application dans l'analyse
suivante; nous n'avons pas cru «le voir fatiguer le lec-
teur, quant à présent . par la preuve de l'exactitude
de notre transcription. Nous lui demandons seule-
ment de vouloir juger les principes par les résultats
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 127
qui en découlent, en nous dispensant, pour quelques
instants, de la démonstration des prémisses.
S'il nous est permis de nous servir d'une analogie
vulgaire, nous dirons que, lorsqu'on cueille sur un
arbre une pomme , on peut conclure, avec une grande
probabilité, que cet arbre est un pommier ; et l'on se
dispensera des recherches nécessaires pour établir
que la plante est réellement le produit d'un pépin
du fruit en question.
Comme toute analogie, ainsi celle-ci pourrait n'être
pas complètement dépourvue de défauts; pourtant
elle exprime assez notre pensée, et doit être regar-
dée comme un appui à notre demande. Nous dé-
sirons que le lecteur se convainque , que , si la base
de notre déchiffrement était mauvaise , jamais nous
ne serions arrivé à une interprétation aussi rigou-
reusement circonscrite dans les principes sévères de
la philologie comparée.
Surtout nous n'aurions jamais fait de traduction
ayant un sens naturel et simple. C'est cette simpli-
cité , cette lucidité presque banale de la version qui
est difficile à établir, tandis qu'il est facile d'obtenir
un sens poétique, en forçant le dictionnaire et la
grammaire ; nous nous sommes toujours défendu ces
licences. En fait d'inscriptions assyriennes et autres,
on ne fait pas de prose sans s'en douter.
Les choses qui paraissent devoir se présenter à
l'esprit en premier lieu sont justement celles qui
nous échappent le plus longtemps, et qui ont coûté
le plus de réflexions et le plus de veilles.
9-
IS8 I ! v RIE! MARS |s
\vaiit de nous adresser directement au déchiflrc-
meui de l'inscription, nous «livrons énoncer les
prinopes sur lesquels repose cette opération p
que le lecteur qui n'est pas au l'ait des anom
lit tire assyrienne ne trouve pas notre méthode
arbitraire.
i* Tous les signes dérivant (fana notas hiéro-
-K pliu|iie exprimant un objet concret et un son an]
ivnd.iit cette notion principale dans l'idiome des m
venteurs touraniens de I écriture cunéiforme.
a* L'image, représentant d'abord un objet concret,
fut •mplo\ée comme l'expression symbo-
lique d'une idée abstraite, et prit naturellement, dans
la première langue, le son du mot qui exprimait cette
abstraction.
3* L'écriture cunéiforme pesta chat les Assyriens
sémites, qui acceptèrent les valeurs idéographiques
et syllabiques des Touraniens. Cas dernières ser-
virent a former la base du syllabaire assyrien. Natu
rnSesnent, les descend' Sam favanl obligés
d'ajouter à ces valeurs antésémitiques atHai «pu dé-
coulaient de leur propre langage , et ainsi il arriva
que les mêmes signes ont de différentes prononcia-
tions syllabiques.
h* Tous les signes ayant au moins une valeur
idéographique, il arriva forcément que quelques idées
furent exprimées par la combinaison de deux ou plu
sieurs notions, etconséquruum ut par l'ensemble de
quelques signes syllabiques dont rhtcun exprimait
une de ces idées. Ainsi nous rencontrons des groupes
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 129
de caractères dont l'ensemble se prononce autrement
que la totalité des signes pris isolément. Nous nom-
merons ces groupes des monogrammes complexes.
5° Souvent les signes servent seulement à indi-
quer qu'un mot d'un certain ordre d'idées doit suivre ;
dans ce cas ils forment des déterminatifs aphones.
6° Comme en égyptien, l'assyrien connaît des
compléments phonétiques, pour faire voir qu'un
certain signe idéographique se termine en telle ar-
ticulation. Ces compléments sont surtout usités dans
le cas où un caractère exprime plusieurs notions à
la fois; ils sont destinés à prévenir des erreurs.
L'inscription dont nous donnons l'analyse a été
trouvée par le colonel Rawlinson; et nous aimons
à insister sur cette circonstance , parce que ce docu-
ment remarquable est le seul monument assyrien
qu'il ait découvert lui-même. Le texte se trouve sur
deux barils d'argile portant une inscription presque
identique-, on en trouvera encore beaucoup d'autres
en fouillant entre les galeries nouvellement décou-
vertes dans la ruine du Birs-Nimroud.
Ces barils conservés au Musée britannique, ont
été trouvés, dans le pourtour de la galerie de la tour
de Babel, à une certaine distance les uns des autres,
et à une certaine hauteur. M. Place a trouvé de même
à Khorsabad quartorze de ces monuments dans les
galeries du palais de Sargon, tous couverts d'une
longue inscription identique , comme on peut s'en
convaincre par les deux exemplaires qui ont été
sauvés.
ISO FÉVRIER-MARS 185".
Les monuments qui cont» un -nt notre texte ont la
forme d'un baril de deux décimètres de longueur sur
huit centimètres de diamètre à leur milieu. Ils re-
présentent à peu près un ellipsoïde de révolution
très-allongé, auquel on aurait coupé les deux pointes.
I. inscription se trouve gravée en style moderne de
Bebyione. en deux colonnes, disposées dans le sens
de la largeur ; les lignes sont divisées par des traits
tarés à h règle.
On connaît, en fait de documents d'argile, des
monuments ellipsoïdaux que nous nommerons barib
une fois pour toutes; le mot de cylindre ne MME
pas exact, et il dut le réserver aux monument* \
Isolement cylindriques, tels que les cachets gravés
sur pierre dure. Il faut distinguer ces barils des pannes
polygones, qui sont généralement des documents
historiques très-développes, et où le texte se trouve
inscrit de haut en bas, de sorte que chaque face <iu
prisme forme une colonne. 11 y a dm 06m», docu-
ment* petits, très-anciens et attendant encore leur
déchiffrement, enfin, il y a dm lablttta inscrites de
chaque côté, et qui forment l'immense majorité des
monuments assyriens.
Généralement les textes architec Ioniques sont
écrits sur des barils. Nous connaissons, comme éma-
nant de Nabuchodonosor, les barils du temple de My-
litla. en quatre exemplaires, dont deux se trouvent
au musée de Berlin, un à b Bibliothèque impériale;
le (|uatrièui< (jui c>i seul bien conservé, fait pai
du cabinet de M. le duc de Luynes. Nous avons
i
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 131
core deux exemplaires , tous les deux à Londres , de
l'inscription des canaux-, un autre traite des murs
d'enceinte; nous en avons trouvé des fragments
à Babylone. Il y a le baril de Bellino, publié par
Grotefend, parlant surtout des temples de la cité
des Chaldéens. On a découvert des fragments d'un
semblable monument reproduisant le texte de la
grande inscription de la Compagie des Indes; il s'en
trouvera de nouveau sous terre; mais malheureuse-
ment on n'a pas encore découvert des prismes histo-
riques de Nabuchodonosor.
Jusqu'ici ni le texte ni une traduction de l'ins-
cription de Borsippa n'ont été publiés , encore moins
une analyse grammaticale , puisque aucun document
assyrien n'avait été examiné en entier sous ce point
de vue.
Nous ajoutons un dernier mot, comme titre à
l'indulgence du public et pour faire ressortir encore
davantage la différence qui existe entre l'essai d'in-
terprétation que nous exposons et celui de nos devan-
ciers. Les inscriptions dont ils ont donné des tra-
ductions se composent, pour la plus grande partie,
de noms propres , qui ne résistent pas longtemps à
l'investigation , mais qui , au contraire , sont les pre-
miers et les plus faciles résultats du déchiffrement.
Loin de nous de vouloir déprécier ces conquêtes
réelles de la science ; mais nous tendons à établir, en
principe, que l'on ne lit pas encore les inscriptions
quand on a seulement déchiffré les noms propres
qu'elles contiennent. Pour prétendre être arrivé à
132 PÉVRIKR-MARS 1857.
un pareil succès, il faut examiner des textes où il
n'y en a pas, où des noms géographiques et histo-
riques manquent, et où il faut d'abord chercher à
quel ordre d'idées se rapporte l'inscription. 11 n'a
pas été difficile de saisir de prime abord le sens gé-
néral du document de Btsoutoun . qui contient une
centaine de noms propres ; mais, malgré cela , la pre-
mière tentative pour l'expliquer a été malheureuse
partout où le texte perse offrait la moindre ques-
tion à résoudre, en dehors des noms de person-
nages vainqueurs ou vaincus et des noms de villes
avoisinant ém champs de bataille; partout où la
rédaction ne se renfermait plus dans les formules
ordinaires qui désignent les marches et contre-mar-
ches des généraux de Darius. Nous ne pourrons pré-
tendre lire le perse et comprendre la langue, que
lorsqu'on nous aura vus aux prises avec un teste
conçu dans cet idiome, et comparable, par exenij
m /end-Avesta.
Voici l'inscription :
i.
PROTOCOLE DE L'INSCRIPTION DE BORSIPPA
ffi= T>^ »ïï- *=£*• *§ ^EXT
Mr. •«». /•
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 133
xgx- -tw zà$ m&-^&p$
* ri - bit. A — uv. ki i - non.
servus enti» existerais,
i - la ud. ku un. li ib - bi.
attestatus constantiam cordis
Mardak it -ta ak ku. si
Merodachi, dominus su-
& hn- >~n ra tw- — t ^tî
« - ri. na - ra ant x iVa
promus, exallans deum
« ta- -y en ïï- ss^rœ.
bi - av. mu «a a. ? im - ya.
Nebo, salvator sapiens
MÎT- ÏÏ^M- tJH m • • ■ t» —T
«a. « na. ai - ka at. ilu.
qui instruction! (?) dei
rab rab. ma la a. u - su - na a - tu.
nuMini prxbct aures suas :
mi -*=£== sq ^n m- >m ïï
>a afc - fco - na - ku. la.
( deorurn ) vicero gerens non
muparka za - M in. fl/T. SAG. GA.
injuriant faciens , instaurator pyramidis
HEU- <h±i- ^ ^-t:: m- b^t-
77. «u. «/T. //. J)A. pallu.
et turris, Clins
134 FÉVRIER-MARS 1857
*•
| ,11, «un, rf* h.ij
4 - •*
Dans notre transcription . « correspond 4 V, ik o,
?àl,;àt, Ain.Hp. Lesondu français oa est
rendu par a. L'esprit rude design* l'uni. Dean lettres
au milieu du mot, et qui ne sont pas liées par un
trait d'union , n'expriment qu'une syllabe; ainsi du tir
se lit dur; je ak, sak m m . nui. I^es lettres majus-
cule*, composant un groupe, indiquent la pronon
ton phonétique des signes employés, dans le cas
spécial, comme monogrammes; nous avons choisi
te désignation quand le son de l'ensemble est
connu ou hypothétique. Quand, au contraire, nous
savons comment se pronom ait un groupe idéogra-
phique, nous mettons le mot tout d'un n mi
nuscules ordinaires. Ainsi , nous écrivons HIT. SA < !
G A. JV. pour indiquer que l'expression balnl
nitim. pour pyramide, qui probablement se «lisait
haram, n'est pas sûrement connue; nous Iran*
vons, au contraire, l'ensemble des signes A\. M H
VT. par Marduk ;. parce que le groupe se pronon m
ainsi.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 135
Dans les citations des textes en lettres cunéi-
formes, j'ai conservé le style du lieu de leur pro-
venance. J'ai respecté surtout l'écriture des inscrip-
tions ninivites, et je ne les ai pas transcrites en
caractères babyloniens. Le lecteur ne s'étonnera donc
pas de voir exprimés pareillement par (ja ^^ et
MHTfc' Par ka 513f et »^H' Par ta tSSI et
£Èjyj, par di ^^X et ^EJ^» Par si +* et ^> Par
i ^^= et èèL' par u tfTTT et ►zTTT—= ' etc* ^a pre~
mière est la forme de Babylone , employée aussi dans
les inscriptions trilingues, la seconde est celle de
Ninive. L'une exclut l'autre dans la même localité.
Les lettres archaïques, comme étant trop compli-
quées pour l'impression , ont été rendues par leurs
représentantes modernes.
Le nom de Nabuchodonosor se trouve ici , comme
souvent dans les inscriptions des barils, écrit en toutes
lettres; il se prononce Nabakadarrusur , "ij»m3iaj,
et cette forme de nom se rapproche beaucoup de
celle qui est donnée par les textes hébreux de Jéré-
mie et d'Ezéchiel ; elle rappelle également les formes
perse Nabukadracara , et grecque NaëoxoSpocrcropos.
On se souviendra , par les travaux de nos devan-
ciers , qu'à Bisoutoun le nom du destructeur de Jé-
rusalem se trouve appliqué à un fils de Nabonid ,
et que la traduction assyrienne nous trace les ca-
ractères suivants, comme équivalents du perse Na-
bukudracar :
ta
M \ 1,11 I, MAKS 1847.
».>
M
SA l>\
sa.
:
Cela serait donc à prononcer Nabukadurriusur?
Noos devrons répondre par f affirmative.
Aucun des signes de la forme de Bisoutoun n'a ,
dans le cas spécial, sa valeur syllabique; ils y sont loua
employés dans leurs valeurs comme notions; noua
donnerons, à l'appui de notre assertion, les dill<
i. nts éléments dont se compose le nom de Nal»u
chodonosor, écrit phonétiquement et en mono-
grammes. Chacun des trois éléments peut être ex-
primé indifféremment par chacun des équivalents
rangéi d.ms la inrinc ooioane; ej roooooçoil al«>r>
qu'il y a beaucoup de manières d'écrire ce nom.
Car, si l'un des éléments est exprimé par des mono-
grammes, l'autre peut être représenté en caractères
phonétiques. L'immense majorité des briques de
Nabuchodonosor écrit le premier composant eu
signet idéographiques, en conservant aux deux der-
niers la forme phonétique.
T— Î^TTw tCJ
*« - 4.
T*HW=
M*« IWItll*,
NABO
£^«TwfcïïHW
la . * . •
la • 4m «
m
rm
IIYLJKM
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 137
Il - su
•s
u
u - *u ur
u - sur
PROTEGE
Nous venons d'indiquer les monogrammes com-
plexes, et la raison d'être de leur combinaison. Ainsi
le dieu Nabo est exprimé, dans les deux cas, par
deux signes idéographiques, dont le premier est
toujours le caractère ►>— T «dieu», et le second, ou
gT « sceptre » , ou *— feJfcz « faire » , œay , et îpD
« inspecter ». Cette même inscription nous montre
pourquoi l'idée du dieu Nabo est rendue par ces deux
monogrammes.
Le nom de cette divinité est, étymologiquement,
le même que fTBD, <$y «prophète»; s'il est vrai1,
ce que disent les Sabéens , que Nebo représente la
planète Mercure, on comprendra parfaitement la
qualification de prophète attachée à cet astre, qui,
souvent, précède le soleil le matin, en se perdant
dans ses rayons.
La forme Nabiuv nous a conservé l'étymologie
antique; mais nous avons une preuve certaine que,
du temps de Nabuchodonosor, et même aupara-
' Nous n'acceptons pas cette identiGcation comme parfaitement
certaine; Hésychius nous dit, au contraire, que les Babyloniens
nommaient la planète de Mercure Se^s.
138 FÉVRIER-MARS 1857.
vant, on prononçait Nabo*. C'est l'exemple le plus
h m u-u que nous connaissions du phénomène, si com-
iiiun dans nos lanpu • un . de l'altération
de la prononciation, sans atteinte a l'orthographe.
Une tablette , conservée au Musée britannique,
et cotée k. 197, nous fournit les rei
suivants :
bMî'4-MÏÏ
»- ► ■+
.SE If -M*E4
m u «
ïï *■»"
ïï
ïï
ïï
ïï
On\ iipronoiui.it >us les six groupes
du côté gauche est Maboa, même de («lui <| m se
trouve écrit Nabiav. précédé do détenninatif aphone
pour « dieu ».
Le second élément composant du nom est kudurr,
une des nres expressions dont la signilication n'est
pas encore suffisamment éclaircie. Il semble cons-
tant qu'il provient d'une racine via, peut-être pa-
rent dr -ir. Il se présente, pour ces deux racines,
1 Dan» l'original, pt • «t A • «oot écrit* en caractères plos
petiU.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 139
un phénomène assez rare dans les langues sémiti-
ques; la racine hébraïque commençant par p ex-
prime la même idée qu'en arabe celle qui commence
par D. Nous trouvons en arabe un mot,j*>o, qui
correspond jusqu'aux voyelles au terme assyrien que
nous examinons, et qui veut dire «jeune homme,
adolescent bien constitué». Ce mot est tellement
isolé des autres significations représentées par la ra-
cine j«X-5^ que nous croyons pouvoir émettre l'opi-
nion que le terme arabe kudurr a été une expression
sémitique de la Mésopotamie ; comme beaucoup d'au-
tres de la même contrée, elle s'est incorporée dans
la langue littérale, et a fini par faire partie du dic-
tionnaire arabe. On sait que la richesse du diction-
naire arabe et la variété, quelquefois désespérante,
des acceptions de la même racine , proviennent de
la conglomération , dans une même langue écrite,
de tous les idiotismes locaux usités depuis le Tigre
jusqu'au Guadalquivir.
Nous acceptons donc, jusqu'à preuve du con-
traire, pour le mot kudurr, le sens d'adolescent, si-
gnifiant peut-être premier né. En effet, le roi s'ap-
pelle sur les briques la primogéniture de Nabopo-
lassar, et l'expression idéographique ^ ^5T semble
en indiquer le sens. Car ^ représente la notion de
(( faire , établir , pe? », et È>^T celle de « la possession
de fait1 ». La combinaison de ces deux caractères
1 C'est dans ce sens que £""»**[ forme le second élément du nom
de S argon.
140 FÉ\Hlt.R MARS IS57
veut donc tlire : u celui qui établit ou qui fortifie la
|x»svs.si(»ii r'rs\ .ilii. n-lui (|ui ..i(l<'.i fonder la
nouvelle dynasti
Et , si nous consultons la chronologie , nous trou
I oiiN.quVuelVt'i Yilm liodonosornapunaitrequ un
médiatemcnt après la chute de Ninive, vers 6a a;
il est dit, par Bérosc, qu'il sortait de l'enfance lors
de ses premiers exploits qi à que l'a établi
M. de Saulcy, tombent vers l'année 607 avant J. <
Le dernier élément du mot est ufar ixn
ratif masculin du verbe nofor ^x: « protéger •.Comme
ici, le signe J&* est l'expression de cette idée,
bien prouvée par la confrontation des mêmes ins-
criptions de Nabuchodonosor; ainsi, il est dans d'au-
tres nom» lereprésentant-de la notion* frère •,<
dans ceux de Sennachérib et d'Assarhaddon.
Le syllabaire k. 110 |><>
: ;•• •
ta - frrtv.
Le signe ^— ïJm t: est la forme assyrienne équi-
valant à ,JH*; et il faut remarquer que ces deux
formes, en apparence aussi di inM.ibles, n'en sont
pas moins identiques quant à l'origine hiérogly-
phique, et aux significations idéographique et pho-
nétique. L'assimilation des lettres d'un extérieur fort
différent , mais qui ne sont que des développements
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 141
divergents d'une même image originaire, n'est pas
une des moindres difficultés qu'il a fallu surmonter.
Nous verrons tout à l'heure des caractères dont
la forme est aussi diverse, tandis que leur identité est
incontestable; sans insister sur le fait que nos deux
formes s'emploient indistinctement dans les inscrip-
tions ninivites plus récentes, nous rappelons que
>33^ rend , dans la traduction babylonienne de Bi-
soutoun, l'idée du perse brâtd «frère».
Nous avons traduit le mot usur par « protège », en
le rapprochant de l'hébreu TM et de l'arabe j. *n > ;
mais nous en avons une démonstration plus directe.
Le perse pâtuv « protegat » , est rendu par l'assyrien
lissur izh, et pâiituv « protegant », par lissara m1?-
(Inscription d'Artaxerce Mnémon à Suzes.) Cette
forme est le précatif, régulièrement formé, d'un verbe
ié, dont la première consonne est élidée et, par
conséquence, remplacée par le redoublement de la
seconde; l'écriture anarienne a parfaitement exprimé
ce dernier.
li if • iar U i'j tu - rn.
protegat protegant.
Nous ne pouvons pas donner ici toutes les formes
très- nombreuses du verbe ">2J, trouvées dans les
inscriptions assyriennes ; nous nous bornons à citer
le participe ns: nasir, qui entre dans la composition
du nom de Nabonassar, qui est Nabu nasir isa - 13J
«Nebo protegit».
141 FÉVRIER-MARS 1857.
I impératif njor forme le dernier élément <l»
suivants :
Nabm - pall - afur, MabopaUassar (père de Nabuchodo-
noeor).
Nebo filium protège, ^XK~?D~?3J
iïiryal- larr - usur. NergaUarassar (NérigUesor).
Nergal regem protège, niif"^0"?3"ïi
Biit - iarr - ms mr. Belihesar.
Bêle regem protège, nxiTTO^xa
Aêmr~imr • mfmr, Saraaaar (fils parricide deSianaelièrib).
Assur regem protège. "1XIT~>D~IDK
On a retrouvé à Khorsabad le manche de l'épét
en cuivre de ce dernier, sur lequel se voit en pie
nie* m la légende 'îrwoK, ainsi que M. Lenormant
la lut sur-le-champ, quand le monument fut mis
sous les veux de l'Académie par M. Place.
Le nom de Nabuchodonosor a donc le sens :
• Nebo, protège l'espoir de ma race ».
C'est Grotefend qui a le premier reconnu le nom
de Nabuchodonosor sur les briques de Babvl<
sans en donner ni l'orthographe, ce qui apparti* ni
a M. Hincks, ni le sens, que j'ai trouvé.
Le signe royal Ë:*^- a ct^ reconnu par les pre-
miers interprètes. M. de Saolcy a déjà trouvé son
expression phonétique \$f~~l gf T ^arrm » •* ' ■ rendue
par itf , ce qui est exact.
Voici les formes différentes de ce monogramme,
qui pourrait provenir, comme la forme égyptien n
(!<• l'abeille :
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 143
Hiératique. Archaïque babylonien. Assyrien. Néobabylonien.
-*W-
Le syllabaire K. no l'explique comme les ins-
criptions: ^^T"! aJY iar-ra; malheureusement la
colonne à gauche, qui en contenait la prononcia-
tion syllabique, est fruste, de sorte que nous ne la
connaissons pas; ce qui est bien regrettable au point
de vue de l'histoire de l'écriture anarienne.
La lettre +*J \ permute ordinairement avec les
groupes suivants :
v < WH A
►pqp_ ►¥¥¥-
La dernière valeur nous est donnée par un syl-
labaire; c'est la seule qui soit applicable dans ce
cas-ci.
Nous voyons, une seule fois sur mille, dans le
cylindre de Bellino, remplacer la lettre "**J~~| sar,
le signe royal ordinairement usité : cette anomalie,
dans l'écriture , n'en est pas une pour la grammaire :
il faut lire le mot roi à l'état construit êar, au lieu
de êarra, êarri, êarra.
Ceci nous conduit à une particularité de la gram-
maire assyrienne et qui jettera du jour sur une ques-
tion assez embarrassante de l'histoire des langues
sémitiques.
L'assyrien, de même que l'araméen, n'a pas d'ar-
144 PENH H. H MâM 1857.
ticle , mais il a comme lui un état emphatique,
ment dans différentes phases de son développant 1 1 1
Elles démontrent que l'article postpositif (tel qu'il se
trouve aussi dans les langues Scandinaves), n'est que
le reste d'une ancienne déclinaison sémitique , con-
servée dans la nunnation des Arabe*.
Chez les Assyriens, il y a une mimmation qui est
restée intacte pour les substantifs féminins, et pour
des masculins qui sr terminent en t. Plus tard, les
formes am pour le nominatif, am pour l'accusatif,
et im pour les autres cas obliques, se sont changées
en av, or et fv; et on se rappellera que les articula-
tions de m et de v sont rendues par les mêmes
lettres dans récriture ananem
Cette dernière désinence s'est altérée en a , i, a.
c'est ainsi que l'arabe littéral nous l'a conservée dans
les substantifs précédés d'article.
La partie du discours qui manque au grec <1 M
mère ne se trouvait pas non plus dans la langue
primitive des enfants de Sem. L'arabe a sauvé à
travers les siècles l'antique nannation, ; l'hébreu même
en conserve des traces. Comme compensation de
l'état emphatique, les fils d'Abraham adoptèrent le
pronom déterminatif nSx, que toutes les langues
sémitiques ont laissé subsister dans leurs diction-
naires. En ce point, les idiomes offrent la plus
grande analogie avec le phénomène qui s'est produit
dans toutes les langues indo-germaniques où se trouve
l'article.
Mais l'hébreu montre encore des traces non équi-
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 145
voques de cette vieille désinence. M. Munck a déjà
rapproché les adverbes en o~, tels que DD^, opn
a:px, Dan et d'autres, des mots arabes en t, con-
servés même dans la langue vulgaire de nos jours,
comme '«XjÎ, 12cb, 3JU-. L'assyrien milite en faveur
de cette opinion; l'hébreu a conservé l'accusatif seul
de la mimmation, comme l'arabe vulgaire, le même
cas de la nunnation.
Mais un autre reste de la terminaison primitive
est la forme masculine D^ de l'hébreu, dans la-
quelle je reconnais la simple prolongation de la
voyelle, comme signe le plus antique de la plura-
lité; je dis û, à, i, et cela avec la mimmation ûm,
âm, lm; l'arabe nous conserve encore yj-, yl-, ^-.
De ces trois formes, seulement celle en i a survécu
et en hébreu et en assyrien ; dans l'un D\dans l'autre
^ ; le D de l'hébreu s'est affaibli en | dans les langues
araméennes. La désinence an s'y est conservée pour
les féminins.
Nous faisons suivre le mot nte « souveraine » ,
dans les trois phases successives :
an^iQ contracté Dnte, in- NnVitt contracté Kffaà
wr~" an-—, w- nd— - xn—
on— an—, in- un--- «r.—
C'est du simple phtt que les Grecs ont fait B#Xt/s,
comme ils ont changé Kffoa en MvXnla.
Le pluriel féminin en ut, at, a, en assyrien éga-
lement, la mimmation. Nous transcrirons l'état em-
146 FÉVRIER-MARS 1857.
ptiatique de la langue de Babylone pur un simple K ,
précédé de la voyelle que l'inscription nous indique
chaque fois.
Revenons à notre mot iar ~:
Il est identique à l'hébreu ntr, mais nous expri-
merons toujours le t? hébraïque par 0 [i de la trans-
cription). Tandis qu'en hébreu ce mot n'indique pat
la souveraineté, mais s'applique plutôt à la noblesse,
le mot "|Vo n'exprime en assyrien qu'un prin< a oTon
ordre inférieur, et jamais un roi de Ninive ou de
Babylone ne se l'est donu- lui même.
Le nom de Babylone, que nous devons exanim. l
maintenant, se trouve écrit de diverses manières.
Hâtons-nous de constater que le groupe qui corres-
pond, dans les inscriptions trilingues, au perse Bâ-
birms. est formé : fe^ **^ t 4:\. Psx hasard.
tous ces signes se retrouvent dans les noms propres
de Bisoutoun, et l'ensemble se lirait Dm tir ki, si
les caractères étaient phonétiques; ce qu'Us ne sont
psi.
Pourtant, le groupe se prononce bien Habita, car
dans les mêmes textes il permute avec ceux «jui
suivent
S. - ». - fc. . ê» . U - tm. *
Le caractère VEr\. . qui ne manque jamais au
nom de Babylone, indique une m II" un pays; c'est
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 147
un post-positif aphone. La ville des Ghaldéens, du
reste, n'est que rarement précédée du signe ►>-► — TT
« ville » , ce qui la distingue des autres cités.
La manière la plus usitée décrire ce nom, est
celle que nous fournit notre texte :
tM
PORTA
Bah
Le premier signe se lit dans l'inscription E de Per-
sépolis, et y interprète le perse davarthi « porte».
Dans les inscriptions de Ninive, il est souvent rem-
placé par les lettres **^Y j* * foui, et ainsi le sylla-
baire X. no l'explique par baba, na est un mot sé-
mitique bien connu, exprimant l'idée de «porte».
Nous laissons à un autre travail le soin d'apprécier
la signification mythologique du dieu hh l — * Z T,
qui n'est autre que le Ao des Grecs , nommé aussi le
dieu par excellence, ihn et correspondant au HAos
de Diodore de Sicile. Bérose l'appelle Kpôvos-, c'est
le dieu du déluge qui prévient Xisuthrus de la ca-
tastrophe imminente. La lettre E^* T, dont le sens
syllabique est ra, est expliquée parla racine ym ,
« laver u en hébreu et chaldéen , en arabe et en éthio-
pien « suer », mais, en assyrien, elle a sûrement le sens
d'inonder2. Le dieu Ao, le grand gardien du ciel
La forme archaïque est
îii
, celle de Ninive
' Ainsi nous lisons, entre autres, la malédiction suivante, provo-
Utf l ! VR1ER MARS 1857.
et de la terre, préside ù la répartition des eaux sur
le continent ; il produit . eu retirant sa protection à la
terre, la catastrophe du cataclysme. Le cylindre de
Tiglatpileser I" le nomme ym, « l'inonda leur ».
D'autres manières d'écrire le nom de Babylooe.
sont
£r=T >*+-^ s-*-J XÊX (^tucr- & Londres, col. iy,
lig. St.)
^F-f E3 *Hf ^ê^ [huer, de Lmdra, col iy.
*• • Sj Jm.
lig. a 8. ) Ensuite £z: J ^ê^« ( Sur les briques.)
Je ne sais pas expliquer le signe JJ
Le premier titre de Nabuchodonosor est ribit Am>
hnav «esclave de l'être existant». La transcription
Mrs Min D2i rendra notre explication f4fmfiHt pour
ceux qui connaissent les langues vn ii t i<jucs. Nousrap-
qoée «or la lit* «le estai qui maéiait détruire I* maison dont parle
le caillou de liicbaui :
"' M**»*. »•*•. MM. a.
U «MM» mfua ml* .1
« - ...
»•» -
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 149
proehons le premier mot de l'arabe hjj, « lier », dont
se peut développer l'idée de serviteur, comme de la
racine indo-germanique band, «lier», viennent le
perse et le persan bandaka et »«Xaj , et le germanique
bonde. Nous avons aussi le mot assyrien MISSI « ser-
vitude». (Cyl. de Bellino, col. i, 1. 10.)
Les deux termes suivants qui, en réalité, n'en
forment qu'un seul , signifient Yêtre existant. Nous y
retrouvons les deux racines sémitiques mn et pr, qui
expriment, comme on sait, les notions de l'être. Seu-
lement, la dernière n'a pas uniquement celle de l'exis-
tence en assyrien, mais aussi celle de l'indépendance
et de l'éternité. Ainsi ps indique souvent, «par lui-
même », comme l'adverbe 2>:D,que nous lirons dans
cette inscription. Le mot en question veut dire :
l'être qui est par lui-même, et il nous rappelle le
^i|WT svayambhû des Hindous.
La connexion des idées d'être et de même se re-
trouve dans presque toutes les langues sous une forme
plus ou moins apparente; elle est constante dans les
langues indo-germaniques, où le réfléchi emprunte
justement la forme du verbe substantif. Nous nous
bornons seulement à citer l'italien stesso.
Nous avons déjà dit que l'assyrien k:"»d Kin nous
semblait révéler l'origine du Ùxeavôs des Grecs,
dans la religion desquels il entre certainement plus
d'éléments sémitiques que l'on n'a voulu le croire
jusqu'ici.
La phrase suivante est assez difficile à comprendre.
150 FÉVRIER-MARS 1857.
Deê mots ttut kan Ubbi Marduk, les trois d<
sont si clairs qu'ils n'exigent pas d'explication, kun
T3 veut dire « la solidité, la stabilité »; nous verrons
plus bas que le roi implore pour lui-même Kl
«la stabilité du trône». Les mots Ubbi Marduk M
sont pas difficiles non plus, ils signifient «le cœur
de Mérodach ». La seule difficulté réelle réside dans
le mot ttut.
Ce terme se retrouve exactement en syriaque
LoK*î, «existence»; mais pourtant il n'a rien de
commun avec le mot assyrien , car l'équivalent au sy-
riaque serait msr». Le désinence ai désigne un abstrait
dans toutes les langues sémitiques; l'étude des textes
de Babylooe et de Ninive ne nous permet pas d'y voir
une de ces formes; on n'y emploie pas des abstraits
pour des idées concrètes. Noos croyons plutôt que
IM nous révèle un nonun actoris de la forme VpTip,
tirs roriiumJM m M*] i un . aj dont nous ronn.iiyMUi»
par exemple :
nSn», ipn», oVntf. ainp, aVnn, «fanv
qui sont toutes les dérivations de l'iphteal (de la hui-
tième forme arabe). Ainsi nous voudrions le rap-
procher de la racine ivt attestari, de sorte que *nny
serait «celui qui invoque le témoignage, qui pro-
teste de », et dans notre sens, « qui peut attester l'un
muable faveur de Mérodach ». Nous interpréterons
plus tard les signes ►*-* 4^~~*£;T.
Les mots suivants signifient seignear suprême, h-
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 151
sakka est un mot touranien qui, comme Sakkanakku,
indique la royauté. Souvent le titre que se donne
Nabuchodonosor est patisi siri , également une dési-
gnation de source non sémitique.
Gomme de rt& «aller», vient ^i* «supérieur»;
ainsi de OPi, l'arabe ^L» dérive l'assyrien TJî «su-
prême ». Cette signification est prouvée par de nom-
breux passages des textes de Rhorsabad, qui, dans un
exemplaire de la même inscription, donnent ili, tan-
dis que d'autres le remplacent par sir. En dehors de
cette confirmation , le mot sïr se retrouve si souvent
dans la même signification de « suprême » , que le
doute n'est plus permis.
Le titre naram Nabû n'est pas difficile à expliquer.
Le premier mot naram, Di:,estune formation tout
assyrienne d'un verbe on ou dix « élever » , par la
servile n qui sert, dans la langue de Babylone et
de Ninive, à faire des nomina actoris. Ainsi nous
avons :
73")3 «le piétineur», qui va à droite et à gauche, la pla-
nète de Mars.
!pD3 « celui qui relie », le dieu des liens conjugaux, Nis-
roch.
"HD3 « le rebelle ».
*p33 «l'agitateur», l'Hercule assyrien pDS (Sandaii).
"133 pour ")ri33 «le resplendissant».
7ÎÛ33 « le gardien ».
Ainsi le nom de Ninive n'est autre chose que
m33 « la demeure ».
151 FÉVRIER-MARS 18:.
\ ■■ rnir;j,iM/;/i wiililnv I «|Ui rxalle | , . I \t l»o
lui-même est qualifié de *nnc oii «qui
royauté». Un ancien roi de Babylone se nommait
Naramiin «celui qui exalte Lunus».
Je rattache musa à la racine *V% à l'aphel; je le
transcris ytfD et le compare a l'hébreu r tfti: « le sau-
veur»; ainsi je vois dans 'iimga l'hébreu pov « pro-
fond»; car le ka de Ninive est rendu par un oa à
Babvlone, tandis que fo de l'Assyrie y est représenté
par ki. Encore aujourd'hui les Arabes de Babylone
prononcent le £ comme a dur devant a, en altérant
la même articulation à dj quand elle se trouve de-
vant i. La lettre ^~| nous fait souvent supposer mi
y dans les autres dialectes; de sorte que Kppv devait
s'écrire en lettres cunéiformes de Babylone ^"f
Li phrase suivante est difficile, moins pom le
sens, qui se laisse deviner assex facilement . que pour
l'explication grammaticale de tous les termes.
M . «M . alkakat (?) i/« . rabrab . mtué . atimds*
Qui instruction! dei roaiimi pnebet aura» tuas.
Le mot que nous lisons alkakat doit avoir le sens
que nous lui attribuons; un autre terme assex pro<
de celui-ci. alakti xr:*'.! signifie «rite», en assyi
comme dans les autres langues. Nous devons dire
que les lettres ne sont pas très-lisibles sur les <l
exemplaires que nous avons eus sous les yeux; mais
parce que la lettre * < T T peut encore avoir une
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 153
prononciation qui nous échappe à l'heure qu'il est,
nous aimons mieux laisser la question ouverte jus-
qu'à plus ample informé.
Les mots ilu rabrab mm nhx, et uzanâsu, «fît*
« ses deux oreilles », ne peuvent pas soulever de dif-
ficulté; la deuxième forme semble être un duel de
uzn }TN , dont la signification est bien établie par les
nombreux passages où se trouve ce mot. L'idée en
est exprimée par la lettre ^T — pi, dont la forme
rappelle l'antique image, encore plus fidèlement re-
tracée dans l'archaïque ^ — . Il ne sera pas superflu
de remarquer que presque toutes les langues oura-
liennes ! nous fournissent pour oreille des mots com-
mençant par les articulations p et/. Le duel est ex-
primé par le signe ^T — «« , précisément comme « les
deux côtés» s'écrivent 4% ►• TT, «les deux yeux»
^T — »y, aies deux mains» È=Ttt.
Quelque claire que soit la signification du mot
masâ (car ce semble plutôt être un E^T ma qu'un
*»-J ba) , il est assez difficile à rapprocher d'une ra-
cine sémitique, à moins que ce ne soit de l'arabe
^m*-* à la huitième forme, qui a la signification de
prœbere. Nous connaissons, du reste, de ce verbe
assyrien , le paël ^ç^ « il toucha » ( Inscription des
Taureaux. 1. 6o2), ce qui, est assez proche de l'accep-
tion que nous proposons.
1 Par exemple, le magyar fui, le zyriàn peli.
2 Quand je cite une ligne de l'inscription des Taureaux , c'est tou-
jours de l'inscription de la porte G.
1M FK\ l.ll K MARS 1857.
Inutile d<« dire que la préposition
i n assyrien le ?, comme ina ie 2 des autres dialectal
sémitiques. Cette particularité constitue , comme le
suffixe de la troisième personne en $ , une des dif-
férences les plus marquée» delà langue des' lialdi . ns
Le passage suivant de notre inscription est im-
portant, parce qu'il nous donne la prononciation ilun
monogramme composé it » » fe * T qui se trouve
dans presque tous les documents de Sargon, comme
second titre royal. L'inscription de Londres four-
nit les deux signes relatés ci-dessus dans la même
phrase , et c'est la confrontation de ces deux textes
identiques qui nous a éclairé sur la valeur du groupe
Li valeur syllabique du second fi
du premier est encore fort incertaine ; nous venons
pourtant de citer ridée de côté qu'elle représent.
Le second se trouve interprété, et dans les sylla-
baires, et dans les testes identiques, par zikara m cri m
qui commémore, qui adore; » c'est le monogramme
qui se trouve sur beaucoup de petits cylindres , an
commencement de la troisième ligne , devant le nom
d'un dieu. Généralement l'arrangement en est
qu'il suit
i"l. A. a'I. rdsdeB. 3' I. ^fc+rj du dieu C.
Dans la stèle de Sardanapale III (col. i, I. 3o).
le roi Belochus II est nommé 4^=z » C""*""T *-»-J J-***
Sakkanaka i/oî; c'est ce passage qui nous a porté à
ne donner que la signification de lieutenant i
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 155
mot, certainement touranien. Nous avons déjà remar-
qué que ce terme est toujours associé au nom de
Babylone, et que jamais ies rois d'Assyrie ne s'ap-
pellent autrement que Sakkanaka de Babylone.
Cette acception semble, du reste, indiquée par la
racine *? Stt, que représente À t-> — ; car il désigne aussi
bien l'idée «à côté de»; JE-» — TT£~^ — Tf se trans'
crit, en effet, par »*»*, « à côté de moi ». En hébreu
EPfaiC signifie ainsi « ceux qui sont auprès du roi » ,
ses remplaçants, les dignitaires. L'ensemble des idées
«remplaçant, adorateur», se prononce en assyrien ,
par le mot antique des Touraniens, sakkanaka.
Nous avons déjà ailleurs rattaché ce terme, d'ap-
parence peu sémitique au nom royal des Saces Is-
kounka, au sankak du médo-scythique, au sunkik
susien. Les Grecs nous en ont laissé une réminis-
cence dans la forme Zaydvns, titre suprême de la
royauté chez les Babyloniens, selon Ctésias.
On trouve aussi Sakkanakku: c'est la forme des
tablettes de Sardanapale. Nabuchodonosor l'emploie
encore (Inscript, de Londres, col. ix, s. f.).
A - na - ku. In. iarra. za - ni - nnu
Ego vero rex instaurator,
-y xgx fcç ::zji m :=: saô
mu - {,; ib. li ib - bi - ka.
hilnrr reédé*! cor tunm ,
I.x. FÉVRIER-MARS 1857
h. m «ft - la • a* ai ta
ma* iiiM|tim
- m - «a ia - m» - •« U. la.
dilifaat .
sfj«^-::D3=T-
.. . c
m1? ^«i -NCfanr NÎBtf ^ ^ 3»o nu;î mo iS oa*t
La phrase accompagnant le titre de vieai
akamha-, mais nous n'avons pas besoin de faire re-
marquer au lecteur, déjà initié dans les anomalies de
I <<riturc anarienne, que ce mot akamha n'est pas
sémitique. D'autres inscriptions remplacent cegrou|
a^j. -y tt= <HW HDf ^J4
Ce mot maparkac est le participe d'un pari d*
"PD « agir avec injustice » (d'où l'hébreu *yil), employé
à Fétat emphatique. La forme simple est maparnk,
y do 1 d'où la forme pleine devrait être n^do. Mais,
d'après une règle assyrienne dont les inscriptions
offrent beaucoup d'exemples et qui trouve beaucoup
d'analogies en hébreu même , on contracte ces formes
paragogiques au milieu. Ainsi nous lisons :
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 157
ittaklu pour ittakkilu « ils eurent confiance» (iVsn'').
muntahsisu pour muntahliimu «ceux qui le combattirent»
(ishsnnpp).
La fin du protocole forme, avec la phrase Naba-
kudarrusur sar Babilu, l'inscription de toutes les
briques de Babylone.
Le mot zanin est écrit ff fw^^^-5*" za~n^ **> ou
ff T^»~-È— T za-nin. C'est le participe d'une racine
essentiellement assyrienne, pi « reconstruire »,quine
se retrouve sous cette acception dans aucune langue
sémitique, si ce n'est dans le mot p a orner». Beau-
coup de formes dérivées se lisent dans les inscrip-
tions, et nous en citons celles-ci :
Kal .... Wî;1 infinitif.
|2ïK, ire pers. aor. pp, 3e pers. sing. aor.
Niphal. . UP, pour 8JP, 3e pers. plur. aor.
Iphtaal. . 'J!D, pour "'jaîD, part. plur.
Saphel. . pt$D, participe.
Les deux groupes ^~| ^~T~1 TrT^ V^ et
* jj T^ff~^^-T^T ne sont Pas aes noms de villes,
mais des noms de bâtiments à Babylone. Le premier
indique un édifice consacré à Mérodach; le second,
un autre, dédié à Nebo. Ainsi, une inscription de
Sardanapale V ( voyez Layard , lnscr. pi. LXXXV,
1. î ) parle d'un BIT-ZIDA destiné à Nebo dans la
ville de Ninive.
Les trois derniers signes du premier mot se trou-
vent expliqués dans un syllabaire ainsi qu'il suit :
%
158 FÉ\ Hll h MARS 1857.
na - «■ ■• ««• " '
f«r»«» ui Ml râpai.
Nous n'avons pas trop compris celle glose : flen
semble du groupe désigne donc « maison de l.i t<
temple du chef».
Nous déclarons également ne rirn savoir <l<- la
prononciation du second mot, qui peut se tFOUTCJ
expliqué sur une des tablettes nombreuses du Musée
britannique , et dont la constatation m que l'af
faire d'un hasard heureux
Le nom a d'autant moins d'importante dans ce
cas-ci, que nous connaissons les choses d»
par les groupes complexes. Selon nous.il esl bon
de doute, par plus d'un indice, que le premier <!<■
note le bâtiment dont la ruine est nommée litthil
parles Arabes; il est égal* m. ni prouvé pour nous
que les restes du second s'appéllenl aujourd'hui /•'" i
Nimroud.
Les preuves de cette assertion, étant d'un intérêt
topographique , sont , par cette raison même, exclues
de ce mémoire, et le développement en entn
dans un autre travail. Nous nous bornons à (fin
que Babil fut une pyramide très-élevée. et assun
1 ^ZjTT*^ est ta forme a.wrienne du néobabvlnnion g yf \9a-
l'archaïque ^=T & •
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 159
par les Grecs, notamment par Strabon, au tombeau de
BéTus. Le Birs-Nimroud fut une tour à étages, ainsi
que nous l'attestent et Hérodote et la ruine elle-
même.
Nous proposons pour le premier groupe la trans-
cription mn «pyramide», et pour le second celle de
ms « tour ». Nous savons par les Arabes, par exemple
Soyouti, qu'une ruine, près de Babylone, s'appelait
ry-*0', l'écrivain arabe l'identifie avec le château de
Nabuchodonosor (j>-**j <±*J& yaà). Ce serait alors la
ruine du Kasr; mais nous supposons quelque erreur
de détail1, puisque beaucoup de raisons concourent
pour donner cette désignation à la Tour des langues.
Une d'elles est la signification du verbe rm , qui veut
dire « crier » .
Nour répétons, du reste, que la manière de pro-
noncer ces deux mots n'est qu'hypothétique, bien
qu'elle soit probable.
Le terme Jils, en assyrien, est ordinairement pal
ou bal. On s'étonnera de cette anomalie, qui n'est
qu'apparente, carie mot des Chaldéens se retrouve
en hébreu comme une des expressions les plus an-
tiques. Souvent le terme Jils est éprît fr-fr — J J »f- |
hab-la, et celui de père T|* **" ►— TT habil. Bal,
en babylonien , pal en ninivite , ne sont que des al-
térations auxquelles sont soumises les expressions
les plususitées; précisément comme le ibn des Arabes
1 Une autre erreur évidente se trouve dans Soyouti , qui place au
mot 3^5 la ruine Ibrahim-el-Khalil, entre les deux Kutha.
160 FÉVRIER-MARS 1857.
se transforme en ben; ainsi, le 6a/ des Babyloniens
s'est contracté d'une forme 72,-».
Et cette antique expression se lit dans la lég< ml-
connue du fils du premier homme; 72n Abel ne
veut dire que « fds, enfant ». On sait que les rabbins
ont expliqué ce nom par néant, parce qu'Abel avait
été enlevé sitôt par la main de son frère K un; mais
cette étymologie se réfute par la raison même que
le père n'aurait pas attribué une pareille dénomma
tien à un fils dont il ne pouvait prévoir la fin fn
gique à sa naissance. En effet, 7271 veut dire mmIbj
en hébreu, et ce terme entre dans la fameuse cvcla
mation du roi Salomon; mais qui ne se rappelle
pas l'étroite liaison qui relie les idées d'enfance (l'un
côté, et de vanité de l'autre?
En arabe, le verbe J+* veut dire «être privé
d'enfants». C'est ou une signification p*j -Meulière à
cette langue qui attribue souvent à une racine la né-
gation de l'acception qu'elle a dans les autres langues
sémitiques, ou bien (et c'est bien plus probable ici),
c'est un verbe dénominatif du nom d'Abel.
Mais, quoi qu'il en soit, il a existé en assyrien un
verbe ?2n « gignere » , d'où s'est formé régulièrement
73n «genitor», 73n ogenitus, filius». Ce terme s'est
conservé en hébreu dans le nom d'Abel; et, en as-
syrien, l'usage a fait de habl, pal et bal. Ainsi se n
sout l'anomalie que la langue de Sémiramis semblait
présenter, au sujet de ce terme usité.
Le mot ban y a existé dans cette acception , mais
il se trouve très -rarement, quoique le mot rua ait
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 161
en assyrien la signification de créer, d'engendrer.
Nous le verrons même tout à l'heure dans cette
même inscription.
Comme de hin se forment Vnn « père » , "?3n « fils »;
comme de l'arabe «>Jj viennent *xJî^ et oJj ; ainsi la
racine n:a l'orme et m « frère » , et n:n « mère » , et
p « fils ».
La prononciation abâtardie de hall, en bal ou pal,
est parfaitement garantie par la transcription du
monogramme en ►>^T£; ►-^ëJ balla ou palla. La
lettre >~>^T£; remplace le groupe *^T ^TZ-T ba al
et celui de ^f ^iTZ-T pa al. Dans les langues sémi-
tiques, le D et le 3 changent assez souvent; ainsi nous
nous bornerons à citer l'hébreu pnn, l'assyrien et
l'arabe prtD, l'hébreu u?jnD et l'arabe ^>^y> , l'hé-
breu Snn et le chaldaïque bns. Nous ne savons donc
pas, au juste, si a faire» se disait, en assyrien, tz?ny
ou e?dv; «favoriser», cran ou œsv, car toutes ces
formes sont aussi possibles les unes que les autres. Ce
phénomène se rattache à une des particularités des
nations sémitiques; les Arabes ne peuvent pas pro-
noncer le p,les Chaidéens de nos jours ne connais-
sent pas le f. Peu d'Arabes nomment la capitale de
la France autrement que Baris,et beaucoup de Chai-
déens disent Pransa pour France.
Dans l'inscription de Borsippa, comme très-sou-
vent le simple monogramme £=*"" ~, l'archaïque
<£ — est suivi du signe * *T, il s'en forme un signe
composé t=* »TT*T indiquant «fils» (comme Tl,
162 FÉVhlLH-MAKS 1857.
ou &* tout seul). Je no puis pas, jusqu'il i , ex-
pliquer la valeur de ^*J, qui. entre autres , a aussi
celle de « stade ».
Notre texte, connu' loutet les briques de Nabu
chodonosormuniesd'une légende M trois, an quatre,
ou en sept lignes, porte, après «fils», les quatre
lettres^ ^=\^f Hiï*T EV*T- Le grouPe se voit
ainsi partout, sans le moindre changement d'or-
thographe. Cette circonstance seule lait présumer
qu'il est idéographique, d'autant plus que le mot
asaridu n'a guère un extérieur sémitique. Tous les
timbres de six lignes ont, à sa place, le mot ristan
jntfn «le premier, l'ainé», qui porte bien au
ment le cachet des langues de Sem, et dont la sigm
fication va à merveille. Nous prononçons pour cela
partout ristan; car, pourquoi la même légende au-
rait-elle varié seulement dans les briques à six lignes
d'écriture? L'examen de ces inscriptions repro-
duites à laide d'un timbre nous démontre, au con-
traire , que le mot plus long était réclamé par la jus-
tification typographique des signes composai il le texte:
car il n'était pas permis de couper les mots à la lin
d'une ligne.
Nous pouvons, à cette occasion, donner la traduc-
tion de l'inscription des briques, telle que des mil-
liers d'exemplaires nous la fournissent. Il y a partout :
« Nabuchodonosor, roi de Babylone, restaurateur
de la pyramide et de la tour, fils aîné de Nabopal-
lassar, roi de Babylone, moi1. »
1 Quelques timbre^ ont omis le mot mm.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 163
Il ne reste absolument que l'explication du mot
anaka « moi » , que, déjà, M. Botta a reconnu et lu ; tous
les autres interprètes des inscriptions assyriennes
ont été du même avis. Nous n'insisterons donc pas
sur des choses que personne ne pense à contester.
L'inscription continue : 4
II.
*-**- f— *—l | • TT I *> — «TT ' **-**-'
Ni - nu um. Marduk. bi'ilu.
Dicimus : Merodachus dominus
- nu um. Marduk.
Dicimus : Merodachus
raba. ki - ni is.
magaus , s juin tu sua
16 na an - ni. va. za - ni -nu ut su.
creavit me : inslaurationes sua..
1 - bi -su. u ma ir. an - ni.
perliciendas iinporavit milii.
— T k^I C=: «d- tï= ^ B3AI
Na - bi - uv. pa - ki id.
Nebo praefectus
^ sr Ù ter. ëeeu ^^= ^|
is - sa at. ia - mi f.
legionibus cœii
«a. ir - <i - tiv harat.
et terra; , sceplro
104 FEVRIEK-MAHS I.S57.
i - Mr • fit. ■
jotliti*
zzz ::m %fr if-
M ad - mu
jiutitia: iocliuar* f-cil (i. t. OMravit)
f
Après le protocole, suit l'invocation adressée aux
dieux Mérodach et Nebo, et qui, presque dans les
mêmes termes, se retrouve dans l'inscription de
Londres.
Le mot ninum se transcrit :x;:, «t vient <!•• la ra
cine dx: «dire, énoncer», connu par la lormulr
hébraïque mm ok:. Nous lisons à la première per-
sonne le mot inu, mais il vient du verbe ruy «ré-
pondre», et le mot est à transcrire uyftt.
Nous avons laissé jusqu'à maintenant l'explication
du monogramme complexe ►►-! i*~~* £T, qui dé-
signe le dieu Mérodach , aussi bien que les groupes
Rarement ce nom divin est écrit en caractères pho-
nétiques; nous connaissons un passage, dans l'ins-
cription d'Assarhaddon (Layard, pi. XXII, 1. 33),
où nous lisons **^[ E^T*— Ézjf£ Mar-duk. L'iden-
tité de notre groupe, >+~\ 4*~ ""* £T, avec celui que
nous venons de citer, est démontrée par le nom de
Mérodach Baladan, qui, dans la Bible, dans les au-
teurs, comme dans les inscriptions, est signalé
comme adversaire de Sennachérib ; il est écrit :
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 165
Marduk bal iddin
Merodachus filium dédit.
Ensuite, par sa permutation avec >~k-J tJH el
avec ►*— Y ►— T — èJTT? dont le dernier se trouve dans
le nom du roi Mesisimordachus :
Mu - si - si. Marduk
Nous ne pouvons pas encore expliquer le nom
de Mérodach , ^TtE ; il provient probablement d'une
antique racine -p*i. Ce dieu n'est pas la planète Mars,
comme la prétendue similitude de l'arabe gy> l'a
fait supposer. Outre la dissemblance organique des
deux noms , il faut remarquer que la nomenclature
arabe des planètes est totalement indépendante de
celle employée par les Chaldéens-, puis, la planète
mentionnée a son représentant en Nergal. Méro-
dach est nommé, dans cette même inscription, roi
du ciel et de la terre , et encore , en cela , il n'y a
rien qui puisse le faire identifier avec l'astre du fer.
En nous réservant de traiter cette question à fond ,
nous passons à l'épithète de la divinité \3") vhv2 «le
grand seigneur ». Nous n'aurons certes rien à dire
pour prouver l'exactitude de notre traduction; mais
il en est autrement pour notre lecture. Le mot « sei-
gneur », bm, est écrit ordinairement :
^ £0 ou ^ T£j
166 FÉVRIER- MABS I8&7.
Les deux manières idéographique iqqI ^ JT et
» — «* „ . Le>— TY, premier signe, a la valeur sylla-
bique de in, et s'emploie, dans un grand nombre
de passages, comme exprimant la notion de maître.
Le second est un monogramme complexe, proba-
blement la transcription pure et simple du mot tou-
ranien tilni1 « cavalier » , et « maître «par conséquent.
Par basard, il se trouve que ►— * a également la va-
leur de lit »3, qui commence le mot sémitique-, d'où
le rédacteur d'un syllabaire s'est cru autorise à rendre
* yy par ili. Je ne crois pas, quelque hardi que < . Ii
paraisse . que * yy ni ait jamais eu la valeur que lui
attribue Sardanapale V; je suppose qu'elle a été ac-
ceptée pour lire ce seul mot». — «* yy bi ili.
Je n'ai pas la prétention de connaître mieux fil
syrien que le roi d'Assyrie; mais je crois qu'il n'a
pas eu l'esprit de la philologie critique du xix siècle,
et quelque précieuses que soient ses données, je De
les suppose pas plus à l'abri de l'erreur que toute
autre œuvre bumaine. Amsi il est bien avéré par
le roi lui-même, que kj signifie, à lui tout seul,
«jour», O"»; pour exprimer cette idée, et pour indi-
quer que le signe ne désigne pas, dans un cas donné,
ou soleil, ou argent, ou aller, on l'écrit souvent avec
le complément phonétique *q fctrj T (JOUR, um),
tj[ j^~~ (JOUR, mi). Que fait Sardanapale? Il
1 Pour expliquer cela , il faut dire que ► — •< est rendu dans les
syllabaires par til, et que talnu, en mcMo'cythiquc, traduit le perse
uçbâra «cavalier*.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 167
donne à *q la valeur rfTIL. y a , que fcT n'a que par
hasard dans ce seul nom signifiant «jour ».
Ainsi la valeur ili, pour * y^ , semble être parti-
culière à ce seul mot ; voici . du reste , le texte du
syllabaire :
ni i
sa al
m :>u
HPFr
*-**-
Le groupe RA. KUM. AU signifie «grand»;
M. Hincks, qui a bien vu qu'il exprimait le son rabù,
a supposé à tort que £z^£zf avait aussi la valeur
de ab. Mais on n'écrivait jamais le son rabû, ra ab
au, mais toujours ra-bu a; et, si -<Tk- T HM était syl-
labique dans ce cas, on devrait le voir permuter avec
«, ou / au féminin, ce qui n'est pas.
On demandera, sans doute, pourquoi les Assy-
riens ont souvent préféré exprimer une idée par
un groupe de monogrammes plus long à écrire que
ne le serait l'expression syllabique? J'ai de fortes
raisons pour supposer des superstitions qui attri-
buaient à certains assemblages de caractères des pro-
priétés nuisibles ou propices. Quelquefois cette cause
est apparente; on évitait les assonances désagréables
et obscènes; ainsi, jamais le mot pour trône n'est
écrit en caractères syllabiques, sur mille fois que
168 FÉVRIER-MARS 1857.
nous l'apercevons dans les textes, et nous n'en MM
rions pas la prononciation assyrienne , sans une pe
tite tablette grammaticale du Musée britannique. Le
trône se disait kuêêû , à Ninive , mais on ne l'écrit que
fr — J 0*^ ff IS- GU. ZA, pour ne pas rappeler
par l'écriture le souvenir d'un mot obscène assez
semblable.
Les Perses seuls écrivent rabû en lettres, dans
leurs traductions assyriennes; mais jamais cela ne
se trouve à Ninive ni à Babylone, où l'on ne lit m
rubà. La raison semble être la même; yan a, en hé-
breu, chaldaïque, syriaque, une acception lubrique,
et probablement l'assyrien rabù rappelait il un mol
va"), ayant la signification du syriaque jkoi.
Les mots Unis ibnanni signifient : « il m'a engen-
dré lui-même». La terminaison is est spécialement
assyrienne; elle forme des adverbe» , en ajoutant it
directement à la racine, ou en se servant d'un •■ n
intermédiaire. En voici des exemples :
tfDX? • avec force. *
w 2") • grandement. >
&ÎV • fortement. >
tf D7CJ ■ usque ad iinein. »
&73J ■ artistement. •
Ù'pj ■ d'une manière variée. »
ÙJ3Î2K • comme un père. •
V222 « comme des étoiles. •
En anis , nous aurons dans ce texte tilatus, « for-
mant de collines. »
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 109
Le verbe ibnanni est la troisième personne de
l'aoriste, avec la terminaison anni, suffixe de la pre-
mière personne ;ib signifie «il m'a créé». Le verbe
ma veut dire « créer » ; la troisième personne , sans
supplément, Ï3!F «il créa », traduit le perse adâ.
Voici quelques formes de cette même racine :
Kal N32K et 1J2N «je fis, créai, bâtis».
U3|1 ail fit».
W}\yX* «ils le firent».
"•3i3n «tu m'as fait, créé».
Niphal. . . . ^ax «je fus créé ».
Paël 13DK «je fis bâtir ».
Shaphel . . . ""IDK/K «je fis faire ».
Le suffixe assyrien t correspond à l'hébreu T" , la
signification en est rendue certaine par les inscrip-
tions perses; le pluriel est annu ir en hébreu. Par
exemple :
*2~)%h perse mâm pâtuv « qu'il me protège ».
iW2T\ « tu m'as créé ».
^Dpn « tu m'as confié ».
^IpriD'' « il m'a chargé de. . . (Nakch-i-Roustam) ».
Au pluriel :
13JDn « tu nous as créés ».
laiDS"» «il nous soutient (iphtaal de 1D2) ».
Souvent, on écrit la terminaison anni à part,
170 FÉVRIER-MARS 1857.
comme si c'était un mot indépendant; nous le vo\<>n»
dans le mot umahirani, qui est écrit unuiliir MM,
et que nous expliquerons maintenant.
L'assyrien n'a pas d'expression pour la syllabe^u,
combinaison répugnant à beaucoup de langues. Il
n'y a presque pas de mots commençant pur * .comme
il y a, en revanche, peu de termes hébraïques dont
la première lettre soit un ». Le grec n aime pas non
plus le y; quand cette lettre se trouve dans les lan-
gues ariennes, l'idiome hellénique y substitue ordi-
nairement un Ç (par exemple, 1UG, ZYI"; yava.
ZEFA, etc.). La voyelle frJTTf exprime, en nette
temps, le son u et yu, > t ainsi il est quelquefois
très-difficile de savoir si une forme grammaticale
représente la première ou la troisième personne de
l'aoriste. De même, les caractères qui rendent une
syllabe commençant par u, telle que uk,up, ut, etc.
doivent souvent être transcrits par yuk, yap, yat,
pour faire voir le < de la troisième personne.
La racine ino a, en assyrien, un MM particulier,
qu'elle n'a pas dans les autres langues sémitiques,
quoique ces dernières en fournissent de bien rap-
prochés. En hébreu comme en syriaque , la signifi-
cation est « se hâter», et u donner une dot »; l'arabe
joint à cette dernière acception celle de «com-
prendre, être intelligent o. En assyrien, la racine a
l'acception «d'imposer, de faire faire, d'ordonner».
Le soleil est nommé dans l'obélisque de Salmanas-
sar III (1. 8) :
INSGR1PTI0N DE BORSIPPA. 171
mumahir gimri K1D3 17V3D
imperans legioni (cœlesti).
Dans le même monument, se trouve plusieurs
fois la phrase, en parlant du généralissime royal v
(1. 160) :
in panât ummaniya umahir aspur.
(eum) in capite exercitus mei imposui emisique.
Sur le cailloux de Michaux (col. 2 , s. f.) :
aha la muta yumaharu.
scriptum non mutandum confici curarunt.
nnps kbd m1? MnN
La forme est le paël, et, comme en hébreu, le n
n'est pas redoublé.
Le régime de umahiranni est ibisu « à faire ». Le
mot e?35f ou e?dj? est le verbe qui traduit le perse
kar « faire ». La signification en est donc on ne peut
plus garantie, car on le rencontre très-souvent. Une
chose plus difficile, c'est d'en trouver un représen-
tant dans les autres langues sémitiques; en chal-
daïque, ŒDN veut dire «volonté». Nous hésitons,
néanmoins, à y rattacher le verbe assyrien, qui a,
selon nous, plus d'analogie avec l'arabe <^*c, signi-
fiant juste le contraire : «ne rien faire». Cette cir-
constance est une grande raison pour rapprocher les
racines des deux langues, attendu que la racine arabe
172 FEVRIER-MARS 1857.
indique très-souvent la négation de l'idée exprimée
dans les autres idiomes.
Nous écrivons donc le verbe faire say et non
C'EN, et nous en citons les formes suivantes, trou-
vées dans les inscriptions :
K 1 1 V2'J participe « faisant ».
t222?X i" pers. aor. «je fis ».
&2V> 3' pers. masc. sing. » il fit ».
1Ù3^ 3* pers. masc. plur. « ils firent ».
Iphta'al. . . CfànVN l™ pers. sing. aor. »je bâtis ».
tf 3f13?7 3* pers. masc. précatif « qu'il cons-
truise».
Iphteal. . . EtonyN i" pers. sing. aor. «je fis, je I»
tfanJP 3* pers. sing. aor. « il fit ».
tfansi i" pers. plur. aor. « nous fîmes».
IC^an^ 3* pers. plur. aor. « ils firent ».
Shaphel. . . tfiy&K irtpers. sing. aor. «je lis bâtir».
w 2ytfU participe » faisant bâtir »
K&2XV pour KC^sytf, impératif parap>^i(|in
« fais faire ».
Istaphel. . Ktfayntf pour Ntf3?ntf, impératif parago-
gique «accorde».
L'œuvre se dit également ctav, ou ntfay, pluriel
rvtfay ; d'où itf rvcfàjr « ses œuvres ».
Le mot zaninutéa parait être un pluriel d'un fé-
minin, formé de la racine zanan «reconstruire». Le
suffixe su iu exige quelques explications.
L'oreille des Assyriens ne pouvait supporter, à ce
qu'il paraît, le son tch, comme celui de ts répugne
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 173
à beaucoup de nations. Toutes les fois, alors, que le
suffixe de la troisième personne suit immédiatement
une articulation dentale, telle quel, n ou B, le
ty se change en d , qui entraîne souvent, en se l'as-
similant , la dentale précédente ; ainsi , le mot rro
m maison » se fléchit de la manière suivante :
îltfrPS ou ÎDITO «sa maison (à lui) ».
NtfrP3 ou KDrPS «sa maison (à elle) ».
J#rP2 ou JDfïO ■ leur maison (à eux) ».
^n^ ou |DrP2 « leur maison (à elles) ».
Souvent le t est assimilé au D; ainsi, on a indif-
féremment :
lE/mn, ou îDmn, ou 'iD'in « leurs fossés ».
Zaninutéu doit donc se transcrire IDWJÎ, etla phrase
se traduire littéralement, selon nous : « instaura tio-
«nes suas (tanquam) opus imposuit mini».
Après avoir désigné la volonté de Mérodach,le roi
passe à Nebo, qu'il nomme : pakid kissat sami u irsit
« qui surveille les légions du ciel et de la terre ».
L'inscription de Borsippa nous rend un service
philologique, en nous donnant le son exact du mot
ciel en assyrien, que nous ne saurions pas sans elle.
Les inscriptions perses nous fournissent le mot ira-
nien açman, qui est rendu, dans les traductions as-
syriennes, par les lettres ►*— Y *"T~f AN. 'I. >->~- T
veut dire « ciel » , et ^~^ est expliqué par "V— T Tf
^n — Mbu « voûte » : on voit donc que le ciel est
174 FÉVRIER-MARS 1857.
ordinairement écrit par un monogramme complexe
qui proprement signifie « dieu de la voûte ».
Maisquelquesûrequefûtlavaleuridéographiquede
►-►-I ^TjF, aucun document , en dehors de celui <jiir
nous expliquons, ne donnait le son assyrien sami ^ptf ;
ce qui se rapproche en effet de la dénomination <!.•
ciel dans toutes les langues sémitiques. On appré-
ciera la valeur de la donnée de notre inscription ,
quand on saura que la même phrase concernant
Nebo se trouve souvent dans les inscriptions nini-
vites et babyloniennes, et qu'elle est toujours ainsi
conçue :
HT ^tje=. cîzrtTfT. &: *. — î ^j. <.
A'<a»a. p* - kid. kù - i«t. mmi ■.
irtith.
Le verbe ipc veut dire «administrer, installer»;
au paêl et iphteal la signification est « conférer, con-
fier l'administration». Ainsi nous avons :
Kal . . . . îDipc « il l'a installé ».
Iphtael. . Tlpr»^ 3* pers. avec le suffixe de la i" pers.
(N. It. 1. aa) : « il m'a confié ».
îpnDK (Bisoutoun, 1. 27).
Paêl. . . . IDlpDn « tu l'as confié », a' pers. sing. et le suf-
fixe de la 3" pers. ( Inscr. de Londres ,
col. 1.)
ij?rip (Bis. 1. 8) traduit le perse agantâ «bon, ce-
lui qui se fait gouverner».
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 175
Le mot kissat se trouve beaucoup dans le pre-
mier titre des rois assyriens -, il est souvent exprimé
par le monogramme I,dont la valeur syllabique est
sa. Le sens de ce terme, sans génitif complémen-
taire, est parent de celui de monde-, mais il veut
dire proprement « horde, légion », et correspond
parfaitement à l'hébreu miox. Nous rapprochons ce
mot de la racine îyœp « colligere » , et de l'arabe «i*i
« aggregare (pecora) » , d'où &>Us , AjUft , « grex , mul-
titudo».
Salmanasar III et d'autres rois de Ninive se
nomment :
iar. kis - sat. nisi
rex légion um hominnm
d'où est venue la phrase de Sargon :
sar. kis -sa a ti.
rex legionum.
Nabuchodonosor, dans l'Inscription de Londres
(col. i , 1. 63 et suiv.), dit à Mérodach :
^m $& sa h ^tt t- i ^ M
at - ta. ta - ha no an - ni va
tu procreasti me ,
H $l m*^ tm mu «•
tflr ru - tt. hi is
mperium legionum
176 FÉVRIER-MARS 1857.
m - II.
h omnium
>3Dpn ■#: nœp> nno • ■«an nx
La lettre ^%*< dont la forme archaïque est
»^'|^2^>, change souvent avec /^X^JTfriw.
On voit que le style moderne a considérablement
défiguré le caractère plus rapproché de l'image.
Le sens de la phrase suivante est : « a chargé ma
main du sceptre de la justice. »
Le monogramme frj J? CT ou son équiva-
lent £ — T g| r est interprété par le mot W< Ë-y
TT t^fj harat, upar les syllabaires; les inscriptions de
Nabuchodonosor le remplacent, dans notre phrase,
par lf« Ejj ►— -/~T (wrana. Les bas-reliefs nous dé-
montrent que cet insigne royal ne peut être qu'un
sceptre. La philologie comparée des langues sémi-
tiques donne également raison à cette interpréta-
tion; û*in veut dire « sculpsit , cœlavit , tornavit», et
le mot D"in veut dire « stylus , un bâton sculpté ». En
même temps, le terme o*in semble être parent du
mot *>ûn « virga».
Si les inscriptions de Babylone nous fournissent
la permutation de £T ^ gf et de haran, il faut
considérer cette dernière expression comme une
différence provinciale du mot assyrien.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 177
Le terme isarti se transcrit NmEP «justice», de
iw> , racine bien connue en hébreu. Elle est égale-
ment en assyrien , comme en hébreu , iet» ; et le "•
initial est de même conservé en arabe. Nous pou-
vons établir la loi suivante, relative aux verbes com-
mençant en hébreu par j :
Partout où le * hébraïque est remplacé en arabe
par un ^ , l'assyrien aura un a ;
Partout où il sera conservé en arabe, l'assyrien
le respectera également;
Ainsi nous aurons :
Hébreu. Arabe. Assyrien.
•&
jjj
"l1?*
w
yÉij
F]PK
3BP
t^Sj
3Î2K
wn
Cfj
vun
m
*»
TW
Mais, de l'autre côté
:
W
j~*.
w»
pT •
&Xi
p*
T
*N>
T
Le mot isarti est écrit :
ou
ou
«a ar - <i
178 FÉVR1EK-MARS 1857.
Le verbe usadmik est à transcrire en hébreu
nmtf *» , troisième personne du singulier au shaphel
de la racine nm, qui en arabe veut dire « incliner »;
le shapbel a donc la signification de « faire incliner,
charger ».
Nous ne nous tromperons certainement pas, en
adoptant ici la signification de « charger»; mais nous
devons dire que, dans d'autres cas, l'assyrien dit « rem-
plir la main » pour « confier ». Le verbe employé est
nVd , au paël , et l'hébreu connaît le môme terme ,
dans la même voix et avec le môme régime. Nous
citons ainsi de l'inscription généalogique de Bélo-
chus IlI(Layard, Jnscr. pi. LXX. 1. 3).
[—v] ^i h*v *e v »~m «-*-t-
[Auv] mal - lai. (a • M - »a m.
Imh inpvrio liogatrom
J» - «al -la a. ka - tai m ta.
impUrit ma oui «jai.
et dans le cylindre de Bellino, col. 3 :
H, E53 £3 BU ïï ~T~-
rm <tp - «a a (i.
ampla
en- «-r çzz «r. ^ ^ -«
sa. Morduk ti i* - la.
quitus Mvrodaeh domina»
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 170
vu - ma al - la u. ga - ta n - o.
implevit manum mcara ,
IV ^H- &à mu M M-
Ba - bi
Babyloni
<
lia an - ni is.
tributaria feci.
•tf hdn ta |N ^np_ kW» xVvn ^Spçf n^pn Vn:
Le dernier mot de cette phrase demande quel-
ques développements. Le mot gatûa veut dire « ma
main »; et ce terme assyrien est tellement différent
des autres expressions sémitiques, que nous devrons
nous y arrêter quelques instants. Le terme
*£! ::m Sp if
ga - lu u a
change avec
ga - ti - ya.
L'un est à l'autre ce que la terminaison u est à la
désinence 1, le dhamma arabe au kesra; et cette der-
nière forme se trouve souvent écrite en assyrien :
ta - fi" - ya.
180 FÉVRIER-MARS 1857.
Nous avons déjà dit , à l'occasion du mot xpoy, que
les inscriptions babyloniennes rendent le p par g
et par k, et que le J des Arabes s'altère, dans la
bouche des Babyloniens de nos jours v en ces deux
articulations. L'identité originaire des deux guttu-
rales dans le mot qui nous occupe est garantie par
les mêmes phrases; «les œuvres de ma main» est
rendu, dans les inscriptions de Ninive.par ipsit La-
tiya, tandis que la même inscription se lit à Bnby-
lone ipsit gatiya. Ainsi le mot perse thdtiy « il dit » ,
est rendu à Bisoutoun et Persépolis par
6 ^ I » «
à Suzes , par
; - t« •* - ».
et, aussi dans toutes les localités, par
tut
Pour les lettres haiiya, les inscriptions donnent
souvent, dans les mêmes passages, les deux groupes
►ÉiTTT È E Tf ou è^T ÈfcJf • Ainsi, dans la phrase
des inscriptions des rois d'Assyrie, iksud rabut katéu,
il y a souvent pour le dernier mot
et au lieu de ces signes
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 181
~M t=ZE: ÊÊfl
ka as - sa
Gela ne veut pas dire que ^=T ait jamais eu la
valeur de kas, comme on pourrait le penser, au
premier abord ; d'après le principe développé tout à
l'heure, sur le suffixe de la troisième personne atta-
ché aux dentales , nous savons que kaêsu n'est qu'une
altération anomale de katsu. Aussi le caractère tJ=T
a-t-il bien la valeur de kat.
Le signe è^Tty n'est que le duel de Jf==T, et ce
dernier exprime, dans l'inscription de Bisoutoun,
le perse daçta « la main » (1. 96). Darius parle de pro-
vinces rebelles et vaincues par lui en ces termes :
U ra ma az - da. a - na.
Oromazes manui
j^ eèejï 33> m si ^ 1 ^ ^
kat - ya in - da - na as - sa - nu ut
mi • i- dédit cas.
\ s - - : • t • '- ' - t:--\
La forme archaïque de ^==J (dont I n'est qu'une
contraction) est ^=T» les cinq doigts de la main,
et rappellent encore l'image du poignet fermé.
Après avoir démontré que cjatûa veut réellement
dire «ma main », il nous reste encore à rattacher le
mot np à une racine sémitique. Nous avions pensé
à l'arabe ^J», d'où ^y» « force »; le sens n'en serait
pas très-éloigné , et l'altération serait régulière. Mais
182 FÉVRIER-MARS 1857.
nous avons abandonné cette idée; d'abord, parce que
le mot "P n'est pas étranger à l'assyrien , et qu'il n'y
aurait pas eu deux mots sémitiques pour une même
idée aussi nécessaire. Ensuite , et c'est là que réside
la force de notre argument, kat est une expression
touranienne pour a main». En finnois, en madgyar,
dans les langues ouraliennes, nous ne voyons que
kezy, kedy, kez, et des termes aussi rapprochés de
notre mot assyrien. Le kat assyrien est donc un des
rares résidus de la langue antique des Touraniens ,
ayant subsisté à côté du mot sémitique, et l'évin-
çant dans l'usage journalier.
Du reste , l'assyrien est loin d'être le seul idiome
contenant le mot touranien. Les langues germani-
ques ont toutes, pour exprimer l'idée de «main»,
un terme qui, selon les règles du déplacement des
sons dans les langues ariennes, ferait conclure à
l'existence d'un mot sanscrit, latin ou grec, kant ou
lui t. Dans aucun -de ces idiomes, il ne subsiste un
mot de ce genre; d'où donc provient le terme des
langues germaniques?
Il est possible que cette vieille expression, après
avoir fait irruption dans une branche du peuple sé-
mitique, ait été perpétuée également dans la bouche
des Indo-Germains.
Nous continuons :
III.
BIT. SAG. GA. TV. kteal. fa - mi î.
Pynmi* (c*t) leroplum cedi
INSCRIPTION DE BOKSIPPA. 183
au. ir - <i it su - la al.
et terra , sedes
Biil. ilui. Marduk. BIT KU A
domini deoram Merodachi • pcnctrale ( ? )
!*?«= h». t=: Baïè ^# JE-
nid - Aa. ti î - lu ii - su.
iocum quietis dominationis ejus
ifHIA- ^Tl s=T<d -M- BU pp -H
Auraju. na am - ri sa al la -
auro fulgeuti - -
HW îfT- E?= S£âT -M«= ^=î M-
ri i». nj ta ak ka an.
exstruxi.
C^I -Si EEJ<Ï- tS- ^ Éfe (Ml-
B/T. ZJ. ZM. [ bit. ki i - nm>. ]
Turrem [ domum œternam ]
BU Z^iiii frf SI- Mf ^î ES2T-
*a. î - îs - si is. î - pu us.
quam fundavi , feci ,
va. i - na. kaspa. hurasa.
in argento, auro,
ni - si ik - (i. a& - nav. ï - ra a.
fusibilibus (id est mctallis), lapide, latere piclo ,
184 FÉVRIER-MARS 1857.
mut - ko» - «u. in'»,
leutitco, redro
b - <a «4 » K t/.
perfrci
1r »• — * ► m *=!•
»i - ii ir - «a.
■nagoificentitm ejo».
Le commencement de cette phrase est on ne peut
plus clair; il n'y a que le groupe ^„T I iji*— à
expliquer; et même là , il ne peut surgir aucune con-
testation sur la signification de ce monogramme
complexe; car le premier élément veut dire «mai-
son », et le second « grand ». J'ai donc cru longtemps
qu'il n'y avait pas ici un seul groupe, mais bien deux
mots qui seraient à prononcer 21 rva. Je ne tenais
aucun compte d'un fait qui ne m'était pourtant pas
inconnu, et que voici : toutes les fois que l'idée de
«grande maison» est mise au pluriel, on écrit tou-
jours ^"J ^:|* — J^, et non pas ^~J ]^_
^=y»— l<+4 , comme pourtant on le devrait, si les
caractères de * y et | =J*— étaient grammatica-
lement séparés , et s'ils ne servaient pas à représen-
ter un seul mot signifiant «palais».
Ce terme se disait en assyrien, comme en hé-
breu, en araméen, en arabe, Wft. Par un hasard
assez singulier, ^=f> — a les valeurs de aal et de
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 185
kal. Le signe exprime la notion de « grand » , qui en
casdo-scythique se dit encore gala, et est interprété
en ^T. 39 par t^* T **>-< 4 rabû «grand». C'est
de cette antique expression que s'est formée, dans
îa période anté-sémitique , la valeur syllabique gai,
constante par la comparaison des textes, et confir-
mée par la tablette K. 1 1 o, où on lit :
g al ra - ba 11
Par un abus, ^T* — (forme babylonienne de l'as-
syrien È—Ti* — ) sert aussi à rendre la syllabe kal;
ainsi, une tablette de conjugaison écrit le paël du
verbe hpw :
g^= X^r ÈZft— pour ££= xçr i_J E^UT
1 la kal i sa ka al
La syllabe kal, qui finit le mot sémitique de hekal,
n'a rien de commun avec le mot touranien gala
« grand »•, néanmoins, les philologues assyriens, pour
pouvoir épeler leur mot hekal, donnèrent hardiment
à * "Il J la valeur de i, que ce signe n'a nulle part.
Nous lisons en K. 110:
M? I MTTT I ^sr^::^1
« bi i - ta
X- TT T est le néo-assyrien du vieux Tyl^- A , comme *33T
Î. On y voit encore les
est le néo-babylonien d'un antique
186 FÉVRIER-MARS 1857.
Le signe * T a déjà assez de valeurs; celles de
bit, mal, nis et nah.
La pyramide de Mérodach est nommée i le temple
du ciel et de la terre » , comme le dieu en est ap-
pelé «roi de ces deux parties de l'univers»; elle est
qualifiée, dans la phrase prochaine, de «demeure
du seigneur des dieux Mérodach ».
Je traduis le groupe * * J È^TT- *"Hf *"HT
par « maître des dieux » ; je déclare pourtant que
cette explication, quelque plausihle qu'elle puisse
paraître en elle-même, n'est pas à l'abri d'observa-
tions. Il est vrai que le groupe * * T É^TTT se lit
7*3 «seigneur»; cela est incontestablement établi
par des passages où le mot ni^ya u la suprématie»,
que nous lirons tout à l'heure , est écrit :
Ml - ■ - u
(Voyez, par exemple, Inscript, de Londres, col. NI.
1. 2 etl. q5.)
Le monogramme complexe est l'expression du
dieu Bel-Dagon , du Bel par excellence.
La répétition de **+~J »-»- J peut certainement si-
gnifier «les dieux», mais il reste toujours singulier
que jamais cette idée ne soit exprimée , dans cette
phrase, par les deux lettres *-*-T 1++* • Au lieu de
celle que nous expliquons par « maître des dieux»,
anciennes lignes,au lieu des coins postérieurs. Néanmoins les textes
de Ninive distinguent entre -- T mal, et ^ |T T bit.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 187
on lit souvent ^Tp- — ^"T^J^ *~*"~T *""*" — T' et jamais
^Yn- — ►~T^T*< *""* — J y^** • Nous pensons donc que,
peut-être, Mérodach est nommé «maître de El, de
Saturne», au lieu de «maître des dieux».
Sans abandonner notre première interprétation ,
nous croyons devoir faire part au lecteur de nos
propres objections.
Le mot sabat mtf est exactement le mot mtf de
l'hébreu. La racine 3^?N (hébreu Dty) veut dire « s'as-
seoir, être assis». Nous citons :
Kal 3#X ire pers. sing. aor. «je m'assis ».
3EP 3e pers. masc. sing. « il s'assit ».
)2V}i 3° pers. masc. plur. « ils s'assirent ».
ND$7 pour Klty1?, précatif paragogique
« qu'il s'asseye ».
3ttfK participe a assis » (comme substan-
tif» habitant»),
ni3^K participe plur. «les habitants ».
Aphel .... 2VÏ D participe • assis » ; (nîdd |Nî 3E7D
TI'HD « assis sur le trône de ma
royauté».
Shaphel. . . 2U^$N i'c pers. sing. aor. «je plaçai».
3EP#D participe « plaçant ».
TEhaK^ty? préc. 3e pers. plur. masc. avec le
suffixe de la 3° pers. « qu'ils le
placent ».
Islaphal. . . aî^nbtf «je rétablis» (N. R. le perse niya-
sâdayam).
Nomina.. . 3#D hébreu DEnD «demeure»,
mat!? «place».
188 FÉVRIER-MARS 1857.
Je ne puis ni déchiffrer, ni lire, ni expliquer 1 Vn
semble des trois signes * yy TîfîlTf ' Tout ce tme
je puis savoir, c'est qu'il représente une partie très-
sacrée de la pyramide , et qu'il n'est pas un édifice
en dehors d'elle. On lit dans l'Incription de Londres
(col. a, 1. 3 9 et suiv.) le passage parallèle que voici :
ina. BIT.SAG.GA.TU. hekal bïilutisu. astakkan
In pyramide templo dominationis ejus feci
zinnati. BIT.KU.A. rudha biil. i/«i Marduk
instauralionem penetralium domini deorum Memdachi.
C'est bien clair : « dans la pyramide ».
Dans la troisième colonne de l'inscription de
Londres, il est longuement question du BIT.KU.A,
qui y figure également comme partie de la pyramide.
Le texte du cylindre de Bellino ne donne pas les
lettres de t fi | T0 Jf , pourtant il parle parfaite-
ment de l'édifice; cela est évident après la compa-
raison de ce document avec la fin de la seconde co-
lonne de l'inscription de Londres.
La pyramide contenait plusieurs édifices en de-
hors du BIT.KU.A. Il y avait une cellule pour la
femme de Mérodach , Zarpanit, la déesse de la terre,
qui, fécondée- par la pluie, est aussi déesse de la con-
ception. En outre, il y avait une chambre consacrée
à Nebô, quoique, comme le remarque le baril de
Bellino, le lieu de repos de Nebo soit la Tour. La
cellule de ce dieu, construite dans la pyramide, était
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 18*.»
ornée d'argent, tandis que celle de Borsippa qui lui
était spécialement consacrée, était plaquée d'or.
Le texte de Bellino nous démontre l'identité de
fryyT fiiTTf et de frj g-J fJN* et cette donnée
doit nous consoler de notre ignorance au sujet de
la prononciation , puisque nous connaissons la chose
en elle-même. Il nous reste encore à dire que les
portes de ce réduit étaient également dorées.
Mérodach est nommé ►►-j yiË] Jy; ce qui prouve
que la cellule consacrée à son tombeau tirait son
nom d'une de ses attributions.
Le mot frj fr| | f^ est très-difficile à dé-
chiffrer-, les lettres, au premier aspect, semblent
devoir être lues papaha. Mais ce son n'offre pas de
sens. On sait, d'ailleurs, que l'élément £| entre
dans plusieurs signes, sans qu'ils aient le moindre
rapport avec la lettre pa : ainsi fc-J I*"~TT signifie
sap, et ne se décompose pas enpa. ip; ainsi ri^zz^l ■
est assimilé, clans un syllabaire, à £ »-***-. Cela
peut indiquer que fcT tl et »' ►■ ttt — sont
homosymphones1 . Le dernier signe indique les sons
de rit, mis,sit, lak; parmi leurs homosymphones,
il n'y a d'inconnus que rat et lak. Nous proposons de
lire le mot rudha, et nous le rapprochons du mot
arabe Oa-Sj , qui veut dire un rideau d'une alcôve ,
d'un recoin de la maison. Cette signification cadre
1 Nous nommons signes homosymphones les caractères qui repré-
sentent les différentes articulations formées par les mêmes consonnes,
mais par des voyelles diverses, telles que har, kir, hur.
ix. i3
J90 FÉVRIER-MARS 1857.
parfaitement avec Je texte dam oet endroit ci; mmm
prenons rudha j)onr le recessus où le dieu était censé
avoir son lieu de repos.
Le mot babylonien pourrait alors jouer le rôle
du nmD de la Bible, qui séparait, comme on sait, le
Sanctam du Sanctum sanclorum; avec cette ampli li
cation toutefois que, dans l'assyrien, le voile indi-
quait également le lieu caché. Les retraites qui ont
été découvertes à Khorsabad rendent très-probable
cette explication. Néanmoins, nous ne pouvons pas
encore prouver, d'une manière plus décisive, la
leur de notre lecture radha. Nous savons que, dans
un syllabaire, frj frf est interprété par dillé
rents mots, et nous n'bésiterions pas à prendre les
deux lettres comme un signe idéographique, et le
ha comme complément phonétique, si nous ne li-
sions pas le pluriel gf ET ^Jf+ J^ ► — «Y — «
papahâti, ce qui semble indiquer que les deux pre-
mières lettres ensemhl" représentent un son sylln-
bique.
Nous avons déjà donné le sens du mot m^ya, qui
est écrit ici en caractères phonétiques:
il i - lu a li
Souvent, il n'est formé que du monogramme de sei-
gneur, avec le signe £;J at, > — TT £r|, comme la
royauté est écrite £zza\ £T sarrut. La forme en at
m est commune à toutes les langues sémitiques;
INSCRIPTION DE BORS1PPA. 191
mais elle est surtout fréquente en assyrien , en hé-
breu, et dans les idiomes araméens. Nous citons,
parmi les formes de Ninive :
nilD « royaulé. «
D137D « royauté. »
rnVx « divinité. »
ni 3*1 «grandeur. »
nî^în « suprématie. »
n^lN « humanité. »
nî3$N «humanité.»
Nous arrivons maintenant au mot i^r ►— TT^, qui
change avec ►^TaT t^" T yS>-^= hui-asa, comme
JR £T permute avec *T~T T fr — £»— £'T kaspa
{comparez le fragment de Rer Porter, t. II, avec le
passage correspondant de l'Inscription de Londres,
colonne III, ligne 58). Les deux monogrammes
composés , ffî ►— TT^ et Wï £:T, signifient or et ar-
gent; comme kaêpa rappelle exactement l'hébreu *]DD,
ainsi liurasu \nn est identique à ynn , de la même
langue; et le mot sémitique a été transporté en
Grèce, car xpvaés vient de ce mot, et n'a rien de
commun avec le raftpRI hiranya des Ariens.
Il y a , parmi les mots grecs , des séries entières
de notions dérivées de mots sémitiques; parmi ces
catégories il faut classer surtout les métaux. Le mot.
grec fxéraXXov « mine » vient de la racine sémitique
•?tûD « forger » ; ainsi , fxoXvSSos « plomb » semble an-
noncer un participe, la racine llh «coaguler, être
192 FÉVRIEK-MARS 1857.
adhérent», la'jD; %ahc6s accuse Ja racine p^n i lis-
ser»; ^aAi/if' (g^n- Xa'^y^05)' l'assyrien aVn « plaquer ».
Il n'y a que les mots grecs pour l'argent et l'étain
qui ne soient pas explicables par les idiomes sémi
tiques; ce qui tient évidemment au lieu de leur pro-
venance1.
Nous ne pourrons pas encore expliquer la cause
de la réunion des signes «^f et ^-JJ >A pour en for-
mer l'idée de l'or. Le premier de ces deux cari-
tères se transcrit, dans les inscriptions, par Mu «su-
prême»; ainsi, nous trouvons souvent iK T»****
permutant avec le mot i//u£ mVy.
Du reste , l'argent et l'or sont les seuls métaux dont
les expressions idéographiques soient formées par le
déterminatif ci-dessus indiqué; les autres sont tou-
jours précédées du babylonien ^"^T, ou du ninivitc
* TT ^ « pierre ». Il existe à Londres des tablettes
entières contenant, d'un côté, les monogrammes
commençant par *~^~JF, de l'autre, la prononcia-
tion assyrienne de ces complexes idéographiques.
Nous citons les suivants :
t£-E£e e= ^ïïï
cupruro
BW^KTfTHHI
ak - (a CnîD
luinbum
1 Ainsi , le mot i\Xexrpov * ambre jaune » , nous semble renfermer
les mots X"1B p?y «attirant la paille*; précisément comme l'ex-
pression persane (jv» 8^" (prononcée kakrebân) indique la même
INSCRIPTION DE BORSÏPPA. 193
En copte, le plomb se disait également takd. La
cause de la composition du monogramme se trou-
vera dans l'attribution du plomb à la planète Saturne,
divinité planétaire suprême des Babyloniens, et per-
sonifiée dans Hou,Ac6, la lumière intelligible.
La preuve que le premier des groupes figurant
ci-dessus signifie réellement «cuivre», et le second
«plomb», se tire d'une découverte de M. Place,
qui trouva, dans les fondations de Khorsabad, cinq
plaques en différents métaux: en or, en argent, en
cuivre, en plomb, et en une cinquième matière
oxydée, dans laquelle M. le duc de Luynes a cru
voir de l'antimoine. J'ai accepté provisoirement ce
sens1, quoique je n'en aie pas de preuves, le mot
qui doit représenter cette matière étant écrit en mo-
nogrammes complexes encore complètement obs-
curs.
Ces tablettes portent toutes le passage suivant :
na. !<PP<- hnrasa. katpa.
in tabulis ex auro, argento ,
supra.
cupro,
idée. jnU pourrait signifier «paille», du chaldaïque |n« «moti-
tare » , comme palea vient de pal, eu grec isdXXetv.
1 D'autant plus provisoirement que l'antimoine, comme métal,
n'est connu que du moyen âge.
104
FÉVRIER-MARS 1857.
i.i
j(Iuru«
•a
uowiui»
jra. ai - f»r. - «a
mei * «ripai ib
luudcmenlo cjui
(i. t. domut )
fa
poin
ootf nj nstf nxaj xonc kidx p) xSn: xdds K3nn ^bi m
> I - T • \ •• I!" TI\ II- T"\ .•'•
Le fer était employé chez les Babyloniens, mais
principalement comme moyen de raffermir les cons-
tructions, en guise de revêtement, de soutien, de
crampon. Nous avons ainsi trouvé des tombes gar-
nies de bandes de fer à l'intérieur. Il est écrit, selon
nous, par le monogramme se trouvant dans la co-
lonne du milieu du passage du syllabaire, K. 1 10 :
ai - fa» UT. Xi. BAH.
purikcaluni
On trouve encore, dans une autre tablette, K. 5 :
ff-f-
ta - 4a/
lamgitau.
*T**fcl-f
' r.
141
•W ^ÏÏT
ful^rl
Les passager trca-nonibreux qui nous fournis** m
le monogramme complexe de UT. KA. BAR. sem-
INSCRIPTION DE BORS1PPA. 195
blent prouver qu'il s'agit du fer. On lit, dans les ins-
criptions de Nabuchodonosor et ailleurs, Taurin
I3ï «revêtements en fer», quand il s'agit de la cons-
truction des portes. Aussi , en arabe , &j-tj veut dire
«un morceau de fer».
Nous n'aurions pas parlé de ce métal, si commun
chez les Assyriens, et qui, dans l'antiquité occiden-
tale, n'a jamais joué le rôle qu'il occupe aujour-
d'hui, s'il ne se trouvait pas expliqué dans le sylla-
baire K. 5 par le mot que nous rencontrons dans
notre texte après haras, et comme spécifiant la sorte
d'or employée dans le sanctuaire de Mérodach.
Il est à remarquer que, de tous les métaux, le
fer seul est désigné dans les langues sémitiques, ou
par un mot d'origine étrangère, ou par un terme
dérivé d'une racine verbale. Les mots ynn, ant, *jto,
^T3, moy, nœm, -pK, nan, L^U?j, ***», et leurs alliés
dans les différents idiomes de Sem, sont tous des
substantifs radicaux, ne dérivant d'aucune racine
verbale, et tous ils sont d'origine sémitique incon-
testable. Le fer seul a ou un nom étranger, comme
VfHb et bns, en hébreu, en chaldaïque et en sy-
riaque, ou bien la désignation provient d'une racine
verbale , dont le substantif n'est que le dérivé. Ce der-
nier cas se trouve en arabe (<X-j«Xj>- de Ov&- « aiguiser »)
et en assyrien.
Je ne puis pas entrer dans une discussion mé-
tallurgique sur le fer, dont on a retrouvé d'énormes
quantités à Rhorsabad; je me borne à dire que la
qualité de se montrer dans des degrés d'éclat tout
196 FEVRIER-MARS 1857.
à l'ait dissemblables l'un de l'autre lui i valu les
trois différentes désignations dont nous venons de
parler. Les Assyriens ont connu le fer trempé, l'acier.
qui porte même en grec un nom sémitique, et ils
l'ont désigné par le nom de l'éclatant; car c'est là le
sens du terme qui se trouve justement après l'or,
namri. Ce mot dérive d'une racine BMvrieilBt ")D3,
qui veut dire « voir». Nous la trouvons dans les ins
criptions des Achéménides, dans les formes sui-
\antes :
IBn « tu vois ■ . en perse vainàhy. ( Pers. D. )
1Ch"^B, « ils le virent » ,en perse uvam avaina. (Bisoutotm.
Ensuite, on a souvent, dans les inscriptions
riennes, le paël imammir 1D2K «je fis voir, remar-
quer». Nous connaissons aussi le niphal TÇJ\ Les
idées de voir et de briller sont très-voisines l'une
de l'autre: ainsi, de l'anglais glane e et de l'allemand
glanz, l'un signifie u regard », l'autre « éclat », et
même le français populaire emploie voyant pour
éclatant.
Dans les autres langues sémitiques, la racine 1DJ
se trouve dans le sens de « être pur » , employé re-
lativement à l'eau; ensuite, dans toutes, même en
assyrien , dans l'acception de « être bigarré ». Cette si-
gnification pourtant n'est que secondaire, dérivée du
motiDJ, qui, dans tous ces idiomes, veut dire « pan-
thère, léopard», et qui parait être un mot radical.
Nous voyons ainsi souvent ira namri Nt")D: Kiy « en
briques vernissées do différentes couleurs».
INSCRIPTION DE BOKSIPPA. 197
Le mot namri se trouve fréquemment comme épi-
thète de l'or et de l'argent ; il est possible que l'idée
de «brillant, sautant aux yeux», soit confondue ici
avec celle de « pur», et que ce terme indique la pu-
reté du métal et le manque d'alliage.
Il existe aussi un adverbe, namris ehDi «de ma-
nière à être vu, brillamment», dans le passage de
l'Inscription de Londres (col. III, 1. 5g sqq.) où le
roi rend compte de l'ornementation extérieure de
Ja Tour des langues. Nous le reproduisons déjà ici,
bien qu'il se rapporte mieux à ce qui va suivre dans
l'inscription de Borsippa :
rîml. :ululi. hah'i1
viorticus, columnas, portas
i - na. :a - ha - /; i\
in circuitu turrium
nam - ri is. a - ha an - nnv.
vnriis ccloribus xdificavi.
: U3H uhn: *hm m s:n tyn ">Dn
... . . . 1 . . T . %1l . .
La racine 1DJ n'a pas de rapport avec le nom as-
syrien des Saces, namri, qui est un mot touranien,
signifiant « race » ; encore moins avec le nom du
1 Dans la transcription , nous exprimons par i la crase de i et de ï.
198 FÉVRIER-MARS 1857.
grand chasseur devant l'Eternel, qui provient de la
racine i")D à se révolter ».
Namris est un adverbe , et le mot suivant de notre
inscription, sallaris, appartient, sans aucun doute.
à la même classe de mots. La lecture de ce terme ftsl
incontestable, mais sa si^iiiliealion est très-obscui <•
Nous devrons le transcrire en lettres hébraïques.
tfi^Û ; mais quel en est le sens ?
Nous devons franchement avouer notre igno-
rance complète. L'adverbe dont nous nous occu-
pons se trouve toujours avec des verbes signifiant
«faire», ou exprimant une idée analogue; il veut
dire « perinde ac sallar ». Ainsi, kakkabii indique
comme des kakkab, c'est -a dire comme des étoiles.
Nous croyons que sallar n'est pas même un mot
d'origine sémitique.
Le mot astakkan, au contraire, nous est bien
connu. La racine pu veut dire «être établi, demeu-
rer»; mais cette acception, connue par les autres
idiomes sémitiques, n'est pas la seule que ce radical
ait dans la langue de Babylone. Elle provient d'un
shaphel originaire de J13 «être», qui, conséquem-
ment, à la signification de «faire exister, créer,
faire ». Ce shaphel originaire a été ensuite employé
comme un kal , et toutes les formes dérivées en sont
usitées.
Cette génération de racines, en apparence piimi
tives, mais en vérité dérivées de conjugaisons se-
condaires, se rencontre en beaucoup d'exemples.
H est pourtant nécessaire de remarquer qu'elle se
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 199
restreint à des racines effectives. En dehors de p: ,
nous citons "pK « être long » , qui forme un autre
verbe au kal dérivé de son shaphel; de "pNEJ, on
forme "pu? «rendre long, allonger, faciliter, accor-
der». Ainsi, le langage rabbinique des Juifs en a
conservé un singulier exemple. Dans ce dialecte, on
nomme un renégat "IDE/D , et ce terme , qui a passé
dans le jargon judaïque de toutes les langues, est or-
dinairement regardé comme un puai de IDE? « anéan-
tir»; le mot aurait donc la signification de quel-
qu'un qui serait moralement annihilé. Pourtant il
n'en est rien; 1DE?D est contracté de lDi?fc'D, le sha-
phel de ~Di? «baptiser», employé dans cette même
forme en syriaque.
Pour revenir à notre racine p#, nous citons,
entre autres :
Kal ptfK «je fis.»
|3tth « il fit. »
UD^"» « ils firent. »
pttf1? «qu'il fasse (précatif). »
p$ « faisant. »
Niphal. . . . p^1? « qu'il soit posé , fait. »
NJDE?1? « qu'elles soient faites. »
Paël WSVÏ^ « ils placèrent. »
Shaphel. . . pEJ#X «je plaçai. »
ptf tfD « établissant. »
Iplilaai. .. pn$K «j'exécutais.»
Iphteal. . . pntfK (pï^N) «j'exécutais. »
La dernière forme peut être également l'istaphal
200 FEVRIER-MARS 1857.
de J13. Notre forme astakhan est donc la première pei
sonne du singulier de l'aoriste de l'iphtaal.
Le dernier paragraphe de cette phrase parle du
BIT.ZI.DA. que, provisoirement, nous prononçons
ms « tour ». Nous n'avons , à ce sujet , que des raisons
topographiques ; mais elles sont assez concluantes.
Le BIT.ZI.DA. était à fiorsippa identique au mo-
nument qui a jadis recelé l'inscription dont nous
nous occupons. L'inscription de Londres nous four-
nit le passage parallèle suivant (col. III, I. Sj sqq.) :
Bûr m ti m pt x ,r. *a
Honippt , urbam
tsr - an m sa.
nallationi» tua (i. e. dei J
38- «# :M« ^=ïï <**=• HT-
-
honora maximo ntuli
H
ko
fi/T. Z/. M. »,(. «• . - nav
Tarrun don. uni aUrnan.
> - 11. *i
in
ni. »i i> - ti - lo-
in mcdio ejui
si - bis.
«Intendant curavi
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 201
Cette phrase est suivie de rémunération des
mêmes matières que nous aurons à expliquer ici.
Le baril de Bellino a également :
l -n:: eem- sa- 4=>
BIT. ZI. DA. bit.
Turrero , domum
i - na. Ba ar - si - pav.
in Borsippis
ta m '&- tstf. td ta S2f,
it - si is. i - pu
fundavi f'eci.
:#s?k œ#KK kdç-q ]tt xvd mn xms
Les deux derniers termes du baril de Bellino se
retrouvent dans notre inscription , et se relisent très-
souvent dans les textes de Babylone. Le verbe que
je traduis par «je fondai» vient du mot îyu?K, y-î,
qui, dans toutes les langues sémitiques, a la même
signification de «fonder». C'est le paël de ce même
verbe, dont nous avons lu plus haut un dérivé >#N
« les fondations » , et qui existe encore dans d'autres
formes; ainsi, Salmanassar III se nomme
-y Ei= v <*-• MTÏÏ Mffi- v- -à.-
mu as - sa - si. hccal. sa. ir.
fundaiis palatium urbis
Kal - hi.
:rr?2 mvi *?3M tf#ND
202 FÉVRIER-MARS M
On sait que le signa Mi signifie !s , c'est-à-dire is
avec une légère aspiration.
Le mot niéikti, qui se trouve après [uirus et kèép,
se transcrit 'roc: , et provient du verbe "p: « fondre »;
Je mot en question indique des matières fusibles,
des métaux.
La manière la plus simple d'écrire ce mol i si
* n * T T **^4f* Hf^^ n'~*' *"ft; quelquefois on
change le * y | avec ***f , qui signifie la combi-
naison de *^JJ * ^ 5t i, comme ». — «• indique
* * ^T"? 61 t. Souvent on trouve, au lieu de * __
ni, la lettre * ^^ |, c| tt i a rxartement le même
rapport avec le premier caractère.
On comprend dans le mot de niiikti, les fusibles,
les pierres métalliques, pour choisir une expression
conforme aux idées des Assyriens; ils les distinguent
pourtant des pierres proprement dites, et désignées
du nom de abnav. L'inscription de Borsippa nous
rend, pour ce mot, le même service que pour les
termes de « ciel » et de « terre »; nous y trou\ on* le
monogramme assyrien * _. ~~^E, dont la forme ba-
bylonienne est **T!«T.
On pourrait parfaitement interpréter abnav par
«je bâtis», qui ordinairement s'écrit abnav; mais,
puisque les passages parallèles ont toujours à cette
place le monogramme pour «pierre», il est évident
qu'il s'agit de cette matière, nommée ]2H en assy-
rien comme en hébreu. Il faut donc transcrire Je
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 203
terme par k:3N « la pierre » , pris au singulier et col-
lectivement.
Quant à la nature de la pierre, c'est probable-
ment un basalte noir, la matière dans laquelle sont
gravées l'inscription de Michaux, celle de Lon-
dres, et une foule d'autres monuments babyloniens
encore.
Dans le mot suivant, * ^ t^* _ T T¥ ira, je re-
connais le représentant de brique émaiilée. Long-
temps je croyais à l'identité de ce mot avec le syriaque
) «à*. « tamarisque » ; c'était plausible à cause de la si-
militude des formes, mais il y a une difficulté qui
détruit ce rapprochement. La voici : si le terme qui
nous occupe était un nom d'arbre, il faudrait, de-
vant lui, le déterminatif aphone £zf «bois».
Il faut donc chercher la signification de ce mot
ailleurs que dans une acception contre laquelle
s'élève un doute capital. Le sens que doit avoir ce
terme îra, placé entre la pierre et une espèce de
bois, se déduit de la racine sémitique K"iy en chal-
daïque, \j± en aFabe, et signifiant «recouvrir d'une
matière gluante ».
Parmi les matières concourant à l'ornementation
babylonienne, il en manque une dans l'inscription,
qui pourtant, dans la réalité, prend une des pre-
mières places; c'est la brique vernissée. On sait que
l'enduit recouvrant les briques, et ayant souvent
deux millimètres d'épaisseur, fut appliqué à froid, à
l'aide d'un pinceau, et soumis ensuite à la cuisson.
Cette matière était une espèce de liquide visqueux;
204 FÉVRIER-MARS 1857.
l'état fluide originaire en est constaté par les frag-
ments de briques qui démontrent que parfois l<> li
quide s'écoula sur les côtés intérieurs de la brique.
Les raisons de l'archéologie et de la linguistique
réunies nous autorisent donc à ne voir, dans le mot
ira, autre chose que la brique vernissée, qui , autre-
ment, manquerait d'une désignation assyrienne.
Je m'étais arrêté à l'acception de brique verm
quand j'ai trouvé, dans les inscriptions de Sennaché-
rib, une preuve éclatante de mon interpréta lion.
\.o fils de Sargon parle de la construction de son
palais deNinive, dont les ruines forment la colline
de Koyoundjik . »-t dit (Layanl, Inscript pi. \l.l.
-ÏÏX Âr^ fcT- IH= E^T Ict
pi. (I l(
orninaata H argilia
nn tz:- n ttf Erïï Tf • <& feTTf M-
at - ai. ta. i' - ra a. *i - ni - tu.
fati, >rrnic«m in ra
ai - (ap pa km. ki i.
rffuili , coin
ty_ uy. ^i: h- mai. ^m Tf -tt-
p« - li il. mat - (a. TA. A. AN.
optfr pvmruli ...
Mïï= 5U=T î^titr -S-
a - «a* - li la.
parfeci.
XQÙD FDD »3 • -IJSn^K itf 3")? Niy • ^3K *BB ^D»t
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 205
si £dft ►**¥!! ira> et t^f HiïAT E^= H sont>
comme je le crois , identiques à ira,\e monogramme
représentant cette idée est Çz? aT. Ce signe est éga-
lement expliqué par £zj||=: ►^jyj Êh^J «rucui, par
les syllabaires, et permute avec ce mot dans les ins-
criptions de Sennachérib. Est-ce que ce mot "m est
l'arabe^, le perse varda, notre « rose » , et design e-t-il
la rosace qui se trouve tant de fois sur les bas-re-
liefs et les tableaux assyriens? L'idée est encore trop
neuve pour moi , pour que j'aie eu le temps de la
mûrir; mais elle se présente avec toutes les appa-
rences de la vérité.
On lit ainsi, dans l'Inscription de Londres (c.VIII,
1. 7; c. IX, 1. 1 h), la phrase suivante :
ai - ■ ku up pi. an. nu ku
superliminaria et tabulas
pictas tipera
/ . MA, ha bi - sa I ir - H it
circura portas ejus <lispo-
> *
li.
f< EEJ.
:wik irèhaa (?) to n* pns • ntfptt ••dp&k
Deux sortes de bois sont citées ici; nous y voyons
ix. i4
206 FÉVRIER-MARS 1857.
le lentisque et le cèdre. Les inscriptions de Ninive
nous fournissent huit sortes de bois qui ne nous
occuperont pas ici. Nous voulons seulement rendre
compte des espèces végétales mentionnées dans l'ins-
cription.
Le premier mot est celui de l'arbre d'où vient
une matière résineuse nommée yLax/llyjn par les
Grecs; ce terme est d'origine sémitique, et le parti-
cipe d'un verbe pis «dégoutter», à l'iphteal. Les
idiomes canaanéens formeraient cette forme pasD,
et, avec un ) paragogique, fpexD.
Mais on sait que l'assyrien forme l'iphteal des
verbes s b , en assimilant la dentale servile à la pre-
mière lettre. Nous trouvons donc le terme bota-
nique écrit ainsi qu'il suit :
X mmf - fik - ton - ma
ou
M^T-TT
ka u - «a
Par contraction, on a fait les formes suivantes,
dont la dernière est employée dans le passage de
notre inscription :
M -*1 fi! e=SE ^TT
X no - «ni - kan - na
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 207
X mus - ka* na
Nous y voyons le lentisque (Terebintha lentiscus),
en laissant aux hommes spéciaux le soin de vérifier
notre opinion.
Le monogramme suivant est souvent écrit en ca-
ractères syllabiques ^~~l *~~~TTAT *^~ inrttt- ^e
terme assyrien a son équivalent dans l'hébreu p&,
qui est ordinairement traduitpar « pin ». Nous croyons
pourtant que cette signification a un peu varié d'un
dialecte à l'autre, comme c'est souvent le cas pour
les désignations d'un ordre d'idées pareil. Ainsi l'hé-
breu 2*îy veut dire « saule » , et l'arabe cj>jè signifie
« peuplier ». Nous ne connaissons pas en assyrien un
équivalent à l'hébreu pn , qui désigne le cèdre
dans la langue biblique. Je me suis décidé à donner
à irin cette signification, parce que les rois d'Assy-
rie , depuis Salmanassar III jusqu'à Nabuchodonosor,
tirèrent cette matière du mont Liban. La célèbre
montagne est nommée »-^=T t-jj T ^_^~T ►*-T
Labnan.
Le monogramme est, en néo-babylonien Tffifj^jj,
dérivé de l'archaïque ||<J TTTT |- Les inscriptions
ninivites l'expriment par J|EE^q [j.Je crois, mais
sans autre preuve suffisante que celle que donne
l'analogie des transformations d'un style à l'autre,
que le signe babylonien et le second du groupe ni-
208 FÉVRIER-MARS 1857.
nivite sont identiques; alors, J4T»m T aurait,
comme c'est le cas pour EJU» ,a valeur syllabique
de raé.
Le signe £zT est le monogramme pour « arbre » et
«bois». La signification syllabique du caractère est
is yy. Cette coïncidence du terme sémitique avec la
valeur idéographique pourrait être fortuite; souve-
nons-nous que , par hasard , la même notion de bois
se dit en zend aisma, en perse uzmâ1, et que le turc
y^^î rappelle également l'articulation de is et de as.
^J a , en assyrien et en arméniaque encore la va-
leur de gis.
Le mot siûvant est facile à expliquer; usaklil
V?d#n est le shaphel de 77D, qui, dans cette m fc in-
forme , a , en chaldaïque et en syriaque , la signifi-
cation de « achever ». Nous avons ici le mot écrit en
caractères simples, que souvent on trouve remplacés
par les signes :
tfkZttE&i
$ak
Le dernier terme de ce paragraphe est beaucoup
plus difficile à expliquer; il faut admettre, selon
nous, que ichatf est mis pour rehstf. Nous nous
sommes déjà expliqué sur cette permutation de 3
et de D en seconde place; donc ce point ne souffre
1 Ce terme perse est rendu par le métlo-scythique iérur, et de ce
terme touranien proviennent les notions idéographique et syllabique
attachées à la lettre.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 209
pas de difficulté. On trouve souvent un terme feT
£T su-par, et ^T> — £T sipar, que nous rattachons à
la racine ")Diy «placere», et istf «ce qui plaît, la
magnificence ». Cette dernière forme se voit sou-
vent sur les barils de Nabouimtouk, trouvés à Mu-
gheyer par M. Jones Taylor. Nous y lisons :
si - par - tu. yu - sah - M.
ejus magnifîcentiam perfecit.
L'inscription du vestiaire de Khorsabad, dédiée
à Ninip-Sandan , porte :
M t>-EeeT 12$ m ÏÏH H[W- v
X iVm - ip. biil. a - ba - ri. sa.
Hercules doniinus strenuorum facinornm <[iiut
m ^t m-
ta - par - tu.
delicia; ejns.
Le même verbe a encore, en assyrien, la valeur
de « envoyer »; il traduit, dans l'inscription de Bisou-
toun, le perse frâisaya.
Les deux mots usaklil sibirsu se retrouvent souvent
dans les inscriptions babyloniennes ; ainsi , il est dit
expressément de Nabopollassar (Inscrip. de Londres,
col. IV, s. f.), qu'il « n'ait pas achevé la magnificence
des murs ».
J. Oppert.
( La suite à un prochain numéro. )
210 FÉVRIER-MARS 1857.
ÉTUDES
SUR LA GRAMMAIKE VÉDIQUE.
PKAT1ÇAKHYA DU R1G-VEDA.
CHAPITRE SIXIÈME.
(texte, traduction et commentai uk.)
Groupes de consonnes. — kramu ou doublement des consonnes. —
Abhinidhâna ou affaiblissement de l'articulation, avec solution
plus ou moins marquée du groupe. — Yamas ou jumelles na-
sales. — Svarabkakti ou insertion de son dans un groupe. —
Dhruva, espèce de son ou de pause qui suit Y abhinidhâna. — Son
et quantité de la svarabhakti. Opinions diverses sur son existence
et sa nature. — Aspiration devant un ùshma. — Règle relative à
la racine kkyâ.
Ce chapitre offre de nombreuses difficultés et le commen-
taire en facilite beaucoup moins l'interprétation qu'il ne fait
pour celle des chapitres précédents. Voici à quoi lient cette
différence. Le Prâtiçâkhya expose ici des règles de prononcia-
tion , que l'enseignement oral peulseul faire bien comprendre,
et que l'écriture, le plus souvent, est impuissante à représen-
ter. Les exemples, qui, en général, dans les scolies, sont un
secours encore plus sûr et plus nécessaire que les gloses
mêmes et les synonymies explicatives, contribuent, en pa-
reille matière, beaucoup moins qu'ailleurs, à l'éclaircisse-
ment des sûlras. Les citations védiques ne sont, pour un grand
nombre d'axiomes de cette seclion.que des exercices de pro-
nonciation , où l'on peul faire de vive voix l'application de la
règle, mais où l'orthographe ne la figure point aux yeux. On
sent ici , plus encore que dans la plupart des autres parties
de l'ouvrage, que les théories et les principes qu'il contient
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 211
ont pour objet la lecture et non l'écriture du Véda , et que le
commentaire même est un manuel d'enseignement parlé ,
propre à guider le maître, mais qui a besoin du maître, de
sa parole entendue , pour être bien compris. Je n'ai rien né-
gligé pour résoudre, autant qu'il était en moi, ces difficultés
inhérentes à la nature même du sujet et à la destination du
livre; je n'en ai dissimulé aucune, et, si çà et là je me suis
trompé, soit sur certains détails, soit sur la nature et la défi-
nition de tel ou tel phénomène phonique, je suis prêt à re-
noncer à mon opinion , pour en adopter une autre qui me
serait démontrée préférable, soit par une explication plus sa-
tisfaisante du texte, soit par la nature même des choses, soit
par la comparaison des autres Prâtiçâkhyas ou traités analo-
gues , que nous n'avons malheureusement pas à Paris.
Je ne veux point examiner ni discuter ici le sujet du cha-
pitre. J'y appliquerai seulement l'observation que j'ai faite
en tête du chapitre précédent, et qui, je crois, convient en-
core mieux à celui-ci. Si nous observions la manière dont nous
articulons, dans notre propre langue, les combinaisons de
consonnes, avec cette subtilité d'analyse que les grammairiens
indiens ont appliquée à la lecture du Véda , à ce sacrifice
par excellence, où rien, à leurs yeux, n'est petit ni indiffé-
rent, nous y trouverions des particularités analogues à celles
qu'ils ont si minutieusement, ou plutôt si religieusement
constatées et réglementées. Nous y remarquerions , et surtout,
je le répète , dans certains dialectes , et , en général , dans la pa-
role peu disciplinée du peuple, des doublements de con-
sonnes, des jumelles nasales , des affaiblissements, des divi-
sions, des pauses, des rudiments de voyelles intercalées, c'est-
à-dire des faits analogues au krama, aux.yamas,àYabhinidhâna,
au dhruva, à la svarabhakti. Ainsi, pour ne citer qu'un petit
nombre d'exemples pris au hasard, dans des mots comme
feston, b lasphème, quand, pour lier les syllabes, on rattache
bien étroitement le s initial du groupe, à la fois à la voyelle
qui le précède et à la consonne qui le suit, il se fait comme
une sorte de division et de doublement involontaire de l'ar-
212 FEVRIER-MARS 1857.
ticulalion ; quand on combine rapidement ensemble les deux
mots avec vous, la gutturale, en même temps qu'elle clôt la
syllabe antérieure , se combine avec la semi-voyelle suivante,
et son double rôle de iinaie et d'initiale se fait aussi sentir
plus ou moins. Quand nous joignons un, in, on, etc. à une
voyelle suivante (un enfant, inonder, on a dit, etc.) , nous dou-
blons d'une manière encore plus marquée la nasale. Par une
prononciation qu'on regarde comme fautive, mais à laquelle
on se laisse aller par une pente très-naturelle, on double de
même fort souvent un / initial, pour le bien unir à la fois à
deux voyelles {je l'ai vu,je-l-l'ai vu). Dans l'articulation de
magnifique, ognon, vigne, etc. le g devant la nasale éprouve
une modification très - notable , et se nasalise sensiblement.
Dans les groupes où figurent des liquides, et dans quelques
autres, nous introduisons forcément des fragments de son, qui
sont comme des points d'appui pour l'articulation, et entn-
lesquels même on pourrait remarquer peut-être certaines
nuances qui tiennent à la nature des voyelles qui précèdent ou
qui suivent (ordre, propice, prix, premier, quelque, peuple, temple,
plier, etc.). Je ne veux ici qu'indiquer rapidement cette com-
paraison, pour montrer encore une fois que les grammai-
riens indiens , dans ces théories , qui , au premier aspect , peu-
vent nous paraître étranges, ont plutôt observé que créé, ou,
tout au moins, que l'observation a été leur vrai point de dé-
part. Ils ont étudié le jeu des organes dans ses moindres
nuances; ces nuances, après les avoir subtilement notées, ils
peuvent les avoir mises en relief plus que de raison dans cer-
tains détails de leurs méthodes de lecture ; mais quand on
examine attentivement ces détails, on en trouve le germe
dans la nature même de la voix et des instruments de la
parole.
J'ai dit que la plupart des règles contenues dans ce cha-
pitre VI étaient pour la lecture, et que l'écriture n'en tenait
pas compte, souvent même ne le pouvait pas faire1. Cepcn-
1 Dans la note du sûtra 48 du chapitre 1", j'ai dit quelques mots des
yamas. Les mots «en théorie plutôt qu'en pratique» manquent de clarté et
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 213
dant, quelques-unes des prescriptions du krama, ou double-
ment, sont entrées dans l'usage, et s'appliquent à l'ortho-
graphe, ou d' une manière générale, ou du moin s fréquemmen t :
ainsi, le doublement de la consonne qui suit r; celui du n
final après une brève, devant une voyelle; l'addition d'un c
devant son aspirée ch. Il y a des manuscrits védiques qui, à
ce qu'il paraît, se conforment aussi complètement que faire
se peut au varnakrama, et figurent tous les doublements. Je
n'ai pas eu occasion d'en voir. (Voy. Bôhtlingk , Commentaire
sur Pânini, vm, 4, £7.)
Parmi les variantes que nous offrent les manuscrits de Ber-
lin, il n'y en a que trois qui méritent d'être signalées. J'en
ai parlé dans les notes des sûtras 18, 33 et 34 (chap. VI, 5
et 10).
M<I^MRlMR*fl fiV^ ^4ï'llfV*ïïsïOTsfèsR*r
[ ^m;: 11 \ Il
T^^T^T FTSÏ Ç^T H<=hl(l£fcHHfi ^T H M fart =T
[ îTFT^T II ^ Il
d'exactitude ; j'aurais dû me contenter de dire «pour la lecture plutôt que
pour l'écriture». Je ne me suis pas non plus conformé suffisamment à la théo-
rie du chapitre VI , telle qu'elle est expliquée par le scoliaste , en parlant du
doublement de la consonne sparça devant la nasale.
214 FÉVRIER-MARS 1857.
Il 3 11
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ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 215
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216 FÉVRIER-MARS 1857.
TRAIUT.TIOV
1. La première [consonne] d'un groupe, précé-
dée d'une voyelle ou d'un anusvâra, se dit deux fois;
c'est là le krama [c'est-à-dire le redoublement], le-
quel a lieu quand il n'y a point [devant le groupe]
un obstacle au hmma[k savoir un visarga]; — mais
une aspirée [dans ces conditions] se dit une seule
fois, accompagnée de l'antécédente de son ordre;
— la lettre ch [est ainsi accompagnée], même quand
elle ne commence pas un groupe. —
2. [La consonne] qui suit un r, — la [consonne]
sparça [qui suit] un / [se redoublent] de même; —
et facultativement [la consonne sparça qui suit] un
ûshma; — [mais] non une [consonne] finale, —
ni un r. — [Le redoublement est encore] faculta-
tif [pour] un ûshma combiné [avec une consonne],
et n'ayant rien devant lui; — mais non [pour] un
ûshma suivi d'une voyelle ou d'un [autre] ûshma, —
ni [pour la consonne] qui précède un redoublement
postérieur. —
3. On ne redouble pas le ch initial d'un mot,
précédé de saha, atihâya, pavamâna, yasya, ou des
deux [mots] tane ca; — ni [précédé] d'une longue,
à l'exception de ma. — D'après la méthode çâka-
lyennne, [on ne redouble aucune] consonne combi-
née [avec une autre, en tête d'un mot, après une
longue]. —
4. A la fin d'un mot, len' [du premier ordre] et le
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 217
n [dental], précédés dune brève, se redoublent de-
vant une voyelle. — Qu'on sache [que ,] dans ce cha-
pitre, lorsqu'il n'y a pas d'avis [contraire , indiquant,
par exemple, qu'il ne s'agit que de la fin et du com-
mencement des mots] , les règles [s'appliquent] par-
tout, même aux [lettres] modifiées [par le san-
dhi]. —
5. Uabhinidhâna consiste à comprimer et à voi-
ler, après que le sandhi est fait, le son des consonnes
sparças et des semi-voyelles, à l'exception du r, [quand
elles sont] suivies de sparças; — et aussi quand elles
sont finales. —
6. [Il affecte] encore les semi-voyelles, même na-
salisées, chacune devant sa [semblable] ; — la lettre /,
même devant les ûshmas, d'après la méthode çâka-
lyenne;— et [d'après la même méthode] le k de-
vant kh, dans la racine khyâti, — et le p [devant ç]
dans rapçati; —
7. Et [de même] devant des consonnes qui com-
mencent un mot, les sparças, autres que m, qui
finissent un mot,, et sont suivis de y, r, v ou d'un
ûshma. — » La méthode çâkalyenne [est] non com-
binée [c'est-à-dire elle détache les consonnes com-
binées]; — elle ne [s'applique] pas devant su, se-
cond padya [à savoir second terme de composé];
— [à moins que les sparças qui précèdent sa ne] ter-
minent un [padya] non monosyllabique, [car alors
elle est] facultative. —
8. Quelques [maîtres veulent que] la méthode
çâkalyenne [ait lieu] partout facultativement, quand
218 FÉVRIER-MARS 1857.
il y a [entre les consonnes qui se rencontrent] dif-
férence [de nature] d'articulation ou d'organe; —
[et] pour le premier ordre de sparças. —
Les [consonnes] sparças non nasales, devant des
sparças nasals, [produisent] les yamas [jumelles] de
leur ordre; —
9. Mais qu'on sache que pour le sparça né d'un
âshma [à savoir ch substitué à c],il n'y a point pro-
duction de yama, — non plus qu'état Yabhinidhâna.
— Leyama est semblable à ia lettre qui le produit,
— ou [en d'autres termes] la [première et primi-
tive] articulation, produite dans la bouche, est égale
en durée au yama; —
10. Mais le rôle du substitut [c'est-à-dire de la
jumelle] n'est pas autre que celui de la lettre qui
lui donne naissance. —
La svarabhakti ne détruit pas la connexion [des
consonnes]. — D'après Gàrgya.il y a après une ju-
melle une svarabhakti nasale; — et après une [ju-
melle] aspirée, un âshma [nasal]. — Qu'on évite
cette [dernière addition]. —
11. Un son suit Yabhinidhâna [sonnant]; il [se
nomme] dhrura; il a la durée de Yabhinidhâna; —
mais après un abhinidhâna sourd, [le dhrava] ne s'en-
tend point. — Il est de nature nasale, s'il suit une
nasale; — s'il suit une semi-voyelle, il est semblable
aussi à son antécédente. —
1 2 . D'après Vyâji, il faut supprimer partout Yabhi-
nidhâna, — excepté quand il y a redoublement de
la consonne suivante, ou que l'antécédent est une
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 219
voyelle ou un r. — D'après la théorie du dhruva des
autres [maîtres], on le supprime pour [un groupe]
qui a une lettre antécédente semblable [à la sui-
vante] , et qui doit être accompagné du dhruva [c'est-
à-dire qui est sonnant]. —
13. Après un r, précédé d'une voyelle et suivi
d'une consonne, [il s'insère] une svarabhakti, sem-
blable à la lettre ri. — [Il y a aussi svarabhakti]
après une division [c'est-à-dire un abhinidhâna, de
nature] sonnante, suivie d'une consonne sparça ou
d'un ûshma : — [la svarabhakti ] suivie d'un ûshma
est plus longue; — mais en cas de redoublement
[de Yûshma, elle est] autre [c'est-à-dire brève]. —
14. Quelques [maîtres voient] partout absence
de svarabhakti. — D'autres [sont d'avis] qu'elle a lieu
après un r; — d'autres [en admettent] l'existence
devant un ûshma non redoublé, — [et lui attri-
buent] une ressemblance avec la voyelle qui pré-
cède ou avec celle qui suit. —
15. Il en est qui, devant un ûshma, [font d'] une
consonne sparç a, première [de son ordre], une se-
conde [à savoir une aspirée], quand elle ne ter-
mine pas un mot. — Quelques-uns, dans la racine
khyâti, [prononcent au lieu de kety] kh et y; — et
[font sentir] ces [deux mêmes lettres] dans les noms
semblables à khyâti.
NOTES.
1. Sôtra i. t^M *"=*<) M fed*.- •. — Le commentateur
fait accorder FFj^avec yytnif?*.: (sous-en tendu cttfr:). On peut,
220 FÉVRIER-MARS 1857.
ce me semble, sans modifier pour cela le sens, le faire rap-
porter à ÇffJT: ; la construction du vers est plus naturelle ainsi
(t ayant lieu en cas de non-obstacle au krama •). — La glose
explique quel est ce fsrafPT:, cet obstacle au redoublement :
fôiSftMl fsm^TRT:- J'ai fait allusion à cette glose dans une des
notes du chapitre I (sûtra ik ). mais sans m'expliquer assez
clairement; fclîhH: ne désigne le visarga qu'occasionnellement
et dans son rapport avec le krama, auquel il met obstacle;
c'est moins un synonyme qu'un qualificatif. — Celte res-
triction relative au visarga n'est point inutile ; car nous avons
vu, au chapitre précédent (sûtra i), que l'interposition de
cet ushma n'empêche pas toujours les influences phoniques.
— Au sujet de tUflJllQj , voy. chap. I, 5 (sûtra a 5).
Exemples: HIWI jti Utflrtà , sans le krama arTcëri ( Rig-
Véda, Wll, Lvn, î, déjà cité au chap. I, 5, sûtra a5); sftaT-
^Hrcjjuï, pour çfhcTPt Sïïjm (I.xvm, 1 ).
Contre-exemples montrant, i° qu'il faut que la consonne
redoublée soit précédée d'une voyelle ou d'un anusvâra .
roi laid: JSëTHf (VIII, xlvi , i ) : le t de la syllabe tvâ ne se
redouble pas, parce qu'il n'a rien devant lui;
a" qu'il ne s agit que des consonnes qui commencent un
groupe : HT ft" fart»fyjrtt (II, xxxm, i);W( *T 3F0" ST&ïJX.vi,
i ; : le t après a , le s après am ne se redoublent point, parce
qu'ils sont suivis non de consonnes, mais de voyelles;
3° qu'un visarga précédant le groupe fait obstacle au re-
doublement : ïï: mUÏHl RfaUH: (X, CXXI , 3).
I. Sûtra a. çfftJTT. . . — Voyez au chap. I, 3 (note du
sûtra i3), la glose de *ÎÏWI, aspirée. — t%PT est expliqué
par WdJUifa.
Exemples : fc7 ^J«M*£l M-JHI, sans krama ^PS7 (Rig-Véda,
I, cix, i); «a^iHoi tftT:, pour HîJTrtcT (I, cxxiv, 7).
ETUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 221
I. Sûtra 3. ^^ftîTTTSt' — sous -entendu 5fiiqfô,
« se redouble » , de la manière qui vient d'être dite pour les
aspirées.
Exemples: iù.-cs$|ij|M'oi atîf, sans krama 33" ^T3T { Rig-
Véda, VI, xvi, 38); rJ-e^îMl^nif^rf. dans le pada rJ^-4
(X, cxxix, 3).
II. Sûtra U- trç. ... — Sous-entendu ô?ra^t, et en outre,
comme dans le sûtra précédent et dans les suivants , le verbe
Exemple : wséhjçà [Rig-Véda, Vll,xvm, 16).
Comme les termes de la règle, qrlthlr^, sont absolus et
sans restriction (q^* pourrait signifier d'une manière géné-
rale « ce qui suit » ) , il en résulte , dit Uvata , qu'on devrait re-
doubler l'a et Yo qui suivent le r dans TTsTT et dans u/MBrî;
non, répondit-il; carlesdéterminatifs« précédés d'une voyelle «
et a commençant un groupe » s'étendent à ce sûtra et s'ap-
pliquent ici au r : q^OalRr^fdufàuri&cdTf^^TsTT '^rtTZ STTapîTT-
F?T MivTifri i W^MÎ^Hlfychl^lîf i etc. La suite , relative au dé-
terminalif whrnf^: , est conçue dans des termes analogues ,
qu'il est inutile, je crois, de reproduire.
II. Sûtra 5. ^TaJ*--- — Exemple : ^-Hi^* t^foi(. sans
krama fr^vsf (X, li, i).
II. Sûtra 6. <ju»{ uj l . . . — Nous avons déjà vu plus d'une
fois la particule ô[\ dans le sens qu'elle a ici (voy. chap. I,
5, sûtra a5).
Exemples : MiwïiuTirii ïïftni: {Rig-Véda, X, cv, 6); mtà
ft"5T JTîftaôr: (X, IX, i); g ÔT: W*4h^(V, lix, i );«fîï^î
*TT*rfïj: FFTïïïTRT: (I, cvn , a) : d'après notre règle, on peut,
ix. i5
222 PÉVftlB* MARS 1857.
à volonté, dans le système du kramu, mettre un ou deux i
après le s , dans «Wlr^ cl frUWMI: , un ou deux p dans çq-
sîfft (pour rjrçj 335^r i ), et tth ou ih seul dans f^ yr. Mon
manuscrit ne fait pas les redoublements.
Après avoir cité ces exemples, Uvala nous apprend que
< ctte règle n'est pas aussi générale qu'on pourrait le conclu m
des termes du sûtra. le redoublement ne peut ainsi avoir
lieu après les Ashmas que pour la première et la deuxième
consonne de chaque ordre (les deux sourdes), et non pour
toutes [ les consonnes sparças ] : 4WUI: Ç^rf iWlfèrîtoMiMol
çtntTRt fèdTWfaujrl ' ^THsfat i. Ainsi dans ( fa: ÇiT) fann
(Iiig-Véda, X, xcv, 5), on redouble seulement Vtîshma,
mais non le m qui suit : A^nUi ÇJ5T fècf-eM UcïfH n qTOT
Mais alors que devient le principe CÇXFlTfa& . «la règle
rst désirée pour les choses telles, semblables», c'esl-à-din
elle doit s'appliquer à toutes les choses de même nature,
ici par conséquent à tous les sparças? A cela il répond par
un rapprochement qui ne jus tille guère le défaut de rigueui
du sûtra : «de même que plus haut (chap. IV, la), dans
tfiftftnVj) ( pour srafarewfeff) , il y a, sans préjudice pour la
clarté, ellipse de FT3T , de même ici nous suppléons son
délerminatif îrafor ». Il dit ensuite que les autres castras con
firment la restriction qu'il apporte au sûtra , et il cite en
preuve l'axiome que voici : srr: Wl ?T7T> * il y a redoublement
des [consonnes nommées] khay, quand elles suivent une
[des consonnes nomméesjcar. » (Voy. *3*7 et STJ dans l'index
de Pânini de M. Bôhtlingk.) — Enfin, il ajoute qu'après
Vushma h, le redoublement est facultatif pour toutes les con-
sonnes sparças : ^«hl^IcMofaî foTHmyi fèol-cwfaujrï; exemples :
Les contre-exemples suivants montrent que la règle ne
s'applique pas à des consonnes autres que les sparças : 975T' t
~7^: i tf^T: i IFôI : • ^H-
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 223
II. Sûtra 7. «ilcjfoff. . . — Commentaire : ^ i°RrT q^T-
cwtà olrtMM "^lilcMf ôJTsTîT ^FTprT, «mais la consonne qui
suit r ne se redouble pas, quand elle se trouve à la fin d'un
mot». L'adverbe 'prît s'emploie habituellement ainsi dans les
oppositions négatives, avec ou sans rj : la glose des sûtras 10
et 1 1 commence par ?r rj (H5J.
Exemples : £W (Rig-Véda, I , clxxiv, a); ô^f (I, lxiii, 7).
IL Sûtra 8. R"~^TR:. . . — Commentaire : ^mi ^ m-
^frf^ÏÏFfî TT3 M^îhU : ufdfàWTfi' 1 37T l ôlcF^fn"T ^nTÏÏPTP^ I.
Le scoliaste cite d'abord pour exemple celui qu'il a déjà
donné au sûtra 4 (ctrddham, etc.); mais, ajoute-t-il , « cet
exemple n'est pas convenable; car un des prochains sûtras
nous apprendra qu'on ne doit point redoubler la consonne
qui précède un redoublement; eh bien! alors, reprend-il,
ceux-ci, où le redoublement de la consonne postérieure est
interdit (par le sûtra 7), sont convenables ( et appropriés au
sûtra 8) : dort, vark. Ils nous montrent une loi qui ne résulte
pas ( comme le non-redoublement du rde^l) d'une autre
règle. » — Nous avons déjà vu au chap. I, 18 (note du sû-
tra 70) un emploi de rîfl|, analogue à celui qu'Uvata fait ici
de cette particule , pour marquer une concession et une rec-
tification.
IL Sûtra 9. «mc*U ... — Exemples ( bien qu'ils s'ap-
pliquent à une règle facultative, mon manuscrit ne les écrit
qu'une fois, et sans figurer le redoublement de Yâshma ini-
tial) : ^tl'mjfÎH (Rig-Vèda, I, xxxv, 1 ) ; 4uld(d SïTSlt: (I,
LXXXVii , 2) ; Fïï^rTf ^fWT : (V, LXXXIII , 8).
On ne peut redoubler ni le s de #T: , qui n'est point com-
i5.
224 FÉVRIER-MARS 1857.
biné avec une consonne, ni les h, précédés d'autres loi h-"
du contre-exemple suivant : 5^7 j^Hlofri: (V, liv, 3).
II. Sltra 10. *T <T. • • — Exemples : l'ùshma suivi d'une
voyelle: q^a^fïfr [Rig-Véda, VII, lxxxi, 1);
a" ûshma suivi d'un âshma : U^rHlM ^nâ" rTôT, dans le pada
Q: 1 çffa: 1 (I, xci, \U)- Le scoliaste ajoute : RtiAltîfa^M-oUr} ,
et répond par l'axiome déjà cité au chapitre IV (note du sû-
tra36): m. Whl^l ïTTHolfafd.
Contre-exemple montrant que le redoublement n'est in-
terdit que dans le» deux cas prévus par la règle : ««iuydï'Jrft
( adarççyâyatt ) , dans le pada «<fùf 1 m s 37TÏ 1 ( VIII , xc , 1 3) ;
Hlfd^rtl^ufrl 5TCrafT>sr^ {varshshyân) (V, lxxxiii, 3).
II. SÛtra il. ïf MiîttHlM'^T • • — Le commenlaire
cite à l'appui de cette règle l'exemple déjà donné au sùtra 5
et le premier exemple du sùtra 6. On ne peut redoubler ni
le l devant le b redoublé, dans 3çfëJ; ni le s de SFmrT, si
l'on redouble le /, en vertu du sùtra 6.
III. Sûtra 12. fl«£. . . — L'épithèle miQ: est un pléo-
nasme ou relative aux sùtras suivants : u^lf^JJ^UW-H^I«î . (Voyez
la note du sùtra 2 du chap. IV.)
Exemples : 1 * saha : MÇfc-JÏMI : H^^M *flo|H : ( Rig - Véda ,
X, cxxx, 7);
2° atthâya: «fd^lU f^l JIMifill (I, CLXII , 20);
3* puvamâna : m ^IT <JcW M ^ikU{ (IX, c.xin, 6);
4* yasya : JJFT ^IiJI*|H (X, cxxi, 2) ;
5* taneca: mi **TT IFSÇ FP% i rFt ^ $f?: (VI, xlvi, 13).
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 225
Contre-exemple montrant que ca , non précédé de tarie,
n'exerce pas cette influence : 3?ft n <jw ^rf^f « ■c^'JïïT X.lxxiii ,
9)-
III. Sûtra i3. ^^fiy . . . Exemple : m mi fui >T oiMUH gjT-
\ qTfa [Rig-Véda, VI, lxxv, 18).
Contre-exemple montrant, i° que ma n'empêche pas le
redoublement : iTFÉspr ^H^îrl (I, cix, 3); 2° que le sûtra
n'est relatif qu'au ch initial : "^^FT côTT si^n (X, li , 3 ).
— Pour faire voir que le redoublement a lieu après une
brève, il cite de nouveau le premier exemple du sûtra 3.
III. Sûtra i4- H^ï^fT- • • • — Commentaire : ^Tcïï oûsR
<0yïc<r( ^ *wfd yiich<?M fsrsn^r i ôdsFnr^ttr ^rr(Tfy<*i(Pcj-
TZlit i. Ainsi l'exemple écrit avec redoublement au sûtra î :
^TrcTTTÊf. se prononcera, d'après la méthode çâkalyenne :
5T côTT J%(.
Le scoliaste ajoute qu'il faut faire rapporter à ce sûtra
l'épithète restrictive t|<li<: , et que la méthode çâkalyenne
n'interdit pas le redoublement, dans l'intérieur d'un mot :
Mtijf^f^oii^oidà- ' tlf^inù^it ïïffftpf [Rig-Véda, I , xciv, 7).
— Pour montrer que ceci ne s'applique au ch que lorsqu'il
est combiné avec une autre consonne, il répète, avec redou-
blement, le premier contre-exemple du sûtra i3.
Nous avons suivi , dans notre traduction , cette première in-
terprétation donnée par Uvata, et suppléé avec lui les ellipses
de <£jSm et M^if^: ; mais il ajoute que ce n'est pas là l'opi-
nion de tous les maîtres : ÇS&feï i WT^ £iyi^ur V^lOi^uf =êT
Hi^oKiiifri 1 ^fsnrÈrnT 3tT^=r g $llchçdfà-e^fH 1 « quelques [maî-
tres expliquent] ainsi [ce sûtra, comme nous venons de le
faire]. D'autres n'y font rapporter ni le terme dîrgha, ni pu-
226 FÉVRIER-MARS 1857.
dâdi, mois veulent [que] la méthode ràkalyenne [du non r
doublement s'applique] sans distinction. » Exemples : m rêJT
Jii i ^T5mf^y: i (voyez plus haut) ; rTST RIT^ ( VIII, xv, 7 ) ;
qTsrnmT3rçô£ (VIII, i.xxviu.5).
IV. Sûtra i5. l|iMli{: — Exemples : i« n (du
premier ordre) : ^F^f^jk'- ST^Ï, dans le padatFtZ£\ ^: 1
{Rig-Véda, X,cvin, 3);
a0 n ( dental ) : 5^3T^' qf^RIFT , dans le pada Hçpîj srft»' 1
(III, XXXII, 1 1 ).
Contre-exemple montrant, t" que le redoublement n'a pas
lieu après une longue : îTôrfjf^ (I, civ, 9); arraô?TFrrçijTrpT
(X,xc,8);
20 que la règle ne concerne que des nasales finales : ftr-
-HoImI (H, xxxn, 8).
IV. Sltra 16. ^FÏTStt — Commentaire : tMftjÛÏ 1
9vRTi u<jJhu4n*ï : 1 mTTRr?^ fèd-cMift, *rfèirR HcU^îniR^d
âoHHl cHn^Tt fe> <£T: UI«£HMi 1 Si UjHof^Hl: 1 ÎT q^ SCSI: 1
ïïtfl mjMlMrîlil^HI #rT:<1Ml£jràoim<;u : 1 « Dans l'absence
d'une indication. — De quoi? — De la lin ou du commen-
cement du mot (c'est-à-dire quand il n'est pas dit que le
sùtra ne s'applique qu'à des lettres linales ou initiales, voyez
plus bas, sûtra a3), les règles qui, dans ce chapitre, sont
relatives au doublement, etc., qu'on sache qu'elles s'appli-
quent partout (même à l'intérieur des mots), effaçant le
précepte (qui dit, cliap. II, 2), que la théorie des change-
ments n'est que pour les fins et les commencements de mots
qui sont vus dans le mot [sous la forme primitive]. [Elles
s'étendent] même aux [lettres] modifiées, à plus forte raison
aux lettres primitives [telles qu'elles se trouvent naturelle-
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 227
nient clans le mol non modifié]. — Quelles [lettres] modi
liées ? — Celles qui n'existaient pas dans ,1e mot : comme ,
par exemple, les premières devenues troisièmes (chap. 11,4),
les lettres intercalées (chap. IV, 6 et 7), etc. »
V. SÛtra 17. ^3THPT^rn^T • ■ • • — Nous passons à une
nouvelle section ( fffàfày H fac<U fàëiïT^: ) , relative à un affai-
blissement de son de certaines consonnes en tête d'un groupe.
Le terme ^tf^VFt, et surtout le participe 3rfÏTf^f|<T , nous
sont déjà connus, je ne dirai pas dans un sens, mais dans un
emploi différent; nous les avons vus, au chap. II, 1 3 (voyez
les notes des sûtras 34 et suiv.), appliqués à l'absorbtion d'à
après les diphthongues 0 , e. Le rôle de ces termes techniques
au chapitre VI , n'est ni moins naturel , ni moins conforme
à la valeur propre des éléments dont ils se composent; ils
expriment toujours une déposition, une perte, par suite
d'approche et de contact. — $afftfl n'est point dans le dic-
tionnaire de M. Wilson, mais s'explique aisément parle sens
verbal de ^, précédé de cf. — Nous avons déjà trouvé afîrr-
çh%T (combiné avec l'a privatif) au chap. IV, 7. Uvala in-
terprète ici le mot par la glose suivante : ^1%7T3FïïïjJ 3^£
q^jTFôlrîtera': , «ce terme signifie qu'on fait Y abhinidhâna ,
après qu'on a fait les opérations du sandhi. »
Exemples : i° sparça initial : ^ôrîr^ôTT 5W (Rig-Véda, X,
cxxix , 6) ;-3<TJTrGri £T£T (VIII, LVli, 1 4 ) ; d^ôTT srg": éfètâ
(X, lxxii, 6); 3ç srt sryrf^r (V, ix, 4); s^nf^r (V,
liv, 3);
2° semi-voyelle initiale : i<ychlfàcf (X, lxviii, 4); 3JW»T
cnj: (IV, xl, 1 ).
Contre-exemples où il n'y a pas lieu à Yabhinulhâna, parce
que la consonne initiale du groupe est, 1" un âshina : çf^T
L'28 FÉVRIER-MARS 1857.
a" un r: «|TjHJ^r*UI: (I, X, l );
3° parce qu'elle n'est pas suivie d'une consonne sparça :
ffqTOI3cr:S5T: (VIII, L, 17); aVFPlfVjTn (VI, xvm, 10) i
fÙH)cl|<$l d^ldH (II, XXXII, 7);5f5Iclt^riT|y^T: (IX, LXI.ai).
Comme Vabhinidhâna affaiblit l'articulation, mais ne la
détruit point, il est impossible aux manuscrits de le ligum
par l'orthographe, et ils laissent nécessairement à l'eus, i
gnement oral le soin de le représenter par la prononciation.
Au sujet de «JirtUf^HMl , Uvata fait la réflexion suivante :
efrHdfèHUgUÏ yyyiMlfd H*i^ sfaÊrorâ' «jHl<JWoimitf. « l'ex-
pression ayant le sandhifait a pour objet la non audition des
troisièmes (par exemple de d pour t), en cas d'ubliinidluina,
non combiné [c'est-à-dire çakalyen], comme dans <U4JMifIr
(VIII, l, 6)»; voyez sûtras a3 et a4.
Si je comprends bien cette observation, et plus bas (su-
tra a£) le sûtra qui caractérise Vabhinidhâna çakalyen, cette
scolie teut dire que $H^fèrtMi dislingue l'affaiblissenienl
ordinaire, qui est précédé du sandhi et ne le détruit pas,
du çakalyen, qui dissout plus ou moins la combinaison et
introduit entre les consonnes combinées une pause dont il
est parlé plus bas.
V. SCtra 18. 34(11 • • • — Si j'ai bien lu la transcription
de M. Perlsch, les manuscrits de Berlin auraient ôtt, au lieu
de ^, ce qui ferait de ce sûtra une règle facultative. Le
commentaire confirme la leçon du manuscrit de Paris.
Exemples : ôrrç» (RigVéda, I, clxiv, àb) ; ta^ (I, lxxii,
8); 3rTj fà^ (X, xiv, 16).
VI. Sûtra 19. ^rT:^n:. . . — Le scoliaste emploie pour
Vabhinidhâna le verbe ïrfo- ET- feTT, comme il faisait au ch. II
pour V abhinidhâna- sandhi : àrT: r^lT jrfifàîàtfà. — « Même
nasalisées » signifie « nasalisées ou non », WfTHl ïrfer 7WT ïrfa.
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 229
Exemples : MfrïïH ( Rig- Véda , II , xxv, 2 ) ; ^fertîT (X ,
xvni, i3); yil'l^UdW: (X, clxiii,6); rfërt' S^pT^ (VIII,
lxxvii, 1). — Dans ces exemples, la semi-voyelle est redou-
blée en vertu des sûtras 7 et 10 du chapitre IV (3 et 4).
VI. Sûtra 20. <Fr^TR.'.- • • — Exemples : ^T^nmft" R" sT^cT:
( Rig- Véda, VIII , l , 11); oM^jrf UIHesiçrUls ( III , vin ,11).
Le scoliaste répète ensuite comme contre-exemples, c'est-à-
dire pour qu'on les prononce sans se conformer à la mé-
thode çâkalyenne, à savoir, sans affaiblissement ni solution,
les deux mots sTçF^ôT: et UlrloltfUI :
VI. Sûtras 21 et 22. l$H cfoj^- • • — ^TSjcf:. . . — Le
scoliaste supplée pour ces deux sûtras l'instrumental STT^f-
^R. 11 ne paraît pas donner à 5TT, dans le sûtra 22 , le sens
de règle facultative.
Exemples : i° khyâti : SgjÇ&f^ôr; [Rig-Véda, IV, xiv, 1 );
2° rapçali : foT^qSTt TTFïïft *T^t (I , Vin , 8).
Comme au sûtra 20, les deux exemples sont répétés, pour
qu'on les prononce sans affaiblissement.
VII. Sûtba 23. MAirîlHl*.- • • — Le m est, dans l'alpha-
bet, le dernier des sparças ; 5cf^ iT^TjrïïT est expliqué par la
glose connue TTGftTJ ôTsTfïïrôrT. — Il y a toujours ellipse de srr-
chçrH.
Exemples : i° devant y : UUWÏk rT^T^, dans le pada JTrTs
JTrî^i mfà 1 (Rig-Véda, VIII, l, 6, déjà cilé au sûtra 17) ;
2° devant r : H^JMiït Ri^RJj, dans le pada FTf^i JKW. 1
(I, cxvi, 2);
230 FÉVRIER-MARS 1857.
3° devant v : Ul'cfi ^"^cjâci:, dans le pada ?TP^ i Sf: \
(lll.vm, 6);
4° devant un iiskma : 2^T^ ^ *T (I, cxxxix , 9); «cJl*
HHhlfdfol (II, XXXIX, 3); UIM'WW (I, LI , l5).
Contre-exemples pour montrer, i°quece sùtra ne cou
cerne que les vraies finales : côf di-ctf , dans le pada rTFT 1 sf 1
(II, 1, i5) : ici la règle ne s'applique pas à t devant s,
parce que c'est une consonne intercalée (voy. chap. IV, G),
et non la finale naturelle d'un mot : Hlfa iuih^ttHIIUJ r\Sh\\ -
S*T ^ Hërfà" l 9Të[trï7ôrTrT l ;
q° qu'il faut que cette finale soit devant une consonne
qui naturellement, et non par l'effet du sandhi, commence
un mot:3£f?T ^WTH:, pour 3rjj 3 1 ^#Tl (Vil, l.XUl, 1) : il n'y
a point ici d'ubhinidhâna pour le </qui précède v, parce que
c'est u (et non son substitut v)- qui est l'initiale primitive .
3* que le m fait exception : çPTTïft Tôli^ HëT (X, rxxxv, 46).
VII. Sùtra "xlx ^ti^Ttt • • • — Commentaire : ?fl»l{ i,W-
?cTe7 VII*^^JdMlf^ U^Hhîrî Ul \<hrA H^^Si Hddlld olRHod 1
ifhl^Jôn^l^JUIlPl 1 « Ce qui a été exposé, depuis le sùtra 30 :
lakàru ushmasvapi çâkàlena , comme çàkalycn [comme se pro-
nonçant d'après la méthode çâkalyenne], il faut savoir [<|iii
cela est] non combiné. Les exemples ont été donnés [pour
chaque sùtra en particulier], u On désirerait ici une explica-
tion un peu moins laconique que celle dont se contente le
scoliastc. Voici , je crois, quel est le sens. Il y a deux sortes
il abhinidluînas , s'uppliquant tous deux aux groupes de con-
sonnes, tant à ceux qui sont l'effet naturel du sandhi, qu'à
ceux que produit le hrama: d'abord Yabhinidhânu pur et
simple, tel que le défini! le Prâtiçâkhya , au sùtra 17 (ch. VI,
ETUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 231
5); puis Y abhinidhâna d'après la méthode çâkalyenne, c'est-à-
dire avec division du groupe (ce qui peut avoir lieu de deux
façons, soit par l'insertion d'une pause entre les consonnes
dont le groupe se compose, soit par un affaiblissement, al-
lant presque jusqu'à l'effacement, de la consonne initiale).
Celle interprétation ne ressort pas seulement du présent sû-
tra, mais encore, d'une part, du terme vicheda «division»,
que nous trouverons plus bas (chap. VI, i3 , sûtra k']) , em-
ployé comme synonyme de Y abhinidhâna çâkalyen ; et , d'autre
part, de ce qui sera dit plus loin du dhruva, de ce son qui
suit Y abhinidhâna sonnant, et marque un intervalle entre les
deux consonnes, une solution de continuité presque insen-
sible. Au reste , l' abhinidhâna , même non çâkalyen, suppose
toujours, ce me semble, qu'on relâche un peu la connexion ,
et qu'on fait suivre la consonne initiale, pour en marquer
l'adoucissement, d'un léger son ou rudiment de voyelle, qui
sera aussi imperceptible que l'on voudra, mais qui n'en
forme pas moins une petite pause entre les consonnes com-
binées. Le mot çâkalafh (sous-entendu vidhânam) convient bien
à marquer une séparation. Çâkala est, comme nous l'avons
dit, l'auteur de cette analyse ou solution de continuité par
excellence qu'on nomme le pada-pâtha.
VIL Sûtras 25 et 26. rTfT. • ■ — ^TT- . • — Le sûtra 25
est une exception au sûtra 23 , restreinte facultativement par
le sûtra 26. — rT3" est expliqué par ^r^^uilch^i êH^cTcJr, et
iHehltrliîoUT: par l'ellipse de ÇtTSTî:, servant de sujet à 51W-
çfPTFjçfà', « produisent le çâkala, y donnent lieu ».
Exemples: i°su, combiné, comme second padya, avec un
monosyllabe : «u^jh #çg , dans le pada WJ^ 1 istâ 1 {Riy-
Véda, VIII, xliii, 9 );
20 su, combiné avec un padya antécédent, de plus d'une
syllabe: ollsWolc^ crsr ^f&fffeç, dans le pada EorrT^ h ( V,
ixxxv, 2).
232 FEVRIER-MARS 1857.
Con Ire-exemple servant à montrer que le sûtra a 6 n'est
relatif qu'à su combiné avec un padyu non monosyllabique .
et à confirmer encore, par conséquent, le sûtra a 5 : çfh
ïfijj âijjjnt «Urd \ fpf , dans le pada ipï^- •• i 9^^ i ( V, lxxxv ,
a). Ce passage fait suite, dans le Véda, à l'exemple précé
dent; une seule et même slance nous offre les deux combi
liaisons dont parlent les deux sûtras.
VIII. Sûtra 37. flqâf. . . — L'adverbe *Tsbï, « partout»,
est interprété par Qtf -ejiqy t* , « devant un padyu ou un non
padya*. — L'accusatif uri*c<i , précédé du sujet ^Sft (sous-
entendu yiTjiuf:), s'explique par l'ellipse du verbe ^«$frl ,
« désirent, veulent >. La particule disjonctive ôrr, que le coin
mentaire se dispense généralement de commenter, est ici
traduite par fàwTOT (f5WmiSN*ort , «le çâkalu d'option, le ç â-
kalu facultatif»).
11 importe de bien distinguer le sens de *^Ur et de «IR,
deux mots qui reviennent souvent dans les chapitres nlatifs
aux vices de la prononciation. Le premier désigne la facture,
la manière de production, la nature d'articulation de la
lettre : les sparças, les ûshmas, etc., diffèrent entre eux quant
au karanaih. Le second marque la place de production , l'or-
gane : les gutturales , les dentales , les labiales , etc. , diffèrent
entre elles quant au sthânam. Uvata explique le premier par
la glose suivante : fïftUd jfrt th^UI UTO: 1 olUlMIJjUlHroMI ,
■ [quand une chose] est faite, il y a facture, effort (mode
de production) ; [karanam signifie] ce en quoi consiste l'es-
sence de la qualité propre de la lettre >. Les abstractions
sont accumulées avec une singulière abondance dans le com-
posé qui termine cette glose.
La reprise de 5JT, déjà exprimé au sûtra précédent, est
pour montrer, nous dit le scoliaste, qu'il ne s'agit plus (uni-
quement) de sparças terminant des padyas non monosylla-
ÉTUDES SUR LA GRAMMAïRE VÉDIQUE. 233
biques : oI|rcP|ch|Td{îrdï jffT CT^ d|JJ^CTl <THcJ|JJ^I -S ^1*1^-
. Exemples ; 1 ° différence de mode d'articulation ( karanam) :
M*rU ^T: , dans le pada U<*H^ i ^ i ^T;i ( Rig-Véda, X, xxxm ,
3 ) : le groupe se compose de deux dentales, dont l'une est
sparça et l'autre ûshma; le karanam diffère, mais non le sthâ-
nam ;
2° différence d'organe (sthânam) ; 33âsTT (VII, xxxiv, 16) :
combinaison de deux sparças , d'une labiale et d'une pala-
tale; tfifs^', dans le pada q7[j tftfçè i (V, lxii,q) : combi-
naison de deux sparças, d'une dentale et d'une labiale.
3° différence d'articulation et d'organe (karanam et sthâ-
nam) : wçèfà (exemple cilé au sûtra 25) : combinaison
d'une labiale sparça avec un ûshma dental, suivi, par l'effet
du sandhi , d'une semi-voyelle labiale ; ^Tdir^nT, dans le pada
^p^ïïTi ST^sçnrj ( IV, xl , 5) : combinaison d'une dentale sparça
avec une semi-voyelle ( antahsthâ ) labiale.
Contre-exemples dans lesquels la solution çâkalyenne ne
peut avoir lieu, parce qu'il y a, entre les éléments du groupe,
identité d'articulation et d'organe : rT^fr^T: (VIII,xxxix, U) ;
ÏÏTf Ztà (X, LVIII, l).
VIII. Sûtra 28. USJM". . . — Exemples : ^ijcHHcifH (Big-
Vèda, IV, LVin, 6); 5SHil«ï îoiUoioii[ (VI, xxxvn, 1); q^T-
f|ScTÇ5r: (I, L, 5).
VIII. Sûtra 29. PT3TT;. . . — Nous avons déjà dit quel-
ques mots des y amas ou jumelles, au chap. I, 10 (sûtra48).
Le Prâtiçâkhya, comme nous le verrons dans plusieurs des
sûlras suivants, les considère moins comme s'ajoutant que
comme se substituant aux consonnes sparças (non nasales)
234 FEVHIER-MARS 1857.
qui sont combinées avec des nasales. Je ne sais si je m'ex-
plique bien cette théorie, que renseignement oral pounail
seul faire comprendre nettement ; mais il me semble que ces
yamas, qui remplacent les sparças dans la combinaison dont
parle le texte, consistent dans un son nasal qui, joint, selon
la nature de la consonne initiale, à un commencement d'ar-
ticulation palatale, dentale, etc., précède le groupe et pré-
lude en quelque sorte à sa prononciation, mais en y adhérant
si étroitement qu'il ne fait qu'un avec lui, et. comme nous
le verrons plus loin, ne modifie pas la durée de l'articula-
tion. Le nom de yama «jumelle » , vient, je suppose, de l'as-
sociation des deux articulations nasales, dont l'une termine
naturellement le groupe, et dont l'autre, par une inllin m <
rétroactive de cette finale, est attirée en tôle l. Les yamna
ne sont point énumérés dans Lalphabct. On pourrait être
tenté de croire qu'il y en a autant que de sparças non nasals,
c'est-à-dire , vingt; mais le scoliaste nous apprend qu'il n'en
existe que quatre. 11 serait naturel qu'il y en eût cinq, un
pour chaque ordre. A en juger par les exemples que cite le
commentaire et que nous donnons plus bas, il n'y en aurait
pas pour les cérébrales; peut-être aussi l'un des quatre sert-
il en commun pour les dentales et les cérébrales. Le pronom
svân signifie «de leur ordre, de leur organe» (nous l'avons
déjà vudans ce sens), et il est employé dans le sûtra pour nous
faire entendre qu'un yama répond à tout un ordre de sparças.
Voici le texte et la traduction de la glose relative à svân : je
crois que les détails où je viens d'entrer pourront aider à en
éclaircir le sens; mais j'avoue en même temps que ce passage
me laisse des doutes, surtout quand je le compare à la glose
du sûtra ^9 du ch. I: *ollfal?l fifciwqWà i ÙtHU*{UÎ -cldid^rî:-
F*n 9CT iWIUI jf?T ôTOrf: *rlU* WJ I fàf£ïï?J7t i :T FTOTT OTT: i
1 Cependant on pourrait conclure d'une glose du sûtra 3a que c'est plu-
tôt la consonne sparça et le yama qui le remplace, qui sont considérés
comme lettres jumelles , l'une par rapport a l'autre.
ÉTUDES SUR IA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 235
mHlnfô HWFH tbiulfdcoWyjr. i ^T ITT ^FM =5rgTTTmôr JFffqf qq-
JTT : 5T?Ff i fèrftïïT RrHii i USPTT M*-eWI<{W'J(Qc-U ^ci l « Pourquoi
ce mot svân (siens, propres, du même ordre qu'eux)? —
Dans le chapitre des dénominations (qui est lé chapitre I),
les lettres ont été énumérées et comptées en ces termes :
quatre semi-voyelles, huit ûshmas , etc. (chap. 1,2). Les
yamas n'ont pas été comptés ainsi (ils sont seulement nom-
més au chap. I, 10). Aussi, quand il est dit (dans le texte du
présent sûtra) : les sparças non nasals [produisent] des
yamas , on est naturellement porté à induire de ce que
les [sparças non nasals] qui ont la place (et la cèdent aux
yamas) sont au nombre de vingt, que les yamas, leurs subs-
tituts, doivent être également au nombre de vingt. Pour que
cette induction n'ait pas lieu, il est dit ici [par l'emploi
même de svân, qui signiiie de même ordre, de même caté-
gorie] : que, des quatre yamas, les sparças du premier ordre
produisent le premier, ceux du second le second, et ainsi
de suite jusqu'au cinquième » ( voyez la lin de la note du
sûtra 32). Pour que 5T T^TTr^ concorde avec ^rjU*! l , il faut
entendre «jusqu'au cinquième exclusivement». J'ai dit plus
haut comment j'essayais de m' expliquer qu'il n'y ait que
quatre yamas pour les sparças des cinq ordres.
Exemples de groupes ( des divers ordres ) pour lesquels
il y a lieu de substituer, par la prononciation, des yamas aux
sparças (l'orthographe, au moins dans mon manuscrit, ne
représente pas celte substitution) :
i° u.Q*b (Rig-Véda, V, n , 4 ) ; ^<<^: ; nfj WT ( IV ,
xliii, 6); s/3^ qfr (IX, xcvm, io);
2° f^T &i*F£Bà( (IX, xxix, 5); <Tf;rsTrFrfTT5r (I, cxxvn ,
4° ïïtàât STTrt: ( I , XXXIV , 7 ) ; «M^l^iî ( I , CXIII , 6 ) : ar-
zn HRt ( VI , xiii, 6); 3^Trïd;hifiir zmfà (VIII, xci, 20) ;
236 FÉVRIER-MARS 1857.
5* hiwm 'tà (X, cxiv, 7); ijurnfàf à (X, lxxxv, 36).
Les exemples ne sont en nombre complet que pour le pre-
mier et le quatrième ordre, où ils nous offrent toute la série
des sparças. Ceux du cinquième ordre, comme je l'ai déjà
dit, manquent absolument.
Contre -exemples où il n'y a pas lieu à cet emploi des
yamas, 1° parce que la consonne combinée avec la nasale
n'est point sparça : léft f$ «T^TT (VIII, xxxill, 19); çfw»loUT :
(IV, XL, l);
a0 parce qu'elle est nasale : tf5rfj£ ^T (VII, lxxxii, 8);
JFTnrr rîttffT (I,cv, 8);
3° parce que la lettre qui suit la consonne sparça n'est
point sparça : 2WWf ^Sïi (I, xxxv, 6) : ici les sparças p, (h,
A sont suivis de voyelles ;
/i° parce qu'elle n'est point nasale : U^fçtf (V, lxii, 9) :
le d est suivi d'un b.
IX. Sûtras 3o et 3i. ÏT FT5&ST - qf. ... — Le
scoliaste se contente de répéter les mots du texte sans les
expliquer. i,WH^: signifie • ayant pour origine , pour forme
primitive un ûshma*. (Voy. chap. IV, 5.) Nous retrouverons
plus loin Uftfd, employé comme mot simple, dans un sens
analogue.
Exemples : i° pour appliquer le sûtra 3o : n^hjoj-^M^,
dans le pada çh/ôTFTj SPT5PJ 1 (Rig-Véda, II, xi, 17);
a* pour appliquer le sûtra 3i : EftrcToiGjosfêlfçJ, dans le
pada ërf?R 1 UjRif^ (I, LXin, 5).
IX. Sûtras 3a et 33. Z^T;. . . — ^SÇfrT:. . . — L'instru-
mental u«j»ctfl sert de régime à fï^ , qui est synonyme de
WWI:. Le sûtra 3a est expliqué par la glose suivante : ïï*Q
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 237
ïTiTFlfwçwr rTc^r^rt JTcTrTtRTO": , « [leyama] est semblable à la
[consonne sparça] pour laquelle est dite la production de
yama», c'est-à-dire qui, d'après le sûtra 28, doit être rem-
placée par un yama, et qui en est l'origine , en même temps
que l'initiale naturelle et primitive du groupe. Ainsi, ajoute
le scoliasle, dans cri%pft: , le yama est semblable au h, dans
mq^ (Rig-Véda, T, cxxn, 7) , au g; dans sTsnr: (VII, xcix,
3 ) , au gh; dans qf^s^rpt (I , cxxvn , 2 ), au j ; dans sraWrfi :
(X, xlti, 3) , au p.
Tout ceci est assez vague; mais le sûtra 33 explique, en
retournant la comparaison , en quoi consiste surtout la si-
militude : elle est relative à la durée de l'articulation (voy.
cbap. I, 7, sûtra 34; je dis «surtout», parce qu'il va sans
dire qu'il y a aussi ressemblance pour l'organe , pour la na-
ture de l'articulation) . Le scoliaste commente ainsi le sûtra 33 :
çrîwr 1 rôNlft : 1 3WT 1 m-mifà' ?n « ou bien le son , l'articula-
tion qui se produit dans la bouche (le sparça primitif) est de
même durée quela prononciation (nasale) du yama; [la jumelle]
est définie, semblable au son avec qui elle est jumelle. » La
seconde proposition de cette glose est générale et réciproque.
L'instrumental TRU, se rapportant à 5£fà":, est régi par l'idée de
similitude contenue dans JTiT: , et le composé fTs^: est au mas-
culin par une attraction , facile à expliquer, qui le rattache à
îFT : . Des trois exemples qui terminent la glose , le premier
et le troisième ont déjà été cités ; on rencontre le second dès
la première stance du Rig-Véda. — On peut trouver bizarre
celte similitude ainsi retournée, où ce n'est plus la consonne
primitive, mais son substitut qui sert de terme de compa-
raison. Uvala la justifie en nous disant, si je comprends bien
son raisonnement, que les sparças qui peuvent figurer dans
les groupes dont il est question étant au nombre de vingt, et
les yamas nasals au nombre de quatre , il est naturel qu'on
prenne pour terme de comparaison le plus petit des deux
ix. 16
238 FÉVRIEK-MARS 1857.
nombres : UUtWWI ^HHlRl^^MI^Jr^l^: rfrfl fÈlST^T KIlPl-ll
mm\ çdirifà i dWlf<<i^-oUrl i ; «cola est dit, parce que 1rs
yarnas, qui ont le rôle de nasales, sont défiait, eux qui sont
au nombre de quatre, comme semblables aux vingt [spurçus]
qui ont la place (c'est-à-dire qui figurent primitivement dans
le mol) ». (Voyez, dans la note du sùlraan, la glose îvlah
FôTI^.) — Au sujet de *M-!liîl**r*lMI :, compare/, le «ùtra /ji
et la note des sûtras 36 à 38.
X. SÛtra 34. :w«i»^r.... — Commentaire : ÎPT: uqirUIMJ'Jlftji
^i-djri WfyQjrl <*ï}ui H^l-edrt QTf: i « Le yama prend les loin
lions relatives à la prakriti (c'est-à-dire à la lettre primitive
qu'il remplace) », en d'autres termes, les règles qui s'appli-
quent à la lettre que le yama remplace, s'appliquent aussi
au yama. « Ainsi, dans l'exemple suivant : «CTWTÎrid î-rôfTT {Big-
Véda, V, ix, 5), en vertu du sûtra a (chap. VI, î), qui dit
qu'une aspirée, d'après les lois du krama, se prononce une
seule fois, avec l'antécédente de son ordre (3*1 z?rirfrôr), le
yama se prononcera une lois avec un d. » — Le scoliaste
n'analyse ni n'explique Uc^UI'î : ; seulement nous voyons, par
l'ensemble de la proposition , qu'il entend par ce mot « l'objet,
la fonction, le rôle du yama ». Le terme pratyaya signifie en
grammaire «amxe»; dans le Prâtiçâkhya, il est ordinaire-
ment synonyme de udaya, «ce qui vient après, conséquent,
lettre suivante». Désigne-l-il ici la jumelle par sa qualité de
lettre ajoutée, substituée, succédant à la lettre primitive? —
Au lieu de UrUUltJ : , je lis dans la transcription de M. Pertsch :
«çrw-yîî. Cette leçon, qui suppose l'ellipsedusujetZTO:, ne change
rien au sens total de l'axiome, tel que l'explique le commen-
taire : ■ [Le yama] n'est pas autre que la prakriti (c'est-à-dire
que la lettre primitive) , dans la fonction de la prakriti*, il a
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 239
le même rôle qu'elle, il est soumis aux mêmes lois. Je me
suis demandé si l'on ne pourrait pas, en gardant du reste
la leçon de Paris, lui donner la désinence de la leçon de
Berlin q7?T9'rèï. Cela nous permettrait de laisser à pratyaya le
sens qu'il a généralement dans le Prâtiçâkhya , celui de « lettre
conséquente » : « [le yama] ne diffère pas de la prakriti, dans
sa fonction de lettre conséquente ». L'axiome ainsi modifié
s'applique bien à l'exemple cité par Uvata et au varnakrama
en général. — On pourrait aussi , sans faire de changement,
considérer le mot comme un composé possessif, qui signi-
fierait : « ayant la fonction de lettre conséquente, en tant qu'il
a le rôle de lettre conséquente ». J'ai cru devoir suivre, dans
ma traduction, le sens plus étendu que paraît adopter le
scoliaste.
X. Sûtra 35. 7\. . . — Voyez ce qui a été déjà dit de la
svarabhakti au chap, 1,7. — La svarabhakti ne détruit pas
la connexion , ni les lois auxquelles les groupes de consonnes
sont soumis : =T lëJ^T Millilchlilïnjl FSTfHfïïïforffnr. Ainsi, malgré
l'intervalle de la svarabhakti, la consonne qui suit r se re-
double, en vertu du sûtra (\ : ^^fàôqôrra^fa cr("^+ilcçhl-
rrfà". Exemple : m ^srftrr: ^Hrrr: §^snrfi^#g : ( Rig- Véda , X ,
XCV, 6).
Ce sûtra et les suivants, et les termes employés dans le
commentaire (ôqôrra", *Mim: , voy. la note du sûtra 36), ren-
draient peut-être préférable , pour svarabhakti, si svara se prê-
tait bien à ce sens , la signification étymologique de « partage
du son », à celle que j'ai indiquée, entre parenthèses, dans la
traduction du chap. 1,7. ^
X. Sûtras 36-38. ZFTFr. . . — 3TSTT. . . _ c^H- . . —
■s *\
Pour bien comprendre cette théorie deGârgya (voy. ch. I, 3,
note des sûtras 1 5 et 16), il faudrait entendre prononcer les
groupes en question ; car l'écriture ne peut point figurer ces
16.
240 FÉVRIER-MARS 1857.
insertions nasales. Le scoliaste ajoute, en apposition à sva-
rabhahti, le terme âgamah : -nfirKhlWM: <:al^f?h{|)IMÏ iTôrfiri
Trfe^rFTnr awiiuf) irôrfH i.
Exemples : i° pour \esyamas en général (sûtra 36) :of§T-
th\J\r^ (Rig-Véda, V, 11,4); u.rjs*IMWol (I, cxxvii, a);
a* pour les yamas aspirés : «M«J|^«-A| (I, xciii, 6) : Yûshma
nasal serait , d'après notre alphabet , un anusvâra.
Les manuscrits de Berlin ont, à ce qu'il paraît, à la fin
duvers, cri", au lieu de ït. Uvata reproduit le masculin dans
sa glose, et le fait rapporter à ûshmâ : HW4IUJ dstàrf. Il ré-
pète, pour qu'on le prononce sans cette insertion , l'exemple :
XL Sûtra 3g. •THE'.- • • — Il s'agit ici de l'espèce d'abhi-
nidhâna qui consiste à diviser un groupe. Cette division se
marque et se mesure par un son, sans doute muet, inséré
entre les consonnes (tniiM:) , et qui est une sorte de svara-
bhakti, appelée dhravam. Cet emploi de dhruvaiîi vient sans
doute de son acception de *spread, extent». Le même mot
désigne, en astronomie, une certaine distance déterminée;
en poésie, un refrain qui s'insère entre les stances.
Ce sûtra se divise, comme on le voit dans la traduction,
en trois petites propositions; le premier tat est le sujet de la
seconde; le suivant tient, dans le composé auquel il appar-
tient, la place A'abhinidhdna (srfuf^rui^ttiM^M). — L'ellipse
de • sonnant • (« composé de consonnes sonnantes , affectant
des consonnes sonnantes, ») est indiquée par le sûtra suivant,
et suppléée par le scoliaste : ulycirf) s fm^TRTrT^ — Emploi
cité de ïfôj, chap. VI, îa.
Exemples (groupes de sonnantes) : HdfàcJl : [Rig-Véda,
X, cxxix, 6); y^ar &% : (X, lxxii, 6).
XI. Sûtra £o. ^PJjtrT. — La différence établie par ce
ETUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 24 J
sûtra est fondée sur la nature même des sourdes et des son-
nantes. La consonne sourde est plus apte à clore et a moins
besoin, pour s'articuler, d'un prolongement de son; la son-
nante ne peut guère faire sentir son adoucissement d'articu-
lation qu'en s'appuyant sur une voyelle, ou du moins sur
quelque rudiment de voyelle , comme celui qu'on appelle
dhrava.
Exemples (groupes de sourdes) : cj(eHJdî)lliJ; ïï¥(ïï*t (-&</-
Véda, X, lviii, 1 ).
XI. Sûtras tx\ et 42. ïTTf^hl^R — W'.çsrr-
2JT:. . . — Comme les nasales et les semi-voyelles participent
de la nature des voyelles , on s'explique que le dhrava qui
le» suit soit un prolongement du son qui leur est propre.
Exemples: i° groupes de nasales: ïToH2 ^7V> [Riy-Véda,
VII, lxxxii, 8); fTârsrçrecT (VII, xcix, 7);
20 groupes de semi-voyelles : iMiUsi ( II, xxv, 2 ) ; ôn$ ôà$ ?T
( X , XXII , 1 2) ; ctcâi 5^f ( VIII , LXXVII , l ) ; qôdîrTfW^ ( V, LX ,
2 ) ; ^raTïif (X, xviii, i3). (Voyez, au sujet de ces redouble-
ments, le sûtra 7 du chap. IV, 3 , et le sùtra 4 du ch. VI, 2.)
XII. Sûtra 43. ©6H(x5 • • • — ^e commentateur se con-
tente de suppléer l'ellipse de ^wiy^q et de iTôrfflT, et d'ajou-
ter, ce qui va sans dire , que l'adverbe ^TcT^ est pour nous
faire comprendre qu'il ne s'agit plus uniquement des semi-
voyelles , dont il est question au sûtra précédent : ÇfcMil^-
uiHn:^Tfôcfol^fH3W*if. — H cite, pour qu'on y applique la
méthode de Vyâli, et qu'on les prononce sans abhinidhâna ,
les exemples déjà employés : iq^Mirioi 1 «oUJi^ciT: I. Nous
verrons dans la note du sûtra suivant quelle est la consonne
du groupe pour laquelle Vyâli interdit Y abhinidhâna.
XII.
SÛtiu 44- Mt9ftH — Exemples, pour servir
242 FEVKIEh-MARîJ 1857.
d'exercices de prononciation : i° répétition de la seconde con-
sonne du groupe ir^rfçrssf (Rig-Véda, X, li , 1 , déjà cité
au sûtra 5) ;
a° groupe précédé dune voyelle : iTdiii^oll:;
3° groupe précédé d'un r : ijyï arirr^^ ( VI11 , lxiv, 12).
Au sujet de STcJlJi^cll: , on se demande comment le groupe
ggd peut servir à la fois pour le sûtra 43 et pour le sùtra 44 ,
c'est-à-dire comme exemple de suppression et de non-sup-
pression de Yabhinidhâna. C'est sur le second g , répond Uvata ,
que tombe la suppression dont parle le sùtra 43, tandis que
le premier, précédé d'une voyelle, doit être affecté de Yabhi-
nidhâna, en vertu du sùtra 43 : SflTfatFïWratfîTf^frT 1 ôïfô
XII. Sûtra 45. ^qu|ij|qfti(. . . — Le commentaire ex-
plique bien nettement foiMUU : , mais il nous offre peu de se-
cours pour l'intelligence des autres termes du sùtra. L'exemple
qu'il cite pour en faire l'application suffit, je crois, pour
confirmer, ou au moins rendre très -vraisemblable le sens
que j'ai adopté. 11 est naturel qu'il n'y ail ni solution, ni
adoucissement, quand le groupe se compose de deux con-
sonnes homogènes , et surtout quand il consiste dans la ré-
pétition d'une même consonne sonnante.
Voici la glose de Qij&j : , «le contraire» : ST3I foN&J: 1
Htfïu. ^pt îl^rT: 1 FTFT foi y au! 5Tta: 1 « Et quel est ce coutraire?
— Cequi précède (c'est-à-dire ce qui est prescrit au sùtra44)
c'est la non-suppression. Le contraire de cela, c'est la sup-
pression. » — Exemple : u^sn 3?5: [Rig-Véda, X, lxiii, 6,
déjà cité deux fois).
Les deux génitifs du sûtra se rapportent à ÛU TlUW , sous-
ÉTUDES SUR LA GKAMMAIRE VÉDIQUE. 243
entendu; Mdi/lUoîuj signifie littéralement : «ayant pour ini
tiale, pour antécédente, une [lettre] homogène»; ^T^aërçïT
( synonyme £îôj^rf%riç^r ) doit indiquer, ce me semble, si nous
nous reportons auxsûlras 3g et4o,que le groupe se compose
de sonnantes; car ce n'est que dans ce cas qu'il serait accompa
gné, s'il y avait abhinidhâna , d'un dhruva entendu (voy . le sûtra
4o). Cependant le sens de cette seconde épithète est, à ce qu'il
paraît, douteux pour lescoliaste; au moins laisse-t-il sans ré-
ponse la formule interrogalive qui lui sert habituellement à
amener un contre-exemple : ^çpcJUlfrf ^*T|rT Au sujet de
l'autre épithète, relative à l'homogénéité des lettres, il donne
pour contre-exemple le fragment souvent cité : Hoili^éll: —
Le composé Hôrfsi% est expliqué par l'addition de fêrvA- —
J'ai mis une apostrophe devant cf^crt, parce qu'il y a tfqf^rt
dans la glose.
Le commentaire ajoute à son interprétation une double
remarque. La première établit que ce sûtra a un caractère
de règle obligatoire; car il y a accord entre tous les maîtres,
comme on le voit en le rapprochant du sûtra 43 : 59Ï3S:
^cbrrfÏTfryM<rtto ifà ftfl; f^rrorf^rsfà". La seconde nous
avertit que l'exception contenue au sûtra 44 se rapporte aussi
bien à cette règle générale qu'à l'opinion de Vyâli : trçshî*
XIII. Sûtra 46. mil cl • • • — Le scoliaste complète la
proposition , en suppléant le verbe silUrf, « naît, est produite •.
Il emploiera plus bas, dans le commentaire du sûtra 53,
tidii^ëiwi, comme synonyme de ttchl^olUll.
Exemples : ïï^j êfifj ^fj'f^rT (Rig-Véda, VIII, lxii , 5) ;
a^cffch^rchui: (I, x, i, déjà cité au sûtra 17).
244 FÉVRIER-MARS 1857.
Con Ire-exemples : i° r non précédé d'une voyelle : 9TOT
g£ «hUjrt yfMVrâf (X, clxv, 3) ;
a* r non suivi d'une consonne : y^W*h«$ (I , îv, î).
XIII. Sltba kl- f^HÇÇTrf • . — Le commentaire sup-
plée, comme plus haut, stufà» et il explique faf^Tr^ par
JjfiTf^rVFnrT. C'est sans doute Yabhinulhâna avec solution du
groupe, c'est-à-dire d'après la méthode çàkalyenne (voy. plus
haut, chap. VI, 6-8). — En quoi celte srarabhakti différe-
t-elle du dhruva dont il vient d'être parlé (voy. sùtra 3g)?
Peut-être avons-nous ici une trace de compilation, comme
on peut en remarquer plus d'une dans ce chapitre, et cet
axiome, emprunté à quelque autre source que les précé-
dents, ne fait-il que répéter en d'autres termes une même
règle. Voyez cependant la note du sùtra ."><>.
Exemples ou plutôt exercices de prononciation ( déjà
cités) : yy|i>,cj| : i STrTôr?rST: i Dans le premier exemple , Ya-
bhinidhâna, d'après la méthode çàkalyenne, se fait faculta-
tivement, en vertu du sùtra 37 ; dans le second, il a lieu en
vertu du sùtra 20. — Le scoliaste répète ensuite ces deux
mêmes citations, pour qu'on les prononce sans solution ni
svarabhakti.
Contre-exemples montrant que le sùtra ne s'applique, i*
que devant des sparças et des ûhsmas : yyyifa' (voy. sùtra 17);
3* qu'à une combinaison de sonnantes: UWJchàcjfH (voy.
sùtra 37).
XIII. Sûtras 48 et 4y. JT^THT. • . — J^J. . . (Sur la
différence de quantité de la svurabhakli , voyez chap. 1,7.)
— Le commentaire explique ^rT^T par la glose que voici :
• autre? — quelle? — (Il vient de dire :) celle qui suit un
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 245
âshma est plus longue : par relation à ce texte, itarâ signifie
brève. »
Exemples: i° sûtra 48: q^I cFrf% ^rf^' f%FJ^ (cité plus haut,
au sûtra 46) ; le h ne se redouble pas, en vertu du sûtra 10;
a° sûtra 4q : &WFl^(Rig-Véda, V, lxxxiii, 3); *t<i>w(<Udl
( Vil , lxxxi , î ) ; le sh et le p se redoublent , en vertu du
sûtra 4-
Contre-exemple où le r n'est pas suivi d'un ûshmu : isfëfcQ-
chHÎcfiUi: (cité plusieurs fois).
XIV. Sûtra 5o. ÇTCSJ . . . — Commentaire : ^oTJrirnqrê;
^ HMIMd. =^m^ fiffSTW ÇôT^i^TTôFT^» «Midi T^fÊT, « quel-
ques maîtres pensent qu'il y a absence de svarabhakti partout ,
c'est-à-dire, clans l'intérieur d'un mot, entre mots divers,
après un r, après une division (ou abhinidhâna çâkalyen).
Exemples : oittyiir [varshshyân , voyez sûtra 10 )-, «fT-t^cÛ
(Rig-Vêda, X, lxxx, 3); acrîr^orT: (souvent cité).
Il semblerait résulter du choix du dernier exemple et du
terme foil^lH^, qui se trouve dans la glose , qu'il y a une
différence entre le dhruva el la svarabhakti qui suivent un
abhinidhâna: au moins la règle relative au dhruva avait-elle
une forme absolue , qui ne laissait pas prévoir l'opinion con-
traire qui est exprimée ici. Le dhruva serait-il une pause
muette? la svarabhakti, insertion d'un son plus marqué? —
Peut-être aussi pourrait-on s'expliquer celte divergence par
une compilation qui aurait laissé subsiter certaines traces
de l'origine diverse des axiomes et de leur défaut d'accord
primitif.
XIV. Sutra 5i. "^IhlH^ri" . . . — Le participe fopEPTFr est,
comme l'on sait, un des mots les plus usités pour dire « exis-
tant, ayant lieu», et il fait très-naturellement ici opposition
à smrôt
246 FÉVRIER-MARS 1857.
Exemples : srf^' i «tjIh i ;
Contre-exemple : «oJU^oli: i.
XIV. Sûtra 5a. ^49C\ldO .... — Commentaire : SïfrïrT
373TI UrU(î\ USÏÏJ: FôT^T: rTFTT: M lofa* «Midi A|-uV) l « quelques
m. litres admettent l'existence de la svarabliakti , dont la lettre
postérieure est un ushma non redoublé. » A cause de l'a long
qui termine y cil il I dans le composé , il serait naturel de croire,
n'était la glose (où, pour plus de clarté, le sundhi est violé :
HWI: HT5f i et qui est confirmée par les sûtras 48 et 49) , que
le terme qui suit est lïifrôf.
Exemples : êrô (Rig-Véda, V, lxxxiii, 10); »ip& (voyez
sûtra io);îfy^ër: (voyez sûtra 30).
Contre-exemples : ôronfpr (varsfohyân) ; «4.mwfarfi ( adan;
çyâyatî) : voyez sûtras 10 et 4y-
XIV. Sûtra 53. yqfrt(p Commentaire : cçfrcrç-
^TiTT^TT fërpTfSr: 1 « quelques maîtres sont d'avis [qu'il y ait]
ressemblance de la svarabhakli et avec la voyelle antérieure
et avec la voyelle postérieure ; la svarabhakli n'est pas seule
ment semblable au ri (voyez sûtra 46) : voilà le sens. Dans
dhdrshadam ( Rig- Véda, I , cxliii , 7 ) , elle ressemble à la lettre
m; dans barhishadah (X, xv, 4), à la lettre i. »
XV. SUTRA 54. ^tHÏ^ij . . . — Exemples : STST: ^ OrÔ^
5T7TTT [Rig-Véda, X, xxvm, 9); «cU^whm ïï^ (X,xii,i,
voyez chap. IV, 6, sûtra 16 ) ; SHTOûT: c^TJr^ ( VIII, 1 , 1 1 ) ,
Q^UAIM »)*Jdt ^ (I, vin, 8). D'après l'opinion mentionnée
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 247
dans cesûtra, ksh, ks, ts , ps, se prononceraient kh-sh, kk-s ,
th-s,ph-ç. L'écriture, au moins dans mon manuscrit, ne fi-
gure pas celte prononciation.
Contre-exemples propres à montrer que ce sûtra ne s'ap-
plique pas à des consonnes finales: =f£^sçrrrrn3n(X,LXXXv, 1 1) ;
fèr^^TT^ (I, clxxxviii, 5).
XV. Sutras 55 et 56. lcA|TdT- • — Wt- ■ ■ — Commen-
taire du sûtra 55 : WTrtyîrTt: chchl^Jchl^ft: WÊT Wàfit^WîTfl
*Hodl ïT^trT Ç73ï s^TSTOT: i « quelques maîtres pensent qu'à la
place du lt et du y de la racine verbale hhyâti, il faut mettre
kh et y. »
La glose du sûtra suivant ne diffère de celle-là que par la
substitution de ^ifHUiSlU ^wm à <pzn7t£n'ffi' : . — Ainsi ex-
pliqués, ces deux axiomes, quand on les rapproche du pré-
cédent, qui est relatif au remplacement d'une première par
une seconde ou aspirée, signifient, je pense, que l'usage
ordinaire est d'effacer, en parlant, l'aspiration de khyâ, et
de prononcer comme s'il y avait kyâ ; mais que quelques
maîtres veulent qu'on fasse sentir l'aspiration, ce qui ne peut
se faire qu'en relâchant un peu la connexion des deux con-
sonnes. On pourrait aussi être tenté de croire que ces sûtras
nous apprennent qu'une forme ancienne kyâ a été rempla-
cée, de l'avis de quelques maîtres, par la forme khyâ [la-
quelle est devenue la forme dominante et unique]. Mais la
première interprétation me paraît ici la seule admissible. —
La particule explétive 3 est pour la mesure et n'ajoute rien
au sens; il n'en est .pas tenu compte dans le commentaire.
Pour appliquer le sûtra 55 , le scoliaste cite l'exemple 5"-
m%&: {Riq-Véda, IV, xiv, j ) ; pour le sûtra 56, il répète ce
même fragment, et donne en outre le suivant : wêàwëd-
ïTFcFâ- rï-rfàr: (I, clxv, n).
J'ai reçu , pendant l'impression de ce sixième chapitre , la
248 FÉVRIER-MARS 1857.
seconde livraison du liig-Véda, que M. Max Millier publie à
Leipzig. Elle contient, comme introduction, les chapitre*
quatre à six du Prâtiçâkhya. Je n'ai pas besoin de dire que
cette seconde livraison se distingue par les mêmes qualités
que la première. Dans un petit nombre d'endroits de ce der-
nier chapitre , qui renferme certains axiome* très-difficiles à
comprendre, nos deux interprétations ne sont point d'accord ;
mais je vois , avec une grande satisfaction , que ces divergences
sont plus rares qu'on ne devait s'y attendre en une matière
aussi neuve et aussi délicate. Je n'aurais pu, sans faire sur
les épreuves de coûteux remaniements, indiquer, dans mes
notes, les points sur lesquels nous différons, ni surtout dis-
cuter les motifs que je pourrais avoir, pour ces divers pas-
sages, soit de persister dans mon opinion, soit d'y renoncer.
Je ne ferai qu'une seule remarque, relative aux >ùtras ai) et
33. Dans le commentaire de l'un et de l'autre, WlfH*^ dé-
signe sans doute les sparças rangés d'après l'organe et divisés
en cinq ordres, et dans la glose du sûtra ao,, les adjectif*
ïTO*T, fèrilu , tf^ïT, doivent évidemment se prendre dans leur
sens ordinaire de « première, seconde , cinquième » consonne
de l'ordre. Ces modifications changent nécessairement l'en-
semble du sens des deux scolies.
NOTICE
UKS MANUSCRITS ZENDS DE LONDRES ET D'OXFORD,
PAR M. E. BURNOCF.
M. Burnouf, après avoir publié, en i833, le premier vo-
lume de son Commentaire sur le Yaçna, partit pour l'Angle-
terre pour examiner les manuscrits du Zend-Avesta que pos-
sèdent les bibliothèques de Londres et d'Oxford, avant de
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS, 249
commencer la publication du second volume , qui était déjà
prêt pour l'impression. Il collationna en Angleterre huit
manuscrits du Yaçna et s'occupa de l'élude du Rigveda. Les
nouveaux secours que lui fournissaient les variantes des ma-
nuscrits zends et ses observations sur le dialecte védique, ap-
portèrent des changements nombreux dans ses premières in-
terprétations du Yaçna. Il se proposait de constater ces
changements, en tant qu'ils modifiaient l'interprétation des
parties du Yaçna comprises dans le premier volume , dans
une introduction au second volume, qui lui-même aurait été
remanié pour l'impression. Je pense que l'intention de
M. Burnouf était de faire ce remaniement du commentaire
à mesure qu'il aurait livré à l'imprimerie le manuscrit du
second volume; au moins je n'ai pas trouvé jusqu'ici dans
ses papiers une seconde rédaction de ce volume. On peut,
au reste, juger de la nature des changements qu'il voulait
faire subir à son interprétation des textes zends, par les
Etudes sur la langue et sur les textes zends, qu'il a insérées
dans le Journal asiatique pendant les années i8^o-i85o. Je
n'ai trouvé de l'introduction qui devait précéder le second
volume du Commentaire sur le Yaçna que la description des
manuscrits zends qu'on va lire et qui devait former le pre-
mier paragraphe de l'introduction. Le manuscrit n'était pas
revu pour l'impression et le lecteur observera quelques pe-
tites lacunes , que je n'ai pas eu les moyens de remplir.
J. M.
Les manuscrits que je me propose de faire con-
naître dans cette notice appartiennent à la biblio-
thèque de la Compagnie des Indes, à la bibliothèque
Bodléienne et au British Muséum. De ces trois éta-
blissements célèbres, celui qui renferme la collec-
tion la plus nombreuse et la plus importante est»
250 FÉVRIER-MARS 1857.
sans contredit, la bibliothèque de la Compagnie des
Indes; on verra plus bas que les bibliothèques d'Ox-
ford sont aujourd'hui moins riches en manuscrits
zends qu'elles ne l'étaient du temps d'Anquetil du
Perron , et que le British Muséum ne possède qu'un
volume qui mérite quelque attention. Les manus-
crits de la Compagnie des Indes ont été rassemblés .
depuis 1788 jusqu'à la fin de 179$, par Samuel
Guize, chirurgien en chef de l'hôpital général de Su-
rate. Cet homme zélé, qui paraît avoir été guidé
uniquement par le désir d'assurer à l'Angleterre la
possession des livres dont la découverte avait rendu
célèbre le nom d'Anquetil, n'épargna ni dépenses,
ni peines , pour réunir ce que les Parses ont conservé
des anciens monuments de leur religion. Il acquit
un grand nombre de livres zends et pehlewis de la
veuve du destour Darab , lequel avait été le précep-
teur d'Anquetil. Nous ignorons s'il eut la satisfaction
de rapporter dans sa patrie une collection à laquelle
il devait naturellement attacher une grande impor-
tance; nous savons seulement qu'il en parut à Lon-
dres, en 1800, un catalogue qui porte ce titre: A
catalogue and detailed account of a very valaable and
curions collection of manuscripts , collected in Hindos-
tan by Samuel Guize Esq. . late Head-surgeon to the
gênerai Hospital at Surat : including ail thosc that were
procured by Monsieur Anquetil du Perron, relative to the
religion and history oftheParsis und many which he could
not procure. London , printed by John Nichols , 1 800,
4°, 1 7 pp. Ce catalogue donne les titres de cent vingt-
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 251
sept volumes, savoir: soixante et dix-sept manuscrits
arabes et persans, et cinquante manuscrits zends,peh-
lewis et sanscrits. Les manuscrits zends et pehlewis
furent tous acquis par la Compagnie des Indes, et
cette collection, déjà si importante, s'enrichit encore
de quelques manuscrits qui ne sont pas mention-
nés dans le catalogue de Guize, quoique plusieurs
soient indiquées comme lui ayant appartenu.
L'étendue et la valeur de cette collection restèrent
à peu près inconnues, du moins sur le continent,
jusqu'à ce qu'en 1828, M. Mohl, qui se trouvait en
Angleterre, en donnât un catalogue détaillé, qui
fut inséré dans le Journal de la Société asiatique de
Paris l. Dès ce moment, je conçus le désir de com-
parer ces manuscrits avec ceux d'Anquetil du Per-
ron, ainsi qu'avec ceux que j'avais l'espérance de
trouver à Oxford. Mais des circonstances tout à fait
indépendantes de ma volonté m'ayant imposé la né-
cessité de publier une partie de mon travail avant
d'avoir pu visiter les bibliothèques d'Oxford et de
Londres, je remis à un temps plus favorable le soin
de le compléter par la collection des Vendidads et
Yaçnas qui se trouvent en Angleterre. L'usage que
je ferai par la suite des nombreuses variantes qui
m'ont été fournies par ces manuscrits , mettra le lec-
teur à même de juger si j'ai bien fait de céder au
désir de publier une portion de mon travail avant
d'avoir rassemblé tous les matériaux dont la réunion
pouvait le rendre moins imparfait. Ce que je puis
1 Nouv. Journ. asiat. t. I, p. 120.
252 FÉVRIER-MARS 1857.
dire, dès à présent, c'est que ces variantes n'ont ap-
porté aucun changement aux règles que j a\;iis au
pouvoir déduire de l'étude des manuscrits d'Anque-
til, que l'orthographe d'un seul mot (dont l'étyino-
logie est d'ailleurs encore obscure) a dû ètra modi-
fiée, et que si la comparaison des huit manuscrits
dont je vais parler est une acquisition de la plus
grande valeur pour la critique du texte zend , le sens
de ce texte a pu être découvert, dans bien des cas,
d'une manière certaine, par le seul emploi des ma-
tériaux que le zèle et le dévouement d'Auqurtil du
Perron avaient rapportés en France.
Pour mettre quelque ordre dans L'énmnéntioa qui
va suivre , je me conformerai a la classification adop-
tée par le catalogue de la Compagnie des Indes. Je
me réserve de présenter moi-même une autre clas-
sification, dans laquelle je ferai rentrer tous les ma-
nuscrits dont j'ai fait usage dans ce commentaire.
Le manuscrit qui, dans le catalogue des livres
zends de la Compagnie des Indes porte le n° 1 , y
est décrit de la manière suivante :
N" 1. Vendidad-sadi , a more ancient ms. than n" II
and III ; the writing good : at the end is fuund in the
handwriting of M. Anquctil du Perron, Vcndidad-sadé.
Folio or large U°, 247 leaves ; not in Guize's printed
catalogue. Purchased at sale of IX Guize's collection.
Mohl, n° III. Cette désignation est exacte, sauf une
variation de peu d'importance dans le nombre des
feuillets assignés au manuscrit. Le Vendidad-sadé fi-
nit, en effet, réellement au feuillet 2 k 7; mais on
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 253
trouve sur le feuillet 2 48 deux courtes lignes de per-
san et trois de guzarati , qui donnent certainement
le titre et vraisemblablement la date du manuscrit.
Ces lignes sont trop confusément écrites pour que
j'aie pu rien découvrir de positif relativement à ce
dernier point. On peut donc admettre en toute as-
surance que la description du catalogue de la Com-
pagnie convient bien au manuscrit que nous exami-
nons en ce moment. Mais je ne sais s'il en faut dire
autant de l'assertion que ce Vendidad-sadé ne se
trouve pas indiqué dans le catalogue imprimé de
Guize. Ce catalogue fait mention de cinq Vendidad-
sadés, sous les nos 4 2 , 43, 44, 45, 46. Or, je crois
pouvoir établir que ces numéros répondent de la
manière suivante à ceux du catalogue imprimé , sa-
voir : ai à III, 44 à II, 45 à IV, 46 à V. Il reste
donc le n° 43 de Guize, qui n'a pas de correspon-
dant parmi les manuscrits de la Compagnie, à moins
que l'on n'admette que ce n° 43 est le n° I même
qui nous occupe. Au reste, la liste de Guize donne,
du n° 43 , la description suivante : N° 43. Another very
large and jineley written folio containing the Vendi-
dad-sade, Izeschne-sade , and Vispered-sade in zend,
written in A. D. 1670; folio, pag. 530. Le catalogue a
compté les pages et non les feuillets ; mais le nom-
bre de 53o ne s'accorde pas avec celui de 2 48, que
nous avons trouvé dans le manuscrit, car 2 48 feuil-
lets donnent 496 pages. Quelque considérable que
soit cette différence, je n'en pense pas moins que
le n° I de la Compagnie et le n° 43 de Guize dési-
254 FÉVRIER-MARS 1857.
gnent un seul et même manuscrit. Ce n'est pas la
seule fois que nous avons occasion de remarquer des
différences notables entre les indications des pages
du catalogue de Guize et celles que l'on trouve sur
les manuscrits eux-mêmes. Cela vient, selon toute
apparence , de ce que le catalogue de Guize a été im-
primé d'une façon fort incorrecte, et qu'on n'a pas
songé à déterminer avec précision le nombre de pa-
ges dont se compose chaque manuscrit.
Quoi qu'il en soit de cette question , qui n'a d'im-
portance que pour la date que Guize assigne à ce
manuscrit, la copie du Vendidad-sadé qui porte le
n° I dans le catalogue de la Compagnie des Indes,
est, en réalité, ancienne et d'une bonne écriture. 11
faut en exempter les deux premiers feuillets, qui sont
d'une main moderne et peu exercée ; ces feuillets ont
été ajoutés au manuscrit, dont le commencement
avait été, selon toute apparence, détruit par le
temps. Cette présomption résulte de l'état de ce
volume, dont les marges ont été presque partout
restaurées avec des bandes de papier neuf. Quant
à sa valeur intrinsèque, les philologues seront à
même de l'apprécier par l'examen des variantes qu'il
m'a fournies. C'est un manuscrit généralement cor-
rect, mais qui, cependant, ne me paraît pas de
beaucoup supérieur au Vendidad-sadé que j'ai fait
lithographier. Il se distingue cependant de cette der-
nière copie par l'emploi beaucoup plus rare de l'or-
thographe aô pour ao; c'est ainsi que l'on y trouve le
mot tl'gj? nchaon , régulièrement écrit de cette ma-
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 255
nière , et non &-gs- achaôn , comme il l'est quelque-
fois dans le Vendidad-sadé de Paris. Mais, même
sous ce rapport, le n° I de la Compagnie est moins
régulier que d'autres manuscrits dont nous parle-
rons tout à l'heure.
Je passe au n° II de la Compagnie des Indes, le-
quel porte le titre suivant ;
N° II. Vendidad-sade , lzeschne-sade, Vispered-sade ,
zend;written in the yearofYezdijerd 1120 [A.D. 1762),
writing good. Guize' s printed catalogue nc Uh , Mohl II;
folio, 349 leaves.
Ce manuscrit est d'une très-bonne main ; l'écri-
ture en est grosse , belle et fort lisible. On remarque
sur la première page deux lignes en guzarati et deux
autres lignes en persan, qui donnent certainement
les titres des trois ouvrages compris sous le titre
commun de Vendidad-sadé. Une main moderne a,
dans le catalogue de la Compagnie , ajouté au crayon
le n° 43 , comme renvoi à la liste de Guize; mais je
pense, avec le rédacteur du catalogue de la Compa-
gnie, que le manuscrit qui nous occupe répond au
n° h h de Guize, numéro qui est désigné de la ma-
nière suivante : N° lia. Another very large volume, con-
taining the same works , transcribed A. D. 1750 in a
very fine hand; quarto, pages 796. Le manuscrit a
exactement trois cent cinquante-deux feuillets ou joà
pages , à dix-sept lignes à la page. Le texte zend se
termine à la page 699. La totalité delà page 700 et le
commencement de la page 701 sont occupés par une
notice en pehlewi; les pages 701 , 702 , et la moitié
17.
25G FÉVRIER-MARS 1857.
de la page 703, par deux colonnes de vers persans; la
fin de la page 703 par une notice en persan, et la
page 70/i par un morceau guzarati, qui n'est sans
doute que la traduction de la notice persane. J'y re-
marque que la copie y est indiquée comme ayant été
faite l'an 1 1 2 9 de l'ère persane , et l'an 1 8 1 6 de Sam-
vat; mais ces dates ne s'accordent pas entre elles,
car si, par année persane (pârsîsâné), il faut, comme
cela est nécessaire , entendre l'ère d'Yezdedjerd, qui,
selon le calcul des Orientaux, commence en 63a de
notre ère , l'an 1129 répond à 1761 de J. C. , tandis
que l'an 1816 de Samvat tombe en 1759. Cette dif-
férence de deux ans qui se remarque dans toutes les
dates de Yezdedjerd comparées à celles de Vikra-
mâditya, que l'on trouve dans les copies zendes du
Guzarate, montre que les Parses de l'Inde font com-
mencer l'ère de Yezdedjerd, non en 63a comme les
Arabes, mais en 63o l. J'ignore jusqu'à présent la
cause de cette divergence; mais je ferai observer
qu'Anquetil a suivi ce calcul dans les réductions qu'il
propose pour les dates de ses manuscrits zends. Par-
tout où l'indication de l'an de Vikramâditya peut ser-
vir de contrôle à la date donnée en année d'Yzde-
djerd , on trouve que l'ère de ce dernier prince prend
son commencement de l'an 63o de notre ère, et non
de 63a. Ajoutons, pour revenir à la date de notre
manuscrit, que le chiffre rapporté par M. Mohl, sans
doute d'après la notice persane, s'éloigne d'une ma-
nière considérable de ceux de la note guzarati; car,
1 Ideler, Lehrb. der Chronol. p. 48a et 483.
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 257
selon la liste du Journal asiatique, le manuscrit qui
nous occupe a été écrit l'an 1 120 de Yezdedjerd,
ou de notre ère 1762, ou, selon les Parses, iy5o.
Enfin , le catalogue de la Compagnie des Indes , dont
nous avons transcrit plus haut l'article relatif à notre
manuscrit, le donne comme de l'année 1700, de
sorte que nous avons les trois dates suivantes ; 1 yôo,
1 75 2 , 1 759. Je regrette vivement de n'avoir pas eu
à ma disposition un dictionnaire guzarati pour tenter
l'interprétation de la notice , qui contient , sur la date
de notre manuscrit , d'autres renseignements dont je
n'ai pu faire usage. Toutefois, nous avons la certi-
tude que ce manuscrit appartient au milieu du der-
nier siècle.
C'est, du reste, un excellent manuscrit, et qui
est, à peu d'exceptions près, exempt des imperfec-
tions qui déparent les autres copies du Vendidad-
sadé. L'orthographe en est très-uniforme; l'absence
des voyelles aô et de la substitution fautive de i à é,
l'emploi régulier du ck , auquel s et ç sont substitués
à tort par d'autres exemplaires, l'usage uniforme des
semi- voyelles y et v, au lieu des voyelles 1 et â, que
plusieurs manuscrits préfèrent si souvent aux semi-
voyelles appelées par l'euphonie et par l'étymologie,
ce sont là, selon moi, autant de signes de la correc-
tion remarquable de ce beau Vendidad.
Le n° III de la bibliothèque de la Compagnie des
Indes est décrit dans le catalogue de la manière sui-
vante :
N°III. Vendidad-sade , Izeschne-sade , Vispered-sade,
258 FÉVRIER-MARS 1857.
zend, well written by the mobed Darab, the instructor oj
A. D. Perron and sold by his widoiv to Dr Gnize, Heiul
surgeon of the hospital ut Su rut ; large U" or folio, 28ù
leaves; Guize's catalogue, n' V2.
Ce manuscrit qui, dans la liste du Journal asia-
tique , porte le n° I , est un large volume in-folio dont
l'écriture est belle et lisible, quoique moins régu-
lière que celle du n°IÏ, précédemment décrit. La pre-
mière page porte une note persane de cinq lignes,
dans laquelle sont distinctement mentionnés les
noms d'Anquetil et de Oarab, son maître. Je ne MÉI
si , comme l'indiquent les catalogues de la Compa-
gnie et de la Société asiatique , cette note attribue à
Darab la copie de ce manuscrit; mais j'ai lieu de
suspecter la parfaite exactitude de cette assertion.
L'apparence de vétusté que présente ce manuscrit,
dont le papier paraît plus ancien que celui du n° II,
jointe à la circonstance qu'une main beaucoup plus
moderne que celle à qui est dû le corps de l'ouvrage
y a inséré, après coup, entre les lignes, l'indication
des cérémonies en langue pehlewie, m'engage à croire
que Darab a été le propriétaire et non le copiste de
ce manuscrit. Au reste, la mention du nom de ce
Parse, que l'on trouve au commencement du ma-
nuscrit, prouve qu'il est certainement antérieur à
l'an 1 760. La première page porte encore' deux notes
en guzarati , l'une de six lignes et l'autre de deux. La
première est, sans doute , la traduction de la note per-
sane précédemment citée; malheureusement, toutes
deux sont si mal écrites, que je n'ai pu on tirer au-
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 259
cune lumière. Ce manuscrit a exactement six cent
cinq pages, et chaque page contient quinze lignes.
Il est généralement assez correct , sans l'être cepen-
dant autant que le n° II; il peut, quant à la valeur
critique , être mis sur le même rang que le n° I.
Le n° IV du catalogue de la Compagnie est un
Vendidad en pehlewi dont je n'ai pas à m'occuper.
Le n° V, qui est un manuscrit zend , est décrit dans
le catalogue de la manière suivante :
N° V. Vendidad-sade , Izeschne-sade , Vespered-sade ,
zand, Vistaspee lescht, pehlvi pazand ; U°, leaves 3S9.
Some pages at the begining badly written, the rest very
good. Guise s catal. n° ùô.
Ce volume , qui porte le n° V dans la liste du Jour-
nal asiatique, est désigné comme il suit dans le ca-
talogue imprimé de Guize :
N° à 6. A very thick and large quarto volume , writ-
ten in a fine hand, containing the Vendidad-sade,
Izeschne-sade a?i(2Vispered before mentioned, in zend,
wiih the Vistaspei lescht, in pehlevi and pazend. This
latter work M. Anquetil du Perron could not procure, see
Zend-Avesta, vol. I , p. 551. This copy was the pro-
perty of Darab who was a consummate master of the
zend, etc. Ce manuscrit est, en effet, un fort volume
in-Zi0, contenant sept cent quatre-vingt-quatre pages,
lesquelles ont, pour la plupart, quinze lignes de
texte; quelques-unes n'en ont que quatorze. La par-
tie du volume qui contient le Vendidad-sadé est d'une
écriture grosse et belle. Mais l'Iescht daGustasp , qui
occupe de la page i à la page 8 , est plus moderne ,
260 FÉVRIER-MARS 1857.
dune main mauvaise et presque illisible. C'est là la
partie de notre manuscrit que les descriptions pré-
cédentes représentent, sans plus ample désigna-
tion , comme très-mal écrite. Il n'est pas tout à fait
exact de dire que l'Iescht de Gustasp est en zend, en
pehlewi et en pazend. On trouve, il est vrai, dans ce
morceau, quelques phrases pehlewies, mais elles ne
paraissent se rapporter qu'à la partie liturgique, si
je puis m' exprimer ainsi, de cet Iescht, c'est-à-dire à
la partie accessoire de ce morceau. On remarque, sur
la première page du manuscrit, six lignes en guza-
rati et trois lignes en persan , qui donnent les titres
des divers ouvrages contenus dans ce volume. Une
notice plus étendue, également en guzarati, termine
le Vendidad-sadé; j'y trouve l'indication des dates
suivantes : Â^cT Vftt et nH$V$ Wil , lesquelles
correspondent à l'année 1 791, en supposant que la
première année de Yezdedjerd tombe, comme pa-
raissent l'admettre les Parses de l'Inde, sur l'an 63o
et non sur l'an 63a. Ce manuscrit est donc très-
moderne, et il est postérieur aux exemplaires d'An-
quetil , qui tous étaient entre ses mains au commen-
cement de 1761, époque à laquelle il quitta l'Inde.
Aussi est-il souvent fautif et très-incorrect.
Les manuscrits de la Compagnie qui me restent
à décrire contiennent le Yaçna proprement dit, sé-
paré du Vendidad et du Vispered, auxquels il est
mêlé dans les quatre manuscrits dont j'ai parlé plus
haut. Dans l'énumération que je vais en donner, je
suivrai l'ordre des numéros du catalogue de la Com-
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 261
pagnie des Indes. Cependant, j'omets à dessein en
ce moment le n° VI, duquel je parlerai tout à l'heure.
Le premier des manuscrits du Yaçna porte le nu-
méro et le titre suivants :
N° XIII. Izeschne zand, in 2 parts; lst consisting of
27 chapters called Ha, relates to the suprême being, his
word and his créatures ; the 2d part is divided into U7 chap-
ters containing prayers to Ormuzdandhis Angels; in-8",
leaves 261 ; Guize's catalogue, n° 55; Mohl, X.
Ce volume, dont l'écriture est passable, quoique
peu élégante, a exactement cinq cent vingt et une
pages ; chacune de ces pages a douze lignes de texte ,
qui sont très - courtes , tant à cause du format du
volume que par suite de la grosseur des caractères
zends. Les quarante-huit premières pages sont d'une
main beaucoup plus moderne et plus mauvaise que
le reste du manuscrit. L'indication de ce volume
se trouve réellement dans le catalogue imprimé de
Guize, sous le n° 55 ; elle est conçue en ces termes :
N° 5 5 . The Izeschne in zend , an octavo MS well written.
La suite de cette note nous apprend qu'une copie de
ce même ouvrage a été transportée en Angleterre par
M. Fraser, et que cette copie se trouve dans la bi-
bliothèque Radclifienne , détails que Guize a mani-
festement empruntés au Zend-Avesta d'Anquetil1.
Ce manuscrit se distingue des autres Yaçnas , en ce
que les cérémonies de la liturgie n'y sont indiquées
ni en pehlewi, ni en hindi du Guzarate. Il n'est pas,
' Zend-Avesta, t. I, 2e partie. Notices, p. tx.
2Ô2 FÉVRIER-MARS 1857.
au reste, d'une correction remarquable,' quoiqu'il
fournisse quelquefois de bonnes leçons.
Le second Yaçna porte , dans le catalogue de la
Compagnie , le numéro et le titre suivants :
N° XVII. Izeschne zend and sanscrit ivith the Kariah.
C'est un volume petit in-60 ou grand in-8°, de trois
cent quatre-vingt-quinze pages; il a le n° XIII dans la
liste du Journal asiatique. On lit sur la première
page , les mots *->j$Jï X^p[* JOj, {j^t , mots d'après
lesquels a été composé le titre Izeschne zend and sans-
crit with the Kariah. Il faut, sans aucun doute, tra-
duire Kariah par « cérémonie » , car ce mot ne doit
être autre chose que l'altération du sanscrit Kriyâ.
Quant à l'énoncé que le texte zend est accompagné
d'une traduction sanscrite, ou que, comme parais-
sent l'exprimer les mots persans précités, les céré-
monies sont indiquées en sanscrit, cela est inexact;
car ce volume ne contient que le texte zend, avec
l'indication des cérémonies en guzarati. Or, comme
c'est le seul des Yaçnas conservés en Angleterre qui
passe pour être traduit en sanscrit, il résulte de la
rectification que nous venons de faire aux catalogues
de la Compagnie et de la Société asiatique, que les
bibliothèques de Londres ne possèdent pas de Yaçna
zend-sanscrit. Ce fait, que j'avais à cœur de vérifier,
ajoute, ce me semble, un nouveau prix à la collec-
tion d'Anquetil , laquelle contient deux exemplaires
de la version sanscrite de Nériosengh.
Pour revenir au manuscrit qui nous occupe , on
trouve sur la première page, entre la note en per-
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 263
san que nous avons transcrite , six lignes de guzarati
extrêmement difficiles à lire , qui donnent , sans au-
cun doute, le titre de l'ouvrage, et vraisemblable-
ment la date de la copie. Je crois y reconnaître les
nombres 3oo et 35o; mais je n'ai pu découvrir si
ces nombres exprimaient une date. Le manuscrit est
sans doute assez ancien ; toutefois , l'écriture est trop
mauvaise et trop irrégulière pour qu'on puisse rien
affirmer sur l'âge de ce manuscrit d'après son appa-
rence extérieure. Une main moderne a ajouté sur la
première page, not in Dr Guizes catalogue, sans indi-
quer, d'ailleurs, l'origine de ce manuscrit, origine
qui m'est restée inconnue. J'ajouterai que le Yaçna
ne commence qu'à la page 3o4. Les trente-trois pre-
mières pages sont remplies par les prières ordinaires
nommées Khoschnoumen , etc. Ces prières sont tra-
duites en guzarati. Un manuscrit dont la copie a été
faite en apparence avec aussi peu de soin que ce
Yaçna, doit nécessairement contenir beaucoup de
fautes -, aussi ce volume est-il fréquemment très-in-
correct. Toutefois , il est exempt de plusieurs fautes
qui déparent des manuscrits même meilleurs; et, de
plus, il a le mérite de reproduire d'une manière
complète certaines prières ou parties du Yaçna que
d'autres manuscrits ne donnent qu'en abrégé, four-
nissant ainsi des variantes assez nombreuses pour des
textes qui, dans les copies du Zend-Avesta que nous
possédons, ne se représentent que rarement.
Le troisième manuscrit que possède la Compagnie
des Indes porte le numéro et le titre suivants :
264 FÉVRIER-MARS 1857.
N° XVIII. Izeschne Sadi zand and parts prakrit; 8*,
leaves 170, Guize's catalogue, n" 61 , Mohl, XXV.
Dans le catalogue de Guize, on trouve , en effet,
sous le n° 6i, la notice suivante : A large octavo vo-
lume containing the Izeschne in zend and sanscrit. Cette
indication est fautive ; on a pris pour du sanscrit l'ex-
posé des diverses cérémonies qui est fait en guzarati
et écrit à l'encre rouge. La première page de ce ma-
nuscrit porte trois lignes de guzarati , qui contiennent
certainement le titre de l'ouvrage. Ce volume , qui
est d'une bonne main et d'une excellente conserva-
tion , a trois cent trente-six pages in-8°. Le nombre
des lignes est variable , mais les pages les plus courtes
n'en ont pas moins de quinze. A partir de la page 1 5 ,
il y a un déplacement des feuilles du manuscrit. Il
faut aller jusqu'à la page a36 pour trouver la suite
de la page 1 5 , puis revenir de la fin de la page a 83
à la page 1 6. Quant à la valeur intrinsèque de cette
copie du Yaçna, elle est à peu près égale à celle des
deux manuscrits dont nous venons de parler. Je la
crois cependant inférieure en quelques points à celle
qui porte le n* XVII.
Il ne me reste plus maintenant qu'à faire connaître
deux manuscrits pour terminer ce que j'ai à dire de
la riche collection de la Compagnie des Indes. Le
premier a, dans le catalogue, le numéro et le titre
suivants :
N° VI. Zand pazand, small U°, leaves 198, Mohl, X,
Johnson1. Ce manuscrit, comme on le voit par le
1 Ce renvoi au catalogue donné dans le Journal de la Société asia-
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 265
nom du premier propriétaire , ne fait pas partie de
la collection de Guize. C'est un Yaçna d'une écriture
passable et assez lisible, quoique très -tourmentée.
Jusqu'au feuillet 1 7 7 ou à la page 3 5 1 , le texte est
accompagné d'une traduction persane interlinéaire,
qui ressemble souvent à un commentaire assez déve-
loppé. L'existence de cette traduction persane donne
quelque prix à cette copie , qui , sous plusieurs rap-
ports, est de beaucoup inférieure aux autres manus-
crits du Yaçna que possède la Compagnie des Indes.
Lorsque le zend sera cultivé par des personnes fami-
liarisées avec le persan moderne, cette traduction
fournira un moyen nouveau de comparer avec l'o-
riginal zend la tradition persane, que nous ne con-
naissons encore que par la version sanscrite de Né-
riosengh et par la traduction française d'Anquetil. Il
faudra vérifier également si cette interprétation per-
sane du Yaçna n'a pas été composée d'après le pehlewi ,
circonstance qui , si elle venait à être vérifiée , don-
nerait une assez grande valeur au manuscrit qui nous
occupe. Quant au texte zend lui-même , la seule par-
tie de ce volume sur laquelle il me soit permis d'a-
voir une opinion , il est dû à un copiste qui n'avait
absolument aucune notion de ce qu'il transcrivait.
Le texte est défiguré par les fautes les plus grossières.
Les voyelles des mots les plus vulgaires sont arbitrai-
rement tantôt supprimées, tantôt altérées. Les mots
les mieux connus sont quelquefois divisés en deux
tique est inexact ; car le n° X de ce catalogue est le Yaçna zend qui
porte le n° XIII dans le catalogue de la Compagnie.
266 FÉVRIER-MARS 1857.
ou trois portions. J'ai collationné les seize premières
pages de ce manuscrit, dont j'ai lu environ soixante
pages, et j'ai acquis la conviction que cette copie ne
pouvait fournir que bien peu de secours pour une
édition critique du texte zend, si tant est qu'elle
puisse en fournir aucun. Quant à la connaissance de
la grammaire et de la partie lexicographique de la
langue, je crois pouvoir affirmer qu'il eût été bien
difficile de l'acquérir, si Anquetil et Guize n'eussent
rapporté en Europe que des manuscrits aussi fautifs
et aussi incorrects. Ces considérations m'ont décidé
à ne pas comprendre ce manuscrit au nombre de
ceux que j'ai cru indispensable de collationner.
Le second manuscrit dont je parlais tout à l'heure
est le volume des Ieschts et des Neaeschs , qui porte ,
dans la liste de la Société asiatique, le n° XXIII, et
le titre : Recueil de Neaeschs et d' Ieschts en sanscrit et
en zend; 2 1 k feuillets in-8°. Ce volume, qui est bien
conservé, faisait primitivement partie de la collec-
tion de Guize ; il est maintenant indiqué sous le
n°. . . . , dans le catalogue de la Compagnie des Indes.
Ce que je puis dire de ce manuscrit, c'est qu'il n'est
pas accompagné d'une traduction sanscrite. L'exa-
men que j'ai fait de ce volume m'a convaincu que
je devais renoncer à l'espérance d'y trouver un ou-
vrage qu'Anquetil avait vainement cherché dans
l'Inde.
Je passe maintenant au manuscrit du Vendidad-
sadé de la bibliothèque Bodléienne , lequel est certai-
nement un des premiers manuscrits zends qui soient
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 2G7
parvenus en Europe. Ce bel exemplaire a primitive-
ment appartenu à un marchand nommé Bowcher,
ainsi qu'on l'apprend par une note qui se trouve sur
la première page, et qui est ainsi conçue : Donum
Dni Geo. Bowcher, mercat. in Surat, in usum Biblioth.
Bodleianœ apud Oxonienses. Anno Domini 11 18. Ce ma-
nuscrit fut transporté en Angleterre par Richard
Cobbe, comme le prouve une seconde note, écrite
par une autre main que la précédente : Ah Inàiis orien-
talibus transportavit Rie. Cobbe cler. A. M. e Coll. Oriel,
1723. H y a donc aujourd'hui cent douze ans que
cette copie du Vendidad est à Oxford , et qu'elle est
ainsi soustraite aux chances d'altérations auxquelles
sont généralement soumis les manuscrits qui restent
en Orient. Ce volume grand in-li°, dont l'écriture est
élégante et très-lisible, a six cent quatre-vingt-dix-
huit pages. On trouve sur la page 697 (ou fol. 35 ov°),
une notice persane, écrite en caractères zends, et
qu'Anquetil a traduite dans le premier volume de
son Zend-Avesta *. Cette notice montre que ce vo-
lume a été copié en 1 o5o de l'ère de Yezdedjerd, et
non en 1 oo5 , comme le porte une note manuscrite
latine qui se trouve dans le volume qui nous occupe ;
car le nom de nombre o»^<w^*o n'est autre chose que
le persan moderne »^y. « cinquante »2. Une seconde
1 Zend-Avesta, t. I, 2" part. p. m. Voyez encore 1. 1, 1" part. p. v
et cccclviii.
a Ce n'est pas la seule erreur que contienne cette note; les mots
*£_?* **#f*l> • <yik,'<) 'Çgft •)**<*» 'W y sont traduits par: Scri-
psit hune Ubrnm TchedDivdâdifdius; c'est-à-dire que le titre du Ven-
didad est métamorphosé en nom d'auteur. Anquetil avait déjà relevé
268 FÉVRIER-MARS 1857.
notice, écrite en guzarati, donne pour date à ce ma-
nuscrit l'an de Vikramâditya 1737, ce qui répond à
l'an 1681 de notre ère.
C'est aussi à ce nombre que nous ramène le mois
mihr de l'an io5o de Yezdedjerd, en plaçant le
commencement de l'ère persane en l'an 63 o de
J. C. On voit que ce manuscrit est assez ancien; ce-
pendant, il est encore dans un état assez parfait de
conservation, et, sans la date qui en fixe l'époque
d'une manière précise , on serait tenté de croire qu'il
a été copié très-récemment. Je tire de cette circons-
tance la conclusion qu'il ne faut pas se hâter de ju-
ger de l'antiquité des manuscrits zends d'après leur
apparence extérieure; en effet, à ne considérer que
la couleur du papier et la forme des caractères, on
serait naturellement porté à regarder le n° II du ca-
talogue de la Compagnie des Indes comme antérieur
au moins d'un siècle au Vendidad-sadé de la biblio-
thèque Bodléienne. Le fait est que c'est exactement
le contraire qui a lieu, car le n° II de la Compagnie
des Indes est d'environ un siècle plus moderne que
celui d'Oxford. Cela vient, ce me semble, de ce que
le papier, en restant dans l'Inde, s'altère, sous l'in-
fluence successive de l'humidité et de la sécheresse,
beaucoup plus rapidement qu'en Europe. Quelle que
cette erreur, et il avait remis au bibliothécaire de la Bodléienne une
traduction plus exacte. Mais il ne paraît pas qu'on ait fait grand cas
de sa traduction , car la version fautive qu'il avait corrigée continue
de déparer le beau manuscrit qu'elle ne fait connaître que d'une
manière si imparfaite. (Voyez Zend-Avesta, 1. 1 , 1" part. p. cccclviii
et cccclix. )
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 269
soit, du reste, ia cause de l'apparente vétusté de
quelques manuscrits , qui ne remontent pas au delà
de la fin du dernier siècle , la critique doit être en
garde contre des signes extérieurs faits pour la trom-
per. Quant au mérite intrinsèque du manuscrit de
la bibliothèque Bodléienne, il égale celui des bons
manuscrits de la Compagnie des Indes. L'orthogra-
phe en est généralement très-correcte , et elle se re-
commande par un caractère d'uniformité qui prouve
certainement que le copiste a reproduit avec soin un
bon manuscrit.
Le manuscrit que nous venons de décrire a été
vu, comme nous l'avons dit tout à l'heure, par An-
quetil du Perron, qui fit le voyage d'Oxford, à une
époque où la France était en guerre avec l'Angle-
terre , dans le but de constater si les manuscrits
zends qu'il rapportait de l'Inde étaient les mêmes
que ceux que l'on conservait à Oxford. On peut voir
dans la relation de son voyage l'importance qu'il at-
tachait à cette vérification , et la persévérance cou-
rageuse avec laquelle il surmonta les obstacles qui
pouvaient l'arrêter1. Sans doute, Anquetil ne sou-
mit pas les ouvrages qu'il rencontra en Angleterre à
un examen critique qui n'entrait pas dans son plan.
Satisfait d'avoir rapporté en Europe une collection,
jusqu'alors unique par son étendue et sa valeur, il
se contenta d'acquérir la conviction que les copies
d'Oxford ne contenaient rien qu'il ne possédât , tan-
dis qu'il avait , de son côté , réuni plusieurs ouvrages
1 Zend-Avesta, 1. 1, i" part. p. ccccliv et sqq.
îx. i8
270 FÉVRIER-MARS 1857.
que les bibliothèques de cette ville célèbre ne con
naissaient pas. Marchant sur ses traces, quoique avec
des vues différentes, j'avais le môme intérêt que lui
à consulter les richesses des bibliothèques d'Oxford ;
et l'existence du manuscrit déposé à la bibliothèque
Bodléienne , vu par Anquetil , et de nouveau reconnu
par moi, me donnait l'espérance de trouver dans la
bibliothèque Radclifienne les manuscrits que Fraser
avait rapportés de l'Inde, et qu' Anquetil disait avoir
vus à Oxford en 1762. Malheureusement, cette es-
pérance a été à peu près complètement trompée , et
je n'ai pu découvrir dans la bibliothèque Radcli-
fienne aucun des Yaçnas, dont l'un avait appartenu
à Hyde et l'autre à Fraser. Je dis presque complè-
tement, parce que je crois avoir acquis depuis la cer-
titude que l'un de ces Yacn.Q.s se trouve actuellement
au British Muséum. Quant au manuscrit de Fraser,
M. le Dr ki (Kl . conservateur de la bibliothèque Rad-
clifienne, ainsi que MM. Pusey et Cureton, n'épar-
gnèrent aucune peine pour le retrouver; mais tous
leurs efforts furent infructueux, et je dus renoncer
à faire usage d'un manuscrit dont mes regrets pou-
vaient exagérer la valeur, puisque je n'avais aucun
moyen de la vérifier.
11 ne m'appartient, pas de rechercher les causes
qui, de 1762 à 1 835 , ont fait disparaître les vo-
lumes qu'Anquetil avait vus à Oxford; mais, comme
son témoignage est la seule preuve que nous ayons
de l'existence de ces manuscrits , je crois devoir le
reproduire en ce moment. Peut-être la description
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 271
qu'il en donne mettra-t-elle sur la voie du Yaçna de
Fraser, comme elle m'a déjà fait, si je ne me trompe,
retrouver celui de Hyde. Après avoir comparé à son
Vendidad-sadé le volume in-lx° qui était soigneuse-
ment conservé dans la bibliothèque Bodléienne, et
qui s'y trouve encore, Anquetil désira voir ies ma-
nuscrits de Hyde et ceux de Fraser, « Ces manus-
crits , ce sont ses propres paroles , étaient entre les
mains du Dr Hunt, professeur en arabe, que l'on
avait chargé de les mettre en ordre pour la biblio-
thèque Radclifienne l. » Anquetil, s'étant rendu chez
ce docteur, y vit la plus grande partie des manus-
crits persans que Fraser avait rapportés de l'Inde,
dont le catalogue se trouve à la suite de son History
of Nadir Shah , et qui sont maintenant à la biblio-
thèque Bodléienne. En rendant compte de la visite
qu'il fit au Dr Hunt, Anquetil ne parle pas, il est
vrai, des livres zends de Fraser2; mais il les décrit
d'une manière complète dans la notice qu'il donne
des manuscrits de la Bibliothèque du roi, lesquels
forment ce qu'on appelle le Supplément au fonds
d' Anquetil. Ainsi, en parlant du n° III, qui con-
tient les Ieschts-sadés , ou du volume des Ieschts et
des Neaeschs, il s'exprime en ces termes : «J'en ai
vu un pareil à Oxford, chez le Dr Hunt; il a été ap-
porté en Angleterre par M. Fraser, qui l'avait eu de
Bikh , destour mobed de Surate 3. » Or ce manuscrit,
1 Zend-Avesta, t. I, lre part. p. cccclix.
* Ibid. loc. cit.
3 Ibid. t. I, 2e part. Notices, p. vi.
18.
272 FÉVRIER-MARS 1857.
qui, dans le catalogue précité de Fraser, porte le titre
suivant : The zend of Zeratiisht , in the ancient persic
charactcr *, se trouve, en effet, dans la bibliothèque
Radclifienne , avec les manuscrits persans que le
Dr Hunt avait été chargé de mettre en ordre pour
cette bibliothèque. C'est un volume grand in-/j°,
composé de deux cent quatre-vingt-quatorze feuil-
lets , paginés avec les chiffres guzaratis , et écrit avec
soin. Il contient les Ieschls et les Neaeschs, et se
compose de soixante et quatorze morceaux.
Le second manuscrit dont Anquetil parle pour
l'avoir vu à Oxford, où il avait été apporté par Fra-
ser, est le volume du Yaçna , dont il donne la des-
cription en ces termes : « Le second exemplaire de
YIzeschne, conservé à Oxford, a été écrit à Surate,
l'an i io5 d'Yezdedjerd, de J. C. iy35, et apporté
en Angleterre par M. Fraser, qui, au rapport de
Darab, l'avait acheté, avec un Ravaêt, cinq cents
roupies (douze cents livres), de Manekdjiset, petit-
fils de Roustoum, lequel (Manekdjiset) le tenait du
destour Bikh 2. » Après une description aussi dé-
taillée , il n'est certainement pas permis de douter
qu' Anquetil n'ait réellement vu à Oxford , et chez le
Dr Hunt, le manuscrit précité du Yaçna. Et comme
ce volume avait appartenu à Fraser, comme il se
trouvait dans les mains du savant chargé de mettre
en ordre la collection de Fraser pour la bibliothèque
Radclifienne, comme, enfin , les volumes persans de
1 Fraser, Hist. of Nadir Shah, catal. p. 35.
* Zend-Avesta, t. I, a' part. Notices, p. ix.
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 273
cette coliection, ainsi qu'un autre manuscrit zend
qui en faisait partie, sont réellement conservés au-
jourd'hui dans la bibliothèque Radclifienne , où An-
quetil les a vus et où je les ai vus après lui, on est
naturellement conduit à penser que le Yaçna de
Fraser était aussi destiné à la Radclifienne. Mais,
comme il ne s'y trouve plus aujourd'hui, il faut sup-
poser de deux choses l'une , ou qu'il n'y est jamais
entré, ou bien que, après y avoir été déposé, il s'y
est égaré ou en a été soustrait. Peut-être ce volume
avait-il été donné en présent au Dr Hunt ; ce qu'il y
a de certain, c'est qu'il ne figure pas au nombre des
manuscrits dont se compose le catalogue de Fraser.
Celte circonstance, dont je n'ai pu découvrir la rai-
son, ne me paraît pas cependant devoir infirmer le
témoignage d'Anquetil , qui assure que c'était Fraser
qui avait apporté ce manuscrit en Europe, et qui
l'avait accompagné d'une note relative à la seule fa-
mille parse qui , de son temps , comprît le zend à
Surate.
Ce que nous venons de dire des manuscrits de Fra-
ser, dont l'un existe encore et dont l'autre est perdu,
s'applique, en partie, aux manuscrits de Th. Hyde.
Anquetil, dans la relation de son séjour à Oxford,
parle en termes très-positifs de l'existence d'un vo-
lume contenant les Neaeschs, qu'il dit avoir appar-
tenu au célèbre Hyde, et qui se trouvait chez le
Dr Hunt. Je cite encore ses propres paroles : «... Je
lui fis voir (au Dr Hunt) que ce qu'il prenait pour de
l'ancien persan n'était que du persan moderne revêtu
274 FÉVRIER- MARS 1857.
de caractères anciens , qu'il lisait à l'aide d'un alpha-
bet zend et persan qu'il avait trouvé dans le manus-
crit des Neaeschs appartenant au Dr Hyde. La science
de M. Hunt se trouva en défaut devant le livre des
Neaeschs de ce docteur1. » Puis, dans une autre
partie de son Zend-Avesta, après avoir décrit le vo-
lume des Neaeschs de Fraser, il dit , en parlant du
Dr Hunt : c« Le même docteur possède les Neaeschs
zends et le Nékah en caractères zends, copiés l'an
d'Yezdedjerd 10/12 (de J. C. 1672). C'est un des
manuscrits du Dr Hyde 2. » Or, comme Anquetil
affirme autre part, ainsi qu'on l'a vu plus haut, que
les manuscrits de Hyde étaient, ainsi que ceux de
Fraser, confiés à Hunt , qui les cataloguait pour la
bibliothèque Radclifienne , je devais naturellement
espérer de trouver dans cette bibliothèque le volume
des Neaeschs et du Nekah. Mais puisque, malgré les
recherches les plus attentives, je n'ai pu l'y découvrir,
je suis forcé d'avoir recours à l'une des deux suppo-
sitions dont je parlais tout à l'heure. La première,
celle que ce manuscrit n'est jamais entré dans la
Radclifienne, reçoit un certain degré de vraisem-
blance de cette assertion d'Anquetil : « Le même doc-
teur possède les Neaeschs zends. » Car, si le Dr Hunt
possédait ce manuscrit , il est très-vraisemblable qu'il
ne le destinait pas à la bibliothèque Radclifienne.
Mais ce qui me paraît , sinon démontrer, du moins
rendre très-probable la supposition que ce volume
1 Zend-Avesta, t. I , »'* pari. p. cccclx.
* Ibid. t. I , a* part. p. vi .
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 275
n'a jamais appartenu à cette bibliothèque, c'est qu'il
me semble n'être autre qu'un manuscrit qui porte
le nom de Hyde , et qui fait maintenant partie de la
collection du British Muséum. Ce fait, qui n'a pas
encore été remarqué , résulte , ce me semble , de la
comparaison de la notice donnée par Anquetil, et
de celle que j'emprunte au catalogue imprimé des
manuscrits du British Muséum, page 2Z17, par Ays-
cough : N° 1 6 BVI. Zoroastres his liturgy in the old
persian tongue; accurately written with alphabets of the
zend and pazend at the end ofit, with some persian ru-
les. From this book [it being curiously and exactly writ-
ten) , Dr Hyde chiejly took his pattern for cutting and
casting the old persian printing letters. Cette descrip-
tion, il est vrai, ne nous dit rien du contenu de ce
volume ; mais elle nous apprend déjà qu'il était ac-
compagné d'un alphabet zend et pazend. Or le vo-
lume des Neaeschs de Hyde vu par Anquetil conte-
nait aussi un alphabet zend et pehlewi. J'ajouterai que
le volume du British Muséum renferme, outre di-
verses pièces qui font ordinairement partie du recueil
des Ieschts, cinq Neaeschs et le Nekah. Voici, en
effet, la table de ce volume, de format grand in-8°,
qui se compose de cent trente-cinq pages numéro-
tées au crayon , à la manière européenne , et qui est
assez nettement, quoique peu élégamment écrit.
Les titres des morceaux qu'il renferme sont tracés à
l'encre rouge. La page 1 s'ouvre par les prières or-
dinaires de YAchëm vôhû et de la profession de foi
du Parse; puis on trouve, page 1 , Nîrang.kuçti.baç-
276 FÉVRIER-MARS 1857.
tan; page 5, Nîrang.daçt.sôi; page î î, Hôs bâm navî-
çëm; page 18, Khursèt.nèâis ; page 3&, Mihèr.néâis ;
page 39, Mâh.nèâis;page li5, Nèâis.ardayçûr; page 53,
Nèâis.âtas.bihrâm; page 64 , Daâê; page 69, Paitaêtî;
page 9a, Gâh.hâûanê; page 98, Gâh.rapithwan;
page io3, Gâh.uzîran, page 107, Gâh.aiwiçruthrém;
page 1 1 4 , Gâh.usahan ; page 119, Nèkâh.mè.navî-
çam; page i3s, les lettres zendes dans cet ordre :
^- t^'vo ça tj •» ^5 &} *C-.«y <^-5 •& ei- **\ -i*_j »?
.fi .0 -v - wj /CT u» «f !» -I -i, « -V > .*<g. .1
pages 1 34 et i35, une courte explication, en per-
san , sur le rapport des lettres zendes avec les lettres
persanes. On voit que cette description convient,
quant au contenu du manuscrit, avec celle qu'An-
quetil donne du volume de Hyde. Il manque, il est
vrai, à la notice précédente, la date indiquée par
Anquetil comme se trouvant sur le manuscrit de
Hyde; mais peut-être que cette date est mentionnée
à la fin de la notice persane qui termine ce volume.
De ce qu elle ne figure pas dans les notes que j'ai
prises sur ce manuscrit, cela n'est pas une preuve
qu'elle manque dans le manuscrit même; car, comme
ce volume n'avait dans mon plan que peu d'impor-
tance, et qu'il ne se recommandait que par le nom
du savant célèbre auquel il avait appartenu, je n'ai
pas cherché à me procurer une traduction complète
de la notice persane. J'étais loin de m'attendre, quand
j'en rédigeais la table, que j'y reconnaîtrais plus tard
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 277
un des manuscrits que j'avais vainement cherchés à
Oxford.
Outre le manuscrit des Neaeschs que nous venons
de décrire, Anquetil vit. à Oxford un manuscrit du
Yaçna autre que celui de Fraser. Voici comme il le
décrit dans sa Notice des manuscrits de la Biblio-
thèque du roi : «J'ai vu à Oxford, chez le Dr Hunt,
deux exemplaires de YIzeschné-sâdé; les cérémonies
n'y sont pas marquées. Le premier exemplaire ap-
partenait au Dr Hyde, et a été copié l'an 1 o3o d'Yez-
dedjerd, de J. C. 1 660. C'est vraisemblablement le
manuscrit zend que Norouzdji, fils de Roustoum
Manek , vit , il y a quarante à cinquante ans , en An-
gleterre , et qu'il ne put lire , à ce que m'a dit le des-
tour Darab l. » D'après ce qui a été dit plus haut par
Anquetil lui-même , ce manuscrit devrait se trouver
à la bibliothèque Radclifienne ; il n'en est rien ce-
pendant, et je n'ai pu en découvrir la trace à Oxford.
Mais le British Muséum possède un Yaçna qui faisait
primitivement partie de la collection de Th. Hyde,
et qui porte, dans le catalogue des manuscrits du
Muséum, le numéro et le titre suivants : N° 16 BV,
Zoroastres his book Yezischny in the old persian lan-
guage with an alphabet at ihe beginning ojit. C'est un
manuscrit grand in-8° de trois cent sept pages , mar-
quées au crayon , à la manière européenne ; chaque
page contient seize lignes. L'écriture en est lisible et
assez bonne, quoique peu élégante-, le papier en est
blanc et lisse; quant au fond, c'est un Yaçna dans
1 Zend-Avesia, t. I, 2e part, notices, p. vin et ix.
278 FÉVRIER-MARS 1857.
lequel les cérémonies ne sont pas indiquées. A
la fin de la page 307, on lit une notice persane
écrite en caractères zends, notice qui donne pour
date à ce manuscrit le jour Amerdad du mois Ardi
behischt de l'an io3o d'Yezdejerd. Cette dernière
circonstance me parait mettre hors de doute l'iden-
tité de ce manuscrit avec celui qu'Anquetil vit, en
1 762 , à Oxford, dans les mains du Dr Hunt. Enfin,
je crois que le Sadder et le Viraf Nameh , que Hunt
montra à Anquetil pendant que ce dernier était à
Oxford, sont les mêmes que le Sadder et le Viraf
Nameh du British Muséum. Si ces diverses opinions
sont admises , on en devra conclure qu'il ne faut
plus chercher les manuscrits zends ou parsis de
Th. Hyde à Oxford, dans la bibliothèque lladcli-
fienne, où ils n'ont jamais été déposés; que ces ma-
nuscrits, auxquels le nom de Hyde donne quelque
prix, ne sont pas égarés, nuis qu'on les conserve
au British Muséum; et enfin que le seul manuscrit
perdu des cinq volumes zends que, sur la foi d'An-
quetil, je devais rencontrer à Oxford, est le Yaçna
de Fraser, qui se trouvait, en 1762, entre les mains
du Dr Hunt1.
1 S'il faut en croire l'éditeur de l'ouvrage de Hyde sur l'ancienne
religion persane (éd. 1760), les manuscrits de Hyde se trouvaient,
en 1760, déposés au British Muséum, établissement auquel ils
avaient été donnés par Georges II; mais il faut supposer que tous
les manuscrits de ce savant n'étaient pas encore au Musée britan-
nique, puisque AnquetH en vit quatre en 1762 , à Oxford, entre les
main9 du Dr Hunt. Serait-ce que ces quatre manuscrits, savoir le
Yaçna , les Ncaeachs, le Sadder et Viral'-Nameli , auraient été prêtés
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 279
Ces détails dans lesquels je viens d'entrer m'ont
paru nécessaires pour éclaircir, autant que cela est
possible, ce point d'histoire littéraire, sur lequel je
n'ai pu obtenir à Oxford aucun renseignement po-
sitif. Il ne me reste plus qu'à décrire , d'une manière
plus détaillée, le seul manuscrit zend qui ait de l'in-
térêt pour mon travail , c'est-à-dire le Yaçna de Hyde,
que l'on conserve au British Muséum. Les espérances
que j'avais fondées sur la date ancienne de ce ma-
nuscrit se sont malheureusement évanouies ; et,
après un examen très-attentif des soixante premières
pages , j'ai reconnu , à mon grand regret , qu'il ne
pouvait, en aucune manière , être comparé aux bons
manuscrits du Vendidad-sadé que possède la biblio-
thèque de la Compagnie des Indes; il ne se place
même, si je ne me trompe, qu'après les deux pre-
miers Yaçna s de cette bibliothèque, c'est-à-dire les
nos XIII et XVIII du catalogue. Ainsi, tandis que les
mots faciles et qui reviennent à chaque instant sont
écrits d'une manière en général assez uniforme, on
y trouve, dans d'autres mots importants, des fautes
graves, et dont sont quelquefois exempts des ma-
nuscrits de peu de valeur. J'ai rassemblé ici quel-
ques-unes de ces fautes; en preuve de ce que j'a-
vance. On lit, par exemple, page 1 , yô-nôidat; —
yô-tatas; — yô-taothraya ; — yô-mainyèus-çpëntô-iimô ;
au Dr Hunt, auxquels étaient déjà confiés les manuscrits achetés,
par les héritiers de Radclifie, pour la bibliothècjuc qui recul son
nom de ce médecin? C'est lin point qu'il est peut-être bien difficile
de déterminer aujourd'hui.
280 FÉVRIER-MARS 1857.
— vajjhava-managhé; — page 9, iitliralu U ahurahè .
— gaoyaôi-tôis ; — tchasminô; — page l\ , ahmahma-
hctcha; — page 6, mazdô-frçâçtcha ; — ahurahëibya;
— pages 6 et y, hvarëtchakhsaêti-érvad-açp ; — page g,
çpëntahê-mainyus-dâmanâm ; — achaonê-nâmtcha; —
ugërënâm-aiwëthûranâm ; — page î o, rapîtané-achôum
— page 1 1 , thwâ-dadhivaés ; — page i 5 , ghanâoçtcha
— yâiryâmtcha-husatim; page i 7, varëçni-hriçtëmtcha
— page 1 8 , ahuramëthra...aithyô-djagha; — page 2 1 ,
t-rët (pour çarëdha), etc. Ces fautes, et beaucoup
d'autres encore, dont plusieurs sont très-graves, en
ce qu'elles attestent, dans le copiste, une ignorance
à peu près complète de la langue zende , suffisent ,
je crois, pour démontrer que ce manuscrit a été
exécuté avec très -peu de soin, et qu'il n'a guère
d'autre mérite que d'être le plus ancien volume zend
qui nous soit connu , puisque sa date , qui est déter-
minée d'une manière précise , remonte à la seconde
moitié du xvne siècle , c'est-à-dire à une époque dont
nous n'avons que peu de manuscrits. Pressé par le
temps, et ayant déjà rassemblé les variantes de huit
manuscrits sur neuf que possèdent les collections
réunies de la Compagnie des Indes et de la biblio-
thèque Bodléienne, j'ai abandonné avec moins de
regret la collation du volume du Muséum. Des rai-
sons qu'il n'importe pas au lecteur de connaître
m'empêchaient de prolonger mon séjour à Londres
autant que cela eût été nécessaire; je me voyais
donc dans l'obligation de choisir, et conséquemment
de faire quelques sacrifices au désir que j'avais d'être
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 281
complet. C'est ainsi que j'ai mieux aimé me rendre
à Oxford, où je croyais devoir trouver plusieurs
Yaçnas, qu'à Cambridge, où Hyde nous apprend
que la bibliothèque du collège d'Emmanuel possède
un manuscrit du même ouvrage1. Mais, pour ne
laisser aucun doute sur l'existence de ce dernier ma-
nuscrit, je me suis adressé à un membre de l'uni-
versité de Cambridge , M. Wright, qui a eu l'extrême
complaisance de faire pour moi des démarches dont
le résultat a été d'établir que la bibliothèque du col-
lège d'Emmanuel possède en effet un manuscrit du
Yaçna , dont la date, qui m'est restée inconnue, doit
être ancienne, puisque le volume avait déjà été vu
par Hyde avant le commencement du dernier siècle.
Ainsi, le Yaçna de Cambridge doit être ajouté à la
liste de ceux que possède l'Angleterre; c'est, avec
le manuscrit du British Muséum, un volume dont
la collation est réservée, soit à un voyageur plus
libre que je ne l'étais, soit à moi-même, si je puis
une seconde fois visiter l'Angleterre.
En résumé, sur douze manuscrits que doit, d'a-
près le témoignage d'Anquetil, posséder l'Angleterre,
j'en ai collationné huit; trois sont encore à examiner,
et le douzième est perdu. Des trois volumes qui res-
tent à collationner, il y en a un que les juges com-
pétents ne me reprocheront pas, je l'espère, d'avoir
négligé, quand ils reconnaîtront combien il est fautif.
Quant aux Yaçnas de Cambridge et du Muséum, le
1 Vet. Pers. Rel. p. 344, à la note, et Zend-Avesta, t. I, 2e part.
Notices, p. ix.
282 FÉVRIER-MARS 1857.
temps m'a manque pour les copier; mais j'espère
pouvoir obtenir plus tard la collation du volume du
British Muséum : c'est pour cela que, dans la liste
des manuscrits dont j'ai fait usage pour mon travail,
ce manuscrit est désigné par la lettre A. Si cette col-
lation se trouve à ma disposition avant l'impression
de ce volume, j'en ferai usage en son lieu; sinon , je
la donnerai à part, avec un des volumes suivants.
Aux huit manuscrits dont je viens de parler, ma-
nuscrits dont la possession triple les secours que me
fournissait déjà la Bibliothèque du Roi, est venue
s'ajouter l'édition in-folio de Vendidad-sadé que les
Parses on publié à Bombay. L'existence de cette
édition m'était complètement inconnue au moment
où j'ai publié la seconde partie de mon premier vo-
lume (mars 1 835 ). J'en dois l'indication à M. Garcin
de Tassy, qui possède le seul exemplaire qui en soit
parvenu en Europe. J'ai fait à Londres des recher-
ches infructueuses pour me procurer une édition
qui devait nécessairement avoir pour moi un grand
intérêt. Aucune des personnes auxquelles je me suis
adressé n'en avait connaissance ; aucun catalogue
n'en faisait mention ; de sorte que , sans l'attention
que les Parses ont eue d'en adresser un exemplaire
à M. Garcin de Tassy, et sans la complaisance avec
laquelle il a bien voulu me le prêter, ce fait remar-
quable que les Parses ont songé à publier leurs livres
religieux serait encore aujourd'hui ignoré de l'Eu-
rope savante. Peut-être me sera-t-il permis de con-
jecturer que l'existence de l'édition lithographiée du
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 283
Vendidad-sadé , que j'ai commencée en 1 829 , n'a pas
été sans influence sur la détermination des Parses;
elle a du moins montré quelles ressources offrait la
lithographie pour la publication des textes dont l'im-
pression, en supposant qu'elle fût possible, entraî-
nait des frais et des lenteurs considérables. Quant à
l'édition de Bombay, je l'ai considérée comme un
manuscrit de plus , et j'en ai recueilli toutes les va-
riantes. La rareté de ce volume , qui a vraisembla-
blement été destiné exclusivement à l'usage des
Parses, et dont il ne parviendra peut-être jamais un
second exemplaire en Europe, m'a, en outre, paru
exiger que j'en donnasse une description exacte.
En possession des matériaux que me fournissaient
les neuf manuscrits que je viens de décrire, j'ai cru
que je pouvais entreprendre de fixer directement le
texte du Yaçna, sans suivre servilement, comme je
l'avais fait jusqu'ici, un des manuscrits de la Biblio-
thèque du Roi. Le plan que j'avais adopté m'avait
paru nécessaire, à cause du petit nombre de secours
qui se trouvaient, dans le principe, à ma disposition.
J'ignorais jusqu'à quel point les manuscrits de Lon-
dres ou ceux de Copenhague confirmeraient ou con-
trediraient certains résultats qui intéressent la cri-
tique. Il me semblait indispensable de mettre sous
les yeux du lecteur le texte zend tel que le donnent
les manuscrits de la Bibliothèque royale, sauf à faire
moi-même un choix entre les diverses leçons four-
nies par les diverses copies. Pouvais-je, en outre,
prévoir ce fait si remarquable , que les manuscrits
284 FÉVRIER-MARS 1857.
de Paris , de Londres et d'Oxford , c'est-à-dire la plus
grande partie de ce qu'on possède de Yaçnas en Eu-
rope , puisqu'il n'en existe qu'un à Cambridge et que
à Copenhage, que tous ces manuscrits, dis-je,
s'accorderaient si unanimement à nous présenter
une rédaction uniforme, et, je pourrais presque dire,
identique? Quelque désir que j'eusse qu'il en fût
ainsi, je devais prendre les précautions nécessaires
pour le cas où les manuscrits de Londres m'eussent
donné une rédaction différente de celle que je trou-
vais à Paris. Mais aujourd'hui la certitude que j'ai
acquise sur ce point important m'autorise à modi-
fier le plan primitif de mon travail , de manière à
le rendre moins imparfait. J'abandonne donc le ma-
nuscrit que je suivais exclusivement d'abord , c'est-
à-dire le n° i du supplément au fonds d'Anquefil ,
et je rédige mon texte d'après la comparaison des
treize exemplaires dont je possède les variantes.
Mais, pour mettre le lecteur à môme de faire, de
son côté, son choix, s'il n'approuve pas le mien,
j'ai réuni, sous chaque paragraphe, la totalité des
variantes des treize manuscrits du Yaçna. Ce relevé
ne m'empêche pas de discuter, dans le cours du
commentaire , les diverses leçons que présentent mes
divers exemplaires ; mais il me dispense d'insister
sur celles qui sont évidemment fautives, et il dé-
barrasse le commentaire de répétitions qui n'y sont
pas à leur place. Pour établir, entre le commence-
ment et la suite de cet ouvrage , l'uniformité néces-
saire, j'ai repris le premier chapitre, et je l'ai publié
NOTICE SUR DES MANUSCRITS ZENDS. 285
de nouveau avec la collation des neuf manuscrits
dont je viens de parler; mais je me suis cru dis-
pensé d'en reproduire l'interprétation; les change-
ments que j'ai dû y apporter sont exposés , avec les
développements qui m'ont paru nécessaires, dans la
seconde partie de cette introduction.
Il ne me reste plus, pour terminer cette notice,
qu'à donner la liste des treize manuscrits que j'ai
employés pour ce travail , avec les lettres par les-
quelles je les désigne. J'ai suivi l'ordre chronolo-
gique; toute autre classification eût été bien diffi-
cile, pour ne pas dire impossible; car, à l'exception
d'un ou de deux manuscrits , dont la correction est ,
jusqu'à un certain point, irréprochable, on doit re-
connaître que tous les manuscrits ont à peu près la
même valeur; tous, à peu près, sont également dus
à des copistes qui n'avaient, les uns et les autres,
qu'une intelligence très-imparfaite de la langue dans
laquelle les textes zends sont écrits. Quant aux co-
pies du Yaçna qui ne portent pas de date, je les ai
classées approximativement, d'après l'année dans
laquelle elles ont été, pour la première fois, con-
nues du voyageur auquel nous en devons la men-
tion. Ces manuscrits peuvent être et sont, en effet,
plus anciens que cette époque ; mais ils ne sont cer-
tainement pas plus modernes.
LISTE DES MANUSCRITS DE PARIS, DE LONDRES ET D'OXFORD.
Yaçna A. = N° 16 BV, Ayscough's catalogue.
Vendidad B. = N° I, Catalogue des manuscrits zends de la
Compagnie des Indes,
ix. ,9
286
FÉVRIER-MARS 1857.
Vendidad C.
-= Manuscrit zend de la bibliotli. Bodléicnne.
Vendidad D.
N"l, Supplément d'Anquetil, lithograpliit
à Paris, en 1829.
Vendidad E
= N° II, Catalogue des manuscrits zends de In
Compagnie des Indes.
Vendidad 1
= N° III, ibid.
Yaçna
G.
— N° VI , Supplément d'Anquetil.
Yaçna
H.
= N° II , Fonds d'Anquetil.
Yaçna
I.
=== N° III, Supplément d'Anquetil.
Yaçna
K.
= N" XVII, Catalogue des manuscrits zends de
la Compagnie des Indes.
Yaçna
L.
-N'XIII, ibid.
Yaçna
M.
- N' XVIII, ib,d.
NOUVELLES ET MÉLANGES.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
PROCÈS VERBAL DE LA SÉANCE DU 9 JANVIER 1857.
Il est donné lecture du procès-verbal de la séance de dé-
cembre. Le secrétaire remarque qu'il y a une lacune dans ce
procès-verbal, relative à la commission nommée pour propo-
ser deux membres étrangers; il demande d'y ajouter que cette
commission est nommée sur la proposition de MM. Garcin
de Tassy et Léon de Rosny, et que les commissaires étaient
MM. Garcin de Tassy, Dubeux et Dulaurier. Le procès-verbal
est adopté avec ce complément.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 287
Sont proposés et nommés membres de la Société :
MM. Alphonse Alekan, à Tunis ;
Georges Bullad , drogman auxiliaire , à Damas.
Il est donné lecture de lettres de M. Alekan , de M. Du-
laurier, et du secrétaire de la Compagnie des Indes.
M. Dubeuxfait, au nom de la commission nommée pour
présenter une proposition sur le remplacement de deux
membres honoraires , un rapport dans lequel il propose au
conseil de nommer M. E.Salisbury, secrétaire de la Société
orientale américaine, à Boston, et M. G. Weil, professeur à
Heidelberg. Le conseil vote sur cette proposition , et M. Ed-
ward Salisbury, à Boston, M. Gustave Weil, à Heidelberg,
sont nommés membres honoraires de la Société.
M. Mohl demande la parole pour faire une proposition.
Il pense que, l'achèvement des Voyages d'Ibn Batoutah étant
assuré et prochain, il faut pourvoir d'avance à la continua-
tion ininterrompue de la Collection orientale de la Société,
d'autant plus que l'impression de Masoudi procède avec plus
de lenteur que la Société et l'éditeur n'auraient désiré. Il
émet le vœu que la publication du Kitab el-Fihrist soit en-
treprise , et que M. le baron de Slane soit prié de s'en charger.
Plusieurs membres appuient cette proposition par des consi-
dérations tirées de l'importance historique et littéraire de
cet ouvrage. La proposition est envoyée au bureau de la So-
ciété pour faire un rapport sur l'opportunité de cette publi-
cation et les moyens d'exécution.
M. J. Oppert donne lecture de sa traduction de l'inscrip-
tion assyrienne de Borsippa.
OUVRAGES OFFERTS À LA SOCIETE.
Par le traducteur. Le Livre des Rois, par Abou'lkasim
Firdousi, publié, traduit et commenté par Jules Mohl.
Paris, Imprimerie impériale, i855, in-folio (tome IV).
L'Institut Lazareff des langues orientales fondé à Moscou,
'9-
M FÉVRIER-MARS 1857.
traduit du russe et de l'arménien par Edouard Dulaurier.
Paris, i856, in-8°.
Dictionnaire tamoulfrançuis. Pondichéry , i856 , in-8°,
Par un anonyme. Revue de l'Orient. Octobre-novembre ,
i856, in-8°.
Par les éditeurs. The Journal of the indian archipclago ,
nouvelle série, vol. I, 1" numéro, in-8*.
Par l'auteur. Rigveda-sanhita , the sacred hymns of the
Rrahmans; edited by Max Mûller, vol. III, i856, in-4°.
Par M. Dulaurier, au nom de S. E. le comte de Lazareff.
Mémoires sur la vie et les travaux des plus illustres descen-
dants de la famille de Lazareff, par le professeur Inser. Mos-
cou, i856, in-8* avec figures.
PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1857.
Le procès-verbal est lu ; la rédaction en est adoptée.
M. le président donne lecture d'une lettre de M. le mi
ni-ire de l'instruction publique, par laquelle il annonce à
la Société la continuation de la souscription à quatre-vingts
exemplaires du Journal asiatique.
11 est donné lecture d'une lettre de M. le comte Waleski,
qui annonce l'envoi de l'ouvrage de Makkari , vol. II , offert à
la Société par le gouvernement hollandais.
On annonce la mort de M. John Green , membre de la
Société asiatique.
11 est donné lecture d'une proposition de l'établissement
libre pour les sciences, fondé par M. Wagner, à Philadel-
phie.
On donne lecture d'un prospectus de la Société pour
l'érection d'une statue à Geoffroy Saint-Hilaire.
On lit le prospectus d'un prix fondé, par un anonyme an-
glais, sur des questions relatives au système védanta. Ce pros-
pectus est renvoyé à la commission du Journal pour être
inséré dans le Journal.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 289
Sont proposés et nommés membres de la Société :
MM. Khalil-el-Khouri, à Beyrouth;
Mahmoud Efendi , astronome égyptien;
Geisler (Charles);
Trûbner (Nicolas), membre de la Société ethnolo-
gique américaine, à Londres;
Sutherland.
M. de Kosny donne lecture d'extraits de lettres d'un mis-
sionnaire sur l'île japonaise de Jeso et sur la langue des
habitants de cette île.
OOVRAGES OFFERTS À LA SOCIETE.
Par l'auteur. Vendidad-Sadê, traduit en langue huzvarech
ou pehlewie. Texte autographié d'après les manuscrits zends-
pehlewis de la Bibliothèque impériale de Paris, et publié,
pour la première fois, par les soins de M. Jules Thonnelier.
Paris , 1 8S5 , in-fol.
Par l'auteur. Paraméswara-jnyâna-gôshthi. A dialogue on
the Knowlegde of the suprême Lord, in which are compared
the claims of chrislianity and hinduism andvarious questions
of indian religion and literature fairlydiscussed. Cambridge,
i856,in-8°.
Par le Gouvernement hollandais. Analectes sur l'histoire et
la littérature des Arabes d'Espagne, par Al-Makkari, publiés
par MM. Dozy, Dugat, Krehl et Wright. T. I, 2e part, par
M. Ludolf Krehl. Leyde, i856, in-4°.
Par l'auteur. Discours de M. Garcin de Tassy, à l'ouver-
ture de son cours d'hindoustani (4 décembre i856) , in-8°.
Par l'Académie. Bijdragen tôt de taal- land- en volkenkunde
von Nederlandsch Indië. Ier vol. numéro 2. Amsterdam,
i856, in-8°.
290 FÉVRIER-MARS 1857.
Salaman and Absal, an allegory, translatée! IVoin tlic persian ol
Jami. London, i856, in-8°, xvi et 84 pages.
Les lecteurs du Journal asiatique peuvent se souvenir que
je leur ai donné en i85i l'analyse de ce poème allégorique
dans l'annonce que je fis de la publication du texte par feu
F. Falconer. Voici aujourd'hui la traduction du même ou-
vrage en vers anglais non rimes, qui rappellent ceux de Tha-
laba de Southey, dont le traducteur me semble avoir imité
le style élégant et facile. C'est un élève de M. Cowel , l'édi-
teur de la Grammaire pracrite de Vararuchi qui gratifie le
public lettré, et spécialement les amis de la littérature per-
sane, de la traduction dont il s'agit. On sait que , dans la plu-
part des poèmes persans, le récit est entrecoupé par des
anecdotes destinées à mettre en relief les doctrines de l'au-
teur; mais elles ne se détachent pas assez du texte fondamen-
tal, et de là naît quelquefois une certaine obscurité. L'auteur
de la traduction dont je parle a remédié à cet inconvénient
en rendant ces anecdotes en vers plus courts et en les faisant
imprimer en caractères italiques, ce qui les distingue tout à
fait de la narration principale, et permet de les passer, si l'on
veut, pour ne pas perdre le fil du récit, sauf à y revenir
ensuite.
En tête du volume se trouve la reproduction d'un dessin
persan original, représentant le jeu de mail, auquel Jami,
comme tous les écrivains persans, fait souvent allusion dans
son poème. On y lit cette légende, tirée de Haliz (d'un ma-
nuscrit des œuvres duquel le dessin est tiré) :
Ojj \j?(JO^ (jfiVwr J'y* \Jy*&>
i ' cavalier! tu et vomi a propos dans la place fin jeu; lance donc une
itou le.
Jami naquit au commencement du xvr siècle, et vécut
quatre-vingt-un ans : il était déjà vieux quand il écrivit Sala-
NOUVELLES ET MÉLANGES. 291
manoAbsat, et il se plaint, dans l'introduction de son poëme,
que « ses deux yeux ne lui servaient plus, et que les lunettes
européennes ne lui avaient pas donné quatre yeux.
Jami était sofi , et l'on sait que les sofis sont les philosophes
musulmans. On ne sera donc pas étonné de trouver dans son
poëme des sentences telles que celles-ci par exemple :
H vaut mieux, pour un empire, un roi infidèle qui soit juste, qu'un roi
vrai croyant injuste.
Les sages sont les vrais prophètes : ce sont eux qui ont su allier la raison
à la foi.
Garcin de Tassy.
Das slavisciie Eigenthom seit dreitaesend Jahren, oder nichx
Zendavesta , aber Zendaschta , das heisst das lebenbringende Buch
des Zoroaster, von Ignatius Pietraszewski. Berlin, 1857, in-4°.
Cab.I. (109 pages). Prix: iothaler(38 fr.).
L'auteur publie sous ce titre étrange le premier cahier d'une
édition et d'une traduction des livres de Zoroastre, qu'il
fait précéder d'une déclaration en allemand. Cette déclara-
tion étant répétée sur la couverture en français, je copie,
pour l'instruction des lecteurs , cette dernière version en en-
tier : «Dieu et la persévérance dans l'étude des langues
1 Au lieu de U que porte le texte de Falconer, le traducteur paraît avoir
lu U ; car il a traduit :
« My two eyes sce 110 more
Till by Fcringbi glasses turned to four.»
292 FÉVRIER-MARS 1857.
orientales m'ont conduit à une découverte, qui intéresse
toutes les nations de l'Europe. Zendaschta(et non pas Zend-
Avesta ) , c'est-à-dire le livre qui donne la vie , ne traite pas
d'idolâtrie, comme l'ont prétendu plusieurs savants, mais
d'un Dieu tout-puissant et de l'immortalité de l'âme. La vie
dépravée du peuple persan il y a trois mille ans , la tyrannie
du gouvernement , la polygamie poussée jusqu'à la sodo-
mie, la peste continuelle à cause des cadavres laissés sans
sépulture et l'oisiveté du peuple portèrent Zoroastre à ten-
ter d'y remédier. Il catéchisa d'abord le peuple, lui en-
seigna l'agriculture et l'envoya au septième climat sur la
mer Baltique, pour y cultiver la terre. La lecture de cet
ouvrage est slave et il contient des milliers de mots que
l'on rencontre dans tous les dialectes de cette langue. C'est
là un fait incontestable. Le désintéressement et l'amour de
la vérité ont décidé l'auteur à vendre cet ouvrage par cahier,
argent comptant. »
Ce premier cahier contient deux chapitres du texte , chaque
verset en zend est suivi d'une transcription, d'une traduc-
tion en polonais, en allemand et en français, et d'une glose
en persan , probablement tirée du manuscrit zend dont se
sert l'auteur. Après chaque chapitre suit une explication des
mots. L'auteur promet à la lin de l'ouvrage une grammaire
zende. Mon but n'étant que de faire connaître la publication
de ce cahier, je m'abstiens de toute remarque sur la théorie
de l'auteur. Je crois seulement que s'il tient à répandre son
livre , il ferait bien d'en réduire le prix au dixième de celui
qu'il a fixé. J. M.
Rf.ise cm die Ehof. nach Japan, par G. Heine. Leipzig, i856, in-8",
2 vol. (32i et 37.5 pages).
Cet ouvrage est encore un résultat de l'expédition des
Ktats-Unis sous le commandement du capitaine Perry. L'au
teur est dessinateur, et c'est comme tel que M. Perry l'em-
mena, en lui donnant à bord un petit emploi nautique, qui
NOUVELLES ET MÉLANGES. 293
ne paraîl pas l'avoir beaucoup occupé. Le journal de M. Heine
fournit des observations sur l'aspect pbysique et sur les mœurs
des pays que l'expédition a visités , tels qu'on peut les altendre
d'un homme intelligent, qui avait beaucoup voyagé avant de
prendre part à cette expédition , mais qui n'était pas préparé
plus spécialement pour profiter d'un séjour assez court dans
les pays de l'extrême Orient.
J. M.
Vergi.eichende Gramm^tik des Sanskrit, Send, Griechischen, La-
teinischen, Littanischen , Altslavischen , Gothischcn und Deut-
schcn , von Franz Bopp; Berlin, i856, in-8°, vol. I, part. 1,
(3o4 pages).
Il y a longtemps que le premier volume de la première
édition de l'ouvrage classique de M. Bopp est épuisée. Il est
inutile de recommander aux lecteurs un livre aussi célèbre;
il suffit de dire que M. Bopp l'a entièrement refondu pour
le compléter dans toutes ses parties à cause du long intervalle
qui a nécessairement séparé la publication des différents vo-
lumes de la première édition. La nouvelle édition formera
trois volumes, qui doivent paraître dans un délai de trois à
quatre ans. Le prix en est fixé à quatre thalers par volume ,
et sera augmenté quand l'ouvrage entier aura paru.
J. M.
NOTIFICATION.
Le fondateur du prix annoncé ci-après a désiré que son pro-
gramme fût inséré dans le Journal asiatique, et la Commission se
fait un plaisir de faire connaître à ses lecteurs les conditions de ce
concours.
A sdm of 8 3oo, presented by a Gentleman, la-
tely a Member of the Bengal Civil Service, has been
NI FÉVRIER-MARS 1857.
deposited by the Royal Asiatic Society in the LonfjBJ
<md H cstminttcr Bank, wilh tlx* \i.\\ of its bei
IWirded as a Prize for the beat I li^tory and Exposi-
tion, eitlier in German or French, of tlu1 Vedftnta
System, both as a Philosophy and a Religion. The
work is to embrace the followin^ branches, viz.
l. Ahistory of theoriginand early developeinrnt
of the Vedântic doctrines, as traceable in the Vedir
Hymns, Bràhmanas, and Uptnkhftflt, tnd in Other
ancient Indian writings anterior to the Brahma-
Sûtras.
a. A dissertation on the Sàrîraka-Mimânsâ, or
Brahma-Sùtras, their âge, author, formation, ob
jects, uses, and their relations, polemical or other.
to the Sùtras, or doctrines of the other five Daraa
nas, and the so-calied heretical schools of llindu
philosophy; embracing an inquiry into the vicws
entertained by the founders of the several Damnai
of the grounds, whether superhuman or otherwisc ,
of the authority which they claimed for their res-
pective Systems, and of their own relations to the
Vedas, and to each other; as well as an account of
the opinions hcld by the principal Hindu Coraraen-
tators, Sankara-Achàrya, Kumàrila BhaMa, etc., in
regard to the authority of the Vedas , and the re-
lations of the founders of the Darsanas thereto , as
having an independent divine inspiration, or not.
3. A translation, into German or French, of the
Sarîraka-Mîmànsâ , or Brahma-Sùtras (of which the
original Sanskrit text also must begiven) , with n<
NOUVELLES ET MÉLANGES. 295
explanatory of their real meaning , as well as of the
sensé put upon them by Sankara in bis Commen-
tary (the Sârîraka-Mîmânsâ Bhâshya) , and embo-
dying the substance of the most essential illustrative
and polemical portions of that Commentary.
à . A statement of the points in which the modem
Vedântic writers who are considérée! orthodox(i. e.
those mentioned by Coiebrooke in his Essay on this
System, Transactions of the Royal Asiatic Society,
vol. II, p. 2, and 39 at the end of the Essay; or
p. iÔ2 and 206 of M. Pauthier's French translation),
as well as Râmânuja and Mâdhavâchârya (mentioned
in Professor H. H. Wilson's Sketch of the Religious
Sects of the Hindus, vol. XVI, of the Asiatic Re-
searches, p. 34-36, and io3 et seq.), differ from
the Brahma-Sûtras and from Sankara.
5. When any information of importance is de-
rived from unpublished Sanskrit MSS. , the original
passages should always be quoted.
6. Professor Christian Lassen of Bonn, the Very
Rev. Dr Windischmann of Munich , and Professor
Max Mûller of Oxford, hâve kindly signified their
readiness to act as Examiners of the Treatises of
Competitors.
7. The Competitors must cause their Treatises
(which are to be legibly written, and to bear a
Motto, with a sealed letter stating the name of the
writer of the Treatise marked with that Motto), to
be delivered by the ist of April 1 860, either at the
housc of the Royal Asiatic Society, New Burlington
296 FÉVRIER-MARS 1857.
Street , London , or to the Secrétaires of the Deutsche
Morgenlândische Gesellschaft at Leipzig, or at Halle :
but a discrétion will lie with the Rxaminers to admit
to compétition any Treatise given in shortly after
the irt of April 1 860 , if this may appear équitable.
Any Treatise which is not clearly written, and easily
legible , may be excluded from compétition.
8. The Examinera will hâve a discrétion to do
cline awarding the Prize to any of the Candidates .
if they shall be of opinion that justice bas not been
done to the greater part at least of the topics abov»
enumerated as subjects of discussion in the TrwtÎM
9. One or more of the works may be returm'cl
to their authors foramendment or improvement on
any sperilicd points previous to the final adjudica-
tion of the Prize , at the discrétion of the Examina
10. The amount of thr Prize will be made over
in England, by the Royal Asiatic Society, on th< n
port of the Exainiiu ts, to the successful Candidate,
who will be left to make his own arrangements for
the publication of his work.
Edwin Norris,
Secretary lo the Royal Asialic Society.
January i3, 1857.
JOURNAL ASIATIQUE.
AVRIL-MAI 1857.
ÉTUDES PHILOLOGIQUES
SUR LA LANGUE KURDE.
(dialecte de soléimanié.)
En soumettant ici mes Études à l'attention des
orientalistes, je dois avant tout avertir qu'elles ne
m'appartiennent pas à moi seul. H y a une quin-
zaine d'années, lors de mes excursions dans le Kho-
raçan et l'Alemoute, ainsi qu'à Hamadan, à Guer-
rousse, à Tekhti Soléiman, à Maragua et aux bords
du ]ac Chahi, contrées habitées ou fréquentées
par différentes tribus kurdes, j'en avais rapporté
quelques notes concernant leurs idiomes; mais ces
notes , glanées à la bâte et sans choix , n'auraient pu
aboutir à aucun résultat positif, si le hasard ne
m'eût envoyé des secours inespérés. Ce fut l'arrivée
à Paris, en 1 853 , d'Ahmed Kban, natif de Soléima-
nié, et chef héréditaire de la tribu des Kurdes Bébé ,
qui habitent le sandjak ainsi nommé. Il a eu l'obli-
geance d'encourager mes recherches sur sa langue
maternelle, au point que toutes les règles de gram-
maire kurde et les textes y annexés qu'on va h're
298 AVRIL MAI 1857.
ont été revus et en grande partie dictés par lui-même
malgré les souffrances d'une maladie grave qui obli-
geaient souvent le pacha de garder le lit. Notre
travail, plus d'une fois abandonné, et puis repris,
fut enfin achevé dans les derniers mois de l'ann. <
.85/,.
Cependant, tous ces matériaux philologiques mV
tant transmis oralement, je ne voulais pas d'abord
les publier, avant d'avoir recouru à quelque auto-
rité plus compétente que celle d'un homme qui
de son propre aveu , savait mieux l'osmanli et le per
ni que la langue de sa tribu.
Il y a dans la Syrie, à Damas, un célèbre erudit
kurde. Moll;» llézir. j-**-»- $y*, mieux eonnu nm
son nom littéraire de <^«>OLjl Juù Néali Effctuli
([ui se voue spécialement à l'étude de divers dialectes
du Kurdistan, sa patrie, et qui a déjà traduit un.
gnmimuire ar.ihr en kurdr. \lmied Khan, qui eon
nait personnellement Néali Effendi. mVtttf prou m-
de me mettre en rapport avec ce coryphée des plu
lologuesde leurnation. On m'avait promis, en nu m.
temps, de me faire avoir le a c^ »-tf , ou recueil de
poésies kurdes, écrites par un poët< indigène, du
xvi* siècle, contemporain du pëote persan Djami.
Son jaJLà*? est Job Dabel, et son véritable nom
^»K-^»»I u*~£, Cheikh Ahmedi. Né en Mésopotamie.
*j*y>', il est l'auteur, entre autres ouvrages, du poëme
erotique intitulé ^j j *-* Mem et Zine, noms de
deux personnages dont les amours jouissent de la
même vogue chez les Kurdes, que les amours de
ETUDES SUR LA LANGUE KURDE. 299
Leili et de Medjnoun chez les Arabes, ou de Ferhad
et de Chirine chez les Persans. J'avais aussi entre-
pris de donner, avec l'aide d'Ahmed Khan , une édi-
tion revue et corrigée du vocabulaire kurde de Gar-
zoni, que j'ai lu à Ahmed Khan. Cette lecture le
fatiguait beaucoup ; il n'en a pu comprendre qu'une
dizaine de mots , soit que l'orthographe italienne de
Garzoni ne retranscrive pas d'une matière intelligible
les mots du dialecte d'Ymadié, soit que mon noble
professeur ne connaisse pas ce dialecte.
Au milieu de ces investigations, Ahmed Khan fut
rappelé de Paris à Gonstantinople. Aussi ai-je résolu
de publier ces Etudes philologiques , à l'état de leur
primitive imperfection , plutôt que de compter plus
longtemps sur des secours scientifiques de Dabel et
de Néali Effendi, qui n'arriveront peut-être jamais.
Dans ces dernières années, les orientalistes de Rus-
sie se sont occupés de la littérature kurde avec plus
dé zèle que partout ailleurs en Europe. On connaît
déjà des échantillons du langage des Kurdes donnés
dans l'intéressante publication de M. Bérézine. La
chronique s\jS\ gjb de Gheref Chah est sous presse,
et l'on s'occupe d'une traduction kurde du Gulistan
de Séadi, sous les auspices du savant professeur Von
Dorn. Son élève, M. Lerch, doit sous peu livrer l à
la publication les vingt-cinq chants nationaux, et
plusieurs autres échantillons des différents dialectes
du Kurdistan, fruits d'un séjour de quelques se-
1 Voyez le rapport de M. von Dorn, dans le deuxième volume
des Mélanges asiatiques, du 20 juillet 1 856.
300 AVRIL-MAI 1857.
OTBMl que M. Lercli a passées avec tes prisonnier»
de guerre kurdes, envoyés en Russie, lors d<> 1 I
dernière guerre d'Orient.
J'ignore si je dois admettre l'opinion de M. Pott , qui
cherchait à démontrer que la langue kurde est Mi
langue suigeneris. Il me semblerait que nous n'avons
pas encore assez de matériaux pour prononcer éd
dernier ressort dans une question de cette impoi
tance, et que tout ce qu'on sait de positif là-dessus
pourrait être résumé ainsi :
La langue kurde se compose de deux éléments d i 11 <
rents l'un de l'autre : i° la grammaire en est pramM
identiqueavec celle du (j-mjU, persan moderne, et envi
ron un tiers des mots de la langue ont été empruntés ,
soit aux Persans , soit aux Turcs , soit aux Arabes , se-
lon que les tribus qui la parlent, avoisinent la Perse ,
l'Anatolie ou la Syrie ; i° environ deux tiers des mots
restants appartiennent a une langue inconnue, et.
par conséquent, plus ancienne que l'islamisme. It
persan moderne et le turc : c'est la langue kurde pro
promeut dite, et peut-être aussi celle des inscriptions
cunéiformes de Ninive, Khorsahad, etc. ; car, si per-
sonne ne conteste que les Kurdes, KAPAOYXIOl
de Xénophon , ne soient des habitants autochthones
du sol d'où l'on déterre ces inscriptions , n'est-il pii
souverainement probable de supposer qu'elles fu-
rent rédigées dans le but d'être lues et compi i
par le peuple du pays, et conséquemment en kurde
contemporain de la conquête assyrienne?
Afin de préciser le domaine du dialecte qui fait
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 301
l'objet de nos Etudes, nous ferons observerque la ville
de Soléimanié, chef-lieu d'un sandjak du même nom ,
est d'une origine comparativement moderne. Elle
fut fondée en 171/1 par Soléiman , chef des Kurdes
indigènes , de la tribu Bébé , et dont le fils , Rhalate
Pacha, a donné son nom à tous ses descendants, qu'on
appelle jusqu'à présent la famille (odjaq) de Khalate
Pacha. Le sandjak de Soléimanié relève actuellement
du pachalic de Ghehri-Zour et, au besoin, fournit
un contingent de dix mille cavaliers et fantassins
armés.
Ma principale autorité pour le kurde, je veux dire
Ahmed Khan , est le quatrième pacha de la famille
dominante dans cette fraction de la tribu des Kurdes
Bébé, qui habitent le sandjak et la ville de Soléi-
manié. Si je ne donne pas à leur langue le nom de
dialecte bébé, c'est que l'immense tribu des Kurdes
Bébé est établie en différentes contrées et parle, ce
me semble, plus d'un dialecte; ainsi, par exemple,
les Kurdes Richvend , qui habitent les villages d'Ale-
moute et de Roudbari Kazbine, et avec lesquels j'ai
eu des rapports pendant plusieurs années, appar-
tiennent aussi à la tribu des Bébé. Cependant leur
langue, qu'ils désignent sous le nom de_jJjJ loulou,
a des mots qu'Ahmed Khan ne se rappelle pas avoir
jamais entendus dans son pays natal, tels que mero,
homme; vakkaka et aussi ou-bedeny , fusil; guiavysl,
pierre; deilezzi, cheval; ou-bedâou, mouton; kour-
tane, pain; zouar, garçon; kalémove, sabre; oa-bouz-
pane, bœuf (littér. le museau aplati*). Je continue-
302 AVRIL-MAI 1857.
rai donc d'appeler notre dialecte le dialecte de Soléi-
manié.
ÉTYMOLOGIE.
DK LALPHABET
I .- M Kurdes lettrés sont, en général, les gens qui
ne savent qu'imparfaitement leur langue maternelle.
Ils correspondent avec leurs autorités et entre eux-
i urines, soit en persan, soit 0Q turc, soit en arabe.
Si parfois ils se voient obligés d'écrire en kurde il>
le font à l'aide de l'alphabet persan. En effet, tout. »
les consonnes persanes sont identiques avec celles des
kurdeV du moins pour ce qui concerne le dialecte
de Soléimanié; mais celui-ci contient beaucoup de
voyelles et de diphthongues qu'il serait impossible
de reproduire au moyen de l'orthographe en usage
chez les Persans. Comment, par exemple, figurer
en persan les articulations ae, ee, oo, âoa, eeou,
doaaoae , etc. , qui se rencontrent si souvent et se sui-
\' ut les unes les autres, sans l'intervention des cou
sonnes, dans les mots kurdes? Cependant, connu*
Ahmrd klmn se servait du système de l'orthographe
persane, je conserverai les mots kurdes tels qu'il les
a écrits. Seulement j'aurai soin de transcrire, à la
suite de chaque mot, sa valeur phonétique ea 01
roi français.
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 303
DES MOTS KURDES.
I. SUBSTANTIFS.
1. Dans le dialecte kurde dont nous nous oc-
cupons , il n'y a point de genres. Les noms des êtres
animés sont masculins ou féminins , selon le sexe de
ces êtres, sans que des formes grammaticales quel-
conques le désignent. Tous les noms des substantifs
inanimés sont neutres, c'est-à-dire qu'on n'y attache
aucune idée de sexe. Exemples :
(jj^l* bâouq, père ; ($-?îà dâïq , mère ; îw bra , frère ; i&jfcy^
khochk, sœur.
2. Les pluriels se forment en ajoutant, à la fin
de leur nominatif singulier, le monosyllabe ^1 ane,
ou (jl» iane, ou ^ liane, ou ^j&gâne. Exemples:
àj reni, le renard, (j^>j remarie, les renards; — *»*£!:>
daghbé, l'oiseau, (j\_jWk£îà daghbeiane, les oiseaux; — SjS
kurd, le Kurde, (jYïjS kurdekane, les Kurdes (Kaphov%ioi
deXénophon); — iiL*w seg , le chien, y\0-w seguekane, les
chiens; — y*Kj piaou, l'homme, ^\^\j^piaouane, les hommes;
— c^jj bert,]& pierre, ybjo bertane, les pierres; — gS kitch
oujj^j kij, la fille, (jjjny kijane ou kitchane, les filles; —
jj£> kor, le garçon, (j^jj — Skorekune, les garçons; — j^5
guéou, l'oreille, fj\j^> guéouane, les oreilles; — w« mer,
le mouton, ^Yj — « merkane , les moutons.
3. La désinence caractéristique du pluriel kurde
Htj AVRIL-MAI 1857.
est yl ; car l'intervention des ^ et *iTpeut s'expli-
quer par des raisons euphoniques, et le J A n'est
que l'article d'unité , dont nous parlerons plus bas
(5 ,6).
4. Voici maintenant un exemple de déclinaison.
ier.
Singuli
Nom. j^ kor, garçon;
Gén. jj? & ou £ hi ou j kor, du garçon;
Dal. jyS Kf be kor, au garçon;
Aoc. *SjJr bon , le garçon ;
Voc. JJrv. *« kor. à garçon!
Abl. ^^5 *i le kor, du garçon .
Loc. i:>jjr *^ M kordé, dans le garçon.
Pluriel.
Nom. U^JSr korekâne, les garçons;
Gén. ij%j£ ^ou J hi ou i korekane, des garçons;
Dal. ufojr ** ^e korekane, aux garçons;
Ace. U^r korekiane, les garçons;
Voc. U^JJr* '<» *ore/ra/ie , ô garçons !
Abl. U JJr ^ '* ^or^«"»*> des garçons;
Loc. »»KJ^j^5 *] /<» korekande, dans les garçons.
OBSERVATIONS SOB LA DÉCLINAISON.
5. Tous les noms se déclinent de la même ma-
nière.
6. Les cas obliques, dans les deux nombres, se
forment de la même manière.
7. Le génitif se forme en mettant ^ i î1, ou J hi ;,
1 En persan, la forme aspirée de (j existe également. Ainsi, par
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 305
avant le nominatif. Après les consonnes dures ^ q
et * gh, Yi se change en a. Exemples :
^W c£J^?" tchaoui piaou, l'œil de l'homme; yl^jy
A:or ideiane , le garçon du village ; <Ôy» £ tf-ji pertck hibouh ,
une boucle des cheveux de la fiancée (bouk); ^Xw>wu ^ijw
byrq ïabrouské, l'éclat de l'éclair ; tiLwj-c ai»- Ayi^é iamrichk ,
l'œuf de la poule.
Ce génitif peut aussi s'employer sans complément,
et c'est ce qui le distingue du génitif des Persans.
8. Le datif se forme en faisant précéder le no-
minatif, soit de la préposition *J le, soit de la pré-
position persane x? be.
9. L'accusatif s'obtient, comme en turc, moyen-
nant la finale & i, ajoutée au nominatif. Dans les
pluriels , ce & doit précéder immédiatement la dé-
sinence de leur nominatif.
10. Les Kurdes, de même que les Persans, em-
ploient souvent le nominatif en guise d'accusatif.
11. Le vocatif, comme en persan, se fait au
moyen de la préposition l», placée avant le nomi-
natif.
12. L'ablatif ne diffère du nominatif que par la
présence de la préposition *J.
13. Le locatif se forme du nominatif précédé de
ai le, et en même temps suivi de la postposition
•^ de.
exemple , ^>^t» , o^| et o^J, de même que ^j*et z:J, ne chan-
gent que par l'aspiration. ^
m AVRIL MAI 1857.
II. DE L'ARTICLE
14. Le numératif cardinal J ek, eké, ajouté à
la lin des nominatifs, en forme l'article d'unité, H
quelquefois l'article proprement dit. Exemples :
dJjU^ piaouek ou piaoueké , un homme; duo> reniek, un
renard; s^Jjjinek, une femme, et aussi la femme.
1 5. Les articles d'unité se conservent au pluriel.
Exemples :
\J6jyS korekane, les garçons; ij^sj* kurdekane, les
Kurdes.
16. Les substantifs terminés en J A forment
leurs articles d'unité moyennant un <j t. Exemple :
%à~£j* mrichk, poule, £jmy» mrichki, une poule.
III. ADJECTII -
18. De même qu'en persan, les adjectifs kurdes
doivent suivre leur substantif, et l'accord gramma-
tical se fait au moyen des izafets. Exemples :
Jjl jlà dari onychk, l'arbre sec; ^ty* ^yS» cheoui
onihk, la nuit obscure ;Jy-r> O^koueké berz, une montagne
haute; ••Sir *ày*->. piuoueké tchett, un homme stupide.
19. Les adjectifs kurdes sont indéclinables, et
leur pluriel ne diftere aucunement du singuli* i
ÉTUDES SUK LA LANGUE KURDE. 307
20. H y a des cas de construction où le substan-
tif peut précéder son adjectif. Exemples :
Aj«j£j î«Xà*. khoda goxireié, Dieu est grand (litlér. Dieu
grand est) ; (jvJU* aiUÎ émané sefîn, ils sont tous blancs
(littér. tous blancs ils sont); cyijJ&Jjy roj heratt, l'ouest
( littér. de la lumière le coucher) \$j~*\ *Jà &j\-jJb hetaveké
guerm emrou, il fait très-chaud aujourd'hui (littér. le soleil
est chaud aujourd'hui).
DEGRÉS DE COMPARAISON.
2 1 . Les degrés de comparaison se forment à peu
près comme en persan.
22. Pour obtenir le superlatif, on fait suivre l'ad-
jectif du monosyllabe j-> ter. Exemples :
^jjU*. tchaq, bon, *Jûl^- tchaqter, meilleur;
(jSJÎj rach, noir, jJià\j rachter, plus noir;
jy** sour, rouge, J-'i)y sourter, plus rouge;
Jy> qoul, émoussé, J^y* qoulter, plus émoussé;
j^JC-wt estour, gros, wo^jJUwl estourter, plus gros.
23. Pour former le superlatif, on met le mot jjy
zor, beaucoup, trop, littér. «force», avant le com-
paratif. Exemples :
(â*^-i iyrcij affamé, jJUamjj byrciter, plus affamé, jj»j
jJLKAHpi zor berciter, le plus affamé ;
jXi ticre, rassasié ,jj^jÇ> lieretère, plus rassasié, j^ijXi j£
zor tieretere, le plus rassasié.
24. La conjonction française que, placée à la
308 AVRIL MAI 1857.
suite d'un comparatif, se rend en kurde par *i le, de.
Exemples :
^jjila.. jjj) y» ifr& *i tr* (£*& ktebi myne le ktebi (o
zor tchaqteré, mon livre est beaucoup meilleur que le tien
( littér. le livre à moi du livre à toi force meilleure est).
•jjwûlj <J)j *i (jl^la*. tchaouane le zof rachteré , les yeux
sont bien plus noirs que les cheveux ( littér. les yeux de
cheveux force noire est).
*yi tjyS jjj jUj*J I«>v». khoda lepiaou zor goureteré, Dieu
est bien plus grand que l'homme (littér. Dieu de l'homme
force haute est).
•jjiils». esp le baryum nedjibtère laken main le her do ktan
tchaqter, un étalon est plus noble qu'une béte de somme;
mais la jument vaut mieux que tous les deux. Kian, pi. de *5\
IV. DES NDMÉRATIFS.
25. 11 n'y a que la prononciation qui fasse la dif-
férence entre les nui itératifs ordinaires kurdes et
persans. Exemples :
jïy*' tchoar, quatre; -*-£> piendj , cinq; cj^Ia haoutt.
sept; Mitym soit .cent; vr>rtir ji dousott, deux cents, etc., etc.
26. Les numératifs ordinaux se forment en ajou-
tant \jy») oumoune à la suite descardinaux. Exemples:
<jy*j\y*- tchoarmoun, lequalrième ; ij»»^ piendjimoun,
le cinquième, etc.
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 309
27. En comptant, une fois , deux fois , etc. , le subs-
tantif fois se traduit en kurde par J^-djar. Exemples :
jLs- «i)i ek djar, une fois ; j\— =r $i> do djar, deux fois ;
jL_>> Xw se djar, trois fois, etc.
V. PRONOMS.
A. PRONOMS PERSONNELS ABSOLUS.
28. Au singulier, les pronoms personnels kurdes
sont presque identiques avec ceux de la langue per-
sane; mais au pluriel ils ne se ressemblent guère.
Voici leur déclinaison :
PREMIÈRE PERSONNE.
Singulier.
Nom. (j+ myne, moi;
Gén. (g* g hy myne, de moi (le mien);
Dat. /*jÇ bemen , à moi ;
Ac. (£~* mni, me;
Abi. (g* ai le myne, de moi;
Loc. *<XjL» *i le mynedé, dans moi.
Pluriel.
Nom. *jf» eema, nous;
Gén. Ajfl g h i eema, de nous (notre);
Dat. A-CÎ <*j be eema , à nous ;
Ace. ^yjÇÎ eemei, nous;
Abl. *jÇÎ AJ ?<? eema, de nous;
Loc. »*Xjfl *J le eemada, dans nous.
310 AVRIL MAI 1857.
DRCXlàME PERSONNE.
Singulier.
Nom. yS 10, toi ;
Gén. yi £ hi to, de toi (lien);
Dat. yJ be to, à toi;
Ace. ^yi toi, te;
Abl. yi A le /o, de toi;
Loc. »Syi *J le toda, dans toi.
Pluriel.
Nom. iy»\ croaa, vous;
Gén. *yA g hi eeouu, de vous (votre);
Dat. »y\ k> beeeoua, à vous;
Ace. i£yt\ eeouï, vous;
Abl. êy»\ *1 le eeoua, de vous;
Loc. *$y\ *J /« eeouda, dans vous
TROISIEME PERSONNE.
Singulier.
Nom. }\ don , lui;
Gén. j) £ /ii doa» de lui, d'elle.
Dat. _jb beâoa, à lui, à elle;
Ace. ^1 âouï , le, la;
Abl. ^y) *i leâoui, de lui, d'elle;
Loc. ffdj) *i leâouda, dans lui, dans elle.
Pluriel.
Nom. ^jlj) douane, eux, elles;
Gén. yl^J £ /u âouane, d'eux, d'elles (leur);
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 311
Dat. ol>^ beâouane, à eux, à elles;
Ace. t3^ âouani, eux, elles;
Abl. yi^î *S /e âouane, d'eux d'elles;
Loc. »«>oi^t *i leâoaandé, dans eux, dans elles.
29. Remarquons que les pluriels »y>\ eeoua, vous ,
et y)}) aouane, eux , dérivent du pronom de la 3epers.
sing. jl lui, de même qu'en persan U* et (jl-ûoî dé-
rivent du pronom de la 3e pers. sing. ^ ech, lui.
30. Il y a des cas où le pronom personnel de la
irepers. sing. or» myn, peut se remplacer par^t az,
moi, comme en taliche.
B. PRONOMS PERSONNELS CONJONCTIFS.
31. Il y a deux espèces de pronoms personnels
conjonctifs ; ceux qui ne s'emploient guère que con-
jointement avec un nom, et ceux qui aident à con-
juguer le prétérit d'un verbe kurde.
32. A la première espèce appartiennent: + m,
mon; ei> ett, ton; & i, son; <jU mane, mes; et yb
tane, vos; y\* iane, leurs. Ainsi, par exemple, on
dira :
<<\jjj brïnem, ma blessure (brine);
o»«*jjj brïnett, ta blessure ;
^Ljjj brïni, sa blessure;
yLc^v? brïnmane, nos blessures;
yUJow brïntane, vos blessures;
yUJo^j brïniane, leurs blessures.
33. L'autre espèce ne diffère de la première que
312 AYHIL-MAI 1857.
parce que toutes les personnes.au pluriel et au sin-
gulier, commencent par un a d. Exemples :
-s dem hecht, }e laissai;
iâtà dett kecht , tu laissas ;
^i dei hecht, il laissa;
(jUi demane hecht, nous laissâmes;
(jL'i detane hecht, vous laissâtes ;
jji detane hecht, ils laissèrent.
La présence de ces pronoms exige que le verbe
se mette toujours apocope. Quelques dialectes slaves1
ont la même espèce de pronoms , qu'il faudrait ap-
peler verbaux , vu qu'ils ne s'emploient qu'avec un
verbe.
34. On peut supprimer l'affûte ^ d, pourvu qu'il
M)it remplacé par un substantif. Ainsi en mettant,
par exemple, le mot <->^y^- hheioaète, tente, devant
les pronoms personnels conjonctifs, et en le I lis mt
suivre de ^j* frontt , infinitif apocope de ^jjjfrou-
tynn, vendre , on s'exprimera tout aussi correctement
que dans l'exemple précédent, en disant :
cyjy-i aJj^a»> kheiouelcm froutt , je vendis ma tente;
<±>}j* cxij^**. kheiouetète froutt , tu vendis ta tente;
^->jy— » àsy**" kheioueti froutt , il vendit sa tente;
c^jy-S yU^j-s»- iheiouelmane froutt , nous vendîmes nos
tentes;
»^>jyj yV^y*^- khciouettane froutt, vous vendîtes vos
tentes;
1 Par exemple, on dit: iam byll, tys byll, an byll , mysmy byU .
wyscie byli , ont Mi.
ETUDES SUR LA LANGUE KURDE. 313
v^jj»-i ^jLaJj^jus»- kheiouetiane froutt, ils vendirent leurs
tentes.
Nous en reparlerons au chapitre des verbes.
35. Le pronom personnel conjonctif de la irepers.
sing. r» em se prononce quelquefois g mi, et aussi
y* mou.
C. PRONOMS RÉFLÉCHIS.
36. U n'y a qu'un seul pronom réfléchi clans la
langue kurde, à savoir :^^ kho, soi-même.
37. Il ne se décline que conjointement avec
d'autres pronoms, comme par exemple :
PREMIÈRE PERSONNE.
Singulier.
Nom. r*^** khom, moi-même;
Gén. (•}•£*- JU ou <g hi ou mâli khom, de moi-même;
Dut. ,»»rw \i be khom, à moi-même;
Ace. <£?■** khomi, moi-même,
Abl. fj^- ^ ^ khom, de moi-même;
Loc. &<y***À. >i le khomda, dans moi-même.
Pluriel.
Nom. jjUj^. khomane, nous-mêmes;
Gén. ^jU^ik JUou * hi ou mâli khomane, de nous-mêmes
Dat. ^UjÀ. x» be khomane, à nous-mêmes;
Ace. ^U^à. khomani, nous-mêmes;
Abl. (jUjâ* ai le khomane, de nous-mêmes;
Loc. 5*XjU*^. ai le khomannda, dans nous-mêmes.
314 \\ MLMAj IH57.
DEUXIKMB PERSONNE.
Singulier.
Nom. ^yi ,£y±~ khoitoï, toi -llirtue.
Gén.^^J t£y±> JUou£ lu ou mAU khoi toi, de loi même
l)at i£yi i£y^ V ^ khoi '°'» * toi in< in.
Ace. jy> \yy*- khoiiloîi, toi-même;
Abl. ^yi isy^" *^ '* M°' /0'« *'•' loi -même;
Loc tù^yj ^y^- *i /« A7»oi foû/ri. tlnns toi-même
l'Iuri.-l.
Non. jjlii^À. khotùne , fÉHU i
(.m jt^À- JU ou £ Ai ou m<//« kholane, de vous mêmes
Dat. {J^y^- *i ''<" khotane, à vousmi'iin-
Ace. <j*>** khuinm . vous-même»;
Abl fc)^>** *^ '* khotane, de vous-mêmes;
I.oc »Job^*. *1 le khotannda , dans yr>u« mêmes
TROISIÈME PKRSONNK.
ulier.
Nom cïT*" Mo», lui ml m.
Il ii oi*^ «^ ou «$ '" (,u "'"'' M°'- *'' 'u' "" '""'
Dat. o»*^*" *-? bekhoï, à lui-même;
Ace. <3>** Mon, lui même;
Abl. iSf^ ** ''/•'""■ ''«' lui même
Loc. *»Xj^à» *1 lekhoïda, dans lui-même.
Pluri.l.
Nom. U^*" khoiane, • u in- nies;
Gên. uW** «J^* ou <f hi ou malt khoiane , deux-un i-k-
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. $18
Dat. uk>^" *^ ^e hhoïane, à eux-mêmes;
Ace. cjl?*1*- khoïani, eux-mêmes;
Abl. U->*" *^ te Moiane, d'eux-mêmes;
Loc. *<Xil»^à. *J te khoïannda, dans eux-mêmes.
REMARQUES SUR LES PRONOMS REFLECHIS.
38. M. Vullers a été le premier à faire remarquer l
que le ^^ persan n'est qu'un eas oblique de^i-
khou, formé à la manière sanscrite , c'est-à-dire par
l'adjonction de la consonne à d. En effet, on ren-
contre ici le même formatif ^ d, dont la présence
est indispensable dans le locatif des trois personnes
du pronom réfléchi.
39. Au nominatif pluriel du pronom réfléchi de
la 3epersonne yl»^-^», on peut substituer sa variante
(jUjl^i». khoïaniane. Exemple :
8j5 (jà*^- tlV^V*^" hhoïamane khoch dévè, ils s'aimaient
bien entre eux (littér. eux-mêmes bien s'aimaient), du verbe
(jS-wjî (jiijÀ» khoch evistène , aimer bien, chérir.
40. Voici quelques locutions familières chez les
Kurdes :
xà s ujj.=- iSf**' khoï djevane deké, il ou elle se fait jeune,
c'est-à-dire s'habille, fait sa toilette. — ^jy^? (Sy**' c£Jj*^
1*3 abrouï khoï bekhoraï neba, ne te ravale pas pour rien (litté-
ralement : l'honneur ton propre gratuitement ne porte pas);
1*3 neba, selon Ahmed Khan, est ici pour^v* meber^n per-
san, ne porte pas. — r*y=*~ ^Jl****- khéioueti 'Mom, ma propre
fente.
1 Voyez ses In.itifnt. lingnœ pers.
316 WHIL MAI 1857.
Voici comment s'expriment en Iran» us lei lorn-
tions suivantes :
*X -^fc. khom lemé, je suis ici moi menu1
aX cj>^à» kholtlemé, tu es ici toi-même;
-vi iSy^" ^'"" '<'"'«'■ il *>>l ici lui-même;
vl jU»». kkomane lemé, nous sommes ici nous-mêmes,
*X jt)x khotane lemé, vous êtes ici vous-mêmes;
*1 ys»j*- khoiane lemé, ils sont ici eux mêmes.
P. PRONOMS RELATIFS.
4 1 . Les pronoms relatifs kurdes ressemblent aux
pronoms relatifs persans, sauf une légère modifira
lion de prononciation.
'l2. «^ ou S kiei correspond au persan tS~ ki,
qui, lequel.
43. a», tché correspond au persan Aa* tchi, que,
quoi.
44. Comme exemple de la déclinaison de ce»
pronoms, nous donnons ici quelques phrases toi
dnites du persan en kurde par Ahmed Khan :
33 y**. sS vJajILjU mungaieki ké chir deda, la vache
qui donne du lait; *±»yS a_-> i»}^ aS jJjL_j piaoueki ke
ichaouem pé (pour be) koutt, l'homme que mes yeux (mon œil)
ont vu; (^woàtà »S a)wl> djeiguehi ké dadenichi, l'endroit
ou lu t'es assis, ou bien ^wJ^ ^ A_5 ké rou denichi, sur le
quel tu t'es assis; < » m» ■» ^fij^li (j~* (£» tS ci)/<v£»-
kekimiké kt hebbi mm nakhoch khy$l, le médecin dont la pil-
lule m'a rendu malade (littér. me malade lit coucher); viLiJ
oyi <r5^*- ^j* [j* i^Sjneh ke myne donné (pourCji
ÉTUDES SDR LA LANGUE KURDE. 317
dounene) tchaouem de kouit, la femme que mon œil a vue hier;
»«joj^»>i ^«l A-J ki)s*xj biréki kè aouï de khoïnaoua, le
puits dont nous buvons l'eau; o-»--&-a_5 jjj *5 yls^JU*!
astergan ki zor guichentt, les étoiles qui force (beaucoup) res-
plendissent.
Nota. Comme nous l'avons fait remarquer plus
haut, l'article d'unité J ek fait ici fonction de l'ar-
ticle proprement dit, et, pour cette raison, il faut
le traduire par le, ta.
Puisque nous n'avons pas encore donné le para
digme des verbes , nous faisons observer que :
îàà deda est la 3epers. sing. du prêt, du verbe (j\s dane,
donner; ^ctotà danichi, 2° pers. sing. du prêt, du verbe
(^-£0 nychtène, s'asseoir, synonyme du verbe (jfC**J ^ rou
nychtène, s'asseoir dessus; o«w,^ khyst, 3e pers. sing. du
prêt, du verbe transitif (j>**à» khystyne, faire coucher, cor-
respondant au persan yiX_AJl»Lj_iw khâbânîden; ayj^jys^^
de khoïnaoua, 3e pers. plur. du présent du verbe (jàjl^À.
*jJ khoardyne aoua, en persan {j&jy>r* V^ ^ khourden,
boire de l'eau; cAjw&up guéichentl , 3e pers. plur. du présent
du verbe {j^àtjS^guéichyne , scintiller, briller.
45. Le pronom relatif *5~, devant se trouver à
la suite de u*S j.& her kes, quiconque, ou de *^-j^
her tché, quoique, peut être omis ou conservé à vo
lonté. Exemples :
Syt &jZ**S ^ji^j bélier kes (ki) guéichti1 bezè , dis a
chacun que tu auras rencontré (littér. à chaque personne tu
1 Du verbe ijiJiuàyuéicliÛne, parvenir à , atteindre.
318 AVK1L MAI 1857.
serais arrivé, dis); **yi g i^iyS M&- j& her tchi </
tett hi loié, tout ce que tu aurais empoigné est à toi (litter
quoi que tu empoignerais tien est); *-*-» ,j*S jjb her ket
bébé, qui que ce soit (iittér. quiconque soit).
ujjX? *^5a c^-n,i ^j jU> »S \ySjA K->j^->
fermouié her kes ké piaoa oujine dest dekouié bekoujine, il or-
donna : chaque personne qui, homme ou femme, tomberait
entre les mains, tues!
46. Nous avons déjà dit que les Kurdes pronon
<nt leur pronom relatif, tantôt *S"fce et tantôt Shéi.
Voici quelques locutions pouvant servir d'exemple
pour ce qui concerne l'usage grammatical de S l>c>
Exemples :
^ ,^ w». à ^s-> yi S *^ jXàxJ tufenijut ké kei lo péiei de
khavezj , k hsâ que tu Efcu tirer; ^à £+& *J vi)jl«X^-*
mendart ké ke ktebeki derx, l'entant qui a déchiré un livre;
jl^À. a &s\x> yï S *iW-3~ ktehiké kei to teiadé (dedans,
dan* lequel ! de khoam . le livre que tu lis
E. PRONOMS DÉMONSTRATIFS.
\1 Le pronom démonstratif pour désigner l<
objets rapprochés est J am, celui-ci, celle-ci, ceci.
48. Lorsqu'il s'agit d'un objet plus éloigné, on
dit fjt aoua, celui-là, celle-là, cela.
49. La déclinaison de ces deux pronoms n'oiïro
.in«iinc irrégulai m-
ÉTUDES SUR LA LANGUE kUKDE 310
PRONOMS DÉMONSTRATIFS DES OBJETS PROCHES.
Singulier.
Nom. -ï am, celui-ci;
Gén. -l £ hi am, de celui-ci;
Dat. (.1 «j be am, à celui-ci;
Ace. ig) ami, celui-ci;
Abl, *t *V leam, par celui-ci;
Loc. \<y*je\ *S le amda, dans celui ci
Pluriel.
Nom. ^jUi amane, ceux-ci;
Gén. ^Ul j§ /u amane, de ceux ci;
Dat. yUJ *j 6e amane , à ceux ci ;
Ace. 3^»^ amani, ceux-ci;
Abl. ^jUÎ *J le amane, de ceux-ci;
Loc. I»XjU1 »1 te amanda, dans ceux-ci.
PRONOMS DÉMONSTRATIFS DES OBJETS ÉLOIGNÉS.
Singulier.
Nom. jl et Sjl aoua et aou, celui-là;
Gén. &}\ g hi aoua, de celui-là,
Dat. Sjl *j be aoua, à celui-là;
Ace. (£j\ aoui, celui-là;
Abl. 85 1 *J A? ao««, de celui-là;
Loc. \ï}\ *i /e aouda, dans celui-là,
Pluriel.
Nom. yijt aouane , ceux-là;
320 AVttIL-MAI 1857.
^e" t)^' S '" aouane' l'e ceux-là.
Dal. (jl^l *j 60 aouant , à ceux-là .
Ace. jljl uouani , ceux-là ;
. Abl. (jïjt *1 le aouane , deceux-là;
Loc. ItXjf^l *1 /« uouannda, dans ceux- lu
Exemples :
(jt jiK jUl ^jn ■■» .— (j'^t aouane tpme amane ruckènë,
ceux-là sont blancs, ceux-ci sont noire. — jà-o a! jû yl^l
ijj->* *»*■»>' aouane ke le piéch eemi deboune , ceux qui exis-
taient avant nous.
50. jjtjJ aouane est synonyme de yUS' /f«an*.
ceux-là.
r. PRONOMS INTERROGAT1FS.
51. Le pronom interrogatif Jfkam, lequel II
quelle? au pluriel yt/ç»^ kamiâne, se décline comme
le démonstratif *l am. Voici quelques exemples <!«•
son emploi :
c >\j}\ Ka% kame Aourull , tjinll' &ei <tti> |>.ivince? — #1
oP^j,^ cjyLj ! jjt£ju>> J6 le kam djengaetda keoutt
tchaou pi koatt, dans quel bois as-tu vu la perdrix (littér.
dans le milieu duquel bois la perdrix (keutt) l'œil aperçut) ?
<—>j— i jXi « > A t;l -\^ *io teih A/io 6<pé Àam ic/ief/ fdou
kyrt, dis, toi-même, si tu as jamais fini une affaire (littér.
toi-même dis laquelle ton affaire (ich) accomplissement fit)?
52. L'emploi des pronoms interrogatifs *5 hé el
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 321
A&. tché, ressemble à celui des interrogatifs persans
S ki, qui, *&- tchi, quoi. Exemples :
*j%ô *i£ ké é deroa, qui est-ce qui marche? («y^ deroa,
du verbe {M$j roïn, marcher). — *»jà *=*. tché derèi, que
dis-tu? — jV>^ (£* *$ ($JiS <*£». tché ktebi ke deikhoani,
quel est le livre que tu lis? — là ^y À ^-»S kéélè toî da,
qui est-ce qui t'a frappé? [\z> gyi *J lé toî da, pour (£j-->
ià^*J toî léda, du verbe yà^ai leedène, frapper). — £
ZfiJjhi ké é, à qui appartient-il ? (mot à mot : cujus est?). —
iàà *j *j be ké deda, à qui a-t-il donné ? — ïjJ&yS cy ao
Are ett koucht, qu'as-tu tué ? — owwuu cy /o >S /e Are ett biste,
de qui as-tu entendu? ; — ts^mftf f *-5^*i (*—*!) *"* ne 2a~
nem le ké em biste, je ne sais pas de qui j'ai entendu ? — *S *J
kï>jj(S j} le ké ouer guyrl, de qui l' a-t-il pris ? (iïijjSjj ouer
guyrt, du verbe (jZrfyjj ouerguyrtyne, enlever, prendre). —
uy yli 4o *} ?e Are mane jonH, de qui avons-nous parlé?
— SjjÇSà & A j& fykr le ké dekioua, à qui penses -tu?
(liltér. la pensée de qui fais-tu ? HyfSz» dekioua, 3e pers. sing.
prés, du verbe irrégulier m^jJ kyrtyne , ou ij^JS kyrdyne ,
faire ) .
53. L'interrogatif lequel, laquelle d'entre eux, se
rend en kurde par le pluriel ^Lx*^, que nous con-
naissons déjà. Exemples :
J^S (jLa»*I^ kamiane gouii, lequel d'entre eux a dit? —
&j3s j3 f^^\ {j\xd6 kamiane aoni to deteva, lequel d'entre
eux (^jt aoui, de celui-là) te plaît?
54. Au lieu de *&- tché, on peut aussi dire ^&-
tchou. Exemples :
Ml W IU1.-MAI 1857.
1 JJ^Uj y*, tchou ptaouekt ■ . uu bien vy^- vJjL>_j ptuouek
'• -houe, qu'est-ce que cet homme? (Par un idiotisme propu
à la langue kurde, on dit : i ^y .v_=» JjUj piaouek tché
loouné, quel est cet homme? littér. l'homme de quelle cou
leur est-il?)
<;. PRONOMS 1MDKKIN1.S.
55. *SJS^ kiké , placé immédiatement nvèi un
substantif, correspond au pronom indéfini fautn-
Exemptât:
*Cp «iGj rcnyue kiké, une autrt il « i r -O^ <■ ««»».&
ic hic h té kiké, une autre chose; aj\jo *Xa3 ww*«l «p A < A
heiané1, amène un autre cheval.
Ichichlé kiké ou tchaou pekoutyne tchichtë kiké, autre chose est
entendre , et autre chose voir de ses yeux (/yjjX» pekoutyne,
I infinitif précédé de la préposition t-> 64 ou k_> ptf, du verbe
^jj^koutyne, tomber dessus).
56. Le persan^yL^J^s? iekdiguer se rend en kurde
yJs» icfe tyr, comme sos^yJo *1 fe féfcfyr /<im&.;. ils
se frappaient l'un l'autre (du verbe ^*0 UêÊÈÊU
frapper).
57. Le pronom indéfini ^«x^l idi, autre, du vo-
cabulaire de Garzoni, ne s'emploie qu'adverbialement
dans le dialecte de Soléimanié, et signifie encore,
derechef. Exemple :
• jà *ofc &<**>) idi tché devé,(\uc veux-tu encore?
' oLo bfiant, impératif du verbe qL* hrnane, amener, apporter .
,»Uj^ deenam, j'apporte. «U& htenatn, j'apporterai , etc.
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 323
VI. VERRES.
58. La racine prétérit et la racine aoriste d'un
verbe servent de base au paradigme de ce verbe,
comme cbez les Persans. Cependant, les préfixes
verbaux et l'inflexion de la conjugaison kurde sont
assujettis à des règles différentes et que je n'ai pas
pu préciser , vu l'insuffisance de mes sources. Je me
bornerai donc à donner les paradigmes de six verbes
kurdes, tels qu'ils m'ont été dictées par Ahmed
Khan.
59. De même que dans toutes les langues con-
nues, le verbe yy boun, être, exister, est irrégulier
et défectueux.
A. PARADIGME DU VERBE yyi BOUN, ÊTRE.
INFINITIF.
ijy* boun, être.
PRÉSENT.
/od£ hem, je suis;
12& hei, tu es;
AAifc ou * héié ou é, il est;
IgjJb hine, nous sommes;
^jjfc ijî eoua hene, vous êtes;
Ijib yt^i eouane héne, ils, elles sont.
Exemples :
u+ y? fgSb \}\ eoua hene bou myne, vous êtes avec moi,
m H KIL-MA1 1857.
vous êtes mon partisan , -w* y ,j^ ^1^1 touane hene bou
myne, ils sont pour moi, mes partisans.
Pour interroger, on dit.
<S tf» myne km , qui suis-je , moi ? — ^ KkS yi to kiéi ,
qui es-tu ? — *o ju5 ji dou kieiè, qui est il ? — *!»*^ j' <fo"
fcAé iV, qu'est-ce que cela? — -aj **ç\ eemé keem, qui
sommes-nous? — y***j *j^_jt eeoue &« «te, qui êtes
vous? — y^A^y'ft douane keene , qui sont-ils, elles?
Pour désigner la présence de quelqu'un, on dit
jà_« mynem, me voici ; ^-5 toi, te voici ; »j J aoué, le voici .
« A-^»l &me «m, nous voici; j**5>>' <*<""' 00, vous von 1
yyl^l aoaanène, 1m voici.
Ajç4 '.jl;^-* *^ \y^ ^es 'e marava hïé, y a-t-il quelqu'un
dans la maison? — Vj 'jL>^* *-l {jtS ke$ le marava nié,
ii u y a personne à la maison (littêr. dans l'intérieur). —
jljjà ^i>yS kurdi dtzani, savez vous la langue kurde? —
«jtjpj nêzanem , je ne la sais point.
IMPARI AIT ET PRÉTÉRIT
~yi boum , j'étais , je fus ;
^yt bout, tu étais, tu fus;
y» bou, il était, il fut;
tfïyi bouine, nous étions, nous fûmes ;
U}*> bouôoune, ) . . ».
, , J vous étiez, vous lûtes;
et aussi ,jyi I31 aoua boune, )
<jy> yiy aouane boune, ils étaient, ils furent.
ETUDES SUR LA LANGUE KURDE. 325
PLCS-QUE-PARFAIT.
*yi y) bou boum, j'avais été;
^jrjj yi bou bouï, tu avais été;
yj yi bou bou, il avait été;
kj-Ajjj y, bou bouïne, nous avions été;
,jyi y) \j\ aouabou boune, vous aviez été;
fjyi yi y)y\ aouane bou boune, ils avaient été.
FUTUR.
+yii> déboum, je serai;
i£y?à débouï, tu seras ;
y}b débou, il sera;
/jj^ji débouine, nous serons ;
y^jàf^i aouadéboune, vous serez;
UL9"?à ol>^ aouane déboune, ils seront.
IMPÉRATIF.
X> X> ta' ta , sois ;
te Ifi by bè, qu'il soit;
(jvj «j 6e byne, que nous soyons, que vous soyez,
qu'ils soient.
PROHIBITIF.
Ax* mébé, ne sois pas, pour toutes les personnes.
On dit aussi:
Xka x«J lemé mébé, ne sois pas ici; et, à la 3* pers. (avec
la négation y n ), Axi x*J /émé /ieta, qu'il ne soit pas ici.
60. Le conditionnel d'un verbe kurde est iden-
tique avec le futur. Exemples :
SHt AVRIL-MAI 1857.
(•jj^ -V^Sè^ s^ 3' j5ï eguer aou lem beheyaïé débouta,
s'il n'avait pas empêché, j'y serais. — *X y* j5l c^aj -:>
JS»L»^j '/<m guyrit eguer (0 lemé bouyaié, j'aurais pris, si tu
étais ici. — (**"} ° jl *«?^V ^j'j^' <*<Jo^r °ou /em<*
aebouyaiê ez da uouslym , s' il n'était pas ici , moi , je dormi-
rais. — Sali yj àjWjJ * J^y*"J^* e^a^r soar de bouyaié
lem dadé, s'il montait à cheval, je l'aurais frappé (lemdadé
pour emdélédé).
6 1 . Je crois , sans pouvoir l'affirmer, que le par-
ticipe passé du verbe substantif q^j boun , est *A>>
bouyaié. Quoi qu'il en soit, il <>t certain que *^y
bouyaié, précédé des pronoms personnels el des pro-
nom verbaux ($ 33), se conjugue comme on vient
«le le voir dans les derniers exemples.
B. PARADIGME DU VERRE yïjSy^. KIÎOARniNK, MANGER.
62. On distingue ici facilement les deux racines
de la conjugaison persane ($ 48), racine aoriste ^-»-
khou et la racine prétérit a^l^i..
■■ffiainr.
jijl^»- khoardyne, manger.
PARTICIPE PASSE.
•*j\y±~ khoardè, mangé.
PRÉSENT Kt PDTOR.
fj^-s dekhoum, je mange, je mangerai;
i££À.à dèkhoï, tu manges, tu mangeras:
l^j*»i dekhoâ, il mange, il mangera:
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 327
-w»À.i dekhoïne, nous mangeons, nous mangerons;
ijy^à \}\ eoua dekhoune, vous mangez, vous mangerez;
(j^i.à (jî^t éouane dekhoune, ils mangent, ils mangeront
IMPARFAIT.
-ijj^ita. khoardem, je mangeais;
ey^)l_y^. khoardett, tu mangeais;
©àji^i. khoardé, il mangeait;
Uàjl»j^. hhoardima, nous mangions;
b'àjl^âfc. khoardtâ, vous mangiez;
Uàpl^ah. khoardya, ils mangeaient.
PRÉTÉRIT.
>))jà. *i dm khoard, je mangeai;
.ij^sw cyà e?e££ khoard, tu mangeas;
i^î^j^ c£à ^ei khoard, il mangea;
^jî^j^- (jbà demane khoard, nous mangeâmes ;
i)!^^. ybà detane khoard, vous mangeâtes;
à;!^. yl»à deiane khoard, ils mangèrent.
PLOS-QOE-PARFAIT.
*yj Sijijjsh. khoardé boum, j'avais mangé;
uyjj *ijl_j^. khordé houtt, tu avais mangé;
^j SijL^. khoardé bouï, il avait mangé;
yUjj 8$j\j~*. khoardé boumane, nous avions mangé;
bjj Sàjt^Â. khoardé bouta, vous aviez mangé;
jjU^j Sàjîj^. khoardé bouiane, ils avaient mangé.
IMPÉRATIF.
y& bkhô, mange;
\y& bkhoâ, qu'il mange;
cSj-s^' bkhoï, mangeons;
j^-^ bkhôou, qu'ils mangent.
AV H IL. MAI l
PHOHIBllir.
y£* mkho, ne mange pas;
\y& nkhoa , qu'il ne mange pas ;
^y^ nkhoï. ne mangeons pas;
)y^ nkhdou, qu'ils ne mangent pas.
53. Pour donner plus d'énergie a l'ordre, soil
positif, soit négatif, l'on se sert du préfixe •> <l
mples :
y-^$ de bkho, mange donc;^-i£d de mkho, ne mange
point; \j*m\yts\j rn htvmlé, arrête toi ; A**»L^ofj ra mrrastt ?.
n'arrête pas loi
54. Les temps du mode optatif sont les mémei
que ceux de l'indicatif.
55. Pour former le conditionnel, on met jS\
equer devant un temps passé. Exemple :
■v_> \.*.m-^ }\ S\ Sj^y*- |*^ dem khoard eguer aou brhrch
taie, je mangerais s'il me le permettait.
56. Ahmed Khan pense qu'il n'y a aucune forme
particulière pour désigner l'action à venir, et que
tous les futurs kurdes font autant de présents, et
vice versa.
C. PARADIGME DU VERBE (^l* HATTNB, VENIR '.
57. Le verbe ^^ hatyne, venir, offre cette prin
1 Le verbe .jJ'L* a dem formes pour son temps présent; une
que nous avons donnée, et l'autre qui est »«l *3 dem oava, je
viens; dru omva , tu viens, etr.
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 329
cipaie irrégularité qu'à l'impératif ïh aspirée ft , se
change en & i.
INFINITIF.
(jï\& hatyne, venir.
PARTICIPE PASSÉ.
Aj'Uû hâté, venu.
PRÉSENT ET FUTUR.
j»Ufci deham, je viens, je viendrai;
^Ajà Jeiei'j tu viens, tu viendras;
cyXO deiett, il vient, il viendra;
Qi!*!>à deieïne, nous venons, nous viendrons;
y^oà <&ène, vous venez, vous viendrez;
y^ôi «feèwe, ils viennent, ils viendront.
IMPARFAIT ET CONDITIONNEL.
|OôU& hatym, je venais, je viendrais;
tjUb fca<y, tu venais, tu viendrais;
c^Ufr Ziatt, il venait, il viendrait;
(jOufc hatyne, nous venions, nous viendrions;
(jjjUfc hatène, vous veniez, vous viendriez;
(jjUft ^Ijl eouane Ziatè/ie, ils venaient, ils viendraient.
PRÉTÉRIT.
Ajlfcà dehatym, je vins;
jLfcà dehaty, lu vins;
c^Uûà dehatt, il vint;
(jj^jUûà dehatyne, nous vînmes;
O"* *" dehatène, vous vîntes;
(^jub:> yî^l eouane dehatyne, ils vinrent.
330 AVRIL-MAI 1857.
PLC3-QCE-PARFAIT.
+yi AjlA hâté boum, j'étais venu;
s^iyi K>\J> hâté bontt, tu étais venu;
^y AjlA hâté bouy, il était venu;
\jjj} AjUfc hâté houîne, nous étions venu*
(jy, *j\& hâté bouène, vous étiez venus ;
Ijyt AjLft hâté bouène, ils étaient venus.
IMPERATIF.
t-Ki beé, viens;
<-<s>a»> beiète, qu'il vienne;
^Ayu beieïne, venons;
«Jjju bmtné, venez;
Joaju (jl^l «oiuuu 6*iew, qu'ils viennent.
D. PARADIGME DO VERBE (j+~»& HBCHTBNB, LAISSER
S'ECHAPPER.
58. Le temps présent du verbe (j-*-^ hechtène,
laisser s'échapper, lâcher, prend unj r et change
le • h aspirée en é. Ahmed khan ne pouvait pas se
rappeler l'impératif de ce verbe. Je crois qu'il doit
ctre^yé* bhir, car l'impératif persan de ^£6 hich-
tène est J^ hil, et les Kurdes changent souvent / en r.
INFINITIF.
^.*<£.tf> hechtène, lâcher.
PARTICIPE PASSÉ.
»,VA,rf> ArcAfl, lâché.
PRESENT ET FUTUR.
*yjà déerem , je lâche , je lâcherai ;
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 331
^jji deéri, tu lâches, tu lâcheras;
tfjjà déérè, il lâche, il lâchera;
kj^joa déerine, nous lâchons, nous lâcherons;
. c^jà déeritt, vous lâchez, vous lâcherez;
yj*>à déerène, ils lâchent, ils lâcheront.
IMPARFAIT ET CONDITIONNEL.
<<\*»4 hechtem, je lâchais, je lâcherais;
oOL&of» hechtett, tu lâchais, tu lâcherais;
(^i-iiJfc hechti, il lâchait, il lâcherait;
(jLjJL&fl hechtemane, nous lâchions, nous lâcherions;
(jU£&.tfr hechtetane, vous lâchiez, vous lâcheriez;
(jUàL&tf» hechtiâne, ils lâchaient, ils lâcheraient.
PRÉTÉRIT.
*à </em hecht, je lâchai;
c^à Je» hecht, tu lâchas;
^à Jei hecht, il lâcha;
yUà demane hecht, nous lâchâmes;
ybà defaree Jiec/if, vous lâchâtes;
ci»«&fl yl»à deiane hecht, ils lâchèrent.
PLOS-QDE-PARF A 1T.
-jj fiùiï+A hechté boum, j'avais lâché;
cajj AJC-i^ hechté houtt, tu avais lâché;
^j xiUïafc /iec/ité 5oaï, il avait lâché ;
yU^j <!&&& hechté boumane, nous avions lâché;
(jb>£j &JL&J* hechté boutane, vous aviez lâché;
yl»jj A&Aig hechté bouïane, ils avaient lâché.
E. PARADIGME DU VERBE yij^ kftdyne , FAIRE.
59. La racine aoriste du verbe y zjS' kyrdy ne est
d ké, et la racine prétérit z>jS^ kyrd.
332 AVRIL-MAI 1857.
INFINITIF.
yijj kyrdyne, faire.
PARTICIPE PAS5F..
•SjZ' kyrdi, fait.
PBRSENT ET FUTUR.
«5^ dekem , je fais , je ferai ;
£$ dekei, tu fais, tu feras;
& deka, il fait.il fera;
ijS* dekéin», nous faisons, nous ferons;
c**Sà dekéite, vous faites, vous ferez;
^fcà dekane, ils font, ils feront.
IMPARFAIT ET COEDITION* EL.
c^S~~à <fem Ayrt, je faisais, je ferais;
4^S"«^o </«« Aryrt, tu faisais, tu ferais;
c^3"t£d déi kyrt, il faisait, il ferait;
^j>5 yUi deman kyrt, nous faisions, nous ferions;
cj*5^bà </«/«/te kyrt, vous faisiez, vous feriez;
«jyS'^Là deiane kyrt, ils faisaient, ils feraient.
PRETERIT.
-àjj kyrdym, je fis;
oy kyrdytt, tu fis;
i&Sy kyrdi, il 1 1
ijU:>p kyrdymâne, nous fîmes;
tjk:^p kyrdytâne, vous files ;
tjl»^P kyrdyane , ils firent.
4r
PLCS-QCE-PARPAIT.
*^> »^j^ ty^ fcoiim, j'avais fait ;
cj^j »i»J ftyrrfc /wm/f, lu avais fait;
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 333
^y) «àjj hyrdé bouï, il avait fait;
^U»^ 5àp kyrdè boumane, nous avions fait;
ylï^j 6Z>jj hirdé boutane, vous aviez fait;
(jljkj Hïjj kirdé bouiane, ils avaient fait.
IMPÉRATIF.
\Ôz> àeké, fais;
fco 6e&a, qu'il fasse;
(^jv5o bekine, faisons;
o-v£j bekeitt, faites;
o0>£> bekent, qu'ils fassent.
PROHIBITIF.
dLe meké, ne fais pas;
ISo ne&a, qu'il ne fasse pas;
(jvXj nekine, ne faisons pas;
<_ a-aXj nekeit, ne faites pas;
ovà5j nekientt, qu'ils ne fassent pas.
E. PABADIGME DU VERBE yli IMiVE, DONNER.
59. Le participe passé du verbe yî:> dune, don-
ner, se forme irrégulièrement.
^i:> dane, donner.
PARTICIPE PASSÉ.
là da, donné.
PRÉSENT ET FDTDR.
-à à dedème, je donne, je donnerai;
^ài dedei, tu donnes, tu donneras;
*:>:> dedé, il donne, il donnera;
M AVRIL-MAI 1857.
yrfii dedeine, nous donnons, nous donnerons;
c^ykjà deteitt, vous donnes, vous donnerez
cxjJà detentt, ils donnent, ils donneront.
IMPARFAIT ET CONDITIONNEL.
ti -!:> </</m </u, je donnais, je donnerais;
là »->:> </«// da, lu donnais, tu donnerais;
là ^à ./< i </<i. il donnait, il donnernit;
là <jlo domine da, nous donnions, nous donnerions,
la ^ Uà (/t-/<//jf da, vous donniei, vous donneriez;
là ,jL»i dViaJW da, ils donnaient, ils donneraient.
pairira.
1*1 à dam, je donnai ;
^.jlà date, tu donnas;
^là '/.ii . il donna;
(jUlà damâne, nous donnâmes;
ylttlà datane, vous donnâtes;
,jUi daiane, ils donnèrent.
PLUS-QOB-PARPA1T.
»_jj là d« Aoum, j'avais donné;
taspf là </u 6ouM, tu avais donné;
^^-> là ./.i bout , il avait donné;
^jU^> là (/a boumane, nous avions donné;
(jU^> là Ja boutane, vous aviez donné.
jl»_jj là da bouiane, ils avaient donné.
IMPERATU.
*«Xj bédé, donne;
l*>o beda, qu'il donne;
(j4«K» bedein», donnons;
c*,>4>s> bedeitt, donnez;
*-aJ*Xj bedentt, qu'ils donnent.
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 335
G. PARADIGME DU VERBE (J^-wjî ÉOUISTÈNE, DESIRER.
60. Le verbe (5<-**y éouistène, désirer, deman-
der, a pour racine aoriste, o$î oué, et pour racine
prétérit &jL*»}\ éoaisté.
L'impératif, à la 2e personne du singulier, est
o^Uj betouvé, pour beouvé.
INFINITIF.
(jvwjl éouistène, désirer.
PARTICIPE PASSÉ.
AJCrfwjl éouisté, désiré.
PRÉSENT.
Sjl -a dem éouè, je désire;
6j] e^à dett éoué, tu désires ;
&jî ^à dei évé, il désire;
8jî yUà demâne évé, nous désirons;
§y ybi detâne évé, vous désirez;
5^t /»l»2> déiane evé, ils désirent.
IMPARFAIT ET CONDITIONNEL.
o»*Mjt *> dem éouist, je désirais , je désirerais ;
Ouwjl cyà de££ éouist, tu désirais, tu désirerais;
cvAvjt ^à rf^i éouist, il désirait, il désirerait;
o*-wjî ^Ui démane éouist, nous désirions, nous désirerions;
Ok-wjl /Jîô détane éouist, vous désiriez, vous désireriez;
o»-»^ (j)l»i> de'iane éoaisi, ils désiraient, ils désireraient.
PRÉTÉRIT.
»<ù*$î éouistem, je désirai;
oJUijl éouistett, tu désiras;
336 AVRIL-MAI 1857.
<£MM»ji éouisti, il désira;
^UmU*}! éouistimtinc , nous désirâmes;
yUiU*jl éouis titane, vous désirâtes;
yUx*.jl éoastiane, ils désirèrent
n\w qw mm m
çy» «JU.3I éouitté boum , j'avais désiré .
<->yi XmwjI évuisté boutt, tu avais désiré;
^-» AiU^t Àmùtf Aom, il avait désiré;
^Ujj Aa^jI <touu/«/ bouniane, nous avions désiré;
^bjj «JU»jt A»«ji^ boatane, vous aviez désiré;
WV%* «JU»jt (fboiW bouiane, ils avaient désiré.
IMPERATIF.
»j^û 6etoit6, désire;
'j^î *# 6e t'outa, qu'il désire;
**' U^ bemune éouvé, désirons;
*^1 ^Uj 6e/d/i* <f'out>4, désirez;
*j' U — ta""»* éouvé, qu'ils désirent.
PROHIBITIF.
t^yb nétoavé, ne désire pas;
Ij^t *j n4 ^oara, qu'il ne désire pas;
•3' yU némane éouvé, ne désirons pas ;
ftjt (jL*i nétâne éouvé, ne désirez pas;
•j' yU-» nétâne éowté , qu'ils ne désirent pas.
Ahmed Khan ne pouvait pas s'expliquer pourquoi
ce verbe, au prohibitif, 1* personne singulier, ne
prend pas la négation « mé, mais xi ne.
H. PARADIGME DO VERBE {J*y* GOUTtHE, PARLEB.
61. Les deux racines de ce paradigme appartien-
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 337
nent évidemment à deux verbes, (jj^S goutyne , sy-
nonyme du persan (jjM5~, et j* der, qui rappelle le
,^ji des Turcs orientaux et le « dire » des Français.
INFINITIF.
kj->^j goutyne, parler.
PARTICIPE PASSÉ.
Aj^j goûté, parlé.
PRÉSENT ET FCTCR.
y*jà derem,je parle, ou je dis; je parlerai, etc.
^gjà deri, tu parles, ou tu dis;
&ji> deré, il parle, ou il dit;
kj-rjà derine, nous parlons, ou nous disons;
os^jà deritt, vous parlez, ou vous dites;
^ji derène, ils parlent, ou ils disent.
IMPARFAIT ET CONDITIONNEL.
oyj j»i dern goutt, je parlais, je parlerais;
c^j c^à delt gouit, tu parlais, tu parlerais;
^y^ (S* deigoùtt, il parlait, il parlerait;
*J*~J (jl*à déracine goutt , nous parlions , nous parlerions ;
y_j-3 y*ï> detane goutt, vous parliez, vous parleriez;
^>£ yl»à rfei'ane goutt, ils parlaient, ils parleraient.
PRÉTÉRIT.
/*jjj goutym, je parlai;
oojj goulett, tu parlas;
<£j^ gouteï, i\ parla;
yvjfjS goutmâne , nous parlâmes;
338 AVRIL-MAI 1857.
jjUijj goutetàne, vous parlâtes,
AajjJ goutté , ils parlèrent.
PLCS-QCE-PAflFAlT.
^> Xi^ goûté boum, j'avais parlé;
«_^j AJj5 f/ou/J boutt, tu avais parlé;
^^ Aj^T #ou^ ^oai ' '' avtnt pûdè ;
(jUy Kijj goûté boumane, nous avions parlé,
«->L^j Xijj goutv boutane, vous aviez parlé;
^Ujj KijP gomté botiianc, ils avaient parlé.
IMPÉRATIF.
»*j 6enf, pari»-.
a^j bertu- , qu'il parle;
Qjp bereïnc, parlons;
l«Mpj 6«reil, parlez;
-*-*jj bertntt, qu'ils parlent
PROHIBITIF.
»^« mefvj, ne parle pas;
a^J nertïé, qu'il ne parle pas;
\jJiy neréïnc, ne parlons pas;
>-^j iietcttt, m- parles pat;
oJ^J nertnlt, qu'ils nu parlent pas.
Kn soumettant à l'appréciation des orientalistes
ces huit échantillons de conjugaison, tels qu'ils ont
été dictés par Ahmed Khan, nous ne prétendons pas
avoir épuisé le paradigme kurde, qui paraît être riche
et varié. Au contraire, je pense qu'il y aura plus
d*une inexactitude à rertilin-. aussitôt qu'on réus-
sira à se pourvoir d'un nombre mi disant de textes
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 330
authentiques. La preuve en est que, dans des exem-
ples recueillis de la bouche des indigènes, je trouve
parfois des formes de conjugaison dont on pourrait
déjà compléter notre paradigme. Ainsi , par exemple :
\y*Sz> iS & j-£— » fikr lé ké dekiova, a qui penses- lu?
(Httér. la pensée de qui fais-tu ?). — \y+? j5" ) aguère bekéva,
allume, fais du feu.
\}Z>JS +jS] aguerem kerdova, j'allumais;
tj^S eyj5l aguerett kerdova, tu allumais;
tjijj (£jS\ agueri kerdova, il allumait;
Ij^jj (jUj51 aguermane kerdova , nous allumions;
^&jS Uv^ aguertane kerdova, vous allumiez;
i^ijS (jy^5| agueriane kerdova, ils allumaient.
Ou bien :
^UjUb <JG^jj51 c^jo oz>j\y±. +i> demkhoardéboutt eguer
to né haïtaï, j'aurais mangé, si tu n'étais pas venu. — ^%i>
ajU^j fiXyijS) cyjjp dem guyrll éguer to lemé bouiaié,
j'aurais pris , si lu étais ici. — <*U«ji£> jt *->w^<*J *X ji jS]
eguer aou lemé nebouiaiè ez (moi) de nouslym, s'il n'était pas
ici, je dormirais. — &b l^yéî *->l»j>? àj\yM*jS) eguer soar
dé bouiaié lem da dé, s'il était monté ( à cheval ) , j'aurais
frappé , etc. etc.
Or, nous ne trouvons point \y?i> dekiova, \$i>y
kerdova, Î^Xj bekéva, dans notre paradigme de ij^p
kyrdyn, auquel ils appartiennent indubitablement,
ni <^bL?U haïtaï, dans le paradigme de ^Aa hatyn,
ni ArfVy bouiaié, *->l>yj nébouiaié, *jIjj-j.s> débouiaié,
dans y^-? boun.
340 \\ RIL-MÀI 1857.
62. La conjugaison des verbes composés se fait
comme en persan, c'est-à-dire que les préfixes ver-
baux, et quelquefois le régime, doiwnt être placés
au milieu du verbe et de la partie du discours dé
clinable ou indéclinable qui entre dans la compo-
sition de ce verbe. Exemple du verbe <j«xJiJ leddne,
frapper :
là ^(CLmi a! le seguekane da, il bat les chiens. — {$yi al
là le toi da, il t'a frappé. — I J^a *i le mida, ne frappe point.
Exemple du verbe y*^ iyS gurch kyrdyne, scin-
tiller, briller (littér. faire l'éclat] :
Ij^Ç {jmS'j}j-±* kkerouz guech bekérova, la braise scin-
tille.
Exemple du verbe (jAfl*»j; rakhichyne, s'étendre,
s'allonger :
xC.jvtfc.aK rmU khichem , je m'étends, etc.
63. Le mode optatif se forme, comme en per-
san, moyennant la conjonction aX-ûK kachké.
I.vinples:
K*\ A^UslAà tSjmt kuvhké dehatiaié emé (tous), plaise à
«In -ii qu'ils viennent tous! — f^myi> o— il t£*Jb kachki
enett (cela) denoussine,a\\\ que n'eussent-ils pas écrit!
64. Il faut, se dit en kurde aXj* debéé; il ne faut
pas, ajI u né ebé; il convient, **-£:> dechéé; il ne
convient pas, aaAj nechéé.
\
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. Ml
VIII. ADVERRES.
65. Les adverbes de temps kurdes sont presque
tous d'origine persane ou arabe :
jjw«i emrou, aujourd'hui;
£y^S*© sbhéï, ou (^fisXso sbhéïn, demain;
^LajSS^c }$ don sbhéïni, après-demain;
^A^S-«> A— <* se sbhèïni, dans trois jours d'ici;
&J2J y& chôoa roujek (une nuit et un jour) , l'espace
de vingt-quatre heures;
Or\f &J-? ^m baiane, à l'aube du jour1;
jU**l imsar, cette année ;
jL; par, l'année dernière;
jljju; pirar, l'avant-dernière année;
&jjj _}£ hemorojek, tous les jours;
igjj zoï, ou j>j zo, vite ;
8*XjI=^j,j jW- tchaou kotchandé, dans un clin d'œil (de
q *K_iUs-j5 kolchandyn, fermer) ;
jJSk»S em.ch.oou , cette nuit ;
^5 à douéï, ou (jjJji douéïn, hier;
(^j^àl adouï, avant-hier;
AxÇT djumé, semaine ;
aa4?Î amdjumé, cette semaine ;
jy &*y niméro, à midi;
jîj^î eououar, à la tombée de la nuit;
^j-û J^*j nioué ehôou , à la brume, à minuit;
*it—i^ à dren<7 , tard ;
jjiiij^ hevach, lentement;
' Synonyme de (J£i'S \UU legar guezïng , de nLO /e</ar, avec, et
<*& J kzm<j[, premières lueurs du jour : t^?"^ (J^-jf \S3 legar gne-
zïng delchmi,']e partirai ( £_5^^ detchmi) à l'aube du jour.
342 A\ RIL-MAI 1857.
*JJ~*,*\ emïesté, à présent;
,jl£L *J lé pachane, après;
,^il» pach, ou j*»*£ pîech, avant;
5 Joioo *i /<• piechdé, avant de. •
A^l^ '/iii/zi, ou xi^J hémiché, toujours;
^jU*ji diçdne, encore; vi>l£ yL»*o <ltaUn- hutt,\\
est venu derechef;
gSJui) oueqtych , quelquefois ;
j3\s*.jJjj zotère tchaière , ou^J^- jJjy \i ta zotère
tchatère, plus c'est vite et mieux c'est;
S kieï, quand? S l* ta Mi, jusqu'à quand?
(»(> |.,> .kIv«m1)cs (!«• lieu sont
Js>>> «iriAr, près;
*~) JV £orreSa^' ou *1;^J!> *or ra'» ï°m (littér.
beaucoup de chemin est) ;
-à jiAJ /"«^ <&"», près, tout près (littér. avant la
bouche);
^ r- irfrj puchté ser, derrière (littér. à la nuque);
^L /wcA, ou {Jimf^piech, derrière;
_j-iL «1 M pechôou, par derrière;
X*l ^m^, ou aX /em^, ici;
»^jl oui, là;
xi j^ tar lemè, ici-même , de ce côté-ci ; synonyme
de "&j*\ emla;
»^l j& heroué, là, de ce côté-là; synonyme de «jjlt
$ âoué la;
A4U /eem^, en deçà;
•5^1 *i /«,'oa^, au delà, et dans cet endroit;
^ «^1 noué là, là-bas;
>S^=r ^ hemou djiguê, partout.
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 343
PHRASÉOLOGIE.
I.
Comment vous porlez-vous ?
<*_£_> jLkJSç à* tàj-Â. 2 Merci. La tête me fait un
.. , . peu mal. Je suis enrhumé.
^-^.à *<?.S\ ou/<=?-à **S' 3 Où allez-vous ?
Je m'en vais chez moi pour
U^J^ lJ**-^ *yv» ^oo:> prendre une médecine. Il pa-
o# A»j* Joùu A±iL* raît que Je me suis refroidi.
(£& \j^5 A ii D'où venez-vous ?
I.
TRANSCRIPTION ET SENS LITTÉRAL.
1. Keifett, ton état;» hhoch, bon; è , est.
2. Kkoda, Dieu; hhochett, bon à toi; frefc^, de (-0^7 qu'il fasse;
nehhteké, un peu; serem, ma tête; detché, elle devient, elle fait, du
verbe m*^- tchoeine, devenir, marcher, s'en aller (pers. aj <>-&); he-
rametem é, littér. le rhume à moi est. Les Kurdes disent proverbiale-
ment : 3Jftj «U i^olyb <u 6^ herametem ram board, j'en suis quitte
pour un enrouement, c'est-à-dire, je me suis tiré de cette affaire plus
facilement que je n'ai espéré. Ils disent aussi : 3yj »j jjk o*°îvA->>
be heramett raï bouird, il en fut quitte pour une bagatelle, littér.
moyennant le rhume, il fit son chemin.
3. Koié ou ahoié (pers. L£j ) , où , en quel endroit ? detem, je vais,
du verbe ,>J'U>; maloué, dans ma propriété, c'est-à-dire, chez moi;
dekhoum, afin que je mange, du verbe ^.isLi.; béaql, à la raison,
c'est-à-dire probablement; serniam, le froid à moi; bonm, du verbe
y*J, il est à moi.
4. dei,tn viens (pers. (_$]), du verbe aouadyn, venir.
344 AVRIL-MAI 1857.
^tjyl-Ês^àt jljijj l» «1 5 J'arrive du bazar. Une ca-
ravane est venue avec beau-
JU IjLAjJjÊ, j;j)j XjU coup (\e marcbandises de
*» <** <**> ^ ^3 «* Persc el ?"? Ir,bou'
WXv w wy tiques sont remplies de choses
belles et neuves.
As-tu acheté quelque chose ?
Comment achèterai je, sans
avoir un son d'argent?
Je n'ai pas une obole à moi.
Les marchands ne donnent
rien gratuitement.
Veux -tu que je te prèle
de l'argent? Tout ce que je
-jfi&frj»*** posaède est à toi.
5. lÀ, prép. de; aouAjm, j'arrive, je viens, synonyme de dé-
monta . koattre, marchandise ; I *L» henaoaa, elle apporta ; hâté, est
venue ; frêne frtnami , européen; purent, ils sont pleins; tchtchi
(pars, m»), une chose; tchak, beau; Jjvane, frais, neuf, jeune.
6. flitckett keri, a»-tu acheté quelque chose? de kerine (péri.
7. Tché lount , quelle couleur? c'est-à-dire de quelle manière,
comment? paré (turc para), argent ; em nié, il n'est pas à moi.
8. Est piié nebou, je n'ai rien sur moi ; kickt, aucune chose , rien ;
tkoraî, gratuitement, pour rien.
V. Draoaytt, ton argent, ou bien tertt, ton or; devé, désires-tu?
du verbe coaisùne, désirer; bylt, pouryj , à toi ; drm, que je donne,
du verbe qI.2, donner; bqaerz,b titre de prêt; myne, pron. poss. le
mien; kito, génitif absolu de to, de toi; le tien, ié, est, appartient.
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 345
x_a_j ou bien (^-r*? <suj 10 Allons dans une boulange-
. rie pour acheter du pain.
Lv ;k\ *1 ^ A- ,;> u Asseyons-nous dans la bou-
tique du rôtisseur. Tu y man-
«O* 3-^-5-5' *■ <£— ^^*=> gera <ju T[z avec de l'agneau
^ <_>U^j& rôti-
ot^MiU^ /vL^iL j $3 12 Avec des aubergines et du
. . lait caillé, tu boiras de l'es-
IjjUbji* dL^JyU <ïï*^jfi §ence de fleurs de sauje_
II.
SI J'ÉTAIS PACHA.
Xj) y*y* Ulll* (j* s) 1 Ah! si j'étais pacha!
cjj. ..«s^à ^^^ — aa> <jl)à 2 Sais-tu ce que je ferais? Je
10-12. Beié, viens (pers. Lo); betchine, partons, allons-nous-en,
du verbe y«a, , synonyme de i>Jj>J beroïne (de ^^jj» marcher);
le pieda, à la recherche, après; bekrine, afin que nous achetions;
leoaé, adv. là, où; />Zau, du riz cuit à l'eau; 6/f/ioi,afin que tu manges
(de y3}L^); leguère, avec; berkh, agneau; badïndjane , aubergine;
bidmichk, eau de fleurs de saule, boisson favorite des Persans; be-
kholnava, tuboiras; de khoardène ava, avec Vn euphonique (pers.
y}^^}), boire.
II.
TRANSCRIPTION ET SENS LITTERAL.
1. Boum nié, que j'eusse été, de /j^j.
2. De zam ', sais-tu ? tché em dekyrt , ce que je ferais; mezqanuttj
IX. *3
IM W KII.-MAI 1857.
*} u^sà *f*£i k-*^^>* me fera's L'-'1" '"" mosquée
a^, dans mon voisinage.
y~>jS$ ^y+x? y^~ *3^ 3 -'*' lu y 'i'ra's fa'rp nne ma>
y rieuse, a\«, un «-t.-mg ••• nu
•^— » *ï •>'.*-"• *^ 4i>— ** jet d'eau nu milieu
(*^**jJ\A j •% 3,y k$ >i Tous le» jours, de bonn.
i , i .1 V" li< ure, je me lèverais, et, n
hbj-" u-v "v ^^ jeun.apn-» la prière du ma
^^ *^^ a-ix^w tui . j'irais prendre un bain.
,_ïL» •+£=>> aaj ^_>«^ 5 On y verrait aussitôt un
. n ^ *. ^- i i irarçon de bain venir a ma
■* ^ ^ ; ^ rencontre et prendre mes pan
•/— 5^ t ou Iles.
mosquée; irA em dekyrit, une (mosquée) je ferais; le nttiq , ex pm
l'ii»|iio, près de.
3 llann.h, roitr; yaourt, grand, spacieux ; 6e bouaié, du vertu
jjy i Aooa:, étang, pièce d'eau; /mira, jet d'eau (arabe » J j); ir
«i^au nura , dans le centre même (idiotisme kurde), littér. de l'int-
■ ieur (neoaa ou néiou), tout droit.
h. Peikaldestrm , je me lèverai*, du verbe (jLu** ^ • »* l«v'r <"»
«ursaut, dont l'irrégularité consiste dans l'interv* otion de la»oj
I a et de la consonne J l, présent, kaldestem, prétérit *y *<wU ;
impératif «x~J U>, prohibitif <a^.UU> ; .-«/, ventre; nuclua, à jeun
• |in n'a pris aucune nourriture; le pack, avant (pers -jiuj y); nîroiy,
prière (pers. jvo); detckmé , synonyme de dechme,<lu verbe m»* ou
5. Tchaoult pU dekouvé , du verbe composé ^vJ'y **J <->j^
trkaoatt pié koutynt , voir, laisser ses yeui tomber sur quelque objet ;
rt«/yr, barbier, garçon de bains, dont le devoir consiste à raser et A
ma.«ser les baigneurs; be piramoune (pers. (jO~»f .jÏuaj ), venir à la
rencontre de quelqu'un; ~S kêouck (arabe jiàj), pantotiflV
haldeara,\\ prit, du verbe composé kal auyrtync , enlever, premln
i ii.|m>, n i ijuelque clinae pour en avoir toi*,
ETUDES SUR LA LANGUE KURDE.
:J47
ou bien % * *—> à I à jày-2^
ou bien S y A— il— ^ j y B— ^-*->
) ^/«jVA,* ^x<» *'«***' ou
J'entre dans le bain , je me
dépouille de mes vêtements
et me fais tout nu.
Je me ceins les reins avec
un tablier , j'entre dans l'inté-
rieur des bains et je m'y étends
par terre.
Le garçon me verse de l'eau
tiède surla tête, il masse adroi-
tement tous mes membres; il
fait craquer toutes mes join-
tures, mes genoux, mon épine
dorsale, mon cou, mes coudes.
Avec un gant en laine, il enlève
l'épiderme morte.
6. Jour aoua de dam^littér. dessous lui je donue, c'est-à-dire j'y
entre (jour, pers. o», dessous); djoul, vêtement; da deknem, j'ôte,
du verbe dakendene, dépouiller, ôter, écorcher ; roum, nu; de kc-
mouvu,je me fais, présent du verbe y^X
7. Pechtmar, serviette, tablier de bain ; deguermova, je prends,
présent du verbe .jj Jigyrtyne ; hôouz khané, synonyme de khezané ,
nom de cette partie des bains où il y a tout ce qu'il faut pour se faire
épiler, et une baignoire remplie d'eau chaude; radehichem, du verbe
rah.ich.yne, s'étendre, se coucher de toute sa longueur.
8. Aoaï chelé, eau tiède; demchelè, du verbe L>JLi chclcne, pétrir,
macérer, masser; djemouchguehc , jointure de deux os,littér. la place
du mouvement; detakéené, du verbe si e— .IV takenync, faire ré-
sonner quelque chose, produire du bruit; ejnoum mes genoux; es-
loum, mon cou; chane, dos, épine dorsale; anyche, coude; kicé ,
bourse, se dit d'un gant grossièrement tissu en fils de laine, dont
les baigneurs en Orient se fout frotter la peau; char, étoffe de laine
(pers. JUi) , les Kurdes prononcent souvent J / comme » r; tchirk,
toute sorte de souillure, épiderme morte qui se laisse facilement
enlever.
MS AVRIL-MAI 1857.
j^li y^_>L»« *j \ £*£*.*$ 9 II me lave avec du savon
Je me fais épiler. Il me peint
les pieds et les main* avec du
ht n.i. Il me rase proprement
la tête, et il teint ma barbe
avec du héna et du veamé.
Après quoi , il me rafraîchit
froide. Je sors du bain tout
propre et rajeuni. Je déjeune
avec des confitures, et avec
quelques friandises menues.
Enfin .je fume trois ou quatre
narguilés avant de me rendre
J^ fc«H* *** ta* iÊ% * à «a salle d'audience, pour
. ^,^1^ erouter les plaignants.
ô_» »iU> uiU S'jtéït 11 Le» plaignants, un à un, ex-
9. Darou, drogue, pour savon épilatoire. que les Persans appel-
lent tsj\p*ti, pied; deauiré, il prend, pour il peint, il enduit.
tout:, propre, pur, synonyme de ^U ; détaché, il rase, du verbe
Uickyne pers. (•)£&tl«?)i rdtne, barbe; deké, il fait.
10. Qedri iek, un peu; tard, frais, froid: />i/da J<rAV, il met
dessus, du verbe piéda kyrdyn, mettre dessus , enfoncer ; damé, je
vais, je sors, du verbe oU>; touaiu, je suis, du verbe (jy.'
ùrroua, dehors, par opposition à i »Xa maroua, dedans. Cependant
M dernier mot s'emploie exclusivement en parlant de la partie inté-
rieure d'une maison, où habitent les femmes; la partie extérieure,
nu Ion rri/'u \& tiommes, porte le nom de »•)«'} jourova, l'exté-
rieur, comme chex les Persans j*yO fciroiini et J,»»i>j| enderoum.
Tckeckt, le déjeuner (pers. ,_>~s^)» tchichtek, une chose, quelque
chose; ouyrdé , petit, menu; lé pack ont, après cela; dinant khane,
salle d'audience-, chkatt , plainte, grief (arabe o-> I *— * ) ; pursine ,
demander, écouter les griefs.
11. Ckkatker, celui qui se plaint; kkoïaiir, pltir. de khoi , soi
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 34'J
^*Sz> (j?j* {$&*> uk?**" posent leurs griefs. Suppo-
sons, par exemple, qu'Ahmed
\yÂ.&& >y.£ ^ïg à^A a tué ie frère de Mahmoud L(>
^oUaJu *^=>Sj^\ ou»^-i Koran ordonne, dans un pa-
reil cas, de recourir au droil
&jS-i (j&ij $,jr3 •* «^-A-t1- de talion, sauf à satisfaire à
i „ » . i ..i.. — m l'amiable les héritiers du dé-
.,,, v ? -^ w lunt; mais le meurtrier est
àj^jI ou bien xj o$i pauvre. Or, voici le moyen d'y
aviser :
A.-=n i«X_> <y^L*s> J^j'lï 12 Le meurtrier donnera une
I i i a cau^ion de verser tons les ans
*-*M-2-' cyJ— ** J ^' cent piastres dans la caisse des
ji, à - |A_jà^b <*_^>oj_i» héritiers, jusqu'à ce que la
^ somme convenue soit entière-
.xJU ^y». j^* *i cu-u.i ment payée. Quant à moi, je
renonce à toucher les hono-
raires qui me reviennent de
droit en ma qualité de pacha.
^1 à.1* dl—j d) **— > 13 Un juif acheta à Kerim un
même-, dekène, ils font; ferz dekem,je fais la supposition; braï, ac-
cusatif de bru, frère; kuchtoa,\\ a tué; emr deké, ii fait l'ordre, ii
ordonne ; piek dé, il est possible, on peut; bekré, du verbe kyrdyne,
faire. Il paraît que ce verbe, chez les Kurdes, a deux impératifs :
beké et bekré, fais; kaiyl fekyr é , le meurtrier est pauvre ; âouta, voici,
de dou, ceci, et a, il est, avec un ç$ t euphonique synonyme de aou
\e, ceci est.
12. Katyl, meurtrier. Dans ce récit, il y a beaucoup de mot»
arabes parce qu'il s'agit d'une procédure selon la législation arabe
du Koran. JWa, ii donnera, de ^\\^;hemou sareke, pour hemou sa-
leké, tous les ans; soit (pers. jc«o), cent; (a, jusqu'à ce que; khouéké,
prix du sang, somme convenue pour le rachat de la vie d'un meur-
trier; taou, entièrement (arabe ^Lr ); mnich, et moi aussi, quant
à moi; desl halguyrtync. lé, retirer la main de, c'est-à-dire renoncer
à quelque chose; hayqui khom, accus, mon droit, les honoraires.
13. Djéouékc, un juif (angl, jew); krivé, il acheta, du verbe ^Ji
&
3M> W RIL-MAI H
aIL» A^s+ijs=3 *i &yjj£=> jardin. C'était d.m> un mue
4*1* <jU jî^r b a&LS" de dist>1U'' "' K,'"M1 ,,,,mu
>-^7 ./ pour quatre totnans un jar-
K*\ A^Ji jUi s->j*~ ij+j Ji,, qU; m va|ait ci,1(j ceilt>
aj jC fct . *^L-wx>l l<* J3J ^n P"11'1'0" d'une si grande
, . injustice, je reprends le jar
~ * OÏD d entre les mains du juu,
jS) ^LaJLjl ^y^jjS^t Sj)\ et je l«' restitue | keriin.
I.nlin, si |i> juif m'importune
avec ses cris , je lui fais rendu
ses quatre toaaaju.
Aprt !i quoi j'ordoniM
de nous faire seller mes che
vaux. Nous allons à la chasse
A-*l <jL$ jjl^_ f y\j au sanglier. A peine Miinines
X'i < \s t nous arrivés au bord d'un tor-
j <^-»>-a_> y ^/•"^ ren» qUe |cs c|,i(.ns en font
*^,> sortir un sangli< I
knnr, acheter; yuirantké . cherté, disette, lamine./ 1, il donna ;
tekoar, quatre; pirnr $ott (pers. jc-3 Jo ) ; dtemt , il rapportait.
: .i-dire il vaut, du verbe ,jL* hemwe, apportai Nous , wiuaia-
son* déjà le» verbes d >ut l'a ai liangc en 4 dans le para-
digme. Am é, ceci, cet achat; :or, beaucoup-, é, est; de slïennwui a ,
je reprends, du verbe QjoLwI ettandyne (pers. /j jJUm>)i saiaii
de dont, je donne-, le pronom éoma se rapporte au jardin; iniihat.
substantif arabe employé adverbialement, enfin; :ori, beaw
trop; (fiioul ou quoul, tapage discussion. Il y a ici un verbe sous
tendu, beroatoua, littér. j'aurais fait pafcttMWer i rir-iuîn ; du M I"
neutre roinr, aller, on fait un wrl.e transitif {jii\\\ routent- . (ai*
faire rendre.
14. Amant, dat. plur. pour nous; deguéiem, je dirai; tint dekine ,
faites seller; ruôn, subst. chasse; btraz , sanglier mâle, dont I
nielle se nomme ^yJ^* malos, et leurs pourceaux ;iy *\}jf. h
meute, aussitôt que; umé, nous; dcke'mc, nous arrivâmes, nous attei-
gnîmes; tekem, un courant d'eau et son lit-, iékanek, sanglier qui vil
tout seul, <pii ne suit pas son troupeau [odyntec).
°jiL> d
plUA
wj >~A~W/i fJlSjJjAÀ* Aj
16
<->y~=>
tt**Mj*' v&* ^
^b ^a
•#
H>-?-
, — S^\j j ^C*
17
AK_fri
xJL»ii ^_$ *>
Ojjà
ÉTUDES SLK LA LANGUE KURDE. 351
^Là o»— £— > iJ »_$ >i 15 De tous les côtés, les cava
liers s'élancent après lui, en
vA)* d*-*-? vi^ O*^** s'écriant tous à qui mieux
vfrj* & ^ ^> àuk «*M* nîieux : ■ Allends - va»rien . i»
n'échapperas point! » — Ne ti
jjj^lgj tiLfcij' i^3 ^*o^i» rez pas sur lui, il y a trop de
m .. monde ! »
« Frappez-le avec vossabres.
Lâchez la bride, force d'é-
triers , et serrez-le de près. «
Les chiens et les chasseurs
se dispersent de tous les côtés.
Quelques-uns (les chasseurs)
l*L>^ dL>* & &* tombent lun aPrès lautre;
leurs turbans se dénouent.
15. Laie koué, les côtés, de part et d'autre; douaoai koutyne, tra
quer, suivre derrière quelqu'un. On dit, par exemple : <^}\jb <_£U<>J
bédouaoui hatt,ii marchait après lui. Dereïne, ils disaient (pers. 3woL>),
namertt, vaurien, coquin; nekei, qu'il ne fasse point ; nchaouïjine, ne
tirez pas, du verbe (JSjaU> haouityne, tirer du fusil, de l'arc, etc.;
kabalyq, cohue, foule; zor é, il y a beaucoup.
16. Chir (pers. ja^suj), épée, sabre; par taou kyrdyne , encoura-
ger, exciter, littér. faire plein d'ardeur; aouzeng, étrier; koalt, impér.
fait tomber, frappe, du verbe koutyne. On sait que les Orientaux se
servent de leurs étriers pour piquer leurs chevaux, comme nous
nous servons de nos éperons; beré doaaï, après lui, à ses trousses;
danyne, mettez-vous, c'est-à-dire poursuivez-le, du verbe ,>j[3 da-
nyne (pers. (j.}IaJ), placer, mettre.
17. Raouguere, chasseur, de raoa, la chasse; pariva (pers. |~j
*i>i £->) , dispersé, ôpars, d'où le verbe q*j j'o, se disperser,
s'éparpiller; hemou (pers. *^&); laïké, côté; daghle, ils tombent, du
verbe ^.lè ghlane, choir, tomber de haut en bas; fouti, turban , coif-
fure des Kurdes; pariva, ils se dénouent, ils se détachent.
352 AVRIL-MAI 1857
(fmJ\ j\y~. s%jy* jyz==> 18 Mon tils aîné , monte sur
un cheval nedjdi , poursuit de
%y <=->* ^jï êy~> ^Sj-S
près le sanglier, qui s'arrête
«j^Sà JlA 0U Jj& tout à coup.
j— * » ^^VJ-^» 19 Mon fils l'attaque tic front.
J la* 3b *jL-i\J^ JLiliy Le 8ang,ier "P05* avec vi°-
lence. Lui (mon fils) esquive
*1 1«X*J ^*^> {JïjQj \î J adroitement. Le cœur me bat
g » ^ i^ i a 'a vue ^" danger. Mais mon
J y* &) « 3 v f,|9 lance son javelot de ma-
^ ^_C rV_f « d) -j U. làUj nière que le sanglier s'affaisse.
sans pouvoir avan<
-A
*■>
•j^-j ^— =r- ^J *^"*" *° Lorsque son arme ru tirant-
18. JCori gomrtm, mon fil» grand (aine); «o«r âoo^, étant monté;
nejdi pour ^ jk^, la meilleure race de chevaux arabes; douai, par
derrière, et douai koutyn, tomber par derrière , c'est-à-dire suivre
quelqu'un tout près , serrer de près; mant, séjour, demeure, mant
kalgmyrtym, prendre demeure, s'établir; en terme de vénerie ce moi
désigne le moment où un animal pasiisulfi s'arrête pour M
fendre contre les chiens et les chasse
19. Dchhe.W va; $tri ugantk,» la tête du sanglier, c'est .i-dire
root) taou deda, du verbe taoudane ( pers. ±\2>\ï <_>L»), donner
de l'ardeur, c'est-à-dire se mer sur quelqu'un , s'élancer t^ter
lence. Eu parlant d'un oiseau Carnivore qui se jette sur sa Utok
Kurdes disent y|j (J&J leng dane, donner un élan ; Ui, «le lui
(pers. J ;f); Ui tapit. him- , il lui échappa, il s'en est sauvé, du verbe
tapitckyn, ic replier; tekaou prkanutyn, l'endroit où les yeux (la vue)
tombent ; molaiki , danger, péril (arabe «jCJLfc* ) ; remnuki, accus, de
ciLtj , mit- l.ince, un javelot; pnada, du verbe peiadyn , jetter de
haut en bas ; be Urkkike, tous les trois mots dérivés du persan et de
l'arabe; iekaneké, datif, au sanglier; rai guyrtyn (pers. (jv*yT 8 I») .
couper le chemin à quelqu'un, intercepter le passage; rai guyrtt, il
le priva du mouvement, il l'abattit, il le fit s'affaisser.
20. Làou, de ce, pour. F «J ; là, côté; tchou boue, étant allé. L'ex-
ETUDES SUR LA LANGUE KURDE.
353
percé le sanglier d'outre en
outre, les chasseurs, accou-
rus de tous les côtés, le ha-
chèrent en morceaux.
Ivre d'aise et de joie, je
passe mon bras autour du cou
du jeune héros , je l'embrasse
sur le front, et je lui dis :
« En vérité, je reconnais main-
tenant que tu es mon fils. —
Bénie soit ta main infail-
lible ! »
pression leou lu tchou boue derâoa compte au nombre des idiotismes
kurdes, traverser d'outre en outre, comme Je fait une pointe d'épée
ou une balle. Deràou, en dehors; lem, abrégé de *£> 4J le hemou, de
tous; lu ou laou, d'une part et d'autre part, expression proverbiale,
comme en persan celle de y* qi y» qj I ; guyrd, à l'entour, au-
tour; boune aouvu, étaient arrivés; deiane patchi, 3e pers. plur. du
verbe de putchyne, mettre en pièces, briser, hacher à coups redou-
blés; qoutt, miette, débris; kerd, un morceau, plus grand que q^JSi
une tranche.
21. Keïf, plaisir, jouissance; khochiane, adj. agréable, suave;
kharem pour tU.., mon état moral; kharem ne 6oa,je n'en pouvais
plus, c'est-à-dire je me sentais débordé par trop de plaisir; destem
kyrdé, ayant fait mon bras , c'est-à-dire ayant entouré avec mon bras ;
estouï, accus, cou ; neioutchaoûane , subst. front , littér. entre les yeux ;
match, subst. baiser; péié ein goutt,je lui ai dit; peié (pers. <_$»j be
net), à lui; berast, en vérité, en effet; kori myn, mon garçon, mon
fils; destytt,ta main; neieché, qu'elle ne souffre pas; les Persans ont
la même expression o^SZ ^O cv**^ destett derd nekuned, que ta
main ne fasse mal l.
1 Voyer nia Grammaire persane , p. 1 53 .
JÔ4 AYKIL-MAl 1857.
*1 ^*Ld yii À, x «--— »_j M L'heure du dîner étant ai
. . . rivée, nous descendons sur
-^ -^ triH ^"^ ZJ* le rivage d'un ruisseau. L'air
^*U. jt u^ï* y iTJ*- C9t pUr et a8r^able a aspirer.
Mou maître d'hôtel nous pré-
l*y—*J ' ■*" O6^^-^" V""^ para un repas; l'écuv i iim
LJLa». jl* w .*> « -r-- " d,anl "lil ,a !,i'r|K' <Iu Fhv
"^ de l'agneau rôti , des gâteaux.
«oUaV^j '^jk 45^"i> ^^ tm ragoul l'e mboIoo, du ht
clùs, de* navets fermentes, et
des boissons rafraîchissantes
-»• . ^ v^__>.. L» jU»l«y
des grenades, quinlesseiK • d«
*->!*■*• U1* vï^ ^" fruits, des cornichons, en un
mot, nous nous régale:
vrais gourmets !
Î2. Irmlik, le manger, mot osmanli; qarvkk, rivage, bord;
ickmek, un cour» d'eau, petite ri v'uVe; Ja> <■:■»■ . Bttér. nous descen-
dons de la selle de nos chevaux; keoua zor khock bon, litn'-r. l'air
force beau était; kelertcki , mot osmanii . kilrrdji , officier préposé à la
garde de* provisions de bouche; sufrrianc (pers. » Ju») , nappr
hkjst, il déploya, du verbe jjv-a.} dakkyHeuc , qui lignifie .1.
ployer, étendre, et aussi fermer. Ainsi, par exemple, on dit ^jjCÙ
dmikkyme, faites-le coucher pour appliquer la bastonnade. Ce verbe a
deux temps présents à l'indicatif: *làO dekham , et aussi f sjwO 2
de dekkam. Il parait que dans les verbes kurde» qui coniimnriiii
par un 3, on peut supprimer cette consonne après le préfixe de,
comme ou vient de le voir dans ^vj ,jLo. qui, rcgulièreim m
devrait s'écrire (j<a U.5 ,jLO- Plaou, rii assaisonné avec du
beurre, des viandes, etc. briani, l'agneau rôti et farci, etc. Pour les
détails concernant le menu du repas du paclia, nous renToyoui le
lecteur au vocabulaire qui se trouve à la fin de ces Études. Nanek,
un pain, se dit généralement de toute sorte de repas ; f en a^ ,
beau, charmant, délicieux; mène kkoard, nous mangeons; khacir>
pour (Lolii rlkkacil, finalement, bref.
ÉTUDES SUR LA LANGUE KURDE. 355
POÉSIE.
Les Kurdes aiment à chanter, et ils improvisent
avec facilité. Malheureusement ils ne cherchent pas
à conserver par écrit leurs compositions poétiques.
Outre le célèbre Dabel, dont nous avons déjà parlé,
ils ont un poëte lauréat, Baba Tahiri, natif de la
ville de Hamadan, qui vivait, ce me semble, vers
la fin de notre xvne siècle. Baba Tahiri a laissé un re-
cueil de ses œuvres complètes, composé de soixante
et douze j\*j et d'un ày*. Le reproche qu'on fait à
Dabel, de n'avoir pas cherché à se servir exclusive-
ment de mots kurdes , peut aussi s'appliquer à Baba
Tahiri, dont les compositions sont plutôt persanes
que kurdes. Nous en donnerons ici deux échantil-
lons :
I.
ftJu t \ *
Xi ^jlwAx*v /îBip ^àLiL*
X) XJULJ> 0^jl«X-fi J£" ^Ijj
La violette des fontaines ne vit qu'une semaine, le coque
licot des montagnes ne vit qu'une semaine. Le torrent qui
mugit est le crieur public des Kurdes. La constance des jeunes
filles aux joues de rose ne vit qu'une semaine.
On voit qu'il n'y a que quatre mots kurdes seu
356 AVRIL- MAI 1857.
lement; #* bé ou y bou, il est; *liLA hetale, en per
san *Jif laie, coquelicot; (jlj-U-ï chilerâne, pluriel de
jkk£chiler, torrent de montagne
Vois-tu cette branche, dont un bout brûle et »lont l'autre
l>out verte de la sève? C'est l'image de mon cœur, qui bn'il»-
< t ijui saigne à la fois. Je partirai , pauvre et oublié, je m'en
irai de ce monde, et, de l'autre monde, j'é< rirai une lettre à
l'idole de mon âme, pour lui dire : «Si mon absence peut
te faire du plaisir, j'irai encore plus loin.
Soutcki (pers. 3j *~w«) , il brûle; kkoun aoué (pers. <jL*^), sang
qui coule comme «le l'eau; riji, il verse, il coule (pers. Jjjyu) ; bt-
cktm, synonyme vackim, j'irai, du verbe ^jj^; btder, à la porte,
c' est-a-dire en vrai mendiant, du persan qjuï ^jj %^, rôder d'une
porte à l'autre; vech 4, il est agréable, il est beau (veck).
Nous n'avons jamais vu les poésies de Dabel;
mais, s'il n'a pas miem mérite oV la langue kurde
que son compatriote Baba Tahiti, allons la oher-
rlicr plutôt dans It Kurdistan . rhez les patres tl Ufl
p.ivsnis illrtti es "lu pays.
A. ClIODZKO.
(La fin a un numéro prochain.)
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOli-TCHIN-TSUEN. 357
ETUDE
SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN,
ROMAN BOUDDHIQUE CHINOIS,
PAR M. THÉODORE PAVIE.
INTRODUCTION.
Il existe, dans la littérature chinoise, toute une
classe délivres qui ne seront jamais traduits et que
rarement les sinologues prendront la peine de lire.
Je veux parler des romans bouddhiques et des
livres écrits par les bonzes, dans lesquels sont rela-
tées les légendes miraculeuses qui causent l'édifica-
tion des sectaires de Fô; et cependant, il ne faut
pas croire que ces ouvrages n'offrent aucun intérêt.
On y retrouve à. chaque instant l'idée indienne in-
terprétée, modifiée par l'esprit chinois. Chez les
Ariens , peuple essentiellement religieux , c'est le
surnaturel qui domine dans la poésie comme dans la
philosophie; les Chinois, au contraire, qui ont été
initiés de bonne heure aux détails plus positifs de la
vie pratique, sont entraînés vers le merveilleux et le
fantastique. Le merveilleux, qui est au surnaturel ce
qu'est la superstition au sentiment religieux, séduit
toujours les sociétés qui commencent à vieillir. Il
3âo AVKIL MAI 1857.
agit plus l'ortemant encore sur orfiëi qui oui été
soumises au régime (Tune philosophie sévère, dog-
matique , et qui s'ad : L'tfpril plus qu'au cœur.
lien avait été ainsi de la société chinoise. Durant
des siècles, elle fut régie, oflicielltMii.nl du poing,
par la raison et le bon sens de Kong- fou -tseu,
qui ne ressemblait en rien au* mahârchis de l'Inde
ancienne. Veut-on savoir , par exemple , ce que cer-
tain lettré du royaume de Lou pensait d'une sor-
cière l'an 638 avant J. C. , et comment il raisonnait
sur la sorcellerie? La chronique de Tso-tchou»>n
nous l'apprend en peu de mots dans le chapitre qui
a pour titre : Ven-koncf dissuade (Hy-kotuj) de faut
hrùler une sorcière.
«Durant l'été, il avait régné une grande séche-
resse; Hy-konjj voulut faire brûler m
qui avait le cou de travers l. — Tsang-ven-kong
dit : m Ce n'est pas par là que les ehVts d«- la seche
« resse seront conjurés. Faites réparer les murailles
« des villes2; restreigne* le luxe de votre table, dimi-
* Commentaire : • Le mol du texte Tub ouo/i</ veut din un.
personne amaigrie par U soutane». Le visage de cette sorcière se
tournait en haut, ver» le ciel, qu'elle implorait pour qu'il prit com-
passion de sa douleur. On soupçonnait aue la plaie entrait dam son nez,
\* HÏn >\ H- JP=* • Voilà pourquoi , à l'occasion de la sé-
cheresse, le roi de Lou, Hy-kong, s'était (d'abord) servi des prières
de cette sorcière pour obtenir de la pluie. Ces prières n'avaient en
aucun effet; une extrême sécheresse désolait les hommes de l'em-
pire , et , à cause de cela , le roi voulait Taire brûler la sorcière. ■ ( Voir
le Tso-tchouen, I. II, p. 19.)
* Une note placée a la suite du commentaire dit ;'i ce propos
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TGHIN-TSUEN. 359
« nuez vos dépenses; veillez à ce que tout soit récolté
« avec soin et à ce que ceux qui ont beaucoup par-
« tagent avec ceux qui manquent. C'est là ce qu'il faut
u faire absolument. Quant à la sorcière décrépite,
« qu'y peut-elle? Si le ciel a voulu que cette séche-
« resse eût lieu et que vous fassiez périr cette femme ,
« est-ce que le ciel ne la sauvera pas? Si , au contraire ,
« elle a eu le pouvoir d'amener ce fléau , vous attire-
« rez , en la brûlant , de plus grands maux !» — Le
prince suivit ce conseil ; et , quoique cette année-là
la disette fut grande, le peuple n'eut pas beaucoup
à souffrir. »
De ce passage, emprunté à la très-sérieuse chro-
nique de Tso-kiéou-ming , on peut tirer une double
conclusion : d'une part, on croyait généralement en
Chine à la sorcellerie et à la magie dès les temps
anciens; de l'autre, les lettrés , accoutumés à porter
sur toutes les actions humaines un jugement calme
et réfléchi, combattaient hardiment les préjugés du
vulgaire. La secte de Kong-fou-tseu admettait les
présages, l'apparition , à certaines époques , du fabu-
leux animal nommé Ky-lin, la divination par les
kouas et par l'ecaille de tortue percée au moyen
d'un fer rouge, etc. Mais toutes ces folies faisaient
partie d'un ensemble de croyances officiellement
admises, et consacrées par l'usage. A la cour des
Tchéou, il y avait, comme à Rome , des augures qui
«Réparer les murailles des villes, quel rapport cela a-t-il avec la
sécheresse? Cela implique la pensée de lever des troupes d'ouvriers
et de les faire travailler à prix d'argent. »
HI AVRIL-MAI 1K57.
se regardaient les uns les autres sans éclater de rire,
et des niait n s qui professaient le grand art de la
divination. Les lettrés ne niaient donc point abso-
lument l'intervention du ciel dans les affaires hu-
maines; seulement, il leur semblait que cette inter-
vention ne devait avoir lieu qu'à de rares intervalles
et dans des circonstances solennelles. Ils avaient
réglementé le merveilleux et soumis le fantastique
aux décisions du tribunal des rit
Kong-foutseu. d'ailleurs, s'occupait surtout de la
terre et de ses habitants. Ce qu'il avait a cosur, i
tait d'apprendre aux princes à gouverner sagement .
aux sujets à se bien conduire et à tous les hommes
à pratiquer les vertus de leur condition, de telle
sorte que la paix pût régner entre les souverains des
divers Ltats qui p pextagetienl la Chine, et la eeo
corde entre les peuples. Son rôle était celui d'un
modérateur, d'un homme d'Ktai qui avait entrevu
les principes de la civilisation etcherchaità les faire
prévaloir sur les caprices d'une féodalité violente
et grossière. Lao-tseu, né un demi-siècle avant lui,
avait jeté, dans une société encore jeune et trou-
blée déjà par bien des révolutions, des enseigne
ments d'une nature tout opposée. Il avait prêché la
doctrine décourageante de l'abstention des œuvres,
de l'anéantissement delà personnalité comme moyen
d'arriver au bonheur; en un mot, le dogme de la
quiétude absolue, dont le dernier mot serait la sus-
pension de la vie active et de la vie intellectuelle
Cette sagesse négative peut bien séduire quelques
ÉTUDE SUR LE SY YÉOU-TCHIN-TSUEN. 301
esprits chagrins ou désabusés; mais elle n'a guère
de chances de devenir populaire, encore moins
d'attirer à elle ceux qui sont appelés aux grandes
charges de l'Etat, à moins qu'elle ne se modifie
et ne présente la perspective d'un bonheur plus ap-
préciable.
La doctrine de Lao-tseu ressemblait beaucoup
au djoguisme indien1, et, comme le djoguisme aussi,
elle conduisit, par l'abus de la méditation, aux rê-
veries et aux visions. Se mettre à l'abri de tous les
maux ici-bas, n'est pas chose facile; eût-on dompté
la douleur, il reste encore et toujours la crainte de
la mort. Les disciples de Lao-tseu en vinrent donc
à se préoccuper plus activement du moyen d'éviter
le plus grand des maux , et ils purent dire à peu près
comme Içvara-Krichna , disciple de Kapila : «L'ob-
jet de notre étude porte sur le moyen d'écarter
toutes sortes de douleurs ; et cette recherche n'est
pas inutile , car s'il existe un moyen connu d'y arri-
ver, ce moyen n'est ni absolu, ni complètement
efficace2. » A défaut de moyen connu pour se sous-
traire à la nécessité de mourir, les sectaires en in-
1 Avec cette différence, toutefois, que le djogui cherche à s'ab-
sorber en Brahme par la méditation , tandis que le sectateur de Lao-
tseu se retire en lui-même, comme la tortue dans sa carapace,
pour ne rien sentir de ce qui l'entoure.
2 Tel est, en le généralisant, le sens de la première stance de la
Sânkhya-Kârikâ :
^ fTFTrm ^cfckdlciJ-rlHi -S ITT^TrU
ih
602 AVRIL-MAI 1857
ventèrent un parfaitement nouveau, qui consistait
dans un certain breuvage d'immortalité; et ce breu
vago n'était point seulement ;'i l'usage des dieux
comme Yamritu des Ariens et l'ambroisie des Grecs;
on pouvait se le procurer sur la terre. Ne point mou-
rir étant le vœu secret de tous ceux qui se trouvent
bien ici-bas, la doctrine de Lao-tseu, ainsi transfor-
mée, devint à la mode dans le Céleste Empire tu
commencement de notn ère. Le désir de l'immor-
talité régna comme une épidémie parmi les Imites
classes de la société, et on vit paraître une foule de
devins et de sorciers qui, à la cour, dans les pro-
vinces et jusque dans les campagnes, prétendaient
enseigner la recette du fabuleux breuvage. Le mot
Tao-sse devint synonyme de sorcier ' ; la philosophie
distraite du maître avait dégénéré en un amour
passionné des biens positifs obtenus par des moyens
merveilleux. Cependant, comme personne, ni les
empereurs, ni les devins, n'avaient pu arriver à se
procurer l'immortalité, la secte perdit un peu de
sa grande vogue dans les siècles suivants. Elle se
partagea même en deux branches : il y eut , d'un côté,
les fous qui continuèrent à faire le métier de devins
et de magiciens, et qui s'appelèrent encore Tien-
ssé u docteurs célestes;» de l'autre, des philosophes
qui cherchèrent à conduire les hommes dans le
chemin de la vertu. Ces derniers, toutefois, s'éloi-
' Le plus célèbre de ces docteurs magiciens e»t Tcho-kou-léang,
l'un des héros du San-kour-tchy, dont on peut lire une biographie
abrégée au tome III des Mimoirts sur Us Chinois.
ETUDE SUR LE SY-YEOU-TCHIN-TSUEN. 363
gnerent beaucoup aussi des enseignements de Lao-
tseu; on en trouve la preuve dans ces deux phrases
que j'emprunte au premier chapitre du Livre des
Récompenses et des Peines :
« Les actions bonnes ou mauvaises des hommes
font une impression sur les esprits du ciel et de la
terre Ces esprits du ciel et de la terre en-
voient aux hommes , suivant la nature de leurs ac-
tions, une récompense, ou un châtiment ].»
C'est là le début d'un livre de morale, et d'une
morale pratique, bien opposée à l'abstention des
œuvres. Le Livre des Récompenses et des Peines
ressemble beaucoup , en effet, à une morale en actions
basée sur la bienveillance et la charité. Mais , d'une
part, elle admet la migration des âmes (sans faire
mention d'une divinité suprême) ; et de l'autre, elle
se ressent encore quelque peu du rêve de l'immor-
talité sur la terre , comme il ressort de cette phrase
du commentaire : « La longévité occupe le premier
rang parmi les cinq espèces de bonheur. Aussi,
pour punir les crimes des hommes, le ciel com-
mence toujours par diminuer la durée de leur vie;
entre le ciel et la terre vont et viennent sans relâche
une foule d'esprits (chin) 2, qui inscrivent les actions
1 Traduction de M. Stanislas Julien.
2 Le mot chinois "Hj™ exprime simplement, pour les lettrés,
l'esprit divin qui se manifeste par la création. Le dictionnaire de
Khang-hy le définit ainsi : J^ | $ ^ | }£} J| fjjjft «l'es-
prit, l'âme du ciel , a fait surgir (a tiré du néant) les dix mille êtres. »
364 AVRIL-MAI 1857.
des liommes, tandis que d'autres se tiennent c<)
tamment auprès d'eux, pour les surveiller; il y a
dans le ciel trois intendants et cinq empereurs > Le
pieux sectaire ne devra pas seulement se montrer
charitable envers ses semblables; il lui est recom-
mandé de ne faire aucun mal aux insectes, ni ;m\
arbres, ni aux plantes1.
On reconnaît dans tout ceci l'influence des idées
indiennes sur l'esprit chinois. La morale du Livre
des Récompenses et des Peines est presque partout
relie des Bouddhistes et des Djains. Si ces génies
qui peuplent l'air viennent du pays qui a vu WêÊÊÊÊ
Càkya-Mouni , au moins se sont-ils beaucoup mul-
tipliés sous l'empire des croyances nouvelles. Dmm
les livres des Tao-ssé, l'imagination du peuple ohî
nois, tout en se donnant libre carrière, conserve
» iM ore une certaine mesure. Les esprits du ciel et
de la terre se comportent sagement , et , d'ailleurs , ils
sont trop occupés pour avoir le temps de mal fane
Mais que le bouddhisme dégénéré montreàce peuple
ivide de féerie son Olympe peuplé de vingt- trois
ordres de divinités , qu'il lui apporte les formules ma-
1 Livre des Récompenses et des Peines, p. 75. Le commentaire
ajoute : t Quoique les arbres et les plantes soient privés de connais-
sance, elles ont aussi en elles un principe vital.» Cette idée pan-
tliéistique se trouve exprimée ainsi dans Manou : ■ Ces êtres (les ani-
maux et les végétaux), doués d'une conscience intérieure, ressentent
le plaisir et la peine. » Le commentaire ajoute , en parlant des arbres,
<K'farL,;J,'^yi1 : fr îW«l{dP!Hrf<flHU|*lX'JT sTRlft 11 « Quelque
fois, pour eux, un peu de plaisir est produit par le contact de l'eau
que leur donne le nuage.» (Manou, liv. I, st. 49.)
ETUDE SUR LE SY-YEOU-TCHIN-TSUEN. 365
giques, les incantations [manlras, dhâranis, etc.),
et l'on verra se produire en Chine, à côté des livres
qui traitent du dogme , des romans pleins de fables
et de merveilles. Des rêveries d'un arhat indien ,
qui médite gravement sur les perfections de Boud-
dha et sur les moyens de les acquérir; des aus-
tères pensées d'un solitaire retiré dans la forêt,
l'écrivain chinois saura tirer d'interminables récits ,
des pièces à grand spectacle , qui enivreront comme
l'opium les populations chinoises agglomérées dans
les villes et resserrées dans les campagnes où l'es-
pace leur manque. C'est que le fantastique plaît à
ceux que la réalité presse de toutes parts : le mer-
veilleux est comme un rêve qui les transporte dans
un autre monde.
Avant d'aborder l'analyse de l'un de ces romans
bouddhiques faits pour le peuple, j'ai cru qu'il était
nécessaire de rechercher et d'expliquer succincte-
ment comment le peuple chinois, si guindé, si for-
maliste à son origine, au moins dans ses livres, en
était venu à pécher par excès d'imagination. Toute-
fois , même à travers ces écarts, la littérature chi-
noise sait conserver les qualités qui lui sont propres,
celles qui la distinguent de toutes les autres littéra-
tures orientales : la grâce, le naturel dans le récit,
la finesse dans le détail et l'art de faire agir les êtres
invraisemblables comme de simples mortels.
Jôti ANRIL MAI 1857.
NAISSANCE DB SUN-OO-IONG.
Le Sy-yéuu-tchin-tsuen l, i récit d'un voyage dtiu
l'ouest,» n'est autre chose que la narration fan las -
tique du voyage d'un Hiouen-tsang fabuleux à l'île
de Ceylan , pour y chercher les livres canoniques
de la religion de Bouddha. Quoique l'imagination y
tienne beaucoup plus de place que la réalité , ce-
pendant, au fond de sa pensée, l'auteur a la préi» n
tion d'écrire un livre propre à édifier la foule 2. Il
débute donc .srrieuseinent par une théorie de l.i
création, que je traduis en entier.
Les vers disent :
• Le chaos n'était pas encore débrouillé1, le ciel et la terre
étaient dans la confusion, — et, au milieu de cette masse
1 II en existe un bel exemplaire in- 8* à la bibliothèque de i'Ar
senti ; celui que je possède , et qui m'a été donné par M. Stanislas
Julien, est d'un format plus petit; les deux textes diffèrent en plu-
sieurs endroits.
' Littéralement i « pas encore séparé. ■ Les deux mots qui signi-
fient ckaos >*@ vft sont ainsi interprétés dans le dictionnaire de
Rbang-by: ~JT 'sSl yF' 'yr * 'e premier principe (le souffle
créateur) n'a pas encore sépara, divisé (le ciel et la terre en deux
parties). Cest à peu près l'idée exprimée par l'hébreu inSl inîl
« res informis, ns vasta omni forma carens. • Dans ce qui est dit ici
du chaos, on retrouve en partie les expressions de Manou : yiMlf<-
>H4l^HMUT<IH^^^m^^UHcfUi|fdTl^^ « (ce monde) était
fait d'obscurité, imperceptible, sans attribut qui le manifestât au
dehors, impossible à être connu par le raisonnement ou parla lété-
lation » (Manou, liv. I, st. 5.)
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 367
immense et confuse , l'homme ne se montrait pas. — En-
suite Pan-kou (le premier homme) fendit ces épaisses té-
nèbres , et le monde commença. — Ce qui était une masse
obscure et opaque devint pénétrable à la lumière et se coor-
donna. — Dans la suite des temps, la foule des hommes
s'appliqua à atteindre à l'humanité, et les diverses classes
d'êtres, bien éclairées, pratiquèrent unanimement la vertu.
— Si l'on veut apprendre à se convertir et commencer d'ac-
quérir des mérites, — il faut lire le récit du voyage que fit
un bonze au pays de l'Ouest. »
J'ai entendu dire que, dans les calculs du ciel et de la
terre, une période de cent vingt-neuf mille six cents ans
forme ce qu'on appelle un youen1. Ce youen se divise en
douze parties, qui sont les douze heures du jour2. Chacune
de ces heures se compose de dix mille huit cents années.
L'ensemble de ces divisions forme un jour complet, et on
les explique ainsi : de onze heures du soir à une heure du
matin —p» , le principe supérieur yang se dégage. De une
heure à trois -ffc , le coq chante. De trois heures à cinq Ë& ,
la lumière ne traverse pas encore les ténèbres ; mais de cinq
heures à six £X) , le soleil se lève. Durant les heures sui-
vantes, de sept heures à neuf -11*, il prend de la force, et
de neuf à onze p * , il s'avance dans sa carrière et marque
le milieu du jour. De onze heures du matin à une heure après
midi £f- , il est arrivé au milieu du ciel ; et de une heure à
trois yfe , il décline vers l'ouest. De trois heures à cinq £H ,
c'est l'intervalle appelé pou3, pendant lequel le soleil s'ache-
' 7C-
1 J'omets les noms de ces douze heures, qui se trouvent expliquées
dans la phrase suivante.
S il ' L'interprétation de ce mot, qui n'est pas donnée par Ba-
sile, se trouve dans le dictionnaire de Khang-hy.
368 V\ h IL- M AI 1857.
mine vers la vallée où il se couche. De cinq heure» à sept [ft\
et de sept à neuf ttf , l'obscurité se répand, et les hommes
se reposent de neuf heures à onze ~vT
Maintenant, comparons ces divisions du jour avec les
grandes périodes mentionnées plus haut. Au moment où se
< lot la on/ii me veille, le ciel et lu terre ne sont que ténèbres;
les dix mille êtres n'existent pas. Séparons par la moitié la
teille suivante (de neuf à onze heures de la nuit) : \
danl les premiers cinq mille quatre cents ans, l'obscurité
règne, et, entre le ciel et la terre, les hommes et les animaux
ne sont pas. Voilà pourquoi on nomme cette période le Chaos
Après les cinq mille quatre cents ans qui complètent celte
période, on arrive au point de départ du yo*cn, et l'on
touche à la première veille. Peu à peu la masse confiw
s'éclaircit. Le mathématicien Kang-tsie1, du pays de Chao,
a dit : t Depuis le soir jusqu'à la moitié de la malien vrille,
il n'y a dans le milieu du ciel aucun changement1. ■ Tout
a coup, le principe supérieur commence à se mouvoir; mais
les dix mille êtres ne sont pas nés : c'est a ce moment ajM I*
ciel a son origine3. Durant cinq mille quatre cents ans, qui
correspondent à la première moitié de la première veille, le
principe subtil et pur s'élance en haut; le soleil, la lune, les
planètes, les astres sont : c'est là ce qu'on appelle les Quatre
1 II a écrit sur l'origine des choses un livre qui a pour base la
théorie des nombres à l'eiclnsion d'un dieu créateur. (Voir Morris
son, au mot Kong.)
* Lcteitcdit: ^r yf\ «le cœor du ciel. «On pourrait traduire
ces mots par la pensée divine ; mais comme on prétend que Kang-tsie est
un matérialiste , j'ai suivi, dans l'interprétation de ce passage, l'ex-
plication donnée par le dictionnaire de Rhang-hy : • la lune arrive m
raur du ciel, ■ c'est-à dire • au milieu du firmament. > ( Voir KLhang-
hy, au mot yj^
1 C'est-à-dire tc'est de cr lomaart que le firmament *e sépare de
la terre.t
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN TSUEN. 369
Images. Aussi dit-on : «Le ciel (ce qui est au firmament) a
eu son commencement à la première des douze veilles. »
A cet intervalle succèdent encore cinq mille quatre cents
ans de celle même période , qui s'achèvent et conduisent à
la seconde veille. Peu à peu il y a des corps solides. Le
Y-kîng dit : « Quelle grandeur ! le ciel commence. Quelïe
merveille ! la terre commence. Les dix mille êtres naissent
à leur tour, se conformant aux ordres du ciel.» A ce mo-
ment, la terre commence à former un noyau solide. Encore
cinq mille quatre cents ans, qui correspondent à la première
moitié de la seconde veille, le principe plus pesant pénètre
la masse compacte de la terre. L'eau, le feu, les montagnes,
les pierres , la terre (prise comme élément) , sont à leur tour:
c'est là ce qu'on nomme les Cinq Substances matérielles .V oilà
pourquoi l'on dit : « La terre a commencé à la seconde pé-
riode. »
En continuant les cinq mille quatre cents années qui ter-
minent celte période, on arrive au commencement de la sui-
vante (la troisième) ; alors paraissent et naissent les dix mille
êtres. Il est dit dans le livre appelé Ly l : « Le principe cé-
leste s'abaisse , le principe terrestre s'élève ; le ciel et la terre
entrent en jonction ; la foule des êtres est créée. » A ce mo-
ment, le principe plus pur, qui vient du ciel, et le principe
plus grossier, qui émane de la terre, sont unis. Que l'on
ajoute encore cinq mille quatre cents ans , et la troisième
période sera complète; elle a produit l'homme, elle a pro-
duit les animaux terrestres , elle a produit ceux qui se meu-
vent dans les eaux. Le ciel, la terre et l'homme : c'est là ce
qu'on appelle les Trois puissances fermement établies. Voilà
pourquoi l'on dit : « L'homme est né dans la troisième pé-
riode. » Sous l'influence de Pan-kou , qui a manifesté son
1 Ou plutôt -j£ fkfc Youcn-h. C'est le nom d'une des divisions
d'un livre écrit sur bambou du temps des Tsin , par Tchao-kao, ( Voir
Khang-by, aux mots Youen et Tchao.)
370 AVRIL-MAI 1857.
existence , les 1 1 ui> Respectables ' commencent la série de*
générations; les cinq empereurs fixent et organisent tout ce
qui est compris entre les limites de la terre, laquelle est
successivement divisée entre quatre grandes îles, à savoir :
A l'est, Tong-chiug-chin-tchéou ;
A l'ouest, Sy-niéou-ho-tchéou ;
Au sud, Nan-tchen-pou-tchéou ;
Au nord, Péi-ku-lou-tchéou \
Dans le présent ouvrage, on s'occupe spécialement de la
première de ces quatre divisions.
Au delà de l'Océan , il y a un pays nommé le royaume de
Ngmo-lmy, situé sur le bord de la mer. Au milieu de celte
mer se trouve une montagne célèbre appelée Hoa-ko-chan ,
« mont des Fleurs et des Fruits , • qui est comme la grande
artère des dix îles (secondaires), et le Itou il '< À riaUtQl les
dragons qui prêtèrent leur concours à Fou-hi et à ses deux
successeurs. Sur celle montagne, au sommet, il y a ne
pierre immortelle haute de trente-six pieds cinq pouces; elle
règle les trois cent soixante-cinq degré» du ciel. Dans sa < u
conférence, qui est de vingt-quatre pieds, elle détermine les
vingt-quatre divisions de l'année. Dans sa partie supérieure,
elle renïenii' nul cavités et huit tavernes , qui comprennent
les neuf grandes montagnes3 et les huit kouas (les huit dia-
1 C'est-à-dire Fou-hi et ses deux successeurs.
1 Les noms de ces quatre iles sont figurés par des caractères pu-
rement phonétiques dans l'introduction au Si-yu-ki (p. i.xxiii) , pu-
blié par M. Stanislas Julien, en tête des Mémoires de Hiouen-lhsamj ,
dans le présent texte, les deux premiers sont traduits. Les voici tous
les quatre : A l'est, le Vidika-dvipa ; en chinois: «supérieur, esprit,
de»; traduction de Vi-déka «sans corps*; à l'ouest, le Godkanya-
i/ri/io « bœuf , don, présent»; traduction de Go-dkanya (?) ; au sud,
le Djamkom-dtipa; au nord, le Kourou-dvipa.
3 Le mot que je traduis ainsi est 'g? ; il a le sens que je lui
donne, par opposition à pA , qui veut dire «petite montagne en-
tourée d'une plus haute. > (Voir le dict. chiuois de kbang-hy.)
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 371
grammes). Depuis l'origine des choses jusqu'ici , elle a tou-
jours réglé, par son influence, la perfection du ciel, la grâce
de la terre, l'action fécondante du soleil, la beauté de la
lune.
Dans la suite, il y eut une pensée de la part de l'âme qui
est répandue partout \ et dans cette pierre il exista un germe
qui, en un jour, déchira la montagne et se produisit sous la
forme d'un œuf de pierre de la grosseur d'un ballon à jouer2.
Dès qu'il fut exposé au vent, il se changea en un singe de
pierre. Les cinq sens vinrent lui prêter leur secours; ses
quatre membres se complétèrent; le singe s'habitua à sauter,
à marcher ; il salua les quatre points cardinaux ; ses regards
se portèrent à droite et à gauche. L'éclat de ses yeux, qui
était celui de l'or, troubla au haut des cieux le chef des im-
mortels assis sur son trône suprême. Dans les palais de nuages
aux portes d'or, dans le séjour merveilleux du ciel où réside
l'âme suprême, dans l'assemblée des saints, dans les régions
des immortels, on vit cet éclat extraordinaire qui brillait
comme l'or. Ordre fut donné à la brise obéissante qui voit à
la distance de mille lys, d'aller regarder aux portes du ciel
du côté du sud. Deux minutes après, elle revint rendre
compte de sa mission , et dit : « Cet éclat pareil à celui de l'or
vient du mont Hoa-ko-chan , situé au royaume de Ngao-lay,
dans l'île Tong-ching-chin-tchéou. Sur cette montagne, il y
a une pierre immortelle qui a produit un œuf, lequel , étant
exposé au vent, s'est transformé en un singe de pierre. Il est
là, saluant les quatre points cardinaux; ses yeux lancent un
1 «Qui pénètre, qui entre,» mBÎ* ÏŒf . Cette expression semble
232L AJir
correspondre assez bien au composé sanskrit HcWrîTrTr « l'âme qui
est , qui pénètre dans tous les êtres.»
2 En parlant du germe déposé dans les eaux par Brahme, Manou
dit: « Ce germe devint un œuf d'or,» et le commentaire ajoute: «H
était pareil à l'or, quasi d'or, à cause du pur éclat qui le caractéri-
sait, et non d'or à proprement parler,» ^mImo yjl&miKUUltri^ jj
372 AVRIL-MAI 1857
éclul pareil à celui de l'or, qui pénètre jusqu'à la demeure de
l'étoile polaire. Aujourd'hui , qu'il va s'accoutumer à boire
et à manger, son éclat prodigieux va s'obscurcir dans un re-
pos profond. •
Il y a plus d'une observation à faire mu le texte
que nous venons de traduite. Et d'abord, qu'est-ce
que Pan-kou, personnage mystérieux qui apparaît à
l'origine des choses? Il a débrouillé le chaos. Baffle
de Glemona, dans son Dictionnaire publié par de
Guignes, le définit ainsi : Prima* homo, vcl homo
fabulosus que m Sinte reram auctorem fingunt. Le Dic-
tionnaire de Khang-hy dit, en effet, que Pan-kou • pi
rut au commencement, et qu'il gouverne les siècles; »
il ajoute « qu'il était mâle et femelle , qu'il est l'aïeul
(l'origine) du ciel et de la terre et des dix mille ètfi
Peu importe que les Chinois l'aient représenté sous
la forme d'une espèce de géant mal bâti, qui taille
le monde à grands coups de ciseau, à la façon d'un
statuaire qui dégrossit un bloc de marbre. Ce Pan-
kou, si on le dégage de son enveloppe un peu trop
grossière, pour mieux étudier les attributs qui le
distinguent, ressemble assez «au Seigneur existant
par lui-même. . . , qui a rendu perceptible ce monde
clés cinq éléments et les autres principes M
Seigneur qui parut et développa la nature ]. » Le rôle
de Pan-kou fut donc à peu près celui que Manon
signe à Svayambhou, le Seigneur existant par lui-même.
Les Chinois, pour expliquer la création , ont inventé,
comme les Hindous , un être type de l'homme mâle
1 Manon, iiv. I, »t. 6.
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU TCHIN TSUEN. 373
et femelle, débrouillant le chaos et mettant toutes
choses en ordre dans l'univers, au moment où la
pensée suprême a résolu de créer.
Mais quelle était cette pensée suprême , cette puis-
sance créatrice qui avait préparé la matière sur la-
quelle Pan-kou devait agir? Le Commentaire1 de
notre texte l'explique ainsi : « Les livres canoniques
ont dit : « On ne peut nommer ce qui fut l'origine
« du ciel et de la terre. Si on l'appelle la Mère des dix
«mille êtres, alors on désigne deux (choses) qui se
« sont produites simultanément avec des noms diffé-
« rents, mais qui n'existaient pas alors. » Et le même
Commentaire ajoute : «L'esprit, le souffle du ciel
pur2 (avant toute création) n'était pas perceptible;
mais si l'on en fait la mère du ciel et de la terre, on
affirme qu'il existe. L'éclat lumineux du ciel pur
se manifesta dans le vide; c'est ainsi qu'il devint
la mère du ciel et de la terre. Ce souffle produisit
les deux grands principes, qui produisirent les
quatre images ( le soleil , la lune , les étoiles et les
constellations). Lès quatre images produisirent les
cinq éléments , d'où sortirent les dix mille êtres, qui
sont des transformations du souffle du ciel pur. »
Ainsi voilà une cause , un principe incréé qui
traverse l'espace vide, et la vie se communique tout
aussitôt à tout ce qui existe au firmament et sur la
1 Ou plutôt la glose explicative, plus obscure que le texte, qui
accompagne chaque chapitre.
5 Ou, si l'on veut, de l'âme suprême, immatérielle. (Voir le
tome II des Mémoires sur les Chinois, p. 157.)
374 AVRIL-MAI 1857.
terre. «Ce principe a créé tout ce qui se m» ut el a
une forme, dit encore le Commentaire. Dans tout
ce qui se meut et a une forme, c'est encore ce prin-
cipe primordial qui dirige et qui est présent : c'est
pourquoi le ciel a produit d'abord les eaux. Les eaux
contenaient un germe, et les eaux qui contenaient
un germe sont l'origine véritable de la naissance des
êtres. Les eaux contenaient un germe dé|><»e par le
principe incréé; à la longue, ce qui s'y produisit en
pr. inier lieu, ce fut le singe : voilà pourquoi le singe
est le premier dans l'ordre de la création. Or, les
métaux sortent de la terre; la pierre est le noyau
du principe qui forme l'essence de la terre : voilà
pourquoi ce singe était de pierre.... C'est l'eau du
ciel qui produit les fleurs et les fruits, car elle vient
des nuées; le souffle du principe supérieur ( Yang)
\< nant de l'est l'a formée au commencement. La
terre. I.i matière dure et solide qui reçoit le son,
devient le métal au milieu des mers : c'est pour-
quoi le mont des Heurs et des Fruits se trouve au
milieu de la mer dans la division du monde
nommée Tong-ching-chin-tchéoa. Le singe de métal
n'avait donc ni père ni mère ; mais comme le métal
est le plus pur produit du premier principe céleste ,
on peut dire que son père a été le ciel , et sa mère
la terre. ■ Cet œuf de pierre qui a produit un singe
a transmis à cet être nouveau des qualités qui tien-
nent à son origine; son œil, qui voit tout autour de
lui, lance un éclat surnaturel. Il participe de la na-
ture de l'or; rien ne l'altère encore: mais qu'il res-
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU -TCHIN-TSUEN. 375
sente les besoins de la vie mortelle, et cet éclat
prodigieux s'effacera bientôt : il perdra le privilège
de son origine.
Le singe représente donc l'être créé et intelligent,
qui se montre tout à coup entre le ciel et la terre ,
comme disent les Chinois, l'homme non civilisé,
mais non encore atteint par la corruption , muni de
tous ses organes. Ce singe, ce quadrumane guidé
par le seul instinct, c'est le plus accompli des ani-
maux, en ce sens qu'il est le plus adroit, le mieux
doué, celui dont l'organisation physique rappelle de
plus près celle de l'homme. Cependant cette idée
chinoise nous déplaît; nous avons besoin de faire
un effort pour envisager ce personnage sous un point
de vue sérieux. Prenons-le donc tel qu'il est, et tâ-
chons de démêler ce qui se cache sous cette gros-
sière enveloppe. Sorti de son œuf de pierre, ce singe
ne sait ni d'où il vient, ni où il va. C'est un morceau
de métal subitement animé, que les puissances cé-
lestes regardent avec une surprise mêlée de crainte.
Le souverain des immortels répond à la Brise légère
envoyée à la découverte :
« Les êtres qui se trouvent dans les régions inférieures sont
le produit de ce qu'il y a de plus pur et de plus gracieux au
ciel et sur la terre1. H n'y a rien dans ce qui arrive aujour-
d'hui qui doive nous surprendre. »
Or, le singe qui habitait la montagne savait marcher et
sauter; il mangeait les herbes et les fruits, buvait l'eau des
1 Par ces deux mots pureté et yrâce, qui correspondent aux deux
principes, au ciet et à la terre, les Chinois font allusion à l'esprit et
à la matière.
376 AVRIL-MAI 1857.
torrenls; il cueillait les fleurs de la montagne et attrapait
les fruits sur les arbres. Il allait en compagnie des singes de
plus petite espèce et des cigognes; il se mêlait aux troapfi
des daims et des cerfs. Le soir, il allait reposer parmi les
rocs de la montapne ; le matin, il errait à travers les ca-
vernes. Sur le mont Hoa-ko , il n'avait point à se couvrir
contre le froid , <]ui riait tout à fait inconnu. Durant toute
l'année, l'atmosphère demeurait tiède et chaude.
Avec ses compagnons les autres singes , il allait se prome-
ner; tous ensemble, à l'ombre des pins, ils prenaient leurs
ébats. Or, comme ils se baignaient dans l'eau des torrents,
ils virent un ruisseau coulant dans un ravin , sur lequel un<-
cil rouille flottait avec rapidité, entraînée par le courant. Alors
tous les singes s'écrièrent : • Qui sait d'où vient ce torrent ?
Aujourd'hui même saisissons l'occasion de l'apprendre, sui-
vons le bord du ruisseau, remontons-en le cours jusqu'à sa
source, allons à la découverte de ce torrent, voilà ce qu'il
faut faire.» Et, criant tous d'une voix, les singes remon-
tèrent le cours du ruisseau. Us gravirent la montagne jus-
qu'à la source qu'ils cherchaient; mais c'était un fdet dV.ni
rapide formant une nappe qui tombait en cascade.
Tous les singes battent des mains et s'écrient : « La belle
eau! la belle eau! Ah! ce serait une grande affaire que de
pouvoir pénétrer plus avant, et de trouver la source môme,
puis de revenir sain et sauf: celui qui ferait une telle chose,
nous le saluerions du titre de roi. ■ Et ils poussèrent suc-
cessivement trois grands cris.
Tout à coup, au milieu de ce tumulte, le singe de pierre
s'avance et dit à haute voix : «J'irai, j'irai! Oh! vous tous,
singes, regardez! » Il ferme les yeux, courbe son corps pour
prendre son élan et se précipite au milieu de la nappe d'eau ;
puis il ouvre ses paupières, relève la tète et regarde. Dans
ce lieu, il n'y a plus d'eau, plus de vagues, mais un pont
poli et brillant, revêtu de dalles en fer. Sous ce pont, l'eau
filtre à travers une étroite ouverture du rocher, puis retombe
et s'échappe en courant, voilant l'entrée du pont. Devant ce
ÉTUDE SUR LE SY-YEOU-TCHIN-TSUEN. 377
pont, se trouvait quelque chose de pareil à une habitation
d'homme, qui semblait fort agréable. Après avoir regardé
longtemps , le singe de pierre saute en avant et traverse ce
pont; cherchant des yeux à droite et à gauche, il aperçoit,
dans cette habitation, une table de pierre; sur cette table
sont gravés ces mots •.
«Dans le pays fortuné de la montagne des Fleurs et des
Fruits, ces eaux voilent les profondeurs mystérieuses du
ciel l. »
Transporté d'une joie qu'il ne peut contenir, le singe de
pierre ferme de nouveau les yeux , prend son élan , et s'é-
lance en bas du torrent; il pousse des cris de triomphe :
«Grand bonheur! grand bonheur!» Tous les singes l'en-
tourent et l'interrogent : « Qu'y a-t-il là-dedans ? L'eau est-
elle bien profonde?» Et il répond : «Il n'y a plus d'eau, il
n'y a plus d'eau, mais un pont en fer, et, à côté de ce pont,
une habitation que le ciel et la terre ont bâtie. — Mais ,
demandèrent les singes , avez-vous pu voir à quoi sert cette
demeure ? » Le singe de pierre répondit : « Le ruisseau passe
sous le pont et fritre à travers les rocs, puis redescend en
cascade et voile l'entrée du pont ; mais , à côté du pont , il y
a des fleurs et des arbres , et aussi une maison de pierre
dans laquelle se trouvent une marmite de pierre , un vase
de pierre en forme de dragon, un bassin de pierre, un vase
de pierre, un lit de pierre, un foyer de pierre. Au milieu,
sur une table de pierre, on lit ces mots qui y sont gravés :
« Dans le pays fortuné de la montagne des Fleurs et des
«Fruits, ces eaux voilent les profondeurs mystérieuses du
« ciel. » C'est là un lieu où il nous convient de vivre en repos ;
allons donc tous nous y établir, et là, à force d'application,
nous pourrons avoir part aux principes surnaturels du ciel
vénérable. »
mot Lien exprime l'idée d'un paravent, d'un treillis de bambou, qui
empêche le regard de pénétrer au delà.
378 AVRIL-MAI 1857.
A ces paroles, les singes, transportés de joie, s'écrient tous .
«C'est à vous d'aJIer en avant et de nous y introduire». Le
singe de pierre, ayant fermé les yeux, prit son élan et sauta
d'un bond. Les autres le suivaient, et ils pénétrèrent tous
dans le lieu désiré. Le pont ayant été traversé en sautant ,
ils attrapent les vases, saisissent la table, arrachent le bas-
sin, prennent violemment la pierre du foyer, enli vent If lit .
ils emportent ces objets et les changent de place : car ces
singes n'étaient que de pauvres êtres ignorants et grossiers.
Comme ils voulaient emporter tout cela sans se donner le temps
de respirer, leurs forces s'épuivnnt , la résolution leur man-
qua, et ils s'arrêtèrent. Le singe de pierre, qui se tenait la
tranquillement assis, leur dit en face : « Vous voilà tous hors
d'haleine, ô êtres sans foi ! et vous ne savez plus que devenu '
Ne disiez vous pas tout à l'heure: «Ce serait un grand exploit
• d'aller rhen li« t la source de ce cours d'eau, et d'en revenir
«sain et sauf; celui qui l'accomplirait, nous le saluerions du
• titre de roi ? • Voici que moi, je suis allé à la découverte du
ciel vénérable, tandis que vous restiez là, inactifs et à l'abri
<lr tout |>< ni. Puisque le bonheur de vos familles est assuré,
pourquoi ne me proclamez- vous pas votre roi ? •
Les autres singes avaient entendu ces paroles; joignant |ei
mains, ils le saluèrent avec respect, els'écn p m «Longue
vie à notre grand roi! » A partir de ce moment, le singe de
pierre, élevé au rang suprême, effaça de son nom le mot
pierre, et le remplaça par celui de beau; il se nomma le Beau
singe roi ' ; il y a des vers qui en font foi :
• Les trois principes supérieurs, en combinant leur puis-
sance, ont produit tous les êtres. — La pierre immortelle
renfermait un germe produit par l'essence du soleil et de
la lune1. — L'n>uf, ainsi préparé, se changea en un singe
■ # ^ JIÊ % H Pi II • L' M>,eil et ,a ,unc
sont ici synonvmes des deux principes Yang et Yn. Cette pierre sur-
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN TSUEN. 379
qui arriva à la perfection de la grande loi. — Il prit alors
un autre nom, exprimant qu'il s'était assimilé complètement
la suprême sagesse. — Ce qu'il y avait au dedans de lui échap-
pait aux regards ; on ne pouvait donc le définir. — A l'exté-
rieur, le grand éclat qui se manifestait fit connaître qu'il
commençait à posséder les cinq sens. — Les générations
humaines qui se sont succédé ont suivi sa trace; — elles
l'ont appelé Roi, elles l'ont nommé Saint à travers le monde
entier. »
Le Beau roi des singes régnait donc sur les quadrumanes
de toutes les espèces. Entouré de son cortège de courtisans ,
il allait, au matin , se promener dans la montagne des Fleurs
et des Fruits; le soir, il venait reposer dans la caverne Chang-
lien (où l'eau voile le ciel). Il n'imitait point les troupes
d'oiseaux qui volent dans l'air ; il ne suivait point les allures
des quadrupèdes qui courent sur la terre. Depuis qu'il était
roi , il vivait heureux et se plaisait à se conformer aux vrais
principes du ciel ; mais cela pouvait-il durer des siècles ? Un
jour qu'il prenait ses ébats au milieu de ses sujets, des larmes
s'échappèrent de ses yeux. Surpris et troublés, les singes s'in-
clinèrent avec respect et lui dirent : « Grand roi , d'où vous
vient cette douleur ? »
«Hélas! répondit le roi , même dans les instants de joie,
je me sens pris d'une vague tristesse sur l'avenir; et voilà ce
qui me cause de la douleur. »
«Quoi! reprirent les singes en riant, nos jours se passent
sur cette montagne divine , sur celte terre fortunée , dans ces
antiques cavernes, dans cette île demeure des esprits, où
naturelle, renfermant en elle-même la pure essence du ciel et de la
terre, représente en abrégé tout le système de la création qui fait
sortir l'être animé du limon de la terre séché par le soleil, et durci
jusqu'à devenir un corps solide et sonore. Remarquons, en passant,
que les tirades poétiques, ainsi jetées à travers les ouvrages écrits
pour le peuple, contiennent, sous une forme succincte, comme le
thème des pensées que l'auteur développe avec de grands détails
dans sa prose.
35.
3*0 \\ KM. -MAI 1857.
rien ne vient entraver noire libre existence; nous agissons
au gré de nos dérifi; DOW jouissons d'un bonheur ,;uis iné-
lange, et vous ressentez de l'inquiétude : *
Le roi r< -pondit : « Pour le présent, si je ne suis pas soumis
aux lois des souverains des hommes , si je n'ai rien 1 i r.iindre
de la part des volatiles et des quadrupèdes, cependant je rail
condamné, dans l'avenir, à voir mon sang s'appauvrir avec
l'âge. Il y a dans les enfers un roi, un sage suprême. Je pré-
vois qu'un jour, après ma mort, il me faudra absolumuii re-
vivre dans !«■> limites du monde (où je me trouve), et je ne
puis arriver à trouver place parmi les hommes qui se sont
élevés au-dessus de l'humanité '. >
A ces mots, tous les singes, cachant leurs visages, le
supplient, avec larmes, de mettre un terme à sa douleur.
puis tout à coup, du milieu de la foule des courtisans, sort m
gambadant un singe de la grande espèce, aux longs bras, qui
dit d'un ton grave et à haute voix : « Grand roi ! cette inquié-
tude de l'avenir, c'est précisément ce qu'on nomme le senti
ment intime de l'Intelligence qui commence à se révéler*. Au-
iè~&%C~pIï£UâLMkftZ
ment: « Je vois que, un matin, mon corps ayant pi ri, il me faudra
tout droit (sans dévier) naître (de nouveau) dans le siècle (parmi
les habitants de cette terre) , et ne pas obtenir, à la longue, de m'in-
troduire parmi les hommes divins. ■ On voit poindre, dans cette
phrase, la crainte de la mort et des'migrations futures de 1 '.mu- «pu
tourmentent les bouddhistes, ainsi que l'aspiration à la délivrance
finale, qui est le mokcha des brahmanes, ou au nirvana, qui est l'a-
néantissement des sectaires.
J 5h* ^=rf i|rf jf%\ Ufl fyè C'est-à-dire que l'homme
éprouve le besoin de s'appuyer sur une espérance , sur des principes
arrêtés, dès qu'il a le sentiment de sa faiblesse et de la brièveté de
la vie. Tout ce passage serait fort beau, si l'on voyait sur la scène,
au lieu de singes, des hommes sérieux livrés à la méditation.
ÉTUDE SUR LE SY-YÉ0U-TCH1N-TSUEN. 381
jourd'hui , parmi les cinq espèces d'êtres qui se meuvent sur
la terre ou dans les eaux , il y en a trois seulement, célèbres
par leur pureté, qui ne sont point soumises aux lois du vieux
roi des enfers : ce sont Fô (Bouddha), les Immortels et les
Génies. Ces trois espèces de saints personnages peuvent se
soustraire au mouvement de la Roue; ils évitent de naîlre et
de mourir avec le ciel et la terre, vivant dans une parfaite
félicité. »
« Où donc habitent ces trois classes de personnanges , de-
manda le roi? » — Le singe répliqua : « Entre les limites du
monde des ténèbres flottantes, au milieu de la montagne
immortelle, aux cavernes antiques.» — Rempli de joie à
cette réponse, le roi répondit: «Dès demain, après avoir
pris congé de vous, je descendrai de la montagne, et voya-
geant comme une vapeur légère jusqu'aux confins de l'Océan,
jusqu'aux lointaines frontières du ciel, j'irai , pour acquérir
ces deux choses qui ne sont qu'une même science : l'art de
vivre toujours sans vieillir, et d'échapper aux dures lois du
roi des enfers \ » Et il murmura cette phrase en soupirant,
la tête baissée : « Apprendre à franchir la roue qui entraîne
tous les êtres et arriver à la perfection des grands saints du
ciel ! »
Tous les singes battaient des mains et félicitaient leur roi,
en criant : << Oh ! que c'est bien , oh ! que c'est bien ! » De-
main nous gravirons le sommet de la montagne , et nous
irons chercher des fruits afin de préparer un banquet solen-
nel pour faire nos adieux à notre grand roi. » Tous les singes,
en effet, allèrent, dès le lendemain, cueillir la pêche divine,
détacher des arbres les fruits rares , couper les simples de
la montagne, enlever la moelle des plantes potagères,' puis,
après avoir tout disposé, tout préparé , ils dressèrent la table
1 C'est à peu près ce que cherchaient aussi les Tao-ssé, avec cette
différence que les Bouddhistes demandent à l'étude de la vertu ou
de la Bodhi ce que les docteurs célestes prétendaient trouver dans
des breuvages merveilleux.
382 ANKIL-MAI 1857.
de pierre, le banc de pierre, et placèrent le vin uniuoit-
les mets divins. Le roi s'assit à la place «I honneur; la coupe
et les plats passèrent à la ronde. >U m. un m main : le repas
dura tout le jour.
Le lendemain . le beau roi des singes s'en va , dès l'au-
rore, couper des pins desséchés; au moyen d'tUM mrde, il
le* lie en forme de radeau; des tiges de bambou lui servent
de rames, et s'étant embarqué seul , il se met à pousser de
tel ses forces. Le voilà lancé sur l'immeoeité des vagues
mouvantes. Il voyage droit devant lui sur les flots de l'Océan,
et poussé par le vent du ciel , il traverse la mer jusqu'à
I île du sud nommée Djamboudvipu. Dans ce voyage som-
mairement indiqué, il lui arriva d'autres événements jus-
qu'au momentoù il tom lit une. Etant donc mont-
radeau, pendant plusieurs jours, le -vent du sud-est, qui le
poussait, le conduisit sur la rive nord-ouest. C'ét-'t le bord
le l'ilc du sud; sautant de dessus de son radeau, il s'élam •
à terre, et sur le rivage il aperçoit des hommes occupés à
pécher du poisson, à tuer des oiseaux sauvages, à ouvrii
hnttaea et à laver leurs ustensiles. Comme il s'approch ut
d'eux en taisant naiBe grimace* al eu parlant d'une voix me
nacante, il les frappa d'épouvante. Jetant là leurs paniers et
accrochant leurs Blets, ces hommes s Ynluiit ni «le tOU| côtés.
Sans se troubler de les voir fuir ainsi, le singe saisit l'un
d'eux, le dépouille de ses vêtements, et apprend \
couvrir à la manière des hommes, et marchant avec <ii
-inte, il pénètre dans les villes et habite dans leurs •!<
meures. Il est bientôt initie aux rites et à la parole des
hommes. Au matin, il [>i end sa nourriture, le soir.il va
dormir. A toute force il veut apprendre d'eux à connaître
Bouddha, les immortels, les génies; il les questionne sur la
doctrine des sages ; il veut apprendre le double secret de
vivre longtemps et de ne pas vieillir. Mais il vil les boxnmes
du siècle tout occupés de gloire et d'intérêt, H il n'y en avait
pas un <|ui s intéressât à la vie future , car :
■ Les disputes pour la gloire et les luttes d'intérêt, quand
ETUDE SUR LE SY-YE0U-TCH1N TSUEN. 383
cesseront-elles ? — On se lève matin , on se couche tard , et
pourquoi ? — Celui qui chevauche sur un âne ou sur un
mulet convoite un beau et rapide cheval. — Les ministres
qui vivent au palais attendent avec impatience les ordres de
l'empereur; — ils ne convoitent qu'une chose, les riches
habits et les appointements , et sont tout prêts à endurer de
nouvelles fatigues. — Comment se préoccuperaient-ils du
sort que leur réserve le roi des enfers ? — Pour leurs fils et
leurs petits-fils, il font des projets de fortune et d'avance-
ment; — il n'y en a pas un seul qui revienne sincèrement à
des sentiments meilleurs. »
Cette tirade, qui ne manque ni de grâce dans
l'expression, ni de vérité dans la pensée, ramène le
lecteur aux réalités de la vie. L'auteur, qui avait
pris pour point de départ l'origine des choses , qui
commençait par l'œuf de pierre, ab ovo, nous con-
duit en quelques pages au milieu de la société hu-
maine toute constituée, dans le palais des empe-
reurs, où les cœurs sont agités par l'ambition et le
désir des richesses. De la cosmogonie savamment
expliquée , on passe sans transition au conte moral.
L'esprit pratique des Chinois se manifeste ici dans
toute sa naïveté et aussi dans son originalité. Ce ro-
man, on le reconnaît sans peine, a été écrit pour
le peuple, et non pour des savants; il s'adresse à un
public nombreux de lecteurs qui aime à entendre
parler des choses de ce monde et applaudit au blâme
que déverse l'écrivain sur les courtisans avides d'hon-
neurs et d'emplois. Comme contraste à cette pein-
ture des intérêts matériels à la poursuite desquels
les hommes se laissent entraîner , nous verrons tout
384 AVRIL-MAI 1857.
à l'heure une idylle charmante chani< » par un lui
cheron au milieu de la forêt. Le singe n'a trouvé
personne qui lui enseignât à connaître Bouddha.
Après huit ou neuf ans de séjour dans l'île du Sud .
il fait route sur son radeau vers l'occident, et aborde
dans l'île Sy-nieou-hy-tchéou. 11 aperçoit une mon-
tagne couverte d'une végétation luxuriante, une
épaisse forêt pleine d'ombre et de mystère. Suis
craindre la rencontre des bêtes féroces , il marche
en avant et gravit la montagne. Au milieu des bois,
une voix humaine frappe son oreille, et voici ce
qu'elle chantait :
« Voyez, la hache solide frappe vigoureusement le Ironc de
l'arbre à coups redoublés. — La broutad s'amasse à IVninr
«lu vallon, et voici qu'à pas lents on va vendre mon bois. —
On achète le vin qui pousse à la gaieté ; l'émotion d'une douce
joie se répand partout, en avançant vers l'automne elle s'ac-
crotl encore. — A la clarté de la lune on appuie sa tête sur
le tronc d'un pin. Tout à coup, le oiel s'illumine et dévoile
la forêt luxuriante. — Gravissant la montagne, on lra\
les cimes, on a saisi la hache pour couper les lianes sécbées
par l'été. — On recueille la charge qui est complète, et on
la porte au marché en chantant. — On l'échange contp
trois mesures de riz, sans se disputer avec personne. —
Toujours le prix est équitable, on ne connaît chez nous ni
les fraudes ni les calculs trompeurs. — Sans gloire, mais
sans honte aussi , tranquilles et contents de peu , nous pas-
sons doucement notre vie. — Nous avons trouvé dans la re-
traite, sinon les immortels, du moins les paisibles docteurs
de la loi qui méditent et discutent sur les galeries impé-
riales1. »
Littéralement . les galeries jaunes , ~0\ JÇ£ , ou mieux le pu
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 385
Le beau roi des singes ayant entendu ces paroles , sentit
son cœur inondé de joie, et dit: «Assurément, il y a des gé-
nies et des immortels cachés ici. » — S' avançant d'un pas
rapide , il pénètre dans le bois , et tandis qu'il regarde, voici
que.se présente à ses yeux un bûcheron qui levait sa hache
pour couper du bois. Il s'approche de lui : « Vénérable im-
mortel, lui dit-il, votre jeune frère a trouvé ce qu'il cher-
chait. » — Le bûcheron , surpris et troublé , laisse tomber sa
hache; il se retourne et répond en le saluant avec politesse:
«Vous êtes dans l'erreur, vous êtes dans l'erreur. Je ne suis
qu'un pauvre homme qui ai bien de la peine à gagner ma
vie. Comment oserais-je prendre pour moi le nom de génie,
d'immortel? — Si vous n'êtes ni un génie, ni un immortel,
comment avez-vous prononcé des paroles dignes de ces êtres
surnaturels ? — Et quelles paroles dignes d'un génie ou
d'un immortel ai-je donc prononcées , demanda le bûche-
ron? — Mais je viens de vous entendre dire ceci: Nous
avons trouvé dans la retraite, sinon les immortels, du moins
les paisibles docteurs qui méditent et discutent sur le palais
impérial; le palais impérial, ce sont les paroles véritables de
la vertu parfaite. Si vous n'êtes pas un immortel, qu'êtes-
vous donc?»
« Ecoulez, reprit en souriant le bûcheron, je vais vous parler
franchement. Ces chants que l'on nomme un Moan-ting-fang \
c'est un immortel qui me les a appris. Cet immortel et moi
nous sommes voisins; il m'a enseigné ces paroles, et quand
par hasard la tristesse s'empare de moi, je les répète: alors
mon cœur se dilate , mes angoisses se dissipent. Comme je
me trouvais tout à l'heure dans une situation difficile, je me
suis mis à les chanter sans me douter que vous m'écoutiez.
lais impérial. D'après ce qui suit, cette expression désigne la haute
intelligence, la Bodhi?
1 Littéralement : parfum qui remplit la salle 7gsf ]$£ "iif ■
Peut-être est-ce le nom d'un recueil de chants, ou simplement les
premiers mots d'un de ces chants?
m AVRIL-MAI 1857.
«Mais, reprit le singe, puisque cet immortel est \olre
voisin , pourquoi ne pas aller vous instruire à son école dans
la pratique des vertus, et appr«ndre le secret de ne pas
vieillir? — Ma vie est pleine de mi-ere, i «partit le bûche-
ron; de bonne heure j'ai perdu mon père; il me reste une
vieille mère affaiblie par les années et qui n'a que moi pour
la soutenir. Quand j'ai pu couper deux fagots de bois à brû-
ler, je les porte au marche et je les échange contre quelques
pièces de monnaie qui me servent a acheter du ri/
il me faut subvenir aux besoins de ma vieiHe mère, je ne puis
me livrer à l'étude de la loi
Le beau roi des singes répondit : « D'après ce que vous
venez de me dire, vous éles un sage qui pratiquez la piété
filiale, et vous avez quel. in. I * vertu d'un immortel.
Veuillez < i la demeure du divin sage (dont vous
m'avez parlé); je serais charmé d'aller lui rendre mes de-
s. — Ça n'i -i f M l'in . ça n'est pas loin, dit le bûcheron;
vous voyez < elle innniagne que l'on nomme Limj-tay-fang-
isun-chan \ d t) trouve une caverne dit.
mg-long*, c'est là qu'habite l'immortel nommé
Sm-Yn-UoU'Ssé-fHni '> . le docteur prêt à atteindre l'état dt
•Ihiuilvu. Il a formé un grand nombre de disciples; mainte
mu ou quarante personnes se livrent sous sa
clion à l'étude de la loi. Vous n'avez qu'à suivre le petit
le min que voici et qui va vers le sud; après y itOW marche
la dislance de sept à huit lys, vous serez chez le docteur. »
Le roi des singes m rcr à lui avec sa patte et à re-
tenir le bûcheron : «Vénérable frère aîné, si vous veniez
1 ¥fih ïp. ~T* ~~sy [ [j . Littéralement : • la montagne du
cœar de la tour des esprits, ou de la tour divine. » Paul Mm te Ri-
■ hiijuin on Détuguiri, la cinquième des dix montagnes fabuleuses
des Bon. Uli
"' 7Î*n J^î ~~ * >5= ïfpl " ^* caverne ^e 'a 'unc (lu' ua'>M;
à l'horizon et des trois étoiles favorables, t
ETUDE SUR LE SY-YEOU-TCHIN TSUEN. 387
avec moi? Peut-être vais-je acquérir la connaissance d'un
secret précieux , et je n'oublierai certainement pas la faveur
que vous m'avez faite de me mettre sur la voie. — Vrai-
ment, dit le bûcheron, vous êtes un personnage incapable
de comprendre les choses! Je viens de vous donner à Tins
tant l'explication de mes motifs. Si je vous accompagne, ce.
n'est pas que je compromette grandement mes intérêts, mais
ma vieille mère, de qui recevra-t-elle sa nourriture? Lais-
sez-moi donc couper mon bois, et vous, allez, allez! »
Voilà donc le singe obligé de se mettre seul en
route. Il ne tarda pas à arriver devant une gracieuse
habitation dont les portes étaient fermées, et il lut,
tracé sur un écriteau de pierre, le nom de la caverne
qu'il cherchait.
Grande fut la joie du beau roi des singes. Il resta long-
temps à regarder, saris oser frapper à cette porte; puis
il grimpa à l'extrémité d'un pin qu'il se mit à balancer en
poussant des cris inarticulés. Peu d'instants après, il entend
une exclamation de surprise, les portes de la caverne
s'ouvrent et il en sort un jeune immortel qui demande à
haute voix : « Quel est donc celui qui se tourmente de la
sorte?» — Lesinge, tout transi, saute à bas de son arbre, et
s'inclinant avec respect : «C'est moi, votre frère cadet, ré-
pondit-il, qui suis venu ici pour étudier la doctrine de la
Boc//u; mais je n'osais entrer et je restais dehors à me tourmen-
ter.— Vous voulez donc étudier la doctrine, demanda le
jeune immortel? — Oui. — Eh bien! le maître de notre
secte habite précisément ici; il est monté sur son siège et
explique sa loi. Il n'en était encore qu'à développer l'origine
des choses, quand il m'a envoyé ouvrir les portes, en di-
sant : «Il y a dehors quelqu'un qui est venu pour étudier la
« pratique des vertus , il faut l'aller chercher, » C'est bien vous ,
388 AVRIL-MAI 1857.
n'est-ce pas ? — C'est bien moi , oui , c'est bien moi ! — En
ce cas, répliqua le jeune immortel, suivez-moi, et entrons. ■
Le singe, suivant son jeune guide, pénètre res-
pectueusement dans la caverne. Partout il aperçoit
des cours spacieuses, des galeries resplendissantes.
Une tranquillité extraordinaire, un silence profond
régnent «lins cette demeure. Arrivé au pied d'une
tour faite de pierres précieuses , le singe regarde et
voit, assis au sommet, lerespei stable Bodhisattva *,
qu'entourent trente jeunes immortels
«Doué d'une intelligence supérieure, l'immortel, pur
comme l'or, a une majesté que ne ternissent pas les souil-
lures du siècle; — c'est l'excellent llodhiuilhn ; il pféfMfl •'
la région de l'ouest; il n'est point soumis à la bécetriié de
vivre et de mourir, (il est affranchi ) trois fois des troll voies
de l'existence. — Dans tout son être, dans tout son esprit
abonde la bienveillance pour tout ce qui existe. — Dans la
solitude et le silence, 3 6*1 irrité de lui-même à se modi-
fier jusqu'à la perfection « — cl c'est en se rectifiant confor-
iu< •nient a la n iture primordiale qu'il est parvenu ù ce point.
— Destiné à vivre autant que le ciel, 11 conserve la gravité
( de l'âge mûr), et la douce gaieté file la jeunesse I '• siècle
en siècle, il a éclairé son cœur, le docteur de ,1a grande
loi*..
' îc=r" til Poa'ly> «kréviation dc -jS- tJï. jfji îS? Pou'
ty-ta-to.
1 Voici le texte de ces vers :
k % £ iïH & *fe £. 5^ * «
M W tjl % êL A- %. EElf.l;
ÉTUDE SUR LE SY-YEOU-TCHIN-TSUEN. 380
Dès qu'il l'a aperçu , le singe se prosterne ; il frappe la
lerre de son front bien des fois et profère ces paroles : « Oh
maître! oh maître! votre jeune frère désirait ardemment
vous offrir ses respectueux hommages! — De quel pays êtes-
vous-, demanda le Pou-sa? Faites-moi connaître vos précieux
noms. » Saluant de nouveau , le singe répondit en indiquant
le nom de la montagne d'où il venait, et le pays de Ngao-lay,
situé dans l'île orientale. «Je suis un habitant delà caverne
où les eaux voilent le ciel, ajouta-t-il. » — A ces mots, le
saint docteur le repoussa d'un ton colère : « Ce n'est, au fond,
qu'un misérable qui répand des mensonges et débite des
non-sens; et il voudrait apprendre à pratiquer la vertu! » —
Le singe, tout troublé, recommence à frapper la terre de son
front nombre de fois : « Les paroles de votre frère cadet sont
la vérité même et non de vains mensonges. — Quoi, reprit
le saint docteur , vous prétendez dire la vérité? Mais l'île
orientale d'où vous dites être venu, deux grands océans la
séparent de nous, et tout l'intervalle de l'île du midi; com-
ment donc êtes-vous arrivé jusqu'ici? » — A genoux et la tête
inclinée , le singe répliqua : « Votre frère cadet a navigué sur
les flots; poussé par le vent, il a traversé les mers, abordé
les rivages et voyagé durant dix années ; à force de recherches,
il vient enfin d'arriver près de vous! — C'est là un long
voyage Et quels sont vos noms ? — Je n'appartiens pas
à la nature humaine-. Si l'on m'injurie, je ne me mets pas en
m Mm m. m. m m ù a & u.
Le mot V~T* est ici synonyme du sanscrit rrfàr: « voie. » La répé-
tition du mot — - me semble indiquer non pas ia multiplication
selon la règle ordinaire de la grammaire chinoise, mais l'idée de
distribution , et signifier : Les trois voies des trois espèces d'êtres.
390 AVRIL-MAI 1857.
colère; si l'on me frappe, je ne mords point; j'obéis aux riles
et voila tout. Dans toute ma vie je n'ai pas eu de MlttllMHl
naturels (de caractère propre). — Il ne s'agit pas de savoir
si vous avez des penchants naturels. Quels sont vos parent*
d'où tirex-vous votre origine, quels sont vos noms? — M<>i ,
je n'ai ni père ni mère! — Comment donc, reprit l'immor-
tel, selon toute apparence vous êtes né de la tige d'un arbre?
— Non pas; mais j'ai grandi dans un œuf de pierre. Tout
ce que je sais, c'est que sur le mont Hoa-ko-chan il y a eu
une pierre immortelle qui, après des années, s'entrouvrit,
et je vins au monde. •
Ces mots calmèrent l'irritation du saint docteur : ■ D'après
ce que vous dites, reprit il, vous avez été forme par les
deux principes) du ciel et de la terre. Levez-vous , marche/,
marchez, que je vous regarde. » Le singe se tint debout, poil
avança en marchant à droite et à gauche. — • Quoique i
corps soit petit et grêle, reprit l'immortel en souriant, ce-
pendant vous avez tout l'air d'appartenir à l'espèce de singe
qui se nourrit de la graine du pin. D'après votre corps et
votre apparence, je vais vous donner un nom. Toute réflexion
faite, je vous impose le nom de //ou fâH ; dans ce caractère ,
il y a la clef des êtres vivants; et aussi le caractère kou "jTT ,
qui veut dire ancien, arec le caractère youé J-j , qui veut
dire la lune, ou plutôt le principe femelle ou inférieur yn
y K joints ensemble; ce qui est vieux et le principe femelle
ne peuvent rien produire. Pour nom de famille je vous im-
pose le caractère ton Afin, qui vous sied parfaitement. 11 ren-
ferme la clef des animaux , puis le caractère tteu ^Z» « fils , •
et enfin le caractère my SA ■ soie filée, » lequel , joint au
précédent, signifie un jeune fils •
Le singe , transporté de joie , frappait la terre de
son front, en criant : « Très-bien ! très-bien ! ti
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 391
bien ! » Mais il voulait avoir aussi un petit nom , et
comme il le réclamait à grands cris, l'immortel lui
répondit :
« Au-dessus de la porte il y a douze caractères inscrits; sé-
parez-les et tirez-en un petit nom. Ces caractères sont :
«Par une intelligence d'une vaste étendue, on découvre
les principes cachés de la nature; si l'on est doué d'une ca-
pacité capable de tout embrasser, on arrive à les comprendre
dans leur ensemble.
« Ces douze caractères rangés dans leur ordre vous con-
viennent parfaitement. On vous nommera Sun-ou-konq1 «le
petit-fils qui veut connaître la parfaite quiétude. » N'est-ce
pas bien? — Très-bien! très-bien! très-bien! répliqua le roi
des singes. » A partir de ce moment nous lui donnerons ces
deux noms.
« En effet , né au temps des ténèbres épaisses, à l'origine
du monde, il n'avait pas de nom de famille, mais après
avoir brisé son enveloppe grossière et rude, il chercha à
connaître la parfaite quiétude. »
Ici se termine le premier chapitre de ce long ou-
vrage, qui n'en renferme pas moins de cent. Je
l'ai traduit littéralement , presque en entier , pour
donner une idée du style de ces étranges récits et
de la manière dont ils sont exposés. Le singe , sorti
d'un œuf de pierre, a fini par dépasser les, limites de
l'instinct. L'âme s'est révélée à lui par le sentiment
de la mélancolie, par la crainte de la mort. Il veut
1 jp.5 utt ^j"V . Je prends ici le mot kona clans le sens d'abs-
traction, de repos et de détachement absolus.
NI AVRIL-MAI 1857.
s'instruire flâna ta loi bouddhique, qui lui apprendra
i - citer la roue, à se soustraire aux nécessités dfl re-
naître pour mourir encore. Le voilà classe parmi
les êtres raisonnables, capables de mériter et de m
sanctifier. Il lui reste à s'instruire dans la doctrine,
et c'est ce qu'il va entreprendre. Dana an prochain
travail, j'essayerai de le suivre depuis les bancs d<-
l'école où il va s'asseoir en disciple fervent, jusqu'au
moment où il se met au service du bonze San-thsang ,
charge* |>;>r l'empereur d'aller à Ceylan chercher les
livres bouddhiques.
NOTICES BIOGRAPHIQUES
I I QUELQUES MÉDECINS,
TIRRES D'UN OUVRAGE ARABE O'ASSAFADY.
TRADUCTION FRANÇAISE, ACCOMPAGNES DE NOTES,
PAR M. LE IX B. R. SANGUINETTJ.
AVERTISSEMENT.
Le savant Salàh eddîn Khalil ibn Ibcc Assafady, ou ori-
ginaire de la ville de Safad , en Syrie, mort dans l'année 764
<!o l'hégire (i363 de J. C), est l'auteur d'un dictionnaire bio-
_'r.i[)hique fort étendu, d'une sorte de biographie universelle.
Il çst intitulé : c^lJyJlj jfjJl, Alouâfi bilouafaiât, t le livre
complet des nécrologies, ou le parfait nécrologe t, et l'on
en peut lire des détails dans le Dictionnaire bibliographique
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 393
et encyclopédique de Hâdji Khalfah (édition de M. G. Flue-
gel, t. VI, p. Ai 7 à 4i8, n° i4,t55)- La Bibliothèque im-
périale ne possède qu'une petite partie de cet intéressant
ouvrage , notamment deux volumes dépareillés , qui ensemble
comprennent la lettre £• (khâ) et les lettres suivantes, jus-
qu'au commencement du ^ [sâd). Ces deux volumes ont
appartenu à deux exemplaires différents; le premier, inscrit
dans le supplément arabe, mis en ordre par M. Reinaud,
sous le n° 706 , formait le tome huitième d'un exemplaire ,
jj-oUll j.y=il . Il commence avec la lettre ~., et se termine
avant la fin de la lettre ,♦* (sin). Le second, porté également
dans le supplément arabe sous le n° 706 , et auquel je don-
nerai ici le n° 706 bis, était le tome quinzième d'un autre
exemplaire, j~£x (j**^ 'V*- H commence au milieu de la
lettre .«, et finit avec les premières pages de la lettre -o :
de sorte que plus de la moitié du contenu de ce volume XVe
se trouve aussi dans le volume précédent.
J'ai pensé que cet ouvrage d'Assafady méritait d'être connu
des lecteurs du Journal asiatique, et je me suis par consé-
quent décidé à en traduire un certain nombre de biographies.
Cette fois je donne celles des médecins, et plus tard j'espère
faire connaître les notices de quelques autres personnages.
Parmi les médecins dont il est question dans le présent tra-
vail, plusieurs n'étaient pas connus d'Ibn Aby Ossaïbi'ah,
puisqu'ils ont vécu après l'époque de ce célèbre historien des
médecins. D'autres ne sont pas mentionnés dans le manus-
crit de l'ouvrage d'Ibn Aby Ossaïbi'ah que la Bibliothèque
impériale possède, je veux dire le manuscrit n° 678 du sup-
plément arabe. Pourtant, il paraît certain qu'Ibn Aby Ossaï-
bi'ah leur a consacré quelques lignes; car ils se trouvent
presque tous portés sur une des listes des notices contenues
dans son ouvrage, dressée d'après d'autres manuscrits. On
sait, en effet, que Reiske , Nicoll, et d'après eux Wùstenfeld,
ont publié les noms des personnages dont on trouve la bio-
graphie dans Ibn Aby Ossaïbi'ah ; mais ces listes diffèrent
ix. 26
MM AVRIL MAI 1857
beaucoup l'uue de l'autre, probablement p me quel'aui
Ibn Aby Ossaibi'ah , aura complété plus tard son premier tr -
vaii, et encore, par Mile de lacunes dans les manuscrits
Ainsi Reiske donne une cinquantaine de noms qui manquent
daus Nicoll, et celui-ci, une soixantaine qu'on ne rctroim
pas dans la liste de Reiske.
Toutes les biographies des médecins que j'ai lues dans les
deux volumes d'Assafadv indiqués ci-dessus, et qui étaient
soit résumées d'Ibn Aby Ossaibi'ah, ou bien analogue* à
« Iles fournies par ce dernier auteur; toutes ces biograpli
là, je les ai rejetées du présent mémoire, jugeant que eel
historien spécial des médecins méritait en tout cas la prèle
rence sur les autres biographes. Je n'ai fait d'exception qu<
pour deux ou trois notices, à cause des différences dans l<
r. . ils, et des imperfections de notre manuscrit n" 67.^ d'Ibn
Aby Ossaibi'ah.
La Bibliothèque impériale possède un ;uitre ouvrage d'As-
safady, inscrit au supplément arabe sous len"6o,H, et intitule
«.f^fj ^LJf ^ ftljUI <jUl ci^-. c'est-à-dire «Le
livre des mélodies CM eetn qtn composent des discours rhyth
iniques, ou des rimeurs \ entre celui qui commence, qui
prend, l'initiative , et celui qui répond , qui réplique. > C'est
un rétame renfermant les lettres et les poésies que l'auteur
a écrites et reçues, ou ses correspondances en prose ri niée
et en vers avec les personnages les plus marquants, avec les
savants les plus notables de son siècle, qu'il a nommés sui
vant l'ordre alphabétique*. Cet ouvrage est cité par Iïâdji
1 Ou si l'on aime mieux 1 « Le livre des mélodies des colombe»
qui roucoulent, etc.» M. G. Fluegel a traduit : Modulationes turtu
rum gementium , etc.
• Tm'i parlé ici de cet ouvrage, car j'aurai peut-être l'occasion
une autre fois d'y faire des emprunts. Il sera alors connu de mes
lecteurs, et je n'aurai plus à revenir sur ce sujet. C'est ainsi que je
n'ai rien dit dans le présent travail d'un ou deux personnages qui y
sont nommés , et dont j'avais déjà dit quelques mots dans mes Ex
traits d'Ibn Aby Ossaibi'ah, publiés dans ce recueil.
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 395
Khalfah (édition de M. G. Fiuegel, t. I, p. 4oi, n° 1 i3i, et
manuscrits de la Bibliothèque impériale) ; mais ce célèbre
bibliographe se trompe en fixant, dans cet endroit, la date de
la mort d'Assafady à l'année 7^9 de l'hégire. Il aurait pu lire
dans ledit ouvrage des correspondances portant la date de
l'année 756 de l'hégire, et d'un temps postérieur. Du reste,
le même Hâdji Khalfah , en parlant de l'ouvrage d'Assafady
intitulé : o^*y ^ <j [y f , et dont il est question tout au com-
mencement de cet avant-propos, donne l'année 764 de l'hé-
gire comme celle de la mort de ce savant biographe et lit-
térateur. Il dit encore la même chose en citant un troisième
écrit d'Assafady, qui porte pour titre : ^U^fj s^alf (jUcf
v*a-JÎ , ou « les notables du siècle et les auxiliaires de la vic-
toire. » (Edition de M. G. Fiuegel, t. I,p. 365, n° 973.) Or,
cette date de l'an 764 de l'hégire est saris doute la véri-
table.
Enfin, je ne dois pas négliger de mentionner que , dans le
Dictionnaire biographique d'Abou 1 Méhâcin , intitulé :Almen-
kal Assâfi, ou «l'abreuvoir limpide, etc.1 » (ms. arabe de la
Bibliothèque impériale, t. III) , il existe une notice sur Assa-
fady. L'an 696 de l'hégire (1297 de J.C.) y est donné comme
la date de sa naissance, et l'an 764 de la même hégire(i363
de .1. C), comme celle de sa mort2.
1 Le titre entier de Pouvrage est : o^Jtj (J aX-^lL (j LaJÎ (IgÀif
(J Lit, et le nom complet de son auteur, Djamâl eddîn Aboul
Méhâcin Yoûçuf ibn Taghri Berdi, ou Tangri Virdi. C'est le cé-
lèbre historien de l'Egypte, mort dans l'année 874 de l'hégire
( 1469 de J. C). (Cf. Hâdji Khalfah, édition citée, t. Vr, p. 224,
n°i33o2.)
* Voyez manuscrit de la Bibliothèque impériale, ancien fonds
arabe, n° 749 , fol. 54 et suivants.
26.
396 AVRIL-MAI 1857.
1° ALKHASSÎB (<-*AAOal).
C'était un chrétien, un médecin de mérite, rési-
dant à Basrah ; il était très-habile dans son art et
taisait des cures admirables. Voici ce que dit Moham-
med, fils de Salàm AldjoumaliN ' : u Le poète de
Basrah, Hacam, fils de Mohammed, fils de Kon-
bour Almàziny , ou de la tribu de Màzin *, étant
tombé malade, on lui amena le médecin Khassih
pour qu'il le traitât. Ce fut à cette occasion que Ha-
cam composa les vers suivants : i
■ (3)
c.^ | * ]nu-> j ^*X>J >.«.»■ mi» *Wl^ y» » l
TRADUCTION.
J'ai dit à ma famille, lorsqu'elle a conduit Khussib auprès
de moi :
«Par Dieu! Khassib n'est pas le médecin qu'il faut pour
ce que j'éprouve.
* Ma maladie ne peut être connue que par celui dont In
situation est analogue à la mienne. >
1 Le nom indique que ce personnage descendait des Bénoû Djou-
mah . brandir de la tribu de Koraîch. Il a écrit une histoire des
poètes, divisés par clastes, et intitulée: ,Ljui)| ^UJe, ou ilrs
Classes des poètes. ■
1 C'était un des poètes attachés aux Abbacides. Il est mort l'an
ao8 de l'hégire ( 8a3 de J. C. ).
' Ces distiques sont du mètre Jjty
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 397
Aldjoumahy raconte encore les faits ci-dessous rap-
portés : « Khassîb, le médecin, fit prendre une bois-
son médicamenteuse à Mohammed, fils du calife
Aboû'l 'Abbâs, Assaffâb, et qui se trouvait alors à
Basrah. Aussitôt après , Mohammed fut sérieusement
malade dans cette ville. Il fut transporté à Bagdad,
où il mourut. C'était dans les commencements de
l'année i5o de l'hégire (février 767 de J. C). L'on
conçut des soupçons sur la conduite de Khassîb, qui
fut mis en prison et y fut gardé jusqu'à sa mort. Lors-
qu'il devint malade , il examina son urine , et dit :
« Galien déclare que quiconque, étant affecté de cette
« maladie , rend une pareille urine , ne peut vivre. »
On lui fit observer que Galien s'est souvent trompé;
à quoi Khassîb répondit : « Je n'ai jamais eu plus
« besoin qu'à présent que Galien se soit trompé. » I!
mourut en effet de sa maladie. »
2° KHALÎFAH, FILS DE YOÙNOS, OU JONAS (tf A-ùXi*
Il était le petit-fils d'Aboul Kâcim, fils de Khali-
fah. C'était le savant Sadîd eddîn Aboû'l Kâcim
Alansâry Alkhazradjy Assa'dy Al'ibâdy Alcahhâl,
ou l'Oculiste, plus connu sous le nom d'Ibn Aby
Ossaïbi'ah. Ce personnage était le père de l'historien
célèbre des médecins, de Mouafhk eddîn. Il est né
au Caire , et a exercé d'abord sa profession dans cette
ville, de même que son frère, le médecin Rachîd
eddîd. Sadîd eddîn s'est beaucoup distingué dans la
v.»> AVRIL-MAI 1857.
connaissance des maladies de l'œil, et il s'est acquit
à ce sujet une grande réputation. Il a été occupé
plus tard dans l'hôpital appelé Noûry (ou fondé à
I ) unas par Noûr eddin . lils de Zengui); il a été em-
ployé aussi dans le château de Damas. Sadîd eddin
mourut Tannée 64 g de l'hégire ( i a 5 i de J. (
3° DÀNlÀL, OU DANIEL LE MEDECIN (w— aaUI JUili).
'Obaîd Allah , fils & Djabrîl, od Gabriel, dit'
•i Daniel était d'une constitution faible, sesmeimSiiw
étaient courts et difformes. Mo*ïzz addaoulah 2 Tayaut
attaché à son service, entra un jour auprès de ce mé-
decin et lui dit: «ô Daniel! <st-ce que vous lutrea
« médecins ne prétendez pas que les coings consti-
upent, lorsqu'on les mange avant le repas, etquil>
« relâchent, lorsqu'on les mange après le repas? » Da
niel répondit : « Oui , certes. » Molzz addaoulah re-
prit : « Pour ma part, quand je les mange après le
«repas, ils me resserrent.» Daniel lit : «Cela n'est
« pas dans la nature de l'homme. » Alors Molzz ad-
daoulah le frappa sur la poitrine avec son poing, en
disant : « Lève-toi. apprends les manières qu'il faut
• Aboû Sa'id 'Obaîd All.ili , liUdc Djabril , est auteur de pluM<iii«
livres qui traitent de médecine, et aussi d'un ouvrage sur la bio-
gr.ijilin tiea médecin*. Il mourut l'an \bo de l'hégire (io5* <1<
J. C). On peut voir sa notice dans le chapitre huitième d'Ibn Aby
Ossaïbi'ah (ms. n* 673, fol. 85 r). (Cf. Wûstenfeld, Geschichte der
nrabischen Aerzte und Naturforscker, p. 18.)
* Il s'agit ici d'Ahmed, fils de Boûieh , le puissant prince Bouide,
mort l'an 356 de l'hégire (967 de J. C. ).
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 399
« observer lorsqu'on sert les rois , et reviens plus
« tard. » Daniel sortit de chez Mo'ïzz addaoulah , il
eracha le sang, de sorte qu'il en mourut1. »
'Obaïd Allah ajoute : « C'est encore ici une erreur
des savants ; car l'effet relâchant qu'ils attribuent aux
coings , pris après les aliments , n'a lieu que chez les
hommes dont l'estomac est débile. Ce viscère ne pou-
vant point dans ce cas repousser les matières qu'il
renferme, il arrive que le coing le fortifie et l'aide
à s'en débarrasser. Par conséquent, le ventre se re-
lâche et s'ouvre. J'ai même connu une personne qui,
lorsqu'elle voulait vomir, buvait de préférence à toute
autre chose , soit du sirop , soit de l'oxymel de coings.
Elle vomissait ainsi toutes les fois que cela lui con-
venait. »
â° DAOUD , OU DAVID, FILS DE DAILEM (&-i$ (#> ^i>)-
C'était un des médecins les plus distingués de
Bagdad , et les plus renommés pour leurs belles cures.
Il était employé chez le calife Almo'tadhid Billâh ,
et le servait. On' voyait en ce temps-là les rescrits ,
ou édits de Mo'tadhid sortir avec l'écriture de Dâoud ,
fds de Daïlem,tant était élevée la place qu'il occu-
pait auprès de ce souverain. Dâoud allait et venait
souvent dans les palais impériaux; il recevait d'AI-
mo'tadhid Billâh de grands bienfaits et des grâces
nombreuses. Il mourut l'an 329 de l'hégire (961
de J. C.)
1 Ceci se passait également dans l'année 356 de l'hégire (967
deJ. C).
400 AVRIL-MAI 1857.
Ô° DÀOLD, P1LS D'ALY ( Jl* ^ *jl*)«
Il était le petit-fils de Dâoud, fils d'Almobàrec;
c'était le savant illustre, le cheikh Sadîd eddin Aboù
Mansoùr, lils ducheïkSadid eddîn.On prétend aussi
que son nom était 'Abd Allah. Dàoud a étudié la mé-
decine sous son père et sous Aboû Nasr 'Adnân ,
tils d'Alain Zarby l. Il a suivi à Alexandrie les leçons
(1 Aboù Thàhir Ismà'il, fils d'Aouf; il est devenu I
chef des médecins au Caire , dont il a servi les rois.
Dâoud a amassé des richesses énormes, il a eu de
nombreux disciples, et on lui a généralement appli-
qué le surnom, ou titre honorifique de son père,
qui était Sadîd eddîn, ou « le bien dirigé en religion. »
Le sien propre était celui de Cheref eddîn , ou a la
noblesse de la religion », Il a été le médecin d'Al-
'àdhid2 et de quelques-uns de ses prédécesseurs; il
a possédé une haute dignité et une grande influence.
Nafis eddîn, fils de Zobaïr, cheikh des médecins9,
• Le manuscrit porte ^Sj*. , 'Adlàn , et V : ^^ , Ain Zarby,
sans l'article. Ce personnage, originaire d'Anazarbe, enCilicie,
comme son nom l'indique, était en même temps médecin, philo-
sophe, astronome et poète. 11 a écrit sur la médecine, et il mourut
l'an 548 de l'hégire (î 1 53 de J. G). On le trouve mentionné dans
le chapitre quatorzième d'Ihn Aby Ossaîbi'ab (ms. 0*673. fol. 2 19 v).
(Cf. Wùstenfeld, ouvrage cité, p. g5.)
1 11 est ici question d'Al'àdbid Li.Jinill.il. , dernier calife de la
race des Fàtbimites en Egypte , mort dans l'année 567 de l'hégire
(.i7ideJ.C).
3 On trouve quelques détails sur ce personnage dans le chapitre
quatorzième d'ibn Aby Ossaibi'ah (ms.n° 673, fol. aaa v.). Il était
né l'an 555 ou 556 de l'hégire (1160 ou 1161 de J.C.); il était
médecin habile, chirurgien, et surtout oculiste.
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 401
a étudié sous sa direction. Dâoud a reçu de la cour,
en une seule journée , la somme de trente mille du-
cats. H a pratiqué la circoncision sur les deux fils
d'Alhâfizh Lidînillâh1, et dans cette circonstance, il
a été gratifié d'environ cinquante mille ducats, en
or. Salâh eddîn, ou Saladin, l'honora beaucoup, et
il eut toute confiance en lui pour ce qui concernait
la médecine. Dâoud mourut l'année 5gi de l'hégire
( i 195 de J. C).
6° DÂODD, FILS D'ABOÛ'L MOUNA (&M jl ^j Ô3I0).
Son surnom était Aboû Soleïmân ; il était chré-
tien de religion , et demeurait au Caire du temps des
califes Fâthimites. C'était un médecin qui jouissait
d'une grande faveur auprès de ces souverains, et il
était originaire de Jérusalem. Dâoud avait aussi des
connaissances en astronomie (ou plutôt en astrolo-
gie), et il possédait cinq fils. Lorsque le roi Mari,
ou Amauri 2, arriva en Egypte , il demanda au calife
ce médecin , et l'emmena à Jérusalem , ainsi que ses
enfants. Le roi Amauri eut un fils atteint de l'élé-
phantiasis , ou de la lèpre. Dâoud composa pour lui
la thériaque, appelée fâroûk , qui en est une excel-
1 A»[ (^oJ iisUI \Ju\ vgl»j. Le verbe J&> dont la signifi-
cation est de «purifier, sanctifier, etc.», a ici, sans doute, le sens
de «circoncire».
2 C'est ici Amauri Ier, qui, étant âgé de vingt-sept ans, succéda
dans l'année 1162a son frère Baudouin III, roi de Jérusalem. On
sait qu'il était un prince courageux, mais cruel et avare. Il mourut
l'an 1 173 de J. C.
ioi' AVRIL MAI 1857.
lenli sspél 8 poil M voua entièrement au cnli.
Dieu, et se lit moine chrétien. 11 laisse son (ils aim-
nommé Almouhaddhab Aboù Sa'îd, comme mim
Miccesseur, ou vicaire, sur sa maison et sur ses autres
lil>, les frères d* Almouhaddhab.
Il arriva que le roi des Francs, ou des Latins lii
nrisonnii t le jurisconsulte Iça, qui ensuite tomba
nilade. Le roi le fit visiter par Mouhaddhab, qui,
le voyant dans une basse-fosse et chargé de ch mu i
retourna vers le roi, et lui dit : «Ce captif est un
homme riche, habitué à bien vivre, et quand même
je lui ferais boire l'eau de la vie, ou de la fontaine
de Jouvence1, tandis qu'il se trouve dans l'état où
il est, cela ne lui servirait a rien. » Le roi répondit :
«Que faire?» Mouhaddhab reprit : «Laisse-le sortii
de cette basse-fosse, brise ses chaînes et honore l«
il n'a besoin d'aucun autre traitement.» — «Non-
craignons qu'il ne prenne la fuite, et sa rançon doit
être importante. » — « Confie-le-moi, et je m'en
déclare responsable.») — «Fais le donc quitter son
cachot, et lorsqu'il déboursera sa rançon, tu auras
pour ta part mille ducats. » Mouhaddhab se rendit
auprès du légiste 'Iça et le fit sortir de la basse-fosse,
[ça demeura dans la maison de Mouhaddhab, à ses
ordres , et en quelque sorte à son service. Quand le
prix pour sa délivrance fut parvenu à Jérusalem, le
roi fit donner à Mouhaddhab Aboû Sa'îd mille du
eats. et ce dernier fit eadeiu de cette somme au ju
1 «LJl »L* *X>JLm J) •
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 403
risconsulte 'Iça , qui la prit et se dirigea vers le roi
Nâcir 1.
Or, le savant Dâoud Aboû Soleïmân avait connu ,
au moyen de la science astrologique, que Saladin
s'emparerait de Jérusalem, telle année, tel jour, et
qu'il y entrerait par la porte dite de la Miséricorde.
Aboû Soleïmân appela son fils, nommé Alfâris
Abou 1 Khaïr ibn Soleïmân , et lui dit : « Va trouver
Saladin, annonce-lui cette nouvelle, et félicite-le sur
cela». Aboul Khaïr avait été élevé avec le fils du
roi , celui-là même qui était affecté de l'éléphantia-
sis 2, et il portait un costume militaire. Il se rendit
auprès du roi Nâcir, recevant partout les congratu-
lations du public; c'était dans l'année 58o de l'hé-
gire (1 1 84 de J. C). Alfâris alla d'abord trouver le
jurisconsulte 'Iça, qui se réjouit beaucoup de son
arrivée et qui l'accompagna chez le sultan. Lorsque
Saladin fut informé de la bonne nouvelle que lui
faisait annoncer le père d' Alfâris, il devint tout j oyeux,
et fit à celui-ci un présent considérable , en lui disant :
« Quand Dieu permettra que s'accomplisse ce que tu
me prédis, mets ce drapeau jaune et cette flèche
au-dessus de ta maison ; toute la rue qui la renferme
sera épargnée et mise sous la protection de ta de-
meure. »
1 ^>uJ| OSLUI, ou «le roi défenseur». Te] est le titre du fa-
meux sultan Saladin.
2 Ce fils d'Amauri Ier naquit l'an 1160, et il devint à son tour
roi de Jérusalem dans l'année 1 173, après la mort de son père. Il
s'appelait Baudouiu IV, dit le Lépreux.
404 AVRIL-MAI 1857.
Le moment étant arrivé ', tout ce que Dàotui
Aboû Soleïmân avait pronostiqué se vérifia. Le le
giste 'Iça entra dans la maison qui appartenait à ce
savant médecin , il y resta , afin de la garantir de
toute attaque et de toute violence, ainsi que la rue
entière. De tous les habitants de Jérusalem, il ne se
sauva personne , soit de la mort, soit de la captivité .
soit du rachat, si ce n'est la famille du docteur ci-
dessus mentionné. Le sultan Saladin donna aux fils de
Dàoud Aboû Soleïmân le double de ce qu'ils rece-
vaient des Latins. Il écrivit des lettres dans ses dif
férentes provinces, continentales et maritimes, pour
que les fils de Dàoud fussent exemptés de tous les
droits et de toutes les charges imposés aux chrétien ^
en ellet, ils en furent dispensés. Saladin fit venir 00
sa présence le savant Aboû Soleïmân , il se leva à son
approche, alla à sa rencontre, et lui dit : «Tu es
un cheikh béni, nous avons reçu ta prédiction et
tout ce que tu as annoncé est arrivé. Or, dis-moi ce
que tu désires. » Aboû Soleïmân répondit : « Protège
mes enfants.» En conséquence, Saladin se chargea
des fils de ce médecin, et il en eut un très-grand
soin. Plus tard, il les confia à 'Adil2, en lui recom
mandant de les distinguer et de les honorer.
7° DAÏLEM ABOÛ DAOUD (^^ y*\ &•**)■
Nous avons déjà fait mention de son fils9. Daï
1 Ce fut dans l'année 583 de l'hégire ( 1 187 de i. C).
* C'est le frère de Saladin. Son titre était eu eflet celui de (/LUI
, J^ljJî Almalic Al'àdil, c'est-à-dire «le roi juste et équitable».
* Voir plus haut, 4', p. 399.
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 405
îem était un des médecins renommés de Bagdad. Il
allait et venait souvent, ou avait ses entrées chez
Hacam ibn Mohalled, ministre de Mo'tamid1, qu'il
servait. Le calife désira d'être saigné , et dit à Ha-
cam ibn Mohalled : « Ecris les noms de tous les
médecins qui sont attachés à notre personne, afin
que nous ordonnions qu'ils soient gratifiés d'une
somme d'argent, chacun d'eux suivant son mérite. »
Le ministre en dressa la liste, en y introduisant le
nom de notre Daïlem Aboû Dâoud. Mo'tamid écri-
vit au-dessous de cette liste les dons qu'il faisait à
chacun des personnages qui y étaient désignés.
Daïlem dit : « J'étais assis dans ma demeure , lors-
qu'un messager de la trésorerie entra , portant une
bourse qui contenait mille ducats. Il me la remit et
s'en retourna. Je ne savais pas à quelle occasion je
recevais cette somme d'argent. Par conséquent, je
m'empressai de monter à cheval pour me rendre
chez Ibn Mohalled , que j'informai de ce fait. » Le
ministre raconta à Daïlem ce qui s'était passé entre
le sultan et lui, puis ajouta : «Or, j'ai introduit ton
nom parmi les autres noms, et ta part a été de la
somme de mille ducats. »
8° ARRACHÎD ABOC SA'ID (ùkajum yj\ Jyç«£jJi).
C'est Ibn AlmouafFak Ya'koûb , médecin chrétien
de Jérusalem, un des docteurs les plus notables et
1 C'est le calife Abbâcide Alnwtamid 'Ala Allah, ou «celui qui
se confie à Dieu». H mourut l'an 279 de l'hégire (892 de J. C).
uni v\ Kll. \l U I8û
un des inocl* •< in> >avants les plus célèbres. 11 étudia
la grammaire sous Taky eddin kha/.'al , et la méde-
cine sous le savant Rachid eddîn 'Aly, fils de Khalî-
fah, lils d'Aboù Ossaïbi'ah , qui était l'oncle de l'his
torien des médecins. Il fut occupé près d'Almou-
haddhab l, et servit Alcâmil2 au Caire. Plus tard , il
lut aussi attaché au fils de ce dernier, Assàlih Ayyoùl>\
Lorsque Sàlih fut atteint d'une plaie gangrrn» m
la cuisse, tandis qu'il se trouvait à Damas, il lut
traité par Rarlud \bou khalilah. La maladie ayant
traîné en longueur. Sàlih fit venir Raclud il>n Al-
mouaflak, auquel il se plaignit de son état, et fit
connaître ses souffrances. Il existait entre ce méde-
cin et Aboù khalifah un sentiment cl»- rivalité el
d'envie, de sorte qu'lbn Almouaft'ak dit qu'Aboû
Khalifah s'était trompe dans le traitement, AJorj le
sultan regarda Aboù Khalifah d'un œil courrouo
1 Ceat probablement le personnage dont il a été parié ci-dessus ,
p. Aoa, et qui a été un médecin de beaucoup de mérite. Tbn Aby Os
saîbi'ah le mentionne vers la fin du chapitre quatorzième de son M
vrage (ms.673.fol. sji v,etaa3r#.). H l'appelle: t_>i>_^_* •£ ■'- Il
J>Iiil «Lo fj . H ajoute que ce médecin a été attaché nu ser-
vice de Saladin, puis à celui d'Almalic Al'àdil; qu'il se rendit de
Damas en Egypte, et y resta jusqu'à sa mort, qui eut lieu dans l'an-
née 6i3 de l'hégire (>ai6 de J. C).
* Il s'agit de J^UCJî cUll , ou • le roi parfait » , mort l'an 635
de l'hégire (ia38 de J. C). Ce roi d'Egypte était le fils d'Almalic
Al'àdil Aboû Becr.
' Son titre était i.L<J! tilUf, c'est-à-dire «le roi pieux et ver-
tueux». Il mourut l'an 6^7 de l'hégire ( 1 ?4q de J. C).
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 407
celui-ci se leva et sortit. Dans celte même séance ,
Ibn Almouaffak fut frappé d'une attaque d'hémiplé-
gie, il tomba à la renverse devant le souverain, qui
ordonna de le transporter dans sa maison. Il resta
malade pendant quatre jours, puis il mourut. C'était
dans l'année 6 k 5 de l'hégire (12A7 de J. C).
Rachîd Aboû Sa'îd est l'auteur des deux ouvrages
suivants : i° Le Livre des sources de la médecine. Il
renferme des traitements choisis, exposés d'une ma
nière succincte, et c'est un des meilleurs ouvrages;
20 Des Scolies, ou Notes sur le contenant \ en médecine.
L'on prétend aussi que Rachîd Aboû Sa'îd mou
rut dans l'année 6àk de l'hégire ( 1 2^6 de J. G.), et
cette opinion est fondée.
9° RIDHOUÂN, FILS DE MOHAMMED (<X^ yJ (jV*j)-
Il était le petit-fils d'Aly, fils de Roustem, le Kho
râçânien; son titre était Fakhr eddîn, ou «la gloire
de la religion » ; il était aussi nommé Ibn Assaâty, ou
« le fils de l'horloger ». Le lieu de sa naissance, comme
celui de son éducation , était Damas. Son père , Mo-
hammed , était du Khorâçân ; mais il émigra en Syrie,
et demeura à Damas jusqu'au moment de sa mort.
Le père de Fakhr eddîn était sans pareil dans l'art
de l'horlogerie et dans les connaissances astrologiques.
C'est lui qui a fabriqué les horloges qui se trouvent
à la porte de la mosquée cathédrale des Bénoû
1 (_Sy»> alhâoui, ou «ce qui comprend, qui coudent, etc.»
Tel est le titre d'un des ouvrages de Rhases.
lO.s AVRIL-MAI 1857.
Omayyah, à Damas1. Il les plaça sous le règne du
juste Noûreddin Mahmoud *, duquel il reçut de nom
breux bienfaits, ainsi que des appointements régu-
liers pour l'entretien de ces horloges. Quand Mo-
hammed mourut, il laissa deux enfants, dont l'un
était Béhà eddin Aboù'l Haçan 'Aly, fds d'Assà'àty,
le poète, que nous mentionnerons, s'il plaît au Dieu
Très Haut, dans la lettre 'Aïn*; l'autre était Fakhr
eddin Ridhouân, dont nous traitons ici.
Fakhr eddîn était un médecin accompli; il excel-
lait dans la médecine et dans la littérature. Il étudia
les sciences médicales sous Kadhy eddîn Arrabby \
à qui il resta attaché pendant un certain temps. It
était plein d'intelligence et d'esprit ; il faisait bien tout
ce qu'il entreprenait, et avait un grand zèle pour 1 1
science. Ridhouân étudia aussi sous Fakhr eddîn
Almâridîny 5, lorsque ce savant arriva à Damas ( i
1 Mort dans Tannée S69 de l'hégire ( 1 1 74 de J. C. ) .
Initiale du nom propre 'Aly, indiquée en français, aiiiM am
dans toutes les autres langues européennes, par une apostrophe, à
défaut du son ou de l'articulation correspondant)'.
4 Ce médecin célèbre, originaire de la ville de Rahbali, ou Rah
bat Mdlic ibn Thaouk, en Mésopotamie, et établi à Damas, mourut
dans le commencement de l'année 63 1 de l'hégire (octobre ia33
de J. C). Il laissa trois fils, dont deux ont aussi exercé la méde-
cine. Ibn Aby Ossaïbi'ah parle de ce personnage dans le chapitre
quinzième (ms. n° 673, fol. a44 r. à a45 r.). (Cf. Wûstenfeld, ou-
vrage cité, p. 127 a 138.)
1 C'était un médecin d'un grand mérite; il mourut à la lin de
l'an 5g4 de l'hégire (1 198 de J. C). Ibn Aby Ossaïbi'ah donne sa
notice biographique dans le chapitre dixième de son ouvrage (ms.
n° 673, fol. 1 54 v.à i55r.). (Cf. Wûstenfeld, ouvrage cité, p. iofl.)
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 409
fils de l'horloger, Fakhr eddîn , était un calligraphe
distingué, et il écrivait le mansoâb l. Il était ins-
truit dans la logique , aussi bien que dans les belles-
lettres. Ridhouân étudia celles-ci à Damas, sous
Tâdj eddîn Alkindy2. Il servit Almalic Alfâïz 3, fils
d'Almalic Al adil Aboû Becr, et fut aussi son vizir,
ou ministre. Il servit également Almalic Almoazz-
ham 4, fils d'Almalic Al'âdil , comme médecin et mi-
nistre; il fut de plus son commensal. Ce docte mé-
decin savait jouer du luth; il aimait passionnément
les doctrines médicales et les écrits du cheïkh Ibn
Sîna , ou Avicenne , et il mourut à Damas de la ma-
ladie appelée ictère, ou jaunisse.
cjauujdf. Par almansoûb, ou alkhatth almansoûb, mots dont le sens
littéral est «l'écriture attribuée, etc.», je pense que l'on doit en-
tendre, en cet endroit, les firmans, ou lettres patentes du souve-
rain.
2 C'est le célèbre littérateur, grammairien , lecteur du Korân , ou
professeur de lecture korânique, né à Bagdad l'année 5 20 de l'hé-
gire ( 1 1 2 6 de J. C. ) , et mort à Damas l'an 6 1 3 de l'hégire ( i 2 1 7 de
J. C). Notre auteur, Assafady, donne plus loin une intéressante no-
tice sur ce personnage, sous le nom de Zaïd, fils d'Alhacam, etc.
L'on peut, du reste, lire la biographie de Tâdj eddîn Alkindy, dans
l'ouvrage d'Ibn Khallicân, édition de M. de Slane, p. 279a 281 du
texte arabe, et t. I, p. 546 et suivantes de la traduction anglaise.
3 jjljjf cilUL ou «le roi qui réussit, le roi victorieux». Son
nom propre était Ya'koûb, ou Jacob. (Cf. Aboû'l Faradj, Historia
Dynastiarum, édition Pococke, p. 44o du texte arabe, et p. 288 de
la traduction latine; Ibn Alathîr, Chronicon, texte arabe, publié par
M. C. J. Tornberg, t. XII , p. 2 3 1.)
e h» tf csUUf, ou «le roi vénéré»; il régna à Damas, où il
mourut l'an 024 de l'hégire (1227 de J. C).
IX. 37
410 AVRIL-MAI 1857.
Ibn Assà'àty a laissé les ouvrages suivants : i° Le
complément du Livre sur la colique, ou les douleurs
d'entrailles, du raïs, ou chef1; a° les notes mar-
ginales sur la kànoùn-; 3°un choix de poésies, «>(<•
Voici deux de ses distiques :
' » (Si
TRADUCTION.
Mes concitoyens éprouvent un sentiment d'envie pour
moi, à cause de ma profession; car je suis un lion parmi
eux.
J'ai veillé les nuits, tandis qu'ils se sont livrés au som
meil. Il n'y a pas en effet d'égalité entre celui qui dort <t
lui qui étudie.
I O* ASSADIT) ADD1MIÂTHY, OD SAD1D DE DAMIETTK
C'était un médecin israélite, que j'ai vu beaucoup
..u Caire, et aux cures duquel j'ai souvent assisté. Il
était rempli de mérite, il avait des connaissances en
géométrie , en arithmétique , en physique , etc. ; il se
rappelait bien les opinions et les écrits des méde-
cins. La thérapeutique de Sadîd réussissait à mer-
1 C'est ainsi que l'on désignait souvent Avicenne. Le titre arabe
de l'ouvrage est : -j-^oJU j**-U*^ CjU^J^k^Xj '•
* Canon, ou règle; personne n'ignore que c'est là le titre do
principal ouvrage du célèbre Avicenne.
s Ces ver» sont du mètre ff.y~-
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 411
veille ; il était en cela très-heureux , et personne dans
son siècle ne l'égalait sous ce rapport. Tl a étudie
sous le cheikh ' Alâ eddîn , fils d'Annafis ] , il a été
présent à ses discussions avec le juge Djamâl eddîn
ibn Ouâcil 2, et m'a raconté des choses qu'il avait
évidemment apprises dans ces occasions , du cheikh
'Alâ eddîn. Sadîd a été un des médecins du sultan
Almalic Annâcir Mohammed 3; il était rare que le
raïs, ou chef, Djamâl eddîn Ibrahim, entrât dans les
palais de ce sultan, sans que Sadîd fût avec lui. Ce
médecin, Sadîd , portait le cou incliné; il vécut très-
vieux et mourut, à ce que je crois, dans l'année 7^3
de l'hégire (1 342 de J. C).
1 1° SA'ÎD, FILS D'ABOU'L HAÇAN ( (j** JL ^1 ^ <Xax** ).
Ce médecin était le petit-fils d'Iça; son surnom
était Aboû Nasr, et il comptait parmi les docteurs
1 Médecin très-célèbre et auteur de plusieurs livres estimés. Il
mourut dans l'année 696 de l'hégire (1297 de J. C), ou peut-être
quelques années auparavant. (Cf. Wûstenfeld, ouvrage cité, p. i46
à !47.)
2 C'est l'auteur de plusieurs ouvrages historiques et autres , fort
estimés. Il est cité assez souvent par Aboû'l Fédâ , qui en fait beau-
coup d'éloges. Ils ont eu des rapports ensemble à Hamâh , et Aboû'l
Fédâ confesse d'avoir appris de lui bien des choses. Son nom en-
tier était Mohammed, fils de Sâlim, ibn Ouâcil Djamâl eddîn, et
il mourut l'an 697 de l'hégire ( 1298 de J. C). (Cf. Aboû'l Fédâ,
Annales muslemici, édition de Reiske et Adler, passim, et notam-
ment, tom. I, p. 44 1 à 45g; tom. IV, p. 555 à 557, ettom. V,p. i44
à *5i.)
3 C'est le fils de Kalâoûn ; ce sultan mamloûc d'Egypte mourut
vers la fin de l'an 741 de l'hégire ( i34i de J. C).
412 AVRIL-MAI 1857.
les plus distingués. L'imam Nàcir ' tomba gravement
malade de la pierre dans la vessie, l'année 5g8 de
l'hégire ( iao2 de J.C.). Son médecin, Aboû'l Khaïr3,
ayant conseillé l'opération, l'on fit venir le chirur-
gien pour faire la section dans le pénis (ou plutôt
l'urètre ) du malade 3. L'opérateur dit : i II n'y a pas
dans tout le pays le pareil de mon maître Aboû Nasr,
le chrétien. » Par conséquent, on le fit venir aussi ,
et il déclara qu'il n'y avait nul besoin d'opérer. Il se
mit à amollir les parties avec des onctions et un trai-
tement doux , de sorte que le troisième jour le calcul
urinaire sortit. On prétend qu'il pesait cinq mithkâl*,
et qu'il était plus volumineux qu'un noyau d'olive.
Lorsque Nàcir se rendit au bain, il commanda
qu'Aboû Nasr entrât avec lui à l'hôtel de la mon-
naie, et qu'il emportât tout l'or dont il pourrait se
charger. En outre de cela , les deux fils du calife lui
donnèrent deux mille ducats. Nadjâh, l'échanson;
Nàcir eddin ibn Mahdy, le ministre, et la mère du
calife lui firent ensemble un présent de trois mille
ducats. Les commandants et le public firent aussi à
Aboû Nasr, dans cette circonstance, de riches ca-
deaux. Le calife Nàcir le gratifia d'un don magni-
1 II s'agit ici du calife de Bagdad, Annàcir Lidinillàh, mort
dans l'année 6a a de l'hégire ( i aa5 de J. C).
1 Mort dans l'année 608 de l'hégire ( 1 9 1 1 de J. C. ). Il était un
médecin célèbre de Bagdad. (Cf. Aboû'l Faradj, Historia Dynastia-
rum, édition citée, p. 453 du texte arabe, et p. ao6 de la version
latine; Wùstenfeld, ouvrage cité, p. 117.)
* Environ sept drachmes, ou gros ( 26 grammes).
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 413
fique, et lui assigna un traitement annuel considé-
rable. Ce médecin soigna Nâcir plusieurs autres fois,
et il le guérit. Chaque fois il recevait beaucoup d'or
et des robes d'honneur.
Aboû Nasr a composé un ouvrage médical, inti-
tulé : Livre de l'impromptu, ou improvisé , sous forme
de demandes et de réponses1.
11° SA'ÎD, FILS D'ABD ARRAHMAN (<**** tf *>****»'
C'était le petit-fils d'Ahmed , fils de Mohammed ,
Ibn 'Abd Rabbihi, ou «le fris du serviteur de son
maître. » Il était par conséquent de la famille du
célèbre littérateur Ibn 'Abd Rabbihi 2 ; celui-ci fut
son oncle paternel. Sa'îd était un médecin de mé-
rite, ainsi qu'un excellent poëte. En médecine, il
était fort instruit sur les doctrines et sur les méthodes
des anciens. Son système à lui, dans le traitement
des fièvres, consistait à employer un mélange de
substances froides ou réfrigérantes. Il agissait en cela
d'une manière admirable, et avec beaucoup de succès.
Cependant, il n'a servi aucun roi en qualité de mé-
decin. Sa'îd brillait dans le pronostic médical, dans
la connaissance des changements atmosphériques,
8 Cet illustre personnage était de Cordoue; il naquit Tan 2 46 de
l'hégire (86o de J. C), et il mourut l'année 328 de l'hégire (a4o
de J. C). (Cf. Ibn Khallicân , édition citée, p. 46 à 47 du texte arabe,
et t. I , p. 92 et suivantes de la version anglaise.)
414 AVRIL-MAI 1857.
du souille des vents, des mouvements des étoiles et
des astres.
Ibn Djoldjol ' dit : « Voici ce que m'a appris, sur
le médecin Sa'îd, le jurisconsulte Soleïmân, fds
d'Ayyoûb, ou Job, qui s'est exprimé en ces termes :
«<Je tombai malade de la fièvre, qui me dura un
« temps très-long et qui me conduisit au bord du
«tombeau. Sur ces entrefaites, Sa'id rencontra un
((jour mou père, pendant que celui-ci se rendait
«chez le gouverneur de la ville (de Cordoue), Ah-
u med , fils d'Iça. Ce médecin s'approcha de mon
u père, lui fit les politesses et les salutations qu'il lui
« devait , lui demanda des nouvelles de ma maladie ,
« et s'informa du traitement que l'on suivait. Il dé-
>< sapprouva fort, il blâma hautement cette muni
u de traiter ma fièvre, et envoya chez mon père dix-
Imit de ces grains arrondis, ou pilules, en lui re-
« commandant de m'en faire prendre une tous les
«jours. Or, avant qu'elles fussent finies, la fièvre
« me quitta, et je guéris parfaitement. »
Sa'îd, fils d'Abd Arrahmân, est l'auteur des ou-
vrages qui suivent: i°Le livre des antidotes; a°des
notes sur quelques observations, ou expériences mé-
dicales; S0 un poème sur la médecine, dans le mètre
' Célèbre médecin de Cordoue, qui vivait encore l'année 373 de
l'hégire (983 de J. C), date d'un de ses ouvrages. Assafady, notre
auteur, qui donne plus loin la notice d'Ibn Djoldjol sous le nom de
Soleimàn, fils de Hassan, dit que ce personnage mourut sur la lin
du iv* siècle de l'hégire (vers fan 1008 de J. C.) : 1^,> ^jf (j J>\
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 415
dit radjez; 6° d'autres poésies , dont voici un échan-
tillon l :
L*jçL>9 Ka-»J^-* cjw««>v-£ UJ
Uw» à *JLj>-j UoIjJLj c*-*il>
TRADUCTION.
Lorsque je suis privé de quelqu'un qui me console et me
tienne compagnie, je deviens le commensal, ou l'associe
d'Hippocrate et de Galien.
Je me sers de leurs œuvres comme moyen curatif de mon
isolement. Ces deux personnages, en effet, savent guérir
toutes les blessures.
Ces deux distiques étant parvenus à l'oncle de
leur auteur, Ahmed ibn 'Abd Rabbihi, il y répondit
par des vers, dont voici quelques-uns :
v -W.A-A— > /• 1 \\ y-J% (jjV. .V ■» J J*
il o^-«ui ^^ «J>Uf j
2 Ces vers sont du mètre JUo' !
3 Ces vers sont sur le même mètre et ont la même rime que les
précédents. Ceux-ci avaient été adressés par Sa'îd à son oncle, pour
se plaindre que ce dernier ne fût pas allé lui rendre visite, lors
d'une indisposition qu'il eut.
416 AVRIL-MAI 1857.
TRADUCTION.
Tu as trouvé qu'Hippocrate et Galien sont une bonne so-
ciété, et qu'ils sont utiles a leur compagnon.
Or, tu les as affectionnés à l'exclusion de ta parenté, te
contentant de les avoir, eux deux, pour amis et pour fami-
liers.
Je pense que l'on ne verra jamais ton avarice te quitter ;
de sorte que, plus tard et après eux, tu seras le commensal
du diable.
Voici des vers composés par Sa'îd, fils d'Abd
Arrahmân sur la fin de ses jours, tandis qu'il se te-
nait à l'écart des rois :
*
£;Lj JL^Lj JJL^ 91*4» tf^*?
1 Ces ver» sont du mètre J>s!^*«
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 417
ï
1-jJca-j (JÀj^JUj ^wÀ-> (■>, 35 1 <XJJj
TRADUCTION.
Est-ce qu'après m'être profondément plongé dans les
sciences des vérités , et m'être arrêté longtemps sur les doc-
trines de mon Créateur ;
Est-ce au moment où je suis près de me rendre dans son
royaume éternel (ou dans le monde des esprits), que l'on
me verra demander mes moyens de subsistance à tout autre
qu'à mon dispensateur de la nourriture journalière?
La durée de la vie de l'homme, ce n'est, à vrai dire, que
l'avantage d'une heure. C'est un fantôme qui passe \ à
l'exemple de la splendeur de l'éclair.
Mon âme connaît bien déjà que sa demeure est ruinée.
Celui qui me mène, me pousse avec beaucoup de hâte vers
le trépas.
Certes , quand même je me cacherais , ou je fuirais la mort ,
en parcourant les différentes régions de la terre, toujours la
mort m'atteindrait. ^
l3° SOLEÏMÂN, FILS DE DAOUD (àjU tf yUX»»).
Il était le petit-fils de Soleïmân, il s'appelait
Amîn eddîn ou «le gardien fidèle de la religion»,
Soleïmân, chef des médecins à Damas, et était ex-
trêmement heureux dans les cures qu'il entreprenait.
Quand le juge Djalâl eddîn Alkazouîny se rendit au
1 Littéralement : Elle fait vivre un fantôme, etc.
418 AVRIL-MAI 1857.
Caire et y exerça les fonctions de grand juge ', il
trouva le sultan2 rempli de sollicitude pour la gué-
rison du juge'Alâ eddîn ibn Alathîr, qui était affecté
d'hémiplégie. Djalàl eddîn dit au souverain : «ô
maître! Amîn eddîn Soleïmân, médecin à Damas,
a soigné mon fils 'Abd Allah , qui était affligé de cette
même maladie, et qui en est guéri parfaitement. ■
Par conséquent, le souverain fit venir Amin eddîn
au Caire. Ce médecin traita 'Alà eddîn ibn Alathîr.
mais sa cure ne réussit pas très-bien , car le malade
voulut trop agir suivant sa propre volonté et son
caprice.
Je visitai avec Amîn eddîn Ie> reliques du Pro-
phète (Mahomet), qui se trouvent dans le couvrnt
du Sâhib, ou vizir, Tàdj eddîn ibn Hinnâ, dans le
Machoûk* et aux environs du Caire*. Ensuite ce
1 Voyei, sur ce Djalàl eddin, les Voyages et Ibn llatuùtah, texte
arabe publié et traduit par C. Defrémery et le D* B. R. Sanguinetti ,
r>aj<ùn,et notamment t. I, p. aïo.
1 C'était Almalic Anuicir, Mohammed, fils de kalàoùn.
' C'est-à-dire: «l'amant, ou l'objet aiméi; ce ne peut être que
le nom donné à quelque loctlité, près du Caire. Il existe ailleurs
d'autres endroits qui sont ainsi appelés.
I oureut dont il est ici question était situé dans le In •» nonnm
,-Ulf ^} Deir attkin ; ce qui veut dire : «le monastère de la terre
sigillée, ou de l'argile t. — «C'est, dit Ibn Batoûtah, un couvent
considérable, que Tàdj eddin ibn Hinnà a bâti pour y déposer de
nobles ornements et d'illustres reliques, à savoir : un fragment de
l'écuelle du Prophète, l'aiguille avec laquelle il s'appliquait le col-
lyre, l'alêne qui lui servait à coudre ses sandales, et le Korân du
prince des croyants, 'Aly, Gis d'Aboû Thâlib, écrit par lui-même.
On dit que le vixir acheta les illustres reliques du Prophète qu<
nous avons indiquées, pour la somme de cent mille drachmes (en-
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 419
médecin retourna à Damas, et c'était dans Tannée
729 de l'hégire ( i32Q de J. G.). Il passait en con-
versation une partie de la nuit chez le vizir Ghams
eddîn, et, en sa présence, il jouait aux échecs toutes
les nuits. Il l'accompagnait aussi dans ses parties de
plaisir, etc. Amîn eddîn est mort dans l'année 782
de l'hégire ( 1 332 de J. G.).
lll° CHABÎB, FILS DE HAMDAN (yÎJs^- (jJ *,**«*&).
G 'était le petit-fils de Chabîb , fils de Hamdân , fils
de Chabîb , fils de Mahmoud ; c'était l'excellent lit-
térateur, le médecin , l'oculiste , le poëte , connu sous
le nom de Taky eddîn Aboû'Abd Arrahmân. Il de-
meurait au Caire, et il était le frère du cheikh
Nadjm eddîn, supérieur des Hanbalites dans cette
ville. Chabîb naquit peu de temps après l'an 620 de
l'hégire, et il mourut dans le cours de l'année 695
de la même hégire 1. Il a suivi les leçons d'Ibn Roûz-
bah ; il a écrit sous sa dictée sur les anciens et sur le
Dimiâthy 2. Il était d'une grande perspicacité et d'un
caractère très-énergique; il possédait beaucoup de
connaissances et de belles qualités. Chabîb rivalisa,
viron soixante et quinze mille francs). Il a bâti le couvent, il a légué
les fonds nécessaires pour y servir à manger à tout venant, et pour
payer un traitement aux gardiens de ces nobles objets. » ( Voyages
d'Ibn l'atoûtahj édition citée, t. I, p. 94 à q5).
1 L'an 620 de l'hégire commença le 4 février 1223 après J. C. ,
et l'année 696, le 10 novembre 1295.
2 Je pense qu'il s'agit ici du traditionnaire célèbre Aboû Mo-
hammed,'Abd Almoûmin, fils de Khalaf, de Damiette. (Cf. Ibn
Batoûtab, Voyages, édition citée, t. I, p. 5g.)
420 AVRIL-MAI 1857.
marcha de pair avec Bânat So'âd *, et il mourut au
Caire. Voici quelques-uns de ses vers, extraits d'un
poème :
J«-A-L«Ô *LjkJ>-j Ly->J-»> &J-b
•» i , ' . •'
« — ■ :>'. — »^JI aMI Oj~^j j h «
J a I1" **-*-^ L*î^-3 ww^ ^
3(a1 c>JV {j*)^)' P" ces mots> &*«<»< So'dd, ou ■ ( la
femme, l'amante appelée) So'âd «'est éloignée», l'on désigne le cé-
lèbre poème que Ca'b, fils de Zohair, a composé à la louange de
Mahomet, et qui commence par les deux mots ci-dessus mention-
nés. On le nomme aussi o2yJ\ ëiVy>&9, Kassidat al bordah, ou
• le poème du manteau • ; car Mahomet donna son propre manteau
au poète, pour lui témoigner sa satisfaction. J'en transcris ici le
premier distique , et Ton verra que les cinq vers de Chabîb, cités
plus bas, sont sur le même mètre que ceux de Ca'b, (ils de Zohair,
et qu'ils ont aussi la même rime :
1 Ces vers sont du mètre mtmJ .
BIOGRAPHIES DE QUELQUES MÉDECINS. 421
TRADUCTION.
La course rapide, l'amble de ma chamelle aux longues
joues, robuste et agile, eut bientôt avec moi parcouru le dé-
sert1. De la sorte, mes yeux furent rafraîchis pendant le
voyage, et ma monture aussi fut joyeuse.
Je me dirigeai vers le Prophète 2, l'envoyé de Dieu ; celui
qui est entouré d'une gloire éminente, que nulle largeur,
nulle longueur ne sauraient mesurer.
L'imagination est impuissante à en saisir l'immensité; l'in-
telligence des créatures est trop bornée, pour qu'il lui soit
permis de la concevoir.
C'est ici le saint à la faveur duquel Dieu ennoblit ses ser-
viteurs. C'est parce que les anges veulent honorer Mahomet
que Gabriel est à leur tête 3.
Heureuse Médine ! heureux même tout homme à qui il a été
donné de baiser le parfum de sa terre molle et légère !
Voici ce que dit le cheïkh Athîr eddîn Aboû
Hayyân 4 : « Chabîb me présenta son Dîouân, ou
recueil de poésies, et je trouvai admirables toutes
celles que je lus devant lui et qu'il m'expliqua. De
ce nombre est une kassîdah, ou poëme, à l'éloge de
Mahomet, et dont je vais citer quelques vers : »
1 Ou bien la plaine qui se trouve entre la Mecque et Médine.
1 C'est-à-dire, le tombeau de Mabomet, situé à Médine.
3 On sait dans quels ternies le Korân parle de Gabriel (chap. n,
versets 91 et 92; chap. lxvi, verset 4). On sait aussi qu'il est re-
gardé par les musulmans comme leur ami fidèle, et qu'il est placé
par eux au-dessus de tous les autres anges.
* C'est probablement le célèbre grammairien espagnol Athîr
eddîn Aboû Hayyân Mohammed, fils de Yoûçuf, de Grenade, mort
l'année 745 de l'hégire(i344 de J. C). (Cf. Hâdji Khalfah , Diction-
naire bibliographique et encyclopédique, édition de M. G. Fluegel,
1. 1, p. aa4, 0*347; *bn Batoûtah, Voyages , édit. citée, 1. 1, p. 91.)
433 AVRIL-MAI 1857.
J -
^Jû_ilj iL_>l,X_^Jt jfj-il J^U*U
J^â—lj iyuJl ^^-i- Je JU»lj
M.
,» » - .» ' 7 "f ■•*
4^1 diiîl Je llfrji
TRADUCTION.
C'est ici la place où se tenait Mahomet; c'est ici l'endroit
de la chaire. Or, rois à découvert les lumières de la bonne
direction , et examine attentivement.
Baise la terre de ce lieu , en roulant tes joues dans la pous-
sière, dans le musc de son sol; ensuite, glorifie toi.
Séjourne près du sanctuaire de la prophétie, et cherche
1 Ces distiques sont du mètre j^-
NOUVELLES ET MÉLANGES. 423
du secours dans sa protection , contre la tyrannie de ce temps
inique.
Jouis à Médine de jours vraiment délicieux; car une heure
passée dans cette ville vaut un siècle de félicité. Sois donc
reconnaissant, et remercie Dieu.
Ici se trouve une splendeur divine mystérieuse ( Mahomet) ,
qui a rendu la vérité claire et manifeste pour quiconque
médite bien.
Elle a percé l'obscurité, elle a dissipé les ténèbres de l'er-
reur; elle a éclairé d'une aurore brillante l'horizon du culte
véritable.
Cette splendeur, cette lumière divine a multiplié ses efforts ;
elle s'est élevée immensément, jusqu'à ce qu'elle eût ennobli,
par sa présence , le ciel empyrée et principal \
NOUVELLES ET MÉLANGES.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 13 MARS 1857.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu ; la rédaction
en est adoptée.
M. le président met sur la table un exemplaire du Précis
de Jurisprudence musulmane, par Sidi Khalil, publié par la
Société asiatique, sur la demande de M. le Ministre de la
1 Assafady mentionne encore, d'après le cheïkh Athîr eddîn, un
grand nombre d'autres vers de Chabîb ; mais je ne crois pas devoir
les donner ici. Ceux que j'ai cités suffiront à mes lecteurs pour se
faire une idée du talent poétique de ce médecin.
424 AVRIL. MAI 1857.
guerre. La Société avait chargé un de ses membres, M. Ri-
chebé, du travail de publication , et avait prié M. Reinaud de
surveiller l'exécution de l'édition. M. Reinaud donne quelques
détails sur les précautions qui ont été prises pour rendre celte
édition aussi correcte que possible. Si des fautes étaient néan-
moins signalées, on en tiendrait compte dans les tirages qui
seront faits plus tard.
Le secrétaire propose au Conseil de fixer le prix de cet
ouvrage à 6 fr. pour le public, et à 4 fr. pour les membres.
Cette proposition est adoptée.
Sont présentés et nommés membres de la Société :
MM. le Thaleb Mostafa ben Sadbt;
Rodet, attaché à la manufacture impériale des tabacs
de Paris.
M. Mohl , au nom de la Commission des fonds, donne lec-
ture des comptes de l'année i856 et du budget de 1857.
Renvoyé à la Commission des censeurs.
M. Lancereau remet quelques pièces imprimées qu'il a
trouvées au milieu des papiers de M. Ariel. Ces imprimés
seront réunis à la bibliothèque. M. Lancereau donne ensuite
des détails sur le classement des papiers de M. Ariel, dont
il a bien voulu se charger, et qu'il espère terminer prochai-
nement.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.
Éléments de la Grammaire turque, par M. Louis Ddbecx.
Paris, i856,in-8*.
Conseils de Nabi Effendi à son fils Aboul Khair, publiés en
turc , avec la traduction française et des notes , par M. Pavet
de Coorteille. Paris, Imprimerie impériale, 1867, in-8*.
Indische Alterthumskunde , von Chr. Lassen. 3* volume ,
première moitié. Leipzig, 1857.
Mémoire sur la vie d'Eugène Jacquet , de Bruxelles , et sur
ses travaux relatifs à l'histoire et aux langues de l'Orient,
NOUVELLES ET MELANGES. 425
suivis de quelques fragments inédits , par M. Félix Nève.
Bruxelles, in-/i°, i856.
Précis de Jurisprudence musulmane suivant le rite malékite,
par Sidi Rhalil, publié par la Société asiatique. Paris, Im-
primerie impériale, i855, in-8°.
Address at the anniversary meeting qfthe Royal geographical
Society, by Rear-Admiral W. Beechey. London, in -8°.
Proceedings of the Royal geographical Society of London.
Mai-juin i856, in-8°.
Zeitschrift der deutschen Morgenlàndischen Gesellschaft.
( 10e volume, 4e livraison). Leipzig, i856, in-8°.
Joannes Bischqf von Ephesos , der erste syrische Kirchen-
historiker; einleitende Sludien,von J. P. N. Land Levden,
i856, in-8°.
Rapport à l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg,
sur la langue kurde, par M. Peter Lerch. In-8°. (En alle-
mand. )
SUR LA VRAIE PRONONCIATION DU?
CHEZ LES ARABES.
LETTRE A M. GARCIN DE TASSY.
Mon cher ami ,
Sur le terrain des langues asiatiques , comme dans tout
autre domaine de l'esprit humain, il n'y a rien d'étonnant à
voir avancer et soutenir des opinions tant soit peu étranges;
cela même a son bon côté, car le vrai savoir, en définitive,
profite de tous ces débats. Aussi, dussent les innovations se
ix. 28
>ab AVRIL- MAI 1857
présenter POUI mit- apparence asseï paradoxale, laissons-les
i<>pper à l'aise, tant qu'elles ne prétendent pas régner
seules. Accordons à leurs avocate libre et large place an soleil,
pourvu qu'ils ne la refusent pas à I homme dont louis plai-
doyers n'auront point opéré la conver>i
Qu'ainsi, par exemple, introduisant dans la transcription
des mots orientaux une certain • particularité Irès-inaeoutu
mée . pinaieara arabisante se soient mis à transformer le g eu
r; on s'abstiendrait de dire le moindre mot pour K
rier dans l'emploi de celte méthode iusolile, s'il n'y avait lieu
de craindre, — et cela d'après plusieurs indices, — que le pu-
blic, faute d'avoir réclamé, ne fût peu à peu obligé de la traiter
avec respect , comme une sorte de loi, et peut-être (qui sait?)
ne se trouvât plus tard condamné à la pratiquer lui même.
Mais dès que se manifeste le moins du monde une telle pos-
sibilité future, il n'y a plus moyen de continuer à se t.>
Pnncipiis obsta.
Avant donc de laisser grandir des exigences dont le triom-
phe ne serait pas sans inconvénients, force nous est de rap-
l>eler quelques faits, peuttCtrc trop perdus de vue. Pris parmi
d'autres, qui forment une masse immense, ils suffiront, re
• mble, pour montrer «pi au DMHJM le nouveau système n'est
pas fondé à s'imposer comme le seul bon.
Il
Chez les différents peuples, on le sait, certaines articula-
tions, quoique réputées semblables, ne se correspondent pas
d'une manière absolue. Bien des consonnes qui passent pour
équivalente et cela dans les idiomes homogènes, à plus
forte raison dans les langues hétérophyles) n'expriment pas
précisément le raêmejeu des lèvres et du gosier. Mais comme
il faudrait, si l'on voulait tenir compte de ces nombreuses
variétés , créer un alphabet immense , on les néglige dans le
répertoire graphique, et avec grande raison. Un signe, et
NOUVELLES ET MÉLANGES. 427
non plusieurs, — un signe aussi ancien et aussi généralement
connu que faire se peut, — voilà ce qui d'ordinaire est adopté
pour représenter ce que chaque articulation a de principal,
d'essentiel, de dominant. C'est à l'usage, ensuite, qu'on s'en
remet, du soin d'enseigner les délicatesses accessoires; ne
jugeant pas que toute chose ait absolument besoin d'être
marquée par l'écriture.
Ainsi, par exemple, quoique l'espagnol ropa, le français
parole et l'anglais harvest, nous offrent trois nuances bien
graduées du ?■ ( lequel est fort dans le premier mot , moyen
dans le second, et singulièrement faible dans le dernier) , on
ne s'en va pas , pour les peindre, créer trois lettres diverses :
une seule consonne y suffit, l'articulation dont il s'agit
n'étant pas tellement modifiée, que l'qp n'en reconnaisse
très-bien, dans les trois langues, le caractère fondamental.
D'autres exemples pourraient être fournis, où l'altération
va plus loin encore, et où l'on n'a pourtant pas jugé néces-
saire de changer la lettre primitive, ni cru devoir défigu»
rer l'orthographe que réclamaient la logique et les antécé-
dents1.
Or le g dur des Arabes ne coïncide pas entièrement avec
le nôtre; il est à la fois plus guttural et plus gras. On a su
cela de tout temps, mais on n'y avait jamais attaché d'im-
portance; et en effet la chose ne mérite pas qu'on y en
mette \
1 Malgré l'adoucisf ement extrême qu'impriment a leur lettre delta les mo-
dernes Hellènes , et qui la rond un peu cousine du th anglais de their ou de
those, est-ce qu'on a jamais cessé de regarder le S grec comme un d?
5 Si l'on voulait épier ainsi les nuances de grasseyement , et les marquer
toutes par des r, le fc ne serait fias la seule lettre dont la transcription en
exigeât ; il faudrait , par exemple , introduire un r dans les métagraphismes
du ^- , consonne qui racle si fort le gosier. Aussi s'est-il trouvé des gens
pour le faire. Quand le savant M. Worms , dans son travail sur la législa-
tion musulmane, cite un jurisconsulte nommé Krèlil, on cherche en vain
*e cJ^x ^ont l'auteur Peut avoir voulu parler. C'est qu'il s'agit tout bon-
nement de Khalil ( J^y^* )•
28.
428 AVRIL MAI 1857.
D'ordinaire . nos anciens écrivains ( les historiens , pat
exemple) faisaient abstraction complète de cette nuance; ils
se serraient tout bonnement du g. Depuis qu'on raffine da-
vantage, les savants qui ont tenu à la peindre ont employé
pour levain lesdeux lettres gh, — que remplacerait plus com
modément un g accentué (G'). — Un petit nombre de gens,
tout à fait préoccupés du grasseyement en question, avaient
bien imaginé d'aller plus loin encore, et de vouloir figurer
la chose par gr, combinaison déjà beaucoup trop forte et qui
dépasse la représentation du vrai ; mais l'idée n'était venue à
personne d'oser faire entièrement disparaître, de la transcrip
lion du >, son élément fondamental , le g ; ce g universel , im-
mémorial, ronstiti *f, sans lequel la consonne gain ne peut
pas même être conçue.
III
C'est depuis la conquête d'Alger, mon cher ami , qu'on a
osé , rompant avec toutes les traditions , risquer un si étrange
tour de force. L'initiative en appartient à nos officiers, les-
quels, arrivant là tout neufs, absorbés par le souci militaire.
et peu occupés de se mettre d'accord avec la généralité des
temps et des lieux, ne virent que le moment présent, que In
contrée particulière, et se laissèrent dominer par cette in-
fluence rétrécie.
Dans le fait, sur la portion de la côte africaine où nous
venions de débarquer en i83o, le dialecte local (et c'est là
un terme bien poli, car nous devrions dire le patois barba
resque) exagère la nuance grasseyante dont il s'agit ici; tel-
lement que les Maures actuels d'Algérie, lorsqu'ils tiennent à
indiquer l'articulation pure du gamma grec , sont obligés de se
servir du -/.<//. ', quelquefois même du kej S. C'est la re-
1 Lettre qu'ils écrivent, comme on sait, par on seul point. Dan» l'alpha
bet mograbin , c'est le fa qui sert de cka.
NOUVELLES ET MELANGES. 429
marque de Silvestre de Sacy, quand il montre que les Akrikis
d'Ibn Khaldoun sont tout bonnement les Grecs. Selon lui, si
l'auteur s'est servi d'un ^ ou d'un S , c'est parce qu'il était
Maure , et que les Africains donnent à ces deux gutturales la
valeur d'un g ; mais un habitant de Syrie ou d'Egypte, c'est-à
dire un Arabe véritable , s'il avait eu à rendre le mot Grœcus,
aurait pris pour initiale un fc \
Cela ne saurait, en effet, donner lieu au moindre doute
Il y a tout au plus vingt ans qu'en Egypte Ahmed er-Rachid
et le scheïkh Réfa'a ont publié chacun une *& [012». , et vers
la même époque on réimprimait, à Boulak, le traité des
c^I^kU) 2 d'un anonyme, traité édité à Gonstantinople. Or,
ces trois Orientaux, qui connaissent probablement leur langue
aussi bien que peuvent la savoir nos capitaines novateurs ,
avaient-ils dessein (le croit-on?) d'enseigner à leurs compa
triotes arabes la géorraphie et les lorarithmes?
Voilà pour le présent; car ceci date de i835 et 1837. Que
s'il s'agissait du passé, la chose ne serait pas moins claire.
Lorsqu'un voyageur musulman du xne siècle , Ebn Djobaïr,
écrivait *Ulê (Guliâm) le nom du monarque normand de
la Sicile, il ne prétendait à coup sûr point faire de ce prince
le roi Ruillaume.
Lorsqu'on parlait, soit d'un Bulgare ( -\*Ju ) , soit d'un Ouï
gour ( sj.su J), au temps de la puissance de ces peuples, on
ne s'attendait pas à les voir un jour travestis en Bulrares et
en Ouïrours 3.
1 Voyez , d'ailleurs , dans Ibn Abi Ossaibi'ab , les mois Jkj -j=.ûff c > U^=J f ,
El-kitâb el-Agrîki (par un gain) «le livre grec» ou «le livre du Grec».
2 Ou *-CU AsJ au singulier, en prenant ce mot pour le nom d'une science ■
la logarithmique.
s A la vérité , on veut bien coiffer d'un accent ce prétendu r ; on en fait
un r prime (style d'algèbre); on daignera écrire Bulgare, ouir'our, et sans
doute aussi R'uillaume, géor'aphie ou lor'arithmes. Certes, nous ne pouvons
qu'être touchés de cette condescendance. Cependant, puisque l'on faisait
tant que d'introduire uu accent , pourquoi ne l'avoir pas attaché à ce g
430 AVRIL MAI 1857.
Lorstm'lbn Abi Ossaibi ab voulut transcrire lu mot grec
agathodtemàn , il en rendit les premières lettres (etyctO) par
ol*î.etcela s&ns scrupule. De son Bettapt, on n'avait point
encore imaginé que le t fût une sorte d'r, ni que personne
lut « vposé au ridicule danger de lire là arathodémon.
Quand le prince Djem . frère de Bajazet, faisant la relation
M>n séjour en France, eut à exprimer les Qomi propres
Grenoble , Grosse Tour\ écrivit-il J^-y*» ç*)y° iT^
le prétendent nécessaire nos chaleureux cl |>as-ioni
lisants? Pas le moins du monde; mais tout simplement
Jj^j'yt et » -t» /\îjè. , quoiqu'il n'eût à coup sûr aucune envie
de faire prononcer [iernoble et Rerosse Tour
Quand le voyageur Ibn Batoutah traverse la ville de^^^UÀ*
(Mayvtjtria) , cité dont le nom ne ligure pas seulement dans
l'histoire proprement dite, mais tient une place dans les an-
nales des sciences , il se croyait naïvement à Magnésie, t m
l'aurait fort étonné en lui apprenant qu'il se trouvait a Mi-
ne su-
Et quand le publiciste Ibn Klialduun désignait, sous le
vocable <Lcv»u, le fameux rabbin qui fut vizir à Grenade, il
n'avait certes pas l'intention (tout Africain qu'il était repen-
dant) de faire appeler Nardilah, ce célèbre Nagdilah si connu.
dont il se figurait tout bonnement transcrire lettre par lettre
le nom hébreu n^l^i.
et immémorial, qui tait le fond de la lettre? Cela eût
simple qve de »'eu aller l'accrocher à un r paradoxal , signe d'an raclement de
gosier, qui u'rst que l'accessoire de la consonne ; — qui même n'en est pas
l'accessoire universel ; car il y a bien des contrées où ce grasseyement . ajouta
au gain , est très-tàible, voire tout à fait nul. — Modification pour modifi-
cation , a' eût certes mieux valu que r" .
' Ou plutôt Gaernohle et Guerosse Tour, puisque les langues musulmanes
ne sauraient supporter au commencement des mots deux consonnes, et qu'elle*
y intercalent toujours une voyelle.
NOUVELLES ET MELANGES. 4SI
IV.
Car les Maures eux-mêmes n'onl pas été tellement dominés
par l'amour de leur jargon local, qu'ils aient tenu à le con-
sacrer. Leur prononciation particulière du gain , — cette pro-
nonciation incorrecte et grossière, dont il a si drôlement pris
fantaisie à notre armée d'Afrique de s'amouracher, — ils ne
l'observent pas toujours, voire chez eux. Encore moins l'ont
ils portée ailleurs, fût-ce quand ils ont dominé au dehors.
Ils ne l'observent pas toujours chez eux, dîs-je; et pour
n'en citer qu'une preuve, mon cher ami, il suffit de ce mol
*jyà , usité encore à Fez pour designer une chambre de l'é-
tage supérieur, terme qui se prononce çfhorfa et non rorfa, e!
qui pourtant s'écrit par un e- \
Un autre exemple, c'est le nom d'El-Aghouât, ^Lc^ff.
Dans la bouche des gens du pays , il ressemble si peu à El-
Arouât, que tout au contraire, de l'aveu d'un savant profes-
seur (lequel a la bonté de s'en choquer), il sonnerait plutôt
El-Akouât. Or il n'y a pas là de quoi se scandaliser; car, au
fond, qu'esf-ce que le A:? C'est l'épuration , c'est l'exagération
du g , — par conséquent sa garantie contre la dégénérescenle,
qui voudrait le transformer en r. Eh bien ! puisqu'il est cons-
taté que le vrai nom de la ville en question, que son articu-
lation locale , traditionnelle , bérébère , est El-Agouât et pres-
que El-Akouât, cela montre que les Maures eux-mêmes, qui
ont jadis copié ce motpar^LéJÎ ,ne regardaient pas du tout
comme essentielle à leur t cette nuance du r que l'on veut si
ardemment y faire dominer aujourd'hui.
D'ailleurs, c'était bien un Barbaresque par excellence, on
en conviendra, que le belliqueux 1>«Ï )y«*S? » roideTlemcen ;
or, comment articulait-il le gain de son nom ?
Nous l'apprenons (indirectement il est vrai , mais avec cer-
titude) par la race européenne voisine, qui fut sa contem-
poraine. Quand les chroniqueurs castillans font mention de
1 Lettre de M. Delaporte , consul de France à Tanger.
432 AVRIL-MAI 1857.
lui, 1 appellent-ils Romarazan? Cela eût lait partie, cependant,
du phonétisme espagnol, et n'aurait pas été plus diilicile à dire
(\ueRoméro, Roman ou Ramirez. — Point du tout, mais Gomar
Azan. Or, voilà bienles six consonnes radicales de t>»î )WV! '
Ils n'ont pas non plus, disons-nous, transporté au dehors,
même dans leur temps de victoires, cette prononciation vi-
cieuse. Ils la laissaient au logis, damera eus, comme OB
laisse chez soi ses guenilles; et rien ne donne mieux ù OM
naître combien eux-mêmes la sentaient mauvaise.
C'est par l'Afrique qu'avaient passé les conquérants arabes
de l'Espagne; c'est d'Africains arabisés que se composaient
en grande partie les bandes de Tarif et de Mouça; et c'est là
que, pendant des siècles, mon cher ami, trouvèrent a se
cruter d'auxiliaires les armées de ses successeurs. Eli bien'
voyons, en étudiant la Péninsule espagnole, quelles traces
les Maures y ont laissées de leur manière de parler
Si c'est dans l'Est, nous trouvons que les Catalans du uicmn
âge disaient pour vA« Il , non point Al-Morùver, mais Al-
Afogàver; et pour «.s.»*! l , non pas al-marsie, niais tdmaxie,
c'est-à-dire al-magsié ou al-magchié*.
Si c'est dans l'Ouest, nous rencontrons, pour raprétantëi
«_>yyl, quoi? La province d'Algarbe ou Algarve, et nulle-
ment iïAlrarbe.
Et si nous restons au Midi , dans la région voisine des lieux
où se lit le débarquement des Maures et où leur domination
subsista le plus tard , nous voyons que l'ancien ^li. des mon-
tagnes de Grenade a produit le moderne Gor, etwtùfîyLb- a
laissé après lui Trafalgar. Ainsi , toujours le g , et jamais le r.
' Cbes le* Espagnols , le * n'a pas la douceur de i ou du \ arabe. 11 n'est
qu'une sibilation, très-sembUble au . -, ou a notre c cédille.
1 A la différence des Castillans , lesquels ont fait de l'x un équivalent dt
leur jota , c'est-u-dire un «» , les Catalans lui avaient laissé d'abord sa va-
leur originelle latine ks , qui est devenue ensuite chez eux ktch , comme eu
sanscrit , puis qui n'est plus aujourd'hui |x>ur eux qu'un ch , comme chei les
Portugais et cbes les anciens Lorrains.
NOUVELLES ET MELANGES. 433
V.
Que s'il en était jadis ainsi à l'occident de l'empire des
Arabes, qu'est-ce donc dans ses régions orientales? Là on
n'a, pour ainsi dire, pas même connaissance de l'altération,
toute mauresque , toute barbaresque , qui fait du g arabe un
r provençal.
A quel drograan des ambassades du Levant a-l-il pris la
fantaisie, je suppose, de dire que, pour arriver àConstanti-
nople, il ait eu à franchir un bor'az {y&jî) ?
Ou qu'il soit allé se promener au faubourg de R'alata
(*JaJU)?
Ou bien que le sultan , au sérail , soit servi par des ichor-
lans (y^Uf f\) ?
Certes on se ferait moquer de soi en parlant, même aux
Turcs , du rôle que joua , il y a cinquante ans , Paswan Orlou
( JUî) , ou bien de la différence qui existe entre un colonel
de la garde d'Abdou'l Medjid et un ancien ara (Lcl ) des ja-
nissaires.
La même chose fût arrivée à tout voyageur en Syrie, s'il
eût voulu, par exemple, à propos de la Palestine, mention-
ner, sous le nom de Raza, celte ville de Gaza (ojé), connue
depuis le siècle de Samson, et plus tard illustrée encore par
l'héroïque fidélité dont fut martyr son gouverneur, mort te-
naillé sous les instruments de torture, pour en avoir défendu
les remparts pour son légitime souverain , contre le royal bri-
gand Alexandre; — ville rendue fameuse, d'ailleurs, par une
antique invention industrielle, bien digne du luxe de Tyr et
de Sidon : par l'invention de cette toile ou de celte « ombre
de toile » , transparente comme du verre , disaient les anciens,
à laquelle est restée le nom de gaze \
1 A la vérité Gaza fut primitivement écrit par un 'aïn ( î? ) ; mais cette
lettre ( c. arabe), qui justement ne diffère du c. que par l'emploi d'un
point, ne fixe que mieux ici l'orthograplie; car elle proscrit l'emploi d'un
434 AVRIL-MAI 1857
Pareillement on aurait ri de l'homme i|in eut voulu cfal
ger les Afghans en Afr'uns. Aujourd'hui même, l'invention,
toute prônée, toute chauffée qu'elle est, n'a pas tellement
pris partout, qu'on ne trouvât encore très ridicule un tourisfa
qui, revenant de l'Inde, raconterait avoir traversé les vallées
de YAfranistan.
VI
Et c'est à bon droit, mon .lier ami, que la chose .serait
jugée grotesque; car la prêt tiiicatioo qu'on se pro
pose de consacrer ne s'appuie ni sur les autei èdenta dop
par l'histoire, ni sur les Dotions que fournit une sain- phi
lologie.
Ni sur les antécédents historiques, d'abord : non» I
fait voir, et nous serions maîtres de le développer plus au
long. Certes on n'a jamais nommé Rouride~ les princes delà
dynastie aet, eoi ; • n • t le général Court signale le
berceau dans le pays de Gour (}•*), très connu, où roule
une rivière que l'étude des marches militaires d'Alexandre
lui prouve avoir bien été l'ancien fleuve Gurœus. Assurément
le terrible conquérant de l'Inde, sorii de la ville que toul le
monde appelle encore Gaxnàl,e\ non Razna, ne se doutait
guère qu'après avoi: étésil ingtemps M.dimoudleGazne'i
il fût destine ;i «lev mr il. n , par la grâce
de quelques oITiciers francs i> malheureusemenl I >eonnés au
baragouin de l'Algérie. Pareille annonce aurait bien étonné
aussi ce célèbre sultan Mohammed 6Aa*i, qui, -innommé
Éntei pour ses brillantes ghazias, ou expédition- victorieuses,
ne prévoyait pas qu'un jour, en les imitant ou les surpas* mt
(au point de vue de la destruction surtout) , on les appellerait
ji on d'an <Jj. Elle ne fait que montrer mieux , quand on soupe an Td{a
de» Grecs et an Gaza de Quinte-Curce , combien le fond du gain peut fidè-
lement être rendu dans notre langue par un <j.
1 Gaina. C'est de cette façon , mon cher ami, qu'orthographie M. Bland .
dan» une lettre que précisément il vous adresse.
NOUVELLES ET MELANGES. 435
des razias1, et que lui-même, bizarrement affublé du nom
de Razi ou Rhazi, il serait confondu avec le fameux docteur
Rhazi ou Razi (en grec Pàlr/s) , le médecin des califes , le fon-
dateur de la clinique à Ragdad.
Ni sur les notions philologiques, avons-nous dit, car toutes,
au contraire, tendent à repousser la néophonie dont il s'agit.
Dans cette hypothèse, par exemple, comment nos apôtres
novateurs se rendent-ils compte de mots tels que <_>K* ,
Jlôyi, etc.? Tant que l'on a le modeste bon sens de voir,
comme jadis , un g dans le é-, nulle difficulté et tout va bien ;
car le g n'est qu'un adoucissement du k, il n'en diffère point
par essence 2; et si quelque étranger nous parlait d'un gor-
1 Une fois cet abus phonétique introduit , il a lait naître parmi les soldats
une sorte de jeu de mots, triste et singulier résultat de leur ignorance. Ceux
d'entre eux qui, nés tapageurs, aimaient, n'en eussent-ils pas reçu l'ordre, à
tout briser et tout détruire , donnaient pour raison de leur vandalisme , que
la guerre s'appelle en arabe razia , et qu'il fallait bien , par conséquent , ne
rien laisser debout , — toute chose devant tomber abattue , et le sol devant
être rasé cjmme avec un rasoir.
3 Ka et ga sont tellement voisins ( pourvu que l'on ne gâte pas ce dernier
par un mélange de r), que souvent, de l'un à l'autre, la distance s'efface et
disparaît. D'aqua, les Espagnols ont fait agua , et A'al-coton, algodon. En
Italie, Caïeta est devenue Gaeta, et castigare, gastigare. Nos dictionnaires
permettent de dire canif ou ganif. De crassus , nous avons fait gras ; et ce
n'est même là que l'un des. cas d'une règle autrefois générale ; car en fran-
çais, le c, suivi d'une liquide, pouvait toujours se prononcer g. Ainsi, l'on
articule église, quoique l'on écrivît éclise (du grec semi-moderne ecclisia);
et pour Claude , il était non-seulement permis , mais prescrit , de prononcer
Glaude: méthode conservée dans le mot reine-claude , où il est resté d'usage
chez les gens bien élevés, de faire entendre reine-glaude. Quelques archaïstes
n ont d'ailleurs pas entièrement cessé, pour secrétaire , de prononcer segré-
taire ou ségretaire, et le peuple va même jusqu'à dire encore égrevisse. A plus
forte raison la chose avait-elle lieu quand le c se trouvait entre deux voyelles ;
alors on l'adoucissait toujours , et il devenait régulièrement un g, comme Fi
devient un z en pareil cas. — Cicogne (orthographié encore dans La Fontaine
par deux c) sonnait comme s'il eût été écrit cigogne. 11 n'y a que quarante
ans qu'on a commencé à ne plus dire gui dans faculté et difficulté. Et comme
vestige de ce principe, nous avons toujours le mot second (prononcez se-
cond) , lequel ne prend encore nulle part l'articulation cassante et barbare
HI AVRIL-MAI 1857.
beau vu d'un grtble, non- | -.nous pas dans rembarras ni
y reconnaître un corbeau et un crible. Mais que reste t-il des
-.nulitudes primitives, au contraire, quand on se jette dans
des prononciations baroques, qui conduisent à dire un ror
beau et un rrible? — La belle chose, mon cher ami, que la
mania d'innover1!
VU.
Nous avons, du reste, un moyen de passer à la pierre de
touche les deux affirmations diverses, et de vérifier laemeUi
est la bonne.
Point de règle plus certaine, dans la science des dériva
tions lexiques, que la permutation continuelle du v et du g,
ces deux lettres, si différentes pour l'oreille, ne font qu'un
en étymologie. Personne n'ignore, par exemple, «il de
vulpes on a fait en italien golpe , et chez nous goupil , i m
de vulpilio, goupillon; que Vasco, vetpu , MteÙM , sont devenu-
en français Gascon, guêpe, gaine; que levis a produit léger cl
liège; que neige est venu a nive; que le latin servions I donné
naissance à nuire -ul>-lantil srnj.nt, et l'italien savio , a notn
adjectif sage ; que des mots anglais William , Wales , war,
warrant, warden, wages, toise, wafer, nous avons fait G ml
laume, Gttlles, guerre, garantie , gardien, gages, guise , '/<*«/" ;
que le guerm des Persans répond au warm germanique
comme le Vischlaspu des inscriptions de Darius au Guschtasp
et Pïfdonej . qn*eo arminien, on a nomme Houlav (|
nkond, nnon peut-être dan» la bouche de quelques pédants d'écol*
maire , prétentieux docteurs de village , étrangers à la langue des salous et
aux us de la bonne compagnie.
1 Que le fc, quand il s'altère, puisse permuter avec le .jj et eoa pa
avec le \ , — chose toute naturelle d'après la ressemblance des articulai m m
kartga, — c'est une vérité que continueraient des faits innombrables. Le
mot, par exemple, qui signifie chez les Mongols «enceinte réservée, lieu
prohibé ,» a été rendu en lettres arabes, d'après l'oreille , tantôt par ,•»*£ .
tantôt par 1*4*9 , et même par £.» y9 . Croit-on qu'il eut jamais pu l'être
par ij')\> ? Allon* donc !
NOUVELLES ET MELANGES. 437
Houlag) le conquérant mongol Houlagou; et qu'enfin, dût le
linguiste aller jusqu'aux extrémités de l'Asie , il trouverait
encore en Chine un certain mot qui se prononce indifférem-
ment wei-wei ou goei-goei. On ne saurait même regarder un
principe si notoire comme l'un des théorèmes de la science
étymologique; c'en est plutôt un des lemmes, sinon presque
l'un des axiomes , tant on a coutume de s'en servir sans avoir
besoin de discuter. Employons-le donc comme épreuve. Si le
i- est une sorte de r, il ne pourra se transformer en v. Au
contraire, il le pourra, s'il faut le ranger parmi les g, et si
c'est l'articulation d'un gamma qui constitue son essence.
Eh bien ! nous voyons que le substantif turc , qui signifie
montagne, savoir thâg ( é-U? à Constantinople , t\ï à Magjar,
£.Lï dans l'Asie septentrionale) , s'articule indifféremment en
turc sibérien , tâg et tâv ( é-L» et «Li' ) ; que guerre peut se
dire ou yâg ( é-L, ou yâv {X>), et guerrier, soit yagtchi
( ^^v! ) , soit yavtchi ( ^«u ). Pareillement, les Tchouvaches
ont coutume de changer Yogoul ottoman en ovoal ou euveul,
et ils disent très-bien dowân ou towân (<jL3 ou o|y ), au
lieu de doghân (^Cc3). — En voilà assez; la vérification est
faite ; et quand il n'y aurait pas , à l'appui de la chose , tant de
preuves d'un autre ordre, celles-ci suffiraient pour établir
que le è- est un véritable g.
VIII.
D'ailleurs, il n'y a pas jusqu'à certaines erreurs, aujour-
d'hui abandonnées , mais ayant eu cours autrefois , qui ne
soient significatives aussi, et qui ne concourent à montrer
combien le système nouvellement mis en vogue s'éloigne des
réalités; combien il fausse les traditions de la langue arabe.
On a cru, par exemple, que l'espèce de vampire fabuleux ,
nommé dans le Levant Jj* [goul), tirait son nom du latin
gula, et que cette larve sanguinaire s'appelait une goule.
438 AVRIL MAI 185
parce qu'elle était goulue (gulosa). L'étymologie était ab-
surde, .sans contredit; mais personne ne l'aurait ima^
si les Orientaux avaient prononcé roui Bien mieux : pendant
longtemps, comme chacun sait, le terme jjLÎ ( log a ou logat)
• langue», a passé pour n'être que la transcription aralx
X&yos, el il y avait , en effet, certains motifs de se le figurer.
La ressemblance, néanmoins, était fortuite, el l'on a renoncé
à l'idée d'une étyiuologie qui ne résistait pas à l'examen;
mais pour que l'opinion dont il s'agit ait pu s'établir: et ré-
gner, il avait fallu que les Arabes articulassent loga , et non
point lora.
A ces erreurs anciennes, joignons-en une récente, qui n'a
pas moins de force comme preuve. Les fashionables du Le-
vant, quand ils ont voulu imiter le langage de lu mode pa-
risienne, ont forgé s^liLa, afin ■!• repn ^( nier maqastn. Leur
soin, à la vérité, était bien inutile; rien ne les <>l
créer un mot, puisqu'ils possédaient le terme arabe jyi ,
qui est l'origine du nôtre; mais du moins leur fantaiaie
amène un résultat précieux, car elle nous mon tu que pour
produire magazrh, la vraie manière, en Orient, est encore
aujourd'hui d'employer un i~.
N'importe I on oublie tout cela, on foule aux pieds les
antécédents, on couvre ,1 un égal dédain et les raisons et les
exemples. Et pour décider avec tant d'aisance (d'autres que
nous emploieraient un terme plus fort), sur quoi s'appuie-
t-on?
Sur les usages vicieux d'une province semi- marocaine,
dont la prononciation est aussi corrompue que la grammaire,
et de qui le jargon ne mérite pas plus de faire autorité en
arabe, que le patois picard ou gascon d'éti mine loi
en français '
' Ici an rapprochement se prétente. Les habitant» du Var ou des Bou-
ehes-du-hhone ont coutume d'articuler 1er d'une façon si grasse, tjueTon se
ûgure entendre un orné (le w anglais). C'est là un genre d'altération parti-
culier à la Poaovemce. Eb bien ! des Orientaux qui ne connaîtraient la France
NOUVELLES ET MÉLANGES. .439
IX.
Eh bien ! allez-vous me répondre , il n'y a pas à s'inquiéter
d'une telle erreur. Pour modérer le zèle ardent des réforma-
teurs, moustachus ï, il suffit, quelle que soit leur force, de leur
opposer celle des témoignages classiques, dont la réunion
forme un poids immense. — IS on pas, non pas, mon cher ami,
vous en prenez bien à votre aise. Les insurgés dont vous
parlez, devenus maîtres du terrain en Afrique, n'ont fait, à
Paris , j'y consens , qu'une seule recrue sérieuse ; mais ils l'ont
faite bonrte, et vous savez ce que Racine, dans Iphigénie, dit
de la puissance d'Achille , d'Achille, quoique seul, contre
une armée entière. Aux yeux de la plupart des gens, tant
vaut l'apôtre, tant vaut la doctrine; or, à cette mesure, la vé-
rité risquerait fort de passer pour l'erreur; car ici l'apôtre
vaut beaucoup.
Pourquoi, se demande-t-on , un si bon esprit, — hardi;
sans doute, mais ordinairement hardi sans paradoxe, —
a-t-il pu, cette fois-ci, choisir une route si singulière et si
ultra-nouvelle, qui ne mène à aucune issue (satisfaisante du
moins) ?
Par esprit de corps , probablement , et par vivacité cheva-
leresque. Il se sera cru devant l'ennemi ; il n'aura pas voulu
abandonner ses camarades. Moi , je conçois son aventureuse
tentative, et j'y applaudis, malgré les fâcheux résultats qu'elle
aura. Je fais comme ces officiers anglais qui jadis, en voyant
un bateau brûlot, dirigé par un seul homme, venir, à travers
les balles\ mettre le feu à leur frégate , battirent des mains
que par un séjour fait dans nos ports du Midi (le cheikh Réfa'a et ses com-
pagnons , par exemple , s'ils ne fussent pas allés plus loin que Maouseille ) ,
auraient pu être tentés d'écrire à leurs amis du Caire , que la lettre r, dans
la langue française, est une sorte de ». Nous ririons d'une erreur si forte;
et cependant elle serait le parfait équivalent de celle que commettent nos
officiers , quand , trompés par les habitudes spéciales de l'Algérie , ils nous
disent sérieusement que le i. arabe est une sorte de r.
' Epithète néologique , forgée par Victor Hugo,
Ml AVRIL-MAI 1857.
à l'aspect du talent et du courage du Français qui le ma-
nœuvrait.
Quoi qu'il en soit, se faisant le champion de la méthode
néo-algérienne, notre cher adversaire s'est mis à transformer
• n Hhorsafiyeh le nom deGaursafiyeh, âgâ»» j«c . Libre à lui .
car il a de grands droits, et, en sa qualité de vrai savant, il
est a peu près à l'abri des critiques , quelque chose qu'il lui
prenne envie de dire ou de faire. Mais cette orthographe , il
ne se borne pas à la choisir, il l'impose; voilà le seul mal.
Non content d'écrire rhor, il gourmande ceux qui ont écrit
différemment, c'est-à-dire qui ont mis ou gaur, ou ghaur.
bonnes gens, néanmoins, dont l'unique tort est d'avoir .su
sans finesse la marche uimn-'llr
Non- seulement, en effet, ils n'ont fait, en agissant ainsi,
que se régler sur la valeur générale du gain, résultant te
innombrables faits dont nous venons de rappeler une partie ;
mais ils avaient pour eux , quant au mot * lt en particulier,
l'autorité expresse de deux dictionnaires classiques : celui de
Freylag, qui transcrit formellement ^ par gaur, et celui de
Wilmet, qui en exprime le diminutif *j1* par gowaïr l. Ils
savaient que l'ancien ^ espagnol, que l'on rencontre sur la
route de Grenade à Murcie, est encore aujourd'hui nomm>
Gor sans aucune altération1. Ils voyaient, de plus, Irbv tt
Mangles appeler tout bonnement Gurneyi, et non point Hhu
ivnrnâ, les Arabes du Gaur ou Gor de Judée. Cela eût mérité,
ce semble, aux infortunés pécheurs, quelque indulgence >l<
la part de notre formidable ami.
D'ailleurs, faute d'autre argument pour excuser leur ma-
nière de comprendre le gain, ils étaient maîtres d'allégm •■
1 Une chose étrange, c'est que Willmet et Freytag, qni n'ont coutume,
m l'un, ni l'antre, de donner en lettres latines la prononciation des mots,
l'aient . dans ce cas-ci , graphiquement exprimée tons les deux. On dirait
que par instinct ils ont prévu le danger, et qu'ils ont voulu d'avance pro-
tester contre l'aberration qu'on vent à présent mettre à la mode.
1 Voir les cartes d'Espagne.
NOUVELLES ET MELANGES. 441
au moins un exemple non discutable, un exemple impos-
sible à récuser par le juge même qui les malmenait. Cet exem-
ple, c'était , c'était le sien propre !
Comment ?
Ah! la chose est certaine. Perdant de vue quelquefois sa
thèse, le maître lui-même, par intervalle , a suivi, lui aussi,
o nefandum ! a suivi la roule commune. En faisant mention
du (jJ nasLo , n'a-t-il pas écrit saghir noun ? Hélas oui , vrai-
ment. Saghir avec un g, comme le reste des humains! Il a
oublié de mettre sar'ir.
Plus que cela. Faut-il le dire? Ses condescendances ont
été bien plus loin. Il est allé jusqu'à représenter q^c J et
q!;U par quoi, bon Dieu! par Argoun et Gazan! —
non-seulement au moyen du g, mais d'un g tout vulgaire,
sans le plus petit accent, le plus petit point, le plus petit h
du monde.
N'importe. Ne tolérer désormais que Rhor au lieu de
Ghaur ou Ghor, voilà ce qu'on exige de nous.
Il y aurait ici beaucoup à dire, si l'on voulait se livrer à
une discussion approfondie; mais l'entreprenne qui voudra:
je me sens, moi, peu disposé à lutter contre un combattant
de pareille taille. Deux circonstances me donneraient trop de
désavantage et me désarmeraient tout de suite : d'abord, ma
faiblesse, qui est grande, et puis ma sympathie, qui ne l'est
pas moins. Au lieu de répéter jusqu'au bout, selon mon de-
voir : Amicus Plato, magis arnica veritas, qui sait si je ne
finirais pas par m'écrier : Valeat veritas! magis amicus Plato!
X.
Ainsi donc, mon cher ami, bien que le verdict universel
ait proclamé, depuis des centaines d'années, que le £ (écri-
vons g') est un g prononcé du gosier : G in gutture pronun-
lialum, comme dit le vieux Erpénius;
Quoique les Pococke , les Niébuhr, les Reiske, aient adhéré
ix. 29
mJ AVRIL-MAI 1857.
tout simplement à cette vérité, comme Freytag y adhère
encore ;
Quoique le célèbre Albert Schultens ait transcrit sans scru-
pule JjàJf »j| par Abu'l Goul;
Quoique les Mille et une Nuits nous aient fait lire, dès
notre enfance, les aventures de Ganem, et non de Ranem;
Quoique le bon Galland, et après lui Cardonne et tous les
auteurs, appellent tantôt Mogrébins et tantôt Mograbis, mais
jamais Morrébiru, ni Morrabis, les habitants de l'Occident
barbaresque, — déjà nommés au reste, il y a dix-huit cents
ans, par Pline l'ancien, Machrebi, et non point Marrebi, pas
même Marrhebi1;
Quoique le nom de ce pays (<_>>»>) soit très-bien copié
sous la forme Maghreb, par M. Munk, M. Barges, etc., ou
plus hardiment encore sous la forme Magreb, par M. Reinaud
et M. Ernest Renan , qui ne se croient pas même obligés de
modifier le g par un k supplémentaire1;
Quoique M. Noël Desvergers , quand il parle des princes
africains de la dynastie d'Aglab , les orthographie non-seule-
ment par un g quelconque, mais par le 9 franc, sans acces-
soires;
Quoique M. Reinhart Dozy , faisant de même, écrive Gomura
pour ojL^ , Télag pour &JL> , et Gazait pour J,\i* ;
Quoique M. Fresnel, cet arabisant d'Arabie, pour ainsi
parler, qui à Djedda semblait dans son chez-lui, transcrivît
1 Et cependant Marrhebi , si conforme aux habitudes gréco-romaines , au-
rait parfaitement exprime l'articulation patoise que l'on veut faire prévaloir.
Eh bien, non! — Notes que dans le Machrebi de l'linc, 1er n'a rien de commun
avec le t ; il n'est (pie la représentation du y Quant au t, il y est figuré
par le ch , gutturale qui chez les Latins n'était presque plus qu'un k (ils
écrivaient indifféremment chants et carat , sepulchrum et stpalcrum); mais
qui , fût-elle restée grasse comme le X K1*0 • ne portait du moins en elle-
même aucune nuance de r.
' M. Cberbonneau lui-même , qui a si souvent la bonté de condescendre
aux exigences de l'école africaine , n'écrit pas non plus Morreb , mais Mogreb.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 443
ainsi «JîCt par Gazâleh, et que l'adoption d'une telle ortho-
graphe fût de sa part une chose raisonnée, puisqu'il consi-
dérait les Gasandes de Diodore et les Cassanites de Plolémée
comme la tribu des G'assanides qL*c Jf ;
Quoique M. Bianchi, dans son catalogue, ne mette ni
Rhafour, ni Rhaled, mais Ghafour et Ghaled, voire tout bonne-
ment Galed;
Quoique M. de Sicé, témoin de la prononciation laissée
dans l'Inde par les introducteurs du Coran , appelle fort bien
goçal, et non roçal, l'ablution rituelle A^s- ;
Quoique M. Barbier de Meynard écrive sans hésitation,
et par un g simple , Bourgouschi, pour rendre /J0**}f1
Quoique M. Bland ne mette point d'/i (à plus forte raison
point d'r) à Gazna \ et que, pareillement, ni M. Stahl, ni
M. Julien Dumont , n'introduisent l'une ou l'autre lettre dans
Gaznévide;
Quoique M. de Hammer, en parlant de l'idole % des
Boghdadiens, la nomme Bogh, et non pas Bor';
Quoiqu'il ne défigure point en rhalib ou r'alib , ce mot
galib ou galeb (o-Ji. ou uJU) , si connu , d'où viennent en
provençal galaubia « vaillance » , galaubier « homme vigoureux
et vainqueur », etc. ;
Quoique M. Quatremère, à propos de la différence entre
^à» et ja& , ait positivement donné pour équivalent graphique
de y*x. les lettres françaises gaïr;
Quoiqu'il n'ait pas songé une seule fois à travestir le Kitâb
el-aghani en Kitâb el-ar'ani;
Quoique M. Jules Mohl ait copié de la même manière le
titre de ce recueil de chansons; c'est-à-dire en y laissant au
gain ou ghaïn sa valeur gutturale ordinaire;
Quoique M. de Slane rende Ujf pour kougha (non point
kourha ou kour'a) , et le nom primitif d'Alger, c'est à savoir
1 Voir ci-devant la note de la p. Mit.
29.
444 AVRIL-MAI 1857.
llcy. 0u yj ly> par Djeiair béni Mezgkannu ( non point liez-
rannâ; — quoiqu'il fasse plus, et qu'il n'aspire même pat
son g dans le nom de la rivière Sagded, IjjJL (j3Ϋ;
Quoique M. Caussin de Perce val nous donne Gauth pour
l'équivalent européen de o** ;
Quoique M. Belin agisse de même, quand il mentionne
ElGkonri ( t^yul) , dont il n'a garde de faire El-lihouri;
Quoique tout le monde, et notamment M. Sédillot, quand
il est question de ^oJI O^**, appelle Gayath «Un un
prince, qu'il n'est venu dans la tête de personne de dénom-
mer Hhavutli eddin ;
Quoique cet orientaliste n'introduise pas même un h, soit
dans le nom de Gaza (©>«.), dont nous avons parlé, soit
dans celui du Gaur; de ce fameux gaur des Moabites, au
sujet duquel on a tant bataillé ;
Quoique M. Defrémery, dans sa traduction récente d'Ibn
Batoutah, suive encore, pour les noms propres dont son livre
fourmille, les mêmes errements que les nombreux auteurs
ci-dessus ;
Quoique M. Silvestre de Sacy, qui savait peut être l'arabe ,
ait confirmé de telles règles par la pratique de toute sa vie ;
Quoiqu'il ait regardé comme tout à fait accessoire une
nuance grasseyante, à lui bien connue, par lui signalée dans
sa Grammaire, mais dont il ne se préoccupait en aucune
façon, la jugeant dénuée d'importance;
Quoiqu'il soit allé jusqu'à dire, — chose qui exprime certes
bien sa conviction tout entière, et chose aussi dans laquelle
éclate sa science presque divinatoire, puisqu'il ignorait alors
l'existence du mot Jfj>cl découverte depuis lors dans Ibn
Abi Oçaïbi'ah; — quoiqu'il soit allé jusqu'à dire que, pour
transcrire en arabe le root grœcus , il faut y rendre le g par
un t
Malgré tout cela, mon cher ami, je ne serais pas surpris
qu'à la longue , voyez-vous, la vigueur et la persévérance des
NOUVELLES ET MÉLANGES. 445
assiégeants ne l'emportassent sur la raison, voire sur le
nombre. Aussi me vient-il des envies d'abandonner la bonne
cause.
XI.
Si donc la même idée vous germe dans la tête , et si vous
êtes prêt aussi à déserter avec armes et bagages , il y aurait
peut-être quelque parti à prendre.
Pour bien rompre avec tous les classiques orientaux du
djâhilet et de Y islam; pour faire acte de ce zèle éclatant qui
sied à de nouveaux convertis ; passons la mer, mon cher Rar-
cin1. La boussole est une belle chose! Sous la conduite de
quelque vieux marin, habitué à bien comprendre les indi-
cations de l'aiguille marnètique2, embarquons-nous pour le
pays où régnèrent les Arlabites 3. Sans nous arrêter aux Ba-
léares, car elles ne parlent plus qu'espagnol, depuis qu'elles
ont été reprises sur les Sarrasins par les rois à'Araron^, al-
lons tout droit à la côte d'Afrique. Dans quel but? Pour y
chercher les souvenirs de la Fiancée du roi de Rarbe 5 ? Nul-
lement. Pour y serrer la main aux champions de l'école ar-
ticulatoire qui s'est formée dans le Marreb \
Nous ne pourrons pas , il est vrai , quoique arrivés là , pour-
suivre du même pied que ces messieurs le lion ou la razelle1 \
mais, partageant leur repas de chasseurs, sous quelques
1 w^wyC. . Voir la page de titre du livre Les Oiseaux et les Fleurs.
* On sait que magnes , magneticus , etc. sont dérivés du nom de la ville
de Magnesia , en arabe hj^ujJJl^ , sur le territoire de laquelle fut d'abord
découverte la pierre d'aimant.
J^
446 AVRIL-MAI 1857.
arbres où nous serons ravis d'entendre les oiseaux ruzouiller1,
nous mangerons comme eux, avec toute la simplicité nnli
taire, un pilau, bien assaisonné de clous de rérojle*. En façon
de dessert, nous aurons d'excellentes rernades*, qui rempla-
ceront fort bien les groseilles, ou des orange* de Mo$taranemk,
non moins bonnes que celles du Portural '. Pour boisson, il
nous suffira des jets d'une source fraîche, où nous aurons eu
soin de nous laver les pieds , les mains et la ligure , sans ou-
blier de nous rarranser la bouche '. Celte eau pure , nous la
sablerons comme du Champagne, en façon de toast, aux
prompts succès de la nouvelle prononciation du raïn\ Et de
retour dans no» foyers, nous garderons un doux souvenir de
ce banquet, plus agréable que ne furent jadis les splendides
festins du Gnnd-Morol \ Encore moins regretterons nous l<-
ebétif luxe culinaire d'AJ-Mamoun ou de Hurouu er-Hachid
malheureux princes arriérés, qui, n'ayant pas vu luire le
siècle où Us auraient pu recevoir des leçons de néophoné-
tisme, ignorèrent toute leur vie, les pauvres gens! qu *il»
étaient califes de Bardad*.
P. G.-D.
* Les Arabes appellent ce fruit qL»\ • mais l'adjectif formé de grenadV
aU. p.) est ghernâti ( ^Jo^jyê.), par conséquent rtrnâti dans le nouveau
système.
' ^Iojij. Voir la note qui lient lieu de post-script uni
NOUVELLES ET MELANGES. 447
NOTE SUR LE NOM DE BAGDAD.
Quelques personnes font venir ce mot du nom d'une
divinité adorée des Bogdadiens l, c'est-à-dire d'une certaine
idole Bog' ( *j ) ; mais il vient bien plutôt de celui d'un an-
cien village ou temple perse, qui occupait le même lieu,
et qui avait tout simplement porté le nom âryan de Baga-
datta, Baga-data, ou Bag-data, c'est-à-dire «donné par les
dieux (Dieudonné) ». Cette hypothèse, beaucoup plus natu-
relle, paraît tout à fait confirmée par la manière dont Bagdad
se trouve graphiquement exprimé en hébreu. Le rabbin Pe-
tachia, au xne siècle, l'écrit "n;Q (Bagdad, avec un g simple
et deux a brefs), et même il fait observer qu'anciennement
on disait ( par un t et non par un d) Bagdatâ ou Bagdetah ,
nxm32. La chose est d'autant plus sûre que le rabbin Khar-
ma,dontilest fait mention dans leTalmud, portait le surnom
de Bagdethâ, dès la fin du me siècle de notre ère, c'est-à-dire
en un temps où Bagdat, modeste village à côté du florissant
Gtésiphon et des grandes ruines encore subsistantes de Baby-
lone, ne laissait guère deviner ce qu'il deviendrait cinq cents
ans plus tard, sous les Abbasides 2.
1 Secte syrienne restée empreinte de paganisme.
3 Par parenthèse, cette orthographe, qui se trouve être révélée parte
témoignage des rabbins , explique pourquoi nos anciens voyageurs écrivaient
toujours par un t le nom de la ville califale Bagdat ou Bagdet, et pourquoi
la prononciation courante des Français est restée à peu près cela. Quand fut
joué le fameux opéra comique de Boïeldieu, l'affiche portait bien Le calife
de Bagdad, mais tout le public articulait Bagdatt, donnant ainsi au d final la
valeur forte et brève qu'il a dans pied-à-terre (piétaterre). Et aujourd'hui
même , il est encore d'usage de ne pas articuler différemment le nom dont
nous parlons.
AVRIL-MAI 1857.
NOTE
se a
I U l'ROGRÈS RÉCENTS DE LA CIVILISATION EN II Ml
Depuis une vingtaine d'années, la Perse a commencé à
montrer plus de dispositions à se soumettre à l'influence de
la civilisation européenne que dans les temps antérieurs.
Avant d'arriver à cet état, elle devait s'éveiller du long en-
gourdissement dans lequel l'avaient plongée les dissensions
tant politiques que religieuses qui ont déchiré ce pays depuis
tant de siècles. Le règne prolongé de Fath Ali Schah favorisa
ce réveil. Dès le commencement de son règne, on voit re-
naître le goût des belles-lettres; aussi, depuis ce moment,
voyons-nous apparaître des poètes de tous genres, des histo-
riens, des biographes, des voyageurs et même des Indue
leurs d'ouvrages européens. Les nomsdeSchakaki', deSàii1,
de Sihàb', de Modjmar*. de Saboùri', de Sabâ\ de Wisâl',
des deux Nischâti ', de Nawàyi*, de Kaâni ,0, de Yagh-
' <J ULft (Aj fj O-Q* Mehdi IVg , poète d'un grand talent , mort l'an
i a i A de l'hégire.
' ymab I \ y» Mina Dja'Jar, mort en 1219.
1 |>^£ j*y*. \\y* Mina Sayid Mohammed, mort en 1232.
' ijAmA. iVw~ Sayid llousain , mort en 1225.
* 0^1 \\ja Mina Ahmed, mort en 1228.
• Le célèbre /jlik /Jx. ^j Fat'h Ali Khan, le ttelic utch Schoara ( le
roi des poètes) de Fat'h Ali .Schah, mort en 1262.
1 JU» *>*&•£ Kv* Mirza Scbcfi' Wisâl, mort en 1263.
' Le premier, <_>Uâ Jî J^vc \\y» Mirza'Abdul VVahbAb , mort en 1 j/j/i ;
le second, j*Ut I jw» Mina 'Abbas, mort en 1 262.
' 3^yJ £j û*^ \\y» Mina Mohammed Taki, qui jouait un grand
rôle |K-ii(lant le règne de Mohammed Schah.
14 Le célèbre Jt.llji o-a** fjy» Mina Habib, mort l'année dernière.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 449
ma', de Mouflik 2 el de Serousch \ sont les plus distingués
parmi les quatre-vingt-dix poêles et écrivains modernes que
l'on trouve dans le nouveau Tezkiré 4.
La première impulsion de ce pays vers la civilisation eu-
ropéenne peut être attribuée aux efforts de feu AbbasMirza,
grand-père du scliah actuel. C'est de ce temps que date l'in-
troduction de l'imprimerie, des beaux-arts et de la discipline
militaire; ce fut alors que parurent quelques ouvrages sur
l'histoire et la géographie. Son lils, Mohammed Schah, aurait
certainement marché sur les traces de son père, si le mau-
vais état de sa santé et sa faiblesse envers son premier mi-
nistre Hadji Mirza Aghassi n'eussent entravé la réalisation
de plans si bien conçus. Au commencement de son règne,
le schah actuel, Nasirud-din, tâcha non-seulement de réali-
ser les plans de son grand-père, mais d'en élargir encore le
cercle. Mirza Taki Khan , homme d'un grand mérite admi-
nistratif, débuta dans son emploi de premier ministre (sa-
dâreti 'ozma) par des mesures très-utiles à la civilisation du
pays.
En observant l'état de la Perse, depuis la mort de Fath
1 Le célèbre l^J A^^ Hakim Yaghma , mort il y a deux ans.
1 (jx. tV«^ Uv* Mirza Mohammed 'Ali, appelé t^a^Jl \0-^> «le prési-
dent des poètes.» . .
1 /Ac cX-*^ <\y° Mirza Mohammed 'Ali, appelé , w*y» Serousch, vit
encore.
* Le Tezkiré (biographie des hommes de lettres, ou plutôt des poètes) ,
que je possède en manuscrit, m'a été apporté de Téhéran l'année i85i;
c'est un des cinq nouveaux ouvrages de ce genre qui ont paru pendant ces
vingt-cinq dernières années. 11 faut remarquer qu'après ÏAtéschkédé d'Azéri,
le plus grand et le plus digne d'être nommé, c'est le Tezkiré de Navayi
Kaschani. Le nom de l'auteur est ^yyuj^ , ùij » , 3 Dervisch Housaïn , mort
il y a à peu près vingt ans. Cet ouvrage n'a pas été publié ; mais plusieurs
personnes en Perse en ont des copies. Le manuscrit original se trouve dans la
bibliothèque de Housaïn Kouli Khan de Khamsa *m£- q L^ (^3 ^/>.wa .
Mon Tezkiré est tout nouveau , et doit avoir été écrit sous le règne de Nasir
ud-Din Schah.
450 AVRIL-MAI 1857.
Ali Schah, un trouve quelques résultats importants <le I in
lluence exercée depuis une vingtaine d'années dans ce pays
par la civilisation européenne, dont les principaux sont, i la
création du Divani 'adâlet, ou tribunal de la justice, qui fut
établi au commencement du règne de Mohammed Schah;
a" l'établissement du Dâr ul ï'ounoun, académie ou école des
sciences, créée au commencement du règne du schah actuel;
et 3" le goût naissant des Persans pour les tradiu lions d'ou-
vrages historiques et géographiques , et eu général pour toutes
les productions de la littérature européenne. Nous allons dire
quelques mots sur chacun de ces points.
I.
Le Divan ou tribunal de la justice, fut fondé par le célèbre
fiuïm inafsiun Mirza Aboul Kasim. L'histoire de la création
de ce divan donne une idée claire de F esprit téméraire de
cet homme de génie, qui fut premier ministre de Perse pen-
dant les dernières années du règne de Fath Ali Schah et Ul
premières de celui de Mohammed Schah. L'établi m nu ni
d'un tribunal tel qu'il est à présent était regardé comme
une entreprise aussi audacieuse qu'avantageuse pour le pays-
Audacieuse, en ce que les ouléma faisaient tous leurs efforts
pour conserver entre leurs mains l'administration de la jus-
tice en Perse, et que l'influence morale qu'ils exerçaient
sur les esprits devait rendre la lutte très-difficile; avant.)
geuse, en ce quelle limitait le pouvoir des juges, condition
nécessaire pour prévenir les injustices individuelles, surtout
dans un pays où les organes de l'administration peuvent com-
menter la loi d'après leurs préventions personnelles. 11 est de
fait que la nature même des lois musulmanes, surtout chez
les schiiles, donne à chaque kudi (juge) le moyen d'expli-
quer les questions juridiques selon son bon plaisir, surtout
quand elles sont plus ou moins obscures ou difficiles a ré-
soudre. Sur un point d'interprétation de la loi, il peut exis-
ter différentes opinions de Mouschtehid , par conséquent dif-
NOUVELLES ET MÉLANGES. 451
férentes manières déjuger, qui paraissent toutes également
légales. Cet état de choses offrait de grands dangers pour
ceux qui avaient recours à la justice, et le gouvernement at-
tendait, pour ainsi dire, un moment favorable pour le mo-
difier.
Après la mort de Fath Ali Schah , le trône de Perse était
regardé comme une proie sur laquelle se précipitaient de
tous les côtés ses nombreux enfants et petits- enfants. Mo-
hammed Mirza, à peine alors âgé de vingt-six ans, fils aîné
d'Abbas Mirza , qui était le vali 'ahd ( successeur ou héritier
du trône) , était regardé comme le véritable héritier de la
couronne. Mirza Aboul Kasim, le kaïm makam \ faisait tout
son possible pour consolider légalement le droit de ce prince ,
et l'influence des cabinets européens l'aidait à atteindre son
grand but, l'avènement au trône de l'héritier légitime, Mo-
hammed Mirza. Mais le droit de succession au trône avait été
trop souvent contesté en Perse ; chacun des prétendants pou-
vait aisément se former un parti pour appuyer ses préten-
tions. L'esprit du peuple était donc dans une agitation conti-
nuelle, et le gouvernement devait prendre des précautions
sérieuses.
Au milieu de ces difficultés , le kaïm makam cherchait
quelque moyen de pacifier l'esprit général. On sait que les
Persans aiment à fixer le souvenir d'événements remarquables
par des mots qui expriment la date de l'événement par la
valeur numérique des lettres qui les composent. Or, pour
marquer l'année de l'avènement au trône de Mohammed
Schah, on avait trouvé les mots : .dl 5~gk zuhour uhhakk,
qui signifient a la manifestation de la justice, » et dont la va-
1 La jeunesse d'Abbas Mirza et ses fréquentes absences de son gouverne-
ment en Aderbidjan avaient donné lieu à l'établissement de la fonction de
kaïm makam, c'est-à-dire lieutenant. Mirza Aboul Kasim avait rempli ces
fonctions à deux reprises , pendant plusieurs années , sous Abbas Mirza et
sous son lils Mohammed Mirza. A la mort de Fath Ali Schah , il était donc
le premier personnage de l'Etat.
Ml AVRIL-MAI 1857.
leur numérale est ia5ol, ce qui était précisément l'époque
de la mort de Fath AH Schah et de l'avènement au trône de
son petit-fils Mohammed. MirzaAboul Kasim résolut de tirer
parti de ce jeu de mots. Pendant que les compétiteurs au
trône agitaient clandestinement les esprits, le premier mi-
nistn- lit paraître la proclamation suivante : « Entre tous les
princes de la maison royale des kadjars, Mohammed Schah
est celui que la Providence a désigné pour gouverner le beau
pays de Perse. Outre les preuves nombreuses qui attestent
l'incontestabilité de ses droits, le ciel a bien voulu le dési-
gner plus clairement aux musulmans par le rapport mysté-
rieux qui existe entre ces mots arabes : zuhour ul-hukk, qui
signifient «la manifestation de la justice, • dont la valeur
ia5o indique précisément l'année de l'avènement de ce
prince au trône de ses ancêtre*. »
Ce ne fut pas sans étonnement que le kaïm makam vit tous
les esprits en mouvement. La nouvelle de l'apparition de la
justice, que le peuple désirait depuis longtemps avec ardeur,
avait parcouru tout l'empire. 11 faut remarquer i« i que l'at-
tenle d'un sauveur, d'un envoyé du ciel, qui doit apporter
la justice sur la terre, est une idée généralement répandue
chez tous les peuples de l'Asie. Les musulmans, surtout les
schiites, attendent leur Mehdi, comme les Hébreux attendent
leur Messie. Cette idée a, de tout temps, servi de prétexte
aux imposteurs qui, à différentes époques, ont paru dans plu
sieurs contrées musulmanes, et se sont frayé un chemin
sanglant pour atteindre le but de leur ambition. Le dernier
d'entre eux avaitété Bnb, qui avait jeté le trouble dans presque
toute la Perse pendant les premières ann< es du règne du
schah actuel. Cette annonce de la manifestation prochaine
de cette justice si longtemps attendue, devait donc gagner
ni nouveau roi la faveur du peuple.
Le kaïm makam déclara que, |K>ur rendre la justice éga-
' jO — 900; 0 — S; 4 =6; )== »"<>; ' — H (J = 3o; *> r=S ;
(W = 100 rr u5o.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 453
lemenl accessible à tout Je monde, le gouvernement allait
procéder à l'établissement d'un tribunal, auquel tous auraient
droit de demander la satisfaction qui leur serait due. La pro-
messe eut un plein succès : le peuple, fatigué d'incessantes
oppressions, s'occupa plus de la justice promise que des ins-
tigations de ses guides spirituels. Les tentatives des princes,
les murmures des ouléma, restèrent sans résultat, et le Gou-
vernement commença à exécuter son plan.
Afin de montrer au peuple que le tribunal de la justice
serait aussi puissant que le schah lui-même , le grand vizir
obtint du roi que celui-ci accordât au représentant de ce tri-
bunal des honneurs royaux. La première apparition de Va-
miri-divan (grand maréchal du tribunal) dans les rues de
Téhéran frappa tous les habitants de la capitale. « Le schah !
le schah!» criaient les uns. «Non! non! c'est Mirza Hibi
Khan,» disaient les autres. «Comment est-il donc entouré
du même cortège que le padischah?» Le commissaire du
gouvernement répondit aux curieux que c'était le grand re-
présentant du divani adalet, le grand maréchal du tribunal
de la justice , et comme la justice administrée par le divan
dérivait de l'ombre de Dieu , c'est-à-dire du schah , le grand
représentant de la justice était jugé digne de recevoir les
honneurs spécialement affectés à la personne du roi. Cette
explication vola de bouche en bouche par toute la Perse, et
le peuple se soumit avec joie à une innovation qui lui faisait
espérer un meilleur sort.
Le nouveau tribunal fit effectivement beaucoup de bien
pendant les premières quatre ou cinq années de son exis-
tence; ce n'était que là que l'on pouvait trouver justice. Mais
malheureusement, sous l'administration mystique de Khodja
Mirza Agassi, son influence diminua graduellement. Actuel-
lement ce tribunal est considéré comme la seconde instance
après le divan spécial du schah (divani schah); mais ses ju-
gements sont sans appel, hors le cas où le roi donne son
consentement à la révision d'un procès par ce même divan,
ou par un comité spécial, dont les jugements sont sujets à
i.» AVRIL-MAI 1857.
la sanction royale. Dans les premières années de son institu-
tion , ce tribunal se composait des membres suivants : i ' Amiri
divan, ou le maréchal président cl n divan; a" Sadri divan,
ou président du tribunal de la part des ouléma, premier
personnage après le maréchal; 3* Amini divan, le confident
du divan (eunuque choisi pour les affaires des femmes) ;
h' Amiri noudjebd, émir choisi comme représentant de la
noblesse (des kadjars); 5' Amiri léschker, général, député des
militaires; 6* Moastaicfyi divan, contrôleur des affaires des
maliat (domaines) ; 7* Nuzim ul-adalet, procureur général du
tribunal; 8° Mounschi baschi, grand secrétaire du divan.
La procédure des affaires était confiée aux soins des moun-
chis et moaharrirs (secrétaires et copistes). La partie execu-
tive était entre les mains de deux fonctionnaires : 1 ° Ndib-
Ferrasch, chef des officiers chargés de l'exécution des arrê-
tés du conseil du tribunal dans la ville; et z'Ndib-Ghoulam,
chargé d'exécuter les ordonnances du tribunal dans les pro-
vinces. Chacun d'eux avait sous ses ordres un nombre suflivmi
deferrasch et de ghoulam. Il y avait en outre un ferrasch khal-
v$t, qui remplissait auprès du tribunal deux fonctions; il
devait communiquer au roi les rapports du divan, en cas
que Sa Majesté se retirât dans le khalvet, retraite dans la-
quelle ni ses visirs, ni aucun de ses sujets ne pouvaient péné-
trer jusqu'à lui (ce droit étant toujours réservée ses ferrasch
khalvet et ghoulam khalvet, qui sont une sorte de pages spé-
ciaux); et a\ il devait mettre au net le procès- verbal du
divan.
Vers la tin du règne de Mohammed Schah , cet établisse-
ment , ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, était tombé dans
une sorte de décadence. Du temps de Mina Taki Khan , il
fut réorganisé et constamment soutenu par ce grand homme.
De nos jours, il est basé sur les mêmes principes; mais mal-
heureusement, dans la position actuelle de la Perse, on s'oc-
cupe fort peu de l'amélioration des établissements intérieurs
du pays.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 455
II.
Le Dur ul-Founoun (maison des sciences). Cette acadé
mie ou plutôt cette école fut fondée par les soins de Mirza
Taki Khan, dont le sort est déploré jusqu'à ce moment dans
son pays. Cet homme de génie avait passé la plus grande
partie de sa jeunesse à voyager. A l'âge de vingt-cinq ans, il
avait été attaché à la mission du prince Khosrou Mirza à
Saint-Pétersbourg, en i83a; il était alors secrétaire d'Amir
Nizam Mohammed Khan, qui accompagnait le jeune prince
pendant son voyage en Russie. En visitant avec lui tous les
établissements de Saint-Pétersbourg, tant militaires que ci-
vils, Mirza Taki (il n'était pas encore nommé khan à cette
époque) enregistrait dans son journal de voyage tout ce qui
provoquait sa curiosité. Quelques années après son retour, il
fut promu au titre de khan , et sous Mohammed Schah , il fut
envoyé en Turquie, à deux reprises, en qualité de chargé
d'affaires. Ce fut là que Mirza Taki Khan conçut les projets
de réforme qu'il mit à exécution en i848. En dépit des
préjugés des musulmans fanatiques , qui disaient que le gou-
vernement de Mahmoud introduisait dans l'islamisme des
innovations diaboliques , Mirza Taki Khan voyait avec envie
les progrès des Ottomans; mais les circonstances n'étaient
pas encore favorables à ses projets. Après son retour de la
Turquie, il fut promu au titre du veziri nizam, et resta jus-
qu'en i848 auprès du jeune Velïahd (le schah actuel),
dans l'Aderbidjan. La mort de Mohammed Schah et l'avéne-
ment au trône de son successeur ouvrirent une large carrière
à l'activité de Mirza Taki Khan. La faveur dont il jouissait
auprès du jeune prince lui procura deux grands titres : celui
d'amir-nizam et de sadri aazam l. Les affaires du gouverne-
ment prirent alors une direction nouvelle. Il est difficile de
1 Le fameux Amir Nizam Mohammed Khan avait attaché à son service
deux jeunes gens qu'il affectionnait beaucoup : t'un était Housaïn Beg , qui
avait été autrefois envoyé en Angleterre , et l'autre, Mirza Taki. Grâce à la
'456 AVRIL-MAI 1857.
dire combien d'améliorations furent laites en peu de temps
par ce ministre dans toutes les branches de l'administration.
L'abolition du touioul (impôt que les khans et leurs employés
prélevaient sur les villes, les districts et même les gouver-
nements entiers, au lieu de salaires), qui fut toujours une
des causes de la ruine du pays; la diminution du pouvoir
accordé aux employés civils et militaires, surtout de ceux
d'Aderbidjan, qui, du temps de Hadji Mirza Agassi, avaient
fait le malheur du pays; la réforme des ministères, surtout
de celui des affaires étrangères; l'introduction de la Gazette ,
des passe-ports, l'organisation de la poste-, les encourage-
ments donnés aux fabricants et aux ouvriers de toute espèce;
les avances faites aux savants et aux étrangers versés dans
la connaissance des affaires, pour venir introduire en Perse
les éléments de la civilisation européenne: tout cela fut coin
protection de l'amir nium , tous deux avaient reçu le titre de khan j et oc-
cupaient deux grand* poste*. Le premier était adjutant beuchi «chef de tout
le* aides de camp», et le second, vttiri n'uam «chef de l'état-major. • Tous
deux servaient d'aide* à l'amir nisam , qui remplissait les fonctions de mi-
nistre de la guerre. Apre* la mort de ce ministre, sa place était restée va-
cante, vu que personne n'était jugé digne de remplir le* fonctions d'un
homme aussi important que l'était Mohammed Khan. Pendant les dernières
années de l'administration du grand vizir Hadji Mirxa Agassi, Mirza Taki
Khan et Housain Beg furent tous deux absents de Téhéran ; l'un , en qualité
de vérin nium , devait résider à Tauris ; l'autre avait été envoyé comme
gouverneur à Yexd. Durant quelques années, Taki Khan se trouva donc en
relation quotidienne avec l'héritier du troue , et jouit de la plus grande fa-
veur. Mais la mort du roi Mohammed Schah le jeta dans de grandes «lilli-
cultes. Le trône resta vacant pendant quelques jours, et l'absence de l'hi'ri-
lier donna lieu à la création d'un gouvernement provisoire à Téhéran. Le
grand vixir Hadji Mina Agassi avait pris la fuite ; la mère du shah , entourée
des principaux dignitaires de l'Etat , remplissait les fonctions , pour ainsi
dire, de présidente de ce gouvernement. On parlait de djoum/iouri «répu-
blique» dans tout Téhéran. Plusieurs personnes jouèrent un grand rôle dans
ce gouvernement provisoire , entre autres Mirza Nasr llllah , l'un des quatre
membres de la confrérie des Dervisch , Mirza Mohammed Ali, fils de Hadji
Moulla Riza, et Mirza Mouslim. Au milieu de ces désordres, Nasr uù-Din Mirza
quitta Tauris pour se rendre à Téhéran , comme héritier légitime du trône
de son père. H avait avec lui deux hommes distingués : Mirza Fazl L'Hah ,
son vizir, et Mirza Taki Khan. Le premier avait toujours été un homme
NOUVELLES ET MÉLANGES. 457
mencé el exécuté au bout de trois années, pendant le minis-
tère de cet homme de génie. Le dernier service qu'il rendit
au gouvernement fut l'engagement de professeurs étran-
gers de toutes les sciences dans le Dar ul-Founoun , ou maison
des sciences, qui fut fondée par lui et qui existe, encore à
Téhéran.
Le Dar ul-Fonnoun fut créé quelque temps avant YAndjou-
méni Danisch, ou assemblée de savants à Constantinople.
C'est une seconde et plus petite édition de l'Ecole polytech-
nique de Constantinople, par laquelle le gouvernement
persan voulait établir la première pépinière de civilisation
dans le centre du pays. Elle était, partagée en cinq sections :
i° celle de la philologie, ou plutôt des langues latine et
française; 2° des mathématiques; 3° de la minéralogie; 4° de
la pharmacie, de la chimie et de la médecine; et 5° des
sciences militaires, comprenant l'art de la théorie de la for-
tification, de l'artillerie, de l'infanterie et de la discipline.
sans ambition, aussi le second avait-il trouvé le moyen de s'emparer de
toute !a faveur de son maître ; mais sachant bien que , malgré cette faveur,
il n'aurait pas pu soutenir une lutte ouverte avec le sadrul mamalik (Mirza
Nasr Ullali) et les autres grands dignitaires du règne de Mohammed Schah,
il supplia son maître , qui avait l'intention de le nommer grand vizir, de
ne le faire qu'après son arrivée dans la capitale et son avènement au trône ;
car le bruit s'était répandu que , si Nasir ud-Din Mirza refusait de former
son ministère d'après les vues du gouvernement provisoire, le gouverne-
ment provisoire placerait sur le trône son frère cadet Abbas Mirza. Pour
calmer tous les prétendants au titre de premier ministre , Mirza Taki Khan
engagea donc le jeune schah de lui donner seulement le titre d'amir nizam,
attendu que , l'amir nizam devant toujours résider à Tauris , les prétendants
au titre de sadri aazam garderaient leurs espérances. En effet , la nouvelle
de la nomination de Mirza Taki Khan au titre d'amir nizam mit fin aux
hésitations des courtisans de Téhéran ; ils attendirent avec joie l'arrivée du
jeune schah. Cependant toutes les affaires du nouveau gouvernement pas-
saient par les mains de Mirza Taki Khan; nul ne le savait. Mirza Fazl Ullah
gouvernait en qualité de premier ministre ; ainsi toutes les ambitions furent
apaisées ; d'abord , parce que le nouvel amir nizam devait bientôt se rendre
à Tauris , et puis parce que l'on ne craignait pas les prétentions de Mirza
Fazl Ullah. Cela dura ainsi quelque temps; mais aussitôt que le jeune schah
fut établi sur le trône , Mirza Taki Khan reparut tout à coup en qualité de
sadri aazam , et tous ses ennemis furent exilés.
IX. 3o
458 AVRIL-MAI 1857.
Tous les professeurs sont des étrangers et surtout des Alle-
mands; pour le moment, il y a quelques précepteurs armé-
niens et persans, qui ont eux mêmes achevé leur éducation
dans l'École polytechnique de Constantinople, ou dans cet
établissement de Téhéran. Le nombre des élèves est d'à peu
près cent soixante, dont cent dix sont élevés aux frais du
gouvernement, et le reste, à leurs propres frais. Les élèves
des derniers cours doivent composer des dissertations sur des
sujets donnés. Nous ne saunons dire au juste jusqu'à quel
degré d'avancement ils sont parvenus dans leurs études;
mais nous savons que le gouvernement encourage ces jeunes
gens dans leurs entreprises . et leur accorde toutes les faci-
lités possibles, chose jusqu'alors toutàfait inconnue en Perse.
La Gazette de Téhéran du a5 schaaban de l'année passée,
annonce que les professeurs et élèves du Dar ul-Founoun ,
sont dispensés du jeûne du ramadhan , puis elle continue :
• Quant à ceux des étudiants qui cherchent à faire des pro
grès dans les sciences, il est hors de doute qu'ils ne resteront
pas sans travail. Ils continueront à se perfectionner dans l'é-
tude et les sciences , et s'ils peuvent développer quelque sujet,
résoudre un problème scientifique, ou écrire des disserta-
tions qui soient approuvées par leurs professeurs on par
d'autres savants, on publiera leurs uoms dans les journaux,
■fin qu'ils soient connus et honorés. ■
m.
Le goût des Persans pour les traductions d'ouvrages eu-
ropéens se manifesta d'abord au temps d'Abbas Mirza. Les
Persans doivent, à cet égard, de la reconnaissance à leurs
hôtes étrangers, qui, pendant leur séjour dans le pays, ap-
prirent la langue indigène et traduisirent des ouvrages sur
l'histoire et la géographie. Parmisles ouvrages qui datent de
cette époque, nous connaissons : i° Terdjoumehi tarikhi Is-
cander, c'est-à-dire traduction de l'Histoire d'Alexandre le
Grand, achevée à Tauris par James Campbell en 1228 =
NOUVELLES ET MELANGES. 459
181 3, par l'ordre d'Abbas Mirza ; 2° Tarikhi Peteri kabir,
Histoire de Pierre le Grand , par Voltaire, achevée par M.Ga-
briel; et 3° Terdjoumehi larikhi CharlXII , traduction de l'His-
toire de Charles XII (de Voltaire) , par l'historien Mirza Riza
Kouli. Tous ces ouvrages furent lithographies en un volume,
à Tauris, en 1262 3t i8Z15. Je n'ai pas de liste exacte et
complète de tous les ouvrages européens traduits et publiés
en Perse; mais nous connaissons des manuscrits et des bro-
chures écrits en persan sur diverses branches des sciences ,
sur la géographie , l'astronomie , la physique , l'architecture
et l'artillerie; il y a des biographies et même des romans.
Plusieurs hommes de haute naissance et de grands moyens
ont voué leur vie à l'étude des sciences puisées aux sources
européennes; nous connaissons plusieurs princes du sang
royal , plusieurs khans et d'autres personnages éminents qui ,
durant ces dernières quinze années , ont aidé au progrès de
la civilisation dans leur pays. Les noms de Bahram Mirza ,
Ali Khan, Mahmoud Khan le Kara guzlou, Mirza Habib
(Kaani), Scheikh Mouhsin (le traducteur de Télémaque) ,
Neriman Khan (tous les deux sont maintenant à Paris) et
de plusieurs autres, sont déjà connus sous ce rapport.
De nos jours on peut lire en persan, outre les ouvrages
que je viens de mentionner, l'Histoire de l'impératrice Ca-
therine , celle de Napoléon I" ; les Aventures de Télémaque ,
des voyages dans différentes parties du monde , et plusieurs
autres ouvrages tirés des littératures européennes. J'ai en ce
moment sous les yeux un manuscrit contenant un traité
complet sur l'art militaire, surtout sur les fortifications mo-
dernes; il est écrit par un certain Mohammed Hassan, de
Schiraz, sous la dictée d'un général français , M. Simono, qui
fut pendant longtemps au service du gouvernement persan,
au temps d'Abbas Mirza et de Mohammed Schah. Ce traité est
partagé en trois sections : la première traite des fortifications
en général en temps de guerre : elle renferme vingt-trois cha-
pitres; la seconde traite principalement de l'architecture,
en huit chapitres; la troisième parle des sièges des forte-
460 AVRIL MAI 1857.
restes, de la manière de les fortifier après les avoir prises,
et du passage des rivières : elle est divisée en dix chapitres.
Comme l'auteur (le général Simono) dit, dans la préface,
que tous les articles de l'ouvrage en question ont été tirés des
leçons privées données par lui à Ali Khan le kadjar, par
ordre spécial de feu Mohammed Schah, il parait que toutes
ces leçons ont été données à Ali Khan en français, et Mo-
hammed Hassan, qui a achevé la traduction et la rédaction
de cet ouvrage, dit que la plupart des leçons ont été traduites
du français. L'ouvrage est accompagné de quatorze plancha
contenant quatre-vingt-dix-sept dessins.
Le srhah actuel s'occupe des progrès de la civilisation
plus que ses prédécesseurs, et lui-même a beaucoup de goût
pour les langues européennes, et surtout pour le français,
qu'il connait le mieux. Différentes circonstances qui soutien-
nent la cause des ignorants le gênent dans la réalisation de
ses grands projets d'avenir ; mais la force des choses rendra
bientôt la Perse plus familière avec la civilisation européenne.
Le premier ministre actuel fait tout ce qui se peut pour la
prospérité de son pays, et le schah, de son côté, fait de
grands efforts pour améliorer l'instruction publique. Nous
achèverons cet article par l'annonce d'une nouvelle littéraire
que nous venons de recevoir de Perse, concernant un ou-
vrage historique très-intéressant, composé par ordre du roi.
C'est le Rauzat us-safti i-nasiri, en trois grands volumes in-
folio. La Gazette deTéhéran avait fait l'annonce suivante dans
un article daté du a5 scha'ban de l'année passée (c'est à peu
près la fin du mois de mars i856). • La volonté sacrée de
S. M. le roi des rois, que Dieu prolonge son règne indéfi-
niment! est parfaitement favorable aux progrès de toute es-
pèce de sciences. Son auguste volonté a donc ordonné au-
jourd'hui que l'histoire des trois cent soixante et douze ans
écoulés depuis l'avènement des Séfévides jusqu'à nos jours
(autrement dit l'histoire particulière de Perse) soit rédigée
et ajoutée à l'histoire connue sous le nom de Rauzat ut-tafâ
\ cet effet, son excellence Riza Kouli Khan, le curateur du
NOUVELLES ET MÉLANGES. 461
Dar ul-Founoun de Téhéran, qui a une grande connaissance
de l'histoire des temps passés, est chargé de faire un sup-
plément de trois volumes (sur l'Histoire de la Perse durant
ces trois cent soixante et douze ans) aux sept volumes de Mir-
khond. De plus, il fera un index (pour tous ces dix volumes)
dans lequel on puisse trouver arrangées, d'après l'ordre
chronologique, toutes les générations des prophètes et des
rois , et les dates de leurs règnes. En deux ans , le curateur
a achevé les trois volumes , contenant l'histoire des Séfévides ,
des Afchârs, et de l'illustre maison des Kadjars, jusqu'à l'an-
née 1272 = i856.
«Ce grand ouvrage, qui renferme un magnifique travail
d'analyse critique , faisant la continuation de l'ouvrage de
Mirkhond, porte collectivement le nom de Rauzat us-sqfâ i-
Nasiri, et forme la meilleure histoire de la Perse, par la ri-
chesse des faits et la simplicité du style (ce que le schah
apprécie beaucoup). Il jouit déjà d'une grande estime parmi
les hommes de lettres. D'après l'ordre de Sa Majesté, on a
commencé à lithographier les deux ouvrages ensemble, et à
les tirer à mille exemplaires. Cette édition sera beaucoup plus
belle que celle du Rauzat us-sofa de Mirkhond, publiée à
Bombay. Quand la publication en sera terminée, nous nous
empresserons de l'annoncer, avec le prix, dans une note de
notre Gazette. »
Nous n'avons encore rien vu de cette édition ; mais proba-
blement elle paraîtra vers la fin de l'année.
Une Histoire complète de la Perse moderne n'existait pas
encore. On avait de gros volumes sur l'histoire des Séfé-
vides, des Afschars et des Kadjars; mais ce ne sont, pour la
plupart, que des compositions faites particulièrement pour
le règne du souverain sous lequel elles ont été écrites. Le
monde savant a le droit d'attendre tout autre chose d'un
ouvrage historique qui est écrit d'après les annales du pays
par un homme civilisé comme Riza Kouli Khan.
L'un des plus grands mérites attribués par la Gazette de
Téhéran à cet ouvrage est celui d'être écrit d'un style simple
HI AVRIL-MAI 1857.
et non pompeux, ce que le schali apprécie beaucoup. Il est
à remarquer que déjà avant la simplilkation du style turc,
introduite par le sultan Mahmoud, plusieurs hommes de
lettre» en Perse essayaient de simplifier leur style ; mais cette
tâche était trop diflicile, car il fallait abandonner la forme
pompeuse, qui était regardée, depuis tant de siècles , comme
l'ornement naturel du langage. C'est le kaîm makam Mir/a
Aboul Kasim , qui connaissait mieux la langue persane que
tous ses prédécesseurs, qui donna la première impulsion à
cette tendance utile. Depuis cette époque, les écrivains m<>
dernes tâchent de simplifier autant que possible leur style, et
de rendre leurs pensées avec plus de clarté. Jusqu'ici U
diplomatique a gagné plus que le style littéraire. En com-
parant les ouvrages anciens avec les nouveaux, nous y re-
marquons une énorme différence; cependant, ni les Tin
ni les Persans, ne parviendront à simplifier leur style en-
tièrement, à moins d'introduire la ponctuation d.ms leur
écriture. Malgré cela, le premier pas est fait, et nous devons
1 attribuer à l'influence de la civilisation européenne dans
ces contrées.
M. A. Kazem-Beg.
Glimpsks or Urs and mannkrs in Pmrsia, by Lady Sheil.
Londres, 1857, in-8* (40a pages).
Lady Sheil accompagna son mari, le colonel Sheil, pen
daul son ambassade en Perse, et passa trois ans et demi dans
ce pays , surtout à Téhéran ; elle fit une fois le voyage à
Ispahan et passa un été dans les montagnes du Mazenderan.
C'est une personne intelligente et cultivée , qui s'est donné la
peine d'apprendre à parler persan et qui nous communiqué,
d'une manière agréable et sans prétention , ses observations
sur les manières et les mœurs du pays , et sur tout ce qu'elle
était en position de bien voir. Le colonel a ajouté au journal
de sa femme une série de notes détaillées et très-instructives
NOUVELLES ET MÉLANGES. 463
sur les ruines d'Ani, sur les Kurdes, les Turcomans , les
Nestoriens; sur Khiva, sur l'Afghanistan , sur les manufac-
tures de soie en Perse, sur l'armée persane, sur le revenu
de l'État et sur les tribus nomades , dont il donne l'énuméra-
lion et le dénombrement. Ces notes ont une valeur réelle,
car M. Sheil connaît bien la Perse ; il y a demeuré pendant
vingt et un ans , comme instructeur militaire , comme colo-
nel d'un régiment, et à la fin, comme ambassadeur. Il est à
regretter qu'il n'ait pas donné plus d'étendue à ces notes ,
surtout à celles qui traitent des tribus nomades, sur lesquelles
nous sommes encore très-imparfaitement instruits, et dont
l'étude offre plusieurs côtés extrêmement intéressants.
J. M.
M. Boudard, de Béziers, annonce, chez Rollin, rue Vi-
vienne, n° ] 2 , la publication de sa Numismatique ibérienne \
précédée de recherches sur l'alphabet et la langue des Ibères.
Ses Etudes ibériennes, publiées en i852, ont déjà initié les
savants au résultat capital de M. Boudard, que les légendes
des médailles ibériennes se laissent expliquer par le basque ,
à l'exclusion des autres langues dont l'antiquité nous a laissé
des vestiges. Ce résultat, fort beau en lui-même , nous amè-
nera , sans doute , plus, tard , au déchiffrement de la seule ins-
cription ibère un peu étendue, et qu'on a découverte sur une
plaque de plomb. En attendant, il sera intéressant de voir
réunir en un ensemble méthodique des planches de monnaies
ibériennes , des tableaux de légendes , des listes de peuplades
1 L'ouvrage est divisé en deux parties. La première comprend
l'explication de l'alphabet ibérien, les preuves de l'identité des
langues ibérienne et basque, la liste des noms de peuplades et de
lieux de l'Hispanie. La deuxième partie est consacrée à la numis-
matique, et terminée par un essai sur l'origine de quelques villes
anciennes, ibériennes ou celtiques. On peut souscrire à Paris, chez
M. Rollin, 12 , rue Vivienne.
IN AVRIL-MAI 1857.
et de lieux antiques, et des cartes où l'auteur tâchera de re-
constituer l'ancienne Ibérie. La position de l'auteur ne lui
permet pas de faire un tirage considérable, et il ne publie r.i
son ouvrage, au prix de Aa francs pour quarante feuilles de
texte in-A* et quarante planches, que lorsqu'il aura pu ajou-
ter une trentaine de souscripteurs à ceux qui , en France et
-il Kspagne, ont déjà promis d'encourager ce curieux tra-
I iil
Antoine d'Abbadii.
Fivms ymars in Damascvs, including an account of the history,
topography and antiquities of tbat city, witli travels and researches
in Palmyra, Lehanon and liic Ilauran, by Rcv. J. L. Porter. 2 vol.
in-8*; Londres i855 (avec de* cartes et des gravures).
Le premier volume contient la description détaillée de
h. mm- un VOyagé i iVilmvr.-. I.i <l.-i rij>ti«n (l<- I.t vallt-f tin
Barada, du mont Hermon , des bords orientaux de l'Antili-
banon et des lacs de Damas; le second, un voyage dans le
Ilauran , à Bosra , Sowcidah et Redjran , la description de
l'ancienne province de Baschan , de Balbeck et de Homs.
C'est un livre fait avec beaucoup de soin , de sens et de mo-
destie, qui ajoute considérablement a nos connaissances an-
térieures , et qui fournit des preuves innombrables de la
quantité de découvertes qu'il y a encore à faire dans ces
pays si anciennement cultivés, et où tant de dominations di-
verses ont laissé leurs traces. Damas est une des villes où
l'une ou l'autre des grandes puissances devrait toujours en
tretenir un représentant du savoir européen , pour qu'il puisse
saisir les occasions de faire des explorations et des fouilles
dans les provinces environnantes, et pour acheter ou faire
copier des manuscrits qui manquent à nos bibliothèques.
J. M.
JOURNAL ASIATIQUE.
JUIN 1857.
DE L'ÉTAT DE LA LITTÉRATURE
CHEZ LES POPULATIONS CHRÉTIENNES ARABES
DE LA SYRIE,
PAR M. REINAUD.
LU À LA SÉANCE GENERALE DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE ,
LE 2.4 JG1N 1857.
Les populations chrétiennes de la Syrie, notam-
ment celles du mont Liban, ont depuis longtemps
adopté l'usage de la langue arabe, qui est celle de
leurs vainqueurs. L'arabe appartient à la même
souche que le syriaque, le chaldéen et l'hébreu; et
les chrétiens de Syrie, qui ont conservé la liturgie
syriaque, se contentent d'écrire l'arabe dans l'écri-
ture nationale. En général, les chrétiens de Syrie
professent le rite grec; or le rite grec se divise en
rite melkile, qui est celui des Grecs catholiques, des
Maronites en particulier, et en rite grec schisma-
tique : mais presque partout l'arabe domine, et c'est
larabe qui sert dans les habitudes de la vie, parti-
culièrement dans les actes de la vie civile.
Les populations chrétiennes de la Syrie, comme
ix. 3i
celles des Butres provinces de l'Empire Ottoman
vivaient autrefois dans l'immobilité et dans I isole-
ment. Quant à leurs rapporta avè< les nations <|r
l'Europe, qui, de tout temps, ont été attirées en
Orient , non-seulemenl par les intérêts du COmmeiee,
mais encore par les souvenirs de la Bible <'t par les
es qu'accomplit Illumine-Dieu, ils étaient plus
ou moins fréquents, plus ou moins intimes, suivant
le plus ou moins d'analogie des eroyances, le plus ou
moins d'aecord dans les intérêts. Peu à peu, le mou-
vement qui agite l'Europe depuis près de soixante
et di\ ;nh l'eal < omnumicpir i I \ûe occidentale, et,
maintenant, les chrétiens de Syrie semblent vou-
loir s'animer de notre esprit et l'inspirer de nos cou
lûmes.
I. goût de l'étude est devenu généra] chez les
chrétiens orientaux. D'une part, ils ont senti le be-
soin de s'initier aux langues européennes, afin de
profiter des lumières de cet Occident, qui. pendant
si longtemps, lut le tributaire de leur patrie, aussi
il n'est pas rare de rencontrer parmi eux des par
lûnnes qui, outre l'arabe, leur langue maternelle,
parlent à la fois l'italien, le français et l'anglais, et
qui ont acquis des notions plus ou moins profondes
dans la littérature représentée par chacune de ces
langues. IX un autre côté, par zèle pour un idiome
qui est devenu le langage national, ils se sont pion
gés.dans l'étude de l'arabe savant,, de l'arabe qui était
parlé en Arabie dès avant Mahomet, et qui a
consacré par le Coran. Ils n sont pa « la
DE LA LITTÉRATURE ARABE EN SYRIE. 467
.signification courante des mots; ils ont voulu re-
monter aux origines des choses; ils ont recherché
les proverbes les plus anciens, ceux qui étaient
presque aussi anciens que la nation elle-même; ils
ont recueilli les anecdotes qui se rattachent à cer-
taines dénominations encore usitées; ils ont suivi le
développement de la langue , jusqu'au moment où la
décadence s'est fait sentir, et où la littérature n'a plus
rien produit qui fut propre à satisfaire une curiosité
exigeante.
Des collèges et des séminaires ont été fondés dans
le mont Liban et ailleurs, et là, à l'enseignement des
choses usuelles et à l'instruction cléricale, onajoint
l'étudedes monuments del'ancienne littérature arabe.
De jeunes Syriens s'exercent à parler la langue de
leur adoption d'une manière correcte et élégante,
tant en vers qu'en prose, et, plus tard, quand l'âge
des idées positives est arrivé, il en est plusieurs,
parmi eux, qui savent allier l'esprit des lettres à ce-
lui des affaires. Dans une telle situation , l'usage de
faire circuler le produit de ses veilles à l'aide de co-
pistes n'a plus suffi; une, et même plusieurs impri-
meries arabes ont été fondées à Beyrout, ville deve-
nue le centre du commerce maritime de la Syrie,
et maintenant il est facile à tout écrivain de faire
gémir La presse. Quand un auteur n'a pas les moyens
de payer les frais d'impression , il trouve quelqu'un ,
par exemple un négociant, qui supporte la dépense.
Les caractères d'imprimerie dont on fait usage à
Beyrout sont d'une élégance remarquable.
468 JUIN 1857
De là à l'idée de fonder une espèce d'académie,
UN vraie Société asiatique, il n\ avait qu'un pas.
Dans ces dernières années, quelques jeunes gens de
Beyrout, pénétrés de la pensée que l'union fait la
force, résolurent de combiner leurs efforts pour se
livrer avec plus de fruit à leurs études. Cette asso-
ciation ne tarda pas à devenir un centre, auquel se
rallièrent , non-seulement diverses personnes lettrées
du pays, mais encore des Européens et des Améri-
cains établie dans la contrée. Parmi les derniers se
faisaient remarquer les missionnaires protestants des
Etats-Unis, à la tète desquels était le révérend Eli
Smith, qui a exécuté, de concert avec M. Edouard
Robinson, un voyage d'exploration dans les paya bi-
bliques, voyage dont la relation a été publiée à New-
York et à Londres, et qui a eu beaucoup de succès'.
En j 85 a , la Société de Beyrout a lait paraître la pre-
mière partie de ses Mémoires, sous le titre d'Actes
de la Société de Syrie'1. Le recueil est rédigé tout en-
tier en arabe.
En ce moment, les chrétiens de Syrie comptent
dans leur sein plus d'un littérateur dont le nom est
devenu chez eux populaire. Voici le nom de ceux
dont la réputation s'est étendue jusqu'en France :
i" Un chrétien du rite grec catholique, appelé Faris
et appartenant à la famille Schidiac3. Faris a suc-
' Le titre de cette relation est : Biblical researches in Palestina,
mount Sinai and Arabia Petreea, plusieurs volumes in-8*.
1 ' \-, . ■ ■•' isu*+Jl jLft. Voyez le Journal asiatique du mois
d'août i853, p. i ifi (Rapport de M. Mohl).
DE LA LITTÉRATURE ARABE EN SYRIE. 469
cessivement séjourné à Malte, à Londres et à Paris,
et les publications qu'il a faites dans chacun de ces
pays attestent une profonde connaissance de la langue
et de la littérature arabes. 2°Un autre indigène, du
rite grec catholique, appelé Nasifi, et appartenant à
la famille des lazigi *. Celui-ci, qui paraît n'avoir
jamais quitté le mont Liban, sa patrie, et qui prend
le titre de scheïkh, s'est voué d'une manière spé-
ciale à l'ancienne littérature arabe; il connaît, dans
les plus menus détails, le genre de vie qu'on mène
dans le désert; il peut dire, en général, ce qu'un
Bédouin pense et fait dans telle et telle circonstance.
Il fera, s'il le veut, parler le Bédouin de nos jours
comme parlaient les Bédouins dès avant Mahomet.
Nous reviendrons sur ce personnage. 3° Un autre
chrétien du mont Liban, Nassif, de la famille Mal-
louf 2, lequel est depuis quelque temps professeur de
langues orientales au collège catholique de Smyrne.
A la connaissance de l'arabe, du persan et du turk,
M. Mallouf joint celle du français, et il a publié di-
vers ouvrages dans lesquels le français marche paral-
lèlement avec les langues de l'Orient. Ces ouvrages
roulent sur la grammaire et la lexicologie; quelques-
uns ont eu plusieurs éditions. 6° Un autre, chrétien
catholique, le scheïkh Rochaïd, de la famille des
Dahdah3. Celui-ci , qui dirige en ce moment une mai-
son de commerce à Marseille et à Londres, a fait
y
470 JUIN 1857
imprimer, il y a quelques années. ,i Marseille', avec
des corrections et des additions, un dictionnaire
n.ibe composé, il y a un peu plus d'un siècle, paf
un évêque d'Alep, nomme l-'arluit. qui a conserve*
une grande réputation dans le pays. M. Dalidah est
également éditeur du Divan d'Omar- llm-Faredh.
recueil de poésies mysticMes qui, cncoiv .1 prêtent,
est recherché des derviches et des solis dé la Syrie
• •t de l'Egypte. 5° Un chrétien, de la famille dés
Schidiae . appelé Thnmwus ' . qui vient de publier
à Beyrout un volume qui n'est pis encore parvenu
• l'aris, mais qu'on dit faire sensation dans le pays.
C'est une biographie des personnages les plus con-
sidérables du mont Liban, tant anciens que mo-
dernes, et pour plusieurs desquels les familles
subsistent encore. 6° Un chrétien, du rite grée
schisinatique. qui est employ è dans une maison de
commerce à Beyrout, et qui vient de faire impri
nier un recueil de poésieS. Il se nomme khalil et
appartient à la famille des khouri-. A cause de sa
grandejeunesse.il a intitulé son recueil : Les Fleurs
des collines sous forme de poésies de la jeunesse*. Nous
y reviendrons.
On pourrait encore citer : i° le patriarche dès
Maronites, M. Paul, de la famille des Masad\ qui
^Jl .jjJil J~U
1 cvj^m (j-Jy-
DE LA LlTTÉftiTURB ARABE EN SYRIE. 471
a lait successivement ses études au séminaire de
Ayn-Ouarkah ' , dans ie Liban, et au collège de la
Propagande, a Rome. Ce prélat est auteur de plu-
sieurs ouvrages, notamment d'une Histoire des Ma
ronites, dont on dit beaucoup de bien, mais qui,
jusqu'ici, n'a circulé qu'en manuscrit. 2° Un membre
de la famille des Dabdah, lequel a été élevé aussi au
séminaire de Ayn-Ouarkah et au collège de la Pro-
pagande, et qui s'appelle Nimet-Allah, ou «la grâce
de Dieu». Nimet-Allah remplit les fonctions de se
crétaire du patriarche, et dirige les cinq principaux
collèges de la nation maronite dans le Liban. On
dit qu'il parle et écrit correctement dix langues.
Il est juste de dire aussi quelques mots de la fa
mille catholique des Modawar, qui est établie à Bey
rout, où elle fait le commerce, et qui professe le
goût le plus vif pour la littérature. M. Michel Mo
dawar2a été élevé dans le pays, au collège d'Anthoura,
et | tout en possédant parfaitement l'arabe , il parle
et écrit le français comme un Français. Pendant
quelque temps il a rempli les fonctions gratuites de
drogman-adjoint au consulat de France à Beyrout3.
Voulant donner une idée de l'état actuel de la lit-
térature dans le pays, je vais prendre pour texte deux
ouvrages récemment publiés à Beyrout, et qui, à
eux deux, représentent les deux genres maintenant
3 Voyage autour de la mer Morte et dans les terres bibliques, par
\1. Fr. de Saulcy, Paris, 1 853, 1. 1, p. io.
472 JUIN 1857.
les plus cultivés : l'un, qui a pour auteur Nasif-ai-
Iazigi, est conforme au vieux système arabe; l'autre,
qui est dans le goût moderne, est le recueil de poé-
sies de khalil-al-khouri. On a dit que la littérature
d'un pays était l'expression de sa société; ces paroles
sont applicables aux populations chrétienne! de la
Syrie, comme elles l'ont été à celles d'autres con-
trées.
Le système arabe, dont Hariri, écrivain des der-
nières années du xie siècle de notre ère et des pre-
mières années du xn\ est encore à présent le plus
brillant représentant, est un mélange de vers et de
prose , mais où la prose se découpe en membres de
pbrases qui se terminent par les mômes lettres et
riment ensemble1; on devine tout de suite à quel
point un auteur est gêné par ces assonances perpé-
tuelles, et la nécessité où il se trouve d'appeler à son
secours des expressions d'un sens relevé et. des formes
qui ont toujours été d'une bible circulation. A ce sys-
tème, déjà compliqué en Un-même , se joignent quel-
quefois la manie des jeux de mots et toutes les fan-
taisies dont est capable un esprit raffiné. Tel est le
goût qui domine en Orient, et dont n'a pas été entiè-
rement préservé l'ouvrage de Hariri, appelé du nom
de Macamat2 ou Séances, ouvrage qui est resté po-
1 Le Journal asiatique du mois de décembre i83i renferme deux
chapitres de Hariri , traduits en français par M. Munk, et où ce sys-
tème de coupure est reproduit dans la traduction avec des assonances
analogues à celles de l'original.
• oUàV
DE LA LITTÉRATURE ARABE EN SYRIE. 473
pulaire dans tous les pays où Ton cultive la langue
arabe, c'est-à-dire depuis le golfe du Bengale jusqu'à
l'océan Atlantique , depuis les rives du Volga jusqu'à
celles du Niger. Ce qui distingue les Séances de Ha-
riri , . et qui en justifie le succès, c'est, outre l'élé-
gance du style et le bon sens pratique des pensées ,
l'intérêt d'un récit qui commence avec l'ouvrage et
ne finit qu'avec lui. L'auteur, dans des espèces de
drames, au nombre de cinquante, a mis constam-
ment le même personnage en scène, et l'a fait passer
successivement par les diverses situations de la vie.
Le lecteur y voit tour à tour apparaître les expres-
sions les plus élégantes de la langue arabe, les tour-
nures les plus recherchées , les locutions proverbiales
les plus usitées. On peut dire que cet ouvrage est
un inventaire de la langue de Mahomet. Les Arabes
eux-mêmes le regardent comme le meilleur sujet
d'étude pour bien se pénétrer du génie de leur langue.
Ce livre leur tient lieu de dictionnaire des syno-
nymes, de traité des tropes, etc. De plus, en bien
des endroits, il est de la lecture la plus attachante.
Mais le style habituel de Hariiï et ses jeux de mots
ont rendu la lecture du livre très-pénible ; les Arabes
eux-mêmes ont besoin d'un commentaire pour le
comprendre entièrement, et c'est au moyen des nom-
breux commentaires rédigés par les philologues in-
digènes, que l'illustre Silvestre de Sacy a composé
le sien, qui parut avec le texte, à Paris, en 1821.
Quant à ce qui, dans ce genre de compositions,
choque le plus notre goût actuel , ce goût qui ani-
VH JUIN 1857.
;' el Virgile, et qui a été proclamé chei
nous avec tant de bonheur par Boileau el lîaeine
D'est pas nu pur elle! de l'imagination des Arabes.
Une chose remarquable, c'est qu'on n'en voit fêâ
de traces dans les poésies primitif esdei arabes, dana
lei poéaiet qui ont été composées entre l«*s iv" et
i\' sj, , |,n de notre ère, ■fini que la littérature et
lis sciences grecques lussent lait invasion (lie/, les dis
ciplesde Mahomet. ( >t surtout du a l'inllu. m M
des écrivains grece de la décadence. Il nous reste en
i uitillon de ce que les 6recs l lisaient en ce génie
dans un poème qui lut compose a \le\andne . Miih
le règne de Ptolémée Philadelpbe, par un pente
noiniie' Lycophron. bycophron n'était pas un '-en
\ain vulgaire; il composa un grand nombre de ira
iM-dirs. ci mérita de prendre place dans la pléi
des principaux poêles de l'époque, en compagnie
d' Aiatus et de Theocrite. Mais ,( fart de la belle lii
ItUre, LyOOphron joignait le gOÙt des jeu\ dé
mots, des anagrammes, dis expressions rares ou
surannées. Le poëme qui nous reste de lui, el qui,
à en juger par le nombre des exemplaires manus
crits (pion trouve dans nos bibliotbèques, a été for»
répandu, est connu sous le nom iY Alr.ru mlru , ou
plutôt de (TffffUnaVs. du nom de la personne qui \
joue le principal rôle. Il s'agit de Cassandre, fille de
Priam. Le poète suppose qu'au moment où Paris
fils de Priam , met à la voile de Troie pour se rendre
au Péloponnèse, où il devait enlever la belle Hélène,
Cassandre se trouvait a une fenêtre du palais et vit
DE LA LITTÉRATURE ARABE EN SYRIE. 475
partir son frère. Aussitôt cette infortunée princesse,
qui était douée du don de prévoir l'avenir, eut présent
à l'esprit le déluge de maux qui s'apprêtait à fondre
sur sa patrie, et en fit le récit. Le sujet est beau, si
beau, qu'encore à présent, à trois mille ans de dis-
tance , nous ne pouvons pas nous y arrêter sans émo-
tion. Le poëte n'avait qu'à exposer simplement et
naturellement les incidents qu'amenait la situation;
c'est l'exemple que lui avaient déjà donné les maîtres,
Homère en tête. Au lieu de cela , il se livre aux aper-
çus les plus bizarres, il a recours aux expressions
les plus singulières; entre ses mains, ce magnifique
sujet n'est plus qu'un cadre pour étaler une érudi-
tion mal digérée, une suite d'allusions à des tradi-
tions mythologiques effacées, une réunion de détails
géographiques dont le public n'avait que faire. Il va
sans dire que la marche du poëme est embarrassée
et que le style en est obscur : c'est ce qui lui a fait don-
ner par Suidas lepithète de poëme ténébreux. Mais, à
travers ces obscurités , on rencontre des formes élé-
gantes, des expressions dont un homme à la mode
pouvait faire son profit pour la conversation. Aussi
le poëme ne cessa-t-il pas d'être recherché; on le fai-
sait apprendre par cœur aux élèves, dans les écoles,
et il leur servait d'exercices; seulement, comme les
maîtres eux-mêmes n'auraient pas été toujours sûrs
de le comprendre, on l'accompagna de scolies et
de commentaires1.
1 H existe plusieurs éditions du poëme de Lycophron. M. Dehèquc
en a publié récemment une, texte grec, traduction française, tra
iT<> JUIN 1857.
Nasifi-al-huigi parait avoir été préoccupé toute sa
vie de ia gloire que s'était acquise Hariri, et n'avoir
• il qu'une ambition, celle de l'imiter. On a vu que
Hariri était un écrivain de la lin du x* siècle; il ha
bitait près de l'embouchure du Tigre et de l'Eu-
phrate, dans la ville de Basson. A l'exemple de la
plupart de ses contemporains, il montra de bonne
heure un goût très-vif pour la littérature de son
pays. Grammaire, poésie, prose riinee, tout ce qui
était recherché de ses contemporains l'occupa tour
à tour. Parmi tes écrits, on remarque un traité de
grammaire en vers, intitulé Molhat-al-irab , ou les
Amusements de l'analyse grammaticale1. C'est un
poème où la mesure est employée uniquement
comme moyen de mnémonique, et que les élèves
sont obligés d'apprendre par cœur. On sait que nos
pères recoururent jadis tu même procédé pour l 'en
seignement du latin, du grec, et de bien d'autre
choses. Seulement, ici, le style est si obscur, que
l'auteur toi-même l'accompagna d'un commentait-''.
Nasili débuts dans la république des lettres par
une revue critique de l'édition des Séances de Ha-
riri, par M. Silvestre de Sacy, et du commentaire
qui y est annexé. Cette Revue a été imprimée à
Leipzig, en i848,avec une version latine2; consi-
duction latine littérale et notes, Paris, 1 853 , grand in-8°. C'est t<
résumé de ce qui a été fait de mieux sur ce poème.
1 t_jLc%.3(! *jL«. On trouvera un extrait de cet ouvrage dans
Y Anthologie grammaticale de M. Silvestre de Sacy.
' Epittola critiva Masifi-al-Iasigi bery tennis , cersione latina et atlno
inlionibiis illustrai it A. F. Mebren.
DE LA LITTÉRATURE ARABE EN SYRIE. 477
dérée au point de vue adopté maintenant en Eu-
rope, elle pourrait paraître quelquefois minutieuse.
Quand les Séances de Hariri , de môme que les autres
chefs-d'œuvre de la littérature arabe , furent mises par
écrit, l'usage de l'imprimerie n'était pas établi en
Orient, non plus que dans l'Occident. Faute d'un
moyen de publication général et unique, les formes
de l'orthographe variaient suivant les contrées, et,
même, pour certains cas, suivant les individus. Ces
divergences étaient d'autant plus naturelles, que l'a-
rabe se parlait et s'écrivait sur une plus vaste étendue
de pays. Quelque chose de semblable a eu lieu en
France, au moyen âge. Qu'on lise, en manuscrit,
quelqu'un des livres français composés avant la dé-
couverte de l'imprimerie ; on verra que l'orthographe
diffère suivant la province où la copie a été exécu-
tée. C'est ainsi que, maintenant, l'on distingue les
copies picardes, bourguignonnes, etc. Aussi, Nasifî
me paraît avoir attaché trop d'importance aux ques-
tions de ce genre; mais, pour le fond des doctrines,
on voit qu'il est armé de toutes pièces , et on est tou-
ché de voir un chrétien de nos jours, un vaincu,
apporter à l'étude de la littérature des vainqueurs au-
tant de zèle et d'intelligence que les plus zélés et les
plus intelligents d'entre les vainqueurs eux-mêmes.
A l'exemple de Hariri, Nasifî composa ensuite un
traité de grammaire en vers. Le nombre des vers
est de onze cents, et aucune question importante n'y
est passée sous silence ; mais cette grammaire n'a pas
été imprimée, et je ne la connais que par ouï-dire.
478 JUIN ks;>7.
Enfin, .Nasili .1 essayé (le prendre llariri cotfl
corps, et de lutter avec lui de savoir et d'él< gance.
L'année dernière il a paru de lui, à Bevrout . un \ o
hune in-8", intitule La IU union des iU-ii.i imrs1. C
une imitation d BS de llariri. V l'exemple de
Main i„ Nasifi a mis ei scène un personnage qui p
par un grand nombre de situations différentes, et , a
chaque aventure, un second personnage apparaît ;i
point nomme pom- \ « -ir ce qui M lait et entendre
ce qui se dit, alin d'en donner le récit. Le nombre
des séances du recueil de llariri était de cinquante,
ici. le nombre est de soixante. Du reste, chaque
chapitre renferme une a\ enture dill'eivnte ; le Vi
e-t également partie en fera, partie en prose rimée:
partout régnent la même recheiche et la même élé-
gance. Seulement . N.isili . pie\o\.ml qu'il ne serait
pas toujours compris Aa Lecteur, pas même chez
GOmpau ioti s, n'a pas \ onlu lais utrui le soin
d'éclaireir les termes dillieiles, les pgaaftgej hImhis
au bas de chaque page, il y a une suite de n
dans lesquelles chaque expression peu usitée est
remplacée par l'expression cornante: les allusion- ,i
des proverbes peu connus ou à des traditions obli
térées sont expliquées avec des déreJoppetneBti pie
ou moins considérables. Ces notes fournissent quel
quelois des mots ou des acceptions de mots qui ap
partiennent a la bonne langue, et qui manquent
dans les dictionnaires mis en usage en Europe; peut
1 QjjjiJI ^6-^- H en existe des exemplaires chez M. Benjamin
Dnprat, libraire <\o ta SmsM asi;Uiqur.
DE LA LITTÉRATURE ARABE EN SYRIE. 479
être aussi il y a des explications qui ont besoin d'être
contrôlées. C'est ainsi qu'à la page 278, Nasifi a pris
le chien des Sept Dormants pour un ange du ciel1.
Le but que s'est proposé Nasifi a été, comme
l'avait été celui de Hariri, de recueillir des pro-
verbes souvent cités et d'une origine peu connue.
A cette occasion, il fait apparaître divers épisodes
célèbres de l'histoire des anciens Arabes, avec les
noms des personnages qui y ont pris part, et le ta-
bleau des mœurs de l'époque. Certaines séances rou-
lent sur des questions de grammaire, de jurispru-
dence ou d'hygiène. En pareil cas, l'auteur tâche de
condenser dans un petit nombre de vers la matière
qu'il veut voir confier à la mémoire du lecteur.
Voici un sommaire de quelques-unes des Séances
de Nasifi : le n° IV roule sur les principales subs-
tances qui entrent dans la pharmacie. Le n° VI pré-
sente les divers mots par lesquels les anciens Arabes
désignaient leurs repas, les différentes heures de la
journée et les vents. Le n°XI est consacré aux règles
de la métrique arabe. Le n° XIII offre un choix de pro-
verbes qui ont eu jadis une grande circulation chez
les Arabes, une liste des noms des chevaux qui bril-
lèrent le plus clans les courses , la liste des mets les
plus recherchés et les noms des plats dans lesquels
on les servait. Le n° XV offre, tour à tour, des vers
où les mots n'ont pas un seul point diacritique , des
1 Sur les Sept Dormants et leur chien Kitbmir, voyez mon ou-
vrage sur les Monuments arabes , persans et lur!;s du cabinet de M. le dur
de Blacas , t. f , p. 18/1; I. II, p. 60 etsuiv.
480 JUIN 1857.
vers où il n'est pas une seule lettre qui ne soit mar-
qu« | de points, des vers dont le premier hémistiche
n'a pas de points, et dont le dernier a des point à
chaque lettre; des vers <»u les mots sont alternative
ment pondu, s et non ponctués, OtC, Le n° XX 000
tient des vers qu'on peut également lira de droite à
gauche et de gauche a droite; des vers qui , loi dans
un sens, expriment une idée d'éloge , et qui lus dans
le sens contraire , deviennent on blâme. On trovtot
dans le n°X\I un poème de vingt -huit para, nombre
des lettres de l'alphabet arabe, qui offre le résume'
de toute la grammaire. Le n* XXVIII renferme
noms des sept planètes, des dou/r signes du
diaque et des vingt huit mansions lunaires1. Enfin,
comme (l.uis le recueil de II. uni. le n l.\ et der
nier nous représente le Mérea du Irtn pai
l'âge, revenu d' illusions de Ce moud-'
et aherchant un refuj ein de l'Eternel.
On voit que le genre de finesse, auquel Martial
donnait le non de difficiles nàam tient une grand»-
place dans le nouveau iveueil de Macamas. L'aul
. inte d'être , à cet égard . allé* plus loin que sea pre
décesseurs. En somme, at tans diminuer le talent
dont il a fait preuve. Nasifi me paraît avoir laissé
• eliapper une belle occasion. Ce qui l'avait frappe
le plus, c'est la place hors de ligne que Hariri
cupe dans toutes les contrées où a pénétré le Coran.
Cette place est justifiée par l'utilité toujours actuelle
1 Sur cette classe de constellations, voyez mon introduction à la
Géoyraphir J Abouljédii , p. GLSUI1 < t un
DE LÀ LITTERATURE A RARE EN SYRIE. 481
du recueil des Macamas de Hariri, en ce qui con-
cerne l'étude du beau langage. Mais cet honneur,
précisément parce qu'il est mérité , n'est pas suscep-
tible de passer d'un nom à un autre. Puisque Nasifi
avait l'ambition de se créer un rang à part, il devait
faire autrement que son célèbre prédécesseur; il de-
vait se ménager le mérite de l'originalité. Je recom-
mande à son attention ces vers du poëme d'André
Chénier sur l'Invention , relatifs aux chefs-d'œuvre
que nous a légués l'antiquité classique :
Puis , ivres des transports qui nous viennent surprendre ,
Parmi nous , dans nos vers , revenons les répandre ;
Changeons en notre miel leurs plus antiques fleurs ,
Pour peindre notre idée empruntons leurs couleurs;
Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques;
Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.
André Chénier a joint l'exemple au précepte , et il
sera facile à Nasifi , s'il veut s'en donner la peine , de
faire comme lui. Il peut, tout en imitant l'élégance
du langage de Hariri, et en conservant même son
cadre , nous transporter dans une autre sphère , au
milieu de scènes nouvelles. Pour cela, sans choquer
les idées musulmanes , qui dominent dans le pays , et
sans entrer dans les questions de controverse qui di-
divisent malheureusement les communions chré-
tiennes, il dépend de lui d'arborer l'étendard de la
croix, et de montrer sur le premier plan certains
personnages de l'époque biblique et des premiers siè-
cles de l'Eglise; il peut encore rappeler quelques épi-
sodes des guerres des croisades, ou chanter les per-
tx. 3a
IH H IN 1857.
sonnagr.- qui < » 1 1 1 I»* plus marqué dans la chaîna du
Liban (v)u«' ne \ isite i il à cette intention Jérusalem
Htbron, le Uc deTihériade , Damas, \ntioch<
ut. il doit se garder de recueil que n'a pas M
éviter Hariri. Au lieu de m confiner dam les lifui
communs e| de l'en tenir à un certain langaj
ntion, il se lajefnri toucher pat les souvenirs
que la vue des lieux aura réveillés dans ion Ame
<t :l ■ 1er dam >< i descriptions les émotion*
qu'a suscitées m lui ce magnifique spectacle. Il peu]
même, évoduanl le génie de l'Occident, exposeï
aux y n\ de iea compatriotes étonm s les principales
décoin 'H- de I Europe moderne. Il t pu
avoir jamais quitté son pays, mais du moins il i pu
contempler à Beyrout, ou même . sans descendre d<
sa montagne, il a pu voir voguer au loin les
v à trois ponts érigés en forteresses llottantes, et
les gigantesques l>ateau\ .1 \ .ip«ur se mom.mi
main débile, coinrnr un joint déniant.
Un mérite dont il faut encore sa\oir gré à Na-ili
c'est que, fide!" • l^pnt chrétien, al voulant que
son livre pût aller dans toutes les mains, il s'est in
terdit toute expression contraire à la pudeur. Hariri
ne s'est guère piqué de retenue à cet égard, et, en
général, les écrivains musulmans ne |
se douter de ce sage avis de Boileau :
l.'Arabe, clans les mots, brave l'honnêteté,
Mais le lecteur chrétien veut être respi
Du moindre sens impur la liberté l'outrage,
Si la pudeur des mots n'en adou< il I image.
DE LA LITTÉRATURE ARARE EN SYRIE. 483
Le volume se termine par un certain nombre de
pièces de vers , que les hommes lettrés du pays ont
adressés à l'auteur en forme de compliments. Il est
dit à la lin que les frais d'impression ont été sup-
portés par M. Michel Modawar 1.
Si des Macamas de Nasifi nous passons aux poésies
de Khalil al-Khouri, nous passons du vieux monde
dans le nouveau , et peu s'en faut que nous ne nous
croyions transportés au cœur de l'Europe de nos jours.
J'ai dit que Al-Khouri était.employé dans une maison
de commerce de Beyrout ; de plus, il prend le titre d'é-
fendi, ce qui annonce une personne familiarisée avec
la vie turke. Aussi ses pièces de vers sont adressées
indifféremment aux fonctionnaires ottomans dû pays,
aux hommes notables d'entre ses compatriotes qui
sont établis à Beyrout, à Alep, à Damas, à Seyde et
à Alexandrie; il y en a aussi pour les personnages
considérables de l'Europe et de l'Amérique qui sont
allés boire de l'eau du Jourdain et se courber devant
la crèche de Bethléem. A celui-ci , il envoie des com-
pliments de félicitation sur le mariage d'un frère , ou
sur la naissance d'un fils; à celui-là, il adresse des
compliments de condoléance sur la mort d'un des
siens; à un troisième, il témoigne sa joie de ce que
le sultan de Gonstantinople, ou l'empereur de Russie,
dignes appréciateurs du mérite, l'avaient gratifié
1 Le nom de M. Modawar est accompagné du prénom *Jd£ , qui
paraît être une forme altérée de JujU^^> ou Michel. On lui donne,
de plus, le titre de «v^L^ hhodja, mot qui, en Orient, se dit ordi-
nairement des négociants et des marchands. Ce titre a été donné
;iussi à M. rie Lamartine.
32.
JUIN ir:»7
d'une décoration. Parmi les hommei <ln pays, Natifi
a obtenu deux pièces de vers où son talcn! est di
mi i util t qualifie, et M. Modawar. une. pour la li-
béralité dont il a fait preuve en se chargeant des trais
d'impression du nouveau recueil des Macamas. Une
élégie particulière roule sur la mort récente d'un
Américain , M. Eli Smith , président de la Si >< dëJ i
tique de Beyrout. Quant à ceux de nos compatriotes
qui ont trouvé place dans cette espèce de galerie, je
citeraiM. If comic Edmond de Bertou etM. Alphonse
de Lamartine. M. de Bertou a plusieurs fois visité la
Syrie, et il a le mérite, dans quelques publications par
tielles, de nous avoir fait connaître le cours du Jour-
dain et quelques autres localités mieux que nous ne les
connaissions précédemment. Il est occupé en ce mo-
ment à recueillir l'ensemble des observations qu'il a
étéàmêmede faire dans lecoursdescs pérégrinations.
A l'égard de M. de Lamartine, Al-kliouri est tropjeune
pour s'être trouvé sous les pas du grand écrivain.
quand celui ci a été chercher de nouvelles inspira
tions auprès du sépul< re du Sauveur du monde, sur
les bords du Jourdain et a l'ombre des cèdres du
Liban. La pièce de vers qu'il a adressée à M. de
Lamartine est une lettre d'hommage, dans laquelle il
se met au nombre de ses lecteurs les plus empressés,
déclarant que c'est à la douce chaleur de sa muse
que la sienne s'est sentie venir à la vie. Les vers
qui suivent donneront une idée de la poésie de Al-
Khouri '.
1 Le mètre est le J^f
DE LA LITTÉRATURE ARABE EN SYRIE. 485
£—»j\ J-2À*-? LaJ«xJ) os-Éblï «X.S
^jijJII ^*J«-> civJÎ^ :>Lvx)l e^Ji*
Lk-^wI^ À-i^X^Ji ^j!«Xjs-^ t-^s»*N''
cuû,« ijUa.cS wwaxii ItKffc il^« <Xi
X_vj iLàoJ c»,»lo,C «Xi ùy»*^ à
*j\ la i»t i *)j i-Jl J,bî
4*6 JUIN 1857.
»j — « jli vi)l .il j iLji—* y-»rj->
£+& w^is> ai 1.X-V-». \>
s
Le monde , à ta brillante apparition , s'est illuminé d'un
éclat extraordinaire;
Aussitôt, Lamartine, tu t'es fait uneplace à part, et, de
par le génie, on t'a mis au-dessus de tous tes devanciers.
Montre-toi, et jette un regard sur l'univers; tu verras tous
les humains, saisis d'admiration , diriger leur doigt vers toi.
DE LA LITTÉRATURE ARABE EN SYRIE. 487
C'est ton enchanteresse poésie qui m'a entraîné à l'art des
vers; j'ai vu qu'il me faisait signe , et je n'ai pu résister à son
appel.
Tu as ouvert à l'éloquence un nouveau champ , où les plus
habiles restent en arrière de toi.
Les mortels viennent se retremper à les vers, comme les
hommes altérés de soif courent à une source d'eau fraîche.
Grâces à loi et au rang où tu t'es élevé, 1 âge présent sur
passe tous les âges antérieurs.
0 étoile dé l'Occident, ô astre radieux qui ne s'était pas
encore montré sur la terre ,
L'Orient, illuminé de l'éclat qui brille en ta personne, a
entendu les cris d'enthousiasme qui retentissaient sur ton
passage.
Mais les souvenirs ravissants qui restent de toi dans le
pays ont enflammé ses enfants d'un désir irrésistible;
Ils voudraient te contempler une seconde fois. Oh ! quelle
heureuse rencontre, si elle se réalisait!
A ta vue mes yeux seraient enchantés d'aise , eux qui sont
jaloux du bonheur de mes oreilles d'entendre parler sur tes
qualités sublimes.
Tu reverrais ces jardins charmants , ces sites admirables.
Les amis que tu y as conservés soupirent après ta présence ;
daigne condescendre à leur vœu par la plus gracieuse des fa-
veurs.
En ramenant dans, ton cœur les joies d'un autre âge , tu
n'auras plus à gémir sur le sort de (ta fille) Julia.
Elle a fini ici ; elle a fini , parce que le monde n'était plus
digne de la posséder, et que le paradis seul pouvait la satis-
faire.
Elle vit ce sol jadis foulé par le peuple de Dieu , et qui ne
pouvait plus être témoin des mêmes merveilles.
Elle prit son vol vers les cieux , et tes yeux suivirent la
nuée qui l'emporta, en versant des torrents de larmes.
Les deux derniers vers sont d'un style embarrassé ,
Il IN 1857.
et je ne suis pub sur d'en avoir rendu le sens précis.
Dans l'ensemble, on croit s'apercevoir que l'auteur,
qui est plein d'ardeur et de talent, n'a pas encore
atteint la maturité que l'âge seul peut donner; mais
il est heureusement doué, et s'il tient beaucoup, il
promet encore plus.
Du reste, il était bien difficile que ce volume ne
se ressentit pas, en quelque point, du goût qui do-
mine en Orient, et qui en (ail comme le cachet. En
arabe, comme en hébreu et en grec, les lettres de
l'alphabet ont une valeur numérale, et on peut les
employer comme chiffres. Cet usage remonte au
temps même des Phéniciens, époque où l'on ne
connaissait pas l'usige des chiffres proprement dits.
En combinant les lettres d'une certaine manière, on
petit produire le nombre qu'on cherche; en même
temps le mol qui résulte de cet assemblage de lettn M
a une valeur significative. C«t usage a été aussi connu
en Occident au moyen âge, et le résultat de la com-
binaison dont il s'agit reçut le nom particulier de
chronogramme '.
Le recueil de poésies de Al-Khoury se termine
par un certain nombre de chronogrammes, tous en
vers. Voici un distique, composé en 1 855 pour une
maison que s'était fait bâtir un habitant de Beyrout
nommé Khalil2.
1 Monuments arabes, persans et tares du cabinet de M. le duc de blu-
eas, t I, p. 88 et suiv.
* Le mètre est te même que Je précédent.
DE LA LITTÉRATURE ARABE EN SYRIE. 430
\j\ï &ï\ fc-«* Jî ^A—2? A-JLjlj
j .
A_ j l a > a» j».ji V— JL c» a a., .v. ,»
r,bî Jc-aJlA J.\_jl_^ i j^_*
Voilà un édifice magnifique, et sur l'horizon duquel luil
une étoile de bonheur.
Comme il s'agissait d'en marquer la date, j'ai écrit sur sa
porte : Voilà une demeure qui s'est illuminée de l'éclat de Khalil.
Les mots arabes , qui répondent aux mots français
soulignés , rendus d'après la valeur numérale des
lettres dont ils sont composés, produisent la somme
1 855 , année de la construction de la maison.
Les Arabes ont de tout temps aimé à marquer les
dates par un ou plusieurs mots qui, pris dans leur
valeur significative, avaient trait à la circonstance.
Par exemple, le fameux Tamerlan ayant mis à feu
et à sang la ville de Damas, l'an 8o3 de l'hégire, la
date de ce malheureux événement fut marquée par
le mot arabe kherab l, qui signifie destruction, et qui
en même temps répond, par la valeur numérale de
ses lettres, au nombre de 8o3. En Syrie, plusieurs
édifices publics, de fondation moderne, portent leur
date ainsi marquée, et les personnes qui ne sont
pas au courant de cette bizarre coutume, ont de la
peine à se rendre compte du sens des paroles. Plus
d'une fois j'ai été consulté sur quelque point de ce
genre.
490 JUIN II
ÉTUDES ASSYRIENNES.
INSCRIPTION DE BORS1PPA,
RELATIVE À LA RKSTAURATION UK LA TOUR Dl
PAR NABI < MODOXOSOR.
(Suite.)
Jusqu'ici Nabucbodonosor a parlé en tenues ge
néraux de la pyramide et de la tour; il revient, dans
le même ordre, sur les deux monuments l< s plm
mtiques de Babylone. Ce parallélisme de la rédar
tion est parfaitement conforme au génie de l'expo
sition sémitique, et se retrouve surtout dans les ins
criptions du destructeur de Jérusalem. Le lecteur
se rappellera que le roi a d'abord parlé de Méro-
dacb, puis de Nebo; il a désigné ensuite la pyramide
consacrée au repos de la première divinité, puis il a
passé à la tour placée sous la protcction*de Nebo; il
parle de nouveau de la pyramide en ces termes:
IV.
lu.
timm.
Irflt.
ka - ro al
Dotnuin
bâtit
Urne,
ultimn. mrmorir n nmiueifluni
INSCRIPTION DE BORS1PPA. 491
ï»t fcf: ï±\ 4^ ;d :sj r^i-
Ba 6i - (u X. i pu m.
Babylonis , refeci ,
t# ^T:T :rCT £ -H- & ^e ^TT-
li il. va. i - na.
finïvi : in
if ^ïï -iw- ^t ff v- 53 twi ::n^
1
- #ur - ri.
sipra,
latere coctili ,
cuprc
-i
*. *77TT
Mr«k
V^ t\\\\ a
É=TT
>7 - ii
elevan-
tiv u - a( la a. ri ! - ta a - sa
do elevavi caput ejus.
Le sens de cette phrase, dans son ensemble, ne
peut pas soulever de difficultés. Ce qui en est le
moins clair, c'est le commencement; mais heureu-
sement un petit fragment de syllabaire explique ^T
ti par ^<*T ^~ ►"-!! >~Y ti mi in-nu. Ce terme se
trouve souvent dans les inscriptions, et l'examen
des nombreux passages qui le contiennent nous dé-
montre qu'il doit avoir le sens de soubassement, ou
plutôt celui de pierre angulaire. Nous avons déjà vu
que les fondations étaient désignées par le mot sé-
mitique »tfK : le terme timinnu, écritégalement >~^>
■$*^_ 3^^> tim-mi in, est souvent régi par le verbe
poser. Ainsi l'inscription des taureaux nomme le dieu
Sandan •
IM JUIN 1857.
m i*. H - mi in. Ir. u. lit
postât l*pid«m angnl*rcm urbit il ilorau».
Nous pouvons rattacher fimt'n à la racine JDK , dont
beaucoup de dérivés ont un sens architectonique , et
nous le transcrivons fDKP. On le pourrait aussi rtp
procher de l'arabe ^ î être debout » ; mais ce radical
se trouvant seulement en irilx. il n<> nous a pas sem-
blé mériter la préférence. Nous reviendrons du reste
mu ce mot intéressant
La pyramide était le grand temple consacre aux
assises de la Terre, ou plutôt de la déesse terrestre
Cette divinité est nommée ►►— J X^X '*'"■ "■''
Nous croyons qu'elle était identique avec la Zûfpa
ml et Drh'phat des 1 >.i 1 »\ Ioniens, la puissance créa-
trice terrestre. Les deux racines sémitiques *pr et a/n,
li-tdlare, sont parfaitement identiques; l'une est la
l'orme araméisée de l'autre.
Une exposition de la mythologie babylonienne
doit rester étrangère à ce travail ; la richesse immense
et embarrassante des nouveaux points de vue nous
impose naturellement une très-grande réserve, el
nous devons nous borner ici , le plus strictement
possible, à l'interprétation du texte. Néanmoins nous
osons déjà formuler les opinions suivantes :
La déesse n»nî «relie qui fait dégoutter», celle
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 493
qui préside à la fécondation et végétale et animale,
est l'épouse du dieu Mérodach.
Elle est nommée t6n nVio , «la souveraine des
dieux», et est invoquée comme présidant aux en-
fantements.
C'est également elle qui est désignée par Héro-
dote sous le nom de AÇpoSiTy ovpavttj, et à laquelle
était consacrée la tente des filles babyloniennes. Elle
est nommée tout court arhsi « la souveraine » , et son
attribution de Lucine l'a fait identifier avec Hpa, par
Diodore et ses auteurs.
Elle n'est pas la mère des dieux, ninn TdavO , l'a-
bîme, l'épouse de Bel-Dagon, identifiée avec Rhéa
et Hécate, comme déesse des entrailles de la terre ,
tandis que Zarpanit est l'emblème de la terre fécon-
dée, et de la fécondation en général.
Elle est également distincte de Nana, la lune dans
ses trois décades, et de Istar, qui désigne probable-
ment la lune nouvelle.
La troisième colonne de l'inscription de Londres
démontre que ce temple des assises de la terre n'é-
tait qu'une autre désignation pour la pyramide,
comme la tour était nommée le temple des sept lu-
mières de la tour. Ainsi chaque sanctuaire a son sur-
nom spécial dans le document cité; le temple du
soleil est appelé la maison de l'arbitre des mondes, et
celui de Nebo, la maison de celui qui transmet le
sceptre.
Nous expliquons le terme de zikurat, n"Oî , par
u la chose à laquelle se rattache la mémoire ». Le sens
494 JUIN I8Q
se développe de la racine 131 use souvenir», bien
connue dans les langues sémitiques; les inscriptions
assyriennes nous en fournissent plusieurs faflB6fl
dont voici les pins usit»-»»,
Kal .... -)3tx »" pers. sing. de l'aor. «je mentionnais ».
"Or 3* pers. masc. sing. ibid.
î"Or 3" |>ers. DM9C. |)lur. l'Ai//.
«)3| Inlimtil
-:• /<£
Pttél. . -izTX >'* pers. aor. • j'inscrivis*.
121 «la romnifinoration. »
Nomina. -)3f «celui qui M souvient . serviteur».
^2; « relui auquel la mt'iuoir»* ».
mrtn «mémoire»
Le reste de II phrase est assez clair. Le mot agurri
est l'arabe jJr^ Inique . et les deux formes se res-
semblent jusqu'aux voyelles. L'usage assyrien coin
prend sous agurri les briques cuites.
La lettre *~1T change dans ce mot comme ail-
leurs, et dans les syllabaires, constamment ai
T^>— - T J gu ur; elle signifie donc gur.
Le terme suivant est expliqué par les tablettes <|.
Londres : nous lisons sur une d'elles :
TAK. fA. KM. <r - rv ».
* t'est par suite d'une erreur que j'ai cent en haut \upra.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 495
Le mot sipraivx rappelle exactement l'arabeyu»
« cuivre ». Ce rapprochement est confirmé par la dé-
couverte faite à Khorsabad de cinq tablettes dont
une est en cuivre. Le groupe à gauche se trouve
dans l'énumération des cinq matières différentes.
Laissons pour le moment le mot assez obscur
iillitiv, pour nous occuper de la formule fréquente
de uulld risasa XVtfitl N^N « i'ai élevé son faîte » ,
T T • T S S •*
littéralement « sa tête ». Le mot N ?3?x est l'aoriste du
T \ \
paël , la voyelle a est employée à cause du l, qui aime
assez à être précédé de cette voyelle peu sonore.
Mais iillitiv Nn^J? est plus difficile à expliquer. U
paraît naturel d'y voir un infinitif servant de renfor-
cement, comparable à l'hébreu jimon niD; le sens
serait donc «j'ai élevé son faîte extrêment haut en
briques et en cuivre ».
Cette explication est très-plausible et conforme
au génie des langues sémitiques. Le redoublement
du / nous y peut faire voir un infinitif du paël, mais
il y a une objection : pourquoi l'état emphatique?
C'était peut-être une construction pour indiquer le
superlatif, précisément comme le français le forme,
en préposant l'article au comparatif.
On pourrait penser aussi à nbv « feuille » , et tra-
duire «du cuivre en plaques»; mais j'aime mieux
prendre ce qui est plus simple.
Ce mot Nn'v'V n'est pas à confondre avec Km1?!*
« les hauteurs » , ni avec NnVy « les appartements .
niches supérieures. »
L'interprétation que nous avons donnée du mot
496 Jl IN 1857.
ttrhx est encore confirmée par des passages analô
gués. Ain>i l'inscription de Londres (col. g, I. 27),
m parlant des murs de l'acropole de Babvlone, dit :
Kuiki sitdir uullâ nsnsu.
S ut mouler elevavi caput ojus.
t V \
Le sens de noire phrase se résume donc par fat
Ntriion de Yibuchodonosor, qu'il a recouvert le som-
met de l.i pyramide d'un revêtement de cuivre. On
comprend parfaitement l'utilité d'une opération qui
devait mettre l'édifice a 1 abri du soleil et de la pluie ,
>i un us. i^o quo noib employons encore pour les
< lochers.
Après cette explication preli m inaire, le roi entame
If sujet spécial de l'inscription, la Tour des langues
Ni - «n - m' m. lit. kamami. ~
nu id : Doaiuni luiainuni VU ïtrir.
•~sïit Kzit=^.H^cfc=ciT\r>
la - ra at. Bmi
• Uni:» nirinnria- ■moamrntara tioriip;
i - pi! 0|. M
u.c.. rt\ ItlUIM 1 f«cit ,
INSCRIPTION DE BORSI-PPA. 497
42 amari. vu | za ak ki - ru, u.
(XLII jetâtes computant)
va. la. yu - ni - la a. ri }
no» elevavit caput
ekt ïï èéct. ct: ::& ^t «=ej-
sa a «a. ui - tu. Jun*.
ejus : inde a die
-TU 53 ^1 fcT- 33> ^TT ^ *#•
ri ! - fcu nt. in - na - mu u.
dilnvii dereliquerunt (eam),
É5 -p- m yi M pu -y 'tm
va. la. su - ti su ru. mu - si
sine ordine proferen-
î - mi. kilam.
tes verbum.
Personne ne contestera le grand intérêt qui se rat-
tache à cette phrase, et qui fait de ce monument un
des plus remarquables, sinon le plus important de
tous les documents trouvés jusqu'ici. Elle nous en-
seigne que la ruine aujourd'hui nommée Birs-Nim-
roud est le reste d'un édifice érigé par Nabuchodo-
nosor en l'honneur des sept planètes, et reconstruit
jx. 33
498 Jl I1H 1857.
sur l'emplacement d'une autre ruine qui , déjà à Té
poque du destructeur de Jérusalem, passait pour le
lin Être de la confusion des langues.
On ne trouve pas au Birs-Nimroud de briques
antérieures à Nabuchodonosor qui placent l;i cous
truetion de la tour de Babel à trois mille ans avant
lui. Il ne reste de cet édifice plus antique rien que
les fondations, et les pierres qu'on rapporte du Birs-
Nimroud sont d'une époque relativement moderne
Le premier mot minimisas? transcrit ic'Dx:: * nous
disons cela». Cette formule indique toujours que la
partie principale de 1 inscription va suivre.
Dans le groupe « la maison des sept lumières de
la terre », il ne reste à expliquer que le signe T^ V
dont nous avons fort heureusement une explication
directe, fournie par les syllabaires; car la compa
raison des inscriptions seule serait insuffisante. Voici
ee que dit K, i i o :
T 2=1- W± faS^
T Ifcl
mv
c»lff«r»r«
DDn
^zî::^^^t
gigntr*.
du
17K
S,
La forme archaïque du signe T T J dM
Il signifie «lumière», et ensuite « réchauffer et en
gendrer ». Toutes ces valeurs-là sont idéographiques,
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 499
et jusqu'ici nous n'avons rencontré le caractère en
question que comme monogramme; ii est d'ailleurs
très-rare , et ne se trouve guère que dans la phrase
qui nous occupe maintenant. Nous pouvons encore
citer une autre donnée du syllabaire K, 197 :
matériel plancier
ma ga ru
spliaera (fortnna). "Î^ID
L'examen de ces deux notices nous prouve qu'il
ne s'agit pas dans notre passage des sept sphères pla-
nétaires, mais des étoiles elles-mêmes. Notre opinion
est encore corroborée par le passage parallèle de
l'inscription de Londres (col. 3, 1. 67), où le mono-
gramme est suivi de Y — mi. Cette annexe, qui man-
que dans notre inscription, est très-précieuse pour
nous, parce que, comme complément phonétique,
elle indique le mot qui doit se lire ici : la dernière
lettre en doit être un m.
TJJ\ est donc à transcrire par DDn « lumière,
planète», précisément comme le chaldaïque nDn si-
gnifie la même idée. Cette racine n'est pas étrangère
au terme hébraïque nEn « soleil », ni au mot, si connu
et si obscur pn , qui veut dire une idole planétaire.
Quelquefois on ne cite que quatre lumières, celles
des étoiles qui président aux quatre régions du soleil :
c'est à ces quatre hammam qu'est consacré Arbèles,
33.
500 JUIN 1857.
taraUTOV] « la maison des quatre dieux ». ( )n lit sou
vent dans les inscriptions de Saigon :
h
a* - «<
i - *i.
M.
ar - ta
NfhMI
■M
quatuor,
Il S3
»-TTYT
j<V TTT «
HTJ tft î^T
ifa
propalil
prottr» tioutm ( lepra ) .
trans iv wiNtf ^DDn
Le nom de Borsippa est écrit en caractères idéo-
graphiques £JR~ EJ — J»-TT X^X* ^ous somn" s
■An de la valeur de ce groupe par la comparaison
de l'Inscription de Londres avec la copie qui en est
faite sur le cylindre de Ker-Porter. Là où ce dernier
donne le groupe idéographique, la pierre du mu-
sée de la Compagnie des Indes a écrit le mot pho-
nétiquement *-^- — *""TT«
llxr - :. -
D'autres formes syllabiques sont :
-h ht:: <hïï ^
i., .
-M-
Bar tip
INSCRIPTION DE BOKSIPPA. 501
La confrontation des textes babyloniens et nini-
vites montre à chaque pas la permutation de ces
groupes ; les inscriptions de Ninive ont surtout adopté
le complexe idéographique.
Le sens des trois lettres HP" ET I*"~TT ^^
est encore fort obscur. Le signe moderne fc~|»n-
dérive du caractère archaïque très-compliqué. Il est
expliqué dans un syllabaire ainsi :
Un autre donne
*m= M i
vovere ? nTï (d'où min)
ha - da - mu
balbutira ' Q*72
TETCT
eft-
pa - rak. . . .
dispergcre.
Il paraît que le sens concret de ce signe est « autel»,
d'où proviendrait, dans ce cas, la notion de consa-
crer. L'Inscription de Londres nous fournit le pas-
sage suivant (col. 3,1. i sqq.) :
1 Cette racine Q"n semble parente de l'arabe -ojj «balbutier»,
et de l'hébreu ri12 «parler sans raison », XED « prononcer, murmu-
rer». On comprend les rapports qui existent entre les idées d'autel
et de murmurer.
502 JUIN 1857.
E&-. M • Hr^- 33S=J fll -4
m<ulaA (?) «a a. mofiaA (?) iar . ra - U
Allarr i»tttd , alUrc rayai ,
bPt- -mi tm *P -t*
ir» iiap«rii
B* fl- pW* -H flfî-- -Hf CfcT-
M, naiiaa. ifai. ra»«. Marduk.
taptaaii daomm domiai Mtrudtchi ,
mu *$>■■& <*— • hu
«a. iarra. ma a A . n.
ajaod rrt aalarior (jim primas)
fe-H. €«r- taHh » h ►+ 4* »
i - «j Aaipa. i» - ri - la. »i - (i lA - tu
ii argcolo fioul QDgendo,
4? -TU H» -TU H- -H* j>f-
Aamia. au ri. Il iA - BB*.
iui<i para poodrrit
■ni - la* - ni. a <a al Ai «*.
Tattiri.
•i-no 13-1 "•hVk NiDie- n,7?3 nsie xnnc naio knl* mie
KD7D «31. toc: «sin •?# pna pris11 kddd ïk nno "iDtf
: #37tfK
Quant à g| Jt^TT. sa valeur syllabique de sap
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 503
est bien connue-, c'est même un des caractères dé-
chiffrés les premiers. Le syllabaire K , 1 1 o , a donné
raison à cette lecture, en fournissant les détails sui-
vants :
T ïï
efc=fcïï
B*=fcïï
lap - pu
vociferari (P1{<^ en hébreu? )
«a - ra
Donc le monogramme complexe pourrait signi-
fier « lieu de la dispersion des voix » ou « lieu du bal-
butiement ». Le talmud babylonien dit que le nom
de Borsippa est dérivé de v^D^ia, parce que les lan-
gues y ont été confondues; selon la traduction juive,
l'air y a la propriété de faire perdre la mémoire. Nous
ne nous sommes pas aperçu de cette qualité, et
nous faisons venir le nom de *]D y")3 «tour des lan-
gues » Le mot y"D est un ancien mot sémitique , qui
a du rapport avec 123 « fortifier » , et avec le mot
arabe çj*>, qui , à son tour, est parent du grec zrvpyos ,
apparemment d'origine non indo-germanique.
Nous aurons encore une remarque à faire au sujet
de la valeur bara, attribuée au signe fczY^JL par le
syllabaire. Il se trouve, par hasard, que le second
caractère du groupe idéographique est sap, ce qui
est assez rapproché de sip, dernier élément du nom
de Borsippa. Sardanapale a donc donné au premier
504 JUIN 1857.
signe la valeur de bura ou bar, que oe ligne n<* ja-
unis. Nous avons déjà pu signaler d'autres laits et
ce genre, et nous serons à môme d'en reconnaître
plusieurs autres. La série des homosympliones est
complète : ce sont ►— | — bar, ^t^ — bir, ^Ty
bar.
La phrase >m\ante se lit et M traduit ainsi :
su. iarru. mahri ipus.
<| i i.mi rex , intérim iv< il
• tfajr nnp moBf
Parmi les dillërentes acceptions que nous trouvons
à la racine -ino, il y a celle d (intérieur. Elle veut dire
également «mesurer», comme en syriaque; elle a
la valeur de « imposer un tribut», de « prendre », et
comme préposition, elle représente l'idée de l'an-
tériorité. Ainsi nous trouvons le terme mahriya
■nno permutant avec \)B \n "Si «marchant m -<!<•
vant de moi, avant moi », souvent épithète de ton
« mes pères ». Nabuchodonosor dit des murs de Ba
bylone qu'il avait construits (Inscription de Londres,
col. 6, 1. ah) ■
IËW- ET ^TT & *=<£• -SI -TH-
fa.
■a - «a ma. iar. - fC
qiKM
ullu, rc< anlarior
Hp.jEafsa.
non perfecirat.
•tfaar» «S nnc ne kd:d&'
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 505
Le sens est quelquefois « ie premier » ; c'est celui
que j'ai choisi dans ce passage ; car c'est évidemment
du premier roi que veut parler Nabuchodonosor en
remontant tout à l'heure jusqu'à trois mille ans avant
lui , et jusqu'au temps du déluge. Voici l'époque qu'il
fixe pour ce roi antique :
b2. - amari yuzakkiru,
XL1I. aetates commémorant.
nip no» 3D
Le chiffre k i est confirmé par les deux exem-
plaires de l'inscription qui, tous les deux, nous don-
nent 33TT. Le signe frTTTT a beaucoup de valeurs
idéographiques : un fragment de Londres lui en donne
dix, parmi lesquelles il y a celui de "inD «mesure
agraire » , et de iDif , écrite Tl Ë^-T ►►^TTT» amaru.
Nous identifions ce terme avec l'arabe j$ « âge
d'homme, vie humaine. »
Nous avons établi ailleurs que la vie humaine
équivalait, dans la pensée des Chaldéens, à deux
générations de trente-cinq ans chacune. Cette géné-
ration , le dâr t^NT A f Y, était considérée comme sept
heures cosmiques, de cinq ans chacune. Il est connu
que le cycle de sept heures solaires a donné les noms
à nos jours de la semaine. Nous devons nous abs-
tenir, dans ce travail , d'une démonstration apparte-
nant à un ordre d'idées autres que philologiques.
Nous remarquons seulement ici que la durée de
la vie humaine dans l'antiquité est toujours évaluée
506 JUIN 1857.
à soixante et dix ans. ÎSous rappelons au lecteur le
magnifique psaume de Moïse , et la belle épigramme
de Solon sur les différentes époques de lage.
Ce chiIVre de 62 âges d'homme est mis pour ex-
primer plus brièvement le grand chiffre de 2960 an-
nées solaires, qui sont leur équivalent. Du reste, il me
semble que Nabuchodonosor ne donne pas sans une
pensée superstitieuse ce chiIVre de 4a , qui se com-
pose de 6 et de 7. Le roi a pu se croire appelé à la re-
construction de la tour, puisqu'il vivait juste au
milieu de la période de 7 semaines cosmiques,
comptées à partir du déluge et égales à 588o années
solaires.
Nous savons comment ces idées chaldéennes ont
influé sur Daniel et sur tous ses sectateurs juifs et
chrétiens, et nous n'ignorons pas combien de tetes
«Iles ont tournées jusqu'à notre époque. Les malheu-
reux computs des uns, qui prouvent que le Messie
est venu, et des autres, qui démontrent, avec autant
de justesse, qu'il n'a pu venir encore, ne donnent
des armes ni pour ni contre une religion quel-
conque; mais il nous semble qu'ils excusent Nabu-
chodonosor.
Nous ne disons rien du mot yuzakkiru , qui est la
3* personne du pari de "Oï; il se transcrit nDï1», et se
traduit par «ils comptent».
La phrase suivante, la yuulld risâsa, ne peut pas
soulever de difficultés; mais la seconde exige plus
d'explications :
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 507
ultu. yum. rikut. innamû.
inde a die diluvii derelinquerunt eam.
Le mot ultu, ainsi que istu, est une préposition as-
syrienne qui traduit le perse hacâ « à partir (Je »; elle
remplace le min des autres langues sémitiques, qui
ne se trouve pas, du moins sans suffixe, en assy-
rien. La particule n#'> ne manque pas de termes
alliés dans les idiomes congénères; l'éthiopien con-
naît la préposition 0ft*/"- « dans » , et hP°; Q^h^i a
exactement le sens de istu.
Nous avons eu déjà occasion de faire remarquer
le changement en l d'un 5 radical devant t ou d, et
même devant d'autres consonnes. Ainsi, souvent
Fistaphal devient un iltaphal, et le nom des Ghal-
déens lui-même n'est qu'une application de cette loi
phonétique babylonienne; car 1D3 fut changé en T?o,
et les Grecs n'ont connu que cette dernière forme.
Souvent ce changement a rendu très-peu recon-
naissables les racines. Le terme n^N «je fis traîner
un colosse» est écrit par Sennachérib usaldad, et
on lit dans les annales de Tiglatpileser Ier llûhn pour
")tD#x «j'écrivis».
J'ai cru pendant longtemps que rikut était parent
de la racine pm « éloigné » , et, en vérité , cette même
expression se lit souvent avec le mot jour; mais
comme le vrai peut n'être pas vraisemblable, ainsi
le vraisemblable peut n'être pas vrai. Ce mot éloigné
s'écrit toujours avec un k, p , non par un k simple 3 ,
toujours rukut et jamais rikut; donc, il est permis de
conclure à la non identité de ces termes.
508 JUIN 1857.
Le mot nl,ut nous rappelle une ancienne racine
babylonienne "p*i , parente de l 'lu-bi eu pn « inonder ».
Le* lexiques arabes nous disent quetfjy était un terme
de la Mésopotamie signifiant « onde » (iùàl^Xjb £§*)<
Nous voyons dans rikut, que nous transcrivons n«n,
le terme par lequel les Babyloniens désignaient le
déluge.
• Le verbe encore inexpliqué de cette phrase est
innamu. Je le transi n ,,;1i:\ et j'y reconnais Pao
riste d'une racine on: «abandonner» , parente du
syriaque nvn, comme p: as trouve à côté de n:i,
;ro avec n:r , on: avec ncn , un avec nm , et d'autres.
Le redoublement du n . eu assyrien, se montre éga-
lement ailleurs pour compense! L perte <1 un h. Ainsi,
au lieu de in::, on éerit -)M.
On pourrait penaer i transcrire tik:\ en rappro-
chant le mot assyrien de l'arabe ^U «abandonner»;
mais nous allons renoncera cette laumilation , parce
que le redoublement du n serait alors plus difficile
i expliquer.
La phrase suivante est très-difficile, à cause des
monogrammes qu'elle contient; on trouve généra-
lement que les Babyloniens écrivent d'une manière
plus archaïque les passages auxquels ils donnent plus
«I importance, et cette habitude n'en rend pas l'ex-
plication plus aisée pour nous. Nous répétons la
phrase :
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 509
-Ë=J. M ^T M *%** s^ïï W C^
/a. i« (i - lu /u. mu - |t - ? - mi.
sine ordino proférantes
jiaiû. pilnu.
verhnm cogitationis.
Les deux premiers mots sont très-clairs : sutisur
est l'infinitif régulier de l'istaphal de iwx, ou icn ,
et signifie « diriger, présider à ».
Le mot n'est pas obscur, et s'emploie toujours
dans cette acception. Souvent la phrase : «Nebo a
chargé ma main du sceptre de la justice » est accom-
pagnée de$. mots :
a - na. tu - ti - tu ur. ni si
ad regendos domines
Sargon nomme Nisroch (Inscript, des Taureaux,
1-99):
-^ ^î ^ T H>— ^ ~
mu u# - ti - tir. nak - ii.
dirigens nuptias.
Le même roi demande à Ninip-Sandan :
510 JUIN M
4 EN- ^ tJ <ÊL M W <H ECJÏ-
rami. m u - ki. ta (i - i: . r«.
I« tion»m («ralomn JinK^
Nabuchodonosor prie Mylitta :
m ^t ih -tu- ^t ::ot ewt £*•
fttniim pjrtuhu.
L'emploi du négatif ItS devant un infinitif ou un
substantifqii'l» cri(j ne, avec la signignilicii lion iaj
n'étonnera pas les personnes un peu familiarisées
avec le génie des langues sémitiques. Nous pourrons
donc traduire la tntisnr "itf\"itf NV,par: « sans ordre .
en désordre, confusément».
Le mot musiimi est déjà plus difficile à analyser.
La transcription exacte serait ••Dyso, et un paël ré
gu lier de Di%X; mais, à part un mot éthiopien dérivé,
rette racine manque a toutes les autres langues de
Sem, et nous devons chercher dans leurs diction-
naires si l'on n'y trouve pas la même racine sous une
forme un peu modifiée. Nous Connaissons l'étroite
affinité du ï et du 2 , qui permutent en assyrien
même. Or, le mot dvt répond exactement à l'idée que
semble exiger l'ensemble de la phrase. En arabe.
0-£j signifie « opiner, dire r ; ensuite : « parler avec
hésitation , balbutier, parler comme on fait quand
INSCRIPTION DE BORSIPPA. Ml
on est en colère » ; d'où l'hébreu adopte le sens de
« être indigné » .
Que l'on rapproche l'assyrien dvîi de l'arabe *jt)
« parler » , ou de +èj (à la 9e forme *i^i «balbutier»),
le sens reste essentiellement le même.
Nous traduirons donc ^Di^D par proferentes, bal
butientes.
Les deux dernières lettres de cette phrase sont
* T jf ^rT4!.'/. SA présente un groupe composé de
deux monogrammes, dont les syllabaires nous four-
nissent l'explication. Le syllabaire K , 1 1 0 , si souvent
cité, porte :
î Ï3ï
ïï
(«)
ZH
:=ïï
ka a - in.
fornix , 3p
ha - 1m
loqui , sermo.
np
La voyelle * Ti l a donc les valeurs idéographie
ques de voûte et de langage. L'une n'est dérivée
de l'autre que par la similitude des mots assyriens ;
il est possible que ^Tf ait Ie son phonétique de kip
1 On se rappellera que le groupe ►»-T ~Tt traduit le perse
açman « ciel » , et se prononce , en assyrien , 1J3E7 « ciel ». Nous avons
dit que ^>-T signifie Dieu , et |T voûte , et que le sens du groupe
est «dieu de la voûte», ou «dieu -voûte». C est ce même passage
qui nous a fourni le sens donné plus haut.
312 JUIN 1857.
ou kup (kap étant déjà représenté), quoique nous
n'ayons pas <le preuves pour cette assertion.
Le même syllabaire nous fournit la râleur de ^V
en babylonien , qui s'écrit ^=TJ et ^=f[ en assyrien ;
nous lisons :
T ^Tïï
mm «
T vif
$• »
m
m
fl t - KM
eopitatio. ÎOr
Le syllabaire K, b\> . i l'indication suivante :
vT*
rTT
t£ HW- *T- [&4T -^
fojiUtio
|Bl •-;-
Un autre syllabaire, encore du Musée britan
nique, explique le caractère ^JJ p*f pàno; donc il
n'y a pas de doute sur l'exactitude de notre intei
prétation. Nous rapprochons |OD de l'arabe {Ji^i «in
telligere, cogitare », et cette assimilation est justifiée
par le synonyme Wl « meditari», que fournit K, 62.
Quant à la signification de « parler », attribuée à 12p.
elle résulte des inscriptions trilingues, où È^1
| " *■" • ikabbi, ^3p\ traduit le perse thâtiy «il
dit ». Gaubatiy « il se nomme » est encore interprété
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 513
par *-J««y^ **>— tTTTÎ ikbù I3j?\ et le passif athahya
« il fut dit » se trouve dans l'assyrien exprimé par le
niphal ï3g\
Nous avons expliqué les deux caractères *~Z~}
^=T*Y séparément par « expression de la pensée » ;
mais il est évident que ces deux signes ensemble
forment un groupe idéographique dont le sens est
«langage, parole». Nous ne savons pas au juste
quel son représentait, en assyrien, cette combinai-
son; mais nous pourrons toujours la transcrire Jty5?,
dVd ou "131, sans nous exposer à une erreur bien
grande. La preuve de l'emploi de ce groupe, comme
expression idéographique , se trouve^dans une inscrip-
tion deSardanapaleV, actuellement auLouvre. Le roi
d'Assyrie est représenté tenant unlion parles oreilles,
et au-dessus de ce bas-relief se trouve une inscrip
tion où ce même fait est expliqué. Ce texte nomme
la lance du roi
kilam. . ka - ti - va.
verbam marins meœ.
Cette dénomination paraîtra étrange de prime
abord; mais elle est caractéristique, et même expli-
quée par les autres langues. En hébreu, la première
signification de *m est « percer, tuer » , et c'est de
cette acception que vient 131 « la peste, la mort su-
bite », occasionnée par la lance meurtrière de l'ange
de la mort; comme l'arabe y^Uo « la peste» vient
ix. 34
514 JUIN 1857.
de (j*!» « percer i). La même rann«> nih a éaéuita bj
signification de u proférer un son, parler», d'où le
mot si commun "on « la parole ».
En arabe, le verbe /Jtf, d'où viennent -^ et l'as
syrien cV: « la parole », veut dire • blesser » -, en latin,
le mot verbum ressemble beaucoup à verberarc.
Le roi d'Assyrie, qui appelle sa lance la parole
de sa main, reflète dans son expression le génie àfit
Arabes , qui se servent d'images analogues pour dé-
signer leur arme; et il nous a donné une preuve
de plus pour traduire la phrase de Nabuchodonosor
ainsi qu'il suit : i confusément proférant leurs pa
rôles ».
L'inscription continue ainsi
VI
^ Mf <XT- <VB EETT Tf E^
/■ ■« • *«•. «a. ra a - lia
-
Mot»» tm» g lonitrn
n - «a ai - «n ■ • '• - «i M
dUpemnat «rg.lUn.
::m mi- r* <y-î ^=tt — ttj-
ht - «a. • - 9* ■»■ - rl •
na* : Ittercaqae coctile*
-4
aA - /a B& - ti - M. Bf> -
l«.<nmtnlnruni pjui
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 515
ta at - ti ir. va. H - bi it
(liffiderant : irfçill.i
•fi H *H g: m- %\ m % p-
ti. tu in - mi - M. is - s« - pi ik.
roolis interiori» •• tl'us.t <>rat
^ -H ^ ^T-
/o - M
in colles separato.».
Le sens de cette phrase intéressante est très-simple,
et explique parfaitement pourquoi la tour des langues
a été détruite si peu de temps après sa restauration ;
il guidera ceux qui entreprendront, sur l'emplace-
ment même, des recherches ultérieures. L'antique
édifice était bâti comme presque tous les temples et
les murs de Babylone du temps de Nabuchodonosor :
le massif et les fondations étaient en briques crues,
et les revêtements en briques cuites. Ce genre de
construction a été la cause de la destruction de la plus
grande partie des murs de Babylone. On arracha les
revêtements afin de les utiliser pour des construc-
tions nouvelles , et la terre , n'ayant plus alors de con-
sistance, retomba de chaque côté dans les deux fossés
dont elle avait été extraite.
Le mot zunnuv vient d'une racine ]zt , qu'il ne faut:
pas confondre avec cette autre qui se compose des
mêmes lettres, et qui signifie «reconstruire»; celle
3/,.
516 JUIN 1857.
qui nous occupe est identique à S^t, connue dans
les autres idiomes sémitiques comme désignant la
notion d'ébranler, d'où l'arabe *i>3; « tremblement
de terre ». Quoique le changement de n et / ne soit
pas des plus fréquents dans les langues sémitiques,
on en peut prouver l'existence d'une manière incon-
testable; les exemples les plus frappants sont les rap-
ports de l'arabe ^»o avec l'hébreu et l'araméen D7S ,
de |y7, avec l'arabe vulgaire Jjù; nous citerons aussi
ap: (en assyrien « nommer») , et <-«oi), mvi et mvb ,
rru et ©n*?, etc.
La parfaite ressemblance des deux racines assy-
riennes ne nous étonnera pas plus que l'identité ap-
parente des deux mots français buer; nous savons .
du reste, que beaucoup de racines sémitiques, di!l<
rentes dans l'origine . montrent surtout en hébreu le
même phénomène de fausse identité. Quelquefois
nous nous trouvons aux prises avec des difficultés
d'interprétation ; par exemple , le même mot se trouve
dans la phrase suivante de l'Inscription de Londres
(col. (i,\. 57):
if ^n ht >*■• ^y btc^be
A - «a. Ha. ma • ta at-
D«» As
33>
ai ta.
bit -
du.
i - m
domum
suam
in
1
as
EC
mi
iortiter
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 517
ht Mff <hï. ^ <*►**- jef. & ^n
20 un - nuv. un uh - «i. i net.
vaticinationis in
mol - jra.
terra mea ,
Bar - xi - pa
Borsippis
r. ah - nav.
aedificavi.
tfosy ndd-13 mc iDn^n ■•no w Ktfn: n:ï îjt^d kîii în
Ici on ne voit pas clairement si le roi veut dire :
«J'ai bâti à Borsippa une demeure au dieu Ao,
qui a fait rétablir sa prophétie dans mon pays » , ou
bien si le sens de la phrase est :
«J'ai bâti à Borsippa une demeure au dieu Ao,
qui suscite le tremblement de terre de la prophétie
dans mon pays».
Les deux interprétations vont également bien,
puisqu'il s'agit d'un temple d'El-Ao (Rronos.). Le
dieu Ao est le gardien du ciel et de la terre ; il pré-
side aux inondations, aux tremblements de terre, et
à tous les cataclysmes possibles; en même temps,
il est dieu du wm , de la vaticinatio, de l'auguration ,
518 JUIN 1857.
et dans cette qualité, il parait aussi dans le nom de
Belochus , Hu-lihhus, &nh~Nir\ , « Ao bene auguretur >\
le prototype du nom parthe Vologèses.
Nous citerons tout à l'heure un passage d'une ins-
cription de Sargon, où le mot zunnu a également le
sens de u tremblement de terre ».
Le mot ràdu, au contraire, ne soulève aucune dif-
ficulté; l'hébreu ~-- s'emploie pour tremblement de
terre, l'arabe «Xxj pour tonnerre. L'inscription dé
Sargon dont nous venons de parler nous démon-
trera qu'il faut opter pour la signification donnée au
mot par les Arabes.
Le verbe j'tma&à se transcrit îcr , et est paël régu-
lier d'un verbe noa «disperser», parent de l'arabe
Jy->, qui a cette signification, et de l'hébreu x&:
m élever, enlever, soulever ». Probablement cette ra-
cine est également alliée à l'hébreu du « fuir » , de
sorte que le mot implique la nuance de faire fuir.
L'idée de tenter, que ne: a en hébreu, est aussi
commune à l'assyrien; mais eYst un verbe dill'iivui
dont nous connaissons le participe du paël nuiniiii
"*DJD, par les inscriptions de Sargon; le monarque se
nomme tentateur de ses ennemis.
H est évident, d'après la loi générale des transfor-
mations, que l'arabe (£j supposerait la forme assy-
rienne nui ; mais n'oublions pas que, pour cettemême
combinaison de lettres, il se présente une irrégula-
rité; le verbe porter se dit sûrement HUZ en hébreu,
et KÛ2 dans la langue de Babylone.
Le mot libittu est formé de libintu, comme man-
INSCRIPTION DE BORS1PPA. 510
datta est une déliguration de mandanta «tribut», et
comme l'inscription de Nakcb-i-Roustam (1. 27) a
tumaéissunut « tu les reconnaîtras » , pour tumaêinsu-
nut; les racines sont ph , pJ , |DD. Le mot ph est com-
mun à tous les idiomes de Sem , et indique l'argile
non cuite; encore aujourdhui les Arabes nomment
(;jvJ la matière dont sont bâtis les soubassements du
Birs-Nimroud. La langue assyrienne connaît beau-
coup de dérivés de cette racine, nous citons :
Kal. 1327^ " ils moulèrent des briques ».
ph «mouleur».
Shaphel. p*?#x «je fis mouler ». (Inscript, des taur. 1. 65 :
Nfi27 pbttfN «jefismoulerdes briques».)
nJ27 «brique».
p7 Idem.
13373 " œuvres en briques ».
Le monogramme pour libitti « brique crue » est
ySfr-fc — , et il sert en même temps à exprimer et le
verbe pb , et une autre racine assyrienne nir? « dis-
poser les briques, mesurer1». Ainsi ce signe est
1 On comprend cet enchaînement d'idées , quand on se rappelle
que la brique babylonienne représente la surface d'un pied carré.
Ainsi , Diodore de Sicile parle, dans sa description de Babylone, de
trois cents briques comme d'une mesure de longueur. Le mot ,"137 se
retrouve dans le mot 37D «relèvement, quadrature». Il paraît que
cette racine n'est pas étrangère à l'hébreu 37 « mesure de capacité » .
ni à l'arabe J.» « entrer », d'où -^v^Lm «insertion», et J.& «place
carrée».
520 JUIN 1857.
expliqué par malgu u'jd, dans le syllabaire coté
K,i97.
Qu'il me soit permis de faire ici une digression
qui, à la vérité, s'éloigne de notre sujet, mais qui se
rattache à ce monogramme; elle a de l'iutt rct, parce
que le caractère que nous discutons peut seul nous
servir à fixer le commencement de l'année babylo-
nienne; il nous apprend à assimiler les mois chal-
déens à notre comput des temps, et à comprendre
ainsi les noms de mois perses contenus dans lins
cription de Bisoutoun
Je m'explique.
Les dates des textes perses y sont traduites par les
mois babyloniens exprimés par des groupes idéo-
graphiques; le premier élément en est invariable
ment la lettre ^f , dont les formes néo-assyrienne
et scythique sont *~f et ►-* 4^4f- ^e caractère
babylonien lui-même provient de llii-ro^Iyphe O
«soleil, jour», dont la forme archaïque est \\, et
dans laquelle on a inscrit le chiflre 3o.
Les tablettes de Sardanapale donnent 1rs exfpfi*
sions pour les douze mois dans leur suite. Nous ap-
prenons ainsi que le perse Viyakhna correspondait
au douzième mois des Chaldécns , Anâmaka au
dixième , Athriyâdiya au neuvième , etc. Malheureuse-
ment, nous n'avons de pareilles données qu'au sujet
de cinq mois, parce que la traduction assyrienne du
texte de Bisoutoun est dans un état très-incomplet .
quoiqu'elle suffise pour fixer, à peu près , la suite des
neuf noms de mois conservés par l'original perse.
INSCRIPTION DE BOKSIPPA. 521
La première question est : quelle époque de notre
année correspond au commencement de l'année ba-
bylonienne? Nous avons un nom perse , celui de Gar-
mapada « temps de la chaleur » , dont l'équivalence
chaldéenne aurait pu résoudre ce problème. Mais
c'est précisément dans les deux passages où le texte
perse cite ce mois, que la traduction assyrienne nous
fait défaut; et ainsi, il n'y a que le monogramme
figurant en haut qui puisse nous prouver que l'année
babylonienne , comme l'année civile des Juifs et des
Persans, commençait avec l'équinoxe du printemps.
Le troisième mois est exprimé par i *y Yy^fc
« mois de la brique », et nous en trouvons l'expli-
cation dans le cylindre de Sargon. Ce passage est
d'autant plus curieux , qu'il est unique , si nous en-
visageons le but qu'il se propose; l'inscription veut
indiquer pourquoi le troisième mois s'écrit par les
signes « mois » et « brique » : c'est donc une leçon de
déchiffrement qu'il donne. Nous supprimons seule
ment les épithètes de Sin (1. lij et 48) :
« - na. arah. si i - ran. arah. H in
In mense siran , meiisc elevationig... . . .
Sin. sa. i - na. si - mat.
Luni , quem mensem in obedientia
M Tf OA- Hïï ETT- <HHT- -HT XM ïï ■
A - nuv. BU. au. * NU - ruk.
(Jauni* Beli-Dagonis rt Nitrochi
Hi JUIN 1857.
- - - - - a « 11 la - ia «»
t>«? fo a? ÊfK HClf- <HIT[- ^M-
lUitti. i - *U. îr. au. fci'l.
Uterum id ron»tru«n<lim urbtui el Juiuum .
• - ■ «a - bu . a. $mm - «a
MlBSS» LAT1R0N BOUtoavcrunt ( homme» nomen •]•!
ce ^TT- 4tMtt=l
;«m. >U>. 4P.
Jic (?f)
tJT^ o- q ^tt- .»■ ^Tî t5f »wïï-
h - <a/ - 61 - «a. /«i - «a u - Va.
Sugi juMi IkUrai fjiii.
w îhoil Vsa m nyDtf încS pd -p m» p^x mx jn
w> îNOtfotf la: k:3? ma rrai nv #av ^a? p"?
\ ■ i \ •
: lonp1? pVtf n
En français :
a Dans le mois de siran , de l'élévation du dieu
Sin, lequel mois, d'après l'instruction des di<u\
Oannes, Bélus et Nisroch est désigné par le nom du
mois de la brique, parce qu'on y moule des briques
pour la construction de la ville et de |a maison; If-
jour je fis mouler des briques. »
Le troisième mois du calendrier syriaque et arabe
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 523
chrétien se nomme ^j-jj-»- , peut être identique à
l'assyrien jTîrmK; c'est le même mois que les Juifs
nomment ]"PD , nom qu'on pourrait rapprocher de pD
«argile ». Il correspond donc à mai et à juin, et ces
deux mois sont justement ceux où les eaux de l'Eu-
phrate et du Tigre , accrues pendant mars et avril ,
commencent à baisser. L'état de la terre, abandonnée
par le fleuve , permet alors de mouler des briques
que l'on fait ensuite sécher par le soleil déjà ardent.
Cette époque de l'année réunit les deux avantages
signalés, et il n'y fait pas encore assez chaud pour
que la brique crue se fendille, ce qui arriverait si
on la faisait sécher en juillet ou en août.
C'est aussi vers le solstice d'été que le zodiaque
monte pour se rapprocher du zénith. Ainsi nous
avons la preuve que le troisième mois correspond à
mai et juin; donc l'année chaldéenne commence
avec l'équinoxe du printemps, et nous pouvons enfin
comprendre le calendrier des anciens Perses.
Après cette digression, retournons à notre texte.
L'intérieur du bâtiment primitif était en briques
crues, les revêtements étaient en briques cuites; cette
matière est exprimée par le mot agurri^m. En effet,
l'arabe j=rK vocalisé comme le mot assyrien, in-
dique la même notion , comme nous l'avons vu déjà.
Nous lisons à chaque instant, dans l'Inscription de
Londres, la phrase in kupri a agurri, ce qui veut dire
« en bitume et en briques ». Le mot agurri se trouve
aussi écrit par un groupe de monogrammes que nous
voudrions expliquer de la manière suivante :
524
JDIN 1857.
UBNAT. AL. GVSVR. RA.
argiila jimilU ■' trtbi complimmtur
agnrr
Nous lisons aussi dans un syllabaire :
^«=►14
TU.
uitut >
TfMT-
Uter coctili»
t>«= Hl ; ïï v- *œ trm ~t-
Tl/V
idt qai
ta - lit - I
npwi» coocimerati
4-r îtv-^^ï::^i::^ï
8 liit
«a. «a
id. qui
poimentorum ?
Le terme suivant est tahlubti, d'une racine 37n, qui.
en assyrien seul, a la signification que nous croyons
devoir lui attribuer. L'acception première semble être
celle de « laminer » , ensuite celle de « plaquer » ; c'est
dans ce sens que nous retrouvons ce radical dans le
mot grec xa'^^ (< acier ». La copie de l'Inscription de
Londres qui se trouve sur un fragment de baril de
terre cuite (voy . Ker Porter, t. II) , remplace le mot
usa in ]v»t< «je plaquai», par le terme nhallib 3?nN:
c'est la donnée la plus instructive que nous possé-
dions sur le sens de cette racine.
Le mot tahlubti TaVnri se trouve dans des passages
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 525
où il ne peut avoir que le sens de «revêtement».
Ainsi nous le lisons dans les inscriptions de Nabucho-
donosor, qui exposent la structure des portes de la
ville et du palais de Babylone; il y est question des
tahlubti zabar « garnitures de fer » , des portes cons-
truites en bois de cèdre.
Les inscriptions assyriennes ont une expression
très-commune pour exprimer l'achèvement complet
d'un édifice ; c'est celle que voici :
CiT* S à & I- ïï JS£
ni - tu. ut ti - ta. a - di.
inde a t'undamentis ejus usque ad
tak - lu - bi - sa.
tegumenta ejos.
itfnVnn ni? }$?£* rhx
C'est cette phrase , très-fréquemment répétée , qui
m'a engagé à admettre l'existence d'une racine aVn ,
tandis que j'étais d'abord porté à grouper autour de
ï^n , v-iX*. , les termes dont nous nous occupons ;
mais l'hébreu lui-même n'est pas aussi étranger à
cette racine qu'on le croirait de prime abord. Le mot
aVn « graisse » n'indique , selon nous , que la couver-
ture, l'enveloppe du corps, ou du moins il est pa-
rent de ce verbe , qui veut dire « revêtir ». L'idée de
«lait», dont l'expression sémitique dérive de cette
même racine , n'est qu'une notion secondaire , et dé-
veloppée de celle de graisse.
3Jft II IN 1857.
Le mot suivant ne nous fera pas de dilliculté. Up~
tattir "Hanc est la '$' personne de l'iphtaal de "ibd ,
en hébreu « fendre, rompre ». -itSD veut dire « la iU
sure »; de là la primogéniture s'appelle |B3 ">bd, fissin
uteri. Et puisque le déjeuner romp le jeûne , la même
racinejJa» veut dire, en arabe, «déjeuner». Voilà
un exemple bien clair et incontestable dune modifi-
cation , en apparence capitale , dans l'acception d'une
même racine.
En assyrien , le verbe ")DD désigne , comme en hé
breu, la «fissure matérielle »; cette notion est expri-
mée par le signe >-£iiTTT gir, ou par le monogramme
complexe >-T«Y^<4È:^. Il sera maintenant oppor-
tun de citer toute une pnraâa de l'inscription de
Sargon , trouvée à Nimroud, dans laquelle ce roi rend
compte de la restauration d'un bâtiment fondé par
Sardanapalelll. ( Là tard, pi. XXXIII, 1. i3sqq.)
/ - a«. /■ - mi <■ kekal.
li »o Inaprirr n..!.itiinii
ti «an b=ïï s£ ëh -nr mtï fh
dup ra ai. «a. h il - ia.
eapr'winum quoi)) ut lui CiUcli ,
BH- h w ECT Bn5^ HfTÏÏ- ff m
M. ■ i.l.l. nn* - palla. ntf.. a - to.
qaod Sardinapalua .|o»iii .
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 527
«= ^ ter- 1^ ^n- «^ ^r •
pa - ni - ya. i - na. pa - na.
■Mili' me antiquiore tempore
^f y- m- ê=h- :rm- ^i Tf :M;
i* - 6n su. sa. lit. su - a - tu.
fecerat, cujusque domus (ejusdem)
us - su - su. ul. dun - nu nu. u - va.
fiiiiilainciitiiiit sine fortitudine ( erat ) , alqne
^=tf • ^ïï Mïï fe- im M -TW-
i7i. îu un - ni. a/r - (ta - ri.
propter motus terraî
ti - sir. sadi. ul. sur m su - da.
qui tollunt montes, sine profunditate (erant)
:3T EH ïï L t£E .-M- Oïï Jfjfe
i.< - da a - sa. i - na. ra a di.
lapides angulares : in tonitru
ti tf. sami. an - Au ta.
ex inedio cœli , superbia
/a - (i ru - (a. i/ - /i*. va
anterior «bierat,
528 JUIN 1857.
^ tfflT £TT- fcïï tf= ^ïïf • EJ
ii - lit - im. ip - pa (ir v«.
tr»b» «)«' Ii««j tral.
'» "fol tt") ï6D-K3T"1DKtf •rftatf '31D1 ^îl N1# KDS 7K
Kipy ^t ^y ut («Mai h* itftfx xnxû rvstf • #3ir N3D în
NtrnnjK ^Dtf in nhjt ïk office Kitf-itf Vk ^iff isd
I 1- •- '• T I - ' • ri- T\:\ \
OBD* IDODtf ♦l^ Nm3i^
... . . . !.. t N. . .
« Dans ces temps (j'ai restauré) le palais de cyprès
dans la ville de Calah , que Sardanapale , le seigneur
marchant au-devant de moi, avait construit avant
ce temps; mais dont les fondations étaient sans so
lidité, et dont les soubassements étaient sans profon
deur, à cause des tremblements de terre qui soulèvent
les montagnes; par le tonnerre du ciel, l'ancienne
magnificence s'était éloignée, la poutre avait été
fendue. »
Le mot ippalir'ïW' est le niphal du même verbe
">BD que nous trouvons à l'ipbtaa] (avec la seconde
radicale redoublée) dans l'inscription de Borsippa.
Ici, comme souvent en assyrien et en arabe vulgaire,
le masculin de la 3e personne est mis où une rédac-
tion plus sévère aurait employé le féminin.
La suite naturelle des phénomènes signalés était
l'éboulement de la terre qui formait le massif des
1 J3T est l'infinitif 1)11 paël de ?J"J, comme Tttf")^ est l'infiiuti!
du shaphel de "H?*l «creuser profondément, affermir».
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 529
tours de l'édifice superposées les unes aux autres. L'é-
tage constitué par cette tour est nommé kummu , qui
vient de la racine commune à toutes les langues sé-
mitiques DDp , mp « être debout » ; il existe donc entre
le verbe et le dérivé assyriens la même connexion
que celle que nous apercevons dans les mots fran-
çais étage et latin stare.
Mais comme cet étage est principalement formé
par un massif, kumma est opposé au revêtement, et
acquiert dans ce cas la signification de massif; c'est
ce que le père de l'histoire désigne sous le nom de
zsvpyos alepsos, dans sa description de la tour de
Babylone.
L'idée de l'élévation, qui est inhérente à la racine
mp ,rend très-naturelle la dérivation de la notion de
tour massive; aussi la langue de la Bible prend-elle le
verbe bl3 « être grand » , pour en former le mot VlJD ,
désignant l'idée de tour. Nous retrouvons le même
mot plusieurs fois dans les inscriptions; elles disent
que Nabuchodonosor bâtit sur les murs mêmes de
Babylone une tour pour y demeurer. (Inscription
de Londres, col. 8, 1. 5li.)
m ^n -3H sj <h m- m «7 r^-
I - na. ri î - si - »u. ku um - mu.
In fastigio ejus turrem compactai» (molem)
ra - ba a. a na. $n - ba at.
magnai» ad sedera
ix. 35
50 JUIN 1857.
imr - rm - U - >«. - ««.
maJMUtit mtm in
Zita uj>
bitumin*
•a. « - J«r - ri.
•1 lalrribn.
«a - mi
fum opuUnli»
i' - /m «J. M.
tfptf naKi kidd tk w>d mtf fK mi «Dp îtf 0m |n
Les Ninivites, plus exacts que les Babyloniens,
auraient écrit le mot * * * " cêJTT ^î^ kumma;
mais nous savons déjà que les Chaldéens anciens,
comme ceux de nos jours, adoucissent autant que
possible la prononciation si dure du p.
Il ne nous reste à expliquer que les deux mots
vtsapik tilanis tfjVn JHh. Le premier terme est le
nipbal "joc? « eflundere , verser » , qui est commun a
toutes les autres langues sémitiques. Nous connais-
sons encore d'autres formes de ce verbe, entre autres :
Kal. "^DtfK «je versai».
Iphteal. ^DDtfK H-
Iphtaal. ^DntfN «je Us verser».
Nomb. "îcef «locus in quem effunditur».
Le mot tilanis est un adverbe en anis de til « col-
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 531
line » , l'arabe Jo , l'hébreu *?n « colline » ; il signifie
«en formant des collines». Nous citons delà même
formation les adverbes suivants :
0 J1DD « avec dextérité ? »
#J"I# « avec force ».
2?3D1D «sur des tuiles?»
De toutes les parties du discours, les adverbes
sont les plus difficiles à traduire , parce qu'ils expri-
ment rarement une idée complètement indispensable
à l'interprétation du sens en général; cet obstacle se
présente pour les trois termes que nous venons de
citer, tandis que l'adverbe de notre texte est facile à
expliquer.
Continuons :
VII.
ïï 34: £3 :=: <t- S* — ^
A - na. i bi si - su. bil.
Ail perliciendam eaia «lomiuus
eect can 4- £±L — t cm
rahâ. Marduk.
magnus Merodachus
yu - sa of - ia an - ni. fi il - ba.
incitavit mihi cor :
i? mx <wu 8b- -m- éfï & 0'
« - sa or «a. /a. î - ni. va.
locum «jus non amovi,
35.
532 JUIN 1857.
oA
violivi
*i c -n ^w-
ti — mi ■'■ - la.
lapidam anguUram ejui.
Dans la première partie , il n'y a rien qui puisse
nous embarrasser; c'est le mot yusatkanni qui seul
présente des difficultés. Je le fais venir de nsn , qui
se trouve une fois dans la Bible. La phrase yb^b idd
(Deut. xxxni, 3) est ordinairement interprétée par:
i ils se prosternent à tes pieds. » Il paraît que la ra-
cine nsn signifie d'abord «s'adresser à quelqu'un,
inspecter » , ensuite dans le paël , « diriger quel-
qu'un», au shaphel «engager».
Le kal se trouve dans la phrase souvent répétée :
Huit (>).
mmmoiuya.
al - Ai' i.
•ir.lin.'t
•larcittu mai
inipaxi.
: *3iw ^dn nmc
• 1 - t • - \ T 1 •
Nabuchodonosordit des dieux (Inscr. de Londres,
col. i , 1. 6i ) :
«*= tjH A 3T- # ^ ►Mt SU JU-
fa a/ - Ai it. yn - 'a - t* - An - »o.
lu pi«tjit lirnerunt eam.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 533
Le même roi s'exprime ainsi dans l'inscription du
baril de Bellino :
A - na. Mavduk. i - lu. ha - ni - ya.
Versus Merodacham dcum genitorem meum ,
**= tm A 531, *P £J ►Ifcfc^-
pu al - Ai i«. u - ta ai - tu.
in pietate direxi (populam meura).
11 y a dans ce dernier passage un p , au lieu du 3
qui se trouve même à Ninive; c'est pourquoi nous
avons considéré le 3 comme la véritable lettre du
radical.
La forme ^Dn^'1 est le shaphel , avec le suffixe du
régime de la ire personne «il m'a engagé».
Le mot asar itfx « lieu » est un de ceux dont la
signification est le mieux établie. D'abord , il se trouve
à Bisoutoun et y interprète le perse gâthu, ce qui est
le persan «u « place » ; mais ensuite nous connaissons
le chaldaïque "inK et l'arabe^Sl, qui ont le même
sens. L'hébreu ")2;n n'y correspond pas exactement ,
et se confond en assyrien avec la racine W\ Il y a
la signification de « lieu et direction » , qui s'est dé-
veloppée de la notion de lieu véritable «justesse»,
précisément comme du mot directas, qui a une signi-
fication générale , se sont formés dritto et droit.
Le nom de l'Assyrie n'est pas venu du mot qui
nous occupe; il appartient à la racine hébraïque ~)W,
534 JUIN 1857.
qui se retrouve dans l'arabe^-*^. H veut dire le pays
de la gauche, comme Iémen signifie pays de la droite;
la Phénicie est nommée , dans la langue de Ninive ,
Aharri u la terre du derrière » , et neged { Nedjd) « celle
qui est devant», c'estl'Orient. On voit, par cette simple
explication philologique , que le siège originaire des
Sémites a été dans l'Arabie.
Le mot ^jTf * ^ ini se transcrit vjn, et je le
fais dériver de snj « mouvoir » ; la phrase constate
simplement le fait que le roi ne changea pas l'em-
placement de l'édifice, mais qu'il continua sur les
mêmes fondations. L'usage de construire sur les ruines
d'anciens édifices s'est perpétué en Mésopotamie; il
ne s'y trouve guère une kubbet ou coupole de saint
qui ne soit pas bâtie sur un tumulus antique.
La fin du paragraphe nous explique encore plus
clairement cette idée; Nabuchodonosor n'attaqua pas
les soubassements de l'ancien édifice. C'est cette ac-
ception de « base » , de « pierre angulaire » , que j'at-
tribue au mot timin. Je rattache ce mot, en le trans-
crivant jDNn et pn , à la racine }DK , qui veut dire
« soutenir » ( dans tous les sens du mot français )
« fonder » , ensuite « être vrai ». Ainsi , de cette même
racine sont venus les termes qui, dans toutes les
langues sémitiques, désignent la vérité et la foi.
Cette même connexion d'idées se trouve aussi dans
les langues indo-germaniques : le sanscrit g^, le grec
I1Y@ « savoir » , sont identiques au latin FUD , qui
signifie « fonder », et cette même racine est alliée au
grec IUO, d'où le grec tslaïn^des «la foi».
INSCRIPTION 1>E BORSIPPA. 535
Le mot assyrien, du reste, n'est pas la seule ex-
pression architectonique venant de pN ; l'artiste lui-
même se dit en hébreu fiDN et \ûH, et rUÇft y si-
gnifie «la colonne».. Notre terme timin ou timmin
n'est pas la base en général , mais semble être spé-
cialement la pierre angulaire, et surtout celle sur
laquelle le fondateur de l'édifice faisait graver son
nom. Des centaines de passages où nous lisons ce mot.
aucun ne s'oppose à cette explication ; mais elle nous
serait à peu près inconnue sans plusieurs endroits du
cylindre (prisme) de Tiglatpileser I, où ce roi met
sur la même ligne le timin et les tablettes. Le mo
narque parle de ses exploits , consignés dans les ins
criptions (col. 8, 1. 43) :
ce Kfi* zzs -*TT e l fm fc&
i - na. dippi. au.
In tabulii »t
4 £ h ^ Si t=bj m îm.
tint - mi - m -. ya. al - lu ur.
lapùlibua angularibus meii acripfi.
Et ensuite (coi. 8, 1. 63 , 64 ) .
Sa. dippiya. an
Qni tibuUn ro*»» tt
536 JUIN 1857.
bat - mi - ai - ya. ■ - Au» - ta ■.
lapide* anguUre» ineoa abacoodut
► TTT
l'a - pu
obliUnntYt.
«=^-
: udd* I3iv '•jd™ ^Dltf
Les manières d'écrire ce mot timin sont assez
nombreuses ; on trouve , abstraction faite de la con-
fusion presque constante de -£* " mi, et !►- mi .
W C 33> <* ^T c -n
li - mi l'a ti - mi im
W A *fl- C 33> ^ ^> c 33>
»' "" - ait l'a liai - mi m.
Nous avons déjà remarqué que le monogramme
exprimant cette idée est J^T.
Le verbe unakkir id:k est le paël de idj « infester,
se révolter»; il exprime, à Bisoutoun, le perse ha-
miihriya «rebelle». La racine est très-fréquente en
assyrien ; en voici quelques formes :
Kal- Kisn « elle» se révoltèrent » (3*pers. féminin).
133 « l'ennemi , le rebelle ».
pluriel i-o: et nn3J
Iphteal. -)3jv «il se révolta» (pour "ori^ )•
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 537
Paël. -)3 jk «j'attaquai».
13JD «attaquant».
- - \
Iphtaal. -)3pi^ «il poussa à la rébellion» (pour isfiji).
Je veux citer, comme passage parallèle, celui-ci
de Sargon :
*fi -Ôft Bff* fcïï *ffl& M Hh tHf •
mu - nak - har. ip - $it. ha - ti - ja.
Infestai)» opéra manus mes.
t • - • : • - - \
Le roi commence maintenant le récit de la re-
construction de l'édifice, où il débuta, comme tous
les rois assyriens, par le choix d'un jour heureux.
VIII.
m ^ri \m mu *m ^ & £rr-
J - na. arah. sa al - mu. i - na.
In mense pacis , in
ynm.
die
ma<jar. li - ti it
fausto , argiilam
Au oui - mi - sa. au. a - qur
raolis interioris ejus et Iateres coctiles
I^T A.
■w- fa:T ^«-.t* ^rr. »Hr *-rrn
la ah -lu ub - ti - ta. ah - ta a - ti.
tegumentorum cju» porticubas
m JUIN 1857.
i ik • li ir. va. m • il id m
p*rforavi i clivu»
C^T BS* »8fr ^T HT:: 23 ET-
(a - M. ■ - M - «i •'*. «a.
•JU renotiiri ;
<hQ ^- J} C EST- Be £fô
«i ■ »i ir. M « mi - y«. i • «a.
•criptarim uomiuu oui in
4^ :rn — tt-t- n ^t ïï ~t* ëp
il - lir - n. a* » la a - Il <«.
«ophori» porticaam
«i - t« u«.
poMI.
Personne ne s'étonnera de l'extrême difficulté que
nous offre ce passage , non pas à cause des formes ,
car il n'y a presque pas d'obscurité philologique;
mais le grand obstacle réside tout entier dans la ma
tière elle-même. N'oublions pas quelles controverses
ont été soulevées au sujet des descriptions des temples
de Moïse et de Salomon , souvenons-nous que par-
fois les termes hébraïques ne sont pas encore ex
pliqués; et cependant nous connaissons infiniment
mieux l'idiome de la Palestine que celui de l'Assyrie.
Il s'agit, dans ce paragraphe , de l'achèvement de
l'édifice à l'extérieur ; le roi parle des rampes qu'il fit
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 539
restaurer, et des galeries qui décoraient les façades
des étages. Ensuite , il mentionne les inscriptions de
la frise, qui devaient faire connaître son nom à la
postérité.
Le commencement est assez clair. Le mot salmu
KDVtf n'est pas le nom d'un mois, mais seulement le
terme chv « paix , bonheur » , ainsi que yum magar
veut dire dies faastus. Nous avons la preuve certaine
de notre lecture par le syllabaire K, 197, qui donne
"* deux valeurs :
pour £ ^
si
^Mïï^
t^m
ma - ga ruv
fortunare. "JJQ.
ïï
id.
ïï
id.
ïï
Sur l'autre face de la même tablette , on lit
il - mu
auditio. J?E$-
Nous avons déjà parlé du signe idéographique si-
gnifiant mois, et qui, en assyrien, se prononçait
mx, l'hébreu mv
540 JUIN 1857.
Il ne sera pas superflu de publier à cette occasion
les monogrammes des mois tels qu'ils se trouvent
dans les calendriers l : les voici dans leur suite :
MONOGRAMMES. CORRESPONDANTS
PERSES.
». ^**4| Sri Bâgayâdis. Mars-Avril.
Menti» initii.
a. ^+**J »*-[ " Thuravâhara. Avril-Mai.
Menait U»n.
3. *55rtf 0*^5 Mai-Juin.
MensU laterie.
b »«Hf »ÊÏ Juin-Juillet.
M «nus auu.
5- t^jïj ^•^^■T Garmapada. Juillel-Août.
Meaai» igni».
"• »T**V ►^11 Août-Septembre.
Menais irci».
7- ^Bf ^TE=Y| Adukanna. Septembre-Octobre.
Maoris aggeri».
8. ^**<J ► g»~| * Thaîgarcis. Octobre-Novembre.
M— îl fnndalioni».
9- ^***| «^^E * Athriyâdiya. Novembre-Décembre.
Menai» nabi».
1 Voyei , par exemple . K , 3 a , dans la collection photographique ,
n* JO.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 541
MONOGRAMMES. CORRESPONDANTS
PERSES.
io. *<*<Y » » | *Anâmaka. Décembre-Janvier.
Mensis imbris.
1 1 • j*4*] p~~| — Varkazana. Janvier-Février.
Mensis agrimensionis.
12. ^***J M< * Viyakhna. Février-Mars.
Mensis finis.
Les cinq mois désignés par un astérisque sont les
seuls dont nous sachions les correspondants baby-
loniens par le texte de Bisoutoun.
Quel était le mois heureux dont parlent si sou-
vent les inscriptions? C'est difficile à savoir; il y a
pourtant des raisons assez plausibles pour admettre
que c'était le dernier. Le mot ahu indique aussi la
lin , et justement la coïncidence des deux notions qui
lui sont attribuées pourrait donner un poids à cette
opinion que, du reste, je n'ai pas la prétention de
croire irrévocable.
La difficulté réelle de ce paragraphe réside dans
les mots aptâti, iksir et hitirri. D'où faire venir ce
premier mot? Comment le transcrire?
Nous avons bien un mot talmudique KnDN, qui in-
dique une construction plaquée vers une autre, et je
serais enclin à le rapprocher du terme assyrien. Mal-
heureusement on n'est pas toujours sûr de l'origine
sémitique des termes techniques employés dans le
54Î JUIN 1857.
langage du Talmud , et il faut prendre garde de re-
garder comme appartenant aux idiomes de Sem ce
qui n'est qu'un mot grec défiguré. Quelquefois cepen-
dant, et cela pourrait être le cas ici, des mots d'un
autre dialecte sémitique ont été adoptés par cetidiome
moderne, où ils se trouvent alors sous une forme
presque méconnaissable. Nous croyons en effet à l'i-
dentité du mot nddn et de aptati, seulement le mot
assyrien se rapporte, selon nous, aux racines aay et
roy. En hébreu , nous lisons un mot architectonique
très-obscur : ay, que quelques exégètes interprètent
par toit de portique; d'autres par les degrés qui mè-
nent à une telle construction ; d'autres encore le tra-
duisent par poutre. Cest asseï dire que le sens n'en
est pas extrêmement clair.
Je transcris le mot assyrien rtnay, et j'y reconnais
des arcades, soutenues par des colonnes en bois ou
en briques, comme on en voit encore à Bagdad.
Ces arcades n'étaient pas en saillie sur le massif des
tours1, elles rentraient, comme celles des cons-
tructions italiennes. Elles entamaient ainsi le re-
vêtement et le massif, ce qui est exprimé pittores-
quement par le mot ihsir ->tf dk «je rompis, je perçai ».
La langue allemande rendrait cette idée, beaucoup
mieux que ne le pourrait le français, par le verbe
darchbrechen :
1 Une rampe tout à fait extérieure et circulaire, comme on se
l'est figurée ordinairement autour de la tour de Babel, est inadmis
sible. On oublie que , dans ce cas , chacun des huit étages aurait né-
cessairement dû se composer d'un cône ou d'une pyramide tronquée,
ce qui n'a pu avoir lieu.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 543
Die Rohziegel der Massive und die Brennzieqel der
Bekleidung darchbrach ich mit Arkaden.
Ces arcades étaient, selon nous, horizontales sur
le côté du nord-est; elles montaient en rampe sous
un angle d'à peu près 19 degrés, c'est-à-dire une
élévation de om,33 par mètre, au côté sud-est, au-
tant au côté sud-ouest , et enfin , après une montée
égale au côté nord-ouest, l'arcade atteignait la plate-
forme sur laquelle s'élevait la tour supérieure.
Cette rampe se nomme mikidti Kmp^D , de npy
torqaere; le mot dérivé signifie littéralement via tor-
tilis. Cette idée de tordre, être tordu, est commune
à beaucoup de racines commençant par pif; nous
citons *?py, œpy, *]py, oui*.
Cette même idée est exprimée, selon nous, par
le mot zahal hm , que nous avons traduit plus haut
dans le passage cité de l'Inscription de Londres
(col. 3, 1. 59). La racine bm veut dire «marcher
craintivement, lentement, ramper», d'où les mots
dérivés bm «serpent», et J±s-j «la planète de Sa-
turne » , ensuite l'assyrien hm , parfaitement analogue
au français rampe.
Parmi les verbes très -difficiles à classer, sous le
point de vue de leur valeur grammaticale , est le mot
usziz, uszizu, uusziz. Il n'y a rien qui répugne plus
à l'oreille des Sémites que cette suite immédiate
d'un V et d'un T. Dans ce cas spécial pourtant, il n'y
a pas à hésiter* parce que , dans des passages paral-
lèles, nous trouvons le mot ** ^^TT jETT *^«T"«
sizuzutia renouvellement, renforcement ». Il se pour-
544 JUIN 1857.
rait que la forme asziz, ne fût qu'une altération
de usiziz ïtyçJN, le shaphel de m> «fortifier»; et
quelque anomale que soit cette élision du y, elle
est cependant rendue vraisemblable par la forme.
MH^ ^ *""TT^ ^4 U5'zlz» T.T??*f« (lui se trouve
souvent dans les inscriptions archéologiques de Ni-
nive. (Cf. Inscription modèle de Sardanapale III,
1. 59.) On trouve aussi l'infinitif du shaphel ^T
5^yj ►~-JJ^<i suzazi, m& (Layard,pl. XL, 1. i5).
Nous sommes assez heureux pour n'avoir pas de
doutes sur la signification de ce mot; car nous avons .
à ce sujet, une indication directe dans la traduction
assyrienne deBisoutoun. Deux fois nous lisons (1. a 5,
76) les mots ultakan ziz, pour exprimer « j'ai réta-
bli ». Voici le passage de la ligne 26, qui traduit le
perse adam kâram gâthavâ avâçtâyam «j'ai remis l'état
à sa place » :
ï & s# ~ ~- -• EE -TM I- <4*
Allai». ■ - kum. in. <u - ri - lu. a/ -
Ego popalam m loto tuo col-
ta m ko». Il il.
locavi danao.
La racine dont nous parlons est étrangère à un
mot assyrien d'une singulière composition m , dont
la signification semble être «terrifier», et, parmi
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 545
d'autres, nous citons i'iphtaal izzazzuzu =inr (caillou
de Michaux, col. 2, 1. 9).
Notre texte paraît avoir, dans les deux exemplaires,
iszis; mais le dernier ^«YY is serait sûrement une faute
pour ^T iz , que donne aussi l'Inscription de Londres.
La phrase suivante parle de la légende que Na-
buchodonosor lit mettre dans les frises des arcades.
C'est ainsi que je comprends le sens du passage; car
je ne crois pas que le monarque ait voulu parler ici
des bariis eux-mêmes, quoique le fait de faire parler
l'inscription d'elle-même ne soit pas sans exemple.
Mais cela se voit surtout dans les pièces mises dans
les fondations , telles que les tablettes en métaux di-
vers trouvés à Khorsabad.
L'argument principal pour mon opinion réside
dans le mot kitirri, dans lequel je reconnais la ra-
cine "im « ceindre, couronner». On sait que le mot
mm s'emploie dans la description du temple salo-
monien pour désigner les chapiteaux des colonnes.
La forme ^nD n'est pas le même mot et n'a pas le
même sens; elle indique bien ce qui couronne la
colonne, mais elle y joint la signification de ceinture;
c'est la frise, le seul endroit où l'on puisse mettre
une inscription.
C'est au-dessus des arcades que se trouvait la lé-
gende qui, certainement, était exécutée en briques
vernissées. Nous avons trouvé au Rasr une assez
grande quantité de fragments de caractères cunéi-
formes, mais rarement une lettre entièrement con-
servée; ils étaient d'une grande dimension, ordinai-
ix. 36
546 JUIN 1857.
renient dey centimètres de hauteur. Les lettres que
nous avons découvertes étaient toutes en émail blanc
sur fond bleu; apparemment elles étaient destine» 1
i être vues d'assez loin.
Le mot sitir ")Btf vient du verbe noe; « écrire »; la
racine se trouve en arabe et en hébreu, et, au sur-
plus, elle traduit à Van et à Bisoutoun le perse ni-
pistanaiy, qui est le persan (jS-£y « écrire ». Ce mot
sitir ne semble pas être l'infinitif du verbe que nous
connaissons par les deux inscriptions citées tout a
l'heure, et qui est sutar "EC4; mais, selon nous, il
rend phonétiquement le JJ,,()UP''^**îf ►—/""! *^y~Tf
TAK. NA. AK. A. qui traduit le perse dipi « table,
inscription». Ce même sitir, du reste, se trouve sur
un syllabaire, comme une des quatre transcriptions
phonétiques que ce document fournit de ce groupe.
Au lieu de ce dernier, on trouve à Van ^J*-T; s'il
est permis d'attribuer à Y, ordinairement su, la va-
leur de tir, le mot assyrien de Vart se prononcera
aussi sitir. Nous avons, il est vrai, déjà la lettre
*£z|yyt, qui permute avec /jz=\ ^~^7~ di ir, et dont
la valeur est dir; elle remplace aussi ces deux ca-
ractères pour exprimer ti ir, tir, parce que la lettre
/&-\ exprime les deux sons rapprochés de di et U.
Mais alors il se pourrait que le signe T rendît spé-
cialement le son tir.
Nous comparons, parmi beaucoup de passages,
le suivant, qui est pris dans le baril de Sennachérib.
dit de Bellino (Layard, pi. LXTII 1. 27) :
INSCRIPTION DE BOHSIPPA. 547
«i/ir. u si 4i«. va.
Tabulant faciendam curavi ;
►rfe&j fcfci âà <Ê §K "HP- £Ttt-
fi i - cuv, &i - jid - ((. katï.
magnitudinem prxdse raannum
HT; -KrtrT I fcfl? • B= ts^= «^U ^
ta. 'li - «u ni. os - foi - ta - nti.
ipiiim supra cos fect ,
si - ni w - >»• « - *<i <H - tir. M»
in eam scribondam curavi :
lai Air - ii. Ir. al - m.
in modio nrbis ereiti (eam).
La version de samiya par « mon nom » est on ne
peut plus prouvée ; d'abord uti veut dire nom en cîial-
daïque; il est identique avec l'hébreu □*#, avec l'arabe
fwî ; ensuite le mot assyrien traduit le perse nâma
« nom ». L'idée de « nom » est représentée par le mo-
nogramme >~^S dont la valeur syilabique est mu.
Cette même lettre exprime aussi les verbes p: « don-
ner» et "Oï «commémorer, se souvenir», et par un
56.
548 JUIN 1857.
enchaînement d'idées parfaitement naturel, ta do
tion de l'armée.
Les mots sitir, jusqu'à askan, manquent dans l'un
des exemplaires que j'ai eus sous les yeux.
(La iuitc à un prochain numéro.)
NOTE
SUR LES KUBÂ'IYÂT DE OMAR KHAÏYÀM.
PAR M. GARCIN DE TASSY.
Hakîm 'Omar, surnommé Khaïyâm, est un des
poètes persans les plus célèbres, et en même temps
un astronome et un mathématicien très-distingué1.
Il naquit à Nischapur, et y mourut en 5 1 7 de l'hé-
gire ( 1 ia3 de J. C). Il était, dans l'origine, fabri-
cant de tentes, comme son takhallas le témoigne. Il
reçut cependant de l'éducation ; car il eut pour con-
disciple le fameux Haçan Sabbâh , le fondateur de
la secte et de l'empire des Ismaéliens, connus sous
le nom d'Assassins , ou plutôt de Haschischîn (man-
geurs de chanvre). Un autre de ses compagnons
d'étude devint ministre du sultan seljoukide Malik
Schah2, sous le nom de Nizam ul-Mulk. Tûcî. Ce
1 M. F. Woepcke a public en arabe et en français son traité
d'algèbre, intitulé : Mémoire sur les démonstrations des problèmes de
l'algèbre iJLliUj yM O**^ à *H*v Paris. l85l> in"8°-
* H y a eu tmi* .sultans scljoukides de ce nom. H s'agit ici du
second, qui régna de i io'i à 1 io5.
RUBA'IYAT DE OMAR KHA1YAM. 549
dernier invita notre poëte à la cour de son patron;
mais 'Omar refusa, et se borna à accepter une pen-
sion , qui lui permit de vivre dans l'aisance à Nischa-
pur,.sa ville natale. Ce fut alors qu'il charma ses loi-
sirs par la culture de la. poésie , et qu'il fit les quatrains
ou rubaïyât, au nombre d'environ cinq cents , qui ont
fait beaucoup de bruit dans le monde musulman,
surtout dans le xue siècle , époque où ils virent le
jour. Il y a, en effet, de belles et de remarquables
choses dans ces quatrains. Le style en est pur et mâle ,
et généralement exempt de cette recherche d'idées
et d'expressions qui gâte souvent les compositions
persanes plus modernes. Malheureusement les vers
de 'Omar sont empreints , non-seulement de ces idées
spiritualistes qui dédaignent la religion positive, et
qui, sans s'occuper du culte extérieur, se rapportent
uniquement à Dieu, que le poëte voit en tout et
partout, ce qui le fait tomber dans un panthéisme
involontaire ; mais , en prenant à la lettre quelques-
uns de ces Rubaïyât, on croirait même que l'auteur est
athée et matérialiste; et, en effet, quoique quelques-
uns de ses coreligionnaires l'aient considéré comme
un saint, d'autres l'ont regardé comme un auteur
impie et mécréant. Partant de ce point de vue , de
Hammer 1 le nomme le Voltaire de la poésie per-
sane; mais il se hâte d'ajouter, cependant, pour ex-
cuser les vers quelquefois mal sonnants de notre
auteur, qu'il ne faut pas toujours les condamner abso-
lument; car ce qu'il attaque, c'est la religion telle
1 Geschichte der schoenen Redekûnste Persiens, art. Omar Chiam.
350 JUIN 1857.
que l'entendent ies uléma et la morale des casuile>
musulmans, plutôt que la religion et la loi naturelle.
Quoi qu'il en soit, des exemples feront juger mieux
que tout ce que je pourrais dire du genre d'esprit de
'Omar et de son talent poétique. Voici donc quel-
ques-uns de ses quatrains, qui n'ont jamais été pu-
bliés ni traduits. Je les donne d'après une copie d<>
Ruba'ïyât, faite sur un manuscrit qui se trouve à la
bibliothèque Bodléyenne d'Oxford, et qui provient
de la collection de feu sirW.Ouseley.Ce manuscrit
Di contient malheureusement que cent cinquante-
huitquatrains ; toutefois, il est excellent et fort ancien ,
ayant été écrit à Schiraz en 866 ( i 46o-i 661 ). De
plus, j'ai pu avoir d'utiles variantes, d'après un ma-
nuscrit des Ruba'ïyât, qui se trouve à la bibliothèque
de la Société asiatique de Calcutta , manuscrit mo-
derne, il est vrai, mais qui contient cinq cent seize
quatrains, quoiqu'il paraisse incomplet, tandis que
le manuscrit que M. de Ilammer a eu à sa disposi-
tion ne contenait que trois eents quatrains. Au sur-
plus, les manuscrits des ruba'ïyât de 'Omar sont fort
rares; il n'y a à Paris que celui que je possède, et je
crois que ce qui motive la rareté de ces manuscrits,
et le plus ou moins de quatrains qu'on-a admis dans
ceux qui existent, c'est probablement la hardiesse
des expressions de l'auteur que les copistes, bons
musulmans, n'ont pas voulu reproduire. En voici,
au surplus, le spécimen que j'ai annoncé :
HUBA'IYAT Dli "OMAH KHA1YAM. 564
\j-m*5> i<yJi*XA (jSo^à- £^±— \J*JiS y*
&)
<X_<.,fl
£-*k U5i-5^ c^cwljj^
-S\,U*
Tant que tu le peux n'afflige personne , ne fais subir à per-
sonne le feu de ta colère. Si tu veux jouir du bonheur éter-
nel, sache souffrir patiemment, et ne fais souffrir personne.
<"*,>* VmWi < j /£l«* A, A iji » taJhi (4^* .%■■■> y-& 5 i>
La joie règne dans le monde ; mais le spiritualisle se relire
dans le désert. Là, chaque branche fleurie lui représente la
blanche main ' de Moïse, et chaque souffle de vent l'haleine
vivifiante du Messie.
(.'A, m* A „**■» /o»-i't« (J— r!> A. X i y, fy >j «»u-A.i»-
a>% a j yL__i_^ ^j., .\-.> a—à-S a — j Sj. — j)
1 Allusion au miracle mentionne dans l'Kxude . IV, (i, et ï;i|>|>«')<
dans le Coran , VII , 2o5, et XXVI , i:»
558 JUIN 1857.
Khayàni , pourquoi ce deuil pour les fautes , et quel avan-
tage trouves-tu à dévorer ton chagrin ? Celui qui n'a pas péché
n'a pas été non plus l'objet de l'absolution divine. Le pardon
est pour les fautes, pourquoi donc te livrer à la douleur ' ?
^ Jà y5;^l;i f-> (^HO
Dans l'oratoire du cloître, dans la mosquéi-, dans la pa-
gode, dans l'église, on éprouve la crainte de l'enfer et on
recherche le paradis. Mais celui qui connaît les secrets de
Dieu n'a jamais jeté dans son cœur une telle semence.
Voici la saison des roses et du repos au bord du ruisseau
et sur la lisière de la prairie, avec deux ou trois amis et une
belle de nature angélique. Qu'on apporte aussi des coupe.*
de vin , et ne nous mettons en peine , ni de la mosquée , ni
de l'église.
»>^-i: *x_jl* ^ «2)1 $ &s »j j«x«3l
1 On lit nnc pensée analogue dans le Mande uttair, ver* 1799.
et dans saint Paul, Épitrr nur Hoètém*, V, 70.
RUBA'IYAT DE OMAR KHAIYAM. 553
Suivons le chemin du pur amour avant d'être saisis par les
étreintes de la mort. Charmant échanson, ne reste pas inactif,
donne-moi de l'eau à boire en attendant que je devienne de
la terre.
C'est parce que ton amour a attiré dans ses filets ma tête
chauve, que je tiens dans ma main la coupe de vin. Tu as
anéanti le repentir que ma raison m'avait inspiré, et le temps
a déchiré le vêtement que la patience avait cousu.
*>-*-* i^?b-**j jlH"-j jLh*^ p b*
Un amour superficiel n'est pas honorable; il est pareil au
feu à demi éteint, qui est sans force. L'amant véritable doit
n'avoir de repos et de tranquillité ni dans l'année, ni dans
le mois, ni la nuit, ni le jour.
Jl IN 1857.
Ne laisse pas la colère s'emparer de toi, ni une douleur
insensée se saisir de ton existence. Reste avec les livres et
Ion ami au milieu des champs verdoyants, avant que la terre
t'enserre.
r\_ >|^>- j»Xj U aj jXX» ■>->-=»- ^wi
,.\_jli Jl A « }j\ Jl A ,-^ tj*lj->l*
Nous devons considérer connue une lanterne magique ci
monde mobile où nous vivons dans l'étourdissement. Le so-
leil, en est la lampe, et le monde la lanterne où nuu.s passons
comme les figures qu'on y montre.
NOUVELLES ET MÉLANGES.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
PROCES-VERBAL DE LA SEANCE DD 8 MAI 1 *.r>7.
Le procès- vrri il I li séancs de mars est lu (la séance
d'avril n'avant pas eu lieu à ranx- «lu vendredi saint); la
rédaction en est adoptée.
NOUVELLES ET MELANGES. 55ù
M. le général Daumas annonce à la Société que treize
exemplaires du IIIe volume d'Ibn Batoutah, que M. le mi-
nistre de la guerre destinait à des bibliothèques de la pro-
vince deConstantine, ont péri dans un naufrage; il demande
si la* Société pourrait fournir un nombre égal d'exemplaires
de ce volume.
M. le docteur Namur, à Luxembourg, écrit pour deman-
der s'il y dans la Société, et surtout dans les papiers Ariel,
des détails sur la vie du rajah Sumrou, papiers dont il ré-
clamerait la communication dans l'intérêt de la famille Rei-
nart ou Reioliard, dans le Luxembourg.
M. de Paravey écrit à M. le président pour lui annoncer
l'envoi de quelques-uns de ses travaux, sur lesquels il donne
quelques détails, en se plaignant que la Société ait, jusqu'à
présent, fait si peu d'attention à ses découvertes.
Sir James Melvil, secrétaire de la Cour des directeurs de
la Compagnie des Indes, annonce l'envoi de la première
partie des photographies d'anciens édifices à Bijapour, dans
le Deccan.
M. Munnich, directeur-bibliothécaire de la Société des
arts et sciences de Batavia , envoie la liste des volumes et
des cahiers du Journal de la Société asiatique que possède
la Sociélé de Balavia, et demande s'il serait possible d'en
compléter la collection. Renvoyé à la commission des fonds,
pour qu'elle réponde, autant que possible, au désir de la
Société de Batavia.
La famille de feu le baron Hammer de Purgstall annonce
l'envoi du VII* volume de Y Histoire de la littérature arabe.
M. Veth annonce l'envoi du IIe volume de sa Description
de Bornéo, et demande qu'il soit rendu compte de son ou-
vrage. M. Dulaurier propose qu'on envoie les volumes à
M. Rodet, pour en rendre compte.
M. N. Trùbner, de Londres, écrit pour annoncer à la So-
ciété la publication prochaine d'un ouvrage bibliographique
su r la lin uistique.
M. Mobl demande la parole sur la lettre de M. le général
m JUIN 1857.
Dnumas, et propose au Conseil de remplacer, au ministère
de la guerre, les treize exemplaires du III' vol. à'Ibn Butoutah
perdus, et de les lui offrir en cadeau, le ministère de la
guerre avant toujours eu les meilleurs procédés pour la
Société, de sorte que celle-ci doit être heureuse de donner
cette marque de sa reconnaissance. Celle proposition est
adoptée.
M. Lancereau répond à la lettre de M. le docteur Namur
qu'il ne se trouve dans les papiers d'Ariel rien sur le rajah
Sumrou, et qu'on n'a de chance de trouver quelque chose
sur les commencements de sa carrière que dans les archives
du ministère de la marine et dans celles de la Compagnie
des Indes.
M. de Rosny obtient la parole pour la présentation d'un
nouvel écrit de M. Prwa où I.< normant.
Sont présentés et nommés membres de la Société :
MM. Baissac (Jules), interprèle arabe au ministère de la
guerre ;
Dumas;
Lefèvre (André), licencié es lettres;
Bréai. (Michel), licencié es lettres;
le R. P. Pins Zingeri.é, de l'ordre de Saint-Beuoil,
à Meran , comté du Tyrol ;
Duclere (Charles).
OUVRAGES OFFERTS À LA SOCIÉTÉ.
Par la famille de l'auteur. Lileratur-Geschichte der Araber,
von llammer-Purgstall. Vil* vol. (1857), in-8°.
Par l'auteur. Spécimen du Bgyu-tcher-rol-pu ( Lalita Vislara) ,
partie du chapitre vu, contenant la naissance de Çak\a
mouni. Texte tibétain, traduit en français et accompagné de
notes, par M. Ph. Ed. Foucaux. Paris, 18A1. in-8°, pi.
Par l'auteur. Borneo's wester-ajdceling , door P. J. Veth.
i856, in-8°.
Par l'auteur. Grammaire arabe, écrite en hébreu, à l'usage
NOUVELLES ET MELANGES. 557
des Hébreux de l'Orient, par Goldenthal. Vienne, 1867,
in-8°.
Par l'auteur. Kairata parva (épisode du Montagnard) ,
fragment du Makabharata, traduit, pour la première fois ,
du sanscrit en français, par M. Ph. Ed. Fougadx. Paris,
1857, in-8°.
Par l'auteur. Documents hiéroglyphiques emportés d'Assyrie,
et conservés en Chine et en Amérique, sur le déluge de Noé, par
M. le chevalier de Paravey. Paris, i838, in-8°, pi.
Par l'auteur. Mémoire sur l'origine japonaise , arabe et
turque de la civilisation des peuples du plateau de Bogota, par
M. le chevalier de Paravey. Paris, i835, in-8°, pi.
Par l'auteur. Notes sur la Bible, par M. le chevalier de
Paravey. In-8°.
Par l'auteur. Essai sur l'origine unique et hiéroglyphique des
chiffres et des lettres de tous les peuples, par M. le chevalier
de Paravey. Paris, 1826, in-8°.
Par la Société. Journal qfthe royal geographical Society.
i856, in-8°.
Par l'auteur. Quellen fur serbische Geschichte, aus tûrki-
schen Urkunden, in das Deutsche ûbertragen von Dr Waller
A. A. Behrnauer. In das Serbische ùbers. und herausg. von
A. T. Berlig. Ire livraison.
Par l'auteur. Traduction nouvelle de l' Ecclésiaste d'après
l'hébreu, par M. Ae Janin. Genève, 1867, in-12.
Par l'auteur. Les Syriens catholiques , par M. l'abbé Jean
Mamarbaschi. Paris, i855, in-12.
Parl'auteur. Melodo leœiologico y hermeneutico para aprender
la lenguafrancesa, par D. Vicente Alcober y Largo. Madrid ,
1857, in-8°.
Par l'auteur. Note spéciale relative au mythe des quatre fils
Aymon, guerriers célèbres, par M. le chevalier de Paravey,
in-8°.
Parl'auteur. Annuaire des établissements français dans l'Inde,
pour i856, in-8°.
Par l'auteur. Description des médailles et antiquités compo-
55* JUIN 1857.
sont le cabinet de M. le baron liehr, par M. François Lenou-
mant. Pari», 1857, in-8*. avec grav.
Par l'auteur. Nouvelle lyre arménienne (en arménien ).
Moscou, i856, in- la.
Par l'auteur. Histoire des rois de Cilicie, par le connétable
Sempad (en arménien). Moscou, i856, in-8°.
Par l'auteur. Manuel-alphabet de la langue arménienne (en
arménien). Moscou, i856, in-ia.
Par l'auteur. Panégyrique de Sainte-Croix (en arménien).
Moscou, i853, in-ia.
Par l'auteur. Poésies de Khalil-el-khoun (en arabe) Bi J
routh, 1857.
Par l'auteur. Grammaire persane (en russe). Moscou,
i856, in-8*.
Par la Société. Journal of the american oriental Sonet) ,
vol. V. n* a. Roslon, i856, in-8°.
GRAMMAIRE MANDARINE,
00 H ffl \KRAOX DE I.A I.ANGOR CHINOISE PAlW.F.r. ,
l'Ai; M. A. RAZIN,
PAOPEMEC1I À L'KCOLK DES LAHODP.S oniF.STALF.S, ETC.1.
La langue chinoise n'a jamais été fort en honneur auprès
îles savants qui consacrent leurs veilles à l'étude de la philo-
logie. On dirait qu'ils se sont détournés, avec un certain
mépris, avec effroi peut-être, de cet idiome étrange qu'au-
cun lien apparent ne rattache aux autres langues de l'Orient.
On voit même des esprits sérieux abandonner l'élude de la
langue chinoise avec dépit, comme on renonce à un travail
ingrat et stérile. Il y a deux causes à cela : la première, c'est
1 Un volume in-8*. Paris, Imprimerie impériale, 1 856.
NOUVELLES ET MELANGES. Wé
que la langue du Céleste Empire ne se prête guère à ces rap-
prochements curieux, et fort importants à coup sûr, dont on
a le tort, à mon avis, de pousser trop loin les conséquences;
la seconde , c'est qu'on ne peut l'apprendre sans maître. Le
premier de ces inconvénients ne peut être évité; il est inhé-
rent à la nature même de la langue chinoise. Quant au se-
cond, il est possible d'y remédier dans une certaine mesure,
et nous en avons une preuve dans l'excellente Grammaire
mandarine que vient de publier M. Bazin. Sous la forme
d'un livre élémentaire, cet habile professeur nous a donné
un ouvrage savant, mais écrit avec clarté, composé avec
méthode, étranger à tout esprit de système, et qui se fera
comprendre de quiconque prendra la peine de le lire.
Arrêtons-nous d'abord à l'introduction, que l'on pourrait
appeler un mémoire sur les rapports et les différences qui
existent entre la langue parlée et la langue écrite. Etablir
que la langue ancienne figurée au moyen de signes idéogra-
phiques (altérés par une série de transformations et anté-
rieurs à ceux actuellement en usage) n'a jamais été la repro-
duction fidèle de la langue parlée; démontrer que l'idiome
concis, parfois énigmalique des livres classiques chinois ne
pouvait être entendu que des lettrés, et que le peuple en
employait un autre plus clair, plus développé, mieux fixé,
c'était simplifier beaucoup la question. C'était aussi réfuter
cette assertion gratuite, que le peuple chinois avait inventé
successivement, pour les besoins du discours, les particules,
les signes de cas, de temps, etc. qui manquaient à sa langue
ancienne. Les preuves fournies par M. Bazin à l'appui de
cette vérité sont empruntées à des auteurs chinois, à des
lettrés qui n'ont pas cru manquer au respect dû à l'anti-
quité, en admettant ces raisonnables conclusions. La langue
parlée est évidemment antérieure à la langue écrite. Le ca-
ractère monosyllabique de la première doit être considéré
même comme la cause du genre d'écriture adopté par les
Chinois. 11 existe entre la parole et l'écriture un rapport in-
contestable, nécessaire. Plus le système phonétique est déve-
JUIN 1857.
ioppë, plus l'écriture sera perfectionnée. Dans le sanscrit ,
par exemple, où le radical, formé d'une seule syllabe, se
prête à des évolutions multipliées et s'allonge à l'infini , l'al-
phabet comprend plus de deux cents lettres simples et dou-
bles. Le chinois procède d'une façon tout opposée. Le mol
(je veux dire le mot parlé, yen, par opposition au mot écrit
ou caractère, tseu), toujours d'une seule syllabe, s'exprime
par un caractère parfois très-compliqué, mais qui se com-
pose toujours de deux éléments : la clef et le groupe joint à
cette clef. Le groupe donne le son ; la clef indique le sens. Le
son demeure donc subordonné à la clef, ou , si l'on veut , à
la pensée, qu'il traduit pour l'oreille. Le caractère demeure
invariable; aucune flexion ne peut s'y ajouter. S'agit-il d'ex-
primer l'idée de dépendance, de mouvement, d'action pré-
sente ou future, on aura recours à un second caractère. La
pensée sera rendue, sans nul doute; mais le signe tracé par
le pinceau n'est pas l'expression directe de la pensée à la-
quelle le mot parlé a donné une forme. L'écriture ne jaillit
pas de la parole, qui jaillit elle-même de L'Ame, de l'esprit
cl du cœur.
Si, dans la langue chinoise, l'écriture n'est pas l'image
exacte du mot prononcé, reproduit aux yeux par des lettres ,
et susceptible d'être épelé, on peut en trouver la caiisr dans
le monosyllabisme du langage, qui appelait, en quelque sorte,
cette forme invariable et inhVxihl»' de l'écriture. On conçoit
aussi que la langue parlée pouvait être complète et répondre
a tous les besoins de la pensée, tandis que la langue écrite
se contentait de reproduire les principales parties du dis-
cours, et comme la charpente de la phrase. Dans le kou-teen
(langue écrite des anciens) , il existe une syntaxe, pour ainsi
dire, latente; car l'intelligence du texte dépend de la préci-
sion avec laquelle on aura saisi le rôle assigné, par sa posi-
tion, à chaque caractère; mais, le plus souvent, rien n'in-
dique le rapport de ces caractères entre eux. Pouvait-il en
être ainsi dans la langue parlée? Non, certainement, car il
eût été impossible de s'entendre. Ce qui existait déjà dans
NOUVELLES ET MELANGES. 561
le discours, ce qui lui donnait sa clarté, finit par s'intro-
duire dans la langue écrite. Les particules , les signes de cas ,
tous les rapports qui s'expriment, dans les idiomes anciens,
au moyen de flexions , d'affixes et de suffixes , passèrent du
langage dans l'écriture. Dès lors fut formée la langue man-
darine, dite aussi langue vulgaire, par opposition à celle des
livres classiques ou canoniques.
Les monuments de la langue vulgaire ou parlée du temps
de Confucius ayant péri , on ne peut apprécier désormais les
modifications qu'elle a subies depuis tant de siècles. Je ne
puis croire cependant, et M. Bazin sera de mon avis, qu'au
temps des Tchéou la langue parlée fût aussi chargée qu'au-
jourd'hui de particules et de mots auxiliaires , une langue
étant toujours plus concise aux époques primitives, où l'on
a moins besoin de parler. D'ailleurs, dans l'antiquité, il y
avait en Chine autant de dialectes que de royaumes distincts.
L'unité de l'empire, qui résulta de l'extinction des petil?
royaumes feudataires, amena l'unité de langage. Mais, de
l'aveu même des académiciens de Péking, qui ont rédigé le
Dictionnaire célèbre publié sous le règne de l'empereur
Khang-hi, les lettrés de la Chine ont ignoré, jusqu'à la dy-
nastie des Han (202 avant J. C. ) , Y écriture alphabétique , c'est-
à-dire le système des sons initiaux (consonnes) et des sons fi-
naux (voyelles ou diphthongues 1). La connaissance de l'al-
phabet, dont on ne se doutait pas en Chine, où l'on écrivait
tant et depuis si longtemps , étant postérieure à l'introduc-
tion du Bouddhisme dans le Céleste Empire, M. Bazin sup-
pose, avec toute raison , qu'elle est due à l'étude de la langue
sanscrite par les sectaires chinois. Pour apprendre l'idiome
de l'Inde, essentiellement phonétique, les voyageurs , comme
Hiouen-thsang et les traducteurs des ouvrages canoniques de
la secte de Çakya-Mouni , durent commencer par les gram-
maires savantes, où la théorie des sons tient une si grande
place. Ces mêmes sons, représentés ailleurs par des lettres,
' Introduction , p. VI.
IX. 37
Jl IN 1857.
ils cherchèrent à les exprimer par leurs caractères, afin de
reproduire les noms propres et les objets qui n'avaiiMil pai
'lt nom chez eux. Ce travail conduisit les bonzes lettrés à in-
troduire dans leur pays l'alphabet sanscrit, «et alors, dit la
pu l'ace du Dictionnaire de Khang-hi, citée par M. Bazin, on
adopta trente-six caractères qui furent regardés comme les
mères des autres, c'est-à-dire trente-six caractères reprcsrn
tarifs des consonnes de cet alphabet, et on les divisa en té
ries. » Enfin, sous le règne de Wou-ti, fondateur de la dy-
nastie des Léang, vers l'an 5o5 de notre ère, on apprit
l'usage du mode d'épellaliou nommé, par les Chinois, Furi
de séparer les caractères « , c'est à-dire de figurer un mot étran
<n empruntant une ou deux lettres à chacun des carac-
tères qui concourent à la représentation de ce mot1. Phu
d'un siècle et demi après cette adoption d'un mode d'épellu
lion, sous les Thang (676 à 679 de notre ère), rat publié le
Thung-yun, dictionnaire dans lequel les caractères sont ran
gés d'après l'ordre Ionique. Dans le système des clefs, il fal-
lait, pour trouver un mot dans les lexiques, connaître le ca-
ractère par lequel il était exprimé: il fallait voirie caractère
• <nt D.ins le système tonique, il suffit d'avoir entendu le
mot et d'en connaître le son.
On comprend que l'adoption du système tonique servit à
fixer la langue parlée. La prononciation fut arrêtée définiti-
vement; il y eut un véritable dictionnaire de l'Académie
pour l'idiome usuel, pour la langue mandarine ou koaan
hou. Et ce progrès était dû aux relations avec l'Inde, qui ne
s'en doutait pas et qui ne s'en souciait guère. Ainsi, le gé-
nie expansif des Ariens, qui ravonnait si vivement en Asie,
ne modifia pM Miilement les croyances du vieux peuple chi-
oois; il lui donna des leçons de grammaire et l'initia a la
connaissance des sons, véritable base de tout idiome, indé
pendamment du mode d'écriture qu'il a plu à une nation
' Ainsi, pour écrire le mot France, les Chinois traceront trois earactèro
cjui se prononcent : Folan-Uy, et ils ajouteront le caractère tsiti; divisez et
lisez : France. VI représente IV<|ui nuque aux Cannois.
NOUVELLES ET MELANGES. 563
d'adopler et de conserver. L'influence de la Chine , toute
politique, ne pouvait s'étendre au-delà de ses frontières;
l'influence arienne, toute morale, toute philosophique et re-
ligieuse, se répandait au delà du monde de l'Inde, jusque
chez les populations les plus infatuées de leur antiquité et de
leurs propres doctrines.
Le kouan-hoa est donc « la prononciation exacte des carac-
tères », ou bien encore « la langue que l'on parle avec une
prononciation correcte1. » Les sons ont pris plus d'importance
que par le passé ; la langue parlée recherche la correction ,
elle a sa coquetterie, ses prétentions. C'est que cette langue
est écrite aussi, écrite telle qu'on la parle avec tous les détails
de grammaire que l'antique idiome négligeait d'exprimer par
des caractères particuliers. La littérature populaire , acces-
sible à quiconque a reçu un peu d'éducation , sans pourtant
avoir subi les examens , devient aussitôt l'expression de cet
idiome, fixé et arrêté dans ses formes. Peu à peu le Kouan-
hoa s'étend par tout l'empire; il se substitue aux dialectes
provinciaux, se modifie, se complète, s'enrichit avec le temps.
Il existe bien quelques différences de prononciations particu-
lières aux provinces, et même aussi quelques nuances dans
la manière d'érire et de parler. Ainsi , dans le Nord , à Pé-
king, le kouan-hoa est plus naturel, plus exempt de re-
cherches ; dans le sud , à Nan-king , il est plus châtié et même
un peu affecté : de là , la division en deux dialectes , assez
semblables entre eux , malgré tout, pour que la connaissance
de l'un suffise à qui veut entendre les deux.
Maintenant disons quelques mots de l'allure générale du
kouan-hoa. En chinois, le mot (yen) est toujours un mono-
syllabe; le mot, pris en lui-même, peut avoir une foule de
sens qui résultent de sa position : par exemple tchîn , man-
darin, sujet, peut signifier simplement, au commencement
de la phrase, le sujet; il peut être verbal et signifier : se con-
duire comme un sujet; ainsi : tchîn-kun, littéral, sujet , prince ,
1 Introduction, p. vu.
37.
564 JUIN 1857.
voudra dire se conduire comme un sujet à iéyard de son pritnf.
Voilà pour le style ancien , pour la langue écrite au temps du
Kong- fou -tseu, de Meng-tseu , et qui ne se parla jamais
Dans le kouan-hoa, au contraire, on joindra au mot ou terme
simple un second mot dont le rôle sera de fixer le prafcM i 1
l'état de substantif: par exemple, tseu (li Itérai. Jils) comme
dans niu-tseu*\a femme •; théou (littéral, tête) comme dans
tchi théou « le doigt >, etc. Ces seconds mois, ou mots aux i-
liaires, peuvent être considères comme de véritables 1er
minaisons, et ils ont leurs analogues dans plusieurs lan-
gues d'Europe. Ainsi, les substantifs anglais et allemands
tels que husbaudman et ackerman , etc. , repondent aux subs-
tantifs chinois déterminés par l'adjonction du caractère jin
■ homme». Pour les noms d'arbres, le caractère chou in-
diffère en rien de tree et bautn, dans les mots anglais et
allemands ^fy-free et jeigenbuum , dont les désinences servmi
à distinguer l'arbre de son fruit. Ce sont là les caractères <pn
le dictionnaire de Baziie de Glemona désigne par le nom
de numérales, et qui se trouvent rangés à part ù la fui du
volume , sans que leur rôle soit nettement défini ; et cela se
conçoit, puisque ce volumineux lexique n'a gin i» < i. com-
pilé qu'en vue du style ancien, où ces caractères si essentiels
au kouan-hoa ne se rencontrent guère que dans les comnim
taires.
Une fois que l'on a compris le rôle de ces seconds termes
dans le kouan-hoa , on en a saisi tous le mécanisme. Le mo-
nosyllabe chinois s'agrège à un autre monosyllabe dont il
fixe l'état; le second terme fait du premier ce qui convient ■
la phrase, un substantif, un verbe, un sujet, un régime; il
remplace les flexions absentes, il donne la vie à ce qui n'était
guère qu'un radical inerte'. A l'aide de ces auxiliaires, dnni
le nombre est assez restreint, on peut décliner, conjuguer,
en un mot faire manœuvrer la langue mandarine cwiiuim U
' Il y a aussi , dans le kouan-hoa , des caractères qui sont toujours des
substantifs, des verbes, des adverbes. Il y en a d'autres qui sont toujours
doublés d'un second carj> I
NOUVELLES ET MELANGES. 56f>
langue latine. Le lien entre les caractères , qui manquait au
vieil idiome des Tchéou , le kouan-hoa a soin de l'indiquer
avec précision. Le monosyllabisme subsiste , car deux et trois
monosyllabes, mis à la suite l'un de l'autre, ne forment pas
un polysyllabe; mais il a perdu son principal inconvénient,
qui serait de présenter à l'oreille des mots isolés, décousus,
qui , pour être réunis et groupés en phrases , exigeraient un
grand effort de la pensée et un long travail de l'esprit.
L'étude du kouan-hoa , tel qu'il est présenté dans l'excel-
lente grammaire de M. Bazin, conduira les plus sévères, les
plus prévenus contre la langue chinoise à considérer de plus
près ce qu'ils ont pu nommer une langue informe ou incom-
plète. Peut-on reprocher sérieusement à une langue d'être
trop difficile, trop différente des autres? Autant vaudrait
reprocher aux écritures sémitiques leur marche de droite à
gauche et l'absence des voyelles brèves ; autant vaudrait
reprocher au sanscrit la multiplicité de ses lettres doubles et
ses règles euphoniques si compliquées et si naturelles pour-
tant ! N'est-ce pas plutôt d'après la richesse des monuments
qu'elle a produits qu'on doit apprécier une langue ; et serait-
il raisonnable d'admettre qu'un idiome capable de tout ex-
primer est impuissant et radicalement défectueux ? On s'est
trop habitué à ne voir dans les livres anciens , les ouvrages ca-
noniques, le Livre des Vers, et même dans les vieilles chro-
niques de la Chine, rien de plus qu'une série d'énigmes
dont l'intelligence due au hasard, souvent douteuse, défie
toute logique. Pour être concis comme celui de l' épi graphie ,
le style des vieux auteurs chinois n'en est pas moins soumis
à une syntaxe rigoureuse : l'obscurité qui s'y rencontre tient
presque toujours à l'emploi d'un ou de plusieurs caractères
surannés ou mal transcris par les copistes et respectés par la
tradition, qui a soin de les commenter1. Or, la syntaxe suffit
à une langue qui s'écrit au moyen de signes idéographiques,
1 H y a aussi dans la tangue ancienne des locutions consacrées qui seraient
tout à fait inintelligibles sans le secours des commentaires. Par exemple :
monter le solide et fouetter le gras signifie être monté sur un char solide et se
oôô JUIN 1857.
à une langue qui s'adresse aux veux plus qu'à l'oreille. Pa-
rallèlement à celte langue, qui exprimait la pensée par la
peinture abrégée des images, se développait l'idiome parlé,
lequel avait sa grammaire comme ceux des autres nations.
Peu à peu, les signes idéographiques se simplifièrent; la
forme primitive en s'altérant finit par n'être plus composée
que de signes de convention ; il y eut une écriture propre-
ment dite et même une écriture cursive dont les préfaces,
et les lettres manuscrites offrent des exemples. L'idée que
chaque image offrait à l'œil se révéla à l'esprit par le seul
effet du son adapté au signe qui avait cessé d'être la représen-
tation des objets, une espèce de peinture. L'écriture, empri-
sonnée dans ses formes inflexibles, ne put s'assouplir; mais
elle s'enrichit de tous les appendices , de tous les mots auxi-
liaires appartenant à la grammaire de la langue parlée. Par
un lent travail, la parole, qu'il faut saisir au vol, qui vont
arriver vile et droit comme la flèche, communiqua à l'< '•< i i-
ture quelque chose de sa légèreté; et cela en lui faisant
adopter les seconds mots, les seconds termes (yen) , qui don-
nent la vie à la phrase.
Ce travail singulier n'est-il pas l'un des plus curieux
phénomènes de linguistique que la philologie puisse éttnl ■
Chex tous les peuples anciens, on aperçoit, à l'aurore <!e leur
civilisation , une langue solennelle , concise , en quelque
sorte monumentale , consacrée à l'expression des idées reli-
gieuses , et servant aussi à conserver le souvenir des faits qui
intéressent la nation. Le vulgaire ne l'entend pas; elle n'est
comprise que des savants, des initiés, qui lui attribuent pres-
que toujours une origine surnaturelle. Avec le temps, à
mesure que les peuples grandissent et que les rapports de la
famille, du commerce, de l'industrie deviennent plus éten-
dus; à mesure aussi que la fantaisie et le sentiment poétique
se font jour dans les esprits plus excités et plus actifs, la
parole acquiert une plus grande importance. La littérature.
faire traîner par de» cheraus en bon état . '<u tout «.implement K promener
»n bel érpnpapr
NOUVELLES ET MELANGES. 567
bien qu'elle tienne encore aux idées religieuses et aux tra-
ditions historiques, devient l'expression de la pensée popu-
laire partout vivante et qui bourdonne dans l'air comme les
insectes durant les nuits tropicales. La langue qui parle au
nom de tous, qui formule la pensée universelle, se substitue
à l'autre, laquelle devient en dernier ressort ce que nous
nommons une langue morte. Appelons donc ainsi la vieille
langue écrite de la Chine , avec d'autant plus de raison qu'elle
n'eut jamais qu'une existence factice, ce qui ne l'empêche
pas d'être rationnelle, logique et intelligible avec l'aide des
commentaires. On a cessé de l'écrire depuis bien des siècles
( si ce n'est pour les lettrés et dans des cas particuliers) ;
elle a fait place à celle qui exprime plus exactement la pa-
role, et le peuple chinois a eu lui aussi sa langue écrite, sa
littérature de fantaisie.
C'est là l'histoire de toutes les langues; en ce qui touche à la
parole et à l'écriture, les choses se sont passées en Chine comme
dans les autres pays de l'Orient. Les mêmes causes ont pro-
duit les mêmes effets. Le kouan-hoa, qu'on peut appeler la
langue vivante et à proprement parler littéraire du Céleste
Empire, demandait à être envisagé à part, à être distingué
de la langue ancienne ou kou-wen. En exposant les principes
généraux du kouan-hoa, M. Bazin en a rendu l'étude plus
facile, plus attrayante surtout, et a comblé en partie l'abîme
qui séparait le chinois des autres idiomes. Le seul mot de
grammaire implique la notion des diverses parties du dis-
cours et celle du rapport des mots entre eux. Lorsqu'il y a
grammaire , il y a une langue qui procède logiquement. Sous
un titre modeste , l'auteur de la Grammaire mandarine nous
a donné un livre rempli d'aperçus nouveaux, et dans lequel
il a su combiner avec discernement les observations qui sont
le résultat de ses longues et persévérantes études , et les notes
précieuses que, dans les savantes leçons de M. le professeur
Stanislas Julien, peut recueillir en abondance tout auditeur
attentif et assidu.
Th. Pavie.
;>68 JUIN 1857.
Introdvctwn à vétudb dm la la.vgve japonaise, parM.L.Léon
de Rosny. Paris, »857, in-4* (96 pages).
La plus ancienne des grammaires japonaises est celle que
le P. Jean Rodrigue/., de la compagnie de Jésus, composa en
portugais et qui fut imprimée l'an i6o4 à Nagasaki. Nous
apprenons de M. Abel-Rémusat que Rodriguez, après avoir
reconnu, selon toute apparence, les principaux défauts de sa
grammaire, en rédigea lui-même un extrait, où il chercha
surtout à disposer les matières dans un meilleur ordre \
C'est le manuscrit de cet extrait que M. Landresse, dans la
vue d'être utile, prit la peine de traduire du portugais en
français. Sa traduction est le premier ouvrage que publia , en
i8a5, la Société asiatique de Paris.
Aujourd'hui M. Léon de Rosny débute , par une Introduc-
tion à l'étude de la langue japonaise , dans la belle, mais in-
grate carrière qu'il se promet de continuer. Son introduction
est précédée d'une préface. L'auteur parle d'abord dans celte
préface de l'ouvrage du P. Rodriguez, et tout en applaudis-
sant aux intentions généreuses de In Société , il dit beaucoup
de mal de ce livre. Il oublie que ce missionnaire célèbre , mû
s'était mis en état de prêcher publiquement le christianisme
dans la langue du pays, remplit plusieurs fois les fonctions
d'interprète auprès de Taikosama et jouissait de l'estime gé-
nérale au Japon, puisque, d'après la notice de M. Abel-Ré-
musat, le P. Rodriguez fut excepté formellement de la pros-
cription générale prononcée contre les missionnaires en 1 597.
* L'auteur explique ensuite comment il s'est servi du Syo-gen-
ztho, dictionnaire japonais chinois publié par Siebold; com-
ment il s'est aidé des ouvrages laissés par les anciens mis-
sionnaires au Japon ; puis , indiquant d'autres sources dans
lesquelles il lui a été permis de puiser, il cite avec éloge les
publications de M. J. Hoffmann, de Leyde, et de M. Aug.
Pfizmaier, de Vienne. M. L. de Rosny a donc entrepris rai
' Abel-Rémusat, Nouveaux mélanges asiatiques , I. II, p. aa/i.
NOUVELLES ET MELANGES. 509
le japonais un travail analogue à celui que M. Conon de la
Gabelentz a exécuté sur le mandchou. C'est avec le puissant
secours du chinois qu'il a étudié la langue japonaise.
Mais il n'en est pas de cette langue comme du mandchou,
et nous devons convenir que l'Introduction à l'étude de la
langue japonaise exigeait un travail préparatoire extrême-
ment pénible. M. L. de Rosny ne s'en est pas effrayé. Son
premier chapitre, sur l'origine des Japonais, n'a pas beau-
coup de rapports avec la grammaire; mais le deuxième,
consacré à l'usage des caractères chinois , et surtout le troi-
sième, où il traite de l'écriture, valent mieux que le premier.
L'auteur expose le système compliqué de l'écriture japonaise,
syslème que le P. Oyanguren qualifiait autrefois d'artifice du
démon, ayant pour objet d'augmenter les peines des mi-
nistres du saint Evangile. Il se compose principalement du
kata-kana et du fira-kana, c'est-à-dire de deux syllabaires
que les Japonais ont construits avec quarante-sept caractères
chinois, lesquels formaient originairement une chanson. Le
kata-kana est fondé sur des caractères corrects; le fira-kana ,
le yamato-kana , Yirofa de Zyak-seô, etc., ont pour base des
caractères cursifs. Il y a aussi un man-yo-kana correct et un
man-yo-kana cursif. Au troisième chapitre , dans lequel on
trouve quatre planches d'une fort belle exécution, nous pou-
vons rattacher tout de suite les chapitres vi , vu et vin , qui
contiennent des renseignements sur la forme et la division
des livres japonais , un très-joli fac-similé des exercices de
lecture , une table des principales clefs chinoises , suivant la
forme ihsao ou cursive, une autre table des 2i4 clefs, avec
la transcription de chacune d'elles en caractères kata-kana,
sa prononciation japonaise , sa signification et le mot qui
répond au signe chinois dans la langue vulgaire. Du reste,
la transcription japonaise que l'on trouve partout dans l'ou-
vrage prouve que l'auteur, déjà exercé à la lecture du chinois,
s'est familiarisé avec les écritures du Japon.
La grammaire proprement dite est l'objet du quatrième
chapitre, qui occupe l\o pages in-4°. Ce chapitre forme la
570 JUIN 1857.
partie principale du travail. L'auteur t'est très -sagement
borné aux parties du discours. Il a étudié, la plume à In
main, comparé tous les textes japonais qui étaient à sa por-
tée ; mais ne s'est-il pas quelquefois trompé en décomposant
les phrases de ses textes? Je l'ignore. Étranger moi-même «
la connaissance du japonais, je ne saurais décider si M. L.
de Rosny est arrivé par sa méthode à une interprétation
exacte des valeurs qu'il assigne aux terminaisons et aux par-
ticules. L'ouvrage est terminé par un index des caractères
chinois contenus dans l'Introduction.
Que l'auteur n'oublie pas que c'est en se procurant des
textes et en les traduisant qu'il pourra perfectionner l'élude
de la langue japonaise. Dans l'Introduction qu'il vient de
publier, il a exposé les éléments de la langue, analyse les
parties du discours, fourni un assez grand nombre d'exem-
ples, choisis presque tous dans les auteurs originaux, assigné
a chaque mot sa signification, à chaque particule une valeur.
Il a enfin débrouillé le système de l'écrit me japonaise. C'est
déjà un assez beau result.it on doit lui en tenir compte.
A. Bazin.
ERRATA POUR L'ARTICLE DE M. GUERRIER DE DUMAST,
SDR LA PRONONCIATION DU t.
Page /»3i , ligne i8, lisez : dégénérescence, au lieu de dégéné
irscente.
Page M6, note 3, lisez : Grenade, au lieu de grenade.
TABLE DES MATIERES. 57ï
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE TOME IX.
MEMOIRES ET TRADUCTIONS.
Page» .
Recherches sur la Géographie ancienne de Ceylan, dans son
rapport avec l'Histoire de cette île. (M. Eugène Burnouf.). 5
Etudes assyriennes. — Inscription de Borsippa, relative à la
restauration de la Tour des langues , par Nabuchodonosor.
(M. J. Oppert.) 125
Etudes assyriennes. — Inscription de Borsippa, etc. (Suite.)
( M. J. Oppert.) 490
Etudes sur la Grammaire védique. Chapitre sixième. (M. Ré-
gnier.) 210
Notice des manuscrits zends de Londres et d'Oxford. (M. Eug.
Burnodf. ) 248
Études philologiques sur la langue kurde (dialecte de Soléi-
manié). (M. A. Chodzko.) 297
Étude sur le Sy-yéou-lchin-tsuen , roman bouddhique chinois.
(M. Théodore Pavie.) Premier article 357
Notices biographiques de quelques médecins , tirées d'un ou-
vrage arabe d'Assafady. Traduction française , accompagnée
de notes. (M. le Dr B. R. Sangcinetti.) 392
De l'état de la littérature chez les populations chrétiennes
arabes de la Syrie. (M. Reinaod.) 465
Note sur les Rubâ'yât de 'Omar Khaïyâm. ( M. Gabcin de
Tassy.) 548
NOUVELLES ET MÉLANGES.
Lettre de M. Saverio Cavallari, de Palerme , professeur d'archi-
tecture à l'Académie rlu Mexique , adressée à M. Reiuaud.
572 TABLE DE> MAT!
— titrait d'une lettre adressée j M. Hciiiaud par Madame II
baronne de Trenck de Tonder, née de llamnur l'nrgstall, à
l'occasion de la mort «le mhi para. — Me l rreligion oder das
entdeckte Uralphabet, von J. L. Sturdach. Stockholm, in-8*.
Premier cahier (J. M.). — leber die Poésie und Poetik der
Araber, von D* W. Ahlwardt. Gotha, i856, in-4*. — A
Grammar of the Pukhto , Piuhto , or the language of the Al
yhans, par !*• lieutenant Raverty. Calcutta, 1 856, in-8* (J. M. ).
Procès-verbal de la séance du 9 janvier 1857
Procès-verbal de la séance du i3 février 1857 2V-
Salman and Absal , an aUtgory, translatai Iroui the persian of
Jami. London, 1 856 , in-8*. (M. Garcih de Tassy. ) — Das
slavische Eigtnthum seit drtitausend Jahren , oder iiir/il Zrmla
testa , aber Zendaschta , das heisst das Ubenbringentlc Iiuch des
Zoroaster, von Ignauus Pietraszcwski. Berlin, 1867, in- 4*. Ca-
hier I. (J. M.) — Heise un die Erde nach Japon , par Ci. Heine.
I.cip/ig. i856 , in-8*, 2 vol. (J. M.) — Vergleickende Gram-
matik des Sanskrit , Send , Griechischen , Lateinischen , Allsla
v'uehen, Gothisehen and Deutschen , von F. Bnpp. Berlin,
i856, in-8*. vol. I, part. 1. ( J. M.). — Notification pour la
fondation d'un prix. (E. Nouai*. )
Procès-verbal de la séance du 1 3 mars 1857 42.'}
Smr la vraie prononciation du t, cktt Us Arabes. Lettre a M . Gar-
cin de Tassy. (M. P. Gctaana de Domast.) — Note sur les
progrès récents de la civilisation en Perte. (M. A. Kazem-
Bbc. ) — GHmpses of life and manners in Persia , by Lady Sbeil.
Londres, 1867, in-8 . (J. M.) — Numismatique ibe'rieme , prè-
eedit de reeherekes *mr l'alphabet et la langue des Ibères , par
M. Bouchard, de Béliers. (II. A. d'Abbadie.) — Fneyears in
Damascus , including an aoutint <>l lin liiotory, topogrnpli»
and antimoines of tbat city, with travcls and researclus in l'al-
utyra , Libanon and the Hauran , by IVev. I. I. Porter. 2 vol.
in-8*. Londres, i855. ( J. M.)
Procès-verbal de la séance du 8 mai 1857
Grammaire mandarine , on Principes généraux de la langue chi-
noise parlée, par M. A. Bazin. (M. Théodore Pavie.) — In-
troduction a l'étude de la langue japonaise , par M. L- Léou de
Bosny. Paris, 18^7, in-4*. ( A. Bazin, j
FIN DE LA TABLE.
JOURNAL ASIATIQUE
CINQUIÈME SÉRIE
TOME X
JOURNAL ASIATIQUE
on
RECUEIL DE MÉMOIRES
D'EXTRAITS ET DE NOTICES
RELATIFS A L'HISTOIRE, A LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES
ET A LA LITTÉRATURE DES PEUPLES ORIENTAUX
RÉDIGÉ
PAR MM. BAZIN, BIANCHI, BOTTA, CAUSSIN DE PERCEVAL, CHERBONNEAU, D'ECKSTEIN
C. DEFRÉMERY, L. DUBEUX, DULAUR1ER
GARCIN DE TASSY, GRANGERET DE LAGRANGE , STAN. JULIEN
MIRZA A. KASEM-BEG, J. MOHL, S. MUNK, REINAUD
L. AM. SÉDILLOT, DE SLANE , ET AUTRES SAVANTS FRANÇAIS
ET ÉTRANGERS
ET PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE
CINQUIEME SÉRIE
TOME X
PARIS
IMPRIMÉ PAR AUTORISATION DU GOUVERNEMENT
A L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE
M DCCC LVII
JOURNAL ASIATIQUE.
JUILLET 1857.
PROCÈS-VERBAL
DE LA SÉANCE ANNUELLE DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE
TENUE LE 24 JUIN 1857.
J^a séance est ouverte par M. Reinaud, président.
H est donné lecture du procès-verbal de la séance
de l'année dernière; la rédaction en est approuvée.
Est présenté et nommé membre de la Société :
M. le Dr Walter Behrnaoer , attaché à la Biblio-
thèque impériale de Vienne.
Les ouvrages suivants sont présentés.
OUVRAGES OFFERTS À LA SOCIÉTÉ.
Par l'auteur. The Jamma musjeed at Beejapore.
Photographied from the original drawings , by Con-
dall and Howlett. In-fol. Londres, i85y.
Par l'auteur. Codices orientales Bibliothecœ regiœ
Hafniensis. Part. 3; Copenhague, 1857, in-Zi°.
Parl'auteur. V Opuntia ou Cactus raquette d'Algérie,
par M. L. Léon de Rosny. Paris, 1 887, in-8°.
Par l'auteur. Traces de buddhisme en Norvège avant
l'introduction du christianisme, par Holmboë. Paris,
i857. in-8°.
6 JUILLET 1857.
Par l'auteur. Lettre à M. Léon de Rosny, sur l'Ar-
chipel japonais et la Tartarie orientale, par ie 1\ i •
Furet, missionnaire apostolique au Japon. Paris,
1857, in-8°, avec carte.
Par l'auteur. Principes de grammaire générale, par
Saint-Hubert Théroulde. Paris, 1857, in-8°.
Par l'auteur. Grammaiica sanscrita di Giovanni
Flechia. Turin, i856, in-8°.
Par l'auteur. La silhouette du jour. Abus , vices ,
travers, ou les souhaits d'un bonhomme a ses con-
citoyens, par Dvitiya Dumanas, vaisiya de Benarès.
Paris, 1857, in-8°.
Par l'auteur. R. Jehuda ben Koreisch , Tikaretensis
Africani, ad synagogam judieorum civitatis Fez Epistola
de studii Targnm utilitate et de linguœ chaldaiar, mis-
nicœ, talrmidiac, arabicas , vocabulorum item nonnul-
lorum berbaricorum convenientia cuni hebrœa. Texttun
arabienm litteris hebraicis exaratum.... Nunc primum
ediderunt J. J. L. Barges et D. B. Goldberg. Paris.
i857, in-8°.
Par les éditeurs. La colombe du Massis. Janvier à
mars 1857, in-/j°.
Par un anonyme. Revue de l'Orient. Avril et mai
i857, in-8°.
Par M. Garcin de Tassy. La spoliation d'Oudh, tra-
duit de l'anglais du major R. W. Bird. Londres,
i857,in-8°.
Par la Société. Bulletin de la Société de géographie.
Avril et mai i857,in-8°.
Par la Société. Denkschriften der Kaiserlichen Aka-
OUVRAGES PRÉSENTÉS. 7
demie der PVissenschaften. Philosophisch-historisch.
Classe. Vol. VIL i856,in-4°.
Par la Société. Journal of the asiatic Society of Ben-
gal.N°\I, i85y, in-8°.
Par la Société. Index to volâmes i-xxm of the Asia-
tic Journal. Calcutta, i856, in-8°.
Par l'Académie. Sitzungsberichte der K. Akademic
der fVissenschaften. Tom. XX et XXI. Notizenblatt ,
i856, in-8°. "
Par l'auteur. Constantine et ses antiquités, par M. A.
Cherbonneau. In-8°.
M. Mohl, secrétaire de la Société, donne lecture
de son rapport annuel.
M. Guigniaut donne lecture du rapport des cen-
seurs sur les comptes de i856. La commission pro-
pose l'adoption de ces comptes, et des remercîments
à adresser à la commission des fonds et à M. Charles
Malo, agent de la Société. Ces propositions sont adop-
tées.
M. Reinaud lit un mémoire sur l'état actuel de la
littérature arabe en Syrie.
On procède à l'examen des votes; il y a vingt-six
bulletins de vote; le résultat du scrutin est :
Président : M. Reinaud.
Vice-présidents : MM. Caussin de Perceval , le duc
DE LuYNES.
Secrétaire : M. Mohl.
Secrétaire adjoint : M. Bazin.
8 JUILLET 1857.
Trésorier : M. Lajard.
Commission des fonds : MM. Garcin de Tassv,
Mohl, Landresse.
Membres du Conseil : Dubeix, Sédillot, Pavie,
Pavet de Courteille, l'abbé Barges, Defrémery,
Régnier, Noël Desvergers.
Bibliothécaire : M. Kazîmirski de Biberstein.
Bibliothécaire adjoint : M. Léon de Rosny.
Censeurs : MM. Bianciii, Gcigniaut.
TABLEAU
DU CONSEIL D'ADMINISTRATION
COHroaMiMtNT AIX NOmMATIOM fAITIS DAtt» L'AStEMBLKt uÉNhlULI
DO ih JUIN |857.
PRÉSIDENT.
M. Rbinacd.
I h.K l'UKSIDENTS.
MM. Caussin de Perceval, le duc de Luynes.
SECRÉTAIRE.
M. Mohl.
ItÉTAlHE ADJOINT.
M. Bazin.
TRÉSORIER.
M. Lajard.
TABLEAU DU CONSEIL DADMINISTRATIOiN.
COMMISSION DES FONDS.
MM. Garcin de Tassy, Mohl, Landresse.
MM. Dureux.
SÉD1LLOT.
Pavie.
PavetdeCourteille
L'abbé Barges.
Defrémery.
Régnier.
Noël Desvergebs.
DuLAURIER.
De Saulcy.
Troyer.
De Slane.
Lenormant.
MEMBRES DU CONSEIL.
MM. Ampère.
Grangeret de La-
grange.
Lanceread.
De Longpérier.
Renan. *.
Stanislas Julien.
Hase.
Perron.
Derenrourg.
Foucaux.
Sanguinetti.
BIBLIOTHECAIRE.
M. Kazimirski de Birerstein.
BIBLIOTHÉCAIRE ADJOINT.
M. Léon de Rosny.
CENSEURS
MM. BlANCUl, Gl'HiNIÂUT.
10 JUILLET 1857.
RAPPOKT
SUR
LES TRAVAUX DU CONSEIL DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE,
PENDANT L'ANNÉE 1856-1857,
FAIT À LA SÉANCE ANNUELLE DE I i < > l m i
le a£ juin 1857,
PAR M. JULES MOHL.
Messieurs ,
La Société a poursuivi pondant l'année dernière
le cours de ses travaux sans interruption, quoique
un peu plus lentement qu'elle n'avait espéré. Votre
Journal a continué à publier des mémoires sur les
sujets orientaux les plus variés. M. Pavie y a com-
mencé à vous donner l'analyse détaillée d'un de ces
romans mythologiques des bouddhistes chinois, qui
forment un côté si singulier de la littérature chi-
noise. M. Bazin continue à vous communiquer la
suite de ses études sur les parties les plus curieuses
de l'organisation de l'empire chinois, dans lequel,
au milieu de différences si profondes qui le séparent
du reste de l'humanité, les besoins d'une grande so-
ciété civile ont fait naître des établissements sem-
blables aux nôtres, différents dans la forme, mais
RAPPORT ANNUEL. 11
identiques dans ie but. La grande difficulté que l'on
rencontre, quand on veut intéresser i'Europe à la
Chine, gît dans l'étrangeté des formes extérieures et
dans le son inaccoutumé des noms d'hommes et de
choses; mais, quand on pénètre au-dessous de cette
surface qui nous étonne , on trouve une civilisation
qui ressemble bien plus à la nôtre que celle-ci ne
ressemble à la civilisation des Hindous , des Grecs et
des Sémites, quoique nous soyons descendants des
Hindous , que nous ayons emprunté notre civilisation
aux Grecs, et que nous ayons adopté les idées mo-
rales et religieuses des Sémites. Il n'y a pas de meil-
leure méthode , pour créer en Europe un intérêt pour
la Chine, que d'exposer les côtés humains, ou, pour
mieux dire, européens de son développement moral
et social : c'est ce que tente M. Bazin , en faisant passer
successivement devant nos yeux l'histoire des grands
établissements chinois. Ceux dont il a traité cette
année dans votre Journal sont : les Ordres religieux en
Chine, le Collège médical de Pékin et l'Académie de
Pékin, dont il doit- vous entretenir dans cette séance
même.
M. Sanguinetti nous a donné la fin de ses extraits
de V Histoire des médecins arabes par Ibn Abi Osei-
biali, qu'il a fait suivre de biographies semblables
tirées de l'ouvrage d'Assafady. M. Cherbonneau a
traité de l'Histoire de la conquête de l'Espagne par les
Arabes, d'après Ibn al-Kouthya, et M. Defrémery
de YHistoire de la secte des Assassins. M. Régnier a
continué son beau travail sur la Grammaire du Rig-
13 JUILLET 1857.
rcda, et la famille de M. Biirnouf nous ;i permis
d'enrichir le Journal de quelques travaux de ce grand
vivant, sur la Géographie de l'île de Ceylan, et sur les
Manuscrits zends des bibliothèques publiques de l'Angle-
terre.
M. de Uougé nous donne l'interprétation et le
commentaire détaillé de la grande stèle égyptienne
qui avait servi à l'Imprimerie impériale de tpécmieii
de ses caractères hiéroglyphiques a l'Exposition uni-
verselle. M. Opperta commence la publication d'un
travail considérable sur l'Inscription de ISabuchodo-
nosor à Ihrsippa : c'est la première fois que parait la
traduction complète et l'analyse, accompagnée de
preuves, d'un monument assyrien; enfin, M. Chodzko
nous a offert, sur le dialecte curieux et encore tffftl
imparfaitement connu des Kurdes, les matérânil
que ses voyages et des études postérieures lui oui
permis de rassembler.
La Société a publié le Précis de législation musul-
mane par S'nli filais, que M. le Ministre de la guerre
nous a demandé. Nous espérons que les soins de
l'éditeur, M. Richebé, la surveillance du Président
de la Société, et la révision des épreuves par les
juges arabes des tribunaux d'Algérie auront assure
la pureté du texte et la correction de l'impression;
si plus tard on trouvait quelques imperfections , noih
serions en mesure d'y remédier dans les tirages sui
vante. On a employé dans cette édition les caractères
magrebins, pour se conformer aux usages et aux
RAPPORT ANNUEL. 13
préférences des Arabes d'Alger; je ne sais s'il n'est
pas à regret 1er qu'on perpétue, par leur emploi ty-
pographique, cette forme de lettres peu gracieuse,
qui tend à séparer les Arabes africains de la litté-
rature du reste de leur race. La différence entre
l'écriture africaine et le neskbi est en apparence peu
considérable; mais, en pareille matière, même un
petit obstacle devient important; on peut s'en assu-
rer en observant combien de difficultés les hommes
des nations latines trouvent à s'accoutumer à la lec-
ture de livres imprimés en caractères gothiques,
malgré le peu de différence entre ces lettres et les
lettres latines. Dans tous les cas, vous avez rendu
un véritable service à la littérature orientale et à
l'administration de l'Algérie, en publiant le texte
de ce célèbre traité de législation.
Votre Collection d'ouvrages orientaux n'a pas fait au-
tant de progrès que nous l'aurions tous désiré; mais
le quatrième et dernier volume d'ïbn Batoutah est
sous presse. MM. Defrémery et Sanguinetti ont livré
la copie entière du texte et de la traduction , et l'im-
pression sera, sans aucun doute, terminée dans
l'année, car il y a aujourd'hui un tiers du volume
en composition.
Le premier volume de Masoudi n'a pas encore
pu être achevé, M. Derenbourg ayant, à son grand
regret, été occupé à d'autres travaux; nous avons
tout espoir que cette publication importante pourra
dorénavant marcher plus rapidement. Le Conseil a
songé en même temps à remplir la place que l'achè-
14 JUILLET 1857
rement prochain d'Ibn Batoutah laissera libre dans
la série de vos publications; il a pense que la So-
ciété ne pouvait trouver un ouvrage plus utile, dans
l'état actuel de nos études, que le Fihrht d'Ishak al-
Nedini , ouvrage du iv* siècle de l'hégire et très-riche
en renseignements sur les premiers siècles de U lit-
lÉfature arabe et sur l'histoire des Bectes pendant
les premiers temps de l'islam. Le petit nombre
manuscrits de ce livre qui se trouvent en Europe,
et leur médiocre qualité, eu rendent la publication
particulier, ment difficile et laborieuse; néanmoins
votre Conseil a pensé que la profonde connaissance
de la langue et de l'histoire littéraire des Arabesque
possède M. deSlane le mettrait en étal de vaincre ces
obstacles, et il l'a prié de se charger de cette publiée
tion.M.deSlaneavait bien voulu accepter cette pro
position, mais il apprit, bientôt après, que M. Flûgel
l prépare depuis longtemp- une édition du lulirisl
et pensai! I la publier; M. deSlane jligei Wfëë raison
qu'il devait suspendre son travail, pour ne le n
prendre que dans le cas où M. Flûgel abandonnerait
son plan. Il est évident que l'intention de la Société
ne peut jamais être de se mettre en concurrence
avec les entreprises libres des savants, et que notre
but doit être uniquement de faciliter les publications
qui ne pourraient pas paraître sans l'aide d'une asso-
ciation. C'est ainsi que nous avons renoncé à la pu
biication du texte de Mawerdi, lorsque nous avons
appris que M. Enger s'en occupait; et c'est ainsi en-
core que l'impression de la Vie de Mohammed par
RAPPORT ANNUEL. 15
Lbn Hischam, qui devait entrer dans la Collection
de la Société, a été suspendue, parce qu'un savant
allemand , très-honorablement connu par ses publi-
cations d'ouvrages arabes, nous a fait part de son
intention de publier le texte de cet ouvrage. La
même courtoisie que nous exerçons envers d'autres
a été exercée envers nous-mêmes par M. Lees, qui,
non-seulement a renoncé à une édition de Masoudi,
qu'il projetait quand il a appris l'intention de la So-
ciété d'en publier une, mais qui nous a encore pro-
curé le manuscrit qui devait faire la base de la sienne.
Ainsi, sur cinq ouvrages dont la Société se proposait
la publication, il y a eu quatre cas de concurrence,
ce qui pourrait étonner, quand on pense à tout ce
que la littérature orientale offre de travaux, et au
nombre limité des savants qui s'en occupent. Mais
on peut se convaincre aisément que c'est dans la na-
ture des choses et le résultat de la même loi selon
laquelle presque toutes les découvertes se font simul-
tanément par deux ou trois personnes. Quand le
progrès naturel d'une science a rendu possible ou
plus facile une découverte, ou quand il a rendu dé-
sirable la possession de certains matériaux, il faut
s'attendre à ce que le même besoin frappe divers es-
prits. Ainsi, dans notre cas, des publications qui, il
y a vingt ans, auraient paru mutiles ou impossibles,
deviennent nécessaires, et il est naturel qu'on s'en
occupe de plusieurs côtés : ce n'est qu'une preuve que
leur temps est venu. Seulement, dans une science
comme la nôtre, où les formes et les moyens dispo-
M JUILLET 1857.
nibles 100I toujours infiniment au-dessous du besoin
et de la grandeur du but qu'il faut atteindre, cette
eonvergence des travaux sur un même point est une
chose regrettable; nous avons trop à faire, et nous ne
pouvons rien faire sans trop de sacrifices, pour que
nous ne devions regretter toute déperdition de travail
et qu'il ne soit de notre devoir de chercher de* moyens
pour l'éviter. La Société, par ses habitudes de pu-
blicité, a pu, dans les cas qui se sont présentés,
échapper à tout conflit et presque à toute perte de
temps. Cet exemple serait, je crois, bon à suivre
en général. Si chaque orientaliste qui a l'intention
de publier un texte ou une traduction annonçait
son plan dans un des journaux des sociétés a>i;i
tiques, et s'il ajoutait l'énumération des matériaux
qu'il a à sa disposition, il y trouverait deux avan-
tages : il avertirait ceux qui avaient pensé au même
ouvrage, et il est probable qu'il recevrait des indi-
cations de matériaux qui , sans cela , peuvent lui res-
ter inconnus.
Il serait bien entendu qu'une pareille annonce ne
créerait à personne un droit de monopole sur un au-
teur; mais elle suffirait pour prévenir les inconvé-
nients d'une concurrence involontaire, et, si l'on
voulait s'en servir dans un esprit d'accaparement
indiscret, la publicité même de ces prétentions les
ferait échouer. Il est peut-être inutile do dire (m'en
faisant cette proposition je n'entends parler que
d'éditions et de traductions , et non pas de travaux
d'esprit sur des sujets orientaux; car, pour ceux-ci ,
RAPPORT ANNUEL. 17
toute concurrence est bonne, et ne peut que servir
à éclaircir une question sous tous ses côtés , et la
science n'avance jamais plus rapidement que par
l'influence d'un conflit de ce genre. Avec ces restric-
tions, je ne doute pas que tous les journaux asia-
tiques ne prêtent avec plaisir l'aide de leur publicité
à ces annonces et aux correspondances auxquelles
elles pourront donner lieu.
La Société a fait, pendant l'année dernière, des
pertes très-sensibles par la mort de quelques-uns de
ses membres ; mais la plus regrettable de toutes est
celle de M. le baron de Hammer Purgstall, mort le
2 3 novembre de l'année dernière, à l'âge de quatre-
vingt-deux ans. C'était le doyen de la littérature orien-
tale, le premier associé étranger que la Société ait
tenu à honneur d'inscrire sur sa liste, et le plus zélé,
le plus fertile et le plus célèbre des hommes qui se
sont voués, de notre temps, à la culture des lettres
orientales. Permettez-moi de dire quelques mots sur
la carrière littéraire d'un savant dont la mort a laissé
une aussi grande lacune dans la science. Je ne par-
lerai pas de sa vie , je n'aurais pas l'espace nécessaire,
même pour les matériaux fragmentaires que je pos-
sède, et elle va être écrite en détail, d'après ses pro-
pres papiers, par un de ses amis à Vienne. Il suffit
de dire que M. de Hammer était né à Gratz , en
Styrie, en 17 7/1, qu'il entra de bonne heure dans
la carrière diplomatique, et qu'il passa sa jeunesse
et une partie de son âge mûr dans le Levant, et le
18 JUILLET 1857.
reste à Vienne, comme interprète de l'empereur, <i
plus tard, comme premier président de l'Académie
de Vienne, qui lui devait en grande partie sa fon-
dation. C'était un homme généreux, franc jusqu'à
1 imprudence, hardi, bouillonnant d'esprit, aimable
jusqu'à la coquetterie, doué d'une faculté de tra-
vail rare, ambitieux dans les grandes et les petites
choses, et d'une vivacité inconcevable, vivacité qui
fut la source de sa bonne et de sa mauvaise for-
tune, qui ne la jamais quitte jusqu'au moment de
sa mort, et l'a entraîné dans des discussions inter-
minables, qui ont bien souvent troublé sa vie et
entravé ses plans les plus chéris, mais qui n'ont
certainement pas laissé dans l'esprit de ses adver-
saires un sentiment durable d'amertume.
Il entra très-jeune dans l'Académie orientale,
que le gouvernement autrichien venait de fonder à
Vienne, et commença sa carrière littéraire à vingt
deux ans, par la traduction d'un poëmc turc sur la
(in du monde. Après ce début , il passa huit ans en
Orient, sans rien faire paraître, mais livré à des
études très-sérieuses, dont le premier fruit fut une
Encyclopédie des sciences des musulmans, qu'il pu-
blia, en i8o4 , avec une certaine timidité et sous le
voile de l'anonyme. A partir de ce moment, il suivit
résolument la voie qu'il s'était ouverte , et continua ,
pendant plus de cinquante ans, à instruire et à éton-
ner l'Europe savante par une succession incessante
d'ouvrages sur les sujets les plus divers, et composés
dans presque toutes les langues de l'Europe. Tout ce
RAPPORT ANNUEL. 19
qui touche à l'histoire , à la littérature et à la science
des peuples musulmans était de son domaine; il fit
paraître, en 1 80 5 , en anglais, un ouvrage sur les an-
ciens, alphabets orientaux; en 1 806 , un Mémoire sur
l'influence de l'islam , et commença, en 1 809 , la pu-
blication des Mines de l'Orient, dont il publia successi-
vement six volumes in-folio. Ces premiers essais furent
suivis, à de courts intervalles, par un ouvrage en
deux volumes surl'Organisationde l'empire turc, par
l'Histoire des Assassins , par un Mémoire sur les Tem-
pliers, par l'Histoire de l'Empire Ottoman , en dix vo-
lumes , tirée en grande partie de sources originales
inconnues auparavant; par la Galerie biographique
des grands hommes de l'islam , en six volumes ; par la
Description de l'administration du khalifat , par la tra-
duction des voyages d'Evlia Effendi , par l'Histoire de
la Horde-d'Or et celle des Mongols de Perse; enfin ,
par l'édition et la traduction de l'Histoire des Mon-
gols, par Wassaf, ouvrage de prédilection de M. de
Hammer, qui était également charmé des bonnes et
des mauvaises qualités de cet auteur. La mort l'a em-
pêché de terminer cette publication , et ce serait un
acte de gracieuse reconnaissance de la part de l'Aca-
démie de Vienne de continuer cet ouvrage, dont le
manuscrit, si je ne me trompe pas, est achevé de-
puis vingt ans. Je ne mentionne pas un grand nombre
de travaux historiques de M. de Hammer qui ont
paru dans les Mines de l'Orient , dans les Annales de
Vienne, dans les Annales de Heidelberg, dans notre
Journal asiatique , dans les Mémoires de l'Académie
20 JUILLET 1857.
de Vienne, et dans d'autres recueils académiques on
littéraires. Ces ouvrages historiques paraissaient m
devoir lui laisser aucun temps pour d'autres travaux .
mais ils ne formaient qu'un coté de son activité lit
téraire, et ses publications sur les lettres orientales.
et surtout sur la poésie , sont tout aussi nombrci
et presque aussi volumineuses que ses ouvrages lus
toriques. Il a publié des traductions en vers de Hafiz,
de Motenebbi, de Baki, du Gulschcnraz et d'Ibn al
Faridh; l'Histoire de la poésie persane, celle de la
poésie turque, en quatre volumes; enfin, cet ouvrage
monumental sur l'Histoire de la littérature arabe.
dont il a paru sept volumes in-4°, et que la mort de
l'auteur a interrompu. Pour ne pas trop allonger
cette liste de titres, j'omets nombre de travaux sur
les sujets les plus divers, qui, par eux-mêmes, eus
sent suffi à l'activité et à la renommée d'un homme
de lettres, et je ne dirai quelques mots que de l'His-
toire de la littérature arabe, parce que c'est un livre
entrepris et continué dans des circonstances sans
exemple dans l'histoire littéraire. M. de Hammer
avait toujours eu le dessein de terminer sa carrière
par une nouvelle édition de l'ouvrage par lequel il
l'avait commencée réellement : l'Encyclopédie des
sciences des musulmans. Mais il voulait la faire pré
céder d'une histoire des lettres arabes, pour débar-
rasser son sujet de tous les détails biographiques et
bibliographiques qui auraient interrompu sans cesse
l'exposé des faits scientifiques. Il se détermina, à l'âge
de soixante et seize ans, à commencer une Histoire
RAPPORT ANNUEL. 21
littéraire des Arabes, qui devait comprendre douze
volumes in-k0, et contenir la biographie des auteurs
arabes , les titres de leurs ouvrages et l'indication de ce
qu'ils contiennent, d'après les manuscrits eux-mêmes,
ou, à leur défaut, d'après les ouvrages biographiques,
bibliographiques et encyclopédiques des Arabes; en-
fin, une traduction en vers allemands de spécimens
de tous les poètes mentionnés dans l'ouvrage. Cet
immense livre , qui pouvait effrayer l'homme le plus
jeune et le plus ardent, ne devait donc former que
l'introduction et les préliminaires de l'encyclopédie
des sciences des musulmans. Je ne sais si l'auteur
avait lui-même l'espoir sérieux d'aller jusqu'au bout
de cette entreprise, mais il se croyait sûr d'achever
l'histoire littéraire, et quand on voyait la régularité
avec laquelle il publiait, année par année, un de ces
gros et laborieux volumes , on était entraîné à par-
tager sa confiance dans sa force et sa vie. Il était na-
turel qu'on crût qu'il se faisait aider par des secré-
taires , qui auraient préparé le travail et fourni des
notes; mais j'ai eu le plaisir de passer, en i852,
quelques semaines chez lui , en Styrie , et j'ai vu avec
admiration qu'il faisait son travail tout seul , n'ayant
auprès de lui aucun homme de lettres, et que toute
l'aide qu'il réclamait consistait dans le service d'un
valet de chambre , à qui il dictait quand , vers sept
heures du matin , sa main était fatiguée de tenir la
plume.
Une production si rapide et si incessante avait né-
cessairement ses inconvénients; elle ne laissait pas
22 JUILLET 1857.
toujours à M. de Ilammer le temps de tout vérifia
et de tout revoir, ni d'effacer les inexactitudes qu'un
premier jet amène toujours avec lui. On a usé et
abusé contre lui du droit de critiquer ce moque de
soins, et, dans les nombreuses attaques littéraires
auxquelles il s'est trouvé exposé, on lui a reproché
ces inexactitudes plus qu'elles ne le méritaient; car il
n'avait pas toujours tort, et je le trouve plus généra-
lement exact qu'on n'a l'habitude de le dire. Ses ou-
vrages avaient d'autres défauts; il avait fait une partie
de son éducation en Orient, et avait pris goût au
style coloré des auteurs musulmans, même de ceux
de la décadence, et il aimait a reproduire leurs com-
paraisons, leurs jeux de mots et de nombres, leurs
allitérations et tous leurs artifices de langage, plus
que ne le comportent les habitudes européennes. Ce
défaut n'était pas sans compensation, car un pareil
tour d'esprit lui facilitait l'intelligence de ces mêmes
raffinements chez les auteurs orientaux, et ce n'est
pas un petit avantage pour le traducteur de tant de
poètes musulmans et de prosateurs comme Wassaf.
Mais cette habitude de penser comme les Orientaux
a exercé sur l'esprit de M. de Hammer une influence
qui va plus loin que le style , et a produit chez lui des
défauts de méthode tels qu'on en trouve souvent
chez les auteurs musulmans. Quiconque s'est servi ,
par exemple , de son Histoire de la poésie persane
ou de son Histoire de la littérature arabe, saura ce
que je veux dire, sans que j'aie besoin d'entrer dans
plus de détail
RAPPORT ANNUEL. 23
Mais ce n'est pas par ses côtés faibles que nous
devons juger un homme dont le savoir immense et
l'originalité d'esprit auraient fait pardonner des dé-
fauts plus grands. Au temps de sa jeunesse, l'étude
des lettres orientales dans toute l'Europe n'était en-
core qu'un auxiliaire de la théologie , et l'on n'y atta-
chait d'autre importance que celle qui dépendait de
l'usage qu'on pouvait en faire pour l'interprétation
de la Bible. M. de Hammer fut le premier à faire,
en Allemagne , ce que Sir W. Jones avait fait , avant
lui , en Angleterre , c'est-à-dire , à traiter les littéra-
tures orientales comme un objet d'étude pour elles-
mêmes , comme ayant leur valeur à elles, et tout à fait
indépendante de toute application à la théologie. Il
n'a jamais dévié de cette route, et, par un travail
incessant, il a répandu par ses ouvrages plus de faits
sur l'histoire et les idées des trois principaux peuples
musulmans que personne avant lui. Il n'y a pas une
partie de l'histoire morale ou politique des Arabes,
des Persans ou des Turcs dont on puisse s'occuper
aujourd'hui sans avoir recours à ses ouvrages ; on peut
avoir besoin de vérifier l'exactitude de ses traduc-
tions, on peut critiquer sa méthode, on peut trou-
ver trop orientale la forme de ses livres; mais per-
sonne ne peut se dispenser de s'en servir.
Les autres sociétés qui s'occupent de l'Orient ont
eu envers nous, pendant l'année dernière, les bons
procédés auxquels elles nous ont habitués, et nous
ont communiqué les travaux qu'elles font paraître.
34 JUILLET 1857.
La Société asiatique de Londres, la Société oriental»
allemande, les Sociétés géographiques de Paris M
de Londres, la Société orientale américaine, la So-
ciété des sciences de Batavia , nous ont envoyé la
continuation de leurs publications. La Société de
Calcutta a achevé le volume XXIV de son Journal ,
a public un index des vingt premier! volumes, ri
nous a envoyé quelques cahiers, récemment publiés,
de sa Bibliotheca indica. Malheureusement cette
belle collection va subir un temps d'arrêt. La So-
ciété, dans son excès de zèle, avait dépassé le crédit
alloué pour cette publication, ce qui a fourni au
gouvernement l'occasion de s'occuper de la manière
dont elle a été conduite jusqu'ici. La Compagnie des
Indes a trouvé que l'on avait donné une place trop
grande aux ouvrages arabes, qu'elle juge d'un in-
t médiocre pour l'Inde, et elle exprime le défit
que, lorsque l'état des fonds permettra la repris
des impressions, on ne les emploie plus que pour
entreprendre des publications en sanscrit. Cette èé
eision paraîtra regrettable à beaucoup de personnes;
car, si importante que soit la littérature sanscrite,
tant pour les écoles indiennes que pour la science
européenne, et si nécessaire qu'il soit qu'on la rende
accessible à l'aide de l'imprimerie, il n'en est pas
moins évident que les ouvrages arabes sont la véri-
table source du savoir pour toute la population mu-
sulmane de l'Inde, et qu'il faut pourvoir ses écoles
de livres arabes, si l'on veut maintenir une éducation
littéraire chez elle, si l'on vput avoir des juges mu-
RAPPORT ANNUEL. 25
sulmans instruits, et surtout si l'on veut améliorer
les méthodes d'enseignement et donner ainsi à la
jeunesse les moyens de dépasser les connaissances
traditionnelles de ses pères. Aussi longtemps que
les écoles d'un peuple sont réduites à l'usage des
manuscrits, on peut être sûr qu'elles consumeront
les meilleures années de la vie des étudiants à leur
faire apprendre laborieusement les rudiments des
sciences, et qu'elles les tiendront assez longtemps
sur leurs bancs pour que toute idée de sortir de l'or-
nière se soit évanouie -, mais quand l'usage des livres
imprimés, plus corrects, plus faciles à trouver, et in-
finiment meilleur marché que les manuscrits , permet
aux élèves de faire des progrès, même indépendam-
ment du maître et de ses leçons orales, il leur reste
du temps et de l'ardeur pour aller au delà de la rou-
tine et de cet enseignement banal qui ne produit
aujourd'hui, dans toutes les écoles de l'Orient, que
du pédantisme grammatical et scolastique, et des
puérilités de versification. Si les gouvernements eu-
ropéens veulent accélérer la marche de l'instruction
chez leurs sujets musulmans, il faut rendre le savoir
arabe plus facile à acquérir, et ensuite greffer sur
ce tronc indigène les sciences européennes. Il est
impossible d'ôter aux nations musulmanes leur res-
pect , presque superstitieux , pour la littérature arabe,
et ce n'est pas en la négligeant officiellement qu'on
la leur fera oublier. C'est un obstacle immense qui
s'oppose à leurs progrès ; mais il faut l'aborder de front,
et c'est en la faisant connaître plus facilement qu'on
M JUILLET 1857.
pourra en démontrer l'insuilisance. Si doue les fonds
que la Compagnie des Indes alloue aujourd'hui pour
l'impression d'ouvrages orientaux ne suffisent pas
pour y comprendre des ouvrages arabes, elle devrait
augmenter la somme; et comme c'est un gouverne-
ment très-libéral, il le fera aussitôt que cette con-
viction aura pénétré dans les esprits. Déjà aujour-
d'hui elle a assigné des fonds pour l'impression de la
Collection d'historiens persans de l'Inde, dont M. El-
liot avait «fait le plan, et M. Bayley est chargé de
commencer par une édition du Tabakati Nasri.
Je devrais maintenant vous soumettre la liste des-
criptive des différents ouvrages orientaux qui ont
paru depuis notre dernière séance, mais l'état de
ma santé ne m'a pas permis de consacrer à cette
tàehe le temps qu'elle exige , même pour être rem-
plie de la manière incomplète que votre indulgence
a bien voulu tolérer jusqu'à présent. Je le regrette
très-sincèrement , car il a paru un nombre d'ouvrages
importants, sur lesquels j'aurais été heureux d'at-
tirer votre attention. J'espère y revenir l'année pro-
chaine; pour aujourd'hui, permettez-moi de ter-
miner par quelques réflexions sur l'état, les besoins
et le rôle de la littérature orientale, que la vue de
tant d'ouvrages, tirés de tant de langues, et produits
dans une seule année, a fait naître.
La littérature orientale a conquis aujourd'hui
toute l'indépendance dont elle a besoin; elle a pris
possession dans toute son étendue du champ que
RAPPORT ANNUEL. 27
la nature des choses lui assigne; et, quoiqu'elle soit
très-loin d'avoir atteint tout son développement inté-
rieur, et qu'elle n'ait encore dit son dernier mot sur
aucun sujet, elle est devenue l'auxiliaire nécessaire
de toutes les sciences historiques dans le sens le plus
étendu du mot. Je n'ai pas besoin de parler de son
influence sur la théologie , qu'elle touche et enserre
de tous côtés. Toute religion vient de l'Orient, et la
théologie dépend des études orientales par deux de
ses côtés les plus importants , par l'interprétation de
la Bible et par l'histoire des idées religieuses , histoire
qui ne peut naître que des études orientales et qui,
aujourd'hui même, ne fait que poindre et commen-
cer. L'étude de l'antiquité doit à la littérature orien-
tale une réforme très-considérable; elle a compris
la vérité du sentiment de Platon, que les Grecs étaient
des enfants; elle a dû chercher en Orient l'origine
des symboles, des idées, des langues et des sciences
des anciens; elle a reçu de la grammaire sanscrite
l'explication des formes des langues classiques et les
raisons de leurs règles, et la philologie classique a
appris que les lois qu'elle supposait être celles du
langage humain n'étaient point universelles, et sa
vaine grammaire générale a été remplacée par la
grammaire comparée. L'histoire universelle ne com-
mence à mériter ce nom que depuis que la littérature
orientale a élargi sa base , en lui fournissant les moyens
de comprendre dans son cadre tous les peuples qui
ont exercé de l'influence sur les destinées de l'hu-
manité et chez lesquels s'est développée une civili-
28 JUILLET 1857.
nation quelconque; son point de vue s'est agrandi;
son jugement est devenu plus sur par le nombre et
le contraste des faits dont elle peut tenir compte, et
elle tend de plus en plus à devenir l'histoire de l'hu-
manité plutôt que celle de quelques conqiu raotl 1 4
de leurs batailles. Tous les jours, l'étude des laits de
civilisation et celle des institutions, du caractère et
du développement des races occupent une place plus
ji inde dans l'histoire, et les peuples qui n'ont pas
influé directement sur le sort de l'Europe repren
dront leur place légitime dans l'histoire. Ou lei ;»N.<ii
H lus parce qu'on ne les connaissait pas, parce
qu'ils ne nous ressemblent pas, et qu'ils s'étaient
formés en dehors de notre influence; niais on sera
obligé de les étudier avec d'autant plus d'intrn t
que leur organisation sociale ressemble moins à la
notre. Il y a longtemps (pie la poésie orientale il
tire l'attention de l'Europe; l'Ancien Testament lui
lit donné droit de cité chez nous et n'a\ait pas
permis de la négliger. Il en sera de même de tontes
les branches de l'activité de l'esprit. Qui pourrai!,
aujourd'hui, écrire une histoire du droit et faire
abstraction de la législation indienne, chinoise < l
arabe? Qui pourrait s'occuper des municipes ro-
mains ou du moyen âge et ne pas étudier ceux <lr
l'Inde? Qui \oudrait traiter de l'histoire de l'ait
grec et refuser de s'éclairer par ce que les Babylo-
niens, les Égyptiens et les Assyriens ont fait avant
les Grecs? Qui pourrait entreprendre l'histoire des
mathématiques sans connaître les progrès que les
RAPPORT ANNUEL. 39
Chinois, les Indiens et les Arabes ont faits dans les
sciences?
L'industrie elle-même commence à nous inter-
roger sur les procédés des Orientaux et à en faire
son profit; et l'économie politique, quand elle se
sera mise d'accord sur les faits qui se passent sous
ses yeux, ne tardera pas à nous demander compte
des expériences que les peuples de l'Asie ont faites
en matière d'économie publique. Malheureusement,
nous ne sommes pas encore en état de répondre à
toutes les questions qu'on nous adresse. Nous sommes
tous occupés à nous débattre au milieu d'une masse
de matériaux difficiles à réunir, incomplets, exigeant
un examen critique et de longues études, et très-
coûteux à publier. Nous ne sommes pas nombreux,
et les recherches que nous avons devant nous sont
infinies; les gouvernements et le public font partout
quelque chose pour la littérature orientale, mais
nulle part assez. Autrefois , le public l'encourageait
davantage; il y a cinquante ans, il a fallu cinq édi-
tions et deux traductions des Recherches de la So-
ciété asiatique du Bengale, pour satisfaire la curiosité
des lecteurs européens; aujourd'hui il n'y a rien de
pareil à cet empressement. On dirait que le nombre
des hommes assez instruits et assez civilisés pour
prendre goût a des études qui ne portent fruit que
pour l'esprit a diminué. C'est possible; mais il est
possible aussi que la phase dans laquelle se trouvent
les études asiatiques ait découragé les lecteurs non
savants ; ils demandent des résultats et des assertions ;
30 JUILLET 1857.
nous leur donnons des matériaux et de la critique,
et nous ne pouvons encore faire autrement. Il est na-
turel aussi que l'extension même de nos études ait
découragé ceux qui ne peuvent leur donner tout leur
temps et les ait fait désespérer de se reconnaître dans
ces travaux multiples et préliminaires, et de s'y in-
téresser. Mais, quelle que soit la cause, il est certain
qu'aujourd'hui le progrès des lettres orientales nes'ac-
complit qu'à force de sacrifices, ce qui, nécessaire-
ment, restreint le nombre des travailleurs et ralentit
la marche de la science.
On pourrait nous répondre par le nombre et l'im-
portance des travaux qui s'achèvent, malgré toutes
ces difficultés; on pourrait dire que la science i
besoin de temps pour se former, et qu'il serait inutil»1
de vouloir en hâter la marche plus que ne paraît le
réclamer le besoin des esprits. Mais il existe une grave
et puissante raison pour qu'on agisse et qu'on ne se
fie pas à ces progrès lents dont se contenterait l'in-
différence littéraire du public; car je n'ai parlé jus-
qu'ici que du côté purement scientifique de la ques-
tion, pendant qu'elle en a un autre très-pratique et
très-pressant, et dont l'importance s'accroît de jour
en jour. Il n'y a personne qui ne sache que les gou-
vernements orientaux s'affaissent sous le contact des
Européens, et que ni l'imitation de nos procédés,
qu'ont essayée quelques-uns d'entre eux, ni la ferme-
ture de leurs frontières, que d'autres ont pratiquée,
ne les préservent. Les nations occidentales sont deve-
nues si puissantes par l'exercice des libertés publiques
RAPPORT ANNUEL. 31
et par les richesses que le progrès des sciences natu-
relles et mathématiques a créées, que les plus grands
empires d'Orient sont hors d'état de leur résister. La
Turquie doit son existence à la volonté de l'Europe;
la Perse vient de succomber à une très-petite guerre;
l'Inde est entièrement dominée ; la Chine compren-
dra bientôt son impuissance, et le Japon même se
voit entraîné à des concessions et à un contact qui
mettent en danger son indépendance. Il est certain
que , dans un temps donné , toute l'Asie et tout le nord
de l'Afrique seront gouvernés directement ou indirec-
tement par des Européens. Un pareil pouvoir impose
une grande responsabilité et de grands devoirs. Pour
bien conseiller ou pour bien gouverner, il faut bien
connaître ; il ne suffît pas des meilleures intentions
pour qu'un maître étranger puisse être juste; il ne
suffit pas des théories les plus éclairées pour qu'un
gouvernement de conquête puisse se rendre tolérable ;
il faut respecter le pays qu'on veut dominer; et,
pour cela, il faut connaître sa langue, ses croyances,
son passé , ses idées et ses lois. L'expérience a été faite
souvent et en grand, et le résultat a toujours prouvé
surabondamment que la réussite dépend des con-
naissances du vainqueur autant que de ses intentions.
Je vais citer un seul exemple. Vers la fin du dernier
siècle, quelque temps après la conquête du Bengale
par la Compagnie des Indes, on envoya lord Corn-
wallis comme gouverneur général. Il avait à régler
la question immense de la propriété territoriale dans
un pays de trente millions d'hommes, où cette pro-
32 JUILLET 1857.
priété était tombée dans on grand désordn-, ptr
suite de la mauvaise administration des Mogols et
de la variété des systèmes et des expédients que
l'administration anglaise avait appliqués. Cotait un
homme d'une rectitude parfaite , qui se mit à l'œuvre
avec la ferme intention de garantir tous les droits
et de respecter tous les intérêts des indigènes. J'ai
entre les mains une des preuves de la peine qu'il se
donna pour découvrir l'état légal des propriétaires
et cultivateurs : c'est un volume in-folio rempli d'ei
traits faits pour lui, et devant contenir tous les pas-
sages des historiens et des jurisconsultes du pays
qui avaient trait à cette question. Lord Cornu al lis
devait se croire bien informé; mais, par malheur,
on n'avait consulté que des auteurs musulmans, et
l'on ne se rendait pas bien compte de la contradiction
qui existe entre le droit hindou et le droit musul-
man, dont l'application n'avait jamais «te Mans l'Inde
qu'une fiction légale ou une usurpation. Le résultai
fut que lord Cornwallis, se croyant bien dans son
droit, et séduit par ses idées anglaises, reconnut
d'un trait de plume comme propriétaires les rece-
veurs du gouvernement déchu des Mogols , convertit
des millions de propriétaires en fermiers de ce qui
avait été leur patrimoine , et détruisit la belle orga-
nisation municipale des Hindous dans toute la pré-
sidence du Bengale. Comparez aux maux irréparables
produits alors par l'ignorance des hommes d'état de
l'Inde ce que cinquante ans plus tard , dans des cir-
constances toutes semblables, une nouvelle école
RAPPORT ANNUEL. 33
administrative a pu faire dans les provinces de la
haute Inde et du Pendjab. Eclairée par l'étude des
lois indiennes, de l'histoire et des institutions an-
ciennes du pays, elle est parvenue à rétablir dans
ces provinces les droits des propriétaires qui avaient
souffert sous les Mogols , à rendre la vie aux muni-
cipalités, à assurer la sécurité par la police locale,
et à faire renaître la prospérité de pays ruinés par
les guerres et les conquêtes. Cette administration
ne peut pas être plus honnête, ni remplie de meil-
leures intentions que n'était celle de lord Cornwallis;
mais elle avait pu profiter des travaux de sir W. Jones,
de Colebrooke, de Macnaghten, de Wilks, de Mal-
colm, d'Elphinstone, de Tod, de Prinsep, de Wil-
son, de Briggs, d'Elliot, et de tant d'autres savants.
Il serait facile de tirer de l'histoire des conquêtes
des exemples des maux sans nombre que l'ignorance
des maîtres a accumulés sur les sujets et sur eux-
mêmes, s'il était nécessaire de prouver que, pour
bien gouverner un pays, il faut l'avoir bien étudié.
Mais si l'Europe étend son influence ou sa domi-
nation sur l'Orient, elle se charge d'autres devoirs
encore que de bien gouverner. L'Orient périt au-
jourd'hui faute de science; il en a eu autrefois: une
science imparfaite, mais réelle; elle a succombé sous
le despotisme et le fanatisme , et il s'agit pour l'Eu-
rope de réveiller cette ancienne culture, pour que sa
domination trouve une excuse et ne soit pas sim-
plement un abus de pouvoir et un crime de lèse-
humanité, comme l'a été la conquête de rAmérique.
x. 3
34 JUILLET 18
L'Angleterre a essayé de donner de l'éducation à
riiidt'.niaissans beaucoup de fruit jusqu'ici; la France
commence à l'essayer en Algérie. C'est une tâche des
plus grandes et des plus difficiles, et qui ne peut
être entreprise qu'avec une connaissance parl'.iilr
de ce que l'Orient a autrefois possédé de science,
pour qu'on puisse lui rendre de la vie et s'y appuyer
afin d'y introduite les sciences de l'Europe. Il faut
commencer par l'étude approfondie du passé du
pays; ce n'est que par elle qu'on peut apprendre
à en respertrr les mœurs, à conserver ce qui est
hou, à ménager les préjugés, et à faire accepter ce
qu'on apporte de nouveau et de meilleur.
Il faut que l'Europe se prépare à cela; car, si elle
tarde, le moment viendra où la force brutale ré-
glera tout, détruira ce qui reste de bon dans les
institutions des pays, et fera, par ignorance et sans
le savoir, un mal irrémédiable. Je doute que les
gouvernements européens se préoccupent beaucoup
des exigences d'un avenir pourtant si prochain; je
doute même qu'il y ait une opinion publique assez
éclairée pour exercer son influence; mais vous, au
moins, aurez la consolation de sentir que vous rem-
plissez un devoir, non-seulement envers la science,
mais envers l'humanité, en poursuivant vos travaux
ardus et trop souvent ingrats.
LISTE DES MEMBRES. 35
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
LISTE DES MEMBRES SOUSCRIPTEURS,
PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
MM. Abbadie (Antoine d'), correspondant de l'Ins-
titut.
Abd-el-Kader (S. A. l'émir), à Damas.
Aivazovski (L. P. Gabriel), directeur de l'Ins-
titution orientale polyglotte , à Paris.
Alcober (Vincent), employé au Ministère de
l'intérieur, à Madrid.
Alekan (Alphonse), à Tunis.
Ampère, membre de l'Institut, professeur de
littérature française au Collège de France.
Amyot, avocat à la cour impériale.
Acer (Alois), directeur de l'Imprimerie impé-
riale et royale , à Vienne.
Aumer (Joseph), Ph. D.
Ayrton, secrétaire du Divan, au Caire.
Bibliothèque ambrosienne, à Milan.
Bibliothèque de l'Université, à Erlangen.
3.
30 JUILLET 1857.
MM. Badiche (L'abbé), trésorier de la métropole.
Baïssac (Jules), interprète au ministère de la
guerre, à Paris.
Barbier de Meynard, attaché au Ministère dei
affaires étrangères.
Bardelli , professeur, à l'Université de Pise.
Barges (L'abbé), professeur d'hébreu à la fa-
culté de théologie de Paris.
Barthélémy Saint-Hilaire, membre de l'Ins-
titut.
Bazin (Antoine), professeur de chinois moderne
à l'Ecole spéciale des langues orientales vi-
vantes.
Beauté" fils, à Alexandrie.
Beaovois (Eugène), élève de l'Ecole des lan-
gues orientales.
Belin, secrétaire interprète de l'ambassade de
France à Constantinoplc.
Benzon (L'abbé), professeur d'hébreu, à Nice.
Berezine, professeur de langues orientales, à
Casan.
Bergstedt, agrégé, à Upsal.
Bertrand (L'abbé), chanoine de la cathédrale
de Versailles.
Bi an(. m (X.), ancien secrétaire interprète pour
les langues orientales.
Bland, membre de la Société royale asiatique
de Londres.
Bodin (L'abbé) , curé de Saint-Symphorien , à
Tours.
LISTE DES MEMBRES. 37
MM. Boilly (Jules), peintre, à Paris.
Boissonnet de la Todche (Estève), iieutenant-
colonel d'artillerie.
Bonnetty, directeur des Annales de philoso-
phie chrétienne.
Botta (Paul-Emile), consul général de France
à Tripoli de Barbarie, correspondant de
l'Institut.
Bourgade (L'abbé), aumônier de la chapelle
Saint-Louis , à Carthage.
Bréat, licencié ès-lettres, à Paris.
Bresnier, professeur d'arabe, à Alger.
Brown (John), interprète des États-Unis, à
Constantinople.
Brugsch (Le Dr Ph. D.), attaché au musée de
Berlin.
Bullad , drogman , à Damas.
Burgraff, professeur d'arabe, à Liège.
Burnouf (Emile), professeur à la faculté des
lettres de Nancy.
Caspari, professeur, à Leipzig.
Cassel, docteur en philosophie, à Paderborn.
Catafago, chancelier du consulat général de
Prusse, à Beyrouth.
Caussin de Perceval, membre de l'Institut,
professeur d'arabe à l'École des langues
orientales vivantes et au Collège de France.
Chadli (Sidi Mohammed), directeur de l'École
d'instruction supérieure arabe, à Constantine-
38 JUILLET 1857.
MM. Chaillet, adjoint au payeur d'Alger.
Charancey (De).
Charmoy, ancien professeur de langues orien-
tales à l'Université de Saint-Pétersbourg.
Cherbonneau, professeur d'arabe à la ebaire de
Constantine.
Chinaci Efendi. employé supérieur du Gou-
vernement ottoman.
Clément-Mollet (Jean-Jacques), membre de
la Société géologique de France.
Clermont-Tonnerre (Le marquis de), colonel
d'état-major, à Amiens.
Cohn (Albert), docteur en pbilosophie, à Pres-
bourg.
Combarel, professeur d'arabe, à Oran.
Cureton (William) , chanoine de Westminster.
Daninos, interprète au tribunal civil d'Alger.
Dekrémehy (Charles), ancien élève de l'Lcole
spéciale des langues orientales vivantes.
Delaporte (Philippe), second drogman de la
Porte à Constantinople.
Delessert (François), membre de l'Institut,
président de la caisse d'épargne.
Delitzch , professeur, à Leipzig.
Delsol (J. J. Laf.yrgue de), à Verteillac (Dor-
dogne).
Derenbourg (Joseph).
Desmaisons, conseiller d 'état à Saint-Péters-
bourg.
LISTE DES MEMBRES. 39
MM. Desvergers (Adolphe-Noël), correspondant de
l'Institut.
Dieterici (Ant.), professeur à Berlin.
Ditandy (Auguste).
Dittel, professeur à l'Université de Saint-Pé-
tersbourg.
Drach (P. L. B.). ancien bibliothécaire de la
Propagande.
Dubeux (J. L.), professeur de turc à l'Ecole
spéciale des langues orientales vivantes.
Duchatellier, à Versailles.
Duclerc (Charles).
Dugat (Gustave), ancien élève de l'École spé-
ciale des langues orientales vivantes.
Ddlaurier (Edouard), professeur de malay et
de javanais à l'Ecole spéciale des langues
orientales vivantes.
Dumas (Louis).
DziALYNSKA(Mlle la comtesse Edwig), à Posen.
♦ Eastwick, professeur au collège de Hailesbury.
Eckstein (Le baron d), à Paris.
Eichthal (Gustave d'), secrétaire de la Société
ethnologique.
Emin (Jean-Baptiste), professeur à l'Institut
Lazare (F, à Moscou.
Enis Efendi, membre de l'Académie, à Cons-
tantinople.
Escayrac de LALxui\E(Le comte d), membre
de la Société de géographie.
40 JUILLET 1857.
M\l. Esfina, agent consulaire à Sfax.
Faye, membre de l'Institut, recteur de l'Aca-
démie de Nancy.
Feer (Léon).
Finlay (Edouard) , à la Havane.
Finn, consul d'Angleterre à Jérusalem.
Fleisciier, professeur à l'Université de Leipzig.
Flottes, professeur de philosophie, à Mont-
pellier.
Fllgel, professeur, à Dresde.
Foocaux (Ph. Edouard), professeur de tibétain
à l'École spéciale des langues orientales.
Frankel (Le docteur), directeur du séminaire,
à Breslau.
Freund (Siegfried), docteur en philosophie, à
Breslau.
Fruhstuck de la Fruston (Michel).
Flrst (Le docteur Jules), professeur, à Leipzig.
Garelentz (H. Gonon de la), conseiller d'état
à Altenbourg.
Garcin de Tassy, membre de l'Institut, pro-
fesseur d'hindoustani à l'École spéciale des
langues orientales vivantes.
Gayangos, professeur d'arabe, à Madrid.
Gerson-LeVy, membre de l'Académie impé-
riale, à Met/.
Geisler (Charles).
Gervy (L'abbé), à Saulzet.
LISTE DES MEMBRES. 41
MM. Gildemeisïer , docteur en philosophie, à Mar-
hurg.
Gobineau (Le comte Arthur de), premier se-
crétaire de la légation française en Perse.
Goldenthal , docteur en philosophie , à Vienne.
Goldstucker, docteur en philosophie, à Lon-
dres.
Gollmann (Le Dr Wilhelm), à Vienne.
Gorguos, professeur d'arabe au lycée d'Alger.
Graf, professeur a l'Ecole royale de Meissen.
Grangeret de Lag range, l'un des conservateurs
de la bibliothèque de l'Arsenal.
Guerrier de Dumast (Le baron), de l'Académie
de Stanislas, à Nancy.
Guigniaut, membre de l'Institut.
Guillemin, recteur d'Académie, à Rennes.
Guys (Henry), ancien consul de France en Syrie.
Haight, à New-York.
Hase, membre de l'Institut, professeur de grec
moderne à l'Ecole spéciale des langues orien-
tales vivantes, etc.
Hassler (Conrad-Thierry), professeur, à Ulm.
Hauvette Besnault, bibliothécaire à l'Ecole
normale.
Hayes (Fletcher), maître es arts, d'Oxford.
Hermite, membre de l'Institut.
Hervey-Saint-Denys (Le baron Léon d'), an-
cien élève de l'Ecole spéciale des langues
orientales.
4J JUILLET 18f>7.
MM. Hoffmann" (J.), interprète pour le japonais .m
Ministère des affaires étrangères des Pays-
Bas, à Leyde.
Hoffmann, conseiller ecclésiastique à Jéna.
Moi mi. Di . conservateur de la bibliothèque de
Christiania.
Janin (André), professeur de langues sémi-
tiques, à Genève.
Jebb (Rev. John), recteur à Peterslow, Ross
(Hertfordshire).
Joly , ancien employé au Ministère de l'inté-
rieur.
Jomard, membre de l'Institut, conservateur
du département des cartes géographiques
de la Bibliothèque impériale.
Jost (Simon), docteur en philosophie, pro-
fesseur de langues étrangères.
Judas, secrétaire du conseil de santé des ai-
mées au ministère de la guerre.
.It lien (Stanislas), membre de l'Institut, pro
fesseur de chinois et administrateur du Col-
lège de France.
Kasem-Beg (Mirza A.), professeur de mongol
à l'université de Saint-Pétersbourg, conseil-
ler d'état actuel.
Kaulen (Fr.), recteur, à Putzchen.
Kazimirski de BiiiERSTKiN, bibliothécaire de la
Société asiatique.
LISTE DES MEMBRES. 43
MM. Kemal Efendi (Son Exe), inspecteur général
des écoles ottomanes, à Gonstantinople.
Kerr (Mme Alexandre).
Khalil el Kouri, à Beyrouth.
Kbehl, docteur en philosophie, à Dresde.
Kremer (De), chancelier du consulat d'Autriche,
à Alexandrie.
Kuhlke (J.), à Passy.
Laferté-Senecterre (Le marquis de), à Tours.
Lajard (F.), membre de l'Institut.
Lancereau (Edouard), licencié es lettres.
Landresse , bibliothécaire de l'Institut.
Langlois (Victor), ancien élève de l'Ecole spé-
ciale des langues orientales vivantes.
Laroche (Le marquis de), à Saint-Amand-
Mont-Rond.
Latodche (Emmanuel), secrétaire adjoint de
l'Ecole spéciale des langues orientales vi-
vantes.
Lazareff (S..E. le comte Christophe de), con-
seiller d'état actuel, chambellan de S. M.
l'empereur de Russie.
Lazareff (S. E. le comte Jean de, chambellan
de S. M. l'Empereur de Russie.
Ledidart (Antoine de), à l'Académie orientale
de Vienne.
Lecomte (L'abbé), à Vitteaux.
Lefèvre (André), licencié es lettres, à Paris.
Lenormant (Charles), membre de l'Institut,
44 JUILLET 1857.
conservateur du cabinet des antiques de la
Bibliothèque impériale, etc.
MM. Lequeux, chancelier-drogman au consulat de
Jérusalem.
Lettkris , directeur de l'Imprimerie impériale
orientale , à Prague.
Levander (H. C), de l'université d'Oxford.
Loewe (Louis), docteur en philosophie, <i
Londres.
LoNGPéRiER (Adrien de) , membre de l'Institut,
conservateur des ;mti(juités au Louvre.
Lt minet, interprète de première classe , à Mos-
taganem.
Llynes (Le duc de), membre de l'In^itut.
Lynch (Blosse), capitaine de vaisseau au ser-
vice de la compagnie des Indes, à Bombay.
Mac Douall, professeur, à Belfast.
Madden (J. P. A.), agrégé de l'université, à
Versailles.
Madinikr (Paul).
Mahmoud Efendi , astronome égyptien.
Malloup (Nassif) , professeur de langues orien-
tales au Collège de la Propagande, à Smyrne.
Martin (L'abbé), curé de Saint-Jacques, à la
Nouvelle-Orléans.
Martin, interprète principal, À Gonstantine.
Maury (A.), sous-bibliothécaire de l'Institut.
Mazoiller (Joseph), vice-consul de France à
Tarsous.
LISTE DES MEMBRES. 45
MM. Meckel, docteur en théologie, à Cologne.
Medawar (Michel), secrétaire interprète du
consulat général de France, à Beyrouth.
Meritens ( Eugène-Herman de), élève consul.
Merlin (R.), sous-bibliothécaire au ministère
d'État.
Méthivier (Joseph), chanoine d'Orléans, doyen
de Bellegarde.
Metz-Noblat (Alexandre de), membre de l'A-
cadémie de Stanislas, à Nancy.
Milliès, docteur et professeur de théologie, à
Amsterdam.
Milon, sénateur, à Nice.
Miniscalchi-Erizzo, chambellan de S. M. l'em-
pereur d'Autriche.
Mohl (Jules), membre de l'Institut, professeur
de persan au Collège de France, rédacteur
du Journal asiatique.
Mohn (Christian), ancien élève de l'Ecole spé-
ciale des langues orientales vivantes.
Mondain, capitaine du génie, à Belgrade.
Monrad (D. G.), à Copenhague.
Morley, trésorier du comité pour la publica-
tion des textes orientaux, à Londres.
Mostafa ben Sadet (Thaleb), à Constantine,
Algérie.
Mourier, attaché au cabinet du Ministre de
l'Instruction publique.
Mûller (Joseph), secrétaire de l'Académie de
Munich.
46 JUILLET 1857.
MM. Muller (Maximilien), docteur on pliilosopliie ,
à Oxford.
Munk (S.), ancien employé aux manuscrit!
orientaux de la Bibliothèque impériale.
Munzinger, de Soleure.
Nève, professeur à l'Université de Louvaii».
Obeilly (D'), professeur, à Castro».
Ocampo (Melchior).
Oppert, docteur on philosophie.
Overbeck (Le docteur), professeur, à Bonn.
Pasquier (Le duc), membre de l'Académie
française.
Pavet de Courteille (Abel), chargé du cours
de turc au Collège de France.
Pavie (Théodore) , chargé du cours de sans-
crit au Collège de France.
Per^tié, chancelier du consulat général de
Beyrouth.
Perron (Le docteur), directeur du Collège
impérial arabe-franeais, à Alger.
Pertazzi, attaché à l'internonciature, à Cons-
tantinople.
Pertsch (W.), docteur, à Cobourg.
Piqlerk. professeur à l'Académie orientale, à
Vienne.
Place, consul de France, à Jassy.
Platt (William), à Londres.
LISTE DES MEMBRES. 47
MM. Portal, maître des requêtes.
Portalis (Le comte), membre de l'Institut.
Poujade, consul de France, à Jassy.
Pbatt (G. W.) , à New-York.
Preston (Th.), Trinity-College , à Cambridge.
Pynappel, docteur et lecteur à l'Académie de
Delft.
Rauzan (Le duc de).
Regnault (Le baron), chef d'escadron d'état-
major, à la irc division militaire.
Régnier (Adolphe), membre de l'Institut.
Reinadd, membre de l'Institut, professeur d'a-
rabe à l'Ecole spéciale des langues orien-
tales, etc.
Renan (Ernest) , membre de l'Institut , docleur
es lettres , attaché au département des ma-
nuscrits de la Bibliothèque impériale.
Renouard (Le rév. Cecil.), à Swanscombe.
Reuss, docteur en théologie, à Strasbourg.
Ricketts (Môrdaunt), à Londres.
Ried (Charles), employé au British Muséum.
Ritter (Charles), professeur, à Berlin.
Rodet, attaché à la Manufacture des tabacs de
Paris.
Rondot, délégué du commerce en Chine.
Rosin (De), chef d'institution à Nyons, canton
de Vaud.
Rosny (L. Léon de), bibliothécaire adjoint de
la Société asiatique.
48 JUILLET 1857.
MM. Kost (Reinhold), au Collège Saint -Augustin,
à Cantorbéry.
Rothschild (Le baron Gustave de) , à Paris.
Rougé (Le vicomte Emmanuel de), membre
de l'Institut, conservateur honoraire des
monuments égyptiens du Louvre.
Rodsseau (Adolphe), premier interprète du
consulat général de France , à Tunis.
Rousseau (Antoine), interprète principal de
l'armée d'Afrique.
Koizé (Edouard de), capitaine, attaché a la
direction des affaires arabes à Alger.
Royer , à Versailles.
Salles (Le comte Eusèbe de), professeur d'a-
rabe à l'Ecole des langues orientales suc-
cursale de Marseille.
Sanguinetti (le docteur B. R.).
Saulcy (F. de), membre de l'Institut, conser-
vateur du Must '•(' d'artillerie.
Sawelieff (Paul), attaché au cabinet impérial ,
à Saint-Pétersbourg.
Schack (le baron de).
Schefer (Charles), interprète de l'Empereur
aux affaires étrangères.
Schlechta Wssehrd (Ottokar-Maria de), drog-
man de l'ambassade d'Autriche, à Constan-
tinople.
Schwarzlose , docteur en philosophie, à Berlin.
Scott (Le docteur W. IL), a Londres.
LISTE DES MEMBRES. 49
MM. Sédillot (L. Am.)f professeur d'histoire au
collège Saint-Louis, secrétaire de l'Ecole
spéciale des langues orientales vivantes.
Seligmann (Le Dr Romeo), professeur, à Vienne.
Seroka, chef de bureau arabe, à Biskara.
Slane (MacGucKiN de), premier interprète du
Gouvernement, à Alger.
Soleyman al Harayry, secrétaire arabe du con-
sul général, à Tunis.
Soret (Frédéric), orientaliste, à Genève.
Stvehelin (J. J.), docteur et professeur en théo-
logie, à Baie.
Stecher (Jean), professeur à l'Université de
Gand.
Steiner (Louis), à Genève.
Somner (Georges), à Boston.
Sutherland (H. C.), à Oxford.
Taillefer, docteur en droit, ancien élève de
l'Ecole spéciale des langues orientales.
Tchihatcheff (Le prince de), à Nice.
Theroulde.
Thomas (Edward), du service civil de la Com-
pagnie des Indes.
Thomson (Cockburn), membre de la Société
des antiquaires de Normandie.
Thonnelier (Jules) , membre de la Société
d'histoire de France.
Tolstoï (Le colonel Jacques).
Tornberg, professeur à l'Université de Lund.
50 JUILLET 1857.
MM. Torrecilla (L'abbé de).
I ï.itYER (Le major), membre delà Société asia-
tique de Calcutta.
Trubner (Nicolas), membre de la Société eth-
nologique américaine.
Umbreit, docteur et conseiller ecclésiastique,
i II» idelberg.
Van der Maelen, directeur de rétablissement
géographique, à Bruxelles.
Vandrival (L'abbé), professeur au séminaire
d'Arras.
Vignard, gérant du consulat (l«" France, > Zan
zibar.
\ ili.emain, secrétaire perpétuel de l'Académie
française.
Vincent, orientaliste.
Vlangali ( Le prince ) .
Vogué" (Le comte Melchior de).
Weil, bibliothécaire uV Il niversité <le Ileidel-
berg.
Wessely, docteur en philosophie, à Prague.
Wetztein , docteur en philosophie , à Leipzig.
WlLHELM DE WURTEMBERG (Le COmte), à Stutt-
gard.
Woepcke, docteur en philosophie.
Worms, docteur en médecine, à l'Ecole de
Saint-Cyr.
LISTE DES MEMBRES ASSOCIÉS. 51
MM. WORMS DE ROMILLY.
Wustenfeld, professeur à Gôttingen.
. Zinguerlé (Le Père Pius), bénédictin à Meran,
Tyrol.
IL
LISTÉ DES MEMBRES ASSOCIÉS ÉTRANGERS
SUIVANT L'ORDRE DES NOMINATIONS.
MM. MACBRiDE(Le docteur), professeur, à Oxford.
Wilson (H. H.) , professeur de langue sanscrite ,
à Oxford.
Peyron (Amédée), professeur de langues orien-
tales à Turin, associé étranger de l'Institut.
Freytag, professeur de langues orientales à
l'Université de Bonn.
Kosegarten ( Jean-Godefroi-Louis) , professeur
à l'Université de Greifswalde.
Bopp (F.), membre de l'Académie de Berlin.
Wyndham Knatchbull , à Oxford.
Sharespear , professeur d'hindoustani , à Lon-
dres.
Lipovzoff, interprète pour les langues tar tares ,
à Saint-Pétersbourg.
Briggs (Le général).
Grant-Duff, ancien résident à la cour de Sa-
tara.
M JUILLET 1857.
MM. Hodgson (H. B.), ancien résident à la cour de
Népal.
Radhacant Deb (Radja), à Calcutta.
Kali-Ki\ichna Bahadour (Radja), à Calcutta.
Manakji-Cursetji, membre de la Société asia
tique de Londres, à Bombay.
Court (Le général), à Lahore.
Vbntura (Le général), à Lahore.
Lassen (Ch.), professeur de sanscrit, à Bonn.
Rawlinson (H. C), consul général d'Angle-
terre, à Bagdad.
Vullers, professeur de langues orientales, à
(jiessen.
Kowalewski (Joseph-Etienne), professeur de
langues tartares, à kasan.
Flûgel, professeur, à Dresde.
Dozy ( Reinhart) , professeur, à Leyde.
Brosset, membre de l'Aeadémie impériale de
\iint IVtnsbourg.
Fleischer, professeur à l'Université de Leipzig.
Dorn, membre de l'Académie impériale <!<•
Saint-Pétersbourg.
Weber (Docteur Albrecht), à Berlin.
Salisbury (E.), à Boston, Etats-Unis.
Weil (GustaVe), professeur à rUmvenitâ de
lleidelberg.
LISTE DES OUVRAGES PUBLIES. 53
III.
LISTE DES OUVRAGES
PUBLIÉS PAR LA SOCIETE ASIATIQUE.
Journal asiatique, seconde série, année 1828-1835, 16 vol.
in-8°, complet; \[\U fr.
Chaque volume séparé (à l'exception des vol. I et II, qui ne se
vendent pas séparément) coûte 9 fr.
Le même journal, troisième série, années i836-i842,
i4 vol. in-8°; 126 fr.
Quatrième série, années i843-i852, 20 vol. in-8°;
180 fr.
Cinquième série, années i853-i856, 8 vol. in-8°;
100 fr.
Choix de fables arméniennes du docteur Vartan, en armé-
nien et en français , par J. Saint-Martin et Zohrab. 1825.
In-8° ; 3 fr.
Eléments de la grammaire japonaise, par le P. Rodriguez,
traduits du portugais par M. C. Landresse; précédés d'une
explication des syllabaires japonais , et de deux planches
contenant les signes de ces syllabaires , par M. Abel-
Rémusat, Paris, 182 5, in-8°. =z Supplément à la Gram-
maire japonaise, ou remarques additionnelles sur quelques
points du système grammatical des Japonais, tirées de la
. grammaire composée en espagnol par le P. Oyanguren et
traduites par C. Landresse ; précédées d'une notice com-
parative des grammaires japonaises des PP. Rodriguez
et Oyanguren , par M. le baron Guillaume de Humboldi.
Paris, 1826. In-8; 7 fr. 5o c.
54 JUILLET 1857.
m sur le Pâli , ou langue sacrée de la presqu'île au delà du
Gange, avec 6 planches lithograplùées et la notice des ma-
nuscrits palis de la Bibliothèque du Roi, par MM. E. Bur-
nouf et Lassen. Paris, 1826. In-8°; 9 fr.
Meng-tseu vel Mencium , inter sinenscs philosophos inge-
nio, doctrina, nominisque claritate Confucio proxinium,
sinice edidit , et latina interpretatione ad interpretationein
tartaricam utramque recensita ïtutroxit, et perpétua com-
mentario e Sinicis deprompto illustravit Stanislas Julien
Lutetiœ Parisiorum, 18a 4, a vol. in-8; a 4 IV.
Yadjnadattabhadua, ou la Mort d'Yadjnadatta, épisode
extrait du Ràmàyana, poêuic épique sanscrit, donné avec
le texte gravé, une analyse grammaticale très -détaillée,
une traduction française et des notes, par A. L. Chézy; et
suivi d'une traduction laline littérale par J. L. Burnouf.
Paris, 1826. In-4°, avec i5 planches; 9 fr.
Vocabulaire de la langue géorgienne, par M. Klaprolh.
Paris, 1837. In-8*; 7 fr. 5o c
Élégie sur la Prise d'Édesse par les Musulmans, par Ner-
sès Klaielsi, patriarche d'Arménie, publiée pour la pre-
mière fois en arménien , revue par le docteur Zohrab.
Paris, i8a8. In-8*; A fr. 5o c.
La Reconnaissance de Sacountala, drame sanscrit et pracrit
de Câlidàsa, publié pour la première fois sur un manu»
crit unique de la Bibliothèque du Roi, accompagné d'une
traduction française, de notes philologiques, critiques
et littéraires, et suivi d'un appendice par A. L. Cbéx)
Paris, i83o. ln-/i°, avec une planche; a4 fr-
Chronique géorgienne, traduite par M. Brosset. Pans , [m
primeric royale, i83o. Grand in-8°: <) fr.
La traduction seule, sans teitc, <> fr.
OUVRAGES ENCOURAGÉS. 55
Chrestomatiiie chinoise (publiée par Klaprotb). Paris,
i833. In-8;gfr.
Éléments de la langue géorgienne, par M. Brosset. Paris,
Imprimerie royale, 1887. In-8°; 9 fr.
Géographie d'Aboul'féda, texte arabe, publié par MM. Rei-
naudetle baron de Slane. Paris, Imprimerie royale, 18A0.
In-A°; £5 fr.
Radjatarangini, ou Histoire des rois dc Kachmîr, publiée
en sanscrit et traduite en français , par M. Troyer. Paris ,
Imprimerie royale et nationale, 3 vol. in-8; 36 fr.
Le troisième volume seul : 6 fr.
Précis de législation musulmane, suivant le rite malékile,
par Sidi Khalil , publié sous les auspices du ministre de la
guerre. Paris, Imprimerie impériale, 1 855. In-8; 6 fr.
COLLECTION D'AUTEURS ORIENTAUX.
Ibn Batoutah, texte et traduction par C. Defrémery et le
docteur B. R. Sanguinetti. Paris, Imprimerie impériale.
In-8°.Vol. I, II et III; 22 fr. 5o c.
Chaque volume de la collection se vend séparément 7 fr. 5o c.
Nota. Les membres de la Société qui s'adresseront directement
au bureau de la Société, quai Malaquais, n° 3, ont droit à une re-
mise de 33 p. 0/0 sur les prix ci-dessus.
OUVRAGES ENCOURAGÉS
dont il reste des exemplaires.
Taraf^; Moallaca, cum Zuzenii scholiis; edid. .1. Vullers.
1 vol. in-A°; A fr. pour les membres de la Société.
Lois de Manou, publiées en sanscrit, avec une traduction
M JUILLET 1857.
fram .tu» M îles notes, par M. Auguste Loiseleur Deslon-
charaps. 2 vol. in-8°; ai fr. pour les membres de la So-
ciété.
Vendidad-Sadé , l'un des livres de Zoroastre , publié d'après
le manuscrit zend de la Bibliothèque impériale, par
M. E. Burnouf, en 10 livraisons in-fol.; 100 fr. pour les
membres de la Société.
Y-king, ex latina intcrpretatione P. Régis, edidit 1. Molil.
2 vol. in-8*; \U fr. pour les membres de la Soci< i.
Contes arabes do cheikh El-Moiidy, traduits par .!. I.
Marcel. 3 vol in-8°, avec vignettes; 12 fr.
Mémoires relatifs a t. a Géorgie, par M. Brosscl. 1 vol.
in -8", lithographie; 8 fr.
Dictionnaire français-tamoul et ta mou i -français, par
M. A. Blin. 1 vol. oblong; 6 fr.
Vocabulaire français-arabe, par J. J. Marcel. 1 vol. in-8'.
JOURNAL ASIATIQUE,
AOUT-SEPTEMBRE 1857.
ETUDES
SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE.
PRATIÇAKHYA DU RIG-VEDA.
CHAPITRES VII, VIII ET IX.
Ces trois chapitres, qui sont les trois premiers de la se-
conde lecture , traitent de la pluti, c'est-à-dire de l'allongement
des voyelles. Comme ils ne renferment guère que des listes
de mots ou d'alliances de mots dans lesquels des voyelles ,
soit finales, soit intérieures , sont sujettes à allongement, j'ai
pensé qu'au lieu de les traduire vers pour vers, comme j'ai
fait pour les chapitres précédents, et comme je ferai pour
les suivants, il valait mieux, pour la commodité des re-
cherches, ranger les mots et les formes qui font l'objet des
sulras par listes alphabétiques. En dehors de ces mots et de
ces formes, cette première moitié de la seconde lecture ne
nous offre qu'une seule règle importante : celle qui con-
cerne l'allongement par position métrique. J'en ai donné la
traduction à la suite du texte sanscrit. Les autres sâtras se
trouvent aussi traduits réellement dans les listes mêmes, où
j'ai eu soin d'indiquer exactement, avec des renvois, toutes
les restrictions, toutes les conditions prescrites pour l'allon-
gement. J'ai seulement substitué un ordre méthodique aux
accumulations confuses du Prâtiçâkliya. Aucun passage ne
m'a laissé de doute, sans quoi j'aurais appelé l'attention, soit
x. 5
58 AOUT SEPTEMBRE 1857.
.Lins des notes, soit dans cette introduction , sur les dillirul
tés que je n'aurais pu résoudre.
La disposition que j'ai adoptée aura un autre avantage
elle empêchera cette partie de mon travail de faire double
emploi avec l'excellente édition et le savant commentaire de
M.Max Mûller, qui, sans aucun doute, seront continués pro
< hainement, et où je pense que ses sûtras seront traduits lit-
téralement et dans leur ordre. Pour les autres parties de cette
grammaire védique, M. Max Mûller et, avec lui , d'autres in-
dianiste» ont bien voulu reconnaître qu'il n'était pas inutile,
vu la nouveauté et à certains égards la difficulté de l'ouvrage ,
qu'il en parût à la fois deux éditions entièrement indépen-
dantes l'une de l'autre et accompagnées toutes deux d'une tra-
duction et d'un commentaire. Cette considération, londée
sur la comparaison de notre double travail , diminue le regret
bien naturel , que j'éprouvais d'abord , d'être entré , sans le sa-
voir, dans liafl nu nu voie qu'un maître aussi habile elau.-M
exercé.
CHAI I ! RI VII. (Lecture- H. chap. t.)
Plvti ou allongement des voyelles. — Règle générait relative à
makshu. — Mots tlont la finale est sujette à ullongcmeut, suit par-
tout, soit en tête d'un pdda généralement, soit devant tel ou tel
mot.
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ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 19
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60 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
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ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 61
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ETUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 63
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CHAPITRE VIII. (Lecture II, chap. n.)
PlVTl OU ALLONGEMENT DES VOYELLES (suite). Mots floiît la finale
s'allonge dans l'intérieur d'un pàda. — Règle de position métrique.
Exceptions. — Allongements à la fin d'un pâda.
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64 AOUT-SEPTEMBKE 1857.
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ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 05
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ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 67
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CHAPITRE IX. (Lecture II, chap. ni.)
PlUti ou allongement des voyelles (suite). — Allongement des
voyelles finales des termes antécédents , dans les mots composés.
— Allongements intérieurs, soit dans des mots simples, soit dans
des parties de mots.
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68 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
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ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 09
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ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 71
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Les Irois chapitres qui précèdent traitent du san-
dki nommé sâmavaça, qui consiste dans l'allongement
d'une brève devant une consonne. L'allongement,
en général, se nomme plati, mot générique qui em-
brasse , outre les modifications propres au sâmavaça-
sandhi, les allongements nasalisés, tels qu'evd? agnim
(II, 32, sûtra 65), et l'allongement d'une voyelle
initiale après une consonne, comme yonim âraih (II,
ko y sutra y à).
Les allongements du sâmavaça (voyez le sens éty-
mologique du mot , au chap. I , i 5, note du sûtra 6o )
peuvent affecter toutes les voyelles brèves, à l'excep-
tion du r, c'est-à-dire a, i, a. C'est ce que nous ap-
72 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
prend le premier çloka , qui sert d'introduction à ce»
trois chapitres, et dont voici la traduction littérale :
«Une [voyelle] brève, autre que ri, se change en
longue devant une consonne, comme il va être dit.
C'est le sandhi nommé sâmavaça. — Ce [sandhi se
nomme aussi] platih (allongement), ainsi que celui
qui a été enseigné dans les [sandhis des] voyelles
(chap. II, 3a), et [le changement en longue] de l'i-
nitiale du second mot dans yomm âraik, etc. (ch. II,
4o). »
La méthode du Prâtiçâkhya dans ces trois cha-
pitres, comme presque partout ailleurs, est tout em-
pirique. Il se contente généralement d'énumérer les
faits, sans en chercher la raison, et le petit nombre
de règles qu'il établit ne sont fondées, à fort peu
d'exceptions près , que sur des rencontres et des
combinaisons fortuites, ou sur des analogies toutes
mécaniques qui ne s'expliquent, en général, que par
l.i liberté que cet antique idiome laissait au poète,
en ce qui touche à la quantité.
Les diverses licences énumérées peuvent se divi-
ser en trois sections :
i° Allongements des finales des mots placés en
tête d'un pâda ;
i° Allongements des finales dans l'intérieur d'un
pâda;
3° Allongements dans l'intérieur d'un mot. Cette
troisième section se subdivise en deux parties :
a. Allongement de la finale d'un padya, dans un
composé ;
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 73
b. Allongement dans l'intérieur d'un mot simple
ou d'un padya.
Le chapitre vu traite surtout des allongements de
la première section ; le chapitre vin , de ceux de la
seconde ; le chapitre ix , de ceux de la troisième.
Je vais donner d'abord les règles et les analogies
qu'établit çà et là le Prâtiçâkhya; puis , dans des listes
alphabétiques , j'énumérerai les allongements signa-
lés, en ayant soin, d'une part, d'indiquer le chapitre
et le çloka où ils sont mentionnés, et, d'autre part,
de renvoyer au passage du Véda cité par le seo-
liaste.
REGLES ET ANALOGIES.
Un certain nombre de mots allongent leur finale
devant des monosyllabes affectés du kshaiprasandhi ,
c'est-à-dire ayant un i ou un a changé en semi-voyelle.
(VII, 5-7.)
Certaines syllabes , dans l'intérieur des mots , s'al-
longent devant v (IX, l\ , 7, \l\)\ d'autres, devant
y (IX, 5,6, conf. 16); d'autres, devant m (IX, 3,
ili); quelques-unes, devant des nasales, autres que
m (IX, 3). Un petit nombre de mots exercent une
influence constante sur la quantité de ceux qui les
précèdent. Une centaine de mots allongent leur fi-
nale en tête d'un pâda, devant une consonne, mais
non, à peu d'exception près, devant un groupe de
consonnes (VII, 8-19).
Uvata considère la défense d'allonger devant un
groupe de consonnes comme une règle générale
x. 6
74 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
(voy. la scolie ûuçloka 19 du chap.VII, et, dans la
première liste alphabétique, le monosyllabe gha),
qui s'étend à toute espèce de mots, quelque place
qu'ils occupent dans le pâda, et ne souiVre d'autn-s
exceptions que celles qui sont mentionnées expres-
sément dans le Prâtiçâkhya. Cette défense est natu-
relle; une brève devient grave devant un groupe de
consonnes, et il n'est pas besoin de marquer l'allon-
gement par l'orthographe.
Quelques mots sont sujets, dans certaines ren-
contres, à un allongement final, qu'ils ne subissent
pas à la fin d'un pâda (VII, 8-10). D'autres, au con-
traire, le subissent à cette place (VIII, 3o). — Com-
parez, pour les allongements à l'intérieur des mots,
IX, 2 , 8, 19, 20.
Les finales s'allongent devant une syllabe légère
(voy. I, (x, sûtras 20 et 2 1 ), quand elles forment la
8* ou la io* syllabe, dans un pâda de \ 1 ou de 1 2
syllabes-, ou la 6', dans un pâda de 8 (VIII, ai, 22).
Kxcmples : i° 8* syllabe, dans un pâda de 1 1 :
nfQHI 57^ 1 i=ft<*li raf%^T , dans le pada f^fvFT ( Rig-
Véda, I, xxxii, 4);
20 8* syllabe, dans un pâda de 1 2 . 3TO H^T *TT
fjtJIHI ^zf fâ, dans le pada f*vMIH (I, xciv, 1 );
3° 1 o' syllabe , dans un pâda de 1 1 : ^<<M faW
fJMHi ÊtfS^T *T., dans leparfa ^0,(^(111, liv, 22);
U° io* syllabe, dans un pâda de 1 2 : W=* ^JT
dySIHT ^*THT ^*:, dans le pJa ^rR" (II, xxxiv, 9);
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 75
5° 6e syllabe, dans un pâda de 8 : TOflfeN1!
$ÊT, dans le pada ^f^f (V, xxxv, 7).
Contre-exemples montrant que l'allongement n'a
pas lieu : 1 ° dans les pâdas d'autre mesure : *T^ *U
^rfy ^ïïFJ *T=+: (X, xx, 1);
20 Devant une syllabe naturellement grave : ^TT
WRR ^IH^4 •TFT farf (V, xxxm, 4) : pour la finale
de nâma, voyez les exceptions que nous donnons
plus loin;
3° Devant une syllabe allongée dans le samhitâ-
pâtha : ^llQ^IH^) ^T ^ ^ff^: , dans le pada
^T^: (X, lxxvii, 2).
Nah, même quand il devient grave, n'empêche
jamais l'allongement (VIII ,20): SjWf^ft 3Tf^TT ^
•ÎT 33^, dans le pada CI «TU (X, lix, 3).
A l'occasion de cet allongement , déterminé par la
place de la syllabe dans le pâda, le Prâtiçâkhya fait
une remarque générale fort intéressante pour la mé-
trique du Véda (VIII. 2 2) : vyuhaih sampat samîkshyone
kshaipravarnaikabhâvinâm. Uvata explique ainsi ce
sûtra: une pâde kshaipravarnânâm ca sandhînâm ekî-
bhâvinâm ca vyuhaih pâdasya sampat samîkshitavyâ.
«Dans un pâda inférieur [au nombre voulu de syl-
labes] , il faut pourvoir au complément du pâda (c'est-
à-dire, parfaire le nombre des syllabes) au moyen
des dissolutions des kshaiprasandhis et des contrac-
tions (c'est-à-dire, en ramenant à leur état primitif
les voyelles changées en semi-voyelles, et en rempla-
76 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
çant par deux voyelles les longues qui sont le résultat
d'une contraction). Cette règle est éclaircie par des
exemples: udvatsvasmâ akrinotanâ trinam, pour udvat-
su asmai akrinotanâ trinam (Rig-Véda, I, clxi, i 1 ).
Pour parfaire le nombre de syllabes de ce pâda, qui
n'en a que i i , au lieu de 1 1 , il faut dissoudre le
kshaiprasandhi et ramener advatsvasmâh udvatsu-asmâ.
Par suite de cette dissolution , la finale de akrinotanâ
se trouve être la io', et s'allonge, conformément à
la règle. — Pour compléter le pâda suivant, qui, au
lieu de 8 syllabes, n'en a que 7 : prêta jayatd narah,
pour pra ita jayata narah (X, cm, i3), il faut dis-
soudre la contraction et ramener prêta à pra-itâ, et,
de cette façon , la finale de jayata se trouve être la
6* syllabe et s'allonge régulièrement. — Quelquefois
même, ajoute Uvata, il faut faire une dissolution de
lettre dans un pâda trop court, où il n'y a ni con-
traction , ni voyelle changée par le sandhi en semi-
voyelle, et c'est, dit-il. ce que le titra indique par
l'addition devarna. Ainsi, dans gor na parva vi radâ
(pourrai) tiraçcâ (I, lxi , 1 1), il y a 10 syllabes au
lieu de 1 1 : pour justifier l'allongement de radâ, il
faut couper une syllabe en deux (sans doute la se-
conde de parva), de manière que dâ occupe la hui-
tième place dans le pâda.
Les mots suivants font exception à la règle de po-
sition métrique, et n'allongent pas leur finale quand
elle forme la 8e ou la 1 oe syllabe dans un pâda de
11 ou de 12 syllabes , ou la 6e dans un pâda de 8
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 77
Amga, VIII, 26 {Ritj-Véda, VI, lxxii, 51).
Aiv j l ( iVa/i, vm, 24 (X, cxlix, 4; cf. IX, ci, 3).
yl M», devant: j ' '. V/vm « f Ty ai
( datah, vin, 20(V11I, xxin,20; cl.lX, ci, 3).
Avadyâni, VIII, 23 (VI, lxvi, 4).
Avri, VIII, 2 5.
Asanâma, VIII, 29 (VIII, xxv, 22).
Asi, VIII, 27 (V/ix, 4).
;4sfr, VIII, 24 (I, xxxvi, 12).
j4sja, VIII, 2 5 (X, cxxxn, 3).
Ayushi, VIII, 27 (IV, iv, 7).
/ndra, VIII, 24.
Invasi, VIII, 26 (VIII, xm, 33).
Ishanyasij VIII, 29 (X, xcix, 1).
(7, suivi de vasantân, VIII, 29 (X, clxi, 4)-
£fta,VIII, 2à{ll,xxvn,ià)'
Upa, VIII, 27 (VII.xciii, 6).
Uçmasi, VIII, 27 (I, cliv, 6).
HMaw, VIII, 28 (VII, m,5).
Urnuhi, VIII, 23 (IX.xci, 4).
XfabtjVm, 27 (Vâl. 1, 4).
Krinuhi, précédé d'un dissyllabe , VIII , 24 {vayah krivuhi, VI ,
xliv, 9; cf. vrishvyâni krinuhî, VI, xxv, 3).
Go-pîthyâya, VIII, 29 (X, xcv, 1 1).
Gnâbhih, suivi de iha, VIII, 26 (VII, xxxv, 6).
Ghritam-iva , VIII, 28 (IV, lvii, 2).
Camattîr-it'a, VIII, 25 (X, xxv, 4).
Caranti, VIII, 26.
G'&eta,VHI,2 7 (IX, en, 4).
Ceta<i",VIII,27 (IX,cvi,2).
Châyâm-iva, VIII, 29 (VI, xvi, 38).
Jâmishu, VIII, 27 (X, xxi, 8).
1 Dans cette liste et dans les suivantes , un seul chiffre romain , suivi d'un
ou de plusieurs chiffres arabes , renvoie au chapitre et au çloka du Prâtiçâ-
khya. Deux chiffres romains , ou Vâl. et un chiffre romain , suivis d'un chiffre
arabe , renvoient au Rig-Vèda. — L'abréviation cf. , conf. , marque des contre -
exemples.
78 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Jâsu, Mil, 27(VII,xlvi, 2).
Ji3hâmsasi,\Ul, a3 (VII, lxxxvi.A).
Tamasi, VIII, 28 (VII, ▼., à).
Tirasi, VIII, 28 (IV, vi, 1).
Dadâtu, VIII, 25 (VDI, lx, i3).
Dadhâtu, VIII, 25 (VI, li, 11).
Dadhîmahi, VIII, 26 (VII, xl, 1).
Didhisheya, VIII, 25 (VII, xxxn, 18).
Divi, VIII, 28.
Dtdihi, comme huitième syllabe, VIII, 23 (VIII, xux, 6;
cf. III, liv, 22: dans ce second exemple, hi est la 10* syl-
labe d'un pâda de 11).
Deçà, VIII, 26 (X, xcm, 9).
Dhâraya, VIII, 25.
Dhâva, VIII, 26 (IX, lxxxvi, 48).
Nâma, suivi de cil (V, xxxni, &; cf. I, cxxxiii, &).
m,vm, 28(x,lxxxiv, 7).
Nu, suivi deviçah, VIII, 28 (I, clxxii, 3; cf. VI, xv, 5).
Pamca, VIII, 26.
Pavamâna, VIII, 29 (IX, lxxix, 3).
Pâti, VIII, 27 (X,i,3).
fMAi, VIH, 29 (III, xxxi, 20).
Pitari, VIII, 28(X,lxi, 6).
Puru-prajâlasya , VIII, 2$ (X, lxi, i3).
/VifAiw.VIlI, 28 (V, lxvi, 5).
Pro,VHI,27.
Pra-divi, VIII, 28 (III, xlvi, 4).
Btara/itu, VIII, 2*t (V, li, 12).
Afaifta, VIII, 28 (VIII, xxvi, 20).
Afama, VIII, 28 (X.xxv, 2).
Martasya1, VIII, 23 (VIII, xi, à).
1 Le manuscrit byb de Berlin donne, au çloka a3, marUuya, au lieu de
vàtasya. Uvata, après avoir cité un exemple de vâUuya, avertit que d'autres
lisent martasya : uMartasyeti Uuya ithâne palhanti; parce que l'exemple cité
au sujet de vâUuya est plutôt un pâda de 10 que de 1 1 syllabe». Puis il cite
lui-même un exemple pour marUuya.
ETUDES SUR LA GHAMMA1KE VEDIQUE. 79
Mânushasya , VIII , 29 (I, cxxi, l\).
Mâsva, VIII, 27 (IX.xcin, 5).
Mûrdhani, VIII, 27 (VII, lxx,3).
Raksha, suivi de dhiyâ , VIII, 25 (X, lui, 6; pas de contre
exemple).
Rajasi, VIII, 28 (X, lxxxii, 4).
fla/^vtm, VIII, 26 (VIII, xii, 18).
Vuranta, VIII, 27 (II, xxiv, 5).
Varuna, VIII, 28 (I, xxiv, i£).
FatTi'^ma, VIII, 23 (VII, xxvii, 5).
Fasavana, VIII, 25 (X,xxn, i5).
Vahasi, Ylïi, 28 (VIII, xlix, i5).
Vâtasya1, VIII, 23.
Vâvridhanta, VIII, 23.
tt/viII,28(IX,xcvn,38).
FimaJasva, VIII, 2 5.
Vishtapi, VIII, 27 (IX, cvn, i£).
Fȣ VIII, 28 (II, xxvi, 2).
Vocemahi, VIII, 29 (I, clxvii, 10).
Çatusya, VIII, 27 (I,xliii, 7).
Çromatena, VIII, 29 (VIII, lv, 9).
Sakhyâya, VIII, 29 (I, ci, 1, etc.)
Sadanâya, VIII, 2/1 (X, xcm , i5).
Sadma, VIII, 27 (I,clxxiii, 3).
Sam-idhâna , après tod, VIII, 26 (X, cl, 2; pas de contre-
exemple) .
Sarasvati, VIII, 26 (VII, xcv, 6).
&wfu, VIII, 29 (VII, lv, 5).
Sahasrâni, VIII, 29 (VIII, L, 8).
Sâsahyâma, VIII, 2 3 (I, cxxxii, 1).
Sa, enlre vufcfôi et na/i (H, xx, 1; cf. X, lix, 4).
Su-makhâya, VIII, 25 (IV, m, 7).
Suwfaya, VIII, 26 (VI, XL, 3).
1 Voyez la note relative à marlasya. L'exemple cité pour vâlasya est JC,
uni, fi.
80 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Srija, VIII, a5, dans un pùda de 12 syllabes (III, xvi, 6; ci'.
X, cxx, 3).
Soma, VIII, 27 (IX, ex, a).
Snuui, VIII, 27 (VIII, xvill, 19).
Hanati. VIII, 28 (VI, xxix, 6).
Hary-açva, VIII, 24 (X, cxxvm, 8).
Hi, VIII, 28 (V, 11,7).
LISTES ALPHABÉTIQUES DES MOTS SUJETS
A ALLONGEMENTS.
I. VOYELLES FINALES DES MOTS.
LISTE DBS MOTS DONT LA FINALE EST SUJETTE À ALLONGEMENT.
N. B. Les mots marqués d'un astérisque allongent leur finale
quand ils sont en tête d'un pâda. Lorsque aucune condition ni res-
triction n'est indiquée, cet allongement a lieu, à cette place, devant
tout mot commençant par une consonne simple.
Pour les mots marqués de deux astérisques, l'allongement a lieu
dans l'intérieur d'un pdda, devant un mot quelconque commençant
par une consonne simple.
"Akutra, VIII, 8 [Rig-Véda, I, cxx, 8).
'Akhkhalîkritya, VII, 18 et 19 (VII, cm, 3).
Accha, VII, 2, quand sa finale termine un mot, l'allonge par-
tout (V, LXXXIII, 1),
.. . . ( Su/M (IX, cvi.i).
excepté devant 7 i!T . ;_ ' ,
r { Yâhi (I, xxxii, 17).
'Aja, VII, 1 3 et 19 (1, clxxiv, 3).
Aja, VII, i3, devant nashta/h (I, xxm, i3).
'Atta, VII, 17 et 19 (X,xv, 11).
'Atra, VII, 16 et 19 (I.clxiii, 7).
Atra, VIII, 6, devant svah (VIII, xv, 12).
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 81
'Atka.VU, 17 et 19 (I,iv, 3).
"Adya, VII, 8 et 19 (X,lxiii, 8).
Adya, VII, 7, devant vi, changé en vy par le kshaiprasandki
(I, clxi, i3).
/ Karanam (VI , xvin , 1 3 ).
iMya/ VII, 8 etl ^a (I, xxv, 19).
i9, s'il ne ter- ^ (VIII, xv,6).
mine pas un/ ^«^ (IV, xliv, 3).
pd^s'allongel VTWrnahe (V,lxxxii, 7).
devant I Bhavatam (I, xxxiv, 1).
| Krinotu ( X , xxxv, 2 ) .
\ Bhavata (II, xxix, 6).
Adyâdya, VII, 34, devant çvah-çvah (VIII, l, 17).
'Adha, VII, i3 et 19 (I, clvi, i),
Adhajihvâ,Vll,2i (VI, vi, 5).
Adha te viçvam, \ll, 20 (I, lvii, 2; ci*. I,
clvi, 1).
Adha dhârayâ, VII, 20 (IX, xcvn, 11).
exceptions.. . ^ Mka ^ yil, 22 (VI, x, 4).
.4 égayai, VII, 20 et 22 (X, lxi, 23; I, clvii,
2).
Adha yâmani , VII, 20 (IV, xxvn, 4).
Adha,\ll, 34, devant tvam hi (VIII, lxxiii, 6; cf. X, lxi,
22).
Adha, VII, i3, devant mahah (V, lu, 3).
Adha,V\I, 7, de-l 5b' chanSé en sv (VI1' LVI< vi-
vant, i ^"' cnang^ en nv (VII, lxxxviii, 2).
( flï, changé en Ay (IV, x, 2).
"Anaja, VIII, 7 (V, Liv, 1).
^4naja<a, VIII, i5, devant viyantah.
Anyalra, VIII, 17, devant cif (VIII, xxiv, 1 1).
Apa, VII, 33, devant vridhi (VII, xxvn, 2).
4ifà, VII, 5, devant un monosyllabe affecté du hshaipra-
sandhi (X, lix, 3).
vant.
8Î AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Dvd (X, xlviii, 7).
! .4 (IV, xxxi, 4).
^T(!ivCXL,3)"^
Arsha (IX, xcvil, 01)
(cf IX.xcvm,.).
Naram ( IX , xcvil , 49).
Navante (IX, c, 1).
Nu (II, xxx, 7).
Sat (II, XLi, 10).
Sutah (VII, xxxu, a/i).
Su (IV, xxxi, 3).
"Aya, VIII, 7 (IV, xviii, a).
'Arca, VII, ia et 19 (V, xvi, 1),
!Arca gâya, VII, ao (VI, xvi, aa).
Arca devâya, chez Bharadvâja, VII, aa
(M, lxviii, 9).
Arca, VII, îa, devant marudbhyah (V, lu, 1).
'Arsha, VII, 16 et 19 (IX, lxv, 19).
Kiilpeshu (IX, ix, 7).
! Agne (1, lxxix, 7).
I Kam (X, L, 5).
Nah | suivis J Pârye (VIII, txxxi.g).
Ava, VII, 39,1 iVu ( de j Maghavun (VI, xv, i5).
devant j / Vâjayiun (VIII, lxix,6)
l (cf. X.cv, 8).
Ninam (VI, xlviii, 19).
Pritsushu (I.CXXIX, &).
Vâjeshu (VI, 1x1,6).
i4»a, VIII, 1 3, devant puramdhyâ (V, xxxv, 8).
<4»a/Aa, VIII, 1 5, devant sah.
'Avishtana, VII, 18 et 19.
'Ashtâ, Vil, 16 et 19 (VIII, 11, 4i).
Asnjata, VIII, 16, devant mâtaraih (I, ex, 8).
Âgata, VIII, 16, devant tarvatâtaye (l.cvi, a; X,xxxv, 11).
Âvya, VIII, 3o, à la fin d'un pâda, devant une consonne (1.
CLXVl, l3).
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 83
*Ita, VII, 17 et 19 (VIII, lxxii, 7).
( Jayatâ, \ll, 16 (X, cm, i3).
//^devant. . . .1 Dkiyarn, VII, 17 (V, xlv, 6).
( Ni, VII, 17 (I,v, 1).
'Iyarta, VII, 18 et 19 (VIII, vu, i3).
*Ishkarta, VII, 18 et 19 (VIII, 1,12).
Iha, VIII, 1 4, devant vrinîshva (IV, xxxi, 11).
Iraya, VIII, i5, devant vrishlimaniam (X, xcvm, 8).
ïrayatha, VIII, 16, devant marutah (V, lv, 5).
*//ùÀ*.#, VII, 18 et 19 (VIII, xxni, 1).
Nu, changé en nv (VIII, lv, 9).
U, VIIT 7, devant) &' chan&é en sv (V' LXXXV' 5) ;
mais non devant ces mots suivis de
arya (X, lxxxvi, 3).
/ Gribhâya (V, lxxxiii ,
10).
Carkirâma[X,xi,, 1).
Te asti (VIII, lxx,8;
cf.VIH,Lxx,5}.
Temahimanah (X, liv,
3-,cf.VIIi;Lii,5).
Naksumanâh (IV, xx,
4;cf.I,cxxxvm,4).
,ig I Pra vocaih (cf. IX ,cx,
de \ n >)•
Pra vocata (X, xl,
il).
Ratham (VIII, XXVI,
Çrudhi (I, xxvi, 5).
Stavânâ (IV, lv, 4).
I Stavâma (IV, xxxix,
* Ukshata, VIII, 7 (I, lxxxvii, 2).
'Uccha, VII, 1 3 et 19 (VI, lxv, 6).
V, VIII,
/' Tu(X, lxxxviii, 6),\
D/uS/i (IV, vi, 11),
Namobkih (I, lxxvii,
2),
Nu, bref (I , clxxix, 2;
;;;*;;! Cf.vi,ix,6),
devant! ^avi'ra"l(IX>XLV'4),
MaWA (VIII, lv, 10),
Kra/Wya(IV,Li, 2),
Çucini (II, xxxv, 3) ,
Su (I, cxxxvin, 8),
\ Sutasya (X, xciv, 8) ,
non
84 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Uccha, VII, i3 , devant duhitah (V, lxxix, 9).
'Upâgatya, VII, 18 et 19 (exemple, ditUvata, tiré non delà
samhitd, mais de hvritti : Upàgatyâ somyâ somyâsali).
Ubhayaira , VIII , ao, devant te ( III , lui , 5 : dans cet exemple
tni, pour tra, forme la 8* syllabe d'un pâda de 1 1; mais,
malgré cela , il ne devrait pas s'allonger, parce que te est
grave; voy. VIII, ai).
Uru, VII, 3i, devant nu (VI, xlvu, i£).
•Uruskya, VII, 18 et 19 (V, xxiv, 3).
FLitena, Vil, 7, devant vi, changé en vy (X, cxxxix, h)-
Hidhyûma, VII, 33, devant fe,chezVâmadéva (IV, x, 1; cf. II,
xxviii, 5).
Ena, VIII, 19, devant sumatim (IX, xevi, a).
Eva, en tête d'un pâda, VII, 12 et 19, soit devant une con-
sonne simple, soit devant un groupe (I, vm, 9; IV,
xix, 1).
Eva, devant. . . I Cam' VI1I« ao <VI« XLVIM' l7>-
( Yathd, VII, 12 (IV. xxx, 1).
'Karta, VII, 1 a et 19 (I, xc, 5).
Karta, VII, ia, devant yat (I, lxxxvi, 10).
Karlana, VIII, 18, devant çrushlim (II, xiv, 9).
Kâvyena, VIII, 6, devant svah (IX.i.xxxiv, 5).
Kira, VIII, 17, devant vasu (IX, lxxxi~3).
'Kutra, VII, 17 et x 9 (V, vu, a).
Krinuta, VIII, i5, devant suratnân(X, lxxviii, 8).
! devant un monosyllabe, affecté du kshai-
prasandhi, VII, 5 (VIII,xxvu, 18).
devant suprattkam, VIII, 1 5 (VI,xxvm, 6).
devant un monosyllabe affecté du kshai-
prasandhi,\ll,b (IV, III, 4).
[ •J«"'r«î (VIII, lxxxvi, 8).
devant, VII, D,uja,ri (X, xlu, 7).
{ Nah{l, xxxvi, i4).
Sahasrasâm (I, x, 11).
kridhi
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 85
'Krishva,Vïl, 16 el 19 (VI,xvm, l5).
'Kshara, VII, 16 et 19 (IX, xxxv, 3).
"Kshâma, VII, i5 et 19 (X, cxxxvi, 1).
"Ganta, VII, i3et ig(V, lxxxix, 9).
Ganta, VU, i3, devant ma (VIII, xx, 1).
Gâtuya, VIII, 18, devant ca (VIII, xvi, 12).
*Gâhata, VII, 17 et 19 (I, lxxxvi, 10).
Gûrdhaya, VIII, 6, devant svah (VIII, xix, 1).
Gmanla, VIII, i5, devant nahuskah (I, cxxn, 11).
"Gha, VIII, 7 (IV, xxvii, 2) , excepté devant , VIII, 11 :
sah (X, xxv, \
dans Kutsa etVimada (cf. VIII, xlvi, 4).
ioj,
va (I, exil,
»9).
Nu, changé en nv, VII, 7 (II, xv, 1).
Gha, devant1. . ) Tvadrik, Vffl. i3 (X, xliii, a).
J 57^^111,17 (VIII, XLIV, 23).
( Syâïât, VIII, 19 (I, cix, 2).
Ca, VIII, 17, devant bodhati (I, lxxvii, 2).
"Cakrima, VII, i3 et 19 (VII, xxxi, 2).
/ Jïhvayâ (X, xxxvii, 12).
** Cakrima, VIII, 1 Bhâri dushkritum (X, c, 7; cf. VIII, xlvi,
8, excepté de-< 25).
vant,VIII,io) Vardhatâm (III, 1,2).
\ Vipravacasah (VIII, L, 8).
Cakrima, VII, i3, devant brahmavâhah'1 (I, ci, 9).
Cakra, VIII ,19, devant jarasam.
C«ra,VIII,5,de-( Carshaniprâh (VII , xxxi, 10).
. < Pushtirh (VIII, xlviii, 6).
vant J • v ' '
( Soman (I, xci, 19).
1 Ces allongements sont mentionnés à part , nonobstant la règle générale
du chapitre VIII, 7 et 8 , parce qu'ils ont lieu devant des groupes de con-
sonnes. (Voyez plus haut, p. 73 et 7/1.)
2 Voyez la note relative à gha.
86 AOUT-.SEPTEMBRE 1857.
'Jagribhma, VII, i5 (X.xlvii, i).
Jagrabhu, VIII, 18, devant vâcaih (X, xvm, i4).
Janaya, VIII, i3, devant duivyam (X, lui. G).
/anima, VIII^.I^fMVI, xv, ,3).
devant &* (IH. «v, 8).
( //ann(III,xxxi,8).
Janishva, VII, 34, devant devavîtaye (VI, XV, i8)
'Jambkaya, VII, 1 3 et 19 (I, xxix, 7).
Jambhaya, VIII, 1 3, devant toTi (II, xxiii, 9).
/ova, VIII, 6, devant «aA (VIII, lxxviii, 4).
IUn monosyllabe affecté du kshuiprasandlu,
VII, 5 (VI, 1.1, U).
Cihitvah,\l\, 3a (V, 111,7).
'Jim», VII. 16 et 19 (VIII, xlix, ta).
"Jahota, VIII, 7 (V, xxvm,6).
Juhota, VII, 6, devant ja1, changé en tv (III, ix,8).
Jnhota, VII, 33, devant madhumattamain (VII, on, 3): cette
mention particule re est rendue inutile, ce .semble. Mr h
règle générale du chap. VIII, 7.
'Josha, VII, 16 et 19 (X.CLViu, a).
j Naïf, ViI,a3(VI,Lxxv, 17).
Rathu,h{Vl, lxxv, 8). |MI.a8.
( Soo*a/i(VI,xvi, 17), )
Taim.VHI, 7 (IV, vi, 6).
Tapa, VU. 16 (VI, v, 4).
Tarpaya, VIII, 18, devant kâmuih (I, i.iv, 9).
Tira, VIII, i5, devant çactbhih.
'Tishtha, VII, îa, i4 et 19 (III, xxxv, 1).
Tun/Aa, devant..! W. VII. ia (I, xk. 6).
( H irtinyayath , VII , 1/4 (VIII, i.Vin, 16).
1 Voyez la n»le relative ;. gha.
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 87
vin a i i ^e dwnsah (I, xlix, 4; cf. IV, xxn, 6).
ia,VHI,8,apreS Nahsava^^ (VIII, xxi, io; cf. IV, xxxii,
un monosyi-l ,
labe (VIII vu, U^e(VI,xxix,5).
il ; cont. VI ,< v '-" a \ - /y a\
. .1 ïamiyanam (A, lxxxviii, o).
xxm, 7); ma,s p^^ (X, x, 6).
non devant,! r t JT . ,
V1 [ Lakra (1, clxxvii, 4).
™' 9 j tf« : (VIII, xxxii, 24).
Trimpa, VII, 7, devant ci, changé en vy (VIII, xlv, 22).
/ No adhi [\l\I, xx, 25; cf. IX, lxvi, 3o).
Tenu, VII, 23,1 Pavasva (IX, lxi, 19).
devant j Sahasyena (VII, lv, 7).
' Suçravasam (I, xlix, 2).
Da<Z/uî<«,VII,24,( Xe'a"1 (IX' XXI' 6)'
devant j ^wam (V, xxn, 1).
( Venant (IX, xxi, 5).
"Dadhima, VIII, 7 (X, xlii, 6).
*Dadhishva, VII, i5 et 19 (III, xl, 5).
'Daçasya, VII, 16 et 19 (VI, xi, 6).
Daçasyatha, VIII, 17, devant krivim (VIII, xx, 2/1).
'Didhrita, VII, 17.
Drâvaya, VIII, 17, devant tvam (VIII, iv, 11).
iPâyamdnah (IX , xcvn, 3), \
Rât (VI, xii, 5). VIII, a.
Soma (IX, cvi, 4). )
Svaslaye, VIII, 6 (IX, lxxv, 5).
Dharma, VIII, 3o, devant sam, à la fin d'un pâda (III,
xvii, 1).
D/iata, 3i, devant rayim (III, liv, i3).
Dhâma, VII, 33, devant ha (VI, 11, 9).
'Dhâraya, VII, 16 et 19 (X, xxv, 4).
Dhâvatâ, VIII, 14, devant suhustYah (IX, xlvl Kl
H AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Dhâsatha, VII, 6, devant su, changé en sv (I, cxi, a).
Dkishva, VII, 34, devant çavah (II, xi, 18).
'Namasya, VII, 16 et 19 (II, xxxm, 8).
Nayata, VIII, 16, devant baddham (X, xxxiv, A).
devant des monosyllabes, affectés du kshai-
prasandhi, VII , 5 (IV, xviu , 4; cf. VI,
Nahi { xxvii, 3).
devant nu vah, VII, 3o (I, clxvii, 9; cf.
VI, xxvii, 3).
Nu, en tête d'un pâda, VII, 10 et 19, soit devant une con-
sonne simple, soit devant un groupe (I , xcvi , 7 ; IV, xvi ,
ai).
Gth.
Grinânah (IV, XV! , ai).
Nu, VII, 10 etï Cit, non suivi de yafy (VI, xxx, 3; cf.
11, s'il ne ter-] VIII, lx, 10).
mine pas un/ Mahitvam (I, lix, 6).
pâda, s'allonge) ' Maria (I, LXiv, i3; V,
devant f l xxxi, i3),
Te, j suivis I ou de
Sali,) de j Adrivuh (VIII , xxi , a ; cf.
VI, xxvii, 3 ; VI, xiv,
»)•
JVefAa.VIIl, 19, devant ca (X, cxxvi, a).
Neshathu, VIII, 16, devant sugarii (V, liv, 6).
'Pacata, VII, 17 et 19.
"Paptata, VIII, 8 (I, lxxxviii, 1).
Parsha, VIII, 6, devant svastaye (I, xcvn, 8).
"Paçyata, VIII, 7(1. cm, 5).
Pallia, VII, 3i, devant rficaA (I, lxxxvi, 1).
'Pâlhana, VII, 17 et 19 (I, clxvi, 8).
Pâyaya, VIII, 18, devant ca (III, lvii,5).
'Pâraya , VII , 1 a et 1 9.
Pâraya, VII, ia, devant navyah (I, cxxxxix, a).
"Piprita, VIII, 7 (I, cxv, 6).
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 80
Piprita, VIII, 6, devant svasluye1 (X, lxiii, 8).
'Piba, VII, a et 19 (VII, xxii, ( Maàhvak (X, cxvi, 1).
i).-Exceptédevant,VII,2.: %« (X, cxvi, 1).
( Çuddham (I, glxiv, 4o).
! devant <a, changé en tv ,
VII, 6 (VIII, i,26.)
devant madhunâm, Vil ,
i4 (IV, xlvi , 1).
Pïbata, VIII, 17, devant munijanejanam (I, clxi, 8).
*Punâta, VII, 1 5 et 19 (IX, ctv, 3).
Pura dâcushe ( IX , xx , 9 ).
Puni va (I,cxlii, 10).
Para vidvûn (VIII, lxxxi,
*Puru, VII, 9 et 19 (VI, xxix,] q\
6).— Exceptions, VII, 20-22: j pttr^iâç»à (VII, lxii, 1).
Pura viçvâni (I, cxci, 9).
P«ru paita (IV, xxxvii , 8).
Pura Ai (VI, lxiii, 8).
G'*(X,x,i).
Dhiyâyate (IX, xy, 2).
Pwra, VII, 9, s'il ne termine pasl Nrishûtah (VIII, iv, 1).
un pâda, s'allonge devant. . . j Purubhujâ (V, lxxiii, i).
/ Puruhâtah (VIII, 11, 3a),
\ Sahasrâni (VIII, l, 8).
Pricha, VIII, i3, devant vipaçcitam (I, iv, 4).
"Prichata, VIII, 7 (I, cxlv, 1).
"Prinata, VIII, 7 (II, xiv, io).
Pra-pra, VII, 33, devant vo asme (I, cxxix, 8; conf. VIII,
LV1II, l).
"Prusha, VIII, 7 (X, lxxii, 1).
'Bibhaya, VII, 18 et 19 (VIII, xlv, 35).
*Bo<tô«, VII, i3 et 19 (VII, xxn, 3).
1 Voyez la note relative à g/i«.
90 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Bodhu , VII , i3, devant stotre (X, clvi, 5).
Bodhaya, VIII, i£, devant puramdhim (I, cxxxiv, 3).
(A ri nota ( VIII, xxxn, 17).
Krinoti (I, cv, i5).
Ca girah{ VI, xxxvm, 3; cf. X. iv.
devanl \ Tâtot{\l,xx,b).
I Te (VIII, lxxix,3).
I iVoA(VII, xxviii, 1).
„. . ..... / Tvam (VII, xxvii, 1).
/ < BAun (I. lxxxi, 6).
devant ) /v '
( Raye (X, cxn, 10).
•fî/umi.Vll. net 19 (VUI, II, a3).
( Sa, changé en sv, VII. 6 (X, r.xin, 1 >).
Bhara devant... ? _ . _° r /1V .,
j S»aA, VIII, 6 (IX, cvi, 4).
Tùtujânah (I, lxi, 12).
YYum (X, lxxxiii, 3).
B/wra, Vil, 11,1 Daddki.
s'il ne termine] Nah (I, uni, 9).
pas un pâdaj Bhâri (III, liv, i5).
s'allonge de-j Bhojanâni (V, iv, 5).
vant I hfatibhih (IX, cm, 1).
' Yonim (I. cxl, 1).
Stomurn .
iJâlavedasam (X, clxxvi, a).
Mrilayadbhyâm (I, cxxxvi, 1).
>«/(VIII.Ll.l).
VuMuoirfaniafn ( VI , xvi , /j 1 ).
Somam (II, xiv, 6).
'Bhava, VII, 1 1 et 19 (I, clvi, i).
IDyumni (X, lxix, 4).
Me (X, lxxxiii, 7).
Çata (VII, xv, i&).
x Stotribhyah (III, X, 8).
I
gf ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 91
fihm^i,\\U, 19, devant mrilayantah. (I, cvn, 1).
BJ ,j4pl, VIII, i3, devant tanâbhih.
"t,VII, i4et 19 (V, vu, 5).
i^H
^
f"
!Kadâ (I, cv, 3)
Cakratuh (I, clix, 2).
Nishlyâ-iva (VIII, 1, i3).
Varunasya.
Sâryasya (X, xxxvn, 6).
Harivah.
^ia, VIII, 3o, à la fin d'un pcfcZa, devant une consonne
î, clxxiii, 6).
g0^na,\ll, i4, devant tribandhurah l (VII, lxix, 2).
liérfhata, VIII, 3o, à la fin d'un pâda, devant rathah (I,
JP-xxxu, 1).
iikshu, VII, 2, même quand il est premier terme d'un
omposé; voyez la 2e liste alphabétique (VIII, xxxi, i5;
/<II, xxxi, 20; VII, lxxiv, 4). — Exception: makshumga-
nâbhih.VU, 4 (VIII, xxii, 16).
ida, VIII, 6, devant svastaye (X, lxiii, 3).
i iadata, VIII, 7 (I, li, 1).
adatha, VII, 17 et 19 (VIII, vu, 20).
îanthata, VII, i5 et 19 (III, xxix, 5).
andaya, VIII, 18, devant go5Ai$ (III, xxx, 20; III, L, /1).
'andasva de-i S«, VII, 3o (VIII, vi, 3g).
.1 vant ( Hi, changé en hy, VII, 6 (III, xli, 6).
if&Iarmrijma, VII, 18 et 19 (III, xvm, 4)-
lahaya, VIII, 6, devant svah (I, lu, 1).
Mimikshva , VII , i5 et 19 (I, xlviii, 16).
Mumca, VIII, i4, devant sushjivushah (X, xciv, i4).
Mumcata, VII, 7, devant «1, changé en vj (IV, xn, 6).
"FMrila, VII, 16 et 19 (I, cxiv, 2).
Mrilaya, VIII, 20, devant na/i (VIII, xlviii, 8).
'Moshatha, VII, 17 et 19 (V, liv, 6).
1 Voyez la note relative à c/ha.
«»2 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
j . . .asya, précédé d'une
consonne, VII, 3 (IV,
SlII, 1 ; I, mu, 8; cf.
I. CXL, ÎO).
Anu-driçya (X, cxxx, 7)
Abhi-pudya (X, lui, 9)
.ya, Vil , 3 , non précédé d'à, Abht-inhu ( \, c.i.xxiv, a)
et final d'un terme de deux Abhi-vlar/ya yatra (1
syllabes, qui termine un corn- 1 cxxxiii, 1; cf. I, cxxm
posé et commence par un udâttai a).
(II, xxxvii, 3; cf. I, cv, a;l A-rabhya (I, lvii, /j).
X.lxxxv, 33; II, X, 5; VIII, I Ni-yûya pishtaluinuyd (cf.
l, 4) — Exceptions (VII, 4): | X. lxx, 10).
Nishadya vi (I , clxxvii, 4 ;
cf. I, cvin, 3).
Prâsya, pour pra-asya
(I, cxxi, i3).
Sam-gatya (X , xevu , a 1 ).
Sam-mtlya1 (I. clxi, 1a).
Yakshva, VII, 34. devant mahe (V. xi.u, 11).
')achu, \ II. 16 et 19 (I, XXII, l5).
'Yachata, VII, 17 et 19 (II, xxvn, 6).
Yachata, VIII, 6, devant svastaye (X. LXIÎI, îa).
Ta/a, VII. 16 et 19 (l.i.xxv, 5).
hnpîtaih (X, XXVIII, 8).
CakÀh (VII, lxiii, 5).
Te (I, clxiii, 4).
Yalra.Xll, a6 et a8, en tête d'uni Dafajryan(X,cxuvin, 1).
pâda, devant. . .^ j)[ah (I( LXxxix, 9).
AraraA (Vil, lxxxhi, a)
Niyudbhih (X, vin, 6).
Bhayante (VU, lxxxhi , a).
Dans tous ce» composé* en ya , la 1 " syllabe du second terme est udâtta
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 93
/ Matili (V, xliv, 9).
Madanli (V, lxi, i/|).
Rananti (IX, cxi, 3).
Rathasya (III, lui, 5).
IW, VII,26et 28, en tête d'uni *<f «™ (!« m« *)■
,., j < Va/i (I, CLXVI, o).
pada, devant \ *, v ' %
1 Vadete (A, lxxxviii, 17).
Sapia-rishîn (X, lxxxii, 2).
Samudrah (X, cxlix, 2).
Supaniâk (I, clxiv, 21).
\ Somasya (VIII, iv, 12).
Yatra, VIII, 17, clans l'intérieur d'un pacfa, devant vi (VIII,
xiii, 20).
/ Mrityoh, VII ,21 ( X , clxi
Tadi, VII, 17 et 19 (III, xxix, a)'
6), excepté devant I ,',»'• \ ' '
/ 21).
\ Fa,VII,22(X,cxxix,7).
Kavînam (X, xxn, 10).
Krithah.
Yadi, VIII, 4, dans l'intérieur] Goh (X,X1I, 3).
d'un pâda, devant , . J Manasah (IX,xevu, 22).
Sabandhavah (IX, xiv, 2).
Saramâ (III, xxxi, 6).
"Yanta, VII, 17 et 19.
*Yâvaya, VII, 17 et 19 (X, cxxvn, 6).
'Yukshva, VII, i3 et 19 (X, iv, 6).
r«W,,ade,a„tif'>VLn,.3(VI,xv,,43).
( Hi, changé en hy, VII, 6 (I, xiv, 12).
Yuyota, VII, 32, devant cârum (VIII, xvm , 11).
Yem, VII, a 7 et
a8, devant
94 AOUT -SEPTEMBRE 1857.
/ Danisishthu (VIII, xxiv. a5)
Daçugvam (VIII, xu, a).
.\ali (I. Util a).
Le thème navagva (IX. cviii, 4; IV. m
à)-
MÀ(Viu.ix,À).
M» (VIII, xu, 4).
/\ir«iA-«i (I. L. 6).
PrithtVYiih (II, XVII, 6).
YatibhYah (VIII. ni, A).
PcM (VIII, xvii, io).
Vo,am(Vl.xvi. A8).
Vnfrwrâ m'A (I, LXXX. a; cf. VIII. ix. A).
Samatsu .
Samudram (VIII. m. io).
Sahantah (V, lxxxvii, 5).
\ Swr na (V, Liv, i5; cf. X, cxxi, 5).
Yoja, VII, 7. devant «a, changé en nv (I, lxxxii, i, etc.)
Yodhaya, VIII, 18, devant ca (III. xlvi, a).
•ftoAiAa. VII. 1A et 19(1. xviii, 3).
AoJbnii, VII, iA. précédé à'agne et suivi de nah (VII. xv.
i3;cf. XIV, cxiv, 3).
••/kfoAa/a, Vni. 7 (I. clxvi. 8).
liakshatha, VII. 3a. devant na (VIII \1.w1. 1)
•/{«/.a, VII, 16 et 19 (IX. vu, 7).
•flaJa, VII, 16 et 19 (VI. «1, 6).
*«**.. vu..) jW^-l?*
r / { Kam (I, cxxxii, A).
***"*-- \ ÇêMt \l. U.$).
'Rarabhma, VII, 1 5 et 19 (VIII, xlv, ao).
Rarima, VII, 3a, après vanemâ et devant vayath (II. v. 7)
Rarima, VIII, ao, devant /e (III , xxxn, a).
DÀ , , i Ca, VII, 3i (I.cxiv, 6).
flâna devant.. . I ", .... * .. .
| Pitah, VII. 3o(I,cxiv, 9).
'Ho/a. VII, 16 et 19 (IX, xci, A )• — Exception. VII. ao
raja yak (IX. mil 3)
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 95
Ruhema, VIII, 6, devant svaslaye (X, lxiii, là).
Roma, VIII, y il, devant prithivyâh (I, lxv, 4).
Vamsva,Vll, 2A, devant nah (VIII, xxm, 27).
*ffafe,VII, 1 3 et 19 (I, xxxvm, i3).
Vada, VII, i3, devant tanâ (I, xxxvm, i3').
"Vadata, VIII, 7 (I, lxiv, 9).
Vanuyâma, VIII, i3 , après vîrân et devant toofa/i (I, i.xxm,
g; cf. V, m, 6).
T/ ' , ( Te, VII, 3o( VIII, xix, 20).
Vanema devant { . K '
\ Rarima, VII, 32 (II, V, 7).
'Vardha,Vll, 16 et 19 (VIII, lxiv, 1 3).— Exception, VII,
20: vardha çubhre (Vit, xcv, 6).
'Vardkaya, VII, 10 et 19 (IX, xcvn, 36).
Vardhaya, VII, 10, s'il ne ter-{ Dyumnam (I,cm,3).
mine pas un pâda, s'allongej Navyam (I, cxc, 1).
devant ( Rudram (VI, xlix, 10).
Vandhasva, VII, 3o, devant su (VIII, xm, 2 5).
"Vavanma, VII, i5 et 19 (VII, xxxvn, 5).
'Vavrâja, VII, 18 et 19 (III, 1, 6).
*Vasishva, VII, 1 5 et 19 (I, xxvi, 1).
Kutsam,Vll,2i (I, clxxiv,
5).
Vâyo, VIII, 21 (VII, xc,
Vaha, VII, 10 et 19 (X, xn, 2). ! 1).
— Excepté devant \ Çushnâya, VII , 22 (I,
clxxv, 9).
Havyâni, VII, 20 (X, li,
5).
h 1 tttt '-î • ( Tvam (I, xliv, 1).
Vaha, VII, 10, s il ne termine* * ... * '" ' _,
1 ', . ., n j .< Du/u f a/i (V, lxxix, o).
pas un pada, s allonge devant] _ . • v ' '.
r ' { Daivyam (I, xxxi, 17).
Fafetwua, VII, 3o, devant su (VIII, xxvi, 23).
Vâsaya, VIII, i3, devant manmanâ (I, cxl, 1).
*ft<fo, VII, 16 et 19 (V, xli , i3).
Viddhi, VII, 6, devant (u, changé en tv (VII, xxxi, 4)-
1 Pour les deux règles relatives à vada, le commentaire cile deux lois un
même exemple , qui ne s'applique qu'au çloka 1 3 , et non au çhka 1 o.
96 AOUT-SEPTEMBKE 1857.
'Vidma, VII, i5 et 19 (X, xlv, a). — Exception, VII. ao:
vidma dàlâram (VIII, xlvi, a).
Vidma, VII, 6. émmk /". shàng 1 ■ hy (I IU. 11. ai).
*K«tt/a/a, VII, 17 et 19 (I, lxxxvi, ij).
Vtryena, VII, 5, devant un monosyllabe, affecté du ksliuipnt
sandhi (IV, xvm, 5).
'Vriçea, VII, 17 et 19 (III, xxx, 17).
Vettha, VII, 3a, devant Ai l(VI, xvi, 3).
Ilïhnmaih (VIII, I.. ia).
Me (V. xii, 3).
Y..., chex Çunal.icepa (I, xw - « f VI
U, a).
! Viçvatya (VI, XLii, 3).
Veda, VIII . 1 4 , dan» l'intérieur d'un pAda , devant vasudhitun
(IV, vin, a).
Koca,devant...if'y,,^;(I^»ï'ï)-
} Sutesha, VIII. là (VI, lix. 1).
Vocema, VIII, 17, devant vidatheshu (I. xl. 6).
Vyathaya, VIII, 19, devant munyum.
'Çanisa, VII, i3 et 19 (III, xlix, i).
t'amsa, VII. i3, devant goshu (I, xxxvn, 5).
Çaadhi, VII, 3i. devant nah (Mil. ni. 11).
Çatena, VII, 3o, devant na A (IV, xlvi, a).
'Çifcfei, VU, 1 4 et 19 (VII, xxxii. aG).
Çilcsha, VII, U, devant ttotnbhyah (II, xi. ai).
••Çiffto,VIII,8(VMl,M., 10).
Çfyffa, VII, 6, devant su, changé en sv (VIII, xl, 11).
'Çrinuta,VU, 17 et 19 (II, xli . i3).
'Crinadhi, VU, 17 et 19 (VIII, xm, 6).
•Çoca, VU, 1 a, i/i et 19 (VIII, xlix, 6).
r , ( Marudvridhah , VII . 1 b (III , XIII , 6 ).
Çoca devant J _, . , : '
^ ( Yavuhthya.
'Çruvaya, VII, 16 et 19 (VIU.lxxxv, 1a).
Çrudhi, en tètej Nah ^ a4 (VI XXVI 1}
dunpo^.de- ,,,„,„„,, vn.3o (II. x,. .).
vant J '
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 97
Çrudhi, VIII , 20, dans l'intérieur d'un pâda, devant nak (I,
cxxx, 6).
Cradhi, VIII, 3o, à la fin d'un pâda, devant havam (I, xxv,
, *9).
*Çrota, VII, 1 5 et 19 (III, lxxxvii, 9).
*Sakshva, VII, 1 5 et 19 (I, xlii, 1).
Sacasva, VII, 34, devant nah svastaye (I, 1 , g : cf. I, cxxix, 9).
Sada,\Illh,de-i pîtaye (VIII, lxxxvi,8).
vant ( Yonishu (II, xxxvi , 4)-
Sadma, VIII, 3o, à la fin d'un pâda, devant hotâ (IV, 1, 8).
*Sana, VII, 12 et 19 (IX, iv, 1).
Sana, VII, 33, devant jyotih. (IX, iv, 2).
*Sura, VII, 16 et 19 (IX, xli, 6).
"Sâdaya, VII, 12 et 19 (I,xv, 4).
Sâdaya, VII, 1 2 , devant sapta (X , xxxv, 10).
*Sima, VII, 17 et 19 (VIII, iv, 1).
**Sirhcata, VIII, 7 (II,xiv, 1).
Cara (VIII, xxxn, 19).
Tira.
Dadhidhvain (X,ci, 11).
Nama (I, cxxix, 5).
Namadhvam.
Nayanta.
Sa, VIII, 3, de-l Mahe (V, xlii, i3).
vant \ Mamca (X, xciv, i4).
Mridhak (II, xxvm, 7).
Agne (I, cxxxix, 7).
Atra (III, lv, 2).
Adhvaram (III, xxiv, 2).
^, , • • 1 ./lyu/i (VIII, xviii, 22).
le, \ suivis I J • ) '
NahA de [if™ ^ I^lxxiii,i2).
L//ja (1, cxxxix, 1); mais
non de upa sâtaye , VIII ,
5 (I, gxxxviii, 4)-
Elu (VIII, xxvii, 3).
H AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Sa, VIII. 16, devant ratham hâve (Mil, xxvi , i; cf. VIII.
xlv, 9).
'Su*ota.\\l, i5 et 19 (VII, xxxn, 8).
'Supaptani, VII, i5 et 19 (I, clxxxii, 5).
'Srija, VII, 1 3 et 19 (VII. Lxxxvi, 5).
Srija, VII, i3, devant vanaspate (I, xm, 1 1).
Srijatu, VII, 3i,( Gayatàdhanaih (IX, Cl», a).
devant I Madhumattamuih ( IX , Mil , il).
\S«tta, VII, 16 et 19 (VI, xliv, 9). — Exception, VU. ao
tedha ràjan (X, xxv, 7).
'.Sofa, VU, ih et 19 (VIII, 1, 17).
Sota, VII. î/i.j Pan (IX. cviii. 7).
devant ( Varenyam (VIII, 1, 19)
\Waa,VII, 16 et 19.
'5(om, VII. 17 et 19 (II, xi. 6).
"Stava, VIII, 7 (X, lxxxix, 1).
"Sfofa,VlII,8(Vni,xv!. 1).
JfàVtyuidA {Vâl.xi. à).
Jdtdh (X, lxiii, a).
Niikkfittk (X, xcvii, 9).
hâh (V, lvii, a).
Havanaçrutah (VIII, i.yi , 5).
"Sma, VIII, 8 (IV, xxxi, 8).— Excepté :
r Après prati, VIII, 1 1.
Tarn, VIII, ia (I.xui.a).
7rimAat,VIII, 1 a (X, en, h).
7*. vin 1 1 ( Paruth,!yâ"1 ( v. lu , 9 ).
(cf.IV.xxxi, VanasPa* (I. xxvm. 6).
9)'.'..
Stha, VIII. 7
(V.LXI.l).— !
Excepté, VIII,]
10, devant.. .
a" Devant.
Vrajanaik (VII, III, a).
Çabhe[V, lu, 8).
Durgrïbhtyase.Vm, ia (V, ix, 4).
Durhanâyatah , VIII, ia (X, cxxxiv, a).
Daaj',VIU,'ia (V. lvi, 7).
Para, VIII, 1 1 , chez Vrishâkapi (X , i.xxxvi,
10; cf. I, clxix, 5).
ETUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 99
Pushanam, VIII, 12 (X,xxxm, 1).
Afat.Vm, 12 (X, xcv, 8).
M<Î,VIII, 12 (X, xcv, 5).
Mâvate, VIII, 12.
Me, VIII, 12 (X,xcv, 5).
Yam, VIII, 12 (V, ix, 3).
20 Devant. . . / Yasmai, VIII, 12 (V, vu, 8).
(Suite.) I Yasya, VIII, 12 (V,ix,5).
Râçiiîi, VIII, 12 (IX, lxxxvii, 9).
W/esfca, VIII, 12 (VIII, xlix, 10).
Vâiah, VIII, 12 (X, en, 2).
Vritrahatyeshu , VIII, 12 (VII, xxxil , l5)
Sadma , VIII , 12 (X,xcvi, 10).
Sma, VIII, i5, devant cyavayan ' (III, xxx, A).
Sma, VIII, 3o, à la fin d'un pâda, devant sanemi (IV, x, 7).
Svadma, VIII, 1^, devant pitunâm (I, lxix, 2).
Svâpaya, VIII, 16, devant mithâdriçâ (I, xxix, 3).
Svena, VIII, 32 , devant hi (VII, xxi, 6).
Ha, devant... .j Me™' VI11' l8 (lV> XXXI> 5)"
i Vofcata^VIII, i3 (V, xli, 7).
Hâta, VII, 32 , devant rn.ahh.am (IX, ci, i3).
"Hinava, VIII, 7.
"Hinota, VII, 1 5 et 19 (X, xxx, 11).
II. VOYELLES FINALES DES TERMES ANTECEDENTS,
DANS LES MOTS COMPOSÉS.
LISTE ALPHABÉTIQUE DES FORMES DONT LA FINALE EST SUJETTE
À ALLONGEMENT DANS L'INTERIEUR D'UN COMPOSE.
Akrishi, IX, 4, devant v (X, cxlvi, 6).
Aksha, IX, 3, devant une nasale, autre que m (X, lui, 7).
Aqha, IX, 6, devant y (VIII, lx, 7).
' Voyei la noie relative à gha.
100 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Atïiku, IX, 6, devant y (VI, xv, 17).
Ajim, IX, 6, devant y.
Adkvari, IX, 6, devant y (I, xxiii, 16).
Anapa, IX, 10, dans anapâ-vrit (VI, XXXli, 5).
Anna, IX, 10, dans annd-vridham (X, l, 4).
i4/ia, IX, 2, devant la racine vrit, aux formes où elle a un
n (I, uni, 1).
Apari, IX, 10, dans apari-vritah (II, X, 3).
Api, IX, 10, dans apî-juvâ (II, xxxi, 5).
Api, IX, a, devant la racine vrit, aux formes où elle a un
n (X, xxxii, 8).
Abhi, IX, a, devant la racine rrit.l Abhi-vàvrite , IX, 8 (X,
aux formes où elle a un ri (VI, ] r.t.xxiv, 1).
lxx,4; I.xxxv, A). — Excepté) Abhi-vrityu , W 8 (X ,
dans ( clxxiv, a).
Abhi, IX, a, dans abhî-varta (X, clxxiv. 1 ; X, clxxiv, 3).
Amuti, IX , 7, devant v.
Amitru, IX, 11, dans amitrA-yndhah (III. xxix, i5).
j * j IX, 5, devant y (I, xcix, 1).
I IX, 4. devant v (IX, cxiv. A).
4ra, IX. 11, dans avA-yalt (VIII, lxxx, 1).
1 devant y, non initial d'un/ Açva-yujah (V, liv, a),
monosyllabe, IX, 5 (X,J Açva-yûpâya (I, clxii .
clx, 5; ci. I. 1.1. i/i). — j G).
Excepté dans, IX, 9 . . ' Açva-yogâh (I, clxxxvi, 7).
devant r, 1\ . | \ . xcvm,[ ,4cva-vaf, à la lin d'un pâda
7). — Exccptédans,lX.J (VIII, xcvi, 5 ; cf. VIII ,
8 . j i.xxxm, 3).
( Açva-vil (IX, lxi, 3).
Âhuti, IX, 7, devant v (IX, lxvii, 39).
Indra, IX, il, dans indrâ-vatah (IV, xxvn, h).
Ishu, IX. G, devant y (I, cxxviii, b).
Vktha, IX, 3, devant m (VII. xxxm, i£).
Ctyra, IX, 10, dans ugrâ-devam (I, xxxvi, 18).
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 101
Uni, IX, 3, devant une nasale, autre que m (X, xiv, 12).
Riju, IX, 6, devant y (I, cxxxvi, 5).
Rina, IX, 7. devante (X, xxxiv, 10).
/ devant y, non initial d'un monosyllabe IX , 5 ( X ,
v, 3; cf. VIII, lix, 10),
1 TV i Ritayanta (VIII, m, i4).
I exceptions, IX, 9. .1 • J .} !
1 r J \ Rita-yuktim (X, lxi, 10).
R. ! allongement excep-( Ritâ-yan (VII, lxxxvii,
tionnel devant uni 1).
monosyllabe, IX, j Ritâ-yum.
10 ' Ritâ-yoh(l, glxix, 5).
devant v, IX , 4. — Exception , IX , 8 : rita-vâkena (IX ,
cxiii, 2).
/Ma, IX, 12, dans ritâ-vne l (VIII, xcn, 8).
JJiii, IX, 1 , devant le radical sah (VIII, lxxvii, 1).
Ritviya,lX, 7, devant v (VIII, xn, 10).
Ridu, IX, 3, devant tout conséquent (VIII, lxvi, \\).
Rishi, IX, 12, dans rishî-vah (VIII, II, 28).
Eva, IX, 12, dans evâ-vadasya (V, xliv, 10).
Kava, IX, 3, devant tout conséquent.
Kavi, IX, 5, devant y (I, clxiv, 18).
Kriçana, IX, 7, devant v.
Xrata, IX, 6, devant y (X, lxiv, 2).
Kshetra, IX, 12, dans kshetrâ-sum (IV, xxxviii, 1).
Ghrini, IX, 7, devant v (X, clxxvi, 3).
Ghrita, IX, 11, dans ghritâ-vridhâ (VI, ÏAX, 4).
Carshani, IX, 3, devant tout conséquent (III, li, 1 ; VIII,
l, »).
J«nt, IX, 6, devant y (VII, xcvi, k).
Tugrya, IX, 4, devant v (VIII, 1, i5).
Tuvi, IX, î, devant le thème rava (X,xcix, 6; X, lxïv, 4)-
Tvishi, IX, 3, devant m (VI, lxvi, 10).
Dakshina, IX, 10, dans dakshinâ-vân (III, xxxix, 6).
1 Cet allongement est mentionné a part , parce qu'il a lieu devant un
groupe de coasonnes. (Voyez, dans la première liste alphabétique, la note
relative à gha. )
102 AOl I M.i'TEMBRE 1857.
Dama, IX, G, devant y (VI, xlvii, 16).
Dtrgha, IX, n, dans dlrghd-dhiyah (II, xxvn. 4).
Duchuna, IX, 6, devant y (VII, lv, 3).
Dtva, IX, î a , dans devd-vân, suivi de divah (cf. X , i.xi . a6).
Dyumna, IX, 1, devant le radical sali (I, CXXI, 8).
Dhânya, IX, 3, devant tout conséquent (X, xciv. i3).
Dhitu.lX, 7, devant v (lll.xxvu, a).
Xitha. 1\, 7, devante (111, mi, 5).
Une nasale, autre que m, IX, 3 (I.xxxm.
8; cf. VIII. ix, 3).
p j n, ) La racine vrit, aux formes où elle a un n .
I\ 1 (X, cxiii, 6) — Exception, IX,
8: puri-vritaih nu (Vil. XXVU. a; •
•Mil. 2).
l'un a ta. IX, 7, devant » (IX, XLVI, l).
Pattya, IX, h, devant v (IX, xcvn. 18).
l'itu. IX, 5. devant y (X, cxlii, a).
Pitrya, IX, 4, devant p (IX, xlvi, j
/'lia, IX, 3, devant tout consequ- ;. II . .; U . \ \xii.lb).
Putri, IX, 6, devant v (\1I \..\i. 4).
Paru, IX, a, dans purû-tama, au commencement ou à la lm
d'un hémistiche (VI, xlv, 39; VIII. xci. 7 < I. \ . 1 1
Piuft/a, IX, 7, devant d (VIII, xt.v, iG).
Priçana, IX, G, devant y (I, lxxxiv, » 1).
Pra, IX, 1, devant le radical sali, non allongé (X, lxm\
6; cf. VI, XVII, h)- — Exception: I\, 8, prasahànuh (\ .
xcix, a).
Hhamgura, IX, 4, devant v (X. lxxvi, a).
lihrshaja, IX, 4. devant ».
Makshu, VIII. a, devant tout conséquent; voy. la 1" et la 3'
liste alphabétique (UI, xxxi, ao).
Madhu, IX, 6, devant y (V, lxxiv, 9).
Madhya, IX, 6, devant y (I, clxxiii, 10).
Màluna, IX, 4, devant i> (III, lvi, 3).
Mitra, IX, 1 a, dans mitrâ-yuvah (I, clxxiii, 10).
\fithu, IX, 3, devant tout conséquent (I, xxix, Z).
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 103
v .. { devant le radical sah, IX, 1 (X, xx, 7).
lama ) , .„ . Tv /Tr x . "
J \ dans yajnâ-yale, IX, 11 (V, xli, 1).
Yavi, IX, 6, devant y (X, lxi, 9).
Ratha, IX, 1, devant îe radical sah (VIII, xxvi, 20).
D ,t , ( Rathî-lama, IX, 2 (I, xi, 1 ; IX, lxvi, 26).
Rathi, dans J ■ ' v ' - * fii '
j Rathî-tarah, IX, 11 (1, lxxxiv, d).
Aojrij, IX, 5, devant j (III, lxii, 2).
Vandhura, IX, 6, devant y (IV, xliv, 1).
Vayuna, IX, 7, devantu (V, lxxxi, 1). — Exception: vayuna-
vat devant cakâra (VI, xxi, 3; cf. IV, Lï, 1).
Valgu, IX, 6, devant y.
Vasu S devant j, IX,6(I,li, i&).
j dans vusu-j uvam, IX, 1 1 (VIII, lxxxviii, 8).
Vibhva, IX, 1, devant le radical sah (V, x, 7).
!dans viçvâ-pusham . IX, 11 (I, glxii, 22).
dans viçvâ-bhuve, IX, 11 (X, l, 1).
devant le radical sah, IX, 1 (III, xlvii, 1).
Viçvadevya, IX, /», devant v (X, clxx, h).
Visha,lX, 7, devant v (X, xliii, 3).
Vrika,lX, 6, devant y (X, cxxxm, 4).
Vrijina, IX, 6, devant y (X, cxxvn, 1).
! devant y, non initial d'un monosyllabe ,
IX, 5 et 6 (I, xxxii, 5; III, lu, 5; cf.
IX, lxxvii, 5).
dans vrishâ-ravâya , IX, 10 (X, cxi.vi, 2).
Vrishnya, IX, 7, devant v (VI, XXII i 1).
Vaibhu, IX, 7, devant v (X, xlvi, 3).
Çakti, IX, 7, devant v (V, xxxi, 6).
Çata, IX, 10, dans çatâ-van (VI, xlvii, 9).
ratru ( devant j, IX, 6 (X, lxxxix, i5).
( devant le radical sah , IX , 1 (VIII, xux, 6).
Çubhra, IX, 7, devant v (IX, xv, 3).
104 AOUTSEPTEMBRE 1857.
Çrudhi,\X, 5, devant y (VI. lxvii, 3).
Sakhi, IX, 6, devant y (I, cxxvm, î).
Sadana, IX, 19, dans sadanâsade (IX, xcvm, io).
Sapti, IX, 7, devant v (VII, xciv, 10).
Saha, IX, 7, devant „ (I,( f«J-~l^ (I. xaii. 9). j
cxxv. »). -Excepté S*ka-rasum {l\,xin,*). ,x .
dans SaAa-ivîM(VH .vAii.fi |.
\ Saha-vîram (III, 1.1 v, i3).'
Sukratu, IX, 5, devant j (I, clx, /*).
Suta, IX, 7. devant» (VIII. liv, 6).
Devant y, non initial d'un monosvllalx . I\ . 5 (VI .
li*
exception: sumna-yantâ, IX, 8 et 9* (VI,
xlix, 1),
Sumnâ yan, (lovant il, IV
Sumna.{ allongement ex-l îa (I, cxiv. 3; conf. I,
CXXXVIII, 1).
Suintai \uli , devant /h/m r
(VI. '11. '3; cf. III nui
•)•
, Devant v, JX.4 (I. cxm, 13).
■Sa, j Sû-mayam, IX, 10 (VIII, lxvi, m).
dans. . | Sû-yavasa, IX. a (VI. xxvm . 7; VII. xvin. 4)-
Soma, IX, 11, dans somâ-vatuh (X, xcvn, 7).
Stana, IX, a, devant tout conséquent (I, cxx, 8).
Stabha, IX. 6, devant j (III, vu, U).
Svadhiti, IX, 7, devant v (I, i.xxxvm, a).
Ilita, IX. 7, devant » (I, clxxx, 7).
Hridaya, IX, 7, devant v (I, xxiv, 8).
Ilrtiduni. IX, 7, devant « (V, liv, 3).
En outre , on allonge la finale d'un antécédent quelconque
1 ' Devant magha , IX , 1 , à toutes ses formes , excepté au
1 Cette exception ie trouve répétée dans deux ç loktu . et le comment air*
cite deux fois Je même exemple. ,
allongement ex-
ceptionnel de-'
vant un mono-
syllabe
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 105
génitif maghasya, IX, 8 (VII, lxxi, i ; VIII, lxx, 2; I, xlviii,
10; V, xxxm, 6);
20 Devant vasu, à toutes ses formes, IX, 1 (VII, xxxn,
2A; X, cxxxix, k\ VIII, xlvi, 1). — Exception: vasu-vasu,
IX, 8 (X, lxxvi, 8).
Parmi les allongements mentionnés dons cette liste, le
plus grand nombre a lieu devant les semi- voyelles y et v;
deux, devant un m quelconque; trois, devant toute nasale
autre que m; huit, devant le radical sah; six, devant le ra-
dical vrit, aux formes où il a un ri.
Dans les composés comme abhî-varta, dont nous donnons
le thème, et non un cas particulier, l'allongement a lieu à
tous les cas. Le Prâtiçâkhya, au 2e çloka du chapitre IX, ap-
pelle ces mots sahapravâdâh : la règle s'applique au mol avec
tout son thème, c'est-à-dire à toutes ses formes.
III. ALLONGEMENTS INTÉRIEURS, SOIT DANS DES MOTS
SIMPLES, SOIT DANS DES PARTIES DE MOTS.
N. B. Dans la liste qui suit, la voyelle allongée se distingue
par sa forme de majuscule.
AdamÂyah, IX, 28 (VI, xvm, 3).
AdhvÂnayat, IX, 28 (VIII, xvm, 10).
AnÂnu. . ., IX, 18 (II, xxm, 1 1).
Apvrusham, IX, 29 (X, clv, 3).
Apvrusha-ghnah, IX, 25 (I, cxxxm, 6).
Abhîvriteva (dansle pada: abhivritâ-iva), IX, 2 5 (X, lxxiii, 2).
AçraihÂyah, IX -, 28 (X, cxn, 8).
lyÂnti, IX, 3o (VI, xxm, l\).
Uktha-çÂsa, à toutes ses formes, IX, 19 (X, lxxxii, 7; X,
cvn, 6).
UshÂs. . . , à diverses formes (voy. UshÂsânaktâ et naktoshÂsa) :
x. s
100 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Ahran (I, xcii, a).
Asmai (VIII, i.xxxv, i).
Kati (X, lxxxviii, 18).
i' Après, IX, I Tubkyafh (1, cxxxiv, 4).
20 \ Dosham.
Mahiyamânâm (IV, XXX, 9).
Rdjatah (I, CLXXXViii, 6).
Vanaspatim.
IAgnim, IX, a6 (VII, xcix, 4; ctl II m i\
l;VI, XTII, 5)
lmahe, IX, 3o (X. xxxv. a; cf. III. xxxi.
.5).
3* A la fin d'un pâdade 11 syllabes, IX, 20 (I, cxxiv .,.
cf. I, xliv, 1; X, 1, 1).
Ushitanoktâ (voy. ush.is. . .), IX, 27 (X, xxxvi, 1).
Rijôyeva (dans le pada.rtjayâ-iva), IX, 27 (I, clxxxiii, 5).
RitÂyu-bluh, IX. 39 (IX, m,3).
BitÂvartr-iva , IX, 39 (IV, xvm, 6).
Kiyltyâ, IX, 39 (II, xxx, 1 ; cf. X, xxvn, îa).
GAtûyanttva (dans le pada : gâtuyantiiva) , IX, a4(I,CLXix, 5)-
Gimaya, après havydni, IX. 39 (V, v, 10; cf. X, OUI, h)
Gllpayanli, IX, 37 (I, ci.xiv, 10).
Ghrita-vJnti , IX, 37 (IX, XCVi, l3).
. . .cyivay. . ., Dt, 17 (cyÂvayasi, VIII, lxxxi, 7).
JÂgndhuh, IX. 3o (II, XXIII, 16).
./<«». devant pûrvyah, IX, a5 (VIII, vu , 36; cf. I, CXM, 1).
JJrayanti, après tânrite, IX, a6 (I, cxxiv, 10; cf. I, xlviii, 5).
J.ihrishânenâ, IX, 39 (I , Cl, a ).
TitAna, après laf/om, IX, a A. (I, cv, ia; cf. V, 1, 7).
TAtripânA, IX. 3o (X, xcv, 16).
TÂtnpim , IX , 3o.
...f,Jfri*A...lX,i7/ Tatrishdnah, après iui, IX, a a (VI, XV,
{tltmhAnah.lA 5).
xxxi, 7). — Ex-J Tatrishânam, devant oshuti , IX, ai (I.
ceplions I cxxx, 8; cf. I, rxxxiu, 1 1).
ÉTUDES SUB LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 107
DÂdrishi, IX, 19, à toutes les formes où le thème se termine
en i (II, xvi, 7; IV, xvn, 8).
. . .dÂdrih. . ., IX, 17 (dÂdrihânah ,1 , cxxx , 4)- — Exception:
adadrihanta, IX, ai (X, lxxxii, 1).
Dâ-nÂça, à toutes ses formes , IX , 1 9 (VI , xlv, 26 ; VI, xxvn ,
8). — Exception, IX, 22 : dûnaçâ, devant rocanâni (III,
lvi, 8).
. . . drivay . . . , IX , 17 (drÂvayâ , VIII , iv, 1 1 ; drÂvayitnavah ,
IX, lxix, 6). — Exception: dravayanta (X, cxlvih, 5).
NaktoshÂsâ (voy. plus haut ushÂs. . .), IX, 26 (I, xm, 7).
NÂnâma, IX, 24 (H, xxxiii, 12).
ParirÂpah, IX, 26 (II, xxin, i4).
Pavîtârah, IX, 29 (IX, iv, 4).
Pavîtdrarh, IX, 3o (IX, lxxxiii, 2}.
Paçu-mÂnli, IX, 3o (IX, xciu 6).
A la fin d'un hémistiche , IX , 1 9 ( X , xc , 3 ;
X, xcvii, 5; cf. X, xc, 1). — Exception:
n. , » ,. 1 purushînâm (VII, en, 2).
*Purush. . .,adi-J ■ v. n„ , ' . TV
r < / Fvruslia-qhnam, IX, 28
verses formes] ,T J .
(1, exiv, 10).
Pvrushâdah, IX, 28 (X,
Dans.. ,.j xxvii, 22).
Pûrushatvatâ, après . . .1,
IX, 29 (IX, liv, 3; cf.
V, XLviii, 5).
Prithu-jÂghane, IX, 27 (X, lxxxvi, 8).
Pra-savîtâ, IX, 3o (VII, lxiii, 2).
Pra-sÂham, après jarhrishanta, IX, 26 (VI, xvn, 4; conf. I,
cxxix, 4).
PrÂvanebhih, IX, 28 (III, xxn, 4).
MÂmrijîta, IX, i4 (VII, xcv, 3).
MÂmrijuh, IX, i4 (X, lxvi, 9).
MÂmrije, IX, 1 4 (VII, xxvi, 3).
MÂmriçuh , IX , 1 4 ( VIII , ix , 3 ) .
Makshv. . . (voy. les deux listes précédentes), VII, 2 , partout
(makshûyu-bhih, VII, lxxiv, 4).
8.
...ylvay... , IX , 1 7 ( X , cxxv 1 1 .
108 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
. . .mÀmah. ... IX, 17 (mÂmahantâm, I, xciv, 16; mAmahe.
I, clxv, i3).
. . .ylmay. . ., IX, 17 (yÂmaya, VIII, m, a). — Exception,
IX, aa: yamayoh (X, cxvn, 9).
I Yavayâ , devant vadham , IX ,
a3 (X.clii, 5).
Yavaya, devant stenaiîi, IX,
# a3 (X, cxxvii, 6).
Yavayantu, devant indavah,
6). — Exceptions | IX, aa (VIII, xlviii, 5).
Yavayasi.lX, ai (VIII, xxxvn,
A).
Votavu/i,lX,ai (VIII, lxvii,
9)-
Yôyudhir-iva, IX, a8 (X, cxlix, 4).
Yôyuvih.W, a6(V, l,3).
Rathinâm, IX, 39 (I, XI, l).
Rathtyarrtiva (dans \epada: rathiyantt-iva), IX, 38 (I, clxvi, 5).
RÂthyebhih, IX, 37 (I. CLVil, 6).
iAramayah, IX, ai (II. KHI,
Paramayâ, IX, a3 (VI, xxxvui,
Ramayâ, devant <7<r<î, IX, a 1
(V, lu, i3).
; Raraksha,\X, a3 (I.cxi.v il, 3).
. ,.rira(p). . ., IX, 17 et i8| Rarate, IX, a3 (V, lxxvii, 4).
(r.iraptti, VI, 111. 6; r.<7«/i-( Rarapçt, IX, aa (IV, xx,5).
<fttj,xci, 1 3). Exceptions.) Rarabhmâ, IX, ai (VIII, xlv,
( ao)-
A/rufcaA, IX, a8 (I,cxiv. 8).
Rfrishat, IX, a8(III, un, ao).
Rir'uhata, IX, 27 (I, lxxxix, 9).
Rtrishûhta, après tanvaih, IX, a5 (cf. VIII, xviiî, i3).
Rfshatah, non suivi de*/, IX, a5 (I, xxxvi, i5; cf. I, xu, 5).
ETUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 109
Rîshate,IX, 29 (I, clxxxix, 5).
Rîshantam, IX, 24 (II, xxx, 9).
VÂvanah,lX, i3 (IV, xi, 2).
VAvantha, IX, i3(VIII,lv, 5).
VÂyandhi, IX, i4 (V, xxxi, i3).
VÂvarta, devant yeshârii, IX, 25 (X, xcm, i3; cf. I,cxxv, 2).
. . .vÂvas. . . [vÂvasânâ, I, xlvi, i3; vÂvase, VIII, IV, 8).
VÂvâtâ, ix, 13 (vin, iv, a).
VÂvâtuh,IX, i3(VIII,i, 16).
VÂvâna, IX, i4 (X, lxxiv, 6).
VÂvrije, IX, 1 4 (VII, xxxix, 2).
VÂvrituh, IX, 1 3 (IV, xxx, 2).
VÂvrite, IX, i4 (X, clxxiv, 1).
. . .vÂvridh. . . , IX, 17 [vÂvridhânâ, VIII, 5, 1 1 ; vâvridhî-
thâh, I.cxxx, 10). — Exception: vavridhantah,lX, 21 (IV,
n,*7)-
VÂvridhvâmsam1, IX, i3 (VIII, i.xxxvn, 8).
VÂvrishasva, IX, i3.
VÂvrishânah, IX, i4 (IV, xxix, 3).
VrishÂya,lX, 27 (X, xcvm, 1).
VriskÂyasva, IX, 3 o (exemple tiré d'un praisha).
Çuçrvyâh, IX, 24 (VIII, xlv, 18).
Çuçrôyâtam , IX, 26 (V, lxxiv, 10).
ÇrathÂya, IX, 2 5 (II, xxvm, 5).
/ Çravayatam, IX, 22 (VII,
. . .çrAvay. . ., IX, 17 [çrâvayâX LXI1' b\
VUI , lxxxv, 1 2 ; âçrAvayaniah, Ç™ay™>™ - ^3 (II , xin,
I,cxxxix,3). — Exceptions..) 12''
I Çravayantah, IX, 21 (I,
\ ex, 3).
1 11 semble que la règle relative à vÂvridh. . . (IX, 17) rende inutile la
mention à part de vÂvridhvâmsam. Le commentaire se fait à lui-même cette
objection dans la scolie du çloka i3 , et répond qu'en vertu du krama (voy.
ch. VI , 1 , sâtra 2 ) , le dh initial du groupe doit être précédé de d: vâvri-
ddhvâmsaih, et que, par conséquent, ce mot ne se trouve pas compris dans
la règle du çloka 1 7.
110 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Çréyâh, IX, aA (H, x, a).
Siiana, IX, 19, à la lin d'un pâda, et quand il fait à lui seul
un mot (I, xliv, U\ I, cxxxvi, a; conf. VII, xxiv, 1 ; V,
vu, a).
SÂdana-spriçuh , IX , 3o.
S.idanâ, IX, a6, devant te (X, xvm, i3).
Sidanyam, IX, ik (I, xci, ao).
Slnti, IX, a5,j Abhi(\l,xvim, 1; VIII, xxi, 6).
devant j Guhâ (VIII, vin, a3).
iSasÂhishc, IX , a 1 et 3o
(X.cxxxx, 1).
SasAhe, IX, a3 et a8
(VW.lxxxv, i5;X,
civ, 10).
SMha,lX,*8{\, xxv, 6).
SiA...;
/ i46/bm<î/i (III. xxxvii, 3).
i* Suivi de y, et précédé de, IX, \ JV7i(I,c, 5; VI, xlvi,8).
16 | Pritanâ (III, xxxvil, 1 ;
' cf.V, xxiii, a).
- Exception* : NruhahyeÀ TJ;1^ ai W »*;*>•
aprèg. ...... .J W/«4/aB, IX,aa(IX,
"( xcvn.19).
a" Comme second terme d'un composé , IX , 1 5 ' :
1/ Nri-shAham, IX,' a 5
Un monosyllabe^ (VIII , xvi , 1 ).
(VHI.XLVi.ao)./ SuthAhâ, aprèa karun,
—Exceptions..] i\, 27 (I, clxxxvi,
a; cf. IX, xxix, 3).
Carshani (VIII, I, a).
Dhanva (I, cxxvii, 3).
Exception : vibhvâ-taham , IX , a 3 ( V, x , 7 )*
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 111
De 8 syllabes (VIII,
LXXVII, l;cf. X, CIV,
7; X, xx, 7). — Ex-
Quand sah... ne termine pas] cePtion' IX> *à- M
un pâda ' \ satrâ-sÂham (VIII,
LXXXI, 7).
De 12 syllabes (II, xxi,
3 ; cf. VI , lxxv, 9 ; II ,
xxi, 2).
/ SÂhan, IX, 26 (VI,
LXXIII, 2).
SAhâh, IX, 26 (VIII,
xx, 20).
SÂhishîmahi , IX, 29
3° Dans les formes suivantes. ./ (VW, xl, 1).
SÂhyâma, IX, 3o (X,
lxxxiii, 1).
SÂhvâmsak, IX , 24 (IX,
xu, 2).
SÂhvân, IX, 27 (III, xi,
\ 6).
Svyavasât (dans lepada: suyavasa-at) , IX, 27 (I, clxiv, ùo).
1 A moins qu'il ne soit précédé à'abhimâti (X, xltii, 3).
112 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
ÉTUDE
SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE,
APPARTENANT À LA BIBLIOTHÈQUE IMPERIALE,
PAR M. LE V E. DE ROUGÉ.
SD1TE (VOIR LE CAHIER DE SEPTEMBRE-OCTOBRE l856).
Nous avons laissé la princesse de Bachtan n
moment où, ramenée en bgypte par son royal époux,
elle fut élevée à la dignité suprême. Ce qui précède
n'a été qu'un préambule, une sorte d'exposition du
sujet; le récit de la guérison, véritable motif de la
stèle que nous expliquons ici, commence à la fin de
la sixième ligne, et dans les termes suivants :
k 'fi .. ; # a \i N f*
Ck*p*r mp* 15 (Payai?) km M alla a*a-w *« fa*a-»«A(-Ac*l-«rp<i-ii
Kictam «M *nno i5*. Payai dia 11*, mm (aaaat) rai in (Tbabaram tamplo qoodam?)
# -«>- O X H I *"*"** à aMM*» ^■a»»' ■/ ««jfJBJ
î . flPî^L ta M S J^L
Aa an ktt-m «a In» Aawa-ra aav ka-t ta-ti tm Wi-w
faeiaa* hymnoa patria Amooi»-»o)i» .domini aolii duplicia muodi, io faato ajaa
aovre m Ai rr» aata-l aat-w al* «<p ap« i-la <r fat-tn
hono Oph aaatralii , aadia eordii ajaa, (quod) »ice prima vaacraat ut diearcal
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 113
\-^ 1 J\ /^ *WNA £Xj Ç <=> iJ III
hen-iv un api en p-ter en Veckten ta ter an-a
régi : (est) legatus principis Bachtan venit cum donis
1 1 1 + -»
acku en saten hime-t «
pcrraultis ad regiam uxorem. •
On voit qu'ii n'est pas possible de couper cet en-
semble de groupes; ils ne forment qu'une seule
phrase. C'est déjà une chose bien opposée aux idées
émises par Salvolini, et partagées par beaucoup de
savants, lorsque l'on commença à pénétrer le sens
des hiéroglyphes, que de trouver des phrases de
cette longueur. La littérature de la XIXe dynastie
m'a offert de nombreux exemples de périodes assez
longues et bien coupées, et l'écriture hiéroglyphique
se prêtait, tout aussi bien qu'une autre, à tous les dé-
veloppements du style , quoi qu'on en ait pu penser
à priori et à une époque où l'on était loin de soup-
çonner toutes les ressources de la langue égyp-
tienne.
La phrase est claire dans son ensemble; on la
trouve presque entièrement traduite dans les notes
du manuscrit de Champollion. J'aurai seulement à
discuter plusieurs détails que j'apprécie autrement
que M. Birch. Remarquons d'abord l'emploi du terme
$ cheper «il arriva», au commencement de la
phrase, le dérivé copte OJOTU a conservé cette
114 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
nuance sans altération : accidit, contiait(voy. Peyron,
Lex. copte t verb. cyoni, &CUJOIU, etc.).
La particule \ y ASKe est composée de as « ecce » ,
et de ke, qui s'ajoute en composition très-fréquem
ment comme KE «etiam» en copte; la force de la
locution est «voici que». M. Birch sépare en deux
le groupe que je prends pour un nom de localité :
tama-necht-hent-erpa-u ; teLle serait sa lecture , si la pro-
nonciation suivait chaque élément , ce qui doit rester
pour nous un point douteux. Champollion Ta laissé
en blanc dans sa traduction; je ne doute pas qu'il
ne s'agisse de quelque sanctuaire important de la ville
de Thèbes. M. Birch traduit : « when his majesty
u was in the Thebaid commanding the cities ». Dans
cette manière de voir, on ne sait que faire du pre-
mier signe après fj, à savoir, le bras armé » t,
qui, lorsqu'il est seul, répond ordinairement au mot
necht « la force , la puissance o.
En second lieu , pour que le groupe w a pût signi-
fier commandant, il faudrait un signe de flexion gram-
maticale qui le rattachât au sujet ! 'm « sa majesté » ,
comme l'est le verbe suivant, aii; ha ari dans l'ac-
tion de faire. Je pense, quant à moi, que nous avons
affaire ici à un nom de lieu complexe , où le groupe
^q a une primauté d'honneur, et qu'il s'agit de
quelqu'une des salles hypostyles1 que Thèbes devait
posséder en si grand nombre au temps de sa splen-
1 Ce nom de localité est probablement l'abrégé du nom suivant ,
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 115
deur. Dans le membre de phrase suivant, je suis
exactement Champollion , qui traduit : • occupé à
« faire des chants pour son père Amon-ra. » Je con-
viens, avec M. Birch, que le terme | j p HeS, au
sens propre « chant », signifie souvent « des ordres »:
c'est une métaphore que l'on conçoit facilement;
mais puisque ce savant admet la traduction «chant,
hymne, louange », comme le premier sens de ce mot ,
je ne doute pas que ce ne soit ici le cas de l'em-
ployer, puisque le roi était précisément occupé à
célébrer une fête religieuse. Je ne puis donc pas me
ranger à l'opinion de M. Birch , qui traduit ces mots
par « to exécute the command of his father Àmon ra,
« in his good festival of southernThebes ». Ce savant
ajoute «from the very depth of his heart», pour
rendre les mots hese-t het-w. Je ne connais pas le
groupe J * dans le sens de « profondeur » , qu'in-
diquerait cette traduction. Le sens bien reconnu et
usuel de demeure et place donne une idée trop na-
turelle ici pour ne pas nous suffire; c'est la Thèbes
méridionale qui est ici qualifiée : « place favorite du
cœur du dieu Amon » , auquel se rapporte , sans dif-
ficulté, le pronom suffixe *v— ^-, dans het-w «son
cœur», comme dans hevi-w «sa panégyrie».
Le reste de la phrase ne fait pas difficulté; mais
il faut étudier le terme fax, dont notre phrase a le
qu'on trouve à Karnak dans une inscription du temps de Takeliotis,
gravée sur l'édifice de Toutmès III, à Karnak (Prisse, pi. XXV) :
fa- C££ -~- fiW ^ rai
116 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
mérite de déterminer, d'une manière précise, et le
sens et la prononciation. M. Birrli fait remarquer
que ce mot (ainsi déterminé par les jambes en
marche) est nécessairement le nom du messager,
du héraut qui a fait le voyage, et il en rapproche
avec raison le titre : Suten api er rat-w « royal héraut
à ses pieds». Je ne crois pas qu'il faille le confondre
avec Y» déterminé par le volume; il me semble,
néanmoins, qu'ils dérivent l'un et l'autre du même
radical, qui correspond au copte MT «juger, esti-
mer », et que le vrai sens de I ■ x est le mot guide,
qu'avait choisi Champollion. Pourla lecture, M.Birch
hésite en AP et TAP. Cette dernière valeur avait
été proposée par M. Lepsius; mais je ne vois pas
que rien la confirme; la lettre initiale est I A, toutes
les fois qu'elle est écrite, et jamais T1.
M. Birch traduit, avec raison, la locution -Q^,
par «apportant»; le mot à mot est avenant avec».
La particule ker, qui vient probablement de ^_T_
ker « saisir, tenir, posséder, avoir » , a très-souvent la
force de «avec», et s'emploie pour «ayant, possé-
dant» (voy. Mémoire sur tinscr. ctAhmès, p. iq8) :
m ker revient exactement à la locution arabe v*W-.
1 M. Lepsius a remarqué que cet a initial pouvait être l'a qui se
prépose souvent au radical; pour que cette explication fût admissible,
il faudrait qu'on pût montrer un t initial dans une variante du
mot AP. Ainsi, I i 1 doit se lire anet, parce que l'on trouve
souvent "v— n net , mais on n'a pas rencontré ; la
seule variante connue est I AP.
" ■ x
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 117
La particule qui marque la destination des pré-
sents est "ww en, elle est moins fréquemment em-
ployée dans cette acception que <=> er.
Hane
mase-w
em-ta
hon-w
hna
an-uw
tat-w
Cum
adductus est
ante
regem
cum
suis donis ,
dixit
MM ^
em se-uaschi hon-w
invocans sanctitatem ejus.
Le sens est clair, et nous sommes ici complète-
ment d'accord. Le verbe mas « amener » se trouve
écrit avec la voyelle médiale ~ MAS; il se prend
aussi dans le sens d'apporter des objets. Par exemple,
dans la grande scène de Medinet-habou , qui repré-
sente la panégyrie célébrée au 1 "Pachons, un homme
apporte au roi une gerbe qu'il doit couper avec sa
faucille ; l'inscription dit en cet endroit : fs^ ■ l ■
1 A^ ^ "V^ www
^ nj mas vet-u1 en suten «apporter les gerbes
au roi. »
Se-uasch est la forme composée du verbe uasch,
en copte tUOj «invocare»; ici, comme dans beau-
coup de cas, on ne voit pas que Ys initiale ajoute
rien au sens primitif; peut-être était-elle intensitive ,
ou un peu emphatique. La lettre "fi\, dont l'équi-
1 En copte, fiO*^ «ofyra».
118 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
valent exact est ua, se trouve plus souvent transcrite
par le son o; c'est elle qu'on a presque toujours
choisie pour représenter ce son dans le nom des
Ptolémées.
Atm m$k r*t* (?) mu-aa-McA tlmtk
dlom liki, toi pop«Jocmml liai Mt ti«m apod t«.
M. Birch traduit le mot auu par « salut»; je crois
que la traduction de Champollion, par le copte
EOO** « gloire » , était plus exacte : c'est ici l'action
que l'on nommait ta uuii « glorification » , et que nous
appelons l'adoration, car c'est l'acte d'hommage qu'on
rendait aux dieux. Le groupe des neufs arcs, Z~ï",
avait été comparé par Champollion au copte ns-
c^sï&T.nom des Libyens, lequel pouvait, en effet,
sembler une sorte de pluriel tiré de nETTE « arc ».
Nous devons à M. Lepsius une observation fort
juste sur le sens de ce groupe; ce savant remuque
que <i~ï" ne figure pas, comme nom d'une nation
spéciale, dans les inscriptions triomphales, et encore
moins dans les récits de combats; il semble que ce
soit une sorte de terme général, désignant neuf
peuples principaux, suivant M. Lepsius. Je pense
que le nombre 9 est une sorte de pluriel d'excel-
lence (3 fois 3) et qu'il désigne l'ensemble des
peuples barbares , comme le nombre 9 appliqué aux
dieux désigne le cycle entier adoré dans un temple.
En effet, quoique les personnages divins soient in-
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 119
diqués au nombre de 9 (par le groupe ®"j |"|,
par exemple ) dans les dédicaces , on n'en trouve
souvent, dans la série des figures, que 8, ou tout
autre nombre. Le pluriel ordinaire est figuré par
trois m-, neuf est donc à mes yeux un pluriel de
pluriel, qui peut avoir eu une expression spéciale
dans la langue égyptienne comme dans plusieurs
autres. La traduction « peuples barbares » convient
d'ailleurs bien mieux aux exigences du sens, ici et
partout ailleurs , que celle de « Libyens » , qui n'est
indiquée par aucun monument. On ne voit pas
pourquoi les peuples de la Mésopotamie auraient
salué le Pharaon du titre de Soleil des Libyens; ils
expriment, au contraire, leur propre soumission
par la qualification de Soleil de tous les peuples.
M. Bircb traduit la fin de la phrase par « our life
« dépends of thee ». Je crois que la tournure exacte
est « donne-nous de vivre en ta présence ». Ce pre-
mier salut est un hommage à la divinité du roi, dont
le principal attribut , aux yeux des adulateurs orien-
taux, était le droit absolu de vie et de mort. Les
inscriptions rappellent fréquemment ce droit divin
des Pharaons, et l'histoire d'Esther atteste que ces
traditions étaient vivantes à la cour des rois perses
(voy. Esther, iv, 1 1). La belle juive n'osait aller trou-
ver son époux, pour détourner les malheurs qui
menaçaient sa nation ; car toute personne qui se se-
rait présentée ainsi , sans l'ordre du roi , devait être
aussitôt punie de mort, si le souverain n'étendait
vers elle son sceptre , en signe de clémence.
120 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Htm (att-w na-ta im-ta kcm-m *«■»-» ut
Cua diiiiMt «dorttionem enta nfim , itt ram lornU» Ml
tktr kea-m
ad MactiUUa aju».
Ma traduction suit ici M. Birch , sauf pour le mot
compliment, par lequel ce savant rend les signes 2m ;
sen-ta signifie littéralement « respirer la terre », pour
«se prosterner». L'acte du sen-ta est bien expliqué
dans la stèle des mineurs d'or; les chefs du pays d'A-
kaiat y sont représentés venant adorer le Pharaon :
9 H SE ♦— — t
\ A in i *■ i v i
H* Il ■— — — aa *ta-4a aa cr-«-a Aa ca« fn-U
AdatiaUa riaaaÏBai — ■ , proaarati, c«J»nt»§ iapri îwlnra uli(m).
Cette adoration , le front dans la poussière et le
ventre à terre, est encore le cérémonial officiel des
cours de l'Asie orientale. M. Birch traduit ici le senta
par « compliment » , et ailleurs par « obéissance ». La
phrase précédente nous donne une des formules du
sen-ta prononcé; « adoration » me paraît la traduction
véritable, il répond étymologiquement au tspoaxv-
vttfxa des Grecs.
Le symbole j, la jambe de taureau, nécessite une
discussion; il signifie «second, une seconde fois»,
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 121
et, comme verbe, «recommencer». La preuve s'en
trouve à Silsiiis, dans la série des panégyries célé-
brées sous Ramsès-Meïamoun ; elle est ainsi chiffrée :
f , I, 'i', "j* , etc. c'est-à-dire ire, i\ 3e, 4e panégy-
rie. M. Birch nous apprend qu'il doit cette remarque
à M. Hincks; elle m'avait aussi frappé, et j'ai tra-
duit, dès 18/19, le titre ^=1 par «second du roi»,
ou lieutenant royal1; mais personne n'a, que je sache,
indiqué la vraie lecture du mot. M. Birch propose
tam2, et M. Brugsch, uhem; mais ni l'un ni l'autre
n'ont justifié ces conjectures. Les variantes du groupe
ne sont pas rares, et l'on se convaincra tout d'abord,
en étudiant les diverses leçons du Rituel , que 1 »
s'emploie tout à fait indifféremment pour le même
mot. x ne joue pas ordinairement un rôle phoné-
tique; dans l'ancien style, c'est le symbole du croi-
sement, de la multiplication; il se trouve naturelle-
ment à sa place dans les mots second, recommencer.
La véritable variante phonétique consiste dans l'ad-
dition de Yn initiale, /w . Je l'ai trouvée, pour la
première fois, dans le nom d'un des juges infernaux,
tMW, j^ \ \ ZV TenemP; les Rituels d'ancien style, et en
particulier ceux du Louvre, l'écrivent ^J^M/V4-
1 Voyez Notice des monuments du Louvre, stèle d'Entew, p. 49.
2 Gam, en suivant sa méthode de transcription, où g = y.
3 Voy. Todt. chap. cxxv, au 19e juge.
4 Comparez aussi, dans les listes d'offrandes, un objet nommé
NeM ; Lepsius , Denkmâhr, IV, 3, sic ! W .
122 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Le signe I avait donc la valeur nem : il est syllabique.
car on le trouve indifféremment écrit avec ou sans
ses compléments phonétiques n et m. Lm trois forints
I, \, /, s'écrivaient également, à la volonté du gra-
veur; les deux dernières indiquent la marche des
deux jambes de devant : c'est un symbole assez na-
turel des idées une seconde fois, recommencer. On
peut faire un rapprochement assez curieux entre ce
symbole et le mot hébreu O'Qyc.qui signifie « gressus »
et « vices » ; ces analogies doivent être remarquées
en présence du témoignage de Clément d'Alexan-
drie , qui nous avertit de la ressemblance qu'il avait
observée entre les symboles des Hébreux et MOT
des Égyptiens. I s'employait dune manière générale
pour dire « de nouveau », même à la troisième fois,
à chaque fois qu'une action était répétée, on pou-
vait s'en servir. Je puis citer, comme exemple, l'ins-
cription du tombeau d'Ahmès; ce personnage, après
chaque action, est décoré *=] J^ em nem a « un<
nouvelle fois». Le nom propre déjuge infernal, Te-
nemi, s'explique facilement d'après son déterminatif
/V, les jambes marchant en sens inverse; nem, aug-
menté du T causatif, signifiera « faire retourner, re-
doubler»; celai dont l 'aspect fait reculer est un nom
qui trouve naturellement sa place au milieu des per-
sonnages effrayants qui composent la série des asses-
seurs d'Osiris.
Nem s'emploie, soit comme adjectif, soit comme
adverbe , soit enfin comme une sorte de verbe auxi-
liaire; c'est alors ce mot qui prend les suffixes, et
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 123
le thème verbal reste invariable, ce qui forme une
construction tout à fait analogue à la conjugaison
copte; c'est le cas qui nous occupe ici : NeM-w-TaT
« iteravit dicens ». A la ligne i 3e, le sujet est un subs-
tantif, il sépare les deux mots NeM en HeN-w. . . .
eM TaT «iteravit rex dicendo». Plus loin, à
la même ligne, on trouve la tournure opposée, avec
nem adverbe : eR ARI-a NeM eM-Ta-K « ago iterum
ante te ». Ces diverses locutions montrent la flexibi-
lité de la langue égyptienne, et la richesse de sa syn-
taxe1.
Aï-a
Ma
AU
nev-a ha
Vent-me reschi-t
Veni
ad te,
Rex,
domine mi ,
pio
Bînt-resctii-t.
sen-t keli-t en suten htm» Newern-ra
sororcm minorem regiœ sponsic Neferu-ra.
J'ai peu de remarques à faire sur ce commence-
1 Je ne veux pas m'écarter de mon sujet pour étudier les nom-
breux emplois du terme J NeM; je ne puis néanmoins laisser passer
l'occasion de rappeler la légende d'Apis : < Il t^ + | ^g 4 Hapi
anch nem en Ptah, et la traduction que j'en ai donnée : «Apis, vie
nouvelle de Ptah.» Je sais que ce sens a été contesté; on peut ob-
server, à l'appui de mon opinion, i° que les autres taureaux ont
une légende analogue; ainsi, Mnévis, dont le nom ordinaire est
^t ru oër meri, est appelé anch nem en lia + I J« vie seconde
ou nouvelle du Soleil», ce qui s'accorde parfaitement avec l'idée de
9-
124 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
ment de la 9* ligne. Le caractère T est d'une forme
indécise; mais, entre les signes voisins et 1,1e
sens ne permet pas d'hésiter à reconnaître ! sen-t
«sœur»; il y a d'ailleurs un s n complémentaire qui
ne peut convenir à I = sem. Ces formes indécises
ne se trouvent que bien rarement, sous la XVIII* dy-
nastie, dans les monuments importants. Le mot qui
suit est ^*"*- KeTi « petit», le copte KO**!Xl; c'est
un des exemples du passage au 2£ du T antique.
Le nom de la princesse est écrit trois fois dans le
texte, et avec quelques différences. La première forme,
J V ï | SJt VeNT NTe ReSchi-t, contient la parti-
cule nte de plus que les deux autres; ce qui nous
fait voir que le rédacteur a voulu séparer les deux
-, >- Jf bent
resch-ti, montre qu'il a assimilé le second mot à
l'égyptien ReSchi-t « la joie » (en copte p&ojï) ; car
il lui a oonné le déterminatif ordinaire de ce mot,
l'incarnation de la divinité dans ces animaux sacrés; 2° que les dieux
x V 0 "~~
naissants reçoivent la qualification de 1 «k -*. nem anch ■ re-
commençant la vie» (voy. Denkm. IV, 61, 6a, 64, et la scène de
l'accouchement divin); aussi, le lever du soleil était-il le symbole et
la matérialisation de cette éternelle renaissance divine. C'est dans le
même sens que les défunts, ayant acquis l'immortalité à la suite du
jugement d'Osiris, reçoivent souvent le titre de + 1 anch nem «re-
commençant la vie», comme variante du titre ordinaire I I « \r jus-
tifié».
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 125
jfc"t ie nez de veau, symbole des souffles, de la fraî-
cheur, et ensuite du plaisir. La troisième variante,
^^ bent resch, montre que le premier mot
se prononçait bent (avec le t final de la forme s=,
qui ne se confond pas avec la marque souvent ex-
plétive m). On doit reconnaître ici, avec M. Birch,
un nom sémitique, car le mot bent est indubitable-
ment cxâj « fille ». M. Birch croit trouver dans le se-
cond mot, al-isch «l'homme », ce qui ne me satisfait
pas; j'ai pensé à quelque nom propre comme Res-
chid; la finale ti semble indiquer qu'on prononçait
Bint-reschit. En tout cas , quoique le rédacteur égyp-
tien ait eu certainement en vue le mot reschi «joie »,
il est à peu près certain que ce n'était de sa part
qu'une assimilation arbitraire, par laquelle il a voulu
donner à ce nom le sens de fille de la joie; et c'est
là ce qui peut nous expliquer pourquoi il a une fois
inséré la particule de flexion nte entre les deux
mots bent et reschi.
u Jl fût |1 £ M
il/en avech em ha-us ama vlo hon-ek
Malum invasit artus ejus ; faciat ire rax
A. F$ ^
rech che-t scha er miaa-s
scientem res librorum ut videat cam.
Je me sépare ici de mon savant devancier; il tra-
duit le premier membre de phrase par « who cannot
126 AOUT-SEPÏfc.MBHE 1857.
» niove herseif (?). » Il considère mai connue la néga-
tion, ce qui pourrait être admis; mais tout drprnd
du sens que l'on reconnaîtra au groupe | J ^JS ,
que M. Birch transcrit HaVeCh, et qu'il traduit par
«sauter, s'élancer, se mouvoir», d'où il tire sa tri
duction littérale : « il n'y a plus de mouvement dans
ses membres. »? J @ ^f\ ne me paraît pas pouvoir se
lire autrement que AVeCh; le signe initia] f s'é-
change partout, et même dans ce mot, avec *mf et
f l, dont la valeur AV n'est pas contestée; je ne vois
pas pourquoi on substituerait ici l'aspiration; ajou-
tons, comme dernier renseignement, une variante
de l'époque ptolémaïque, où ce même mot est écrit
-4-"@, avec trois lettres simples2. En étudiant lVn-
semble des usages du thème AVeCh, j'arrive ;i\<-c
certitude aux idées « pénétrer, absorber ». Le sens
qu'indique M. Birch, le mouvement, aurait eu in
failliblement les jambes J\ pour détenninatif halii-
tuel, et je n'ai pas trouvé une fois .A avec ce groupe.
Les trois détermina (ifs qui accompagnent le thème
AVeChsont: i°x, l'idée de croisement; a0 V—J, sym-
bole très-général pour les actions fortes, et 3° jfi,
qui a plusieurs sens : outre \ajoie et les sentiments,
l'action de manger, avaler, lui est attribuée, et, dans
un sens figuré, les idées de pénétrer, entrer; c'est
1 Voy. 7Wf.chap.XT, j; cf.Champol. Monum. pi. XXXVIII, I. 19,
et Lepsius, Denkmâler, IV, 46, 6.
1 Lepsius, Dtnkmâler, IV. 18; cf. Todt. xy, 9.
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 127
ainsi que ie verbe +\k *jS AM « manger, avaler » ,
s'emploie , avec le même déterminatif , pour enchâsser
une pierre précieuse. Nos trois déterminatifs con-
viennent parfaitement au sens de pénétrer. Parmi les
exemples que cite M. Birch, je lui ferai observer
qu'il est peu naturel de dire des obélisques que leurs
pyramidions sautent dans le ciel1.
Venvcn-sen avcchu em hur-t
Pyramis eorum penclrat cwlum.
Telle paraît être la traduction naturelle de ce
passage. L'expression avechu em haa, que ce savant
traduit par « sautant de joie » , sera bien mieux ren-
due par «pénétrés de joie», car elle forme paral-
lélisme avec «comblés de santé», dans le passage
cité2. Voici d'ailleurs une expression analogue, où
le même verbe a pour régime la vie, et où le sens
de sauter devient impossible; elle est tirée du dis-
cours de Ptah à Ramsès II3 :
v\ Tu \t a
Ta-ti avechu em anch Lam.
Regiones duo penclranlur vita liona.
1 Voy. Lepsius, Denkmàler, IIJ, 24, base du grand obélisque de
Kernak.
5 Rosellini, Mon. R. CXIII, 1. 8.
1 Champollion , Monum. pi. XXXVIII ,1. 1 9 , à Ibsamboul.
128 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
C'est un des bons effets du règne de Ramsès qui
est ainsi tracé.
Nous trouvons donc à ce verbe deux sens bien
liés; au figuré «être pénétré, comblé de. ... », au
sens propre i s'absorber, pénétrer dans ... ». Lame
justifiée, admise au ciel, arrive, dit le Rituel au cha-
pitre xv, dans les spbères des astres :
«snrr^tj
G
Mn* em uk-ti «mcA-v «m
Appallit 10 Di»i . pcnclrtt
" <== ni — . MT ni _ *
*ek<m-u arrl-a tm-fn
•dylo» qoiMfrntiatn in «aio.
(dtorua)
Ce sens s'établit encore très-bien par l'emploi
métaphorique de AVeCh-tu , signifiant « combiné » ;
le schent est ainsi défini (voy. Lepsius, Denhmulcr,
IV, 46, 6) :
An-a *tk kmftt tmttk-mt *r •«(■'< ( ?)
AfT.ro tibi rorootm ilb.m iodaUm coron* rnbr*.
C'est, en effet, cette combinaison qui produisait
le schent W. %
Ayant reconnu dans avech l'idée de o pénétrer » ,
il faudra appliquer, dans notre passage, au groupe
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 129
MeN , déterminé par l'oiseau funeste , la signi-
fication de « mal ». Le mot men a clairement ce sens
dans un passage de la confession négative1.
— ^ mm I i >^
A/*/WV\ ^^»» A«WM I 1
--<3C^a _^ML_ ^^"*" WWWV I
An ari-a men van
Non feci mal uni fœdum.
Sans savoir quel est le péché spécial ainsi indi-
qué, on voit que la négation se trouve en tête de
la phrase, comme dans tous les autres passages du
même tableau.
Les mots men avech em ha-us se traduisent de la
manière la plus naturelle : « Un mal a pénétré dans
ses membres ».
M. Birch ne nous donne sa traduction des mots
suivants que comme une conjecture, et je ne puis
m'y rallier: « Would your majesty proceed to know
«the circumstance and see it or her (?) ». Les signes
• * T^ désignent , à la ligne 1 1 e, le grammate royal
Toth-em-hevi , qui va visiter la princesse par ordre
du roi. Cette remarque, qui a échappé à M. Birch,
est la clef du passage qui nous occupe. Les premiers
mots ne sont pas obscurs : ama uo hon-ek, mot à mot
«que fasse aller ta majesté... » Qui? L'individu qua-
lifié rech che-t scha, mot à mot «quelqu'un sachant
la chose du livre » ou « toute science » , car le groupe
se prend aussi quelquefois pour l'ensemble d'une
• -
1 Todt. chap. cxxv, 1. 26.
130 AOUT-SEPTEMBRE 185*3
chose1. La difficulté provient ici de ce que le rédac
teur a omis toute marque de flexion au verbe ReCh
u savoir, connaître»; mais la ligne i ic ne laisso au-
cun doute sur cette traduction , comme on le verra
plus tard. L'ambassadeur riu prince de Bach tan de-
mande donc au roi d'envoyer un savant pour exa-
miner la princesse malade. Ce point établi, nous
suivons le même sens, qui continue À nous éloigner
de notre devancier.
m
Ua M>» aaa-» j«-a (ai »(« pa-anci ( ') i«<-*4 a an»»«i-l«
Thé Jml m «Aicmco Krihai doaiu* mU- , doctoral arrtaomn
y\ ^} £* Ji^ ^ Frî p
•tribal dora*
»t« cita-aa
. m tenon» .
Le rédacteur met toujours dans la bouche du roi
un langage recherché qui rend ces phrases Irès-diMi
ciles à comprendre.
M. Birch traduit : «deliver to inr th#j letter oi
«the prince to the interpreters (?) of cabinet. » Ce
qui a égaré ici notre savant confrère, c'est le groupe
=><^, assez rare dans les inscriptions; il le prend
pour une lettre, venant du prince de Baclitan, lettre
dont il n'a nullement été question dans le discours
1 En ce sens, il serait possible que * *^"S ne formâtqu'un m<.i .
ou ^^ serait déterminatif, ReCh Cbe-t «sachant toute chose », on
«ait que ^"^ représente les livres, Us écriture*.
ÉTUDE SUR UNE STELE EGYPTIENNE. 131
de l'ambassadeur. Mais nous n'en sommes pas ré-
duit, pour ce groupe, à des conjectures; c'est l'ins-
cription de Rosette qui nous en donne la clef. Les
hiérogrammates y sont désignés, à leur place, parmi
les prêtres, par les signes démotiques qui correspon-
dent au mot ne-schaï « les grammates » , suivis d'un
groupe qui n'est que le signe abrégé des hiéroglyphes
n^-tn «la double demeure de vie». On sait que
les lignes hiéroglyphiques correspondant à cet en-
droit du texte étaient dans la partie détruite de la
pierre de Rosette ; mais ce passage est parfaitement
conservé dans le protocole identique des deux dé-
crets de Philae , et le nom du collège des hiérogram-
mates, venant après les stolistes, s'y lit dans les deux
monuments ^ $ n f rn TI-u Pa-ti ANCh ; ce qui
ne diffère du groupe de notre inscription que par
la variante graphique n ♦ c"3 pour £1* » et par
l'absence de la particule "%? nte « de ». Le mot TI
n'était plus usité sous les Ptolémées, puisque le dé-
motique le remplace par le sigle ordinaire pour
sechaï « scriba »; il ne faut donc pas s'étonner de ne
plus le trouver dans le dictionnaire copte. L'ortho-
graphe de l'inscription de Philae nous montre, par
son déterminatif &, qu'il s'agit des hommes de la
science, et non pas des livres, comme je l'avais d'a-
bord pensé. Ce déterminatif manque dans notre ins-
cription, il n'y a que *■% signe des écritures; cela
devait bien suffire pour un mot aussi connu des
Egyptiens que le nom du collège des hiérogram-
mates. Je ne me hasarderais pas à vouloir expliquer
132 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
ce qu'on entendait par la double demeure de vie.
Lorsqu'on transcrit ces groupes composés, comme
je le fais ici, par les deux termes dont ils sont for-
més, on doit bien se rendre compte que cette trans-
cription est douteuse, la prononciation du mot ainsi
représenté pouvait bien être toute différente de celle
de ses éléments réunis.
Il en est ainsi du groupe suivant, dont les éléments
donnent bien , pour le sens , « les docteurs des choses
mystérieuses», scvhaï-u ameni-t-u. fljf CheN-nou
(le copte m m n phi tique £)0**n) signifie « l'intérieur,
le dedans»; je n'oserais affirmer qu'il s'agisse des
mystères de l'intérieur du corps humain : c'est ce qui
me parait le plus probable; mais il est possible qu'il
s'agisse des docteurs de l'intérieur du temple, ou atta-
chés au sanctuaire.
M. Birch ne paraît pas avoir possédé une copie
bien exacte pour le groupe ^ ff; il est gravé sur
■ • 1 1 1
la stèle en très-petits caractères, mais parfaitement
lisibles , et on ne peut lui substituer d'autres signes ,
comme l'a fait ce savant. Ils forment d'ailleurs un
second membre de phrase en parfait parallélisme
avec le premier. On demandait au roi un habile
docteur, il répond en mandant ses hiérogrammates
et ses savants.
Sta-I m» ka-a fat tn Aon-w
^V-l*
( lp§i» ) d«doeti» td ton illifo. du il Ml.
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 133
M.Birch continue, dans la supposition d'une lettre
du prince de Bachtan : « He passed it out of his hand.
« Said his majesty. »
Le groupe ? est l'expression usitée pour ame-
ner des personnes; il paraît, au sens propre, signifier
« traîner, remorquer une barque ». La locution ♦ .—i
ha-a «sur l'acte, à l'instant», a été déjà expliquée
(voy.p. 23 1, 232 du tome VIII du Journal asiatique).
L'ordre du roi s'exécute immédiatement.
~Ji ^-i ™ A Ç mi *j\ i i i
Af a-t er-(-a <ucA-(u-nten er jem-ten
Idcirco feci vocari vos ut amliatis
lïZL!Jït¥e a g
tnt-et na cuke an-a uva-tu em het-w [sécha?) em (ev-nu;
(iictum milii , ecce enim arcosco solertem in corde suo, magistrum in digitis suis
^ (=
I I I
tm kev-ten
e eœtu vestro.
J'ai longtemps hésité sur cette phrase difficile , et
je ne suis pas encore bien certain d'avoir trouvé par-
tout la nuance exacte.
M.Birch traduit, toujours en supposant une lettre:
« When ye hâve read and listened to the word which
<< is brought me , thought in his heart, written by his
« fingers, tell me, to the best of your knowledge (?) ».
134 AOUT-SEPTEMBKE 1857.
Plusieurs circonstances du récit s'opposent à cette
traduction ; d'abord nous avons constaté qu'il n'avait
pas été question d'une lettre, le groupe ^ ayant dû
recevoir un sens tout différent. En second lieu, nous
allons voir que les docteurs ne donnent pas au roi
la réponse que nécessiteraient ces mots ainsi com-
pris; ils se bornent à faire venir le savant Toth-em-
hevi, ce qui était la seule réponse convenable à ce
que le roi leur demandait, suivant mon opinion, à
savoir, un homme habile désigné parmi eux. La pre-
mière partie de la phrase mo parait traduite avec
certitude. Le rôle que j'attribue ici au terme ma ini
tial se déduit bien de la signification radicale locus;
le copte dit également Eq-**2>-2*E «propterea
«quod», en donnant à jul&. la même force que je
suppose au mot antique.
Asch devient le verbe ulire» dans la traduction
anglaise; le copte CUOJ comporte bien cette accep-
tion, mais comme nous n'avons plus affaire à au-
cune lettre, je reviens au sens ordinaire du mot ASch
= CItcy qui est appeler, et pour lequel le détermi-
natif ^ est le plus convenable. Dans les mots tnl-
et na , il manque, pour le sens que j'adopte, la marque
finale de la première personne, I ou ^; elle est
souvent omise ou oubliée dans les textes de basse
époque, particulièrement sous les Saïtes, et nous
avons déjà constaté que notre texte était assez in-
correct pour admettre ici cette négligence; la par
ticule n étant suivie de la conjonction aske, qui rc-
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 135
commence un membre de phrase , il faut nécessai-
rement supposer un suffixe pour son complément.
La traduction de M. Birch suppose la même ap-
préciation des mots tut-en-na. Le caractère principal
du mot tut, \~<jF , n'a pas, sur la pierre, la forme
ronde et décidée que porte le type J, il est plus
allongé et plus effilé du bas-, c'est peut-être le signe
1, la langue, que le graveur a voulu tracer. C'est,
en effet, celui-ci que l'on trouve ordinairement avec
le complément -^»« T, pour écrire le mot tut « par-
ler ». Le caractère I n'a le plus souvent pour com-
plément que la voyelle \ a, et M. Birch a proposé
de lire le groupe 1 V ^fj, cheru; nous aurons plus
loin l'occasion d'examiner cette question ; ici le t -*»•
final montre qu'on ne peut hésiter à lire TuT.
Je donne ici, au verbe J *Z£ AN-a, la même ac-
ception que tout à l'heure: «je fais venir», c'est-à-
dire «je mande auprès de moi. »
Le groupe # m paraît rendu par thought « pensé »,
dans la traduction de M. Birch ; aucune explication
ne justifie cette conjecture, et le signe principal #
attend encore son étude. Les variantes qu'il prend ,
suivant les diverses époques, sont innombrables;
chaque graveur le modifiait à sa fantaisie, et cepen-
danton reconnaît son type assez facilement; voici quel-
ques-unes de ses principales formes : # T t + * y
[ttt| f T » et chacune reçoit un nombre in-
fini de variétés plus ou moins éloignées. Les bas-
136 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
reliefs de métier, recueillis par Champollion (Monu-
ments, pi. CLXVI), nous montrent un ouvrier se
servant de cet instrument, soit pour creuser, soit
pour calibrer ou jauger des vases, tous de forme
ronde ; on le trouve employé de même dans les bas-
reliefs du Voyage de Caillaud, et dans Lepsius
(Denkmûlcr, II, pi. XIII); c'était peut-être une sorte
de trépan1. La main droite tenait l'appendice supé-
rieur, et la gauche dirigeait la tige inférieure.
Le radical écrit avec ce type d'instrument avait
un domaine très-étendu dans le langage; restrei-
gnons-nous à ce qui nous est ici nécessaire, et tâ-
chons d'abord de lire le mot. Son second élément
phonétique est constamment écrit J ou J >> va,
par orthographe double; souvent, aussi, on trouve
de plus la voyelle o (sic) f m 1 2, ou ^ Ç I ; cette
circonstance et le sens du mot, qui va nous rame-
ner au copte 0**&F. ♦ m'avaient décidé pour la lec-
ture UVA, et je crois avoir trouvé une preuve de la
vérité de cette lecture dans le groupe | jp (va-
riante j ~ ). C'est la forme que plusieurs textes pto-
lémaïques donnent au mot bien connu TJVeN « lu-
cere » , écrit ordinairement \ J ~T . On reconnaî-
tra particulièrement ce mot dans la formule la plus
1 Suivant M. Lenormant, on devrait y reconnaître une sonde
destinée à forer des puits artésiens; les bas-reliefs que je rite parais-
sent iui donner un tout autre usage.
' Lepsius , DtnkmâUr, IV, a3, et sur la statue d'Ounnowre, au
Louvre, et passim.
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 137
usitée pour le « lever et le coucher du soleil » nven-
w . . . hotep-w. Je la trouve ainsi écrite à Ombos , et
appliquée à Sévek-ra , ou « Soleil , seigneur d'Ombos »,
ji s J8 UVeN-w HoTeP-w qui se lève et
se couche, dans l'enceinte du temple que le roi lui
consacre1. La lecture UVA ainsi confirmée2, le sens
1 Voy. Lepsius, Denhmàler, IV, 48 ; cf. Id. ibid. IV, 10.
2 Je dois néanmoins avertir qu'à côté de la valeur UVA, diffé-
rentes variantes très-anciennes semblent annoncer une transcription
AV, AVA, peu différente au fond, puisque l'A0 était vague, et ser-
vait aux sons o , ô. On trouve à Beni-Hassan [Denhmàler, II, 124) le
groupe I .= — i I V p aav> avec deuxdéterminatifs, dont l'un,W, est
bien connu avec la valeur av, et l'autre, fr^peut être une variante
de notre signe W. De plus, la forme y B, que prend souvent le
même hiéroglyphe, ne diffère qu'à peine du signe X, auquel cor-
respond la prononciation AVA , dans les manuscrits de style antique
du Musée du Louvre (aux chapitres lxix, lig. 8, et lxxiii , lig. 36,
du Rituel funéraire, comparés à l'exemplaire de Turin). Ajoutons
que le correspondant du copte 0*tfilE,dans le sens de adversus,
contra, ^Of &E * adversari » , s'écrivait en hiéroglyphes I V «,
dans son orthographe complète, avec le syllabique W av, et la corne,
la pointe en avant, ^k . Exemple :
An ta ki em ava ki
Non fcci allerum esse conlra allerum.
(Lepsius, Denkmâler, II, 125); d'où je soupçonne que AVA et UVA
ne sont que deux nuances grammaticales du même type.
138 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
premier et général du radical «rrit w I ly±. me
paraît être celui qu'a conservé en copte l.i particule
0"*&E. seul reste de ce thème autrefois très-riche en
développements , à savoir, vers , contre. U VA, connut
verbe , signifiait « tourner, diriger » , d'où « orienter »,
et, comme particule « vers ». Le chapitre clxi du Ri-
tuel funéraire contient, après le tableau des portes
des quatre vents, une prescription pour l'orientation
du cercueil et de sa décoration. Le texte dit :
imj^ijv.v::
Aa-mxa-la ant a»« ta «m l«
rontrrtnot tim iiKanu* quatuor ( parle)
\lz
r. T.
«a pr-l ««-« #a mt Ail
«Ai, «aa korcim
Le texte continue en énumérant les quatre points
cardinaux; puis il ajoute :
i
Vm ait- ■ n.arn niir-o nli
I l'ara ) qoatqur vciiDiium voolo» qai
VtJV
UlUD-ll
rua Ira aa aa.
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 139
Cet exemple réunit heureusement l'emploi de
notre terme uva comme verbe et comme particule.
On comprend facilement comment cet instrument
aura été pris pour symbole de l'idée de tourner; on
ne pouvait s'en servir qu'en le tournant dans le vase.
Une des acceptions les plus usitées du type UVA
est, comme substantif, artisan, ouvrier pris dans un
sens relevé, et, comme verbe, faire un ouvrage; on
l'employait pour désigner des arts fort divers. On
peut le rapprocher, dans cette acception, du copte
XE&, ESETT, etc. qui s'applique à diverses sortes d'ou-
vrages et d'ornements. Dans la stèle des mineurs
d'or, traduite par M. Birch, à la ligne 1 3 , il est em-
ployé sous la forme I, pour la construction d'un ré-
servoir d'eau destiné à abreuver les voyageurs et
leurs ânes. Le papyrus de l'histoire des deux frères
nous montre la reine enrayée par l'apparition su-
bite des deux arbres où s'est réfugiée l'âme de son
premier époux; elle persuade alors au roi de faire
faire des meubles avec ces arbres. Le texte conti-
nue ainsi
^ ! !,J4A Oti-,-rV *
Tin an hon-w ' ha ta tcheme
Fuit rex jubens ire
1 Je ne transcris pas les signes ■?• I H, qui , dans le style hiéra-
tique, accompagnent toutes les désignations du roi, comme une
sorte de déterminatif honorifique. (Voy. Mémoire sur l'inscription
d'Ahmès, p. i85.)
140 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
miiu' rfcAi-B nu-la ia
oprrario* perito* (*l) «citi
l^VUM
Mat Prrtf*.
Ici, les uvau sont des ébénistes; en sorte qu'il faut
traduire ce mot par un terme très-g<>n<;ral , tel que
artiste. On voit, en effet, qu'il est employé pour dé-
signer divers noms de charges et dignités civiles et
sacerdotales, dont l'étude nous mènerait trop loin de
notre sujet. C'est dans ce sens qu'il faut entendre
le passage de la grande inscription des campagnes
de Toutmès III, où l'on énumère, parmi les dé-
pouilles, « les anneaux d'or trouvés aux bras ou aux
mains des uvau tués ou pris dans la bataille2. »
Ces détails étaient nécessaires pour comprendre
l'emploi du groupe en question dans la locution
f ^* ♦ ' uva-tu em het-w. L'envoyé de Bachtan avait
demandé au roi un savant docteur pour examiner
1 L'orthographe |V \ «* est assez constante dans la qualifi-
cation des personnes pour m'engagera la considérer comme un mot
un peu différent, quoique se rattachant au même radical. Je ne
trouve pas cette variante quand il s'agit du verhe; le v final est, au
contraire, souvent écrit dans ce dernier cas, comme ♦ g 11 ou
tj^|UVA.
1 Voy. Lepsius, Denkmàler. III, 3a, I. ao,; cf. Birch , Annals of
Thoutmfs III, loc. cit.
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 141
la princesse ; le roi , ayant fait venir ses hiérogram-
mates, doit nécessairement leur demander de lui
indiquer l'homme convenable. Cet homme , il le ca-
ractérise par deux expressions parallèles, et, à ce
qu'il semble, assez recherchées; la première est lit-
téralement un homme qui ait l'art dans son cœur; mais
j'hésite beaucoup sur le sens de la seconde, qui doit
la compléter par le parallélisme. Je la laisse un ins-
tant de côté pour m'occuper des mots suivants, où
je trouve le groupe ^ j c=), fort mal interprété
jusqu'ici.
M. Chabas a proposé, dans le mémoire cité ci-
dessus, de traduire KeV par «ornement, éclat»; je
ne puis me ranger à son opinion , et j'écarte d'abord
les groupes^ I jl et ^J£J£,qui me paraissent clai-
rement devoir être traduits par le copte K&E « refri-
« gerare » ; le signe s=> peut s'y trouver accidentel-
lement pour sa valeur syllabique KeV, mais les dé-
termina tifs entraînent ordinairement un sens bien
distinct. A J KeV, avec le signe ^=> ou ;=♦ , et sou-
vent avec le volume -»~-, qui s'ajoute à toutes les
idées de comptes ou de calculs, répond très-exacte-
ment au copte KE&&E «plicatura, duplicatio » , d'où
KCLT& « vices , multiplicare , etc. ». L'anneau z==» de
métal ployé explique le mot à lui seul. Tel est le
premier sens de A \ .Le papyrus des deux
frères parle , à son début, des soins heureux que re-
cevaient leurs troupeaux :
M2 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
ktv-KK mut-un
Maltiplirahant partus itiat
•r tktr êktr (bit)
v»14« Ytldc.
C'est ainsi que l'on doit, suivant mon opinion,
interpréter îa locution Ucv-w hotep-u nte nuter-u, citée
par M. Chabas1 : «le roi a doublé ou multiplié les
dons faits aux dieux ».
Mais un radical tel que celui que nous venons
de constater se prête à des sens métaphoriques ex-
trêmement nombreux. J'avais d'abord choisi l'accep-
tion de réponse, que j'abandonne aujourd'hui, parce
queje n'en ai pas rencontré d'autre exemple. M. Birch
traduit par « connaissance ». Le copte présente, dans
cette direction, K&&, dans JU.ErTK&& «calliditas»
et KE&Ï2* «fraus»; l'un et l'autre répondent donc à
notre mot duplicité, et ne semblent pris qu'en mau-
vaise part; je ne trouve d'ailleurs aucun autre
exemple qui justifie cette traduction. On rencontre
souvent, au contraire, l'expression em-kcv, signifiant
clairement «faire partie de, être du nombre ou de
l'assemblée de »; em kev ten sera « de cœtu vestro » ,
ou « e numéro vestrum ». Voici des exemples de cette
locution :
1 Cf. Lepsius, Denkmàler, fil, 2 2 3.
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 143
i° Scha en sinsin, section iv, mss. du Louvre, al-
locution à l'âme justifiée :
Rere-k kur-t em-kev chawx-u '
Circumdas cxcelsa in cœtu fulgcntium.
1° (Rituel funéraire, chap. h, 1. a.) Ah Tmou Tmou!
« dites aux lions » que l'Osiris un tel arrive ; em kev-
sen « dans leur cycle , au milieu d'eux ». Cette locu-
tion est assez fréquente; je suis donc autorisé à tra-
duire la fin de notre phrase par « de cœtu vestro » ,
ou «e medio vestrum». Il est permis de penser que
le roi assimile ici le savant collège à un des cycles
célestes.
Il nous reste les mots schaï em tevu-w Hl 111 , qui
doivent fournir un sens à eux seuls; je prends fcft
sécha dans la nuance du copte TU C2>Jb <( magister »;
car je ne crois pas qu'il s'agisse ici d'un talent pour
l'écriture, qui eût été peu utile à la malade, et je
traduis un « maître dans les doigts », c'est-à-dire « un
opérateur habile ». Ce serait là l'expression parallèle
appelée par les mots ava-tu em het-w « peritum in
« corde suo ». Si j'ai réussi à saisir cette phrase diffi-
cile , le roi demandait à ses hiérogrammates de choi-
sir dans leur sein un docteur instruit et un opérateur
adroit, c'est-à-dire un parfait médecin. Il est à remar-
1 Chaves-u «les lampes » , nom de certaines constellations , proba-
blement les Décans; ici le kev est leur cycle.
144 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
quer que l'auteur met toujours dans la bouche de
ses grands personnages des phrases recherchées et
construites suivant les lois littéraires du parallélisme.
On sait que la coutume des embaumements ;iv ait
donné aux Egyptiens les premières notions de l'ana-
tomie, et qu'ils passaient pour bons opérateurs; ce
sens me paraît donc admissible, mais je suis loin
de le donner pour certain. Notre récit continue par
une phrase beaucoup plus claire qui nous amène à
la 1 i* ligne :
S ù îi! + JL 2ç ri X m 11
Al pu M aa tultm Tot-4m-kt*t tm-U ktm-w «o m
('«m vcniiMt trrib* rtfim» Tolcmliebi roram l*f», jatait
^^ .*= \-^ J -. © A — 7\
aoa-w «*<■»»-« «r Vacalra aaa «pi a«a
in iUr (êceii «•at «1 Bachlan cum l'fato itto.
Cette phrase peut reposer notre attention; elle
ne présente aucune difficulté, tous les mots en sont
connus. Remarquons le temps composé aï pu , avec
le verbe g\ = TTE «être», et l'inversion du sujet;
cette tournure met le premier membre de phrase au
plus-que-parfait, et en relation de temps avec le se-
cond. L'orthographe ffl 4e ^ ' Pour *e ^lre du Da"
silico-grammate , montre que, dans le groupe abrégé
^ K| , le signe suten X obtient une primauté d'hon-
neur (comme "1 « dieu ») , et que nous avons le droit
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 145
de transcrire toujours, en mettant l'adjectif après le
substantif, an suten « scriba regius ».
La lecture de ce titre , an suten, est due à M. Birch ;
beaucoup de bons exemples la justifient; mais il ne
faut pas en conclure que le signe |^| se prononçait
an dans tous les cas; cela n'est prouvé jusqu'ici que
dans le nom du basilico-grammate , et ce pouvait être
le nom particulier de cette charge.
La particule han « avec » s'écrit ordinairement
"?•, c'est-à-dire la voyelle après les consonnes; l'or-
thographe l"**- ', qui suit probablement la pronon-
ciation , est une innovation qu'il faut aussi noter.
Nous sommes déjà loin du style des Toutmès et des
Aménophis , sous bien des rapports.
VI.
fTnmm!^z&~* - ^ r=l BB dT
Sper pu ari en rech cke-t scha-n er Vechlen keme-new
Cum accedisset sciens res libroram ad Bachtan , reperit
( horao)
•<=> ^ xx J\ | <^. I | I <=> xx • ni
Vent-resch-ti cm sccneru ker chui
Bint-reschit rem kabentem cumdœmone.
J'ai déjà fait voir que le premier membre de cette
phrase importante n'avait pas été saisi par M. Birch ;
ille traduit: «The object of thejourney was toknow
« the state of the affairs in Bachten. » Le verbe sper
140 AOUT-SEPTEMBHE 1857.
^«accedere» est connu depuis Champollion , et
l'on ne peut hésiter a le reconnaître ici , quoique son
déterminatif J\ ait été omis ; l'inversion et le verbe
auxiliaire pu le mettent au plus-que-parfait, comme
nous l'avons vu tout à l'heure, avec une relation
que nous rendons par le subjonctif. Nous avons
constaté également que les mots rech che-t schu-u
étaient la qualification de l'homme spécial que le
prince de Bachtan demandait au Pharaon; elle ca-
ractérise ici Tot-em-hcvi. Le roi vient de lui ordonner
de partir pour Bachtan avec l'ambassadeur. Qui peut
maintenant arriver h Bachtan, si ce n'est lui? Il est
donc incontestable que c'est le docteur égyptien
qui est ici indiqué par les mots ^ ® m ^"^, et,
dès lors, notre interprétation est certaine aussi I la
9* ligne, à l'endroit où l'ambassadeur demande au
roi d'envoyer un @ ® ~ ^^ pour voir la prin-
cesse; les deux groupes ne diflerent d'ailleurs que
par les signes idéographiques du pluriel : les sciences
ou la science, ce qui ne change rien à la traduction.
La seconde partie est traduite par M. Birch : <» He
<» thought Benteresch was under the influence of
«spirits (?)», ce qui se rapproche extrêmement du
sens que je propose; nous sommes moins d'accord
sur les détails.
Le groupe J" I, ou l'oiseau qui suffit ici pour le
représenter, ^Jtm, est transcrit par le savant anglais
senem, et traduit par lui « penser»; je me sépare de
ÉTUDE SUR UNE STÈLE EGYPTIENNE. 147
lui sur ces deux points. Le symbole est un oiseau
échassier cherchant sa nourriture, et le verbe se tra-
duit partout exactement par « trouver ». Le papyrus
des deux frères m'en a offert une foule d'exemples
très-clairs ; lorsque le frère cadet revient à la ferme
chercher des semences, il trouve sa belle-sœur seule.
L'aîné revenant au logis trouve sa femme étendue
par terre. En se plaignant à son mari, elle lui dit :
ull m'a trouvée assise seule»; et c'est toujours le
groupe jF i qui exprime cette idée.
Je donnerai ici le texte d'un seul de ces exem-
ples, parce qu'il explique aussi le terme corrélatif
uchach «chercher». Le frère cadet avait recom-
mandé , lorsqu'il serait mort , de chercher soigneuse-
ment son cœur pour le faire ressusciter. Le texte dit
alors :
w ^ ni fi m^ï^k^
Au-w-ari 3 renpe tn uchcwh-w
Egil très au nos quarens illixl
^^ —
•WWM f *• ■ — n
an kcme-w
(et) non reperiens.
A la fin, cependant, il trouva une gousse d'acacia
où le cœur était caché1.
1 Plusieurs savants, et M. Birch lui-même, ont déjà traduit ce
même signe par le verbe trouver. Depuis que ceci est écrit, j'ai reçu
148 AOOT-SEPTEMBRE 1857.
Tous les sens que nous donnons en français au
mot trouver sont du domaine du signe ^y> ; et no-
tamment se trouver, trouver pour juger, estimer, t'trc
d'avis; c'est ce que nous allons voir dans les mots
suivants.
La lecture senem, que propose M. Birch, provient
de l'inscription des Annales de Toutmès IV; mais
l'oiseau qui suit le mot ainsi écrit me parait diffé-
rent : c'est l'oie du Nil1, tandis que nous avons ici
un échassier bien caractérisé. Or, dans la même ins-
cription, notre mot trouver est, si je ne me trompe,
exprimé par le même échassier, dans une phrase
que j'ai déjà citée plus haut (voy. Denkmâler, III.
3a, 1. 29). «Or, en anneaux
"*m;^*!h
Ktmi-t Ad m mu u
Ai
trouvés aux bras (ou aux mains) des gens distin-
gués ». De là, je conclusque senem, écrit dans la même
inscription, avec l'oie pâturant pour déterminatif,
doit avoir un sens différent. Trouver m'avait mené
droit au copte memphitique 2SEAJ , 2SXJUS Baschm.
6ïJU-ï « invenire » (on connaissait le second élé-
ment M); mais j'hésitais toujours entre les articula-
un excellent travail de M. Chabas , inséré dans la Bévue archéologique;
ce savant y explique un hymne à Osiris,qui fournit aussi un bon
exemple; il y est dit d'Isis, cherchant son frère : an chen-nes an kime-
tus-su « elle ne s'est pas arrêtée avant de l'avoir trouvé. ■
1 Voy. Lepsius, Denkm. III, 3o, 1. 39.
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 149
tions antiques k, t, ou sch pour la lettre initiale,
lorsque M. Brugsch me communiqua une variante
du nom de ville Vukem J ^q, où kem est exprimé
par ^1^'-, c'est certainement le même nom que je
trouve à Philae écrit ^e>|^ Vaukem1. Salvolini
avait déjà signalé la variante "| ^=== à J^, et cette
variante pourrait faire une difficulté, car ^ semble
avoir la valeur am, comme initiale du nom des
peuples nommés Amous.
Le signe j peut répondre à différents mots; mais
je crois plutôt qu'on a confondu (et les graveurs
égyptiens eux-mêmes) plusieurs hiéroglyphes très-
semblables . Y ou le bâton de chasse, le boa-mérang,
me paraît le type am, du nom des Amous. Le poteau
d'abordage | , qui détermine I j <I^ mena
« arriver », ressemble aussi extrêmement au poteau,
plus mince ordinairement, qui servait à attacher
l'oiseau appelant jjjfî celui-ci s'employait aussi seul,
Y à la place de WJ, pour écrire le verbe ^3, KeMa,
dans le sens de «jouir, se réjouir » , en copte OIâïç?.
De là provient sans doute la variante | îk = jj" '■>
mais le type de l'idée trouver est bien l'échassier ^^;
1 Voy. Lepsius, Denkm. IV, 53; cf. IV, 56.
2 A . n%L signifie aussi , d'une manière incontestable , « créer » ;
c'est dans ce sens que ChampoHion l'avait rapproché de DI-V-X »
2£JjUl$ «invenire».
150 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
il est employé presque exclusivement dans les textes
anciens , et surtout dans les textes hiératiques.
En arrivant à Bachtan, Tot-em-hevi trouva la
princesse em séchera ker chui sous l'obsession d'un
esprit, d'un démon. Le séchera d'une
r I *=»► 1 1 1
chose, comme l'a bien reconnu M. Birch, est, en gé-
néral sa partie abstraite; c'est le plan, le dessin d'un
ouvrage : pour une personne, ce sont ses desseins,
ses idées, et aussi son état, son caractère, comme le
indoles latin. Dans l'inscription des mineurs d'or, on
lit1, au sujet de la région d'Akaîat :
I V P V X* P il ^ f = '*
Ans *m pi-Mcker ktm-l ka ma i"
l°M, iMunduta salaria »a«ra , t»m* w|n« , ■
(lerra)
71
trmport d« (tolwj'.
Sécher, dans notre inscription, est, exactement
dans la même nuance, Y état de la malade qui con-
1 Voy. Prisse, Monum. XXI, I. 20 ; cf. Birch, loc. cit.
1 ReK signifie « le temps , l'époque » , et non « le règne * , comme
l'a traduit M. Birch. Sou déterrai natif complet est le soleil 0, et la
route jztft; tel est le groupe *£*, qu'il faut rétablir dans la stèle
de Leydc , qui marque l'époque du roi Antcw et que je n'avais pu re-
connaître. Ce groupe, exprimant si bien l'idée du temps, est aussi
le déterminatif du mot ha-u , dans cette même acception , et de plu-
sieurs autres termes analogues. (Voyez Revue archéologique , lettre à
Leemans, sur le musée de Leyde.)
/
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 151
sistait en ce qu'elle était her chai « avec un esprit ».
Ker indique encore plus que l'idée avec, ce mot im-
plique souvent la possession d'une chose , comme nous
l'avons déjà remarqué.
Je ne puis faire mieux, pour le sens de J$* J , que
#111
d'analyser ici la remarquable discussion de M. Birch.
Le premier sens du groupe est lamière; cela est rendu
certain , tant par de nombreux exemples que par le
détermina tif JR, qu'il prend dans cette acception1.
Il est facile de tirer de là les sens secondaires éclat,
splendeur, honneurs, privilèges, droits, que ne men-
tionne pas M. Birch , et dont je pourrais citer bien
des exemples, peut-être aussi le sens de fêtes, céré-
monies, que Ghampollion lui donne dans son Dic-
tionnaire (p. 1 84).
M. Birch fait ensuite voir que ce terme, avec le
déterminatif fJf , désigne un certain nombre de gé-
nies ou divinités du second ordre, ce qui rappelle
les esprits lumineux du gnosticisme2. ^ # t^ ChU
devient également le nom des mânes, des défunts
justifiés, qui passaient à un état semblable à celui
des génies ou démons du second ordre. Notre savant
devancier cite des textes qui montrent que l'in-
fluence de ces génies était souvent redoutée, et
qu'on faisait des prières pour s'en défendre; il con-
1 Voy. Toit, xv, 34 et passim.
* Notre mot esprit est tiré de l'idée du souffle, les Egyptiens sem-
blent avoir employé une métaphore préférable , en comparant l'es-
prit au rayon lumineux.
152 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
clut de cette discussion que la princesse était sous
l'obsession d'un esprit de cette espèce, et la suite
de notre texte va pleinement justifier cette excel-
lente explication , qui se trouve d'ailleurs en si par-
faite harmonie avec ce que nous savons des croyances
de l'Orient antique.
Je suis obligé de m'arrêter un instant sur la lec-
ture du type ^, qui joue un rôle immense dans
les textes. M. Birch nous laisse sous ce rapport dans
l'incertitude; car, après avoir transcrit ach, il revient
à bâcha, à chat, et paraît néanmoins incliner plus
fortement pour acht; la seule variante qu'il indique
serait \@ ach. Je crois que le signe "V doit se lire
ChU; les variantes qui le prouvent sont nombreuses
et concordantes. Celle que Salvolini a signalée,
^ ^ f^ = @^ ij^, est très-fréquente dans les ri-
tuels l\ or la lecture du premier groupe par c/iu
n'est pas douteuse , et Lepsius l'a confirmée par la
liste grecque des décans. Mais ce savant, n'ayant
pas reconnu l'égalité phonétique de 'V et & , dit que
les décans cha et ape-cha manquent dans les listes
anciennes. C'est une erreur; on trouve à la place cor-
respondante , au tombeau de Séti , "^ ^ , deux oi-
seaux cha, au Ramesséum 'V 'V V *, et puis
^J^k * apc cha; c'est-à-dire deux décans dans cette
constellation, tout comme à Dendérah. La liste du
temps deNectanébo présente les mêmes signes. Les
décans ape-bia et biu viennent ensuite; ils sont écrits
1 Todt. cli. XTll, \. 3ç>; cf. Rituel Cad. \oc. cit.
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 153
par l'oiseau ^ bai, avec lequel il faut se garder de
confondre l'oiseau ^k à la crête dorée, symbole de
la lumière, et qui ressemble à la belle grue couron-
née du Sénégal. Une variante ptolémaïque écrit le
même, groupe avec le chat, en égyptien chau; je la
cite, parce que la phrase paraît un souvenir consa-
cré à la beauté de la célèbre Cléopâtre1 :
Mesccha* kati-u en mia chaui-xu
Lsetantiir corda cum vident décora ejus.
On sait, d'ailleurs, que le chat était regardé, lui-
même, comme un symbole de lumière.
Cette valeur chu, étant bien établie, il n'est plus
étonnant de voir l'oiseau ^ employé pour ^ dans
quelques mots où il ne joue qu'un rôle phonétique,
par exemple dans le mot ^ J>l'i cest ainsi que
se trouve écrit, au tombeau de Ramsès VIII, le pé-
ché que le Rituel de Turin orthographie ^ J T ^~3.
Le mot chot «flamme», ordinairement 'i , a pour
variante o ^fc^ \ ou 'Ifc^ II, et M. Birch le lit alors
lui-même chet, d'où il suit que la valeur de l'oiseau
est bien un ch. Je sais que ce radical , ainsi que beau-
1 Voy. Lepsius, Denkm. IV, 65.
= Le lotus est employé comme déterminatif de la joie, surtout
aux basses époques; c'est à tort que M. Birch, dans le résumé pré-
cité, exclut la fleur de lotus des détermi natifs généraux.
3 Tadt. r.xxv, ao.
154 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
coup d'autres, se présente souvent, dans les rituels
antiques, avec une ou deux voyelles initiales; en
sorte que le groupe y est orthographié ^ \©\ §,
au lieu de ^s@[^j ou '^*0j^. C'est ce qui i m
gagé, sans doute, M. Birch a lire ach; mais h valeur
de ^s étant certaine, il no faut voir dans ces exem-
ples qu'une voyelle initiale ajoutée au radical simple;
ce que les langues égyptiennes et coptes admettent
très-facilement. J'ajouterai , pour compléter ce qui
regarde le signe ^, que le même mot s'écrit par
la tête seule de l'oiseau "T*®, et que cette tête elle-
même remplace quelquefois le fouet sacré, k — J,
dans le groupe UâJ chu « protéger, gouverner», en
vertu de sa seule valeur phonétique *.
Le mot était trop important pour ne pas en éclairrir
la lecture; elle nous permet de retrouver des déri-
vés certains dans les mots coptes OjO'tftyo** «glo-
«ria, laus», OjOfCyU.tO'ÏCrjï «sacrifu imn», OJCT*-
UJO**OJ! « adorare », et enfin dans la particule OJO*<,
à laquelle M. Quatremère a fait reconnaître la va-
leur de dignus.
Les phrases qui suivent sont un peu mutilées; on
peut néanmoins suivre le sens avec ce qui reste sur
la pierre. •
1 "^ est le nom même du fouet J\ c/iu, dans la description
d'Ammon ithypliallique, dans la panégyrie représentée à Medinct-
Abou : *• | *+* I chu-w ha a-w avet * son fouet est
\-^. I ^-^ 1 J i— i_J
sur son bras droit t.
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 155
Keme-new-JH en ter lian-w
Sensit sese ( debiliorem ? ) cjuam ut dimicaret cum eo.
M. Birch propose : « He thought they were spirits
« of Kel or contending with her or him. »
Champollion a copié la stèle à une époque où
elle était un peu moins dégradée, et sa copie nous
sera très-précieuse en cet endroit. Ecartons d'abord
le pronom féminin — •*— , que M. Birch lit à la fin de
cette phrase; le masculin *l~ *_ est encore parfaite-
ment visible sur la pierre. On ne peut donc pas
entendre ceci de l'esprit qui se serait battu avec elle.
Les premiers mots Keme-new-sa se lisent sans diffi-
culté; or la formule new-sa a, le plus habituelle-
ment, la force du verbe réfléchi. Nous verrons à la
ligne 18e er ta-new-su ha cha-t-w, ce que M. Birch
traduit parfaitement par «il se mit sur le ventre»,
pour cil se prosterna». Je traduis keme-new-sa par
«il se trouva»; le sujet étant Thot-em-hevi , comme
dans le membre de phrase qui précède. Les der-
niers mots, ker han-w, ne peuvent avoir d'autre sens
que «combattre avec lui». Dans le groupe effacé,
on distingue encore parfaitement l'oiseau funeste^-,
comme déterminatif , après les deux feuilles II; quant
au caractère qui précédait, il est difficile d'en rendre
compte, la pierre est trop dégradée à cette place; la
forme de la dépression ressemble à Q ou à ! . M. Prisse
l'a prise pour un simple accident, car il n'a mis au-
156 AOUT SEPTEMBRE 1857.
CDD signe entre XV et | | l'exiguïté de l'espac g
pourrait lui donner raison. Champollion a cru dis-
tinguer le bas du signe 1, et M. Bircli i suivi cette
manière de voir1.
Nous devons à ce savant des recherches curieuses
sur ce signe, qui paraît être une rame; comme le
mot I V ^f\ représente incontestablement lu parole,
on avait pris I pour une parfaite variante de la
langue |2. En effet, dans les Rituels de basse époque,
et, par exemple, dans celui de Turin, le signe li
néaire pour 1 est souvent tout à fait pareil h celui
qui représente 1, tant dans le mot IV Y jfv cïue
dans un autre groupe 2 hap, dont le vrai détermi-
natif est !. Ces deux signes ont cependant des cor-
respondants hiératiques bien distincts, et, de plus,
le complément phonétique de 1 est ordinairement
une ou deux voyelles, V ou V V , tandis que 1
est suivi du^a»> f3. M. Birch fait voir par les variante*
^-"^ _ égal à — ' @ x . et k — ■* ® x I . que
la prononciation de 1 doit être CheK, dans la for-
1 Seulement , on ne peut, comme le demande M. Birch, changer
X \ ? 4 II ^— en I m II ^-.; 1 V est très-bien conservé
sur la pierre, au commencement de la ligne; c'est entre V et II
qu'il parait y avoir eu quelque chose.
- Voir, pour l'explication du groupe 1 -». J^, le Mémoire sur
Ahmès, p. 37.
3 Dans M. Bunsen (.lïgypt's place) , 1 paraît aux signes mixtes
n* 3o avec ia valeur iei , et 1 , le vrai représentant de ce mot, nr
fignre nulle part.
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 157
mule usuelle pour les défunts proclamés justes. On
connaît encore, au même signe, la valeur phoné-
tique HAP, et le nom même de la rame 1 paraît
avoir été prononcé mahou. C'est là un des exemples
de la polyphonie d'un signe; cette polyphonie pour-
rait aussi expliquer les cas où , comme à la ligne 1 oe
de notre inscription, le mot tut «paroles» semble
être écrit | "^"; mais, comme je l'ai dit, on peut
supposer facilement, en pareil cas, une incorrection
dans le texte, à cause de la ressemblance des deux
signes 1 et I . Le mot clieru, ainsi écrit l\^fj> est
rapproché par M. Birch du copte joptlIO"* « vox w1.
Dans la formule S 1 \, qui signifie u les offrandes
funéraires » , ce savant signale également la variante
phonétique -S. © ! pere-t cheru.
Avec l'oiseau funeste, ce terme, cherui I \ ll^-s-,
se rencontre parmi les expressions qui désignent le
mal ; on le doit rapporter alors au même radical que
! m 1 1 '*^A , qualification appliquée ordinairement
aux ennemis.
Le papyrus Sallier (n° i , 1 , 8) nous montre Ram-
sès II enfonçant les rangs des Chetas :
Hane-w aku em p-cherui na
Et ipse irrupit intra liostes ,
' Ce savant cite un excellent exemple du mot cheru , dans le sens
de voix, où il est orthographié ^ _4fefi F 1 c^erru- [Voy. Mémoire
sur la coupe d'or du Musée du Louvre.)
153 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
cKtr-te en cketa
viIm cliittitM.
C'est probablement un terme de mépris qu'il faul
voir ici dans p-cherui.
LesTakkari.les Schartan.et autres peuples v;iin
eus sont aussi qualifiés 1 m 1 1 '^A i dans ^es monu-
ments de Ramsès III (voy. Champol. Monum. ccin).
La traduction ennemis est également la seule qui con-
vienne dans le passage suivant, tiré de Beit-el-
Oually.
Les fils de Ramsès II suivent leur père sur leurs
chars et se réjouissent de sa victoire; l'un d'eux dit,
entre autres choses :
Het-u «m rt$cku at*v> ka Au ckeri-vw
Cor menai Uutur, paUr p«rc«Mit hottr* Mot ,
1 l
III
*=»■ III III
(«-«• {t*S4r?) ckopttck-xt tr (pHi-U?)
fteit pnrrtler* gladiam muni advmus LtrWo».
La lecture cher est encore assurée , dans cette nou-
velle acception , par l'orth graphe ® I II r# , que
je remarque deux fois sur un monument de la
XII' dynastie (voy. Lepsius, Denkmâler, II, 1 36) ;
dans cette inscription , le déterminatif est lié comme
un prisonnier.
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 159
Pour revenir à notre passage, si Champollion a
vu distinctement le signe 1 , il y avait |ll "^«c
GheRi -, mais le déterminatif *^t*- est seul certain ;
il se prête au sens à' ennemi, méchant, ou petit, faible.
On peut donc entendre que Thot-em-hévi « trouva
un démon ennemi qu'il fallait combattre», ou bien
qu'il «se trouva trop faible pour le combattre)), en
un mot qu'il ne put réussir à l'expulser. Je choisis
ce dernier sens pour deux raisons : la première est
que la formule wwl\ indique très-souvent le ré-
fléchi , keme-new-su « il se trouva » ; la seconde est
que Thot-em-hévi s'en revint réellement sans aucun
succès, puisque nous allons voir une nouvelle de-
mande de secours adressée au dieu Ghons en per-
sonne. Le démon est d'ailleurs traité, dans toute la
suite du récit, avec une grande considération, et je
doute fort qu'on lui eût appliqué une épithète dé-
terminée par le signe du mépris ^t^- Le rédacteur
de l'inscription eut trop à s'en louer, pour ne pas
lui avoir conservé une grande reconnaissance.
VII.
La princesse n'étant pas guérie, le récit passe sans
transition à une nouvelle ambassade, adressée au
roi, son beau-frère.
Ëift 111*?/* m Xk|V:r\
Un sar en Vechten ntm-w (hav?) em (ta) hon-w em tat
Princeps BachUn ilerum ( niis.it? ) ad regcm , dieens :
160 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
M. Birch traduit : «The chief of tlie Bakhtun
«corne a second time and slood before his niajesty,
« and said. . . . » Je ne puis me ranger à son opinion,
et, d'abord, le prince n'était pas venu lui-même la
première fois; il avait envoyé un ambassadeur ou
un courrier, ^^ y\. On voit même, par la suite
du récit, qu'il était resté chez lui, car il vient au-
devant du dieu Cbons, à son arrivée dans ses Etats.
Le verbe que je propose de suppléer ici est j^
HaVe« envoyer », que nous avons discuté à la ligne 3\
M. Prisse a vu, en effet, un signe de forme carrée
à la partie supérieure de cette lacune; Cbampollion
n'y a distingué qu'un trait vertical. L'espace serait
régulièrement rempli par les signes suivants :
N*m-*/ kav€ tm-ta Aoa-w.
et cette restitution me paraît acceptable.
M. Birch revient ici sur le sens de J\< qu«' j'ai
expliqué plus haut; il le transcrit gam , et je regrette
de voir que cette faute s'est glissée dans l'excellent
Abrégé du système hiéroglyphique qu'il a joint au
résumé publié par S. Gardner Wilkinson. Cet épi-
tomé si utile pouvait être incomplet, mais il eût été
désirable de n'y introduire que des choses bien cer-
taines, et il est très nécessaire de relever les inexac-
titudes que l'auteur a pu y laisser. J'ai déjà donné
les preuves de la lecture de /, qui est ncm; le mot
à mot exact serait ici « iteravit mittens ».
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 161
tJm !» - t \
Ati nev-a ama-uo-lu hen-w er-t-a an-tu
Kex magne , domine mi , jubeat majestés tua deduci
\mSsn
neter
deum .....
Les caractères restitués ici ne sont plus tous lisi-
bles aujourd'hui; mais les copies de Champollion et
de M. Prisse s'accordent très- exactement sur ce
point. On peut donc ajouter sans crainte les mots
essentiels n ^V 1 « amener le dieu » à la traduc-
tion de M. Birch, qui donne : u My Lord, would his
« majesty order that the god ... » La lacune qui suit
est trop longue pour que j'essaye une conjecture
raisonnable sur les mots qui la remplissaient; mais
le sens y perd peu de chose, comme on va le voir.
Il faut nécessairement restituer quelque chose d'ana-
logue à L'envoyé de Bachtan arriva ou se présenta,
ou mieux encore fat conduit . .
Ligne i3.
<=> n i i i -^ • I* ! imMàk il
t tf I ~ St * — ■*-* \ W
1 'S— » l • n I I www\ m^&m '^2P^ I «vwm 1 _Z(
Er hen-w en renpe 23 ( Pochons 1 ) chewte hevi Amen
Ad regcm , in anuo s3°, ia die Parlions, in tcmporc panegyris Amonis,
* . in o ©
hen-w em chenu T'orna
reire in Tarn».
102 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Je suis ici M. Birch pour le sens; mais il s'est
trompé en plaçant au-dessus du caractère ^*x^ le
verbe set «célébrer»). On lit encore distinctement
les signes phonétiques pour panégyrie 8 /H | hev.
Je reviendrai sur cette fête annuelle du premier
Pacbons.
H n'y a ici aucune difficulté; la particule chewte
«lorsque» a été expliquée par Champollion; la con-
jonction em chen ^^ a pour variante phonétique.
dans la plupart des textes anciens, lk ffif ^ : c'est
le copte eJdo**K «intra, intus». On voit que dans
ce mot le vase s, ordinairement lu nn, prend, par
le principe de la polyphonie, la valeur chen; mais le
déterminatif de l'idée lieu,C"3, prévient toute erreur
pour ce cas.
Ha» »*m m ktm-w tm-ta cktmia tm Tama
Tum iUratit rai corna Chou in Tima
îïY^tï
■-keptt tm tat
deo optimo , dicau»
4f|3
11 n'y a rien à remarquer dans cette phrase, si ce
n'est l'orthographe inusitée du verbe ^ HePeT, qui
est ordinairement écrit "^ HeTeP; non-seulement
il y a ici une métathèse que l'on retrouve dans les
formes coptes S>CITTTT et ^UJTTT, mais encore le
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 163
t final, écrit par A, doit être signalé. Une offrande
ainsi figurée, A , et qui semble un gâteau de farine,
est la variante usuelle du bras tenant la même of-
frande , i^J , ce qui est le symbole du don; M. Birch
prétend que , dans les époques pharaoniques , i_J
avait toujours la valeur ma. Je ne puis me ranger à
cet avis; les mots coptes TOX «dare», et *X2> «da»
(impératif), attestent bien que, dans la langue an-
tique, il y a eu deux radicaux, ma et ta signifiant
«donner»; le symbole A— J s'appliquait aussi bien
à l'un qu'à l'autre, en vertu de la polyphonie. Ma
s'écrit d'ordinaire avec un m complémentaire ^*~ ',
ou bien avec le vase s sur la main , au lieu du signe
A , i— J; mais quand au (ou ^) est seul, je crois
qu'il reste habituellement avec la valeur phoné-
tique ta; c'est ainsi qu'on l'a employé plusieurs fois
dans notre inscription, pour la variante jft, au lieu
de jjjr.
^ é i / JV ^35 i ^* /£ —
P-nev nowre er-ari-a nom em-ta-k ha se-t en p-sar en
Domine bonc ! ago iterum coram te pro filia principis
Vechten
Bach tan.
Traduction de M. Birch : «My gracious master,
«I appear before you on account of the daughter of
« the chief of the Bakhtan. » Cette tournure ne tient
164 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
pas compte du sens de f\k nem «iterum ». On ne
nous a pas dit, il est vrai, que le roi eût déjà prié
Chons pour la guérison de sa belle-sœur; mais cela
est facile à supposer, puisque l'on peut voir, par les
deux dates, que la maladie durait depuis onze ans.
Le signe de la première personne, dans*ï", ne porte
pas les insignes de la royauté; on pourrait penser
que c'est l'envoyé de Bachtan qui parle, mais on
observe souvent cette petite inexactitude, et je reste
de l'avis de M. Birch; c'est le roi qui parle, car c'est
lui seul qui va agir et qui a pu donner les ordres
pour la cérémonie qui va suivit-.
Ligne i 'i
J\ J\- ? JV A O # ■ - I *m
HaMê aU-( <■ cktium «m Tama newer-ktpl m cktium o-ori
Tua» daduetu» *•( Ckom ia Tama , dans optimal , ad C bon* tfmttin
,n n z%
m
iteker ntltr a<i i-ktn tckema-a
conailia , d*oiii magnat» , «jicicoUm hoataa.
Je me suis explique , en commençant, sur ces deux
formes du dieu Chons; je ferai seulement remarquer
que le verbe f) ♦ se-heri a ici son déterminatil ha
bituel , MF , le guerrier, repoussant avec son bouclier,
et le bras levé pour frapper de sa lance, ou plutôt
de sa hache d'armes. Schema-u, dans lequel je vois
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 165
les puissances ennemies, est suivi des jambes en
marche J\.
Le verbe sta, qui signifie, au sens propre «remor-
quer une barque», s'applique symboliquement à la
conduite solennelle des dieux ou des grands person-
nages ; on le trouve aussi , pour amener ou faire venir,
dans toutes les nuances de ces mots. Ma traduction
n'est que celle de M. Birch ; nous différons seulement
pour l'explication des titres du dieu.
Hane tat en hen-xo em-ta chensu em Tama newer-helep.
Tum dixit rex aille Chons in Tama deo optirao.
Tous ces mots ont déjà passé sous nos yeux; no-
tons seulement que, dans le titre de Chons, le ré-
dacteur est revenu , pour cette fois-ci, à l'orthographe
usuelle du mot "~j| hotep.
&M\1
i_j *
,P-nev newer au-ar-ta-k hra-k er chensu p-ari sécher
Domine bone, si converteris os tuuui ad Chons agcntem consilia,
neter au se-heri schemn-u er-t-a. sche-w er Vtchten
Jeu m magnum, ejicientem liostes , ut facias ire eum ad Bachtan
han oër oër
gratia maxima.
166 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Voici la traduction anglaise de ce passage : « My
« good Lord , would you lift up thy face to Chons. . .
« that he should go to the Bakhtan? he assented
« (twice?) ». Nous sommes donc d'accord pour le pre-
mier membre de phrase, il faut seulement serrer
de plus près la locution au-cr-ta-k hra-k. !,<■ rtribl
auxiliaire ^ ar, placé avant le radical, compose
une des formules conditionnelles ou dubitatives que
nous rendons par fi; la stèle des mineurs d'or en
offre un exemple excellent : « Tout ce que tu veux
se fait») , disent les fonctionnaires au roi Hamsès l:
itjapl*QJT뱕
Ar
i
«•4
MM> *m korak
kat-to
S.
«•lit
•icofiUr* ia moti*
US
au-w ckêptr
ipM fiel.
•lirm,
On trouve aussi, à la 17* ligne du même monu
ment : \ _^\ _y ar tatc-h en ma « si tu disais
à l'eau (de sortir du rocher, elle viendrait à ta pa-
role). »
Notre formule de prière polie doit donc être ana-
lysée par la forme dubitative : «si tu tournais ta face
vers le dieu Chons ». Observez que le E dubitatif du
copte n'est pas autre chose que ce verbe ar, er, devenu
1 Voy. Prisse, pt. XXI, 1 . 1 3 •- cf. Rirrli , foc. cil.
ÉTUDE SUR UNE STÈLE ÉGYPTIENNE. 167
e par l'oblitération de IV finale, comme la particule
E , qui a remplacé <=> er.
Le vocatif p-nev nowre « domine bone » , nous
montre, pour la seconde fois, l'emploi de l'article
avec le nom au vocatif, il faut aussi tenir note de
cette particularité, qui pourrait embarrasser dans
des phrases moins claires. M. Birch a omis cette
forme du vocatif dans son Abrégé précité.
La formule han oër (bis) est plus difficile; la tra-
duction que M. Birch propose, avec le signe du
doute , ne tient pas compte du mot oër, avec l'addi-
tion *® sep 2 « bis ». Ce dernier signe , par la rédu-
plication du mot, forme une sorte de superlatif; on
en a un exemple très-clair dans la locution adver-
biale -==» ^ ^ 0*tT er a^îer aker, qu'on rencontre très-
fréquemment dans les papyrus, et qui signifie «ex-
trêmement», tant en bonne qu'en mauvaise part1.
Oër oër signifie donc ici a très-grand ». La même lo-
cution, à la ligne suivante, est augmentée de ape*l,
qui ajoute encore un degré à ce superlatif. M. Birch
traduit le mot han ~~ par «consentir». Je le rap-
porte, comme lui, à la racine copte S>î\E «velle»;
le déterminatif^^ est celui des mouvements et des
sensations agréables et favorables ; mais pour justi-
fier les épithètes oër (bis) , très-grande et ape oër (bis),
très-insigne , il faut ici la nuance de grâce, faveur;
1 Ce sens de er aker a échappé à M. Birch dans la stèle des mi-
neurs d'or, 1. 21, cher her-s ken-ta her-mu er aker, traduisez : «sed via
«ejus carensaqua omnino. » (Voy. ci-dessus, p. i/j2.)
168 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
file s'applique également bien à la ligne ao\ où nous
retrouverons ce mot. On ne comprendrait pas, d'ail-
leurs, pourquoi le dieu consentirait deux fois, et si
le mot han était ici le verbe consentir, il y aurait eu
de toute nécessité le pronom \*^_, pour le ratta-
cher au sujet. Han est donc un substantif qualifié
par oër oër.
(La tuitc à un prochain numéro.)
ÉTUDES ASSYRIENNES.
INSCRIPTION DE BORSIPPA,
RELATIVE À LA RESTAURATION DE LA TOUR DES LANGUES
PAR NARUCHODONOSOR.
(Suite.)
IX.
A - »o. î - i> ii - ««. au.
Ad confiriandam e»m et (ad)
ct: & «#• -tu zi <y W(: s: r^i-
al - la u. n î - si - ta. ga - la.
• letandum cipul ajo» nuniim
êet= m #3- J%>&- ^ï:>tu^-
«s - sa biii. h - «a. fi - »i - ri im.
eitrndi : lirai aatra
INSCRIPTION DE BORS1PPA. 169
- m s? <m <i~- m- m se #t0-
inaA. i 15 - i; i'«. oft - ni - su. >■«.
fucrat, (ita) fundavi , cxstruxi eain :
& m- bu- *t « ci: m — t-
Ai - ma. ><t. ,y""- vl - la - li.
S'eut die pristino (fucrat) ,
(^ «p; -m if. H7J sf ëcr if p£î-
u - ui - /« a. ri t - sa a - ta.
(ita) plevavi raput cjus.
Il n'y a pas de difficultés dans la phrase. Le verbe
assum n&x vient de uw « mettre , émettre ». Nous
avons vu déjà que quelquefois le £/ de l'hébreu et
du chaldaïque se change en tf en assyrien , contraire-
ment à la règle qui nous enseigne la permutation du
& et du D dans la langue de Ninive , comme elle a
lieu en syriaque. Il est possible que , dans l'origine ,
le fc? et le tf de l'hébreu aient été identiques, et que
la distinction que la ponctuation y a introduite ne soit
que l'effet d'une prononciation plus moderne. Je ne
crois pas, contrairement à quelques grammairiens,
que jamais il ait existé, dans ces temps postérieurs,
une différence entre le & et le D.
Les deux termes ibisisa et ullà sont des infinitifs :
l'un, KtMffay, est celui du kal, avec le suffixe de la
3epers. féminine; l'autre, iV^, celui du paël de ïTjy.
On sait que l'infinitif du paël se forme Vi?D ; nous
citons, parmi beaucoup d'exemples : m , n»:, ddt ,
170 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
D^tf , dont les impératifs correspondants seraient }jt ,
->DJ, PDT, D^tf.
Les deux phrases suivantes ne se trouvent pas sur
le baril qui seul nous fournit la fin du dernier pa-
ragraphe; mais l'ensemble en est tellement impor-
tant, qu'il faut voir dans cette omission une des
nombreuses inadvertances dont les textes assyriens
nous montrent des exemples.
Le sens du passage est clair. Nabuchodonosor
se glorifie d'avoir reconstruit l'édifice tel qu'il avait
été dans les temps très-reculés. Comment pouvait-il
avoir une notion de l'état du temple dans ces anti-
ques époques ? Voilà ce que nous ignorons ; probable-
ment une tradition conservée parmi les Chaldéens
l'aura guidé dans son œuvre.
Le mot labirim n~}??) veut dire « auparavant » , et
vient du mot si connu des langues sémitiques "Qi?
«passer». Le terme est intéressant , parce qu'il offre
un des cas très-rares de la conservation de la lettre
servile S, qui, généralement, a dû céder en assyrien
à ]K. Nous avons encore dans le dialecte babylo-
nien des Achéménides, influencé déjà par l'hébreu
et l'araméen , lapani ^D1? « devant ».
Il est curieux que cette expression may1? se ren-
contre, au sujet de la mimmation, avec l'hébreu
0")B3, qui, certainement, a son origine dans la ra-
cine mo « être nouveau », d'où vient aussi ont) «pas
encore». D">B a la même signification; et did: veut
dire littéralement « dans le temps nouveau » , c'est-à-
dire «jadis».
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 171
Quoique les deux lettres *— Ë=Y ne nuisent pas
à la lucidité du sens , elles présentent cependant des
difficultés. Le trait horizontal a les valeurs syllabi-
ques de as, dil et ruv, ensuite il exprime la, prépo-
sition ina « dans ». En outre , il semble exprimer le
verbe n*n «être», et surtout le niphal rrm, qui se
trouve également en hébreu, avecJa signification
de «avoir été, n'être pas, cesser». Je croirais volon-
tiers que le simple trait >— exprime la forme verbale
inah, qu'on trouve souvent dans les passages ayant
rapport aux temples détruits, par exemple dans le
prisme historique de Tiglatpileser Ier (col. 7).
(>M- sani. il _ Uk. va.
DCXLI. anni prœteriere ,
1 - na
i'nere.
Le caractère ►- devrait donc être transcrit rthi* , et
être regardé comme un niphal anomal de tV>n, avec
le l conservé. Cette opinion acquiert de la vraisem-
blance par le fait que le ^ va, qui, comme nous
avons vu, finit les phrases et ne se met qu'après les
formes verbales (s'il n'exprime pas le verbe subs-
tantif), se trouve souvent seul dans la même lo-
cution , sans être précédé du clou horizontal.
La syllabe ma ou va, qui peut-être a quelque
172 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
rapport avec la syllabe 1D des textes poétiques de la
Bible , a fréquemment un u devant elle ; nous avons
ainsi le masculin irrégulier tô'33K pour ncpjdn
La dernière phrase de ce paragraphe est très-cl;i i n .
Le mot ndd s'emploie comme l'hébreu 1DD, pour toutes
sortes de comparaisons, par exemple^} ND3 « comme
des poissons», naxn kdd « comme du khesbet ». Il
rend aussi le perse avathcî « ainsi ». Nous citons un
beau passage de Sardanapale V, dans lequel ce roi
dit de lui-même :
v. ~r &. -TDtJ t- ùm m M
.Sa. Nain. ila. lai - ni - la». Ai - ma.
Oufiu N«bo, il»u» ni»lmctiooi» ', licut
T? K <■ «EÏÏT C- *=£ ET ^- 1-
a - »i. a. nm - «i. - rai - h m - $m.
p»l#r «t Bll«r nluratil.
•«fia"»' kdki N3N nd: xru-Dtf n n?N ia:tf
•\ -T »• \ I • 1 - \ •
La combinaison #KD3 est usitée souvent devant
des verbes et des phrases où il faut, comme ici, sup-
pléer le verbe substantif. Le sens est : « comme cela
avait été dans le temps antérieur, ainsi j'en ai élevé
le faîte. »
Le mot allât vient probablement de n?y «mon-
ter»; cependant cela n'est pas sur, car dans les ins-
criptions trilingues, ulla, alli, ullut et ullit, est em-
ployé comme un démonstratif qui rend le perse ava
1 Ou « (jucm Nebo et dea instructionis sicut pater et mater eduai-
rant. * Et j'ai maintenant acquis la preuve que cette interprétation ,
que j'avais admise d'abord , est In seule vraie.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 173
« celui-là » , et il est rapproché de nhx , pVx , d£à^î ,
qui ont le même sens. Dans le cas où l'assyrien ullut
que nous lisons ici serait identique avec le ullut des
textes achéméniens , le passage se transcrirait dVk m%
et se traduirait par « dans ce jour-là ». Nous faisons
observer que le perse liaca paruviyata « depuis l'anti-
quité » est rendu à Bisoutoun (1.3), par ^3^ * * ^==|.
4£ — Y >-^T ultu ullu. M. Rawlinson compare ce
terme à une locution très-commune dans les textes;
mais le savant anglais dit lui-même que le passage
(1. 3) est mutilé; un terme analogue (l. 18) où il voit
£;Y <A> — ^, doit probablement être lu £:J. **► —
yum ruhuk pm UV l.
Les deux passages de l'inscription de Bisoutoun
ne prouvent donc ni pour ni contre cette dernière
interprétation.
La partie essentielle de l'inscription finit ici; ce
qui suit est l'épilogue , une prière adressée aux dieux
Nebo et Mérodach, de bénir et de protéger le mo-
narque.
X.
«-Î ~H « tri- êc:^t-4^ £ <><T-
X Na - bi uv. halla. Ai i - nuv.
Nebo lilius suiraet ipsius ,
M Ép? ^j (=S ££• t©T £ -#
sa u/t - ka al - lav. si i - ri.
intelligentia suprema ,
1 Voyez Layard, pi. LXXXV, 1. i6,>t pi. LXXXVI, 1. 18. Ce
terme rend également la locution perse citée ci-dessus.
174 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
<T- EM gf I33L ^TT ÊE^J IZU-
ii i'( •!■-(>. «a - m ai*.
Jorointtor eultans
Marduk. •> *i - <« " - «•
Merodaclmm , operibu» in»i»
■ - *«. da -mi «t - li. ka - di m,
ad «BctoriUlCM ( toB»»r»«iid«»B ) •■muni..
^ri :rj ::S » &
ap - fi
f»»«.
Les termes hablu k'inuv ura kVsh doivent être ren-
\ • \ i -
dus par «c le filsde lui-même ». Nous nous sommes déjà
expliqué sur le rapport qui existe entre les idées d'être
et dem^me, exprimées toutes deux par le verbe pD.
A ces deux idées se rattache l'acception d'éternité,
qui est inhérente à la notion de l'être.
Dans notre passage, le sens lai-même est assuré
par une varia nte d'épithète , variante qui se rencontre
aussi souvent que la phrase de notre texte; elle est
(voy. par exemple, Inscr. de Londres, col. 1 , 1. 33) :
ïï zz t^-n i -^ £ Cxï-
A - il if - *■■ il - »■»•
Gif wu Kml iptum.
Ni"0 ltf73ïl
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 175
Nebo est le dieu de l'intelligence qui, d'après la
belle idée des Chaldéens, s'engendre par elle-même;
c'est la divine sagesse qui , sans avoir créé le monde ,
en conserve les lois immuables. Ce Dieu surveille
les légions du ciel et de la terre , et il règle l'ordre
établi sur la terre; car c'est de sa main que les rois
tiennent leur sceptre et leur supériorité.
Des deux textes , l'un écrit le mot fils par le mo-
nogramme, l'autre en toutes lettres Efr-T Y^>££i abluv.
Le terme hkkallu sïru est une épitbète constante
de Nebo. Nous transcrivons l'expression nts N^sd ,
et nous la comparons à la racine sémitique bsc , hï'ti
« être intelligent1». Par une suite bizarre d'enchaî-
nements d'idées qui, du reste, est loin d'être isolée
dans les idiomes de Sem, cette racine signifie, en
chaldaïque et en hébreu même ( car le d et le io y
sont identiques), et sagesse et folie. La forme assy
rienne dérive du paël , et rappelle le chaldaïqur
btà2. Dans l'arabe, la seconde forme , qui correspond
au paël , implique seule l'idée de la conception, for
mation, création; nous rappelons J^w et J^C&J.
Le mot sukkaUu se trouve aussi écrit Tm £=JJf
T^f\juk-kal-lu,et nous remarquons que la lettre jffy
a ici , probablement par anomalie, la valeur de sak. La
syllabe suk est rendue par ^ dans les syllabaires .
1 Au reste, sukkullu pourrait n'être pas sémitique, et rendre un
mot touranien signifiant roi, allié au scythique SxoAdrai, d'Hérodote.
170 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
tandis que JJ^J n'est ordinairement employé que
pour les combinaisons suivantes :
■è.
Le monogramme"usité pour sukkallu est fr — TTT-4.
l'archaïque ^ |J, dont les valeurs syllabiques sont
luh et rih. La valeur idéographique est constatée par
le syllabaire K. 62 , et confirmée parle passage col. IV,
1. 18 de l'Inscription de Londres (voy. p. i8i)où,dans
cette même phrase, le monogramme est employé.
L'épithète sitlutu est le nomen actoris de l'iphtaal ,
(1 après la forme towiD, et se transcrit D7ntf ; nous
avons déjà rattaché a la même formation , et "nny
et i~r~ liis. 1. 8). Nous n'avons pas besoin de citer
les langues sémitiques pour prouver la signification
de e*?w ; tout le monde connaît l'expression qui dé-
signe la ro\;mtt musulmane et ;ir;il>e. |);ms L'inscrip-
tion de Nakch-i-Roustain se rencontrent les termes
persan sUi^L» et arabe (jUaX*-. Le mot iranien pro-
vient du perse pâtikhsaya, de fiati-khsi, qu'on lit dans
1 inscription sépulcrale de Darius Ier. La phrase :
adamsâm patiyakhsaiy est traduite par l'assyrien :
È OU I 0t Y «LJ EH- -££•
lit. !li - m - »». ta al - ta. iïui.
De il» iinnfriuni eicrcebsm.
:02vk kb'w ]V<hy ]x
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 177
Le mot sultan se trouve en assyrien (Botta,
pi. CXLV, 2 1. 1) ; il y est, chose étrange, appliqué
au Pharaon Sebech , adversaire de Sargon ; on y lit :
T t£ gl >-T £¥• 3 ^m^
Sab
i'.. X sil - tan - nu.
Sebcclius impcrator
V -^ t>S -TU-
x Ma - *u - ri.
iEgypti.
Nebo est nommé naram Marduk , celui qui exalte
Mérodach , et prié de faire prospérer les œuvres de
Nabuchodonosor. La dernière phrase de ce para-
graphe nécessite des éclaircissements, à cause des
deux mots obscurs clarnikti et naplis.
Quant à ce dernier mot , le baril du temple de My-
litta nous démontre que c'est un impératif du niphal
au masculin; car, dans le document cité, le roi s'a-
dresse à la déesse par naplisi "•obpj, la même forme
au féminin. L'exemplaire de M. le duc de Luynes,
le seul qui soit bien conservé, nous rend le service
de faciliter l'analyse grammaticale de naplis, et de rec-
tifier ainsi une première opinion, d'après laquelle
nous y voyions la î re personne du pluriel de ybs.
Le verbe dVs signifie « peser » : donc le niphal veut
dire « être pesé », et ensuite « être propice ». La no-
tion passe par les transitions de «être juste, être
modéré ». Remarquons ici que l'allemand présente
exactement la même manière de sexprimer : iviegen
178 AOUT-SEPTIiMbHt 1857.
veut dire «peser», et gewogen sein «être pesé» si-
gnifie « être favorable».
Ainsi, le niphal de d?d acquiert la signification
active de protéger, ayant a l'accusatif le régime qui
est, dans ce cas-ci, IpsHàa »lB,f-^' mes ■ orras V
Nous devons dire que t]]]] |f se mel «ouvent pour
EJUf ^Jf . combinaison qui répugnait a l'oreille
assyrienne.
Damikti npOT est encore plus difficile que :
et l'incertitude que l'on peut avoir sur la vcrital.l.
signification de pci est d'autant plus singuli-
la racine, essentiel, m. nt assyrienne, se trouve daus
les inscriptions trilingues.
Dans le préambule des inscriptions perses, il est
dit qu'Ormuzd a donné aux bommes la siyâtù, et ce
terme perse est traduit par un mot assyrien , diui
t , ou en caractères syllabiqucs, ou souvent* *||
/Jrk TUAI. kl. I. nixriptK.ii <]<• llaiiMil.iii . m-uIi-
interprète le mot iranien par tjabbi nuhsu, NCfrti
ce qui peut se traduin- par paroles de la prédic
tion, révélation*.
Si le sens du mot siyâtis était aussi clair qu'il est
obscur, on pourrait trancher (s question. Malbeu
censément , aucune conjecture (y compris |., mienne
qui le traduit par supériorité, en le rattachant ■ là ra-
cine khsi, sanscrit Ma laid, dominari). n'a jusqu "u i pu
être regardée comme une explication sur laquelle ou
ne revient pas. Je crois rependant que la meilleur»
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 179
encore celle que j'ai proposée , quoique j'aie penché
à voir dans siyâtis une forme plus primitive du sanscrit
IPmjft « enunciatio , éclaircissement » ; et il paraît cer-
tain que ce mot siyâtis est la source du persan àl£
« lumière » et «joie ».
Les notions de supériorité et de volonté se tiennent
de près , et il est clair que ce sens prévaut pour le mot
pDi. Nous citons une phrase de Nabuchodonosor
(Inscription de Londres, col. I, sub fine) :
Ki - ma. du. um ku ha. bi - lu.
Sicut (est) voluntas tua , domine.
La philologie comparée pOrte peu de secours dans
ce cas spécial. Nous en rapprochons l'arabe <$-•:> « in-
sérer, adapter»; cette idée est assez voisine de l'idée
générale qui prévaut dans le terme assyrien. Rappe-
lons ici que, du mot allemand/a^71 «joindre » , vien-
nent fûgung « destinée divine »,/«</ « droit » , befugniss
« autorité morale pour faire quelque chose », et que
la racine germanique est étymologiquement iden-
tique au radical latin pac, d'où paciscor, pactum, pax.
Le mot dumnk pDT diffère, quant à sa significa-
tion, de TipDT , auquel s'applique fort bien l'acception
de «force, puissance, autorité». Celle de npDT s'ap-
plique aussi à des œuvres de constructions puissantes.
Le dieu Lunus est qualifié dans l'Inscription de
180 AOUT-SEPTEMBRE 1S57.
Londres (col. IV, 1. 61 sq.) : nas taddu damiktrya, tfi
^npDi K"> (iui soutient le côté de mon autorité»,
tandis qu'il est nommé dans la mémo colonne (1. *5)
mudammik idatrra, gui doit se transcrire Tirp POTO
u qui m'inspire mes sentences ».
Bref, nous nous arrêtons à la signification de puis-
sance morale pourdamikti. ( l'est l'autorité, tandis que
la puissance matérielle est rendue par nm , mai.
Le mot Aflrfw est un adverbe et doit se tranv
tfin; il appartient à la racine inn* un », et signifi'
selon nous « uniformément , compl . tout à
fait n. Le mot assyrien ^adis se rapproche de la forme
chaldaique in ; la racine commune aux autres idiomes
sémitiques ne s'est conservée que dans ce mot, car
le chiffre un se dit jptfy. C< r fait sembler.) it
anomal, s'il ne donnait pas tout d'un coup, et d'un-
manière entièrement iu< ontestablc, l'explication du
nombre hébraïque on zc. Dai t icjr^rw seul
est conservé l'ancien nom de nombre ;nçf* , et la
découverte de l'assyrien écarte ainsi toutes les étymo-
logies qui , plus étranges les unes que les autres ,
s'étaient formées a ce sujet.
Cet exemple montrera jusqu'à l'évidence qu'un''
racine, quoiqu'elle ne se trouve qu'en assyrien . n - m
appartient pas moins au fond qui. dans le pi
était commun aux Sémites.
Le sens de cette dernière phrase est doi
«« Sois en tous points favorable à mes œuvres , pour
que je conserve mon autorité ».
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 181
Dans toutes les inscriptions, certaines prières sont
adressées aux dieux; celle-ci convient à Nebo, qui
repose dans la tour, comme nous l'avons vu plus haut.
Il avait aussi un temple à Babylone , et nous ne pou-
vons nous empêcher de citer un beau passage de l'Ins-
cription de Londres (col. IV, 1. 18 sqq.) , qui a trait
à cette construction.
A - na. Nain. sukkallu. si i - ri.
Deo Nebo , intelligentiae suprême ,
». » «E fe= -1133- E3 Y «N
sa. i - din - nav. harat.
qui transfert gceplrum
1 - sar - ti.
justitiee
20. yf ^: tt= z^z !>-e<-
a - na. pa - fia - <2av.
ad administrandam
DU tïy ^T « C
ka al - da. at - mi.
sedem ? Iiominis ,
«, :sj. Ytt=. Mf eî- ::<ï Et. ssà m-
6z't. Harat - Uam - iddin. bit - su.
domum sceptrcm mdhsi tradehtis , domum suam ,
22.
^^n.^HfE^^.
Bai - lia.
lîolivlone ,
182 AOUT-SEPTEMBRE IS57.
» £ *-Tl- gf # -*H • <M±I ■ Tï J=JT
*■ 4P
►M-
H.
Ut
*o;w irte ip» ft» itrntf * e-in kjvù «m* kV?d «j \k
pnwc mw m»2 î* Aaa ÎK : r ■ : - • z^rTDnn r • :
•ItfpPD
«Au dieu Nebo, a l'intelligence suprême, qui
transfère le sceptre de la justice pour le gouverne-
ment du séjour de l'homme , j'ai bâti le temple de
Harat-ilamtddin . son Ample, dans Babylone. en
bitume et en briquet ».
(Le mot Haratilam-iddin semble être un nom
mystique de Nebo anthropomorpliLsé , et il rappelle
la formation des autres noms propres des Assyriens.
Tous les dieux du Panthéon assyrien en ont porte <!<■
semblables. Le mot kalda admi rappelle le nom de II
Chaldée; mais je ne crois pas qu'il lui soit étymolo-
giquement identique; car on lit aussi kalada admi. Le
terme est d'une eitrêmedilïu uit. il estprobaf>i< <ju.
le nom de Chaldée en a été rapproché , comme par
un jeu de mots , quoiqu'il y soit étranger. Kaidim , en
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 183
touranien , signifie simplement Mesopotamia , Sennaar
-inr:œ Interamnes1.)
Après cette digression, retournons à notre texte.
XI.
s ^ tmëh- m <$■ ïï • im s-
Ba - la - tav. dar. ruhuk. si î - h*.
Stirpeni «etalis remotae , multiplicationem
septuplicem
::tu haï ::m Wf ^>- É **■
;,■ t'd - iu u tiv. ku an.
fecunditati» , staMHtalem
3 TH ff- ^T i£3 -TU eî= &$F fr
iuiiû. /a - ko - rt. pa - K i.
tbroni , vietoriain gladii,
jet ta ^z: ::& ^tt x^-u-
su um - *u la. na - ki - pi.
pacificationem rebcllium ,
a=T gCT t>-BH- El Bf4 ïï If S
Jto - ia - <2av. iViit. ai - il.
subactionem terrarum hostium
1 Nous nous permettons l'exposition suivante, quoiqu'elle ne se
rattache pas précisément au texte de Borsippa, pour prouver que
Our kasdim n'est pas une ville , mais l'expression touranienne pour
désigner la Mésopotamie :
^ î jS vur signifie « rive , terre » , magyar or-szag.
£& bas signifie t deux » , magyar ket.
►— ^> dira {div, tint, tiv) signifie « eau » , magyar tô , tengrr.
184 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
• - M. »' - n «4 - •■ v .
la pmMiUM»
■• m. I Mb wlw.
4». la «•!••• i«
ta SP- xgx £ <H ** ^ 33>
éffi •*• tt > • m». •■ 1> m.
::*- EH ** mu c= 5J 4h gr-
hm - (■ ■«. m «•• «a.
«•■•rttW* «ali M
r^: e=ST EEJ4T- E*e r^a-
» m fi m.
tmrm . kfj
if tm a- *t c Hf • j=ï iht :mn-
« - M - U. _»• • «4 - j«. »• - fa ar.
::a3K4T::erffi=-:
4 ta
fa wjit iii»
La première phrase se compose d'une suite d'ac-
cusatifs, régis par le verbe surkav. Nous allons d'a-
bord expliquer celui-ci: c'est l'impératif paragogique
de "pv «accorder». L'impératif simple se dit yitit
avec la prolongation K3itf. Nous avons déjà eu orra-
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 185
sion de nous occuper de ce verbe lorsque nous avons
interprété la racine pe?, que nous considérons comme
un kal, dérivé d'un shaphel de |id. Ainsi ~\iw n'est,
dans l'origine , autre chose que la même voix verbale
de "px « être long, parvenir ». Par une suite d'enchaî-
nements d'idées , le shaphel acquiert la signification
d'accorder, précisément comme de l'allemand lang
provient le verbe erlancjen « obtenir ».
Le verbe "ptf , dont l'expression idéographique est
T30T, également employé pour )3V\ se trouve assez
souvent dans les inscriptions assyriennes. Nous ci-
tons :
Kal .... lltài 3e pers. sing. « il accorda ».
}31E^ 3e pers. plur «ils accordèrent».
Shaphel. îaittfE^ 3' pers. pi. «ils invoquèrent» (c'est-à-
dire «ils se firent accorder»).
Le kal se trouve dans la phrase qui finit toutes
les inscriptions gravées sur les plaques de revers de
Khorsabad :
/ - bit. ?r. au. xnl - bar
Exstructionem urbis et successora
:!f m- -C3T- <Hèïï. JMm ^w-
au. snl - bur.
et successora
i - tu. it - ru -
ium concesserunt
in - ni. a - na. da - ris.
milii in ieternum.
#v» ïk waifh ïe^aip laVeh -w #a»
kir - bi i tu. it - ru ku.
sacrificiorum inauguiantium concesserunt
U«o AOUT-SEPTEMBRE 1857.
xSur le caillou de Miobani (roi. a. I. 10), on lit:
sstfïi-
Le mot sirikti est écrit ^T»- ^""* j^Hf **T"- w "'' ''
dans les barils de Nabouimtouk ; nous savons, par
cette variante , que la seconde lettre a la valeur de
rik. Nous voyons dans ce mot, non pas un infini
tif renforçant l'idée exprimée par l'inij dhJ,
mais bien un tout autre mot se rattachant à l'ara-
mécn Krc-itf « postérité i. On trouve souvent dans
les in.M-riptioai assyriennes de ces allitérations, for-
mées par des mots dune prononciation rapprochée,
mais d'une acception dilTéreir
La formule, tres-frequ«nt. taanl 1rs inscription* <l<
Babylone, de K3")tf Knaitf ]X . signifie, selon nous,
« accorde pour toujours ». Les deux premier*
de cette locution répondent â celle de Bf -7 ;x , de
l'inscription de Sargon que nous venons de citer;
une autre manière, usitée dans beaucoup de texte*
(par exempl me deTi^latpileserl". Ii
de \li liatix). est :
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 187
A - na. Jam- za a - (i.
Usque ad diem illam (i. e. ultimam).
Revenons maintenant aux différents régimes clé-
pendants de ND")^.
Le premier mot est *£jT ►-£=! T^*"-^!"4!» balatav.
Le signe cunéiforme yS^-^T^T remplace ^T^T
^T^ da av , da am; mais on se rappellera que le
caractère commençant le nom assyrien de Darius
exprime également un tet, avec la motion a. Nous
savons que, dans ce cas-ci, le mot se transcrit ldVs,
parce que son dernier caractère se trouve souvent
remplacé par TTË^TT tu. Le sens de ce terme est
«souche, race», et il est propre à l'assyrien. La ra-
cine î07n ne se trouve pas dans l'hébreu biblique,
mais bien dans le rabbinique et en arménien , où elle
a la signification prominere; en arabe , elle veut dire
« répandre (des pierres) », et I^Aj veut dire « le gland »,
et ensuite « le chêne ». Les notions de répandre et
d'engendrer se touchent de très-près dans toutes les
langues; nous n'avons qu'à rappeler le grec airéppa,
de cntstpeiv; l'hébreu snî lui-même a les deux notions
réunies. On trouve ce mot balai dans des inscrip-
tions où sa signification ne laisse pas de doute. Le
monogramme exprimant le terme assyrien toVa est
le signe syllabique din et tin, formé en assyrien ^J^,
en babylonien ^^. Nous lisons dans le syllabaire
K , iio:
i3.
IA8 MM TM I TF.MBRE 1857.
T ~ T* ettz | £ I S -B EH
T» k •• • U - |»
KD73
La comparaison des monuun-nts oY Nioîf6 arec
ceux de Babvlonc montre à l'évidence l'identité com-
plète des deux caractères ; ils permutent même dans
les inscriptions postérieures i\> Niiuv» , on l'influence
du style de Babylone se fait déjà sentir. Ce mono
gramme entre dans le groupe idéographique qui rend
le nom de Babylone. et dont nous avons parlé plus
haut, fc^ l^J ^K> *>IN. Tlli kl. rexpli-
cation de ce groupe est fort obscure. Nous lisons le
caractère aussi dans le nom du père du roi Naboni<l
T aCC- N .EUT-
...
Ce nom correspond, pour le sens, avec celui <l<-
Nebozaradan do la Bible, exprimé dans les insenj»
tions de Babylone par le groupe suivant
T Z3UZ- ^ ►*■
/Vota • **r ' - tddtn.
Ml MM> MM
Le groupe complétant balatav esi <•< rit da. f*. a;
je n'ai pas besoin dédire que ces lettres n'exprim- Ht
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 189
pas le son de da 'ira, qui serait rendu : da i-ra. Il
se pourrait pourtant que da ir format, à lui seul, le
mot sémitique ">m , ybs , identique à l'hébreu et à
l'araméen 11. Cela est même plus que probable.
Quant à Tf, cette lettre a le son syllabique de ruk,
probablement parce que les idées de goutte et de
mouiller, qui constituent sa valeur première, et dont
l'image a concouru à sa formation , se trouvent ex-
primées par la racine sémitique pn et -ç\i. Souvent
nous trouvons da.îr. a. tj, où ti n'est autre chose que
le complément phonétique de npm. On lit dans une
inscription que nous avons trouvée à Babylone :
HT -m *m- *T ï& à ™ ~ T<
• la
al.
vunii. ru
- Au
Stirpem
dierum
remutorum.
La signification de rakati est assurée et par la
comparaison avec l'hébreu, et par les textes assy-
riens de Persépolis, où ce mot rukti traduit l'arien
duraiy (sanscrit ^7 duré) « au lointain ».
La prière suivante est pour rendre les nais-
sances sept fois plus fécondes. AA>~Z~y * * si i~bi
est le verbe dérivé du nombre sept yau; il y a,
comme souvent ailleurs, un déplacement du y, qui
du reste était et est encore aujourd'hui moins per-
ceptible dans la prononciation en usage dans ces
contrées. Le y final étant très-difficile à rendre par
l'écriture anarienne, on le faisait pour cela déjà sen-
190 AOUT -SEFTEMBKL 1857.
tir dans la pHMiinii syllabe; personne n'ignore que
les lettres emphatiques de l'arabe exercent la même
Force rétroactive dans Ja pronom iation.
Inutile de dire que ce fait ne se produit que quand
le * se trouve à la lin d'un mot, sans être mu par
une voyelle , comme en 93tf , que l'on écrit 2Sp ; mais
la véritable place que la lettre prend dans la ra<
nous est révélée par la transcription dfll Gm me» gram-
maticales où le » finit un groupe syllabiquc. Ainsi
nous lisons souvent (par exoniple. Inscription de
Londres, col. X, I. 8 et ailleurs) :
HI zz\ :h if • : : : 7 eut ;:m ri*
L* U - *• ». U fat " m m- -m
Cet exemple nous démontre que l.i ra< ejtïan,
et non 39U; car le précatif de Z7V serait écrit liuib.
Lidtut est un mot abstrait, forme de la racine ibn
« n^endrer», l'bébreu iV»; l'infinitif assyrien, cor-
respondant à l'hébraïque nn?, est m?, et de cet in
linitit on a fait un substantif par la syllabe ni, mmS,
ayant le sens de «maternité, fécondité».
Ce mot est différent du mot KPi?n. rappelant II ..•
breu m?w. et qui veut dire «naissance, accouche-
ment n.
Passons à la troisième demande, la stabilité dm
trône. Nous n'avons pas à répéter ce que nous avons
dit au sujet de fis « la solidité ». Quant à ^J Y^-*-; f\
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 191
IS. GU. ZA , les deux derniers signes indiquent « gran-
deur » , et le premier signifie « bois » ; le tout est donc
«bois de la grandeur». Le sens de ce groupe pour-
rait être tout autre chose que trône , car les idées de
sceptre, lance, parasol, roue, chariot, y répondent
aussi; mais une foule de passages démontrent que
c'est bien le siège de la royauté. D'ailleurs le groupe
traduit le mot perse gâthu (le persan *o) dans l'ins-
cription de Nakch-i-Roustam, 1. 26. On lit dans
l'original : tyaiy gâtham barahtiy « qui supportent mon
trône » , et dans la traduction :
y. ai t>: % tm ::m t# ïï- ^n
Sa. kusiù. al - tu u - a. ~na
Qui solium meum »u«-
Ml
su u.
tentant.
- 1 - \ \ -
La prononciation de ce mot, qui n'est jamais écrit
phonétiquement dans les inscriptions , est constatée
par un syllabaire de Londres , où l'on voit, en regard
du groupe de notre texte, le terme ^"►ZT jZ*"~r«T
J=JT E|TTT ku us-êu u, kuésâ.
La proposition suivante est très -intéressante à
cause du mot labar, qu'elle contient. Nous reconnais-
sons dans ce mot assvrien le prototype du fameux la-
barum de Constantin, dont on soupçonnait depuis
longtemps l'origine orientale. Les astrologues chai-
m AOUT > Kl I I MBHK 1857
déen> aoi mit introduit à Home l'expression qui nous
occupe : elle est souvent associée à un ternie pâli
qui a également une signification [celle d'étain) dans
le langage alchimiste.
Quant à labar, il doit signifier u succès, victoire»,
et il se retrouve souvent dans les inscriptions dans
ce sens. Je vois, en pâli, le pluriel d •_•-- •;•-■:. Ce
dernier figure dans les textes comme insigne de la
puissance royale; l'arabe çXè v.-ut dire gloire». de
^JU «fendre», qui est parent de K"?D. ^r fhi qui
ont le même sens. Nous lisons dans les inscriptions
de Saigon
(►at-J£ pa^ est explique pur pa/u dans un >vlla
baire : *£J\£' fe? en est le pluriel , et quelques
exemplaires de Huteriplion des taureaux de khor-
sabad écrivent pâli en lettres phonétiques.)
Dans une inscription de Kli ortabad, adressée À
Ninip-Sardan , et que nous désignons sous le nom de
I Inscription dn vestiaire, on lit
1 An lieu de musalbir la'jUD. on iil dam 1rs baril» de Sargoo
• I • \
*~î** ItlITf ^jefcfe mm"Uk'Ur "laVD. Le premier est le sba
phel , le second le pari de la racine naS-
INSCRIPTION DE BORS1PPA. 193
Ki in, pala - «u
Erige gladium ejus.
La pacification des rebelles est le cinquième point
que demande au dieu protecteur le roi de Babylone.
J'ai choisi le terme de pacification, parce qu'il rap-
pelle le fameux mot latin qui désignait le presque
anéantissement d'une nation réduite. Le mot assy-
rien est npDtf , infinitif du shaphel de npD , qui ne se
trouve , que je sache , que dans cette voix seule , mais
qui s'y lit très -fréquemment. En arabe, oou veut
dire « haïr » , kJU « briser ». Je crois qu'il faut se tenir
àla première racine, qui rend les lettres assyriennes,
de sorte que la signification première de npDE? est
«faire haïr, rendre odieux». On rencontre souvent
l'aoriste écrit :
u - ïam - kit,
Le génitif nakiri est très -clair; c'est le participe
au pluriel de "121, l'arabe^Xi , qui, à Bisoutoun, tra-
duit le verbe perse signifiant rébellion. Nous avons
déjà eu l'occasion de parler de ce verbe dont le mo-
nogramme est >»\ .
Nous pouvons, à l'égard de ce signe, presque in-
connu comme caractère phonétique, poursuivre l'his-
toire de la formation de l'écriture. Deux syllabaires
différents nous disent qu'il exprime l'idée de ns: « se
révolter »; une autre tablette et les passages de beau-
l«> AOUT-SEPTEMBRE 1857.
coup d'inscription* nous témoignent qu'il lignifie de
même HJ1 « donner, créer ». Subsidiairement i t
seulement dans les noms de Sennachérib et d'As-
sarhaddon, il exprime l'idée de frère. Le syllabaire
K. 6a lui attribue les valeurs de pap et de kur, dont la
dernière , kur, n'est pas même syllabique , mais dé-
rive du mot assyrien : nakar.
D'où provient cette coïncidence de valeurs n dif-
férentes? Le médo-scyt bique nous donne le mot de
l'énigme. Cet idiome traduit le perse add « il a créé »
par biptusda, et le perse hamathriya abava «il se ré-
volte» par bibda. Le son syllabique de la lettre »^s_
a donc été la raison pour laquelle deux idées aussi
différentes ont été exprimées par le même caractère.
On sait que dans la langue, relativement modem'
desMédo-Scythes.le&tetlc/MiscconfniMJ' nt.di h
que l'équivalence de bip et de pap ne soulève aucune
difficulté quelconque. Nous ignorons que! I> était l'ob-
jet recelé sous < Jyphe, peut-être était-ce la
hacbe, attribut du démiurge et de lYnni-mi.
Et parce que le signe »^- avait la signification
de pap, les Assyriens lui donnèrent la valeur idéo-
graphique de leur mot pappu ( gT p E | }***-"""
v. k. 6a), nom familier de frère; c'est pour cela que
ce signe s'emploie quelquefois comme équivalent de
^^ £, qui rend ordinairement l'idée de frère.
Les inscriptions de Ninive nous fournissent des
passages analogues à celui de notre texte; nous citons
une phrase qui se retrouve dans presque toi
riptionsde Sargon :
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 195
Sa. a - na. sum - fcat. na - /ci - ri.
Cui ad pacificandos rebelles
su ut - tu n. tiklisu.
(est) obedientia servorum suorum
(i. e. ) queni ad pacificaodos rebelles sequuntur servi.
La conquête des pays ennemis est le dernier sou-
hait de Nabuchodonosor. Le texte porte nsiN lEto
Le verbe iwd est une racine essentiellement as-
syrienne, dont la signification nous est révélée par
la traduction de Bisoutoun, et a déjà été établie par
M.Rawlinson (Memoir on the babylonian andassyrian
inscriptions , pages c et ci). On lit dans ce texte , 1. 5 7 :
1? £B Î3TZÏ Yxgx- TT ^Tl V E!
A - na.
ka
Ma di. a - r.a.
* Ma
In
profectiouc versus
Me-
EM If If-
da ai.
diam.
ne jn tryûz ]K
Cette phrase traduit celle-ci de l'original perse :
yathâ Mâdam parâraçam. Le passage yathâ hauva kâra
parâraça abiy Vistâçpam « lorsque cette armée s'a-
vança vers Hystaspe » est traduit par l'assyrien (i. 66)
de la manière suivante :
ltf(i AOUT-SEPTKMBHK 1857.
Vf - U - M. ■ - ♦•■• «M. Où
Qhé
T5Zï:s^*T-fcï*.ÉÉÏ~T.
>h.Uêp.ai j#»taHi «Mal.
Le verbe icra est d'un emploi fcrèa frégmat dhM
les inscriptions de Ninive. Ainsi itfajç • j'allai » m
trouve souvent avec le simple accusatif" la \ill<- 1<
pays», dans le sens «je conquis». Telle est précisé-
ment l'acception du verbe dam notra plu use. Une
autre locution, fort roumaine, est:
h£f ,H HT ET- E3& m Èfr
m* • •' m • *v nktt*. M • <••
Une des idées exprimées par le monogramme ^
est celle qui nous occupe. Pour faire connaître au
lecteur le sens du signe, on y ajoute souvent des
compléments phonétiques. Ainsi, pour 102K. on
écrit ^ £|, pour 'rntf? « la prise ». ^ ►— *]<.
*t:| ut, et» — 4]<ti, ne sont écrits que pour guid« i
le lecteur dans la prononciation du monogramme.
Le mot ET ^T^T est un des exemples très nom
breux que fournissent les ÎMcriptioi» sémitiques au
sujet du fait suivant : In antique mot louranien a passé
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 197
dans Vécritare de Babylone, et y est prononcé par son
équivalent assyrien. Mada, en casdo-scythique , vou-
lait dire « pays » , et c'est le nom même de la Médie,
qui résiste à toutes les étymologies ariennes.
Nous reviendrons tout à l'heure sur la preuve de
cette assertion. La certitude de l'ancienne existence
de populations anariennes dans la Médie se déduit
directement du témoignage d'Hérodote; car les noms
que le père de l'histoire donne aux différentes tribus
de la Médie sont tous des épithètes attribuées par
les Ariens nobles et sédentaires aux peuplades er-
rantes de cette contrée. En voici les noms :
I. Touraniens. Bovo-au Aborigènes », perse Busiyâ (pi.), sansc.
"*TW bhâshya ' (sing. ).
JlapîjraKrjvoî «nomades», perse parailakâ ;
2rpou^aTes «habitants des lentes», perse ca-
trahuvatis ; sanscrit ^zldinchalravat* (sing.) ;
II. Ariens : . . kpi&vrol « de race d'Arya » , perse ariyazantu;
sanscrit y|ild«-rj, âryagantu (sing.);
Bovhtoi « maîtres du sol » , perse bâdiyâ 3 ;
Mâyoi « Mages » , perse Magus ( sing. ) Magava
(plur.).
Les inscriptions des Achéménides distinguent les
Mèdes ariens qui soutiennent la cause des Perses,
des Mèdes nomades dont les sympathies sont ac-
1 On pourrait penser au perse buzâ, sansc. ITsT bhùg'a, yrryevrfs ;
mais il est probable qu'Hérodote aurait transcrit celte dernière for-
mation par Bov£a/.
2 Je n'ai pas besoin de rappeler que nous exprimons le son tch
par c, et celui de clj par g.
3 Selon nous, de STT «tenir», perse di.
los AOUT-SEPTEMBRE 1857.
quiscs aux ennemis du joug des Maidéem. Cette
distinction est demeurée cachée jusqu'à ce que les
traductions médo-scythique et assyrienne du texte
de Bisou toun m'aient éclairé sur cette matière. La
dernière version parle des Mèdes rebelles comme •
Mèdes ira ]H k^d «qui n'ont pas de maiaoni» (tra-
duction assyrienne de Bisoutoun, 1. 63). et la tra-
duction scytliique les détermine par Èêadabi appa
Uhummannu « les Mèdes îles plaines *.
C'est dans l'intérêt de ces populations tourani»
qu'ont été rédigées les inscriptions de In seconde es-
pèce des Acheménides.
Revenons à notre su
Parmi les difi i -entes expressions expliquées par
Ëf Jf » 7^" ****** • P*1* " • •• trouve en dehors de
^ S/, <T^Ï JC/, £Jff UNt ^£ MUB et VUR.
H MA, ainsi que les mots £J Jâ^JJ mada • <*? T
ÉlÉ^^J^J" i^f^J *i*ti* '• Ces derniers termes nous
font connaître la raison pour laquelle les signes syl-
labiqu es de ki et de nui indiquent également la notion
de terre. Le caractère Un' sert souvent à traduire I
perse bumi, ou seul, ou avec le complément pho-
n.tu|ii»' li; il exprime, comme les autres mono
grammes cités ci-dessus , les mots assyriens n^y, ntf M ,
no,njPK.
1 Cestpar ce motcasdo-scytluqueque nous expliquons T«py/«uw.
nom du premier homme, selon le» Scythe». (Hé>. IV, S.) Noos y
voyons un mot composé du dialecte scytbique de ta mar Noire , et
correspondant an rasd'vsnrthique Tar-hmlilntm tfils de la terre t.
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 199
On pourrait peut-être conclure de la similitude
des sons de mât et de mada, que ce dernier terme
ne fut qu'une altération du premier mot, sûrement
assyrien. ïl n'en est rien; et la démonstration du fait
que mada est considéré par les Sémites comme un
groupe non phonétique et parfaitement étranger
réside dans la circonstance qu'on le répète et qu'on
écrit mada mada, pour dire «les pays». Jamais on
ne met deux fois le singulier en lettres phonétiques
pour exprimer le pluriel, ce qui serait absurde; mais
on écrit alors le mot tout entier, fléchi comme il doit
l'être. Si l'on épèle le pluriel de mat, on écrit matât,
et non pas comme on le lit dans le passage suivant
(Inscription de Londres, col. II, 1. i3) :
Matât. ru - ga a ti.
Terr»» amplaa.
npm nnD
Le mot aibi rappelle exactement l'hébreu 3^ « en-
nemi». Ainsi on lit dans l'inscription souvent répé-
tée de Sardanapale III ,1.9:
:T- 54 Tf If ^3 1
i. irtit.
terran]
EU If 3J. -V V- "V H-
da a is. kal - lat. nakiri.
concnlcans (iistrictum rebcllium.
init. ai - bi - su.
ti-rram inimicorum suoruni .
SOU AOUT -iEPUMBHE 1857.
Souvent les inscriptions de Nabuohodooosor finis
sent par le mot xzpt\ ce teste y ajout « m
cation particulière, qui rappelle la prière des juifs
usitée aux grandes fêtes du commencement «le l'an-
née religieuse : uansi ireî o^n "îDoa «consi^n h
et inscris-nous dans le livre de la vie ».
Une tablette de Sardanapale \ lait mention du
SI. UM. On v lu
zi&n>z
SUE. UM
zi :::t^t -htjt-êttt
». m. ii.
I V
CI -4- M-
15 BAH m
«ËTCrï-Emi
% - h*. [é&
fihm j uUU|.
mm-
K1V
-f- HT -*'"
Mm • U • ~
«M
l>a légende coni un coté de l.i » . 1 » I « t •
il manque on haut une lettre que nous avons cm
pouvoir suppléer. Dans le mot C?c. nous voyons le
mot arabe ^3, qui. en assyrien et en hébreu. <1<>ii
se transformer en oSc , tandis que les dialectes ara-
méens lui substitueront un mot oSn. Ce mot veui
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 201
dire « faire une entaille, un cran, fendre » , et il semble
même n'être pas étranger à l'hébreu nbn « sillon ».
Nous le traduisons par « page , colonne d'une table » ,
et nous n'avons pas besoin de rappeler que toutes les
inscriptions babyloniennes plus développées sont
tracées par colonnes. Et si l'on nous demande com-
ment du verbe « fendre » dériverait la notion de co-
lonne d'écriture, nous répondrons que, même en
allemand, on n'a qu'un mot pour exprimer cette
idée; c'est le mot spalte « fente », de spalten « fendre ».
Le signe syilabique um,s==YTT à Ninive, fc3M
à Babylone , a la signification de « table » ; on l'expli-
que par dipù. Il est remarquable que le même son
se trouve comme expression de l'écriture jusque dans
l'extrême Orient, dans le tartare-mantcbou; en sans-
crit, en perse , en hébreu, on rencontre des formes
très-ressemblantes pour déterminer cette notion.
Nous passons à la phrase suivante , sans nous ar-
rêter davantage au mot dippu, dipù, que nous avons
déjà cité plusieurs fois; seulement nous faisons
observer que le signe ►^TJ a reçu , à cause de son
explication idéographique, également le son syila-
bique de tip.
Le terme kînuv Ki">3 signifie « éternel » , ainsi que
nous l'avons déjà établi; nous aimerions à y voir un
vocatif s'adressant à Nebo, si nous ne préférions pas
le prendre comme une épithète de table. C'est aussi
à ce dernier mot que nous rapportons mukin pD, par-
ticipe de l'aphel de |\3 , et identique , pour la forme et
x. j4
iOi \OUT-SEI»TEMBRK 1857
la signification, à l'hébreu pc« établissant, fixant
La proposition entière est : rtinm "DÛ nufa •:•;
Parmi les mots nouveaux de notre phras. , nous
remarquons bulut, que nous faisons venir d'une ra-
cine y?2, alliée a l'arabe, si souvent usité, g\t «ar-
river, parvenir». De la vient £^«le but, le sort»,
qui se trouve dans la phrase musulmane çk «*Ml y\ ,
qui signifie « c'est ainsi que Dieu a décidé ». (Lutter.
« le décret de Dieu , c'est le sort ».) Nous tran>
donc 6a/uf pw?3 , et nous le traduisons par « sort ».
Cette interprétation nous a paru la plus simple et
la plus conforme à la phrase, et nous avons aban-
donné pour elle d'autres rapprochements moins na-
turels.
La prière suivante est transcrite par nous
w K3Î?K- Le mot jfc^ ^jCJ* •"•'t |>«ï«it v'
la racine ion , l'arabe L* • accorder, bénir » . dans
la seconde forme (Ij^4J) « féliciter»; c'est d'elle que
vient aussi la formule que les Arabe s'adressent ap
un repas quelconque. Caâ* « bien vous fasse ».
De même que 'jn est l'impératif de k jn , ictf est
la même forme de *)OV. La vocalisation de l'impéra-
tif assyrien dépend de celle de l'aoriste. Si ce temps se
forme en ?jw , l'impératif sera ?J? ç ; si, au co 1 1 1 1 ,
lui-la est 73W , celui-ci se formera en hvt , et si le pre-
mier est 7*0» , la forme dérivée sera 7Ft. L'arabe nous
donne les mêmes règles pour la formation de l'im-
pératif. Ainsi on dit en assyrien :
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 203
inp de inçi
13D de -J30i
ÏÔBJ de ")B#i
Les verbes défectifs de la langue de Ninive for-
ment à cette règle des exceptions sur lesquelles nous
reviendrons l.
La seule chose qui reste encore à expliquer dans
ce passage est la locution alakku yumiya , >9F JoVn.
Le premier mot vient de la racine -jVn, qui, en as-
syrien, exprime l'idée d'aller, tout comme en hébreu.
C'est elle qui , dans les inscriptions des Achéménides,
traduit les verbes i , siyu, gam « aller ». Nous pouvons
citer les formes suivantes :
Kal "fia (rarement "fin) «j'allai».
Jf* (rarement ^) «il alla»; perse, asiya-
va, parâgmatâ.
?D^ «ils allèrent».
"îjVn «va» (impératif); perse, paridiy.
Hjhn « allez » ( impératif au pluriel du fémi-
nin); perse, parâitâ.
NS^n «la marche».
\ - -
"fin «allant».
Iphteal. .. "pir» «il marcha».
Iphlaal. .. "!j?nK «je marchai».
T^N « il marcha ».
ID^D"1 pour îdWp « ils marchèrent ».
1 Nous en verrons une tout à l'heure dans le verbe ,Îd , -j1?,-).
i4.
m AOUT-SEPTEMBRE IS57.
Noraina. . . ro^n • le rite »; hébreu n^Sn.
■ • -
roVfl • le cour» ».
■ - -
tVhG • I» marche , l'escalier ».
Le mot alakku KsSn est un infinitif avec la der
nière radicale redoublée, de la forme Vy»; noua con-
naissons également les formes de tare et Sïd. Les mots
iro et lis appartiennent à ces classes de dérivés.
Le mot alakku est écrit Tf ÈTJT JST a-to/.
Wpj a les valeurs syllabiques de rit . tk, mii et lak;
car il permute avec la ak dans beaucoup <!•• i
surtout dans ceux qui viennent de la racine yVn , par
exemple :
* - u
u
Le syllabaire k, 1 1 o (Collection pnotograpbi<|n*
18) donne les valeurs suivantes :
T <T- ~T«
T -ÉT-
tr
^r
T-v^-e
* - u
, »if*aa.
INSCRIPTION DE BORSIPPA.
205
t -a -h-
la ak
T*f
pi - t'a an
t'a an - ju
m
JTT
s=m
eïï« >n -t ^
kir ha an - nu.
donum
«a an - na
K3DD
«a
an - gu a
vicem gerens.
*M0
Et comme si l'auteur de la tablette avait oublié
encore quelques valeurs , le même document revient
sur le signe à un autre endroit :
TCiEf
mi i«
fa' - *i l'p
m
m
jwtns. X1?!!?
-m ba) âM
it - (!IV.
descensio NmT
La dernière phrase satar fettûfr" anim1? "itattf « ins-
cris la fécondité (dans ton livre) », ne présente plus
de difficulté. •■— «
UHJT-SEPTEMBKK I » :» 7
XII.
lailaiv.
^T C S3- <!► H- SZ *m E34T-
M - mi •• «• i» . *j
■ - m. . . fc . A . U. J .»-•*.
::e=t *P ïï. s cct hu -TTj-
« • «
cEfcT.^t^T^^^T*
-V fU. 4b ••
• • •■
T-T^rT^tCI ET S -TU JU
WAiitilnii».
±i- c=^s. i^^4 :rw sir
M. I-
ki
bitet
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 2(T
3TZT-
4a.
C'est le dernier paragraphe de l'inscription, et
en quelque sorte l'épilogue. Il ne présente pas de
grandes difficultés philologiques; mais il contient
bien quelques points obscurs pour le déchiffrement.
Mérodach est supplié par le roi d'imiter le père
qui l'a engendré. On est en droit de conclure , de ce
passage et d'autres, que Mérodach, le dieu adoré
surtout par les Babyloniens , était réputé fils de Nebo.
Nous avons plusieurs filiations divines; Ao est nommé
filsd'Arm (Oannes), Ninip est désigné comme fils de
Bel, qui est connu sous le nom de père des dieux
en général. Dans les termes de l'inscription , Méro-
dach semble donc être le fils de Nebo.
Ce dieu est encore nommé roi du ciel et de la
terre. Nous ne connaissons aucun autre passage où il
soit qualifié ainsi. La gloire de la suprématie céleste
est toujours attribuée à la divinité qu'on exalte plus
que les autres; ainsi Nabonid, dans les barils de Mer-
gheyer, nomme Sin (Lunus) : « maître des dieux, roi
des dieux du ciel et de la terre, (roi) des dieux des
dieux ». On voit quel contre-sens peut naître de la dé-
férence excessive même envers un dieu.
•208 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
En abordant l'explication du paragrapl
devons faire remarquer que mahar se présent*
avec une acception très-rare. Le verbe "mo n'a or-
dinairement que les significations de «prendre, i
surer, compter, augmenter ». Ensuite nous connais-
sons les mots nno m antérieur » , et nnno « beaucoup ».
Dans cette proposition on demande a Mérodach de
mesurer son père, c'est-à-dire d'avoir égard à lui.
et de faire comme lui. Nous rendons la phrase par
« imite ton père », et nous rappelons au lecteur que
nnc a des rapports d etymologie. pour cette a<
du moins, avec la racine ^n* * ôti
après, suivre»; en hébreu, "me signifie demain»,
c'est-à-dire ce qui suit aujourd'hui.
Nous n'avons pas à parier de la form» <!- l'impé-
ratif *>nç. ni à insister sur le mot abi alul sis
^iVk « le père qui t'a engendré ». La racine iSk ne nous
est plus inconnue, nous en connaissons les dérivés
vivants : T?K «père», rn?K «mère», status empha-
ticas Km?K, Kmta « naissance », mm? « fécondité ».
Nous lisons dans l'Inscription de Londres (col. \ Il
1. 1 a ) que Nabuchodonosor nomme le roi NabopaJ-
lœssar n?* '2K « mon père qui m'a engendré » ; ra-
rement on lit le mot aie sans qn il soit suivi du mot ::
creator. Ainsi nous voyons :
M32 K2K • le père qui m'a engendré ».
*rPJ3 KDK • la mère qui m'a enfanté ».
Les mots iipsitâa et damkàa 'Wtfajr et «ipon
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 209
des formes de suffixes de la première personne, telles
que nous en avons déjà vu dans gatûa. Ce que j'ai
dit à cette occasion me dispense de revenir sur ce
sujet.
Sumgiri îOJDtf , est l'impératif du shaphel de ixûfor-
tunare, que nous connaissons déjà, avec le tf parago-
gique. La forme sumgir serait plus exacte ; car celle de
sumgiri est spécialement réservée au féminin de l'im-
pératif. Le masculin de ce mode est souvent prolongé
en assyrien comme en hébreu; mais cette terminai-
son paragogique se forme généralement en a. Cepen-
dant, n'oublions pas que, dans l'antique langage de la
Bible, nous voyons souvent un i ajouté au mot, là
où l'usage moderne l'aurait, sans doute, proscrit.
Rappid est l'impératif au paël de 1D1 et 121 « étayer,
soutenir ». Ce mot est une fois ainsi écrit :
4=> s éwt-
rab - bi
Dans l'autre exemplaire, on trouve, au lieu des
signes bi id, un seul signe qui rappelle assez la forme
d'un ka, mais qui pourrait être également le signe
exprimant forteresse Ez.J^T— |- Nous savons que le
même caractère , dont la forme assyrienne est IjQMT >
est expliqué par les syllabaires comme signifiant la
syllabe bat. Ce son ayant son représentant en ► — «„
la véritable prononciation du signe mentionné semble
être but, le seul homosymphone de bat qui n'ait pas en-
ilO SOI i M l'TKMBHK 1857.
cored'expre>*ion. Ici le signe, quoi qu il m son. rend
mi renient bit ou plutôt pit: car nous savons avec quelle
singulière facilité permutent en assyrien le a et le
D au milieu des radicaux. Puisque bit est certaine-
ment interprété par le signe ^"^~|. nous pourrons ,
avec une grande vraisemblance , attribuer au carac-
tère de notre passage la valeur de pu*, qu'il aura indé-
pendamment de celle de but.
Un (ait nouveau, mais très-certain, c'est la va-
leur secondaire de rap que nous donnons au signe de
l^\ ki. Nous avons d'abord lu kibit ou kibid, en le
rapprochant de l'hébreu 13a « honneur ». Mais le sens
et la difficulté grammaticale ne nous permettaient
pas de nous en tenir la; de nombreux passager nous
ont bien prouvé que le caractère 7f\ devait encore
avoir une autre signification. Puisque la forme <
nécessairement un impératif, le premier signe 7f\
ne pouvait représenter q\ie Xap, si elle était un paél ,
et suï, si elle était un shaphel. Après avoir éNminé
toutes les syllabes dont nous connaissons déjà la repré-
sentation dans le syllabaire anarien, il fallait exami
ner celles dont l'équivalent nous est encore inoosin 1
Aucun des sons non représentés n'était si probable
que rap; car en substituant ce son rap au ki que nous
admettions jusqu'alors dans plusieurs mots , nous ob-
tenions un mot connu et bien placé dans le conte \ 1 1 .
\insi/t^ * * « fois », lu rub bi. nous donne un mot
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 211
KX» , parfaitement sémitique dans cette acception.
Ensuite la valeur de rap, attribuée à /jp\., nous
fait tout de suite comprendre le titre que prend Da-
rius dans l'inscription de Bisoutoun, et qui est tou-
jours ainsi conçu, pour traduire le perse : Thâtiy
Dârayavas khsâyathiya :
TEW-TU m :h< *$* ^ ïï tu-
Da - ri ya vru. iarru. rab - a av.
Darius rex domina*
££:> ««>— «
■ ' n ► — «'
i - gab - bi.
dicit.
.*jp NH3") NID tfim
Le terme de l'inscription de Bisoutoun est répété
sur beaucoup de documents de Nabuchodonosor,
dans une phrase qui se trouve immédiatement après
les mots « Nabuchodonosor, roi de Babylone » :
ifu - la a av. nu a - dau.
Dorainu» augustus.
•Nin: xnm
On lit aussi dans un passage parallèle à ninnS "iiptf
dans une inscription , relativement aux murs de Ba-
bylone :
t\l AOUT- SEPTEMBRE 1857.
mi - M. fc a . t. ■ b.
•mm4? si-
Revenons au mot rappid.
Nous le transcrivons irn, ce qui est un impératif
du | U4 romprons 1 li D1 dlDI la même
forme , et l'arabe <*■*> ( *>h^> ) . ayant le sens de « sou -
tenir, appuyer».
Le sens de la phrase est don
«Imite, ô Mérodach, roi du ciel et de la terre,
le père qui t'a engendré , bénis met œuvres , soutiens
ma puissance ».
La signatm • manque dans la plupart des inscrip-
tions; elle se trouve ici. Le sens en est :
Que NabtM bodoooaor, hri qui est !«• roi restaura-
teur, demeure devant ta (ace. •
Il nous reste à dire un mot de la particule souvent
employée la ou là. Elle n'a pas le sens de l'hébreu
i? «si», quoiqu'elle parte de la même idée fonda-
mentale ; elle insiste plutôt simplement sur la vent*
de la notion énoncée, comme le français certes, bien.
Sans être explicite , elle a un sens bien défini , et o >■ 1
tribue à la vivacité du discours; aussi la voyons-nous
en fréquent usage dans les imprécations, les prières,
et les phrases qu'on allègue pour appO] Ton
a dit, ou ce qu'on va dire.
C'est avec cette fine nuance que la particule Iwm
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 213
employée ici : Nabuchodonosor se prévaut de son
titre de reconstructeur des temples en ruines , pour
obtenir des dieux l'accomplissement de ses vœux.
Le roi se qualifie de W * ^ ^MT ►►— Y, et ce
terme peut être prononcé zaninan, ou zanina ilu,
soit que l'on envisage le signe ►►-J comme sylla-
bique , ou comme représentant l'idée de dieu. Je
me décide pour la première alternative ; non pas que
la notion de instaarare deum ne soit pas très-babylo-
nienne, mais parce que nous aurions, pour exprimer
cette dernière idée, ou le pluriel les dieux, ou za-
ninaka « qui t'a reconstruit » , comme dans le passage
cité plus haut.
La forme zaninan est quelque peu insolite, puisque
nous devrions plutôt attendre zannan |3ï, à l'état
construit iœî , zannannu , d'après la forme assyrienne
jVvD; état emphatique, K^VD. Cette dérivation cor-
respond exactement à l'arabe y^*» , et l'assyrien et
l'arabe se rencontrent même dans son application
sur la même racine; ainsi, l'arabe ^«x*-» répond à
l'assyrien ftDX, Sandan, l'Hercule de Ninive.
Quoi qu'il en soit, zaninan est un substantif adjec-
tif, ayant l'acception de restaurateur.
La dernière phrase est lissakin ina pika ^pe ]x JD#b
<( liât in ore tuo ». Lissakin est le précatif du niphal
de pty « faire i : donc le passif signifie « être fait, exis-
ter, demeurer». Cette dernière acception rapproche
notre mot de la signification hébraïque, car nous
avons dans la langue de la Bible un exemple de l'em-
114 AOUT SEPTEMBRE 1857.
ploi au passif de ce verbe qui ordinairement y est em-
ployé comme intransitif; nous voulons parler de la
forme p3tr , qui veut dire • habitant ».
Le même mot se trouve dans une formule d'in
vocation , c'est-à-dire :
Tjnatf ]2tf ? (adressée aux dieux) qu'il soit dit à laide
de loi.
*irafcf pi^ (adressée aux déesses) ai.
Quelquefois on voit aussi Hssukna «30*? avec le k
paragogiqne. ce qui peut être encore la forme fé-
minine au pluriel.
Quant au dernier mot de notre texte . inn p'ikn ,
c'est, à la lettre, le mot hébreu ne. "D « boucli.
front ». Ina p'tka « devant toi . devant ta face • , et c'est
par cette dernière invocation que finit le document
que nous venons d'analyser.
Nous avons laissé, sans l'expliquer, un groupe qui
se trouve tout au commencement de (Inscription,
dans la phrase : « Qui instruction! (?) dei maxinn
prœbet aures suas a. Ce groupe , rendu avee le point
d'interrogation par instruction!, est fczjy ^"~«T~
^""«T~| YJ *-£iJ . ■•dm que nous avons pu Je vérifier
dans un récent voyage à Londres. Nous ne faisons
ici que rapporter la correction du texte qui. sur les
deux barils, offre des difficultés de lecture maté-
rielle; et nous ne pouvons pas en donner une expli-
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 215
cation certaine. Si ce groupe n'est pas un complexe
de signes idéographiques , nous aimerions à proposer
la prononciation K^riD np^K1 «instruction de la puis-
sance », et à rapprocher le premier mot de la racine
v\hx «instruire » , tandis que le second se rattacherait
à la racine araméenne hr\2 «pouvoir». Il n'y a dans
cette transcription rien de certain, que le sens qui
est bien celui de « enseignement » ; car l'ensemble
de syllabes AL. KA. KA. A. LA. peut très-bien être
le représentant d'un seul terme assyrien dont nous
ignorons encore la prononciation. Je ne serais pas
éloigné d'y voir le mot xnyDtf n « instruction » , de
vde? « entendre » , et cela est d'autant plus possible ,
qu'on a pu le mettre précisément à cause de l'expres-
sion Wita « ses oreilles ». On peut alléguer en faveur
de cette interprétation que le grand dieu de la phrase
semble être le dieu Nebo. Cette divinité est ailleurs
nommée NnvD^n n^K « le dieu de l'instruction » , et
elle enseigne la justice aux monarques.
Après avoir soumis à notre examen le détail de ce
texte assyrien, nous en offrons maintenant au lecteur
la transcription en caractères hébraïques, et l'ins-
cription, revêtue d'une forme sémitique, pourra
prendre place parmi les documents émanés de la
branche sémite du genre humain.
1 Voyez ce que nous venons de dire sur la manière d'exprimer
la syllabe pit.
216 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
TIUNSCIUPTIOK , IN CARACTÈRES HÉRRAÎQCES, DU TtKTC
DE L'INSCRIPTION DC BORSIPPa.
K3^«11")D '3? p 11W 'HV2 KV1 03") 0733 "10 7IK773
KffD 3-I3-» nSie Kn*otfn jkù •Kpo* wrtfo-wa o*u •rvi
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B7n 'PÏ1K1 'OÙ n^p TOD I3J • 'l">nO' tf3* «
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"»tf' NÙ'OP TU37 • 1 7BPIV NttfTO?™ '7JK *N0!U37
i\ \ i • i \ i • • x - t x i • •
u) KintfK . **) 'lanth yiTO »7 kSw Ktfcfs* îK:tfJ7n
TI337 030 OT ÎK • K0?t7 H7K ÎK : KtfJOK.7 733K K7 1 JUK
1 Le 1 rend le m du leste qui m trouve à U fin d'une phrase
pour indiquer qu'elle te joint t celle qui va suivre.
1 Quelques inscriptions nomment la tour KI'2 IV3. * '*
éternelle».
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 217
ss T...i. '\ : - r • t : - ■ ■ ' ■ t ■ %.
NS73D ♦ K^D NÎ73H 133 J Nîtf tf K") N$7iW ♦ ni7X Dî"»2f KDD
\-S N • s:- " t- ■ T \ \ \ T i-
npDtf ♦,,y7D 137 ♦ ND3 p • mm1? ynty ♦ pm im n»73
\ : \ •:- -- \\'\ :•::• \ \ •- t--
: mni7 iatf ♦ "«Dr njsSt ttjrwnron w rwsfa pD n^d
: if* jk ptfb Mit îod TOkrÉfcu : yipp-j -js-i
TRADUCTION.
Nabuchodonosor, roi de Babylone, serviteur de
l'Etre éternel, témoin de l'immuable affection de
Mérodach, le puissant empereur qui exalte Nebo,
le sauveur, le sage qui prête son oreille aux injonc-
tions du dieu suprême; le vicaire des dieux qui n'a-
buse pas de son pouvoir, le reconstructeur de la
Pyramide et de la Tour, fils aîné de Nabopallassar,
roi de Babylone, moi.
Nous disons : «Mérodach, le grand seigneur, m'a
lui-même engendré; il m'a enjoint de reconstruire
ses sanctuaires. Nebo, qui surveille les légions du
ciel et de la terre , a chargé ma main du sceptre de
la justice.
« La Pyramide est le temple du ciel et de la terre,
x. i5
III AOUT-SEPTEMBRE 1857.
la demeure du maître des dieux, Mérodac.h, j'ai fait
recouvrir en or pur le sanctuaire où repose sa sou
veraineté.
«La Tour, la maison éternelle, je l'ai refond».
et rebâtie; en argent, en or. en autres métaux, en
pierre , en briques vernissées , en cyprès et en cèdre .
j'en ai achevé la magnificence.
« Le premier édifice , qui est le temple des bases
de la terre , et auquel se rattache le plus ancien sou-
venir de llabylone, je l'ai refait et achevé; en bri-
ques et en cuivre , j'en ai élevé le faite. »
Nous disons pour l'autre', qui est c< t i dilice-ci:
* Le temple des sept lumières de la terre , et auquel se
rattache le plus ancien souvenir de Borsippa , fut bâti
par un roi antique (on compte de là quarante-deux
vies humaines), mais il n'en éleva pas le faite. Les
hommes l'avaient abandonne depuis les jours du
déluge, en désordre proférant leurs paroles. Le in m
blement de terre et le tonnerre avaient ébranlé la
brique crue, avaient fendu la Inique cuite des revê-
tements; la brique crue des massifs s'était
en formant des collines. Le grand dieu Mérodach a
engagé mon cœur à le rebâtir; je n'en ai pas changé
l'emplacement . je n'en ai pas attaqué les fondations.
Dans le mois du salut, au jour heureux, j'ai percé
par des arcades la brique crue des massifs et b
brique cuite des revêtements. J'ai inscrit la gloire
de mon nom dans les frises des arcades.
« J'ai mis la main à reconstruire la Tour, et à en
élever le faîte : eomme jadis elle dut être, ainsi je
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 219
l'ai refondée et rebâtie; comme elle dut être dans
les temps éloignés, ainsi j'en ai élevé le sommet.
«Nebo, qui t'engendres toi-même, intelligence
suprême, dominateur qui exaltes Mérodach, sois
entièrement propice à mes œuvres pour ma gloire
Accorde-moi, pour toujours, la perpétuation de ma
race dans les temps éloignés, une fécondité septuple,
la solidité du trône , la victoire de l'épée , la pacifica-
tion des rebelles, la conquête des pays ennemis ! Dans
les colonnes de ta table éternelle, qui fixe les sorts
du ciel et de la terre, consigne le cours fortuné de
mes jours, inscris-y la fécondité!
«Imite, ô Mérodach, roi du ciel et de la terre, le
père qui t'a engendré, bénis mes œuvres, soutiens
ma domination !
«Que Nabuchodonosor, le roi qui relève, les
ruines , demeure devant ta face ! »
Nous faisons suivre la liste , rangée par ordre al-
phabétique , des mots que contient notre texte. Nous
avons dû exclure tous ceux qui ne sont pas immé-
diatement nécessaires à l'explication de l'inscription ,
parce que le principe contraire nous aurait engagé
trop loin.
13X «père».
]3N, stat. emphat. NU3N ,
« pierre ».
1}X, arabe jsjA «brique
cuite ».
UN « oreille ».
i5.
no
AOUT-SEPTEMBRE 1857.
2*K « ennemi ».
17K, béb. 77\ »r. •*—*)
• engendrer ».
17K «père». $«u.or.
nimS • fécondité ».
Î17K adieu*.
17K • celui-là ••
r»7K • ceux-là.
v)Sk • instruire ». nD7K (?)
• instruction ».
n?K ou nefK «de.àpartir
de, depuis*.
|DK • fonder, être sur,
croire».
JUKP ou [DP • pierre
angulaire*.
*K *à, van».
|K «dans. de».
WiK «je ».
n-»K héb. m^ • mois ».
-pK ■ être long ».
Kri2*ïlt©« éternité».
y)V (quod vide).
pK.héb.pk» une espèce
d arbre, pin, cyprès ».
ni")K «terre».
* i •
3UK , héb. 2C • être assis ».
mtf • demeure ».
y VK . héb. 3»C> • être large ».
yvrc.aph.h.roiD
• sauveur».
»CK fonder».
Paél. XfVKH »je (on
ili» .
PK • tu .
32 • porte ».
1733 • porte d'Ao, Babv
lone».
rvs «maison».
D^a «souche, race».
973, arab. £X* • atteindre,
arriver ».
mJT73 • sort .
nJ3 • faire . créer ».
Kal. '23K «je bâtis ».
KC212 • tour des langues.
Borsippa ».
im «époque».
nCl • incliner» (ar. *>).
Shsp. nDltfK • faire
incliner ».
p07 • insérer, adapter ».
pDI ■ suprématie ».
KDppi • puissance».
1)1 st. emph. KD1 • table,
inscription ».
INSCRIPTION
72Î1 «engendrer».
73H «père».
73H , st. emph. K73n ,
d'où 73, et 7D« fils».
t^lD « entièrement ».
î"pn « être ».
Kin «l'être».
hyr\ « temple ».
"]7H «aller».
K37H «le cours».
NJD , imp. N:n « rendre
heureux».
Dlîl , st. emph. XD1D « py-
ramide ».
")3î « se souvenir ».
Pa. « commémorer ».
niDT « chose à laquelle
se rattache le sou-
venir ».
}J| I. «restaurer»,
pî «restaurateur».
|Mï idem.
nJJî «restauration».
pï II.« trembler », ar. Jj .
îï , st. emphat. NJ3Ï
« tremblement de
terre »
37D «plaquer, revêtir».
Kn27Dn «revêtement».
DE BORSIPPA. 221
QDD «chauffer».
QDn « lumière, étoile,
planète ».
î3")D « sceptre ».
y">n , st. emph. Kînn « or »
(hébr. yrin).
D^ «jour».
X3#ï « empereur » (mottou-
ranien).
"IEP « être juste ». Ist. « di-
riger ».
Xllltf1 «justice».
113 «rejeton, adolescent».
pD « être ». Aph. « placer,
fixer ».
X^D « étant, éternel ».
(Comme apposition :
« même ».)
#33 , « en propre per-
sonne, même».
^773 « être accompli ».
sh. 773#K «j'achevai».
Q73 « parole ».
XD3 «trône».
*p3, st. emph. NDD3 «ar-
gent ».
"1E7D « aller, attaquer, pren-
dre ».
"W3 « rompre , percer »
(ar.^**j ).
AOUT-SEPTEMBRE 1857.
">ro «couronner, ceindre».
iro « frise ».
NtS « non , ne pas ».
3*? , st. emph. K3*? « cœur,
pS «être blanc; mouler
des brique» ».
KP33S • brique crue ».
laS • être fort ».
-13S succès, victoire»
{labarmm).
1} « vraiment •
13D • être heureux ».
Sbaph. imper. IJOCJ
• rends heureux ».
") 30 • bonheur ».
irtD «mesurer, compter.
imiter ».
nno «antérieur».
npD «haïr» (ar. w^u).
Shaph. npD0 ■
tir»
NtÙD «prêtera
nO • pays ».
DKJ «dire, énoncer».
W3J «annoncer».
123 • le prophète,
Nebo».
on: « abanoonner ».
VU • mouvoir (caaooerf ) .
changer de place ».
i"p. aor. *JK.
"OJ, ar.j& «non recon-
naître , être en-
nemi ».
K il. ->33. plur. -:;
• rebelle».
Paèl. *13JK • j'atta
quai »
TOJ • voir •
10 J « ce qui se voit ,
brillant, pur»,
no: «tomber»
Paèl. 1er • ils firent
tomber*,
■pj «fondre».
VO03 • métaux ».
-)XJ«proteg<
S30 • être intelligent ».
kS:c« intelligence1 ».
137 • passer ».
Q"i3ï7 • dans le passé,
auparavant ».
1739 00 Vt9 • (aire, bâtir».
tf39.pl- nM03»«œu
vre».
1 Voyei pourtant la note de la page 17S.
INSCRIPTION DE BORSIPPA.
223
nrny « arcade ».
ny «attester».
"Nny (Ipht.) « témoin » .
ÎT2? «être fort».
Shaphel, îîtfK, pour
îîy#N « fortifier, re-
nouveler».
n^y « monter ».
Paël , inf. 1^^ « faire
s
monter, élever».
pDî? « être profond ».
XpDJ? «profond, sage».
*lDy « vie humaine ».
Ipy « être tordu ».
XmpyD « rampetour-
nant autour d'un
édifice ».
jspy « brique vernissée ».
]BD (ar. (jlai) «penser».
")t3D Iphtaal, « fendre ».
"•D «bouche, face».
0*70 Niphal, dVdJ « être
propice ».
V^D « glaive ».
IpD « administrer, surveil-
ler ».
-pD Paël, part. lpDD, st.
emph. KD")DD « in-
t : - \
juste ».
"PS «suprême».
Oirs Pa. « proférer, balbu-
tier».
")D2 ar. yLt« «cuivre».
ppS «exsuder, dégoutter».
N3p2D « un arbre ré-
sineux, lentisque»
ms « tour ».
î~)3p Pa. « parler, dire ».
Dp « voûte ».
□lp « être debout ».
- Dp , st. emph. Xfàp
« massif».
DlÛp « légion ».
np « main ».
«ton « tête ».
13") «grand».
3"D") «très-grand».
t03") ar. \ojj «lier».
103") «esclave».
2>2"), d'où Ityibi « quatre »,
NJmN1 «quarante».
1 Cette forme résulte d'un syllabaire qui donne en outre les noms
des nombres KC/DH 5o, Nentf 30, JOD 20, ri")Dy 10, en re-
gard des chiffres assyriens.
iti
AOUT-SEFTEMBKK 1857.
*]1T (racine inconnue).
•JT1D , n. p. • Méro-
dacht.
pm , héb. pm • éloigné ».
Cl") « exhausser».
D-:« celui qui exalte»,
--j
^m «inonder».
n»^ «déluge».
■»n • tonnerre ».
1D") Paél ,imp. iri • soo-
tenir, étayer ».
tf «qui ».
3*3Cf • sept, septuple ».
Oltf • mettre, poser».
"IBEJ ■ écrire ».
1J0V • inacription ».
ptf Kal. • (aire ».
Niph. (13*S)1« de-
meurer ».
Ipht. (|2nç*|c) • faire».
11130, st emph. hOMtf
• - - \ •• •
• vicaire (des dieux) »,
mot touranien.
070 «oo
oSntf • dominateur »
\ V •
(Iphtaal).
D?tf • paix , bonheur ».
oVtf arab. 13 • sillon, co-
lonne ».
tfihtf (adv. inexpliqué).
DE? «nom».
W ■ ciel ».
VDw « entendre ».
KraDtfP • instruc-
tion».
Ud «deux».
Tptf • verser ». Niph. • s'é-
bouler» (effktdt).
ittf • magnificeoce ».
"P© (depkr) • accorder ».
nm • s'adresser ».
Shaph. • diriger ».
Cf :?n adv. de ?n • en colli-
nes».
Cette table des mots contenus dans l'inscription
de la Tour des langues ne laissera , j'espère , aucun
doute sur le sémitisme de la langue assyrienne.
Malgré la différence qui sépare celle-ci des idiomes
INSCRIPTION DE BORSIPPA. 225
congénères , elle prendra désormais place à côté de
l'hébreu, du syriaque, du chaldaïque, de l'arabe et
de l'éthiopien.
Pour dire quelques mots sur l'époque exacte de
la rédaction de notre texte, nous croyons devoir la
placer entre l'avènement de Nabuchodonosor et la
prise de Jérusalem, c'est-à-dire entre 6o/i et 588
avant J. C. On sait, grâce à Bérose, que la restau-
ration des antiques sanctuaires fut un des premiers
soins du monarque juvénile. La construction des
murs de Babylone , dont le roi parle dans presque
toutes les autres inscriptions , ne se trouve pas men-
tionnée dans notre document, et nous croyons savoir
qu'elle ne fut entreprise qu'après la conquête de la
Judée.
Les successeurs de Nabuchodonosor s'occupèrent
également de l'embellissement de la Pyramide et
de la Tour. Le fait est certain pour Nergalsarassar,
pour Nabonid et pour le dernier roi que, jusqu'à
preuve contraire, nous nommerons Nabouimtouk;
ce fut, comme nos lecteurs le sauront, le père de
Balthasar, immortalisé par le Livre de Daniel.
Xerxès, en revenant de Grèce, dévasta la Pyra-
mide, qui , d'après les historiens, contenait le tombeau
du dieu. Ctésias et Elien rapportent que le roi de
Perse, avide de trésors, y trouva un sarcophage à
moitié rempli d'huile. Alexandre employa , pendant
deux mois , dix mille soldats pour déblayer les débris
de la Pyramide; peu de temps après, le grand Macé-
donien mourut, et avec lui fut enterrée l'idée de la
NI AOUT-SEPTEMBRE 1937.
reconstruction de cet antique monument. La ruine
fut changée en citadelle, mais la tradition a, jusqu'à
nos jours, réservé le nom de Babil au mommert
auquel remonte le plus antique souvenir de Baby-
lone.
La Tour échappa à la fureur sacrilège du vaincu
de Salamis. Quelle fut la cause de sa prêter talion?
Cela restera pour nous un mystère. Mais il est cer-
tain que le père de l'histoire la vit encore, quelle
survécut, au moins en partie, à l'époque d'Alexandre,
et qu'elle dura jusqu'à Pline et jusqu'à Sepu'me Sé-
vère. A partir de là . noua en perdons la trace. Mais
son nom babylonien de $ark est parvenu jusqu'aux
Arabes, et celui de Borsippa, conservé à travers
siècles sous la forme défigurée de Bin, vit encore
aujourd'hui dans la bouche des Bédouins.
Il est plus que probable que la destruction sur-
humaine frappa l'oeuvre restaurée, connue elle a\ ut
désolé l'antique monument de la confusion des lan-
gues. Le mode de construction môme en devait hâter
la ruine , dont nous ignorons l'époque.
Et cette ignorance nous enjoint de nous arrêter
ici. Nous recommandons, encore une fois, ce pre-
mier essai à la bienveillance du lecteur, et, encou-
ragé par son indulgence, nous aborderons dans un
second mémoire l'analyse d'un document assyrien
appartenant à un autre ordre d'idées.
J. Oppkrt
NOTICE SUR KHALIL. 327
NOTICE SUR KHALIL,
FILS DE CAÎCALDY,
EXTRAITE DU DICTIONNAIRE BIOGRAPHIQUE D'ASSAFADY
INTITULÉ: ^LjJlj ^Lm
TEXTE ARABE, PUBLIÉ, TRADUIT ET COMMENTÉ,
PAR M. LE Dr B. R. SANGUINETTL
AVANT-PROPOS.
La biographie qui va suivre est celle d'un jurisconsulte
d'un grand mérite, contemporain et ami d'Assafady. Il est
auteur de beaucoup d'ouvrages qui ne se trouvent point
mentionnés dans le Dictionnaire bibliographique et encyclo-
pédique de Hâdji Khalfah. Khalîl vivait encore au moment
où Assafady rédigeait sa notice. Ibn Bathoûthah , à son retour
de la Chine, se trouvant à Jérusalem vers la lin de l'an sept
cent quarante-huit de l'hégire (i348 de J. C), y a vu et
connu le fils de Caïcaldy. Celui-ci correspondait encore avec
Assafady dans l'année sept cent cinquante-trois de l'hégire
(i35a de J. C). On lit en effet sous cette date , dans le recueil
des correspondances d'Assafady \ une épître de Khalîl, en
vers et en prose rimée, ainsi que la réponse analogue d'As-
safady. Hâdji Khalfah*, qui cite Khalîl, fixe la date de sa
mort à l'année sept cent soixante et une de l'hégire (1 35g
de J. C). Enfin, Aboû'l Mehâcin, dans son Dictionnaire
1 «^.LIL (J^LJl ,^0 *>L«JÎ (^lil <_>bj (Manuscrit de la Bi-
bliothèque impériale , supplém. ar. mis en ordre par M. Reinaud, n° 698).
' Dictionnaire bibliographique et encyclopédique ( édition de M. G. Flue-
gel , t . I , p. 3 1 2 ).
328 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
biographique ' , consacre aussi une courte notice k Kbalil ,
fils deCaîcaldy, et nous apprend qu'il mourut à Jérusalem
dans le mois de moharram de l'année sept cent soixante et
une de l'hégire (décembre i35o, de J. C). Il liait cependant
observer qu'Alesnaouy (sans doute dans son Histoire des doc-
teurs chifi ites) prétend que ce fut dans le mois de moharram
de l'année sept cent soixante de l'hégire (décembre 1 358 de
J. C.) , et conclut en disant que Dieu sait le mieux quelle est
U vérité*.
Je publie le texte de cette notice , car il contient :
î" un bon nombre de titres d'ouvrages, que l'on n'est jamais
sûr de bien traduire quand on n'a pas les livres mêmes sous
les jeux, la bisarrerie des Orientaux étant extrême à ce
sujet; a* des vers qui offrent assex d'intérêt, et 3* des frag-
ments en prose rimée, avec dea métaphores, des hyperbole*
et des jeux de mots , très-difficiles k rendre dans la version
française. J'ai lait mon possible pour être dans celle-ci clair
et exact; j'ai aussi ajouté quelques explications eo note. Pour-
tant , je suis convaincu que le texte arabe sera , non-seule-
ment utile, mais même nécessaire, aux personnes qui vou-
dront se rendre entièrement compte dea matières que
renferme le présent travail.
TEXTE.
Ik—W * frâJLM *i, J^rfJI Jn_»\Ji JL^&aJt fUJl guàJl
oJJ iiUJl J^jJI *J»i)\ ^1 ^oJt c*~ a,****!
Jjl iL»U C*«wj (JS m mm 3 y £Jj\ JuLm» (gfJULjj)] J^fc.1 S
' jl^l 0^» Jj ll> jLJl JtUltMtoMcrrtdekBAfaoCaèipt
impériale, aac food» w. n* 7*9. t. III ).
1 Voy. ioi. 65 r* et v*.
NOTICE SUR KHALIL. 229
j&s. iLx)j$\ j^L-cilî y* jjj-ùw*i <-*daÂ. <^j|>ÀJÎ (jjjjJî
u£\jJl1\3 «Mil, ii>UJUj 0j*i1 *# gwûJî ^c U^
/jj jJî Jp ^^Uul <^c a*»jUj K_ij iuU £**«$ ^-&* iU*M
k^» 4^~& *--»b £•*■»»» .J""^ ?-^**^V *•»■»>•*•»> UÛ«X*J (j|-ij
^JLft *Xjj «i-y><xiL (jï^j* <-r^^3 *&*J' <^jCmI àsIê^^u/w*
Ji «jUiii i A^^s^Jî «x^T^âîî »jbî «Uw *>JL=s2 i dJi
<_>U5^ <- t5^"^i *x^-li> finir». «Xx^ipo s^5l e*jil»-t
*->U5j /fejs» (jyojî^ &U* ï (jjvJiîUJl JLjJÎ £ (jjvjo^iM
*Jtyi} < fj)jJu\ J£c*-$ yîjJuJi ptÉ»-^ <jju><wixJl yl^Âe
230 AOUT-SEPTEMBRE 1857
jiyan ^>j a jury j*~*j, ^um ^^x»,, <^ji
a,
|yU a*U £a_j «yt* ^^ *U~ i JÔI ^ aJjJuJL jU;
mrf \cJuL JJi j^â, (j^»^ «JLàJl, JliWJÉi
Ul^ij ma MffÊaàM 4 jyJL-^joL^ V^»UI ^^«lïttj
J^J,"îl ^jJ» çl^-J ^jJI J^-« A yw/ vWj
1 Ici le manuscrit porte ^Ju ; mau plu* loin , dans !a notice de
oàj). on lit ^
NOTICE SUR KHALIL. 231
J ^
(ji Aj *l$î^ A-jU £-*«*«J (JV'^o? ^Jv>>t À_i-*v y^jJLÎw
U^JoUl» jLjoLu»J1 cA>j<Xii jli iL-aCVUM.» d->>,5 »>gwjj
cy<X=*.i^ Sj—âUJU ^jmJsJuI^ ^A^<Xj iL« v** \juj^\>-I
jj*;^J Ltf>Liôî JLJaA >i *tfeyfc- (j-» oJoo_j ajuS«X3$ *iyM
Jj-J^j }JOL*w XjjJ (j^ *^$J Jj«*-,5 *Lfc»_xJî (jj-*-* £-»;
NI AOUT-SEPTEMBRE 1857.
^itjLS Uk ÊL+jM* »iyi3 f*&\ ii*J\t VU*lj
oULj^JI^ ^iV s.Vjl 1* & jJI Jut^S" *>w>^ J^^-«
tjj&jjk JjjlI U4âA **i#£ «l 4+Â * »o^*>^
<**-»* |»V*s«.l JL». J\yh w*^°* gJ**^* fêmjm*3
^«xjl» ^ Jl H*-^i *!r^ JSW f*j v-r*l>
(J^t) #*U* <** A^f v*y* «4* u^r^1
•«XJL; 0U0 ^jo^Jl j^— *» u^ »«XJL-> «J^àià U çjljLJ jbl
»«**• jjoj i JjJI £^4* JôàV j-***-^ ôy-^^ J*-* ^*3
NOTICE SUR KHALIL. 233
«iX-àj^s- UiJi y^ y* bUoî^ AjJsJii |j*Xi& ^Jj» J! ^«XJfrî^
fi j ' ■
ai>_j c.^ b (J^s- (£*f>J uftlxCw ft^ faum sU-*w iS^-vw (j«« cxAax»
a«x^- ^j>***' (o-*,à *^-* vjIj-A->)^ ^.oU ^jo^V^.) A-*i ^bl cx_jj
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o*Xx£ »X> ^gJûCwkj <J^"* J° ^5 ^vj le i >-*mu.v-J 5wA=r» <&J CXjijo
• àj lr> <-»- j;. — , tw J^aXs». Gxj^j iù»^iL_*JÎ ^jjjUÎ ^g^â-î ^vXs»
««Xjca) Jjjeo ^jU» wms ^x^1 i£y^t^Ct£«*^î(:yJ«*Jîc^«tekibJi
SXj ^twli <*—*—» ^^-aw yls J^-xJLx-.* pTS— aJÎ ^^A^> (j^ yl?
gjy3 Mj <Xx-j Jj kt ' til._A.Ji c«-.V-awo »XJf_5 ^_j».a_> (Jl cxajI
»_V_<n 11» (i) __>jUi L#J u*>j 6l___j i cv«X*__» _*__*_> uxil^j
s
1 Le manuscrit porte c^;lj cN5»; le sens est le même, mais !a
mesure du vers serait altérée.
x. 16
NI AOUT SEPTEMBRE 1857.
JUJ» j-^lf f~j y*} A^|U £*-., t?»î^3 tf «*— ' AA-
&•** Ai^Jt ySUJM Jl rf J^, A*Uâl »>iy «J) y
«1 a^*-3 wA^âJl ^jJI ^Xio i Vk». 1*1 **j«M **>>*
j*JiJl iL-Jt t^X48JI [.] *4j4 al ^LJ-r iCÎOl
^yJa», CJâa^ LaàajI tfJl ryUJI ^ v Jbtfl U Iaa.1 ,
1 Le manuscrit port* o-> %j ( '•*• )•
1 Le manuscrit porte »Jy-> ■
NOTICE SUR KHALIL. 235
^jÎ^ tj-^Sj *— «u>U* <£jU*. ^^UtU ajU^jj AxJjsj iJJ
iL^ij 5jl-*VI à^3^ (2) A— »*j*>s-j t^^xXi ^jjpo ow*w*5^
^•9) q^-X-j ££t>- lu«JJ C^vV* j-^-S!^ Xi*jJy ^vw^i)] /oi
L«— il? c%»aSS-^ iâ , % .<\j ÀL*.)JaJl «X^jcJCaJ^ A-A^Ovà j,
oJ' ■> fi S
• Jus aMÎ ^US y! *<*y} *JU; AjM (j*.^j ^c ^Ai*?
(Ms. de la Bibl. imp. suppl. ar. n* 706.)
1 Peut-être faudrait-il ici <iU^J?
1 Le manuscrit porte «u^ju.
16.
i36 AOUT-SEPTEMBRE 18ÎH
TRADUCTION
KHA1.IL, FILS 01 CAÎCAI.DY.
C'est le docteur, le chef trèa savant, qui sait tout
le Koràn par cœur. letraditiomiairc. le jurisconsulte,
s'étant occupé des principes fondameut.uix tl« i
misme, Salàh edilin , liUd'Ai'alàv. le Daiiusquiii I
chàlïite. Il est né dans l'un des deux mois de rai
de l'an six cent quatrevingl-quatorec de l'hégii
Le premier ouvrage qu'il a ciit'-iulii expliquer ce lut
le Sahih, de Moslim. dans Tannée sept eut trois de
l'hégire (i3o3-i3oà de J.C.), parle dort ni < lieref
eddin Alféxary, ou de la tribu de Fézarah, prédica-
teur à Damas, qui avait connu et Mtivi un i e livre
les explications de quatorze docteurs *. Dans ceÇga
même année, Alféxary Ht à khalil la lecture complète
de tout le koràn magnifique. Emnite RhalU entendit
expliquer le Bokhàry ( ou le Sahih de cet aut<
Ibn Mochrif, dm r.iiiiKC sept cent quatre de 1 'negire
(i3oà-i3o5de J.C.). A cette époqii. n commença
à étudier la langue arabe, etc., sous la direction du
cheikh Nadjm eddin Alkahfazy, la jurisprudence et
les préceptes d'obligation divine , sous celle du rheikh
Zéky eddin Zacha rie. Plus tard, dans l'année sept cent
dix de l'hégire ( 1 3 1 o- 1 3 1 i de J. C.) , il s'occupa avec
1 En d'antres ternes, dans le troisième on le quatrième mois
de ladite année. Ceci correspond à février ou mars 1395 après
J. C.
' Probablement , en remontant jusqu'à l'auteur même <\r I
*rage.
NOTICE SUR KHALIL. 237
zèle de l'étude des traditions. 11 lut lui-même le Kéthîr
(ouïe recueil de cetauteur), en présence du juge Taky
eddîn Soleïmân Alhanbaly . Il le lut aussi devant Aboû
Becr, fils d' Abd Addâïm ; 'Iça Almotha'im ; Ismâ'îl , fils
de Mactoûm ; 'Abdalabad , fils de Taïmiyyah ; Kâcim ,
fils d'Acâkir: et devant son cousin Isrnâ'îl. Ainsi Kbalîl
a étudié sous toute cette classe de savants, et sous
celle qui leur a succédé ; il a entendu environ sept
cents docteurs ou cheikhs. Parmi les ouvrages dont il
a entendu l'explication, il y ales»S£r Livres1, et la plu-
part des recueils de traditions. Khalîl a consigné tous
ces détails dans un volume qu'il a intitulé : Relation
des avantages réunis , indiquant les choses précieuses et
uniques qui ont été entendues.
Khalîl est aussi l'auteur des ouvrages qui sui-
vent :
i° Le Livre des souffles du vent (ou des émana-
tions embaumées, ou des dons) de Jérusalem. —
C'est un gros volume , qui renferme des explications
sur plusieurs versets du Korân, et un commentaire
sur des traditions. L'auteur y rappelle des promesses,
pour être conservées et apprises par cœur dans la
mosquée alaksa, ou temple de Jérusalem.
2° Le Livre des quarante traditions, touchant les
actes de ceux qui craignent Dieu. — Il est divisé en
quarante-six parties ou tomes.
1 Ce sont sans doute les deux Sahîh du Bokhâry et de Moslim ,
le Mouattha de Mâlic , le Djâmï du Tirmidhy, les deux Sonan d'Aboû
Dâoud et duNéçây. (Cf. Hâdji Khaifah, Dictionnaire bibliographique
et encyclopédique , édition de M. G. Fluegel, t. III, p. 32.)
138 AOUT-SEPTBMBKE 1857
3* Le Livre offert en présent è l'instituteur, ou à
celui qui exerce les autre* dans la connaissant ••• d«->
versets du koràn , lesquels exposent 1rs préceptes
d'obligation divine.
à* La Preuve évidente du succès, dans le titre
de l'interprétstion.
5* Le Ferme arrangement du titre du livre , an
sujet des préceptes du koràn.
6* L'Agrément des scribes, au sujet de IVxplica-
tion des sceaux (on des conclusions) de la soùrah
de la Vache '.
y* Les Choses permises et choisies, touchant
l'interprétation du verset du koràn sur le prix du
sang et sur l'expiation '.
8* La Rangée de perles, à propos des avantages
que renferme la tradition de l'Ambidextre.
9° La Vérification de la volonté, ou de la pensée,
sur cela que la défense, ou la prohibition, engendre
le désordre.
i o* Le Détail du résumé dans I antagonisme en
paroles et des actions.
1 1* La Confirmation du discours, au sujet de
l'intention du jeune.
13* La Médecine de ceux qui veulent suivra II
bonne voie, à propos du dissentiment <pii existe
entre les hommes , lesquels se sont occupés avec
zèle des matières religieuses.
i3° La Dissipation de lob- ut les
1 Chapitre deusièmr du Koria. Cf. mm le venet 6.
1 Cf. Koràn iv, 94.
NOTICE SUR KHALIL. 239
décisions juridiques prononcées par force, ou les lois
de la coaction.
Nous passons sous silence d'autres livres du même
auteur. Parmi les ouvrages qu'il n'a pas encore ache-
vés dans ce moment-ci, nous nommerons :
1 ° Le Livre de l'extrême limite de l'arrangement
solide, traitant de la connaissance des préceptes,
ou des lois.
2° Le Livre des quarante traditions principales. —
Chacune de celles-ci est citée dans l'ordre du dis
cours qui la concerne , où elle a une section à part.
L'ouvrage est en un seul tome.
3° Quatre commentaires ou scolies au volume pré-
cédent, savoir: i° la plus grande; 2° la moyenne;
3° la plus petite; t\° la scolie égyptienne, ou rédi-
gée au Caire. — Le tout en douze tomes.
Il serait trop long d'énumérer tous les volumes
qui ont trait aux traditions et dont Klialîl est l'auteur.
Le fils de Caïcaldy a été instruit dans les belles-
lettres , etc. par le juge Taky eddîn et par plusieurs
autres docteurs. Il voulait d'abord suivre la carrière
militaire; mais dans l'année sept cent quinze de l'hé-
gire (î 3 1 5-i 3 1 6 de J. C.) , il s'occupa de nouveau et
sérieusement de la jurisprudence, des deux genres
de principes fondamentaux de l'islamisme1, etc. Il ap-
1 (j3L*>.5f|. Ce duel, formé du pluriel JL-o^î, signifie les prin-
cipes fondamentaux de la théologie dogmatique et ceux de la juris-
prudence canonique. En d'autres termes, les .Oivî Jy*3' et k»
*£juî JLaoI. (Cf. Hâdji Khalfah, Dictionnaire, etc. édition citée,
t. [,p. 33 1 et suiv.)
Ml AOUT-SEPTEMBRE 1857.
pif pirrnnirlrTrrifiM nnrr ••'■ î \rMMtm
sar*t ou abrégé d'Ibn Alliàiljib. ainsi que ses deux
Préfaces*, ou prolégomènes sur la grammaire , les rè-
gles de la déclinaison et de la conjugaison. Khaitl
apprit aussi par cœur les deux ouvrages suivants :
i* La Quintessence des quarante traditions sur les
principes fondamentaux de la théologie dogmatique,
par Sir.idj pddiu Alonnaouy (ou originaire de la ville
d'Ormiyah, dans l'Adherbaidjân); e* Le Livre de la
connaissance, ou de l'ensemble des décisions jiui
diques. — lia ajouté des notes marginales à ce der-
nier livre.
L'année sept cent dix-sept de l'hégire (i 3 1 7 de
J. C), khalil partit de Dames avec le cheikh Ce-
rnai eddin , Ibn Axxamléciny \ pour visiter la ville de
Jérusalem. A < • ttr occasion, il «rtudia sous Zaïnab,
•fille de Sacan (ou Chacar), etc. Il lut assidu pr«->
dudit cheikh Camàl eddin, tant en voyage que dans
les temps do repos, de vie sédentaire , et il écrivit
beaucoup de commentaires d'après ce cheikk L'an
1 II asiate plus «f un livre qui porte c» titre; mai* il eet ici ques-
tion, mm doule.de l'ouvrage célèbre d'Aboû Isbâk, de CbJrâi . trai-
tent de la jurisprudence musulmane.
* Cest l'abrégé du livre cfAlimidv sur le» décisions juridiqoet.
* Il s'agit du livre de grammaire arabe bien connu août le nom
de aoUCJI, Alcéjijruk , ou la grammaire complète. Son auteur est
mort dans le dixième mois de l'année 646 de l'hégire (1349 de
J. C). (Cf. Aboû'l Féda ArnmU* mm$Umici. édiUoo de Reiske et
Adler. t IV, p. 496-497. etc. )
' Cf. sur ce personnage Ibn Batoùtab, Voyait, texte arabe
publié et traduit par C. Defrémery et le D* B. R. Sanguinetti . 1 I
p. i56et suiv.
NOTICE SUR KHALIL. 241
sept cent vingt de l'hégire (i320 de J. C), Khalîl
fit le pèlerinage de la Mecque , en compagnie d'Ibn
Azzamlécânv, et il entendit dans cette ville les
leçons du docteur Radhy eddîn Atthabary, ou ori-
ginaire du Thabaristân. Il lut pendant plusieurs
années de suite des ouvrages sur la jurisprudence
musulmane et sur les principes fondamentaux de la
théologie dogmatique, en présence du docteur Bor-
hân eddin Alfézâry, qui le nomma cheikh, etc.
A son tour, et dans l'année sept cent dix-huit de
l'hégire (i3i8 de J. C), le fils de Caïcaldy fut
chargé de l'enseignement du Hadîth, ou des tra-
ditions, dans l'école appelée Annâciriyyah ; puis dans
l'année sept cent vingt-trois de la même hégire ( 1 3 2 3
de J. C), il professa dans le collège, ou école nom-
mée Alaçadiyyah. L'année sept cent vingt-quatre de
l'hégire (i324 de J. C), il prononça des réponses
juridiques , avec la permission du docteur Camâl
eddîn Ibn Azzamlécâny, et du kâdhi des kâdhis ou
grand juge. L'an sept cent vingt-huit de l'hégire
(i328 de J. C.),il lut et professa dans l'assemblée
du seigneur de Hims ou Émèse. — Ensuite dans
l'année sept cent trente et une de l'hégire ( 1 33 1
de J. C. ) , il se rendit à Jérusalem , comme pro-
fesseur de l'école dite Assalâhiyyah. Depuis lors ,
et jusqu'à ce moment-ci, Khalîl a toujours habité
cette ville. Il fut investi de la dignité de supérieur
de l'école , ou académie des traditions , nommée
Assaïjiyyah , dans cette noble cité de Jérusalem.
Pour ma part , j'ai fréquenté beaucoup ce savant ,
m AOUT-SEPTEMBRE 1857
soit à Damas, soit a Jérusalem, soit au Caire; j'ai
tiré parti de ses nobles prérogatives et des avantages
nombreux qu'il offre dans toutes les sciences. J'ai
connu peu d'hommes qui puissent soutenir la com-
paraison avec lui, pour l'exactiti ! la véracité et
la précision dans tout ce qu'il avance.
J'ai copié , de la propre écriture de khalil , la ha-
rangue , ou sermon suivant , qu'il a prononcée en
ouvrant son cours dans l'école des traditions, en
présence de l'assemblée du seigneur d'Émèse :
«Gloire à Dieu, qui a élevé bien haut le dot de*
savants et qui leur a préparé un soutien auprès de
lui; qui a fait durer toujours leurs brllrs paroles,
au moyen de la dictée; qui les a aidés des suites de
sa munificence célèbre; qui a réuni de la sorte ce
qui était séparé et rendu poissant celui qui «tut
isolé!
«C'est Dieu qui a protégé contre le troubla M
côté faible des intelligences des savants, jusqu'à ce
qu'elles fussent devenues fermes dans leurs pensées;
c'est lui qui. par les règles de l'expérience, a mis
en équilibre, ou a redressé, les balances de leur
réflexion . <|u.m<l elles penchaient, à cause d'un mé-
rite éclatant. 11 a fait obtenir aux savants, ainsi
qu'il le leur avait sincèrement promis , une dignité
très-élevée; il a rendu agréables les éloges brillants
et sublimes que l'on entend prononcer à leur égard.
p. tries langues des kalams, ou roseaux pour écr.
et par les bouches des encriers; il a voulu que leur
noblesse lut attacha i m\ d'une manière ins<
NOTICE SUR KHALIL. 243
rable , tandis que celle des autres hommes est pré-
caire ou supposée.
«Or, je loue Dieu au sujet du précieux récit de
ses bienfaits , parvenu jusqu'à nous successivement
et sans interruption; au sujet de la notoriété de ses
grâces, par lesquelles est repoussé ce qu'il y a d'obs-
cur et de caché dans les choses difficiles; au sujet de
l'excès de sa générosité , laquelle recouvre celui qui
est en dissentiment avec les autres, comme celui
qui est d'accord avec eux. Elle ne discontinue pas ,
ne souffre point de pause ; elle abreuve sans cesse
et produit toujours son effet.
«J'atteste qu'il n'y a pas d'autre dieu qu'Allah,
qu'il est unique , sans associés. Cette confession doit
me servir de conduite dans la voie du bien et du
salut; elle sera ma compagnie le jour où je me trou-
verai comme étranger au bord du tombeau , enve-
loppé dans les plis du linceul. J'atteste que Maho-
met est le serviteur et l'envoyé de Dieu ; qu'il est
le plus éloquent de tous ceux qui ont été expédiés,
comme ambassadeurs, de la part de leur seigneur;
qu'il est le plus sincère de tous ceux qui ont parlé
d'après l'inspiration de Dieu. De sorte que le parti
des polythéistes a été délaissé et abandonné. C'est
Mahomet qui a criblé de blessures les cœurs et les
corps de ses ennemis ; qui a percé ces derniers avec
les lances, jusqu'à ce que le dos de la vraie religion
fût ferme et solide.
«Que la bénédiction de Dieu soit sur Mahomet,
sur sa famille, sur ses compagnons, qui ont détruit
244 AOUT-M l I I MBRE 1857.
l'iniquité; dont la splendeur do I immeJaM gtoîM •
brillé de plus en plus sur les hommes confédérés,
comme sur les individus séparés et isolés ! Que cette
bénédiction serve d'exemple admiu
que ces grands personnages sont couverts de mérite
dans ce monde-ci et dans l'autre ! Quels Seigneurs
incomparables ! •
Une fois Kii.iiil m'a écrit de la noble Jérusalem,
et je lui ai répondu ainsi qu'il suit
( Vers.) Un écrit m'est parvenu ; mais je n'ai pas pu m'cm-
parer de son parfum ; car le sépbyr du jardin a été embaumé
d'une odeur pareille à la sien
Je l'ai tenu avec mot ; il a réjoui mes yeux et mes oreille»
par des expressions plus belles que les perles dans les ran-
gées de leurs colliers.
Il a donné 1 mon cceur une tranquillité qu'il avait perdue ;
il a éteint l'incendie des charbons ardents qui dévoraient
mes entrailles.
Je n'avais pas espéré, dussent mes viscères périr de soif,
avoir le bonheur de m'abreu ver de cette épttre, tant est grande
l'avarice de mon sort !
Or, par suite de l'excès de ma passion , je baisai avec mes
lèvres les bords , ou le* lèvres de ses lignes. L'agrément de
sa fraîcheur a étanebé mon ardente soif.
J'ai passé la nuit k m'entretenir en secret de cet écrit,
avec la partie sincère et intime de ma personne; à lire, à
méditer, en raison de son contenu , la lodrah , ou chapitre ,
de sa louange.
Si je disais : • Cest un parterre de fleurs », il y aurait
beaucoup de vrai dans cette expression. Seulement, on ne
s'attriste point lorsque les roses du jardin exhalent leur odeur.
Si je disais : « C'est un horizon • , ce ne serait pas encore
NOTICE SUR KHALIL. 245
assez. Il faudrait ajouter que , dans cet horizon , chaque astre
est toujours dans l'apogée de son bonheur.
Tu as envoyé cette épître, pour consolider la fracture qui
m'était survenue; mais tous les maîtres ne souhaitent pas la
guérison de leurs esclaves.
Je me suis ainsi assuré que l'affection est bien ferme de ta
part. Que Dieu récompense notre maître, à cause de la bonté
de son dessein!
Tu as tenu la promesse de l'amitié sincère et tu n'as pas
trompé. Tes pareils sont les hommes qui observent toutes les
conditions de leurs engagements.
Mes amis, ceux que je fréquentais m'ont offensé; mais tu
es un ami \ et la conservation de tes tendres sentiments me
remplit de joie.
A loi, Salâh eddîn, j'envoie de loin les salutations d'une
personne qui t'aime, et qui est affligée d'être séparée de toi.
Si le zéphyr, parfumé d'ambre gris , vient à te rencontrer,
il est porteur de mon salut. Or, sois assez généreux pour le
renvoyer, pour le rendre.
J'écrivis aussi à Rhalîl ce qui suit, à l'occasion de
son arrivée à Damas , lorsqu'il venait de la noble Jé-
rusalem. C'était dans l'année sept cent trente-neuf
de l'hégire (1 338 ou 1 33g de J. C.) :
(Vers). Tu es venu à Damas; déjà cette ville se plaignait
à toi, au sujet de la grande distance, et de ton absence pro-
longée.
Après ton départ, la cité était dans le trouble; tu y es ar-
rivé, et elle a recouvré la tranquillité ou le bien2.
1 JuA^ , Khalîl ; c'est aussi le nom propre de Salâh eddîn, fils de
Caïcaldy.
2 2>-yiLeJi; c'est peut être aussi une sorte d'allusion au titre ho-
norifique de Khalîl , fils de Caïcaldy, qui était Salâh eddîn.
|M \ >UT SBPTEMBRE 1857.
Salàh eddin m'a donné la permission d'enseigner
tout ce qu'il peut expliquer. I! écrit d'ordinaire sur
la demande un joli vers isolé que voit |
Khalil, fils de Caicaldy. Al'aliv. qui • tracé ce dbnqut,
a permis aux postulant* ce qu'ils demandent . et avec la con-
diiM'i) sUpulée.
Ce vers est analogue au suivant, q< i habi-
tude cfécrire moi-même, en pareille drcon
Khalil. tib d'ibec Assafady, accorde aux postulant» co
qu'ils demandent dans leur pétition.
Jai écrit à Khalil un certain nombre de lettres
patente*» qui lui t adressées au sujet de son
enseignement dans l'école appelée Assalâkiyyak .
fondée par Saladin , dans la noble cité de Jérusa-
lem. Parmi celles-ci figurent les dépêches que je lui
ai envoyées de la part du sultan Almalic Assalih, Is-
mftll, fds d'Almalic Ànnàcir1, dans l'année sept cent
quarante-cinq de l'hégire (i 364 deJ.< I u» alors
au Caire, et je n'avais pas encore reçu de kluilil son
écrit ou sa note, au moment <l. U rédaction dec<
biographie. Les premières lettres patentes que j'ai eu
occasion de lui écrire, ce fut à Damas, dans l'année
sept cent trente et une de l'hégire (i33o ou 1 33 » <!
J. C); les voi'
• Un ordre auguste prescrit (puissent les comman-
dements toujours obéis de notre souverain arri
1 Ce sultan régna en Egypte depuis Tannle 743 de I" hégire (i 3*»
Je J. C.) jusqu'à f année 7 AS de la même bégirr (i34A de J
NOTICE SUR KHALIL. 247
sans cesse en paix clans les nobles lieux, élever la
dignité de quiconque , ayant marché à la recherche
de la science sublime, a reçu des ailes de la part des
anges!), cet ordre auguste prescrit qu'il (Khalîl) fixe
et consolide une telle réunion illustre {sic} , comme
professeur de l'école dite Assalâhiyyah , dans la noble
Jérusalem (que Dieu récompense le fondateur de cette
école!) , à cause du mérite dont il est doué de savoir
si bien par cœur plusieurs sciences, d'orner et d'em-
bellir les assemblées par l'exposition de ces mêmes
sciences. De sorte que le sens en devient clair pour
les intelligences et les paroles en sont agréables pour
les oreilles.
« C'est le maître 1 qui surpasse la mer par l'abon-
dance de ses matières; c'est le savant, dont l'encre
se trouve vis-à-vis le sang brillant des martyrs 2.
Lorsqu'il cite une loi, un arrêt, Almozany 3 n'est
qu'une simple goutte de sa pluie durable; lorsqu'il
1 yj*- Ce mot signifie «scribe, docteur, maître » ; de plus «en-
cre, etc. »
2 Cela veut dire peut-être que l'efficacité du sang répandu par
les martyrs, pour la défense de la religion musulmane, n'est pas
supérieure à celle de l'encre que ce savant emploie dans le même
but. Ou bien que la quantité de l'encre est égale à celle du sang.
Au reste, parmi les traditions appelées authentiques par les musul-
mans, il y a celle-ci : « L'encre des docteurs et le sang des martyrs
sont d'un prix égal ».
3 II s'agit sans doute ici de l'illustre imâm cbâfi'ite dont le nom
était Aboû Ibrâhîm, Ismâ'îl, fils de Iahia , etc., Almozany, ou de
la tribu de Mozaïnah , fille de Kelb. Il était disciple d'Acchâfi'y, et
sa mort eut lieu en Egypte dans l'année 264 de l'hégire (878 de
J.C.). (Cf. Ibn Khallicân, Dictionnaire biographique , édition de M. de
Slane, p. io4 du texte arabe, et t. I, p. 200 de la traduction an-
IM AOUT-SEPTEMBRE 1857.
\riit faire triompher une opinion, IhnSoraidj ', mI
court avec lui. m^t pu un de ces rhevaux qu'il
faut pour son hippodrome. Quand il dix u
un adversaire , Ibn Alkhathib ' lui-même ne peut
point être regardé comme un de ses pairs ou de ses
digues émules; quand il met en avant des preuves,
le glaive ne coupe que par ses arguments et par
ses démonstrations. Or, Almiouardy est cri m «fin
rassemble ses vertus et sa renommée9. Abou Ish.ik
est (auteur de l'avertissement sur IVmii
place et de sa dignité 4. Les visages des compagnons
(de Mahomet) ont, par son moyen. montré l'éclat
d'une beauté admirable et d'un charmant asp
glaise ). Ah****?, à U lettre, pourrait signifier «ce qui provient
d'un petit nuage, petite ploie, etc. •
1 C'est Aboi.!' Abbé* Ahmed. EU d Orner, CU de SoraiJj
meut docteur chaG'ite. mort i Begded dan» l'année 3o6 de l'hé-
gire (91 8deJ.C). (Cf. Ibn hballican. ouvrage et édiuon cite», p î»
du tcile arabe , et t. I.p. 46. de la version anglaise ) . /»» Sormidj |
dire, mot à mot , • le lit» de le petite «elle.»
1 Ce» mou signifient • le fila du prédicateur. • Cest lé le surnom
du célébra docteur ebafi'ite. Faàhr eddio . Mohammed , fils d'Omar
Arrasy. mort dans I année 606 de I "hégire (i s i o de J. C). (Cf. Ibn
alhallicàn. édition càtee, p. 6ée do teste arabe, et t. II. p. 65a, de
la traduction anglaise.)
1 ' Ic— \ *oL* .JjIa On fait ici allusion à un des ouvrage»
d' Almiouardy, dont le titre est précisément llàoui, ou • ce qui con-
tient, recueil, etc. » Cet auteur est mort l'an ASo de l'hégire (io58
deJ.C).
* >\0>9} *X£ uk»K <Jx ****Jf t_>a»L». Ici encore l'on joue
»ur les mots; car Aboù Ishàk deChlrâs a écrit en effet un livre bjsj
inié Tmbik , ou n rrliisnm— 1 II est mort dana l'année A76 de !')>•
pire(io83deJ.C).
NOTICE SUR KHALIL. 249
Les voies de la vraie doctrine ont acquis, par ses
leçons , des marques évidentes et des signes prépon-
dérants.
«Pour tous ces motifs, il a été appelé à propager
la noble science dans cette contrée illustre , et il
est digne assurément, à cause de son très-vaste mé-
rite, que la sainte cité de Jérusalem soit le lieu de
séjour d'Alkhalîl }. Qu'il y répande donc par ses
qualités brillantes , par son enseignement , et tant
qu'il vivra , la doctrine d'Ibn Idrîs2; qu'il y ressuscite
le cadavre de la science , jusqu'à ce qu'elle soit un
esprit dans son sanctuaire ; qu'il exerce les disciples
à apprendre les leçons par cœur et a se livrer aux
recherches, puisque l'une et l'autre de ces occupa-
tions sont comme les deux ailes de la science; enfin ,
qu'il observe exactement toutes les conditions pres-
crites par le fondateur de l'école ( puisse Dieu lui
donner pour récompense le paradis!). Ce qui se
passe entre deux hommes vertueux3 n'est pas sujet
au trouble ni au désordre.
« La crainte du Dieu puissant et glorieux est i'or-
1 Jl-nX»- aliU -, littéralement «la station de l'ami, ou de l'ami de
Dieu ».
2 C'est sans doute l'illustre imàm Aboû 'Abd Allah Mohammed ,
fils d'idrîs , etc., le chef renommé des cbâli'ite, et qui est mort en
Egypte Tan 20A de l'hégire (820 de J. C). (Cf. Ibn Khallicàn, ou-
vrage cité, p. 626 du texte arabe, et t. II, p. 56g de la traduction
anglaise).
1 ^aJ^^o fj^o «5». Ceci fait probablement allusion au titre de
Salâh eddîn, qui était commun à Khalîl, et au fondateur de l'école,
dont il vient d'être parlé. Salâh eddîn était aussi le titre honorifique
de l'auteur, Assafady.
X. 1-7
:'50 AOUT-SEPTEMBRE 1857
nement de la science. Par conséquent , que la pieté
soit la broderie de ses vêtements (de khalil) et la
perfection de sa doctrine! Qull conserv-
pour son lendemain, lequel sera encore meilleur
que sa journée d'hier1 ! Que le I Un très-haut aug-
mentr <l<« plus en plus le mérite de Khalil. <ju il
déploie par son moyen les étendards de la >
qui Uotteront sur les tètes de son peuple, m
présence des savants, par sa grâce et par sa ma^
uimité! Si telle ost la volonté du Tout-Puisssn
NOUVELLES ET MÉLANGES.
SQJ N fi VMVTlQll
PROCÈS-VEUBAL DE LA SÉANCE PO 10 JUILLET 1857
Le procès-terbaJ de U dernière séance est lu, la rè*\
en est adoptée.
Il eat procédé , selon le règlement , à la nomination de*
membres de la commission du Journal. La majorité des
désigne:
MM. RtoNiaa.
tftcaaiT ni Lagranc.i.
Bazin ,
DOLAOBJta.
Gascin db Tasst .
1 La journée d kier et celle Ai laodemain sont sans doute «ne
allusion à la vie présente et à la vie foturr.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 251
M. Lancereau fait un rapport sur l'état des papiers Ariel.
11 explique qu'il a réparti les papiers en trois classes : i° pa-
piers contenant des matériaux pour les travaux de la Société,
comme textes tamouls, télinga et malayalam; linguistique
(glossaires, dictionnaire français -tamoul- portugais, notes
pour une grammaire tamoule, fragments de texte); sciences
naturelles et médicales (vocabulaire pharmaceutique français-
tamoul, notes pour un dictionnaire d'histoire naturelle, en
tamoul, télinga, persan et arabe); bibliographie (liste de li-
vres et de manuscrits divers , noms d'auteurs sanscrits et ta-
mouls par ordre de classes) ; travaux de M. Ariel (ébauches
d'ouvrages, traductions du tamoul et du télinga, inscrip-
tions, etc.); 2° papiers tirés des archives de Pondichéry (piè-
ces diplomatiques, administratives et statistiques ; recueil con-
cernant les monnaies actuelles de l'Inde , recueil de pièces
relatives au Carnatic, de 1 70 1 à 1 800 ; autre recueil concernant
le Malabar, leTandjour, les Mahrattes, etc.; 3° extraits d'ou-
vrages imprimés de toute sorte, fragments de journaux, etc.
M. Lancereau propose d'incorporer dans la bibliothèque
de la Société les pièces de la première classe , et d'offrir les
pièces de la deuxième à un dépôt public spécial, comme, par
exemple, aux archives de la marine. M. le président propose
que la première classe de ces papiers soit incorporée dans la
bibliothèque, et que , pour les deux autres classes , le vote soit
ajourné jusqu'à la séance d'octobre, pour que les membres
du conseil puissent se rendre compte eux-mêmes de la na-
ture des pièces. Ces propositions sont adoptées.
M. Rodet lit un compte rendu de l'ouvrage de M. Veth,
sur Bornéo, que le conseil lui avait renvoyé. Remis à la com-
mission du Journal.
M. Defrémery lit un extrait d'une lettre de M. Cherbon-
neau, à Constantine.
OUVRAGES OFFERTS À LA SOCIETE.
Par les éditeurs. Dictionnaire arabe-français, par M. Kazi-
mirski de Biberstein. Paris, 1857; gr. in-8° (26e livrais.).
252 AOUT-SEPTEMBRE 1857.
Par le* éditeurs. Journal des tarants; in-V (juin 1857).
Par la Société. BaUeùn de la Société de aéoaraphie. Paria.
1 857 ; in-8* (juin 1857).
Par S. K. le ministre de l'instruction publique. Revue des
société* savantes. Paris , 1867 ; in-8* (n* de janvier 1867).
Par les éditeurs. La Moumcker. Édition arabe et française
(juin 1857).
Par l'Académie de Samt-Pttenbourg. Bulletin de la classe
historico philologique. Saint-Pétersbourg. 1 85A- i856. T M
a Mil. 3 vol. in-4*.
— Mémoim de tAtmdémie dm sciemcee de SatntPétershomrq.
Saint-Pétersbourg. 1 855. Tome VIII; in-8*.
ZonoAsru, Essai sur la pbilosopai* rrligiausa de la Perse, par
II. JoackisB Manant; deuxià*»* édition. Paris, 1857 } in-8* (xxtiii
et m psgw). Ckes Deracbc. Pm : 3 fr.
Dm Noro Tmstammutoa* rcas roarx oaia * tai n -m rtosiM m dm* do,
soripsit Aatooius Paolus de Lagarde. Berlin, 1857 ; in-** (so
Paoli Antonii de Lagarde De Gkopokicoh rstutonsi sxhiaca cou-
msmrATtc. Lriprig, i855; in-4* (té page*).
Ce sont deux progiaunne* comme le* école* en Allemagne
en publient pour annoncer leurs examen*, et qui souvent con-
tiennent des difeerlarion* importantes, que la manière dont
on les publie empêche de se répandre dans le public savant
comme elles le méritent II est probable aussi que l'habitude
qu'on a conservée de le* (aire composer en latin contribue à
les tenir dans l'obscurité ; car il faut bien convenir que de lire
du latin moderne est une des occupations les plus laborieuses
et les plus ingrates qu'on puisse s'imaginer. Je ne veux ici , en
NOUVELLES ET MELANGES. 253
aucune façon , critiquer le latin de M. de Lagarde , mais seu-
lement l'habitude surannée des écoles. Ces deux dissertations
en elles-mêmes sont très-curieuses , et la seconde fournit de
nouveau la preuve que les manuscrits syriaques que le Musée
Britannique a eu le bonheur d'obtenir des moines de la Thé-
baïde serviront à la critique et à la restauration du texte,
non-seulement des Pères de l'Eglise, mais d'une partie des
auteurs classiques grecs. — J. M.
The Kingdom and peuple of Siam , by Sir John Bowring. Lon-
dres, 1857; 2 vol. in-8° (43a et 446 pages, avec des gravures et
une carte).
Sir John Bowring fut envoyé au Siam en i855 , pour faire
un traité entre l'Angleterre et ce pays. Il donne, dans ces
deux volumes , une description générale du pays , et un récit
détaillé de ses négociations et de son contact avec les Siamois.
La partie générale de l'ouvrage , qui comprend à peu près un
volume et demi, est naturellement, en grande partie, une
compilation tirée d'ouvrages antérieurs; mais ce n'est pour-
tant pas seulement une compilation, car l'auteur est un homme
intelligent et observateur, assez bien préparé par la lecture de
ses devanciers, et qui contrôle, par ce qu'il voit et par les
documents qu'il se procure , les assertions et les descriptions
des auteurs, autant que le permettent les circonstances. Il ne
connaît pas le pays aussi bien que Mgr Pallegoix , mais il a l'es-
prit plus ouvert et plus précis que lui, de sorte qu'on peut
lire son livre avec plaisir et fruit, même après celui de l'évê-
que. La partie qui se rapporte à ses relations avec les deux
rois est très-curieuse, et un peu indiscrète, car il imprime les
lettres des rois avec toutes leurs fautes de grammaire anglaise ;
il aurait dû être plus reconnaissant et plus touché de la peine
que ces deux princes ont prise de si bien apprendre l'anglais.
L'image de cette cour barbare , travaillée par les idées euro-
m AOUT-SEPTEMBRE 1857.
fét >. Wà irr-inU-r. MMÉI 1» -l.Mript.on d'un tapa, pej
un homme qui ne Mit pet le langue qu'on y perle , ei
n'y e peste que quelque» bois , presque toujours dent la
même ville, ne peut pes être sufluenle; mais rourregeeontipiit
néanmoins une estes grande messe d'observations pour avoir
une valeur réelle. Grèce eux dispositions bienveillante» de la
famille royale du Siam. il est facile aujourd'hui aux voya-
geurs européens de pénétrer dans oa pays, et d'explorer les
parties hautes du royaume, d'étudier l'histoire naturelle da
ces contrées fertiles et inconnues, d'observer las Laos al
d'autres tribut, leurs langues et leurs mœurs , sur lesquelles
nous n's vont que des renseignement» très-impar(ai tt , fou ■ > i •>
par quelque» missionnaire» isolés. Le traité négocié evae les
rois du Siam par M. de llontigny assure aux voyageurs scien
tifique» européens toute protection , et la douceur des mœurs
de la population sa prêter» fcrdeinent à l'application da aas
stipulation» diplomatiques. — J. M.
A èmsidbxcm jsro.vorr ras Cmixksu ; inlaod, on tbe cosst aad at
ata.by Robert Fortooe. Loodrea. 1SS7; in-V (ivi et »4o pages.
M. Fortune est un botaniste éeossais, qui a été envoyé as
Chine en 1 843 par la Société d'horticulture de Londres, pour
lui procurer des plantes nouvelle» , et , depuis 1848-1 850, il
a continué à explorer oa paya, aux frai» de la Compagnie
de» Inde», à laquelle il expédie des plantas et des graines da
thé pour le» plantations dans l'Himalaya. Ton» la» botaniste»
et les propriétaire» da jardin» da luxe en Europe savent avec
quel soin et quel bonheur il s'est acquitté de ses fonctions,
et de combien d'arbres , d'arbustes et de fleurs il a enrichi
I K.irope. 11 avait déjà publié la récit de deux de ses ex-
pédition» , et maintenant il vient d'imprimer celui de sa»
voyage» depuis 1 85a jusqu'en i856. Ce dernier ouvrage est
NOUVELLES ET MELANGES. 255
peut-être le plus intéressant des trois, parce que sa connais-
sance plus intime de la langue et des hommes du pays lui
permettait de se mouvoir plus librement. On est tout étonné
de voir avec quelle facilité il voyage dans l'intérieur et va où
il veut, avec quelle bonhomie il est traité par les populations,
et combien peu de difficultés il a avec les autorités. Sa des-
cription de la vie dans les monastères bouddhistes et des ma-
nières d'être des gens de ville et de campagne est extrême-
ment intéressante , et donnera une idée bien plus favorable
des Chinois que celle qu'on prend dans les ouvrages des Eu-
ropéens qui ne connaissent que les ports de mer, surtout Can-
ton, ou dans les lettres des missionnaires, qui, en général,
ne connaissent que très -médiocrement la partie païenne de
la population parmi laquelle ils vivent.
Indische skizzen von Albrecht Weber. Berlin, 1857; in-8°.
Ce petit volume est formé de la réunion de quatre mé-
moires qui traitent de l'Inde ancienne , du bouddhisme , des
rapports de l'Inde ancienne avec les pays d'Occident, et des
études modernes sur l'Inde. Ces mémoires avaient paru dans
différents journaux, et M. Weber a très-bien fait de les réu-
nir, car personne ne les lira sans en tirer du plaisir et de
l'instruction.
M. E. Thomas est sur le point de faire paraître, en deux
volumes , la collection des articles et mémoires de M. J. Prin-
sep , tirés du Journal asiatique de Calcutta , et dé quelques
autres recueils. Il y ajoutera la réimpression des excellentes
Useful tables du même auteur. M. Thomas joint des notes
aux mémoires, dans lesquelles il indique au lecteur ce que
■OÉ AOUT-SEPTEMBRE 1857.
des recherches postérieures à U rédaction de chaque;
ont ajouté aux matériaux que II. Prinsep avait à aa dispoti-
tion et aux conclusions auxquelles il était arrivé. La diffi-
culté qu'on trouve a se procurer las premiers volumes du
Journal asiatique de Calcutta et l'addition des notes de
M. Thomas rendront cette ooflecrion précieuse pour les in-
dianistes.
On écrit de Calcutta que plusieurs savants se sont réunis
pour (aire paraître une nouvelle édition du Smbda Kalpa
Dmma du Rajah Radhakant deb. Cette édition serait prépa-
rée avec l'aide de l'auteur, et elle serait destinée à être mise
en vente, tandis que la première a été entièrement distri-
buée par le Rajah. Ni la forme ni le prix de la nouvelle édi-
tion ne paraissent encore être arrêtés; nous tiendrons les
lecteurs du Journal au courant, quand les conditions de la
publication seront fixées.
Haidbvcêi osa gbsammtêm *crmec*s* Aitk*7*vmsu9*ob
voo r/ Mai UiiliaiSBM Lseprie:. 18*7. a «et in-«\ »»i «t
Stl pages.
Le premier volume contient l'histoire et la critique des
Irsvaux faits sur les hiéroglyphes égyptiens; le second, l'ar
chéologie égyptienne. L'ouvrage sera complété par deux autres
volumes, qui contiendront la Chronologie et l'Histoire de
l'Egypte, et les principaux textes égyptiens, traduits en alle-
mand. L'suteur est partisan du système de M. Sey (Tarin
JOURNAL ASIATIQUE.
OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
DESCRIPTION HISTORIQUE
DE LA VILLE DE KAZVIN,
EXTRAITE DU TARIKHE GUZIDEH DE HAMD ALLAH MDSTÔFI KAZVINl
PAR M. C. BARBIER DE MEYNARD.
AVANT-PROPOS.
Hamd Allah Mustôfi occupe un rang honorable parmi les
historiens persans de second ordre; son Nouzhet-el-Kouloub
renferme de précieuses données sur la géographie de la
Perse au vme siècle de l'hégire, et le Tarikhé Guzidèh, ou
Histoire choisie, quoique écrit sous une forme abrégée, est
un des meilleurs guides qu'on puisse avoir pour pénétrer
dans le labyrinthe de l'histoire orientale. La description his-
torique et topographique qui termine cet excellent ouvrage
n'en est pas la partie la moins intéressante , et c'est à Kazvin
même, cette première et agréable étape d'un long voyage,
que j'ai pu, ce livre à la main, constater l'exactitude des
renseignements qu'il contient. On ne saurait nier l'utilité de
ces monographies pour l'histoire comme pour l'archéologie ,
et il est à regretter que des villes plus importantes n'aient
pas trouvé aussi leur historien. Le style de Mustôfi est clair,
simple quelquefois jusqu'à la sécheresse ; mais il est du moins
dépourvu de tous ces faux diamants, de ces ornements de
mauvais goût qui déparent la prose de Mirkhônd ou de Vassaf.
J'ai cru pouvoir user d'une certaine indépendance dans la
x. 18
15$ OCTOBBE-XOYF.MBBE 1857.
traduction de ce fragment : j'ai interverti l'ordre de certeiiu
paragraphes, j'en ai supprimé même quelquea-m
éviter là redite» ou les subdivisions i l'infini, l'ne imitation
exacte qui rend la pensée de l'auteur sans en conserver la
phraséologie me semble le système le plus rationnel quand
il s'agit de traduire un historien musulman, i plus forte
raison un historien persan ; et je crois que le récit du Rente*
S fa , ou du Tarikké Vasutf. n'aurait qu'à gagner a être
dépouillé de ces oripeaux que quelques orientalistes se sont
étudiés 1 faire passer dans notre langue avec une fidélité
désespérante.
I.. ,,,.( lanOSJSJfM M MiM .t. .l.-m.m.l.iil .1 '.impie* BJBJ
mcntaires ; mais j'ai dû me borner A ne développer que ses
faits saillants, on à rectifier quelques erreurs de nome et
de dates, pour ne pas donner a mes notes plus d'étendue
que le texte.
La plus grande difficulté d'une traduction
Mnstofi provient, non pas du teste même, mais de la négli
geuce avec laquelle les uopssess persans reproduisent, depuis
deux siècles, tous leurs litres rlaasiqoes. Des trois exensplairea
que possède la Bibliothèque impériale, le manuscrit 9 P.
Bruit m'a semblé mériter le plus de confiance, et je l'ai 1
comme base de mon travail ; a une écriture nette et lisible
il joint le mérite d'offrir une foule de notes marginales dues
à des lecteurs érudits Le me. in P. Gentil et le ma. a 5 (sup-
plément persan de II. Reinaud) sont beaucoup plus incor-
rects, et ne peuvent être consultés qu'avec discernement II
en est de même d'un exemplaire dont j'ai fait Taon/
Téhéran. M. C. Sehefcr. dont on connaît les richesses bi-
bliographiques et la rare obligeance, a bien voulu mettre A
ma disposition quelques une de Ma précieux manuscrits, et.
entre autres , une excellente copie du hhdjtm-ti-Bouldan de
Yakont , mine inépuisable de renseignements, qui m'a fourni
quelques leçons importantes.
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 259
Origine du nom de Kazvin, fondation et agrandissements
successifs de cette ville (1).
Ahmed ben Abou Abd Allah, dans son Livre de
l'Explication (2), rapporte ce qui suit : «Kazvin fut
bâtie par Châpour, fils d'Ardéchir Babégân, qui la
nomma Châdpour (j^jiU). Cette bourgade naissante
ne formait qu'un quartier, limité au sud par la ri-
vière (XAbhar, et au nord par celle de Ramend. On
y remarque encore des tertres formés par les débris
des anciens murs (3). On sait qu'un des premiers
Kosroës envoya une armée pour combattre les Deï-
lémiens. Ce fut sur l'emplacement même de la ville
actuelle que la bataille s'engagea. On rapporte qu'au
plus fort de l'action , le général de Kosroës dit à l'un
de ses officiers : « Vois ce coin ((jïj <J*5 &)), c'est là
qu'il faut rétablir le front de l'armée. » Cette déno-
mination de Kèch-vin serait dès lors restée à cet em-
placement, et elle aurait été donnée à la ville qui
s'y éleva plus tard. Les Arabes, en s'en emparant,
l'auraient façonnée à leur prononciation , et en au-
raient fait Kazwin, nom que l'usage a consacré.
Ce fut sur l'emplacement même du Chehristân
et des cimetières de Kounbèr et de Bedhèk que s'é-
levèrent les premières constructions, et cela à une
époque si reculée, qu'il est difficile d'en connaître
l'auteur. Le Chehristân , ou cité , placé au centre de
la ville moderne, fut, sans nul doute, bâti par Châ-
18.
m OCTOBBE-NOVF.MBRE 1857.
pourZou'l Aktaf. Ce prince, après avoir vu son ar-
mée défaite et dispersée dans le pays de Honni (4),
errait presque seul et sans défense dans le nord de
la Perse, quand le hasanl le conduisit au bord d*i
rivière, près <!.• l.iquelle était un hermitage habité
par un adorateur du vrai Dieu (c'est là qu'est situ*
maintenant le couvent des kalenders). Plusieurs de
ses généraux, repoussés par l'ennemi, étaien
i II n lu ff un refuge dans Ici MOOtaÇpc* voisines.
Châpour les rallia, foirn < nivelle armée, h
laqu- II' I marcha contre le César de Rouai . et i
porta la victoire. À son avènement m trône, il rVm
blia pas le lieu où le destin lui était devenu |>lu
favorable, et il y fit bâtir une \ ill
étaient constamn > >' inquiétés par les sauvages h.i
bitants du I >• il* in <|ui venaient, pendant la mut
détruire les travaux de la journe.
a Châpour. Le monarque, assailli alors par les Arabes,
et menacé par la révolte de plusieurs prêt*
au trône, ne put <|< onstélierde payer tribut
aux D'Iinicns et de continuer les travaux biefe
1 1 (][•■ lut t. ri innée. Le coin icnldecetti
construction tut heu d:tu» le mois d'Aban. l'an i
de l'ère d'Alexandre, sous le signe des Gémeaux
il s'est donc écoulé, depuis cette époque, i 178 an-
nées solaires (5). Une garnison fut établie dans la
ville nouvelle , pour la protéger contre les incursi <
de ses farouches voisins. Lorsque Châpour fut dé-
livré de tous les embarras qui avaient signalé I
mièresannées de sonrcgn-.il tourna ses armes contre
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 261
les Deïlémiens, les repoussa jusque sur les rives de
la mer Caspienne, et les extermina sans pitié. Une
partie du butin fut brûlée , et l'autre fut enfouie sous
terre par l'ordre du magnifique souverain, qui dé-
daignait d'aussi modestes dépouilles. Cependant ,
malgré ces sévères représailles, les Deïlémiens re-
nouvelèrent plus tard leurs attaques. Quand l'éten-
dard de la foi fut déployé sur le monde , les habitants
de la cité ne tardèrent pas à être éclairés par la lu-
mière de l'islam. Sous le khalifat d'Osman, son frère
utérin Vélid ben Okbah, qui gouvernait les deux
Iraqs, envoya contre Kazvin Saïd ben el-Ass el-
Amoui (6). Après un siège très-court , le général s'em-
para de la ville. Sous le règne du khalife abbasside
Hadi Billah Mouça, fils de Mehdi, un autre quartier
fut construit par ordre de ce prince , à côté de l'an-
cienne cité, et fut nommé ville de Mouça. Plusieurs
familles arabes vinrent s'y établir. Ce quartier est
compris actuellement entre ceux de Derdj et de
Djoussaq [fr»yr*y ÉJ*) (7)' et notamment sur l'em-
placement de la rue Sabek ( viL>L«). Mubarek Turki,
un des esclaves du khalife Hadi, fit élever, à la même
époque, un troisième quartier, qu'une partie de sa
famille habita. On y voit un jardin qui a conservé
le nom de Mubarek Abâd , entre le quartier de Derdj
et celui de Destdjérd (8). Haroun er-Réchid éleva
la mosquée principale, située sur la petite place à
l'ouest du vieux château nommé Pichin Saf [<gb4+H
v_àio). il ordonna également qu'un mur d'enceinte
fût construit autour des trois quartiers alors existants
M OCTOBRE NOVEMBRE 1857.
et il acheta tous les champs environnants, dont il
dota sa mosquée. L'ensemble de ce» leg> lut <1< -signa1
par le nom de Réchid âbdd (9).
A la mort de ce khalife, les travaux de fortifica-
tion furent suspendus pendant longtemps. Un de
ses successeurs, le khalife Mo tassem, voulut hm r«-
prendre; mais ce projet fut abandonné. Bientôt la
maison d'Abbas rat affaiblie par le pouvoir sans con-
trôle qu'exerçaient les émirs du palais ou les pince*
étrangers , et une longue interruption arrêta le» agran-
dissements de la ville. Ce ne fut qu'à la suite de la
révolte du missionnaire de la vérité , Hassan ben Zeid
cJ-Bakèr, que Moussa Bouqa, envoyé par le Llulilr
Mo' ta xr contre ce rebelle, le repoussa de la province
et put terminer le mur d'enceinte (10). L'an a 56.
cette muraille avait treize cents coudées de circon-
férence, deux cent six tourelles, sept grands bastions
et douze portes. La ville renfermait neuf quartiers,
à savoir, outre la vieille cité et la nouvelle nommée
Ckéridj (*j~), les sept quartiers désignés, d'après
diverses localités voisines, sons les noms de Abhar
jlftl* Erdcval Jtj>jl( Rey gp, Dàmr^h.m u'^l*.
Destdjérd i^-i, Derdj çj* et Djoussaq fr-yr.
Cent vingt ans plus tard , la muraille menaçait ruines,
lorsque le célèbre Sahèb lsmaii ben Abad , ministre
de Moueyid ed-Doulè et de Fakhr ed-Doul« , princes
boueïdcs, la fit relever (373 de l'hégire), et se fit
bâtir, dans le Djoussaq, un vaste palais, dont il ne reste
aucun vestige ; 1 1 placement sur lequel il s'éle-
vait a conservé le nom de Salicb Abâd. Quelques an-
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 263
nées plus tard (/ni de l'hégire) , les fortifications fu
rent détruites à la suite de la révolte des Kazviniens
contre Ibrahim Merznbân. De nouveaux travaux
furent entrepris sous la direction de l'émir Abou Ali
Djâféry. En 5y2, Sahèb Sadr ed-din Mohammed
ben Abdallah el-Meraghi , vézir de Sultan Arslan le
Seldjouqide, ordonna la reconstruction complète du
mur d'enceinte et de nouveaux travaux de défense.
Ce fut l'imam Saïd Djémal ed-din Baboueïh le Ra-
feïte qui en dirigea l'exécution. Les Mogols, en en-
vahissant la Perse, rasèrent les fortifications de Kaz-
vin , et depuis lors elles n'ont plus été relevées. Peut-
être la Providence permettra-t-elle à une autre main
de les rétablir (12).
II.
Conquête de Kazvin et conversion de ses habitants.
Voici ce que rapporte l'auteur du Livre des pays
<jt*xXJî <t>Ia5'(i3) : «Ce fut sous le règne d'Omar
que Béra ben Gharèb et Zeïd-el-Kheïl , de la tribu de
Thaï , vinrent mettre le siège devant la cité construite
par Châpour ( zou'l aktaf) (16). Ils trouvèrent une
résistance opiniâtre , et avant de donner un assaut
définitif, ils offrirent aux assiégés d'accepter l'isla-
misme , ou de se soumettre à l'impôt du kharadj ;
mais ceux-ci leur crièrent du haut des remparts :
« Nous ne voulons ni de votre religion, ni du tribut
« que vous réclamez. » Le siège fut alors poussé avec
plus de vigueur, toutes les communications furent
364 OCTOBRE NOVEMbhh
rigoureusement interceptées, et les Kaxvinienj «lu
rent <m\ rir leurs portes. Mais Us n'acceptèrent qui-
des lèvres la foi nouvelle, et à peine l'année mu-
sulmane s'était- elle retirer, (juili rr\ lurent i !
première idolâtrie. Une seconde année fut ei
contre eux, sousJes ordres d'Abd er Ilahman el II
rèthy. La ville fut reprise; les habitant < onv.um fl(
de l'inutilité de leur résistance, acceptèrent avec une
entière franchise la sainte loi du Pi <t adop-
tèrent, avec le sèle le plus sincère, les dogmes et
les pratiques de la vraie religion. » A l'époqui
différentes sectes prirent naissance, un petit nom.
d'entre eux adoptèrent la doctrine d'Aboi i II mil
ou se déclarèrent pour la maison d'Ali. !.. quartier
de Destdjérd fat leur résidence; la majorité des ha-
bitants se conformèrent aux préceptes de Schafey.
A l'exception de quelques juifs qui vinrent s'y éta-
blir à diverses époques , on ne vit jamais à Kaxvin
d'autre religion ou des sectes différentes. Par v
.!- I.i oon quête , la ville même et le canton de Qaqzan
(yl>*b) (16) tmi'iii maail » ladimc; le reM< <l< l.i
plaine paya le kharadj après mi .-II- lut conquise par
Arwa, fils de Zeîd des Béni Thay, sous le règne
d'Omar.
III
Dépcaduett de U villr
Lorsque Haroun er-Réchid éleva la ville mod<
la localité de Béchariat (vJ^Uy), un- partie de la
plaine de Rey, le canton de Ramend («xjuIj). un.
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 265
partie de la plaine d'Hamadân , la ville d'Abhar et
une portion du canton de Qaqzân soumis alors à la
ville d'Abhar, furent, par ordre du khalife, annexés
à Kazvin en raison de leur proximité, et cette ville
forma une province distincte. A la mort d'Haroun ,
les gouverneurs mirent la ville sous leur dépendance
directe. Quand Mouca , fds de Bouqa, construisit les
remparts et accrut la population en attirant à Kazvin
les habitants des localités voisines , il fit de cette ville
le chef-lieu de la province , et lui donna de nouveaux
territoires. C'est ainsi qu'il prit à la province de Rey
les localités de Zehra lyfr), Kiha L^j> et Marzouhi
Svj\" '■> ^ Hamadân etTaliqan , il enleva Kharraqaneïn
(jvjtf^etleKheroud inférieur Juu* ^^y^\ enfin, il
pritauDeïlemSéfèdj j£»A Kasrel-Béradin ^sSjjùSyoL»
et Pechkel-Dèrè Sjà J^fio . A la mort de Mouça , de
nouvelles révoltes éclatèrent parmi les gouverneurs
mécontents de ces remaniements faits sans leur aveu.
Abou Melik Hinzala (&ià^) , fils de Khalèd et-Te-
mimy , homme très-puissant et qui habitait ordinai-
rement Kazvin , profita du crédit dont il jouissait
auprès des khalifes pour proposer une transaction.
En conséquence, Kiha et Marzouhi furent rendus à
Rey, et Kharraqaneïn à Hamadân. Quant aux autres
territoires , ils furent définitivement annexés. Sous la
domination des Djaférides, la province s'agrandit
encore ; elle renfermait alors , outre les localités men-
tionnées : Abhar, Zendjân, Tharèrneïn i^^j^,
.60 OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
kliarraqàn yïj** , Kahmet Abad , Sidjas <j-C*s , Dit
\l.ad i.î i, K.t./ kun.iu JJà Js*K. I II, ,k un ~KjJ>.
Toutes ces annexion^ de ttiiitoires sont au t lien ti(|ues.
et établies par d'anciennes chartes ouactesjundit|u.
\ l'avènement de la dynastie mogole, la famille des
Iftikhariens reçut le gouvern m. ut de la province,
qui s accrut encore des villes de Sava, d'Ava et de
Djehroud ^^-y»-. L'ensemble de ces localités forma
un toman (i 6).
Lies kaiviniens. la banlieue de la ville, les gens
de Zébra et une partie des habitants d'Abhar, sont
chiites; ceux de Béchariat et de Sefedj sont du 1 1 1 -
lianéfite. Les autres cantons ont adopté les préceptes
de Chafcy. Quant aux habitants de Qaqxan si de
Destdjérd, ils professent en secret la doeti
Maxdaq et méprisent toutes les autres sectes.
I\
Rivttm, cowt «"•au, cassai «t conduite a"irrigaboa.
La province de Kazvin n'est en général arrosée
que par l'eau provenant de la fonte des neiges; car
les sources y sont très-rares (17). L'eau n'arrive en
ville que depuis le commencement de l'hiver jusqu'à
la fin du printemps , et se partage en quatre cours
différents. Le premier est nommé Derèkk ( £ja ) ;
il traverse la ville et cause quelquefois des craintes
sérieuses; car il domine tous les Jardins, tint inté-
rieurs qu'extérieurs de la ville à l'occident, ;•
qu'un»- partie m D6fd .-t au sud vers les q
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 267
de Djoussaq et d'Abhar; le second est l'Arterèk
( ciïJSjî) , qui coule à l'ouest et au nord, du côté des
quartiers de Destjérd et de Daméghan; le troisième
est le Zarèh (*;!)), qui arrose une partie limitrophe
au quartier d'Abhar, au dehors de la ville. Les deux
derniers ont moins d'importance.
Tous ces ruisseaux , à part, le quatrième , se croi-
sent autour de la ville , et leur parcours , ainsi que
je l'ai vérifié moi-même, est d'environ trente mille
djérib, en calculant pour un djérib soixante pieds car-
rés. Grâce à cette abondance d'eau , tous nos jardins
sont d'une merveilleuse fertilité , et il est difficile de
trouver un pouce de terrain qui soit resté abandonné
et sans culture.
A l'exception du canal creusé par ordre de Mélik
Saïd Iftikhar eddin, qui l'affecta au jardin de son
propre tombeau, tous les autres canaux sont du do-
maine public , et ne peuvent être réclamés comme
propriété particulière. Primitivement l'eau était four-
nie par des puits dont l'un avait plus décent coudées
de profondeur. Lorsque Hamza, fils de Yeç'â, gou-
verneur de Koum, fut nommé gouverneur de Kazvin
par Sultan Mahmoud, fils de Sebuktéguin, il fit
creuser un canal aboutissant à la grande mosquée et
traversant presque tous les quartiers. Ce canal est
obstrué maintenant. Un autre conduit , qui passe dans
les quartiers de Dameghân et de Rey, est dû à la
princesse Arslan Khatoun , fille d'Alp Arslan. On ra-
conte que cette princesse venait quelquefois camper
auprès de Kazvin, qui lui avait été donné en fief
OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
pour ses dépenses particulières. Un jour les ha lu
tants. très incommodas par lr manque d'eau, mu
Mut trouver la Lliatoun |>our lui d< de vou
loir bien autoriser le pci< • m<-ul don «anal; ils la
trouvèrent assise sur le devant de sa tente et fil
La voyant absorbe» i.iv.ui . ils craignirent <1<
la distraire et gardèrent le silence; mai*, la lille du
toi, i\(< une rare pénétration d'esprit. romj)iii U
iin.ti! ai Un \i>it.-. .t flic leur dit ivte doucem .
«Le fuseau est l'ornement des tu unes chastes; car
leur esprit, occupé par ce travail, ne s'arrête pas
mu des pensées coupables. Je sais que vous a v •/ une
requête à in'adresser et que mon rouet est la cause
de votre silence; faites-moi connaître l'objet de votre
.!rm m, |,-. ..fm qui- j*- puisse > donn.r mon eonsen
tement. » Les solliciteurs, encouragés parce n<>l>l,
langage, exposèrent leur requête, et la khatoun lit
immédiatement commencer les travaux ; elle ne vou-
lut mèiin- quitter la ville qu'aprèf .i\<>ir vu l'eau se
répandre dans les conduits. Un autre canal , le kham-
marlacki, parcourt tous les quartiers et se déverse
dans la campagne; il fut fait par ordre d. kli.unmar
Tacli el-Amoui . vers Tan 5oo.
Il faut mentionner enfin le canal royal, construit
par ordre de Melik Sud ^ ..lu.. Utikh.u i. pour !
tien d'.\l)li.ir, de Rej • l d Enlevai L'eau des ojmuo
que nous venons de mentionner est exclusivement
réservée à r alimentation publique al M service des
bains m. us elle ne doit pas t • 1 1 • - employée à lai
icnt des jardin ni des rh.nnps. un pareil usage
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 2G9
est contraire aux intentions des fondateurs de ces
vaqfs.
V.
Mosquées, cimetières et tombeaux vénérés de Kazvin.
La grande mosquée, dite Mosquée de l'Imam Sclia
fey, est de plusieurs époques. L'oratoire principal fut
construit ou agrandi par divers personnages qui y
attachèrent leur nom, avec le droit, pour leurs des-
cendants, d'y exercer les fonctions d'imam. Le petit
oratoire , à l'occident de la chapelle et du passage des
deux cellules ((^^W), est dû à Abd el-Djebbar ben
Hatem. La grande chapelle, avec son portique, fut
construite aux frais de l'émir Khammar Tach ; coin
mencée en 5oo , elle fut terminée au bout de neuf
ans. Plus tard, Saïd Hadji Fakhr eddin fit recons-
truire la voûte et la toiture de ce portique , qui me-
naçaient ruine , et il ajouta un autre parvis à l'orient.
Celui qui est tourné vers le nord est du roi Mozaffer
eddin Alp Argoun Khan (548 de l'hégire).
La mosquée dite des compagnons du Prophète fut
construite aux frais de l'imam Abou Hanifa. Le roi
Alp Argoun et Khadjèh Ezz eddin Hanefi l'agrandi-
rent.
La mosquée de To us (&y) fut fondée par Moham-
med ben HaddjadjThakefi, sur l'emplacement d'un
temple païen. Quand les Razviniens embrassèrent
l'islamisme, ce fut là qu'ils célébrèrent d'abord la
prière du vendredi; mais les chiites prétendent qu'Ali
y fut insulté, et ils ont de l'éloignement pour cette
270 OCTOBRE-NOVEMBRE 1837.
antique mosquée. On croit que la chapelle de Se-
krè (»jym?) a été également élevée sur les débris
d'un temple du feu. Il faut citer encore la mosquée
des Muradiens. fondée par Murad et agrandie par
Fakhreddin Mustôfî. 1 1 enfin l'oratoire situé au boni
du cimetière dans lequel repose le vénérable cheikh
Saïqali.
Kazvin compte un nombre plus considérable de
mosquées ou de chapelles; mais celles que nou>
nons denumérer sont les plus fréqu m | r.mse
de leur sainteté ou du souvenir qu'y ont laissé plu
sieurs saints illustres.
Les cimetières sont compris dans faHérienf <l< I •
ville. I*e plus vénéré est celui qui est situé a l'est eu
quartier de Rcy . à l'ouest d'Krdeval , au nord <lu < h •
ristan, et au sud des remparts. Son nom pr unit il étnil
K6ktnh0rj4iJ>i et hnjtjB n ■< lut Kmnher, (>n ei
plique ainsi cette dénomination : « tu n'emportes dans
la tombe que tes bonnes ou mauvaises actions • (lin
fais et emporte jî Jf).
C'est là que se trou \< !.. tombe «l'un lil.s <le l'imam
Riza, mort à l'âge de deux ans. sous le in m m I llu - m.
les tombes dlbnMadjèh le traditionniste , de kliair
en-Nissadj , de Cheikh Ahmed Gaxali et d'autres doc-
teurs renommés (i 8). Quelques tombes respectables
se trouvent aussi près du lieu nommé Porte de mate
JUi^à. C'est dans le même cimetière de Rotinbcr
qu'on voit le sépulcre de ce jeune homme dont
Cheikh Alek rapporte une anecdote surprenant'-
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 271
Ce jeune dévot, absorbé par l'amour divin le plus
pur et le plus exalté , se présenta chez le cheikh et
le supplia de lui laisser faire avec lui le pèlerinage
de la Mecque. Le cheikh, qui observait le jeûne le
plus rigoureux pendant toute la durée du voyage,
n'accueillit pas d'abord sa demande, persuadé que
ce jeune homme n'aurait pas la force de supporter
les fatigues et les austérités de la route; mais, vaincu
par ses ardentes prières , il consentit enfin à l'emme-
ner. De Kazvin à Bagdad , et de Bagdad à la Mecque ,
le cheikh vit avec admiration que son compagnon
l'imitait, le surpassait même dans toutes les prati-
ques austères et les privations qu'Alek s'imposait à
lui-même. Son zèle ne se ralentit pas au retour. Enfin,
au moment où la caravane des pèlerins touchait aux
portes de Kazvin , le cheikh voulut savoir le nom de
cet édifiant disciple ; mais à toutes ses questions ce
dernier opposait le silence le plus impénétrable. A
peine entré en ville , il quitta le cheikh et disparut.
Peu d'instants après , Alek rencontra une femme qui
était venue au-devant de son fils; il la questionna,
la reconnut pour être la mère de son mystérieux
compagnon et lui demanda la permission de l'accom-
pagner dans sa demeure. Il avait à peine dépassé
le seuil de la porte, que le jeune homme, qui était
prosterné et priait avec effusion, se leva, et, regar-
dant le cheikh, s'écria en poussant un douloureux
soupir : et O mon Dieu , puisque tu as dévoilé mon
secret, envoie vers moi l'ange de la mort! » En effet,
il mourut dans la nuit, et ses restes furent déposés
Hf OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
dans If kor >uanl au < heikh Alek, il . «si . n
terré dans l«> < imrtière de Djnussaq, qui est r«|>ut.
favorable aux prières.
Dans l'origine, lorsque ki /\m n o m posait
que de quelques faubourgs isolés, les nécrojx
étaient dans 1.- voisinage de « lin un de ces faubourgs.
Plus tard, après l'achèvement de la murailN d
tous les i ayant été enclos dans v
muraille , les cimetières se trouvèrent ég-a I
l 'intt ru»ur de la ville, ce qui est contraire à l'usage.
En outre, plusieurs mosquées, chapelles et collé-
renferment des tombes vénérables et souvent mm
tées. bien que l'imam Said Imam tddin Kafey s'élève
contre cet usage de dépoter 1rs corps dans |«-s lieux
IflBtinrs .. la j.ii.i.-. Il nOtlt MM dans 1rs vSb§tS
des environs quelques tombes qui attirent la foui
et quelques-unes sont si anciennes, qu'on ignore è
qui elles appartiennent.
\l
Du
pmonnfoi Bloatrc». compagnon* do Prophète, iomo».
cheikh*, rai* et prince* qui ont habité Kaivm
Nous avons dit plus haut que Béra, fils de '
rèb, après s'être emparé de la ville, y laissa une gar-
nison arabe pour la défendre contre les !)• -il» miens.
De leur lignée sont sortis plusieurs docteurs , q u 1 < i a »
pendant des siècles illustré Kazvin; maisaujourd lun
nos professeurs et nos prédicateurs n'appartiennent
plus à cette race; ce sont souvent des étrangers pris
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 273
à gages. Zeïd bcn el-Kheïl et Vélid ben Okbah , Abou
Horeïra et Abou Dodjana , furent les chefs de la pre-
mière armée musulmane chargée de la défense des
frontières. Ce dernier eut sous son gouvernement
toute la plaine avoisinante (19). Dans les rangs de
cette armée, on remarquait aussi Ibrahim, fils de
Yezid; Semmak et son fils Açed, qui, tous les deux,
s'attirèrent, par leur valeur, les bénédictions d'O-
mar; Chems ben Othba, dont le cheval fut vendu
/1000 drachmes et la cuirasse 3ooo drachmes; Ahnef
ben Qaiss , etc. . . . Parmi les compagnons d'armes
de Béra était Thalha ben Khoaïled el-Açedi, qui
s'établit après la conquête dans les environs de la
ville, et devint le chef d'une nombreuse famille , dont
quelques héritiers existent encore et portent son sur-
nom.
Le saint imam Ali ben Moussa Riza , fuyant la per-
sécution, vint chercher un refuge à Kazvin, et fut
recueilli généreusement par Daoud ben Suleïman
Ghazi.
Un autre rejeton de la famille d'Ali, Iahia, ar-
rière-petit-fils de Hussein , demeurait à Kazvin, où son
savoir et ses vertus , autant que son illustre origine ,
le faisaient considérer comme imam par la plupart
des docteurs. Informé que le khalife Haroun er-Ré-
chid avait donné l'ordre de l'arrêter et de le con-
duire à Bagdad , il fut contraint de s'éloigner de son
séjour de prédilection, pour se réfugier auprès de
Hassan, roi du Mazendérân. Le khalife eut recours
à une ruse qui lui fut suggérée par Fadhl ben Yahia
». 19
/.
v
174 OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
le Barmecide. Il fit écrire mi«' lettre, revêtue du - 1
. lui de t.>ii> les •|.ulis de Bagdad, et dans Upifllc
Vili.i se reconnaissait comme ton fidèle sujet. Il
aftfWt le même Fadlil auprès de II issao pour foi
iiiiiiuniqu* r cette pièce et exiger l'extradition du
jbscendunl d Vu Tom Iti Ateteurs, intimides p.ir
les mm. m aj .1. |.i . uur «I' | Mjal -ni . |>n>i limèrent I.»
v ilidité de cette lettre, qu'au fond du cœur ils sa-
vaient n'être qu'un odieux mensonge, et la • heJ dn
Maxendéran dut obéir a cette apparence de légalité.
Quand Yahia arma a Kaxvin. sous la conduit* du
Barmecide, il apprit que les habitants avaiem i
leur témoignage à celui de ses eoneuu >
• Gens de kasvin, que Dieu confonde vos paroles
(fX-OS'i -ut» ç** tjsjpl sisH VH» On ,ttnl>ue à
cette imprécation tous les malheurs qui tombèrent
plus tard sur notre cité i*o).
Il faut reconnaître eepetulant que Kaxvin profila
souvent des visites que lui tirent les princes ■hbop
sides, et not. minent II ll.uli . t ll.iroun er llécrml
Ce dernier y séjourna quelques temps pendant
expédition dans le Khorasp < e fut alors qu'il
diminua les impôts et les corvées de la v
teneur de la lettre qui fut délivrée à cette occasion
«Au nom de Dieu clënn-m i I miséricordieux
m L'esclave de Dieu Ha roui i
tants de kaxvin.
« Vousaves exposé au prince des croyants que. votre
ville étant sur la frontière et dans le voisinage des
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 275
ennemis, vous étiez sans cesse obligés de pourvoir à
l'entretien de vos armes, de vos chevaux et de vos mu-
nitions pour combattre les Deïlémiens ; que le prince
des croyants avait confirmé entre vos mains la pos-
session de vos terres, de vos jardins et autres biens,
et les avait exemptés du kharadj . Vous nous avez de-
mandé la promulgation et l'expédition de cet ordre.
Le prince des croyants , désireux de vous prouver sa
bienveillance et d'augmenter vos ressources de dé-
fense , a accueilli votre demande , et ordonné à ses
agents de ne vous inquiéter en rien. Que tous ceux
qui liront cet écrit y ajoutent foi et se gardent bien
de résister à Tordre de l'émir. Écrit par Ismail ben
Sabah, à la fin du mois de zil qadèh l'an 1 89 (2 1). »
Le séjour des princes seldjouqides ne fut pas moins
favorable à Kazvin. Ainsi, le sultan Mélik Schah, au
milieu des troubles qui agitaient son empire, n'ou-
blia pas l'état déplorable dans lequel les incursions
des Deïlémiens avaient mis cette ville, et, pour y
remédier, il y établit, comme gouverneur, le fds d'un
de ses esclaves, Tpurân, avec ordre de se marier
dans le pays et de veiller avec le plus grand soin à
sa défense et à sa prospérité.
Sultan Arslan établit à Kazvin son quartier géné-
ral lorsqu'il assiégea la grande place des Ismaéliens ,
contre laquelle avait échoué son oncle Mess'oud, et
il ne s'en éloigna qu'après la prise de cette place, à
laquelle on donna alors le nom de Arslan Kucha.
Les nobles familles de la ville furent toujours dis-
posées à accueillir les rois, qu'ils fussent dans la pros-
»9«
176 OCTOBRE NOVEMBRE 18'
pcritéoudans l'infortune. Ce fut ainsi «ju mules mem-
bres dr la famille kermani, lope clans i
(y**^^). recueillit rhc/. lui Mohammed, til- du
roi de khin/m luv.mt devant les Mogol- . aaj|
ibekSaad ben Zengui, poursuivi par le kluream
Schah, trouva asile et protection chei Emad eddin
Zakani. On remarqua que, maigre la disetd
gnait alors, son hôte dépensa la moitié de son b
pour que l'illustre réfugié trouvât ch> hn une hos-
pitalité princière. Saad, devenu prince du Fars,
n'oublia pas ce qu'il devait à Zakani; il le I
m. et lui donna mille preuves de sa muni
nce et de son amitié. Un autre personnage cl'
famille des Imkhariens eut chez h:i pendant huit
jours, le sultan Abqai Khan, suivi de son fils <-t de
toute sa cour, et sa fortune était assez considérable
pour qu'il put défrayer tout son mon.! ma-
gnificence, et sans PÉOOHÉ a un emprunt
Il serait trop long de citer tous I
gneurs de la cour mogole qui passèrent à K
et se plurent a y résider (ai).
Ml
Gouferoeur» de ta protince de kâivm , deptm la ronqu^ir
jatqa'a no» jour*.
Sous les anciens Kosroês, alors que kazvin était
renfermé dans l'étroit faubourg construit par Châ-
pour, les gouverneurs de la province n'y résidaient
pas; ils passaient l'été à Roudbar et l'hiver à Rey.
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 277
Lorsque la lumière de la foi éclaira notre pays,
voici , d'après l'ordre chronologique , la suite des gou-
verneurs qui l'ont administré :
Khalifat d'Omar. — Abou Dodjana Semmak l'An-
sarien; Kéthir ben Ghéhab el-Hareçy.
Khalifat d'Osman. — Saïd ben el-Ass el-Amouy,
délégué par Valid ben Okbah.
Khalifat d'Ali. — Rebi el-Khaïthem: de Koufa;
Aboul Arif el-Ardhi ; Merreh ben Schoraïl , de Ha-
madan; Obeïdah ben Amr Selmani; Kortah ben
Abtah.
Règne des Ommiades. — Hadjadj ben Youcef , qui
gouvernait toute la Perse, donna à son fils Moham-
med la garde des frontières. Lorsque Yezd ben Mohèl
lèb succéda à Hadjadj , les gouverneurs de Razvin fu-
rent : Nesseh ben Moslem ; Nasr ben Siarkesan (?).
Règne des Ahhassides. — La famille des Barme-
cides eut d'abord pour appanage particulier le gou-
vernement de la Perse et du Khorassan.
Ali ben Yssa, fils de Mabân ^LaU ^\ , leur suc-
céda.
Sous la domination des Thahèrides, la province
eut des gouverneurs particuliers, qu'il serait trop long
d'énumérer.
Le khalife Mo'tassem , informé des incursions in-
cessantes que les Deïlémiens faisaient sur celte fron-
tière de l'empire , et convaincu des dangers qui pou
vaient en résulter pour ses états s'il les laissait im-
punies , enleva Kazvin aux gouverneurs de l'Irak et
du Khorassan , et donna le pouvoir civil et militaire
178 < rOBKt-NOVfcMBIlh 161
de la province à Bedr, fil» de raklir t d I )< mlèh Abou
Mansour le koulien, qui était de la race de Hourr
ben Zeîd. Ce cbef s'y établit l'an ja3. et pendant
près de deux siècles sa famille conserva ces fonctions
avec le surnom de l'Ain • «I D .1 ..m ingt-
huit ans, l'autorité de la maison d'Abbé ne lut pas
contestée. Haean ben Zeîd, s'étant revoit- i ontiv l.i
cour de Bagdad (i5i de l'hégire), occupa la pro-
viner pendant deux ans. Mouea ben Bouqa la rtatitu i
à ses premiers possesseurs ( 1 53 ) , et pendant huit ans
encore les Fakhr ed-Doulèh l'adn ; ut
Quand les Samanidcs prirent aux Béni Leis le
Thabaristin. le Masenderàn et une partie de l'Iraq.
Elias ben Ahmed fut leur délégué à Kaz\
deux aux. '
Eu 39a . les khalifes, rentrés en possession de ces
états, replacèrent r'uihr ed-Doulèh XII à lu t. I i
la province, qu'il administra pendant vingt-sept ans.
Sous le règne des Bouetdes (3a 1 ), la iiiênsfifcl
nulle tut au pouvoir pendant près d'un siècle, Hoâ
que l'attestent les chartes et brevets conservés dans
ses archives.
iai, sous le règne de sultan Mahmoud le Gai-
r de cette maison mourut, en laissant
un li h unique trop jeune |K>ur pouvoir succéder à
son père; Mahmoud donna à un favon
kunuti. la juridiction du conseil d'état, charge qu'il
nomm.i a**«i Telle est l'origine des fonctions de
mustôli , (]ui ont toujoturs subsisté depuis. Jusqu'à
reste époqui lei kaxvinicm étaiern i.-ir., isièiei
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. ftfg
aux préceptes de la sainte religion, ils n'avaient pas
mangé le pain du doute, et Dieu les avait récom-
pensés de leur piété en ne leur donnant que des chefs
vertueux et intègres. Karasti, homme fourbe et cu-
pide, jeta le trouble dans cette heureuse cité, pour
pouvoir l'opprimer avec plus de facilité. Il réunit un
jour les notables et leur dit : «Ce que j'ai à vous
demander est une chose bien minime ; car mes goûts
sont modestes, et la modération nous est commandée
par le livre divin. Je désire que chacun de vous m'ap-
porte seulement un certain nombre d'œufs; je les
ferai éclore, et le produit de mon poulailler suffira
à toutes mes dépenses. »
Les Kazviniens , touchés de la modération de leur
chef, s'empressèrent de satisfaire à sa demande, et
les œufs furent déposés dans un vaste grenier. Le
lendemain , Karasti les convoqua de nouveau : « J'ai
eu un songe , dit-il , qui me prouve qu'en vous pre-
nant une portion de votre bien, quelque minime
qu'elle soit, j'ai enfreint les lois de la justice. Allez
dans ce grenier, et que chacun de vous reprenne ce
qu'il a apporté. » Mais les habitants , dans leur en-
thousiasme, avaient négligé de désigner, par une
marque particulière, leur redevance personnelle.
Quand il fallut procéder au partage , on ne put s'en-
tendre; il y eut contestation , rixe, et le sang coula.
La mésintelligence régna dès lors parmi eux, et le
perfide gouverneur en profita pour faire peser sur
eux le joug Je plus lourd; mais il ne jouit pas long-
temps du succès de son stratagème; caril fut tué. un
HI KihKK \u\LMbKt l»57
m ..pu •> dans DM M(litH)ii populaire iS >uu Mie
cesseur lut Hamza, h! il- \eç'à, qui réunit ce gou-
vernement i ceJui (ir Kuum, pendant deux ans. Après
lui, I «iiur Cbérif Àbou Ali Mohammed Djaieri et
ses enfants gouvernèrent le pays pendant soin:
ans. Le dernier rejeton de cette famille fut Abou Ali
Cherèf Schah , fils de Mohammed Djaieri. Ce gouver-
neur, propriétaire de presque tous les village*
et d'un grand nombre de greniers et de jardins, avait
un revenu de 36o,ooo dinars d'or; sa table absor-
bait chaque jour six cents mou de pain et cent vingt
de viande, poids de Kaivin. Malgré cette immense
fortune , il était sans faste et sans ostentation , et sor-
tait vêtu de la farun l.i plus modeste, II uiouiut en
hSà , laissant ce riche héritage à une fille unique.
Celle-ci. d'une imprévoyance et d'une prodigalité
sans borne, dépensa en peu de temps imh 1
de son père , et on la vit, à la fin de sa \
der son pain dans les rues à la charité publique
I plede l'instabilité des biens d un ni
qui prouve que l'homme ne doit ici-bas songer qu'aux
provisions nécessaires au suprême voyage.
Ne te Uisse pas séduire par l'appât des richesses et les joie*
de la vie;
La fortune e»i une eau courante, et la vie tint mfiik
romun Ir vent.
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 281
Au dernier des Djafèrides succéda Emad ed-Dou-
lèhTourân , fils d'Alfakacht, esclave de Melik Schah.
Ce personnage et son fils exercèrent nominalement
le pouvoir pendant cinquante et un ans; mais, re-
tenus à la cour par leurs fonctions, ils déléguèrent
leur autorité à un esclave, nommé Zahèd Kham-
mar Tach. Celui-ci, homme pieux et juste, remit
de l'ordre dans l'administration , contribua à l'em-
bellissement de la ville, et y fonda, ainsi qu'à la
Mecque, un grand nombre de legs d'utilité pu-
blique, à l'usage des Kazviniens. Il mourut en 53o;
mais déjà quelques années avant sa mort il s'était
éloigné des affaires pour se consacrer à Dieu. Son
agent fut un certain Yça Nasrani. A la mort de Al-
fakacht, fils de Touran (2/»), les imams de Kazvin
demandèrent un gouverneur à la cour de Bagdad ;
le khalife Moktafi désigna un de ses esclaves, nommé
BouraTKjouch Bazdar jtajl* jj*. Ji jjj , qui fut le chef
d'une famille qui gouverna la province pendant cent
seize ans. Le dernier rejeton fut Mélik Naçir eddin
Bouranqouch. Sous la dynastie mogole, Mohammed
Iftikhar eddin reçut de Sultan Mengou Qaân le gou-
vernement de Kazvin (65 1 de l'hégire), et le parta-
gea avec son frère Imam eddin Yahia pendant vingt
et un ans. En 67*7, on vit également deux gouver-
neurs, l'émir Amr le Chirazien, et Khadjèh Fakhr
eddin Mustôfi. Jusqu'à la fin du règne d'Oldjaïtou
Khân , le pouvoir se maintint presque toujours dans
la famille des Iftikhariens. Enfin , à l'avènement de
Abou Saïd Behadour Khân (que Dieu prolonge son
Ml OCTOBRE-NOVEMBRE 1857
règtel . I.i proutuv ,i été tlAiiiire j>;u le Millau .1 ■
graixl m. 1. , Goundjèli khatouu, o**** **?£* P***
les dépenses de sa maison
VIII.
Nomenclature des principale» famille* de Kaivin, de tes *&•
elde se* docteur».
Les familles ies plus notables de cette province
( toutes d'origine arabe (a 5). Lorsque Mouça ben
lioti<| 1 < 1 wivertit en dm râla iatpotttuit I antique
K >sroès, il invita, sur l'ordre du kbalife,
les tribus ré|>aiiducs dans les environs à te réunir
I nis l'enceinte même de la ville. Quelques-unes ré-
pondirent à cet appel, tl u mêlèrent à la population
primitive. A cet deux éléments anciens s'ajouta , plus
tard , une autre classe plus distincte ; car l'usage éta-
blit que, lorsque un citoyen parvenait à un grade
éminent ou se distinguait par son mérite, son m an
se transmettait i tes descendants. Telles sont les trois
sources d'où dérivent les maisons illu>tn.'« du pays.
Avant d'en donner l'historique , il est convenable de
citer succinctement les descendants du Prophète, les
• beïkht et les docteurs qui ont répandu tant d'éclat
sur cette ville privilégiée.
Si , parmi les plus anciennes familles du monde
• Ile des Seïds est la plu> m la plus digne de
respect , on doit re< ; e aussi que les rejetons
de cette race qui ont liabite ou habitent kazvin, se
sont montrés dignes .1. I.ni tfng jui la part ■!• pV
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 283
leur foi et par leurs vertus. On n'en vit jamais un
seul invoquer son titre de noblesse pour vivre aux
dépens du public. Tous ont honoré les fonctions
qu'ils ont choisies , et plusieurs même ont mérité
le nom de saints. Tels sont Seïd Riza, Seïd Emad
eddin , Abdel Azim , le chef de la noblesse de son
temps, homme pieux et bienfaisant autant que riche ;
il mourut sans postérité, mais sa mémoire nous est
encore chère ; Seïd 'Ezz eddin Ahmed , qui fut na-
qib de nos jours. Ce saint homme fréquentait le
cheïkh Djémal eddin, et ses enfants soutiennent
l'honneur de son nom; ils sont de ceux qui s'abstien-
nent d'insulter les compagnons du Prophète (2 6) (<-*-*«» j^
«xjj^jlsî *j^?). L'un d'eux est le noble Mohammed
Huçeïny, grand juge de la province de Sultanièh, et
de tout le ressort de Razvin , d'Abhar, Zendjân etTa-
rèmeïn. Il appartient â l'école de Schafey.
Nos docteurs méritent un égal tribut d'éloges , au-
tant par leur connaissance profonde des traditions et
des lois que par leur piété solide et éclairée. Ils ont
toujours eu de l'éloignement pour les sciences qui
peuvent nuire à la religion, et ont consacré tous
leurs efforts au soutien de la foi et à la propagation
de leurs doctrines. Quelques-uns ont dû à leur mé-
rite d'être appelés aux fonctions de grand vézir.
LISTE DES FAMILLES NOBLES.
KiL»jl^vj| (Race arabe).
Le chef de cette famille fut Iftikhar eddin Mo
JM M» MU NOVEMMI 1857.
Ii.iinii.il McLri, descendant du kbalife Abnu lirkr
Le plus illustre de ses descendants a et» Vléiil Said
Iftikhar eddin Mobamnn I ben Abou Nasr, lune des
notabilités de Kaivin sous la dynastie mogole. Non-
seulement il se distingua par son mérite dans sas
fonctions de rbancelier et de trésoru i , m.ii> il cul
tiva aussi les lettres avec succès. Il possédait à fond
la langue mogole . et faisait autorité parmi les savants
de cette nation ; il a traduit en cette langue le livre
de kalila et Dimna (37), et les Àveniui. > d Smd
bad, en turc. Ces deux ouvrages passent pour <
des modèles de diction H fut appelé à la cour, sous
le règne d'Oktay Qaâo , pour y faire IV
Meugou Qaàn. Ce prince, en montant sur I
n'oublia pas ce qu'il devait à son précepteur, et lui
donna le gouvernement de la province. Util bar cd
din mourut l'an 678. bissant une fortune considé-
rable à ses frères. — Mclik Saïd Yahia. gou\
d'abord de kaivin, puis de tout I liât persan. Ses
propriétéf « tai.nt immenses, À ce point qii> ! /
nui jusqu'à Yeziçérd, il pouvait voyager sans so
de ses domaines. Un de ses frères, Main
verna le Mazcndcràn; un autre, Ahmed, le Gonl
jistau, et un troisième. I lin Baba, la ville de
Diarbekir. Vdua mourut après tous ses frères, à
Bagdad , où il fut enterré (rebi ul akhér 700 de 1 lu
gire). Un an après sa mort, il ne restait plus mu il
son immense fortune. — Saïd viUlm Baba 1 t m fiai
Ismail, de la mcinc famille, ont laisse def poésie*
esthn
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 2.S5
(jUjîijU (Race turque).
Le chef de la famille fut Bouranqouch Bazdar, es-
clave du khalife Mouktafi, qui lui donna Kazvin à
gouverner ; il prit alors le nom de Mozaffer eddin ,
qui resta à sa famille avec ses hautes fonctions. Fies
descendants actuels vivent dans l'obscurité.
(jl»jL&j (Race arabe).
Maison recommandable, dont le représentant le
plus connu est Khadjèh Yzz eddin Beehari, l'agent
de Saïn Khân.
rjlAJUÔwJ (Race persane).
Tirent leur origine de Borhan eddin, issu de l'an
tique tribu des Keyâns. Us sont fixés à Tébriz.
ijUXiuû (Race arabe).
Issus de Houda (*^y&) Hanéfi, chef des Arabes
du Yemama, du vivant de notre glorieux Prophète.
/jUvJÎjA^ (Race arabe).
Ainsi nommés de la ville de Houlvan, dont ils sont
venus. Un des ancêtres maternels de mon père qui
gouverna Rey était de cette famille.
/juOOwi» (Race arabe).
Issus de Khaled ben Welid el Makhzoumi (28),
M OCTOBRE-NOVEMBRE IB37
ils se partagent en deux branches. La première vint
du (iiiil.n; .-Ile compte plusieun SOufil distingués,
■ ntre autres, Scheikh Nour eddin Keil ( J^>
< onde, venue de Zendjân, eut pour cli
li eddin Ahmed, qui, pendant quatre ans, gi
verna l'Irak persan, tandis que son frère, Molla
Qotb odd m an était le grand juge.
,jVaM^ tiu*. «••»).
Issus d'Osman ben Assin. L«» lom tions I j-iolt
râleurs du rite de Schafey leur sont dcvolu< //
khalili est l'auteur du livre nommé >\mjlt qui
une histoire de Kamn . il a laissé encore d'autres
ouvrages (39).
Cette famille ne comni qu'à Molla Saul. le
célèbre docteur. Hadj eddin Ali k.ulii. qui en est
sorti , était d'une érudition prodigieuse dans
sciences métaphysiques.
<jl«àtt l'IWrinb»).
Rafey ben Khadi'. l'Ansarien , contemporain des
premiers khalifes, en est le chef. Plusieurs âéi tours
célèbres en descendant Phnam Djemal eddin H.i
bouey, en l'honneur de qui khaqani a «dit un dis
tique connu. Molla Aboul Qassem Abdel le n m (ils
du précédent, a écrit plusieurs ouvrages util' a un
grand commentaire du korau. un ..uir> ^ um
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 287
taire abrégé, le Kitabé moharrar, j^si <-j\&, le livre
intitulé Tédouin, (jjj^', qui est une histoire de Kaz-
vin , etc. Il mourut au mois de zil qadè l'an 62 3 , et
fut enterré dans le cimetière de Kounber (3o).
(jIajI&V) (Race arabe).
La famille des Zakaniens est issue des Béni Khaf-
fadjèh, x>-lii- &*3. Ils ont conservé le sauf-conduit
que notre glorieux Prophète leur accorda après leur
conversion. Ce document vénérable est de la main
d'Ali, et revêtu des cachets d'Omar, d'Abou Bekr
Selman Faressy, etc. Cette famille se divise en deux
branches. La première, dite des Ylmiens, ylxfcs*, a
été illustrée par l'imam Rokn eddin Mohammed, qui
déploya un si grand zèle dans les affaires de religion.
On sait que, sous les premiers princes mogols, une
grande querelle s'éleva entre les sunnites et les
schiites. Rokn eddin Zakani, ardent promoteur du
sunnisme , se rendit auprès de l'émir qui gouvernait
le Khorassan, et triompha de ses adversaires dans
toutes les discussions théologiques. Maître du champ
de bataille et soutenu par le prince , il fit fabriquer
un poinçon, sur lequel était gravé le portrait d'O-
mar, le fit rougir au feu et l'imprima lui-même sur le
front des dissidents. L'autre branche existe encore.
Safi eddin et Nizam eddin Obeïd Allah ont laissé
des poésies et des traités (*iL«j) estimés.
IJrJ-dij (Race arabe).
Ainsi nommés de Moçab , fils de Zobeïr. C'est une
ISS OCTOBHK MiVRMBRE 1857.
famille dfl docteurs. Aboti Suleïman Ahmed e#1
plus connu
Bf remontent à Zadàn. chef dune tribu arabe et
contemporain du Prophète, ainsi que l'atteste un*'
lettre de la main d'Ali, qui les autorise n habiter As-
calon ou kazvin. Mon aïeul maternel, Heibet Allah
Omar, était de - Imam rddii
dans son Tédouin, rapporte, sur son compte, mi
très-singulier : i II I I Allah, dit-il. avait im-
pulsion profonde pour l'usage des pleurcuv
avait souvent recommandé qu'elles fussent bannies
de son convoi. A ta mort, sa f;n longée (bnfl
la douleur, oublia cet avis, et les pleureuses furent
appelées selon la coutume. Mais elles avaient à peine
commencé leurs lamentations, que les anrittinti
épouvantés virent le mort se dresser sur son séant
et se tenir ainsi immobile et muet, jusqu'à ce Mm
ces femmes eussent été éloignées. » La raison . il
vrai, a peine à admettre un fait aussi étrange; mais
n'oublions pas quelle ne peut pénétrer les desseins
de Dieu, et d'ailleurs l'autorité de i imam Kafcy est
aana imposante pour faire acce| comas*
authentique.
j^hwui ( R«cp indigent).
Le chef de cette famille importante était un pauvre
homme de Kazvin . qui portait encore le bonnet de peau
d'agneau. Son fils Hadji B»<lr .-(Min. amassa une
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 289
belle fortune, et fut intendant criminel de la ville.
Un des fils de ce dernier, Houçam eddin , fut le fa-
vori de Bouqa , chef de Yolous d'Argoun Khàn ; il fut
entraîné dans la disgrâce de Bouqa , après avoir long-
temps gouverné le Fars. Un de ses neveux, Medjd
eddin, gouverna aussi cette province.
/j UÇtw * \jo ( Race arabe ) .
Issus de Thaous, fils de Keiça, un des succes-
seurs des compagnons du Prophète. L'imam Abou
Djafar Iraki, de cette famille, fut, d'après le témoi
gnage de l'imam Rafey, le favori de plusieurs prin-
ces, et profita de sa haute position pour alléger les
châtiments et les amendes infligés au peuple. Son
fils, Molla Saïd Ala eddin, se distingua par sa piété
et sa science; il a écrit un traité intitulé iuuX*3. Il
mourut en 672. Une branche collatérale a fourni
plusieurs hauts fonctionnaires et même des grands
vézirs.
(j Luw U* ( Race arabe ) .
Ils descendent d'Abbas, fils d'Abd el-Mothaleb.
La perception des impôts de la province est une
charge héréditaire dans cette famille.
/jLmUI£ (Race arabe).
Le chef de cette famille très-récente est le grand
imam Nedjm eddin Abd el-Gaffar, auteur du livre
m OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
^jUl JL». , ou Commentaire de jurisprodenc* . il lut
une des gloires de l'école de Schafcy. Sa mort arrita
le 8 du mois de moharrem l'an 665, ainsi que l'at-
teste un vers d'une élégie composée en son honneur
par le poète Zakani, qui était ton neveu (3i). La <li
gnité d'imam est restée danj cette famille.
La famille des Filougouck est originaire du D
lem. liorsque la secte maudite des hérétiques en-
vahit ce pays, le chef de cette maison , qui était très-
attaché a l'orthodoxie, quitta son pays et se fixa à
kazvin. C'était un homme riche et bA M lisant, et
son fils , Djémal eddin Filongooch , se distingua après
lui. S'il existe encore des héritiers de ce nom , ils vi-
v< m dans l'obscurité.
Khadjèh Pakhr eddin, chef de la justice au grand
conseil , exerça si longtemps ces fonctions et avec une
telle supériorité, que l'épithète dcçorvt ou « l'homme
de lois » lui resta, et fut transmise à ses descendants.
Son fils. Eu eddin, fut, grâce à la protection d'un
de mes ancêtres, Emin i-ddinNasr, intendant de Mo-
hammed ben Ildenix, que le roi de khareim avait
nommé gouverneur de l'Irak. Son petit- fils, Emad
eddin , fut le vékil ou agent de l'émir karakay. Lors-
que le khalife fut tué par les Mogols, l'émir. d< venu
gouverneur de Bagdad, emmena Emad eddin avec
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 291
lui. Ce dernier se montra si zélé pour les intérêts
des habitants, qu'on le surnomma le troisième Omar
<jâ|%Lj> (Race turcomane).
C'est une petite tribu turcomane , qui arriva avec
les Mogols , s'établit ici et acquit des biens considé-
rables. La beauté et l'amour de la musique étaient
héréditaires chez les Qaravoul, et on cite plusieurs
musiciens célèbres , même des femmes , qui appar-
tiennent à cette famille, maintenant éteinte.
#j Ia±>>0 ( Race arabe ) .
Abou Dolaf Adjeli vint en Perse, sur l'ordre d'Ha-
roun er-Réchid , et construisit la petite ville de Ke-
redj, dont il prit le nom. Aboul Qaçem, le martyr,
enterré dans la grande mosquée, est un de ses des-
cendants.
ijLÇS ( Race indigène).
Famille originaire de Deïlem. Un de ses membres,
Aboul Fazaïl , qui habitait Tébriz lors de la catas-
trophe du roi de Kharezm, empêcha les désordres
et les calamités que cet événement avait fait naître
dans l' Azerbaïdjan. Son fils, Mouhi eddin, fut chef
des Qadis de Tébriz.
rjLyXl» ( Race arabe).
Issue de Malek ben Anas, cette maison a donné
Wl OCTOBRE NOVEMHKK 1X57.
naissance à plusieurs savants, entre autres, à KÉMMÏ
Abou Djafar Ahmed <>t à l'imam /.ukaria ben Moham-
med, auteur du livre célèbre, ^UaJdeJî **£l£. Cet
iv.iin vivait au moment de l'invasion des Mo
gols(3a).
Ils tirent leur origine et leur nom .1- \lak.m l>. n
Kaki le Dcîlémite.Sédid eddin Ismaîl, son p« tii fils,
s'attira une grande popularité, cornue jw-. , , !
et intègre. Un autre de ses descendants, Mol la I
eddin Mohammed , fils de Chems eddin Ahmed , était
chef des qadis de la Perse. Houlagou Khàn !<• < li n
gea de détruire les hérétique» maudits, et, après une
lutte pénible, il parvint à en délivrer la religion.
Puisse Di«u le récompenser!
yljSWfaM | fl*<* arabe).
La famille des Mustofi , qui est celle de cet indigne
pécheur, l'auteur dt> ce hwe, est une des plus an-
ciennes du pays; elle remonte à Houn Immi \v/u\
(»**>* u*J*')- Depuis le règiu- du khalife Motaçem,
jusqu'à celui de Rad» i UiamrilUh . elle gouverna à
plusieurs reprises Kazvin. Les fonctions de conseiller
d'Etat lui furent ensuite dévolues. Ce fut sous le rè
gne du sultan Mahmoud le Gaznévidc, qu'un de nos
ancêtres paternels devint Mustôfi; il s'appelait i-.inin
eddin Abou Nasr. Riche et cou il fut long-
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 293
temps un des agents les plus influents du gouverne-
ment; devenu vieux, il renonça aux affaires, fit le
pèlerinage de la Mecque, et s'adonna aux pratiques
les plus rigoureuses de la vie ascétique. Un jour, se
trouvant avec le vénérable scheïkh Nour eddin Keïl ,
il lui dit : « Pendant que j étais en place , j'ai sou-
vent cédé à la corruption et accepté des cadeaux.
Telle est l'origine de ma fortune. Ces biens mal
acquis pèsent maintenant sur ma tête comme un
lourd fardeau. Que dois-je faire pour alléger ma
conscience ? — Vous devez, avant tout, lui dit le
cheïkh, restituer ces biens à leurs maîtres. — Hé-
las ! reprit Emin eddin , ils se réuniront contre moi
au tribunal de Dieu , mais les rassembler ici-bas se-
rait chose impossible. — Puisqu'il en est ainsi , ré-
pondit le saint, prenez les armes contre les enne-
mis de la foi et mourez en martyr. Cette mort vous
absoudra , car le Prophète a dit : Le glaive efface les
péchés, c^j-j«>Jl *L^ o»^*Ji.» Mon aïeul s'éloigna
tristement, et en déplorant que son âge et ses infir-
mités l'empêchassent de racheter ses fautes par une
fin méritoire. Peu de temps après , les Mogols s'em-
paraient de la Perse. Emin eddin tomba entre leurs
mains, et, dans l'espoir d'une forte rançon, ils épar-
gnèrent ses jours. En effet, le vieillard les conduisit
dans sa maison , en leur promettant de leur livrer
les trésors qu'il y avait cachés; mais à peine étaient-
ils entrés, il s'arma d'un bâton et fondit sur eux, en
cherchant de sa main débile à les repousser. Il fut
aussitôt égorgé, et mourut en martyr. Ainsi se véri-
OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
fia la parole du scheïk. Un de tes petits-fils, Paklir
eddin Mohammed, gouverna l'Arnu n- 1 1 lut grand
vézir pendant un an. Mon frère, Zein eddin Moham-
med, a occupé des charges importai! Il | été l'a-
gent accrédité et l'ami du célèbre ministre Khaijèk
Hechid eddin, le martyr (33).
An- i MM t anille , éniÉH .lujuuni Imi . M qui la
bitait le quartier de Destjcrd, non loin du jardin du
Meîdan. Plusieurs tradiuonnistes ont porté ce nom
et on prétend même que le savant 11 liapp;u
tenait à cette famille. L'auteur du Kitabé téérin ra-
conte qu'on entendit on soir dans kaxvin un*' voix
éclatante . qui semblait partir de la grande mosquée,
et qui criait : « Famille de Merxuban , préparex-vous
au voyage ! » Cette nuit même , quarante personnes
de cette famille moururent subitement
Lors du tremblement de terre qui renversa la ville
de Nichapour, en 56o, parmi les familles qui un
grèrent, étaient quelques juges qui vinr< m liabitei
Kaxvin; on cite surtout Ali beu Abder Reaaaq , qui
fut vêtir du roi de kbarczm. Notre ville doit à ce ma-
gistrat un collège, un hôpital, des bains qu'il légua
a la grande mosquée.
y \*jyÀ $yt [ IU« turque }.
Le chef de cette famille est l'émir Gumuck 0*ù ,
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 295
issu de Tabanèk Khan, chef de la horde des Naï-
mans. Ce Gumuch fut intendant de la ville, sous
Oktay Khan, vers l'an 600. Son fils, Boula Timour,
reçut le titre d'émir, et acquit de grands biens dans
l'Irak et le Khorassan. L'héritier actuel de cette mai-
son est Nousret eddin Boqay, homme riche et bien-
faisant.
Tel est le tableau très-succinct des principales fa-
milles qui ont successivement illustré notre province ;
je n'ai pu en citer beaucoup d'autres, qui se recom-
mandent par leur origine et leur mérite, dans la
crainte d'allonger ce récit et de fatiguer l'attention
du lecteur.
A la suite de la monographie dont je viens de don-
ner une rapide traduction, Hamd Allah Mustôfi avait,
dans un chapitre final, résumé tout son livre , à l'aide
d'un ingénieux moyen mnémotechnique, fort goûté
de nos jours, et dont le vézir Rachid eddin lui avait
suggéré l'idée. Le savant ministre, nous dit Kazvini,
avait terminé sa grande chronique par un arbre généa-
logique résumant, sous une forme claire et saillante,
la filiation des tribus, des nations et des dynasties
dont il a écrit l'histoire ; des médaillons ou légendes
explicatives contenaient la date et les faits principaux
de chacune d'elles, et le lecteur pouvait ainsi, d'un
coup d'œil, embrasser l'ensemble de cet immense
travail. Mais, de graves erreurs s'étant glissées dans
ce précieux résumé , Mustôfi en avait entrepris la ré-
2V6 OCTOBHE-NOVEMBHK 1857.
vision, et il se proposait de le | i fin d< son
abrégé. Soit qu'il n'ait pu réaliser ce projet, ou, ce
qui est plus vraisemblable, que des copistes négli-
gents aient reculé devant les soins qu'exigeait la
production de e<- tableau, il ouve dans aucun
des manuscrits que j'ai pu examiner, soit en Perse,
soit à Paris. Cette lacune est regrettable, non-seul |
ment pour le travail »pn i.il dont je me suis occupé,
mais pour l'intelligence de tout le Tarikké-Gazidèh.
Mon intention avait été d'abord de rcpnn. In | |,js
toire de Kazvin au point où l'auteur fa ait laissée, et
de la conduire jusqu'à nos jours. Il n'eût pas ( t, peut-
ètre sans intérêt de montrer cette ville , si longtemps
accablée par les guerres d'invasion et les luttes >
gieuses. renaissant de ses cendres et s'élevant au
rang de capitale, sous les premiers princes Séfévis ;
assaillie T>icn tôt après par de plus cruels désastres,
sous le règne éphémère des Afghans et des Zends .
et parvenant ainsi, à travers mille vicissitudes, jus-
qu'à la dynastie actuelle, dont la sollicitude quoi
que mal secondée, a du moins relevé ses murai II
Les historiens moderne* de la Perse et les voyageurs
européens m'offraient i cet égard d'utiles renseigne-
ments; mais ces recherches auraient donné des dé-
veloppements excessif* à un sujet d'un intei. » lusto
rique secondaire noèsdevoii plutôt un
d'avoir retenu trop longtemps l'attention au lecti m
sur ce coin obscur d'un empire dont l'histoire gén»
raie est encore a faire.
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 297
NOTES.
(1) Je passe, sans le traduire, le premier chapitre ou j'asl, qui
n'est qu'une longue énumération des hadis prononcés par le Pro-
phète où par Ali en l'honneur de Kazvin. En bon et pieux musul-
man, Hamd Allah Mustôfi a enregistré et traduit avec soin une
quarantaine de ces sentences en s'appuyant sur l'autorité de l'imam
Raféy. Cette verbeuse nomenclature n'offre aucun intérêt, et, d'ail-
leurs, comme le remarque judicieusement Yakout [Modjèm el-Boul-
dan, sub littera /*, ms. appartenant à M. Schefer) , la plupart de ces
traditions ne doivent être accueillies qu'avec la plus grande réserve et
doivent être considérées plutôt comme des dictons que l'amour-propre
des Kazviniens, et peut-être aussi la politique des khalifes avaient
intérêt à propager. Par sa position géographique, Kazvin, toujours
exposée aux attaques des Deïlémiens ou des Turcomans, devait avoir
sa part des bénédictions et des promesses accordées par Mahomet
à toutes les villes frontières. Le géographe arabe se contente de
citer les deux paroles suivantes, qui lui semblent être authentiques:
«Kazvin est sur la terre l'image du jardin d'Aden dans le paradis;»
et cette autre: a On combattra à Kazvin une troupe d'hommes dont
le serment n'a aucune valeur. » Ce fut sans doute cette réputation
de sainteté acquise à Kazvin qui engagea l'illustre Sahêb Ismaïl ben
Abad à y venir souvent, et le séjour de ce puissant ministre con-
tribua beaucoup à la prospérité de la ville. [Nouzhet cl-Qouloub,
ms. 127 ancien fonds, fol. 366; voir ci-dessus, p. 262.)
(2) Plusieurs exemplaires du Tarikhé Guzidèh portent <_jUi=»
(jLyyl; mais c'est une erreur, et je pense qu'il faut lire <_jU.£t>
qLwa^J[ , car dans la préface du Nouzhet el-Qouloub, Mustôfi cite ce
dernier ouvrage parmi ceux dont il s'est servi pour sa compilation.
Le titre exact est, d'après Hadji Khalfa, JL2J (j qLaj <_>Ll£=>
(j'cnXJÎ, par Ahmed, fils d'Abou Abdallah. C'est faute d'avoir con-
sulté le Nouzhet que Langlès n'a pu reconnaître le vrai titre de cet
ouvrage. (Conf. Chardin , loc. laud.)
(3) Si la version de l'auteur du Tarikhé Guzidèh était adoptée, la
fondation de Kazvin remonterait à la moitié du 11e siècle de notre
ère; mais cette hypothèse, peut-être flatteuse pour la vanité des
Ml OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
siasviniens, me semble tout à fait gratuite. Le fila d'Ardéchir a
doté b Perte de ploaiean ville* . et le postérité lui a bit honneur de
de fondations bien postérieures 4 son règne t c'est une
d'Ispaban et de Téhéran . et qui doit rester en dcbon de b critique.
Hamm hf*ki*j, cité par Ahmed Raai, attribuait la fondation de
Kaxvin à Bebram 1". vers l'an 170 de i. C. ( Htft EkUm, 4* climat.)
En outre, l'assertion de notre antenr est contredite par le témoi-
gnage du Loee» tt-TéMrikk, qui ne noname qne Cbipour Zoui Akiaf.
et par l'autorité pins imposante de l'auteur dn MUjh*. Voit
termes mêmes de YakooL • Kaivin est située à vingt -sept brsakhs
de Rey et à dôme farsakhe d'Abbar, dans le quatrième climat, sous
le 75* degré de longitude et le 37* degré de latitude. D'après Dm
el Fakib . c*/ae 5nWer Zomt AkuJ qui fonda cette ville ainai que cette
d'Abber. Cet auteur ajoute : • Le farter essa m nomme &*}-<—>
Kmkwm en persan. Le ville est eéparée eVi Paie» par une anontagne
où les anciens rota avaient établi un poste de cavaliers pour la pro-
téger contre les attaquée dos Detiénùona et dea voleurs. • La confu-
sion entre les doua premiers Icnennnr est aasea fréquente cbes les
historiens persans, et Muetofi lui-même y est tombé. ( Voir ma. 9,
fol. 38 v-). Dans le même passage. l'auteur bit remarquer qne lea
1 Coaroce avaient rbehitud* de donner am villes qu ils cone-
e fbnne particulière. C'est ainsi, dit-U , que Zevaèn a«aii
la forme d'un faucon, et Cbonatar colla d'un cheval -, Nichapour figu-
rait marta—sut un éebiquier. (lia. 9, tant voy. aussi le Htft Eklim,
kl'uùdtkwim.êiVoyguJgCkvdi*^. Il, p. 3q3, en note.)
(4) Ces événements sont rapportés an détail dans le livre II.
chap. tv du TeriaÀé Gezidra. (Conf. aae. 9. fol. 38 v*.)
(5) Dans le Nomzkrt qui fut, comme on le sait, rédigé après If
rihU Gexuitt, Mnafnfi sembla avoir rectifié cette date, car 0 place
cet événement dix ans plus tôt (en 473). Yahia Kaivini adopte I an
née 466 ( 1 54 avant notre ère ; conf. «THerbelot). L'ère d'Alexandre
ou de Zoul Qerneîn est plus connue en Europe sous le nom d'ère
dea Séleucides (voy. Art i» veVi/ar In doit*, Paria, i8so. discours
préliminaire); l'an 463 de cette ère correspond sot 4 l'année i5i de
J. C, si fou prenait pour base le calcul de Muetofi, on devrait
b rédaction de son TvHàé 4 Tan 73o de l'hégire (iSag). Mais,
dans un autre passage , l'auteur noua apprend que cent viugt ans se
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 299
sont écoulés entre l'invasion des Mogols (599 de l'hég.) et la com-
position de son histoire, c'est-à-dire en 720 de l'hégire (i3i9 de
l'ère chrétienne). Ce passage permet de croire que la date donnée
par le Nouzhet à la fondation de Kazvin est plus vraisemblable et plus
conforme aux recherches ultérieures de l'auteur. On peut en con-
clure aussi que le Tarihhé Guzidèh fut écrit entre 719 et 720 de
l'hégire.
(6) Voyez sur ce personnage YEssai sur l'histoire des Arabes avant
l'islamisme de M. Caussin de Perceval, t. III, p. 4î4 et suiv.; Aboul
Faradj, Hist. djnastiarum, p. 117. Ce fut l'an 26 de l'hégire (646
de J. C.) que Saïd ben el-Ass fut investi de ce commandement. On
sait que le choix fait par Vélid de ce général fut un des dix reproches
que les révoltés adressèrent à Osman avant de l'assassiner. ( Tarikhé
Guzidèh, ms. 9, fol. 47 r°.) C'est à tort que Langlès (Chardin, t. II,
p. 3g5 ) lit Sad au lieu de Saïd.
(7) Le manuscrit 1 5 et le mien portent (H-*»** » qui est une mau-
vaise leçon. Je préfère lire ^t^, parce que c'est aussi le nom
d'une petite ville entre Rey et Kazvin [Meraçid, fol. 175), et nous
voyons par ce passage que les principaux quartiers de Kazvin avaient
reçu les noms des localités avoisinantes.
(8) Je me conforme, dans l'orthographe de ce nom, aux habi-
tudes de la prononciation moderne; mais nous voyons dans le grand
Dictionnaire de Yakout et dans l'Abrégé attribué à Soyouthi que la
véritable prononciation est 3l^'^.3 destèdjrèd.
(9) Le manuscrit i5 et celui que j'ai acquis à Téhéran portent
v^uo^yû^ , qui n'est que la traduction arabe du même mot.
(10) Ce fut en 253 de l'hégire que celte révolte éclata. Mustôfi
nous donne ailleurs d'assez longs détails sur cet événement. Haçan
n'avait autour de lui qu'un millier de partisans , mais d'un dévoue-
ment et d'une bravoure à toute épreuve. Mouça, pour triompher
de cette poignée d'hommes sans effusion de sang, eut recours à un
stratagème souvent employé à cette époque : il fit répandre du nafte
derrière le camp des révoltés auquel il fit mettre le feu au moment
d'engager le combat. Les soldats d Haçan périrent dans les flammes.
(Tarikhé Guzidèh, ms. 9, fol. 196 v°; conf. Abou'l Faradj, p. 175.)
>oo OCTOBRE NOVEMBRE 18*7.
(I I) On peut consulter mit ces ville* on bcwgndc* I» Utrmpd
,1 /m/a, à 1 exception ilr £)2 que je u'ei pu rotroe m, mémo «Uns
tcteYakoul.
(12) Sous le règne de SulUo Arslan, Gis de Togroul, If terri
loire de Katvin Tut le théâtre d'une guerre acharnée entre le* gou-
verneurs dlspenso et de Rey, et l'armée du prince seldjouqi<!
bouille où le* révoltes furent mis en déroute Tut livrée sous les
murs de Is ville. Ouelqurs su nées «près , les Ismaéliens (Mélahidès)
se rendirent maîtres de la ville et s'y fortifièrent. Le progrès de
leuç» armes inspira de vives inquiétudes à Arslan , qui marcha lui-
même contre ces sectaires. 11 délivra kaavin, se rendit rosit i
quatre autres places importantes, et, en dernier lieu, de Q*U>
QmkM • la forteresse puissante , • qui recul à cette occasion le nom
d'AnU* Km*U. Enfin, en 56 1. Inanèdj, à la tétc des troupes
liaires que lui donna le Hhareim Scbah, rentra dans la province et
pum les villes de fcatviu. de Zcudjan, dAhbar, etc. Cet désordres
durèrent jusque l'assassinat de ce rebelle, en 563. Cesl à U suite
de tous ce* désastres que le bienfaisant ministre d'Arslan
ces travaux de istueetrsjUiuii que le Oéen de U guerre avait
fort urgents. (Ils. 9, fol. i5oets*it.) Le veru de Mustofi aétéi
et les premiers prince* séJevie ont relevé les muraille* de la «
met* ces murs, icoolreiss es briques non durcies au feu, sont pu
résister ni à l'ennemi ni ans intempéries de l'air, et déjà du temps
de Chardin les ruines s amoncelaieat autour de la ville. U dynastie
actuelle a compris p^ signalais la nécessité de ne pas laisser dé-
mantelées des places si fréquemment exposées aux attaques du
dehors. De récents travaux à kaivin, à Téhris et i khoi, témoi-
gnent de cette bonne pensés-, mais le défaut d'argent, la routine et
mille préjugé* indestructible* paralysent constamment ses efforts.
La prise si aisée de Boochir et les lenteurs du siège d'Ilérst ejbjsj
nent de démontrer que l'art de* fortifications et le génie militaire
sont encore A l'état d'enfance chex les Persans.
(13) Il semblerait, d'après ce titre, que lenteur avait sous les
yeux le grand ouvrage d'A hou I llaçan Ahmed el-Béladori; roeis les
détails donnés par Yakout sont tellement identiques k ce passage de
Mustoû , que je serais porté i croire que ce n'est que par une er-
reur de copiste qu'on lit ^jloJLfl <_>Lo «"• lieu <)•• ^jl jJLJJ ^j>
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 301
(14) La plupart des chroniqueurs arabes sont unanimes à dire
que Zeïd el-Kheïl mourut avant le Prophète , et M. Caussin de Per-
cevaî a adopté cette opinion dans son Essai sur l'histoire des Arabes
avant l'islamisme. Cependant. Mustôfi paraît sûr de son fait; il revient
sur ce personnage quelques pages plus loin, et, dans une autre
partie de.son Histoire , il affirme que les traditionnistes qui assignent
à la mort de Zeïd une date aussi reculée sont dans l'erreur. Les
bornes de ce travail ne me permettent pas de discuter un fait d'une
importance aussi mince. Je dirai seulement que l'assertion de l'au-
teur persan ne repose sur aucune preuve positive, et, ce qui lui
donne encore moins de valeur, le nom de Zeïd ne se retrouve pas
dans le texte de Yakout.
(15) Voyez, sur cette localité, le Méracid el-Ittila, fol. 5o8. Arwa
était fils du même Zeïd el-Kheïl dont il est question dans la note
précédente. Le nom d'Arwa est resté populaire en Perse, parce que
ce guerrier demeura fidèle à la cause d'Ali et combattit à côté de
lui à Siffin. (Conf. Kitab el-Agani, IV, apud Caussin de Perceval,
Essai sur l'histoire des Arabes, t. III, p. 280.)
(16) Presque tous ces noms sont défigurés dans les exemplaires
que j'ai eus à ma disposition. J'ai pu en rétablir plusieurs en con-
sultant le Modjem et son abrégé, le Nouzhet, et la compilation d'Ah-
med Razi; mais quelques-unes de ces localités sont si peu impor-
tantes qu'elles ne sont citées dans aucun de ces ouvrages.
(17) Kazvini mentionne cependant dans son Nouzhet (ms. 127,
ancien fonds, fol. 365) on étang nommé Ongueul, JLGl, situé à
trois farsakhs de la ville, et qui, même au cœur de l'été, fournit de
la glace en abondance.
(18) Voici les détails que donne Yakout ( Modjem, loco laud. )
sur Ibn Madjèh , détails extraits de l'ancienne chronique dTbn Chir-
vcïh, «J»yy& ,^j| : «Parmi les imams de Kazvin, on cite Moham-
med ben Yezid ben Madjèh Abou Abdallah el Hafèz, auteur du
(jx«J| {_>U£=>, livre si véridique que, lorsque l'écrivain le pré-
senta à Abou Zérâ, celui-ci lui dit: «Je pense que, si votre livre
« était entre les mains du public , il rendrait inutile la lecture de
«presque toutes les sommes ( ~oLa») , car il ne renferme pas plus de
301 OCTOBRE-NOVEMBRE 1837.
« vingt ou (note hmdis dont la filiation aoit douteuse. • L'historien
Djafar, fiU d'Bdri», dit qu'lbo Madjah nowit le InnJi de la der-
uim do ramadhan. l'an 17S; il taoait do pienx docteur
qu'il était né l'an 909.— aUalr aa-tf*od/, dont le vrai nom
■■ad bon Innail. mourut à kaxv in, âgé daeaat vingt aaa,
1 la rogna du khalife Motamad. l'an .66 ( 879 do J. C Ma. n* 9,
»L 961 v*.)-AhinedGaadi.n^wduea1aa«dc«Uurdaeanoaa,
mourut sussi àKairin.eu S17 (in3), at laiaaa daa écrits dogme*
(Jftal fol. 967 v*.) — La ehafkh AJeh. dont il eat
m lignai plat bat . at lanilll irttlfcrt par ton
et aaa
(19) La caatrtaietif antre lia écrivain* arabes al
j'ai déjà an neriaina da etgnesar à propos da laid al Knofl. ta pré-
•outeooc«r«àlégarddacaporaDoaa^Eota^.lo>pre«u«r*.n.r-
•ueot qo'Abon Dodjana Statwti fut tué à la bauille d'Akrama,
l'an 1 1 do rugira (63a). Daarfra part, la ténuigatna da hlaeton,
ordiaaireaaent ai aaact dan» tout ca qui aa rappiicta an original da
ton pays natal . na permet pas da dealer da aoaa da ce lati , qui Tôt
pins tard g"uiwaaur de ta villa. On pourrait pont- être expliquer
eriie cmfnaion en te rappelant que la 00m de Stmm •■ fut porté par
pJauiea» daa eVfc srabns qui accompagnèrent Naim dans la pre-
mrn- - muaelaaaae en Perte. Tbibari ajouta aaéaae que
vnmii bas tlarath. rot désigné par Omar pour s'em-
: ah persan et de f Azerbaïdjan. Les primisri
ut ;i avivent avoir oonibodo ce général avec on par-
us 00000, iboo Doadjeaa, et Mostoo, jalooi
(c pins à son pajs . aura accepté sans contrôle
rcroditée. (Conf. fuson. trad. turque, éd. de
rtie, p. 1S9 )
{2? artia de son ouvrage . Hamd Allah Mnstofi
r. m ment, qui ans ne* vers l'an 176 de l'hé-
gire e **eq ce Haeaa qui régnait dam la Maseniléraa était
. i. v/,/ aanto, d....« u„ inssa^iiiénl
dernier «ht .t. . ee j'ai cm pouvoir oeaattre dans la courant du
récit pour éviter Ut ioognears, rbiatorieu de Kaxvin raconte , é ce
propos, on trait ua montra asseï caractéristique. • Parmi caca, dit-il ,
qui éoployéraot le plue gland sale pour obtenir des adhésion i à la
lettre fabriquée par ordre do khalife , on rite Mohammed ban at-
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 303
Yemâni, ministre de l'Irak persan, et Khadjhh Beçiar Khaïr [sic).
Haroun er-Réchid , satisfait du concours que lui avaient donné les
Kazviniens, envoya à ce dernier plusieurs bourses pleines d'or afin
qu'il les distribuât aux pauvres de la ville. Mais telle était encore la
vigueur de la foi et la pureté des mœurs, que personne ~nt
accepter l'aumône du khalife, et cette somme resta pe\4?
sieurs jours exposée sur la place publique. Enfin les doc'
qadis décidèrent qu'elle serait employée à l'acquisiti' •
et de greniers, qui furent ajoutés ensuite au vaqf de le m r.i.-'V le
Réchid. » Ces exemples de désintéressement et d'hum; i.
pas rares dans ces premiers âges de la foi musulmc? e. EjfraotM
Tsmaïl, fils d'Ahmed le Samanide, vint mettre le siège deva H Ka*» "i ,
où s'était réfugié Mohammed ben Haroun, pendant toute la durée
du siège, les jardins et les champs qui entourent la ville furent res-
pectés par l'ennemi , et les soldats n'osaient même pas prendre un
fruit sans en offrir le prix. (Ms. 9, Brueix, loc. sup. laud.)
(21) Le texte de ce document est très-défiguré dans les quatre
manuscrits que j'ai consultés; le voici à peu près rétabli. La préci-
sion et la simplicité de ce style contrastent avec la rédaction ambi-
tieuse et boursouflée que les chancelleries musulmanes adoptèrent
dès le siècle suivant.
j*C'yo (jLCi (j!J~»j!i\ j~o\ <JÎ &*iy f&\ (^stâ* J*^ i^y^
iLajI (^o^tl j*j>\ iJLj (Ali jJufi «iy *-lyil «vJlc ,jy£
■ OCTOBRE NOVEMBRE 1857.
(U) L'auteur a tnttsarré. nu parsajtupej* apécial an ebaiki «t
aax soufis qui oot illu»irr sou paya. Lee pins célèbres aaoi
cheikh Ibrahim llrrawi . qui était contemporain do fan au i Bayéaid
BcaUni(ii'siècU);l«*d«uxUI«iatrwU»aiiimtaiYMlbrabimEahein
et Ibrahim Khawaa t Anon Ai Cbaqiq , de Balkb, qui quitta «a patrie
pour habiter kat vin . qu'il aériens! être Uiéjiurdo prédilection de
ceux qui ««aient renoncé au monde (Mort «ara Tan 190); Aboul
aiérim ben llarouo. auteur da pbaataw ouvrages aeeétiquea, etc.
On retrouve ce* no— et psueiaur» autree avec quelque* détails bk>-
■a la Géographie littéraire d'Ahmed Rai,
(13) Ja n'ai pas besoin de dire qu'il faut ajouter peu da foi à ce
récit, trea-peu compatible avec ce que non* *avoo« de la *pleodeur
dn règne de liabuwud Je ne trader cette ansodeta que parce qn
l'auteur.
(14) Ce non et laa attirants . ainsi que l'a déjà remarqué M. De
frénii j [Hittmn ietSMjtnkiàn et de* Janasft'ni , Jonrnai osiouae*.
• 848). mut altérée dans les différentes copies do TeriAW Cariant,
et U est dimene d'au iaer la proonnciation. Je penche A croira ce-
pendant que U leçon rWaneeec* est préférable A Bernerai A. fiée-
ruueeucA, dan* la dialecte oriental, cet nue épithete qui peut s'ap-
pliquer A toutoiaenn da proie (mot A mot, aiseaa/rusyrar) , et, en
particulier, au faucon, et il est possible que reeclave du khalife
Moktafi ait conservé on surnom qui rappelait ses anciennes faifr
(15) Il serait injuste de demander mut écrivain* orientaux des
notions exactes d'ethnologie . et la classification faite par Hamd Allah
de l'aristocratie de sa province ne doit être acceptée qu'avec mal
grande réserve. Oa verra, eu enét, dans rémunération qui
que plusieurs de ces familles sont 00 d'une origine très-moderne ,
ou entées sur une source tout indigent. Rien n'est d'ailleurs nie*
naturel cbex un musulman que ce désir de se rattacher par quel. ju-
lien, quelque faible qu'il soit. A l'antique et forte race qni a donne
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 305
naissance au Prophète. Malcolm a constaté très-judicieusement que .
les tribus d'origine sémitique qui s'établirent dans le Khorassan ou
au delà de l'Oxusont toujours dédaigné de se mêler aux populations
qui les entouraient et que , maintenant encore , il est facile de recon-
naître le sang des conquérants arabes au milieu des nationalités
plus ou moins mélangées de l'Asie centrale. (Conf. Hist. de Perse,
1. 1 , p. 409. ) H est aussi intéressant de remarquer que les idées
aristocratiques sont beaucoup moins incompatibles avec l'égalité so-
ciale et religieuse des Orientaux qu'on ne l'a souvent prétendu ; ce
chapitre de notre historien en est une preuve de plus.
(26) Cette phrase est caractéristique, car elle prouve combien le
fanatisme schiite est de fraîche date. Le témoignage de l'auteur en
faveur des idées de tolérance qui régnaient alors est d'autant moins
suspect qu'il était lui-même , par conviction ou par politique , par-
tisan très-déclaré de la maison d'Ali. Les vers suivants, composés
par Hamd Allah lui-même, contiennent une profession de foi très-
explicite.
o> — «~î dfû\) ta — =» )i>*p> jît>x«j3 y
L'heureuse influence de l'amitié que me témoignent les enfants du Pro-
phète me rend, sans nul doute, le plus fortuné des hommes.
Si l'ami du Lion de Dieu est un hérétique , nul n'est plus hérétique que
moi dans le monde ;
Mais si ma prédilection pour la noble famille m'a suscité des ennemis, mes
amis du moins comprennent l'alliance de la raison avec la science.
Ces vers, extraits sans doute d'un Divan obscur composé par
Mustôfi au milieu de travaux plus sérieux , sont cités avec empresse-
ment par Ahmed Razi, qui, vivant sous la dynastie des Séfévis, en
affecte tout le prosélytisme religieux.
306 I H l'MiRE NOVEMBRE 1857.
(27) Ce» détails jettent quelque lumière mut «m queetion de bi
biographie présentée par Hedji Kballa d'une façon fort obscure
Cet auteur, tout en attribuant cette version à un écrivain de Ka
dénature le nom du traducteur et prétend qu'elle fut laite en langue
turque. Ailleurs , il mentionne , il «et vrai . une traduction dea fables
de Bidpay, en langue néval, mais II ne sait ai die «et due au même
savant , ou à un certain Zahér Eddin Mobammiil al Ketéb. Eulin .
il rite la témoignage de rtûtaorien Benalêti qui lait honneur de
cette traduction à liékim Airaki. esclave de Togban Sebah. M. de
Sacy. dans le «vaut mémoire qui précède sou édition de Kal
Dunna, conetal» la» contradiction» du aâMasfrupa» turc , mais n'entre
dans aucun détail surcutên vnretaai sussmin anâsW^BsaiBâa ^sassasa éiawle
de langue, usais détenue sans doute très-rare , ai toutefois elleeiiete
au fond de quelque biUiatbè qui «Tlafikia ou de Tabri*.
(J8) Conf. sur eu pannaaagi illustre et sur lea Bénou llakbaoum.
l'fittMi ior rkitl. «V» drain , t III . p. 91 et pauim.
(19) Le titra du ce livra. jJL/l Uc j ïli^l y—-, in
dique que c'est, non une biatoire de kaxtio , comme if cet dit dans
le JarieaV Caria?* , mats plutôt une biographie de tous la» docteurs
de cette province. J'attribue cette inadvertance aux copiâtes, car
Hamd Allah devait connaîtra minui que parioun» un ouvragr
a souvent mis à cootributian tant peur le chapitra que je traduis
que pour le /Touikrf ri fanlana. ( Voy. la prélace de ce dernier ou-
vrage, ma. 1 17, fol. 7 r*.) Cent à tort que d'Herbeiot attribue ce
livre a Zekaria bus atobaanmed, l'auteur du idjai» eJ afaUfreeni,
(30) Le XitalV asasSurrur. qui est une défense du» principe» de
l'école de Srhafcy, parait avoir au nue grande vogue, et il un * été
lait de aiibriai iimmialiirn. (Cou/. Iladji Ibalfà. à eu mot)
Ceet par erreur qu'il place la mort de Molla Aboul Kncem , en -
(31) Voici cr distique, tel qu'il cet donné dan» YAûck-Kid>k et
le fhft Eklim
cS/»- * ,3y çL» iVû yï t5L* tA*fc Amujl
DESCRIPTION DE LA VILLE DE KAZVIN. 307
(j^ijO o^? Ajj i\*o-i J-*o j£-a JL«
Il est difficile de savoir si le livre dont il est question ici est un
commentaire du grand ouvrage schafeïte , v^=> cij^' ^e Ma-
verdi, mort en 4o5, ou d'un traité des pratiques religieuses portant
le même nom et composé par Abd el Melik Sadégi Kazvini.
(32) On sait que les différents traités arabes ou persans qui por-
tent ce titre, ainsi que le nom de divers écrivains originaires de
K.azvin, ont longtemps donné lieu à une confusion que M. de Sacy
a le premier signalée. (Conf. Chrestomathie arabe, t. III, en note.)
On trouvera dans la savante Introduction à la Géographie d'Abou'l
Féda, par M. Reinaud , une discussion aussi claire que judicieuse
de ces difficultés , ainsi qu'une notice sur la vie et les ouvrages du
naturaliste kazvinien (p. 72, i43 et suiv.). Quant au surnom de
Komouni, qui se trouve souvent ajouté au nom de Zakaria ben
Mohammed, sans pouvoir en préciser l'origine, je crois cependant
qu'il ne peut être considéré comme nom patronymique, puisque
Mustôfi nous apprend positivement que cet écrivain presque con-
temporain appartenait à la famille Maléki.
(33) On peut lire l'émouvant récit de cette mort rapporté par
M. É. Quatremère d'après Sakkai. (Histoire des Mogols, p. xlv.)
je crois que le savant orientaliste a fait une légère confusion entre
les noms des deux frères de la famille Mustôfi. L'aîné seulement pa-
raît, d'après le témoignage du Tarikhé Guzidèh, avoir exercé la
charge d'intendant de Rechid Eddin, et Hamd Allah Mustôfi ne fut
secrétaire que de Gaias Eddin , auquel il dédia son Histoire choisie.
On remarquera que j'ai toujours traduit le titre de mustôfi par
celui de conseiller d'Etat, qui n'est, du reste, qu'un équivalent-,
mais il est vraisemblable que ces fonctions étaient à l'origine à peu
près ee qu'elles sont encore aujourd'hui en Perse, une sorte de juri-
diction générale sur les finances, le contentieux et la jurisprudence
administrative du grand conseil. (Voir cependant une note de M. Rei-
naud , Introduction à la Géographie d'Abou'l Féda, p. 1 55.)
(34) Un de mes manuscrits mentionne ici trois familles de peu
d'importance : les Mouméniens , d'où est issu Tadj Eddin Mou'mény,
308 OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
lieutenant du ministre Khadjèh Cbema Eddin; le* .VonUiaiwu .
dont le chef Tut un certain MouMiUr, familier des prince* seldjou
qides; le* Moisi***, dont le rejeton le plus connu a été Abd «I Me
lis, Moanm, écrivain distingué, qui rut le collaborateur de Sefi Eddin
Aboul Ala, «ou» le régne de Togrel Bai.
ÉTUDE
SUR LE SY-YÉOU-K MIN IM i
ROMAN BOUDDHIQUE CHINO"
PAR M. TtltODOM PAVII.
2' ARTICLE.
Education de Son-Ou-Kong ; développement d
il dérobe le* secret» du cirl . «a rébellion; sa défaite et sa ch<
Le beau roi des singes a\.ut donc oblBim un nom
de famille et un petit nom. Dans ta joie, il h
des sauts et des gambades, et, par mille politesses.
U témoignait mnaissance au Bodhisattva Sou-
bboûti ». Celui ci lit ci i tpie
d.ins une cèttuie. \w mâieu de ses nouveaux céum
i jfë gjjj Tsea^sces venu* née» était ?% 3£ J|
SomUkoàtt. Je dota cette note à l'obligeance de M. Stanislas M
que j'ai consulté sur plusieurs passage». Ce Soubboûti est cité dans
VUtndmctiom à tktstoirr dm Houddkum* de M. Eug. Bnrnouf (11,
p. 465), et dans la Fi» d* BomdJk* publiée en tibétain et ira
par M. E. Foocaui, comme ayant reçu renseignement direct de la
bouche de Çâkya Mou m
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 309
rades, le singe s'employa à balayer l'école, à ratisser
le jardin et à soigner les fleurs : il accomplissait son
noviciat. Sept ou huit années s'étaient écoulées ainsi.
Un jour, le Maître, assis sur son siège, enseignait la
loi de l'Intelligence aux jeunes immortels. Expliquant
cette grande doctrine , il disait :
« Elles sont admirables et profondes les trois sectes ; elles
renferment complètement les dix mille préceptes decequ'il y
a de plus mystérieux. — Que l'on discute sur la doctrine de
la véritable Voie (avecLao-tseu et les Bouddhistes) ; que l'on
développe la religion des sacrifices à la Terre (avec Kong-
fou-ts'eu) , les trois sectes , au fond, sont d'accord. — Eclairer
l'entendement, en un mot, se conformer aux principes de
la vérité, voilà ce qui aide à atteindre l'état surnaturel, qui
consiste à ne plus renaître. »
Après ce rapide exposé, le Maître demande au
singe, son nouveau disciple, à laquelle des trois cent
soixante parties de la doctrine de l'Intelligence il dé-
sire s'appliquer d'une façon particulière. « Voyons ,
lui dit-il , veux-tu apprendre la magie \ c'est-à-dire
l'art d'évoquer les immortels , de connaître l'avenir
en perçant avec un fer rouge l'écaillé d'une tortue ?
Veux-tu que je t'enseigne la doctrine des diverses
sectes, la secte des lettrés2, la secte des bonzes, la
2 La glose dit :«Les lettrés ont le cœur droit, les Bouddhistes
ont le cœur éclairé. La véritable intelligence consiste à éclairer son
cœur, à se maintenir dans une quiétude absolue; c'est l'art de con-
server le cœur d'un enfant qui ne vieillit pas. »
310 m l'»BRK NOVEMBRE 1857.
secte des Tao-sse, la secte des deux Principes *, la
secte de Méa, la secte des Médecins 3? » Le singe ré-
pondait toujours : « Est-ce l'art de vivre longtemps? •
* Vouloir vivre longtemps (par la moyeu de cas doctrines),
répliqua le Bodhtsattva. autant vaudrait t ire pareil au pilu-i
de bois dressé entre deux murailles*. — Maître, reprit le dis
ciple , je ne suis qu'un être sincère et naïf; je ne puis com-
prendre ce langage voilé. Quel est le sens des paroles que
vous ven« de prononcer? — Quand on a bâti une nu
< t ju'on veut la rendre plus solide, on dresse un pilier de
bob entre les deux murailles. Si , un jour, la grande salle de
i 'édifice vient a crouler, c'est que. trcs-certainemcn
•ier est pourri * •
Le Maître continua : « Yeux tu • immftw le repos
absolu*? Cest s'abstenir de tout .ilim. nt, cotiser
i l.i pureté ds r.tiu. .I.Mirurcr dans
1 La «acte des deux Principes, sur laquelle la glose ne doaoc au
cane explication, est peut être la même qae cette du Foae-caoïiy,
• I > ■ i t i I i ' J - ' : ! J ti« t ■ <IUI * J| l . . ' I I 1 I < I |i • l I II i I I 1 1 1.1 l ' 1
vent et do rem).
* Mi-tj est un philosophe bétexodoxa fort ancien, doot Meng-tseu
cite quelquefois le nom . et qu'il réfute à l'occasion. Il vivait an temps
•ImTcfceou.
1 La secte dm Médecins paraît être celle do Komy-fom, postures
particnlières qu'il but prendre pour guérir diverses mahvl
au t. IV des Mémoirtt imr les Cainoù, la notice sur le Kutg-fù* des
Tao-oai.)
* Dons l'édition in-B* que M. Stanislas Julien a bien voulu me
rneamupiiwtii, je lis cette noie : • La muraille, c'est de la terre; le
pilier, c'est du bois. Mais ce bois ne peut pioêirrr «Uns la ten
ne rit pea. voilà pourquoi il dure peu. •
M
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 311
l'inaction , méditer, rester assis, les jambes croisées;
garder le silence, renoncer aux plaisirs des sens , ac-
quérir des mérites , tantôt par l'abstraction , tantôt
par de bonnes œuvres; enfin, pénétrer jusqu'aux li-
mites de la parfaite quiétude. » Et comme le singe
demandait encore : « Est-ce ainsi qu'on arrive à vivre
longtemps? » le Maître répliqua :
0 Vivre longtemps par le moyen de cette doctrine, autant
vaudrait être comme la cruche de terre qui n'a pas été cuite.
Quand on a fait une cruche avec de l'argile , bien que ce vase
ait une forme, il ne peut encore contenir l'eau. La chaleur
du feu la mettra en fusion dans un instant; une grande pluie
la réduira à l'état liquide; très-certainement elle s'en ira en
morceaux (tant qu'elle n'aura pas subi la dernière épreuve). »
« Veux-tu apprendre la doctrine du Mouvement * ?
C'est être, c'est agir, c'est accomplir une foule de
choses surnaturelles — Est-ce là le moyen
de vivre longtemps ? » demanda encore le singe.
1 M/7- Voici la traduction de ce qui se rapporte au mouvement;
elle offrait des difficultés réelles, et j'ai dû recourir, cette fois en-
core, au savoir et à la complaisance de M. Stanislas Julien : «C'est
être, c'est agir; recueillir le principe inférieur (et matériel, yn) pour
suppléer au principe supérieur (et immatériel , yang ) ; tendre avec
la main un petit arc et un grand en y appuyant le pied; se frotter
le nombril pour faire circuler la respiration; brûler des roseaux et
dresser un trépied; y jeter du minium et raffiner la pierre d'automne
(la pierre pbilosopbale?), et, en même temps, boire du lait de
femme. » C'est-à-dire : mettre en équilibre les deux principes qui
produisent et soutiennent la vie, et combiner leur action de ma-
nière à ce qu'ils opèrent comme au moment de la création. Il s'agit
donc tout simplement ici d'alcbimie et de magie.
312 OCIOBKE-NONEMBKE 1857.
• Vouloir vivre longtemps avec celle doctrine, autant vau-
drait prendre la lune dans l'eau. Lorsque la lune parait «u
firmament et que son image se réfléchit dans les eaux, elle
est véritablement visible dans ce miroir; mats on ne peut la
saisir, car en réalité il n'v a
Le disciple ne voulait rien apprendre, excepté
l'art de vivre longtemps. Chassé par le Maître, que
son obstin.itK u linit par irriter, U se retira un peu
I ' -uneerté. mais sans mauvaise hlfmif II rrvi.nt
bientôt, à l'heure où le Maître dont. I Ji
sait à demi-voix :
• Elle est difficile, diffinl. . «Iillicile à connaître, la doc-
trine ' ; elle est au-dessus de l'intelligence humaine. — Avec
la pierre philoeophale ', garde» vous de la comparer! Sans
effort, voua ne la trouvères pas. jusqu'à ce que d'autres
hommes vous en transmettent les formules mystérieuses. —
A les développer, on fatigue sa bouche et la langue se des-
séche. •
Ki tiin le singe fait savoir au Maître qui I < • nt< min
les paroles prononcées par lui pendant son somnx il .
1 Ou mieux, b Bodkt. l'intelligence supérieure qui
l'état de Bouddha.
* La mot que je traduis ainsi est '& JiL Km-tam. On lit dan»
le Dictionnaire de sibaog-bi . à c« dernier mot : « Les Beases ( Tao-
aie) (ont cuira, dans «a trépied, le métal (r*or) et la pierre de cou-
leur rose nommée km, pour en faire sortir la pierre pbilosophale. •
Cette aipneaiosi signifie, je le créas du moins, connaître le principe
des êtres, le premier principe cache" dans l'or, les métaux et sas
pierna précieuses enfoui» dans le sein de la terre , et qui en I
comme le noyau , d après le* idées Imise* sur la création au |
chapitre de cet ouvrage.
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 313
il en demande l'explication. Le Bodhisattva, cédant
à ses instances , prit la parole et dit :
« Par la manifestation des choses cachées , on tend à pé-
nétrer la vérité; les formules mystérieuses servent à la per-
fection : la vie n'est pas autre chose. Toutes ces paroles se
résument en ce seul mot ; l'énergie de l'esprit vital. Attachez-
vous, avec une attention soutenue, à la conservation du
trésor (de la vie), et ne le laissez pas échapper au dehors.
— Si vous ne laissez pas échapper au dehors le trésor qui
est dans votre corps , vons recevrez l'enseignement de la
grande intelligence que je vous transmets. Elle se présente
sous une forme voilée; il y a des formules mystérieuses.
Rappelez-vous qu'il y a bien des secrets cachés pour chasser
les désirs déshonnêtes et obtenir la parfaite indifférence des
sens. Obtenir la parfaite indifférence des sens, c'est être
tout resplendissant et briller d'un éclat sans tache, en face
de la Tour précieuse présenter la lune brillante. Le trésor
de la lune, c'est le lièvre de jade; le trésor du soleil, c'est
l'oiseau : de là sortent la tortue et le serpent qui se tiennent
enlacés. Cet enlacement est la vie, dont la solidité est telle,
que, dans le feu même, elle propage le lotus d'or et ras-
semble en un tout les cinq éléments. Intervertissant l'ordre
(des choses naturelles), les mérites (acquis par ces connais-
sances) finissent par produire leBoddisaltva, qui est en union
avec l'Immortel l. »
1 Ce passage peut être considéré comme une sorte de formule
magique (ynuît Dhârani); j'ai essayé de le traduire littéralement,
tel que je l'entends. La vie dont il s'agit ici ( >Wfc -&* ) serait donc
la vie qui ne cesse pas, qui échappe aux transmigrations, et aussi
l'énergie des sens vitaux ( >Kj|' ^Ei "BjÉ ) , la vitalité qui peut
triompher de la mort et des existences futures, quand l'intelligence
vient y ajouter la science, selon le système des Sànkhistes. Ce rap-
prochement entre la Sâfikhya et 1p bouddhisme a été signalé par
314 «m |.,jjkE NOVEMBRE 1857
Le disciple se retira après avoir entendu ces pa-
roles, et, trois ans plus tard, le Maître lui lit .
h. titre ce qui se rapporte aux trois Douleurs:
• Quand ils ont obtenu la pierre philosopbale, los esprits
et les génies sont difficile* à contenir. Bien qu'ils aspir» m
enoore davantage à une longue rie, cependant, au bout il
cinq cents ans, le ciel fait tomber la calamité du tonnerre
VI. E. Barnoaf, et développé par lai, avec autant da finesse que de
darté, dans son /atredornea a tkismin de Bomddkumt (p. Sso et
sviv.). Las sorsaulae magiausi dont il est question dans os pisisgc
kbys «sr la pérennité des aanes, on plutôt da la via ; las autres ss rap-
portant ans secrets des DaéVaafs do Bouddhisme. La Tour précieuse
l *p}> jj£ ) signifia, sans dente, l'esprit dans laquai se msni
feate d'un* beau éclatants, et coassas une looa brillante sur un de!
pur. l'iutaMifsnca dégagés da toute obscurité. Ja suis conduit A adop-
ter ce sens par la nota que II. St. Julien a insères à la suite de la
préface du Siy-ki (page uni), qui précède la trsduetiou des Mé-
i sW Hïe— u rasaag.On sait que les Chinois croient voir on lièvre
dans la lune; les Hindous appellent sussi cet astre ojnft et 9JW&: .
4 ai a I* lïhrt oser ■tares*. Quant à l'oiseau que recèle le soleil
troove la trace dans l'un des noms de cet astre en sanskrit, s »«>
<OTJ : • qui signifie aussi oiseau ; mais c'est une croyance chinoise
fort sncisnne. Le nsot que je traduis par tortue ( jj|s ) est plutôt
une sorte de /Vase ou de dragon à écailles; les Chinois prétendent
■|u il a été créé nnlsnunt femdle, et qu'il s'accouple avec le ser-
pent. Dans l'ei pression tenu for ( ^c* \M ), on peut voir une al
Ittsion i la personnificatioo du trésor de Kouvéra , dieu des richesses,
lequel est en grand honneur parmi les Tmmtriluu, ou bien aui mé-
Uni, à l'or, pareil au lotos flottant au-dessus des eaut , considérés
unasjM I- aejua •!• la <• rr. «Huni iaqui l m a)« ■MaM nu atanj
cléments. Peut-être s'agit-il de la vie, considérée comme le #W-
ilkdma, ou la nature première qui contient en germe les cinq élé-
menu subtils (<TO7T=*rnrrreft)
ÉTUDE SUR LE SY-YEOU-TCHIN-TSUEN. 315
pour te frapper. Il est donc nécessaire de connaître ce qu'est
la vie; de prévoir, avec un cœur intelligent, les choses à
venir, afin d'échapper au désastre. En échappant ainsi, on
obtient de vivre longtemps d'accord avec les lois du ciel.
Échapper, ce n'est pas autre chose que tenir cette existence
merveilleuse. De nouveau , après cinq cents ans , le ciel en-
voie , pour te consumer, la calamité du feu. Ce feu n'est pas
celui du ciel, ni non plus le feu ordinaire; on le nomme le
feu du principe inférieur (de la terre). Le corps, de lui-
même, se plonge alors au bas de neuf fontaines \ où il se
met à brûler. Le feu pénètre le palais au murs de boue 2 ;
et quand les cinq intestins 3 sont entièrement consumés ,
quand les quatre membres sont détruits, pendant mille ans
on marche dans une voie difficile, qui est celle de l'illusion
ou du vide. De nouveau, après cinq cents ans, le ciel fait
tomber la calamité du vent, qui te balaye. Ce vent n'est ni le
vent de l'est, ni celui de l'ouest, ni celui du midi, ni ce-
lui du nord ; ce n'est point non plus le vent du premier
jour de la lune, qui se mêle et s'unit aux métaux, on le
nomme le vent fort. Entré par le crâne , il pénètre dans les
six régions intérieures * , jusqu'aux basses parties de l'abdo-
men , traverse les neuf ouvertures ; la chair et les os entrent
en dissolution , le corps se détruit de lui-même. C'est là ce
qu'il s'agit pour toi d'éviter. »
Or le moyen de se soustraire à la triple calamité
du tonnerre, du feu et du vent, c'est d'acquérir la
connaissance des soixante et douze transformations :
trente-six appartiennent à la grande Ourse 5, trente-
1 Le lieu où vont les âmes après la mort, selon l'idée des Chinois.
* C'est-à-dire, le corps.
Le cœur, le foie, les poumons et la rate.
1 Les organes de la vie , de la digestion et des sécrétions.
' C'est-à-dire , appartiennent au ciel , aux génies qui habitent les
cieux.
316 (TOBRE-NOVEMBRE 1857.
six à la magie de la terre. Ces dernières tm
seignées au singe, qui ne demandait point à <
naître les transformations célestes; le Hodhi>attva
lui on apprit les formules. Le voila qui >ait voler sur
les nuages et changer de forme à volont. Mais m
turbulent •• a jeté le désordre parmi les autres dis
( iples du Maître. Obligé de quitt<-r la demeure <!••
i «lui < i , il si lance dans l'espace . •■ cheval nu nue
nuée, et retourne vers son peuple de singes. A son
-.»••• M mont Ilot ko-ehan. Ml >ujets l'acrueillriit
des cris de joie. Il était bien temps qu'il
pour les siens, car un esprit des ténèbres avait ten
• n son absence, de s'emparer de la caverne habitée
par la nation des singes : cet esprit est le roi dc>
aèèree du nord l. Sans plus tarder, le grand m
i m pou Du haut des nuées, il aper-
çoit les cimes de la montagne et entend «Itn \
\u tond «l'une caverne cachée sous les eaux1, les pe-
' Littéralement : dn nord droit , sincère . J^j j fc . Une note de
l'édition in-8* explique ainsi ce passage : • Le nord exact , c'eal l'eau ;
le midi précis, c'eat le feu. L'eev et le feu qui se pénètrent mutuel-
lement produiaent les démena; l'eau et le feu , en ae combinant avec
harmonie, produisent la pierre philosopha le. Les démons ne peuvent
vivre en paii ; ne doiveut-ils pat être chateél>»
1 Littéralement : Ja caverne de l'intestin qui contient l'eau. Une
note du texte dit sans plus de leçon : «Cette eeu ainai appelée est
l'eeu de le vessie (de le terre), qui n'est pea l'eau pure du principe
Yan3. Le réceptacle de cette «eu (derrière lequel ae cachent lea ea-
priu-fées) ne doit pea être confondu avec la limite des régions supé
Heures. « Il est dit aussi , dans une glose qui précède ce même cha
pitre : i Le treillis (/iVh) des eaux n'est pas la même chose qu< I-
réceplacle (iksamy) dea eeui. Dans Ir premier cas, il s'agit de la
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOUTCHIN-TSUEN. 317
tits esprits-fées dansaient gaiement. Le singe ayant
décliné ses noms et ses titres, les petites fées l'an-
noncent à leur souverain, « Ah ! répond en souriant
le roi des esprits, j'ai entendu parler de cette race
singulière de singes. On dit que celui qui s'appelle
leur souverain s'est fait bonze pour arriver à la per-
fection : je pense que c'est lui. Et que vient- il cher-
cher ici? Voyez un peu; est-il armé? — H est sans
armes , répliquent les esprits-fées; par son costume,
il ne ressemble à rien. Ce n'est ni un bonze, ni un
homme vulgaire , ni un Tao-ssé » Le roi des es-
prits prend son glaive, et sort pour voir le singe, qui
l'attendait à la porte. Celui-ci regarde et voit.1 :
Sur sa tête est attaché un casque de métal noir; autour
de son corps, il a serré une tunique en fdet de couleur
brune; il a revêtu une cuirasse de fer noir; à ses pieds, il
a chaussé des sandales noires; son corps a une épaisseur de
dix palmes; sa hauteur est de trente pieds; à la main, il
porte un glaive qui lance une multitude d'éclairs.
« Quel est donc ce vaurien , s'écrie le singe avec colère ,
qui ose me toiser ainsi du regard , moi , respectable roi des
singes? — Ah! réplique en souriant le roi des esprits, tu
n'es pas plus gros qu'un enfant, tu n'as pas atteint l'âge
mûr, et lu ne portes à ta main aucune arme ! D'où te vient
Bodhi (qu'il faut traverser pour arriver au ciel) ; dans le second, il
s'agit du viscère intérieur de la terre qui contient les démons ( Nàgas ,
dragons, etc.).
1 Ces esprits sont de l'espèce des Nâgas; ceux-ci habitent l'inté-
rieur de la terre, le Pâtâla. Mais les petits monstres créés par la
fantaisie des Chinois n'ont ni la grandeur, ni l'aspect surhumain
que les Hindous ont donnés à ces êtres contemporains des époques
antédiluviennes.
Jl* OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
Uni d'audace? Pauvre bétc craintive, c'eat toi qui le permet»
d'arriver ici pour me demander dea explication» ! — Méchant
génie , répond le singe avec menace* , respecte un person-
nage de mon importance Les petits valent plus que las
grands! Si je n'ai pas d'armes, j'ai me* deux nwiib,
et. par la magie, je puis atteindre jusqu'à la lune, aux con-
fins du ciel. Ah! tu n'as pas peur, et tu te ha du respectable
roi des singes!» — Là-dessus, faisant une gambade, il se mit
à souffleter le roi dea esprits. Celui-ci allongea la main |
fermer l'entrée de la grotte. — «Tu n'es qu'un avorton ,»'é-
cric-t-il , et je sois un géant. Tu frappes avec le poinp
frapperai avec le glaive, je te tuerai. Ah ï tu te moques ! At-
tends que j'atteigne mon glaive, et noua lutterons ensemble »
— Aussitôt le roi dea esprits, ouvrant le treillage (qui sert
de porte à la caverne) . se met en devoir de percer le singe.
Les voilà qui luttent et s'atteignent, se portant mutuellement
des coups. Mais il arrivait que les efforts du plus grand res-
taient sans effet; car le plus petit résistait vaillatnm
un, voyant que le singe, par son adresse et l'agilité de ses
muscles, échappait aux coup qu'il cherchait à frapper Ml
lui avec plus de force encore, il lit un effort désespéré. Cest
droit au visage du singe qu'il dirige la pointe de cuivre de
son glaive. A peine a-t-il frappé , que le singe se met à nml
tiplirr son propre corps. Le roi des esprits a donc frappé le
singe ; mais ranimai a eu recours à un secret magique pour
faire sortir d'autres corps du sien propre. Prenant dans sa
bouche une touffe de poils, il les mâche, les souffle dans
l'espace, et prononce la formule d'inenntat
deux à trois cents petits singes arrivent à son secours et l'«n
vironnent en troupe serrée. Or le roi des singes continu I
d'employer la magie; les quatre-vingt-quatre mill.- poils de
son corps subirent la même métamorphose
Assailli de tous les côtés à la fois , le roi des g<
eut beau appeler à son secours les esprits-fée* . il fut
ETUDE SCR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 319
tait prisonnier et emmené par le roi des singes. Ce-
lui-ci dissipa dans l'espace et fit disparaître d'un mot
les auxiliaires qu'il avait tirés des poils de son corps;
puis il ordonna à un nuage de s'abaisser, monta des-
sus et retourna dans ses États. Ce premier exploit
éveilla dans l'esprit du singe les instincts guerriers.
Maître du glaive enlevé au roi des génies , il s'exerça
au maniement de cette longue lame. Cependant il
comprit qu'il lui fallait des armes pour lui et pour
ses sujets. Où en trouver, comment s'en procurer?
Ses conseillers , au nombre de quatre , lui firent
connaître qu'il existait, aux confins du pays de Ngao-
lan, un roi, maître de plusieurs villes gardées par des
soldats, et qui pourrait vendre les armes dont le be-
soin se faisait sentir parmi les singes. Le roi de ces
derniers a bientôt franchi, à l'aide d'un nuage sur
lequel il vole, la distance qui le sépare de la ville
étrangère; mais cette ville est entourée de fossés;
elle a six portes, trois marchés, une foule de mai-
sons grandes et petites. Pour y pénétrer sans obs-
tacle, il déchaîne sur la cité un tourbillon de vent.
Le sable vole , les pierres sautent, partout régnent la
crainte et la confusion. Les soldats du pays, ainsi que
les habitants des rues et des marchés, se barricadent
en dedans de leurs portes ; personne n'ose sortir.
C'est alors que le roi des singes descend du haut de
son nuage. Il va ouvrir les portes de l'arsenal, et
n'a plus que l'embarras du choix; dix-huit espèces
d'armes s'offrent à sa vue. La difficulté, c'était de
les emporter toutes ; il a recours au moyen magique
Ml OCTOBKK \<»\ i MBB1 II
■ mplov u> s.i ({uereUt me le roi des espni>
Tirant un <le Ml poils, U le mâche, et des milliers <|,
petits singes se pressent tunniltuoaaement autour <l<
leur souverain. Les voila tous qui iu
veau sur une nuée pour retourner dans leur payv
Ils apport. lient des épées, des é pieux des Iauee>.
des arcs, des arbalètes, des masses d'armes. ct<
Dès !•• lendemain, le roi des singes ne • oMipt.i pis
moins de quarante-sept nulle soldub bien an 1
terreur se répandit bientôt parmi les habitants des
montagnes voisines; les génies dessoùam - t iouie
cavernes , les animaux de toutes sortes s'empressè-
rent de se soumettre; iliaque année, ils apportai
1 Retenant . an peu plu» loin . »ur cotte »c ience de U magie et
de» transformation». lagUaedit : «Mettre en lumière et manifoster
la grande infUifwee de ia pierre philoaophale, cent h meta eboee
que poeaédar la métal caché au milieu dea eau*, par lequel on ob-
tient la véritable doctrine. En général, il eat km» la terre , tantôt
près, tantôt éloigné . tantôt brillant, tantôt obscur, nuis il n'y l
laisse l'arrêter, ni lui foire obstacle; il en eat de même de l'as-
pension de notre volonté. Une fois que le roi des singe» posséda Ir
métal du glaive enlevé an roi de» génie» impur», il ai
métal de» aroanani dn royaaino do /Vye-fon . il amassa le» m/ta'
tribut apporté par las animant dm souante et doute caverne»; la mont
Hao-ko (babité par le» singm) fut comme un vase de fer. I.a base de
cette ville, tonte de métal. éUot solidement «'la
sans s'arrêter. » Il ailleurs : «Ce crue l'on nomme, dan» la langage
dm immortels, la métal dow team, cest la grande Intelligence, su
fond très-pore et très- my ttérieuse . que les parole» ne peuvent trans-
mettre. • N'y a-t-il point dans tout ceci une allusion aux conquêtes de
l'bomme sur les secret» do la nature, et è la puissance acquise par
l'espèce humaine, lorsqu'elle sot sa servir dm métaux cachés dan»
la terre ? On verra plu» loin que ce singe , comme un autre Promé-
thée, expiera sous une montagne |a puissance surhumaine anj M
conduit peu A peu à la révoile.
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHINTSUEN. 321
le tribut. Le cœur du roi des singes était rempli d'une
grande joie. Cependant ses conseillers lui deman-
dèrent s'il avait la puissance de pénétrer au sein des
eaux; il leur répondit : i
« Depuis que j'ai été initié à la grande Intelligence , je con-
nais les soixante et douze transformations qui dépendent de la
terre. Je commande aux nuées du ciel, mon esprit pénétrant
ne connaît rien qui le surpasse; c'est un jeu pour moi de
cacher mon corps, de me rendre invisible, de monter où je
veux, d'atteindre ce que je veux. Pour s'élever au ciel , il y
a des chemins; pour rentrer dans la terre, il y a des portes.
Je puis marcher devant la lune et le soleil sans projeter
d'ombre, entrer dans le métal et dans la pierre sans les bri-
ser1; mais pour s'enfermer au sein des eaux, cela est im-
possible; le feu ne peut pas non plus être détruit parle feu. »
Or il s'agissait d'aller demander d'autres armes
encore au roi des Dragons, qui vit sous les eaux.
Pour pénétrer dans la demeure de celui-ci, il y avait
un moyen, c'était de passer sous le pont de fer joi-
gnant les deux rives du torrent voisin de la caverne
qu'habitaient les singes. Le singe prit cette route;
en un instant, il arrive devant le palais du roi des
1 Cette puissance surnaturelle est celle que la Sânkkya nomme
UïcIïU , la domination sur tout ce qui existe. Cette domination est
dite de huit espèces : i° sous la forme atomique, traverser le monde ;
2° sous une forme gigantesque, aller où l'on veut; 3° avec un corps
aussi ténu que les fibres du lotus, se poser sur les étamines d'une
fleur; 4° en quelque lieu que l'on désire un objet, s'y transporter et
l'obtenir ; 5° obtenir tout ce que l'on souhaite ; 6° exercer son auto-
rité sur les trois mondes ; 70 dominer tout ce qui existe ; 8° faire se
tenir, s'arrêter ou se mouvoir tout ce qui est, depuis Brahma j usqu'à
une pierre. (Voir le commentaire du soûtra xxni".)
Ml OCTOBRE- NOVEMBRE 1857.
Dragons, et se fait annoncer comme un saint homme
né du ri,l . Le roi des Dragons de la mer orientale
s'empresse daller recevoir cet hôte illustre. Il lin
• lire un siège; on prend le thé (les Chinois veulent
que l'on observe leur cérémonial jusque chez les
Dragons !) , et la conversation s'engage sur le ton <l<
la politesse. Le singe dit :
• Depuis ma naissance , j'ai quille le monde pour me per-
fectionner dans la vertu ; j'ai obtenu un corps qui ne doit
plus revivre ni mourir. Récemment je me suis mis à exer-
cer, dans l'art de la guerre, mes jeûnes gens, pour tn il-
soient en état de garder les cavernes de notre montagne.
Poorrais-je y parvenir, si je n'avais des armes ? Depuis long-
temps j'ai entendu dire que, dans le palais de mon sage
voisin, U j a très-certainement beaucoup d'armes divines,
et je suis venu tout exprès pour les lui demander. •
Le roi des Dragons ne jugea pas à propos de le
i.Iiimm ; il fit apporter plusieurs glaives. ,|, formes
diverses. Mais le singe , capricieux de sa nature , trou-
i m l'un trop loger, l'autre peu commode à manier;
si bien que le grand Dragon lui fit prêtent n-, ton
jours par quelque » -hcf de la famille des poissons qui
occupai, iii 1rs pruniers emplois dans son empire,
— une lance carrée et de nature divine, du poids
de soixante et douze mille Ain. « Trop léger, trop léger,
trop léger, a répondit encore le singe; et comme le
roi des Dragons perdait patience, le singe ajouta M
souriant :
1 La gtaae prétend que ce mot veut dire : «qui ne doit plus ni
renaître, ni mourir •
ETUDE SUR LE SY-YEOU-TCHIN-TSUEN. 323
« Il y a un ancien proverbe qui dit : Si le roi des Dragons
des mers se met de mauvaise humeur, adieu les choses pré-
cieuses \ Cherchez, cherchez encore, et voyez si vous n'avez
rien à ma convenance. »
Le roi des Dragons se retirait sans répondre aux
demandes réitérées du singe , lorsque ses femmes et
ses filles vinrent lui dire :
« Ce saint personnage est très-puissant , n'en doutez pas.
Dans notre trésor des mers, nous avons un morceau de fer
divin qui sert à boucher la caverne du ciel. Depuis quelques
jours, il brille d'un éclat étincelant comme celui de la nuée
à l'aurore ; il en émane une vapeur extraordinaire. Oserions-
nous manquer à notre devoir, et ne pas nous porter à la
rencontre du saint personnage (dont ces présages annoncent
la venue ) ? » Le roi des Dragons répliqua : « Au temps où le
grand empereur Yu rectifia le cours des eaux et établit le
niveau 2 du fleuve Kiang et de la mer, il plaça ce morceau
de fer enchanté. Quel parti peut-on en tirer ? »
1 Ce proverbe , sans doute fort ancien , prouverait que la croyance
populaire admet l'existence d'un dieu de3 richesses caché sous la
terre, au fond des eaux. Le Kouvêra des Hindous habite au nord,
celui des Chinois est roi de la mer orientale ; c'est toute la différence
qui les distingue l'un de l'autre. Quant aux armes surnaturelles , la
poésie indienne les célèbre en maint endroit du Mabâbhârata et du
Râmâyana. H y a l'arme d'Agni, l'arme d'Indra, et surtout les armes
terribles que Civa met entre les mains de ceux qui se vouent à lui.
Dans tout ceci , la fantaisie chinoise a fait des emprunts à la rêverie
indienne.
5 Ta-yu fut, en effet, chargé de réparer les dommages causés par
les débordements des eaux avant la mort de Yao , et employa treize
ans à ce grand travail. Il n'en est pas moins curieux de le voir men-
tionné ici ; mais les Chinois aiment tant l'histoire, ils attachent tant
de prix à tout ce qui se rapporte aux premiers empereurs de leur
nation, qu'ils ne permettraient pas aux Dragons d'ignorer ces dé-
tails.
314 OCTOBRE-NOVEMBRE 1S57.
« Qu'il en fasse ou non son profit , répondirent les
femmes du roi des Dragons, présentez-le lui. I
souverain des mers suivit leur conseil; il « •mm.-n.i
dans le lieu désigné (dans le trésor de l'Océan ) le
roi des singes, qui se fâchait déjà, croyant qu'on
le mettait à la porte, et lui imwitr.i um- immense
barre de fer. Le singe, l'ayant jugée trop longue, la
raccourcit, y adapta une poignée et lui donna le nom
de la masse de fer qui obéit à la pensée; elle pesait treire
mille cinq cents km. Enchanté de posséder une arme
aussi précieuse, il fait un pas, médit . puis marmot \<
quelques mots, porte la main a son front l. i
brusquement au milieu du palais de cristal . où trô-
nait le vieux roi des Dragons. Toute la cour du sou-
verain des poissons, des crustacés et des cétacés est
en rumeur. Mais, sans prendre gard* < 1 effroi qu'il
cause en ces lieux . le singe s'assied p<
une nouveile demanda. Il a des armes, c'est très-
bien; cependant il lui manque un vêtement, ou plu
tôt une armure. « Je n'en ai point , répond le roi des
Dragons I » ln.tr ne n«- donne pas la peine de
chercher deux logements1, répond le singe ; tant bjm
graves mm* bois qui Mat placées es tête de l'ouvrage re
itent le roi de* litige* tenant sous le bras aa masse de fier, et
portant u main A mm froôt, WW poor en faire jaillir une pensée.
' Littéralement : • Un étranger (ou un convive) ne ae met pas en
peine pour deux notas: — !&£ ^K iff ^^ ïÈ, * *** ni*,De
proverbe se trouve dans la Grammaire du P. Prémare , qui le traduit
ainsi , • Hotpcs luupiùmm non mutai, • et remplace le caractère \ P
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 325
je n'ai pas ce que je demande, je ne sors pas d'ici.
— Peut-être y a-t-il hors de ce palais , dans la mer,
ce que vous cherchez — Courir trois mai-
sons ne vaut pas rester tranquille dans une; je vous
en prie dix mille fois , donnez-moi un vêtement l. »
Menacé par le singe , qui lui propose un duel , le
roi des Dragons parle d'appeler à son secours ses
jeunes frères, les Dragons du sud, du nord et de
l'ouest, Ngao-kin, Ngao-chun et Ngao-joun.
« Je ne m'en irai pas, je ne m'en irai pas , répliqua le singe ,
il y a un proverbe qui dit : Si par trois fois on a accueilli
votre demande , ne perdez pas courage ; si l'on vous a reçu
deux fois, alors espérez. Et cet autre encore : Si l'objet de
vos poursuites s'élève tout à coup, dès qu'il s'abaissera,
aidez-vous un peu, et tout ira bien2. — Le grand Immortel
ne veut pas se retirer , dit alors le roi des Dragons ; j'ai ici
un tambour de fer et une cloche d'or; dans les cas pressants,
je frappe un coup sur le tambour et sur la cloche, et aussitôt
mes jeunes frères se rassemblent. »
Au premier coup de tambour et de cloche , les
rois des Dragons des trois autres mers arrivent en
hâte. Le vieux souverain de la mer orientale leur
fân, de notre texte, par «S fân, qui a le même son et à peu près
le même sens.
1 Dans ce proverbe, très-simple, le commentateur voit une idée
profonde, et l'interprète ainsi: «Mieux vaut s'en tenir à une école
(kia «maison», et, par suite «secte»), que d'en rechercher plu-
sieurs »
2 La glose dit que le sens de la phrase est celui-ci : « Ne pas
s'acharner à la poursuite des choses; attendre qu'elles arrivent, et
alors profiter des circonstances, s'y accommoder. »
m OCTOBHE-NOVBMBMB 1857
explique ce qui m passe , l'arrivée du singe, la puis-
sance de celui-ci et son obstination à réclamer des
vêlements , après avoir reçu déjà des armes et de
précieux métaux. Le roi des Dragon» du nord (Ngaa
chun ) se dessaisi t . en faveur du singe , de set sandales
en racines de nenufar. propres a marcher sur les
nuées; le roi des Dragons de l'ouest (Ngao-joun)
donne une cuirasse d'or ; le roi dea Dragons du sud
(Ngao-kin) abandonne son casque d'or Imuiu Leur
aîné, le roi dea Dragons de Test, va porter oas divers
objets d'équipement au singe, qui s'en revêt tout
joyeux et sort avec une gambade. Grâce au métal ÉaJ
I • iiveloppe, il a pu traverser les eaux sans se mou il
1er, et reparaître au milieu des siens tout brill.uit de
l'éclat de son armure. Aux singea, aaa sujets, éton-
nés de lui voir è la main l'arme précieuse dormée
par le roi des Dragons . il raconte ses aventures et
ses voyages. Il explique comment il peut, par JV-
de la magie, commander à cette arme si longue et
si pesante. Quand il lui dit par trois fois : Rapetisse-
toi ! elle se réduit à un si peut volume , qu'il la cache
dans le pavillon de son oreille. S'il répète trois fois
le mot : Allonge-toi ! elle prend des proportions co-
lossales '. Le premier usage qu'il fit de cette arme
cctteanBeaMgiqtMc.LecnardcrboaBccMMtarrIlea
( et porté ter* la terre); quand il s'éleva et ae calsM, il eeejwert la
pénétration dea génies «t la puissance des innaformation. Ce
I i tre nous m oire on eaeeaple, dans es singe (détenu an )cmu( une
pensée). CeUe arme . noaaaaée aasaaat la pousV, ce* la poiisaare du
neur. Sans habileté, la eonir ne pourrait communiquer la ti<
ÉTUDE SUR LE SY-YEOU-TCHIN-TSUEN. 327
prodigieuse et des secrets magiques pénétrés par lui ,
ce fut de soumettre les rois des génies des soixante
et douze cavernes.
«Plein de joie, il sort de sa caverne, tenant entre les
mains l'arme précieuse. Grâce à son esprit doué d'une pé-
nétration qui le rend capable de régir le ciel et de gouverner
la terre ', il dit à son corps : Grandis-toi! Aussitôt il atteint
une hauteur de mille coudées. Sa tête s'élève comme une
haute montagne; le milieu de son corps a la grosseur d'un
mont escarpé, ses yeux lancent des éclairs, sa bouche est
tour de lui; sans son arme, le singe, qui agit par le cœur, ne pour-
rait accroître le domaine de sa puissance intellectuelle. Voilà pour-
quoi , au commencement de ce chapitre, l'auteur introduit la mention
de cette arme, qui se nomme comme la pensée. La pensée et le cœur
sont une seule et même chose. Quand le singe lui commande de se
faire grande ou petite, longue ou courte, etc. dans toutes ces cir-
constances , elle obéit à son cœur C'est ainsi qu'il arrive à con-
naître ce qu'il y a entre le ciel et la terre. Sans cette arme , il ne
deviendrait pas ce qu'il est devenu, un être saint, né du ciel; il ne
serait qu'un homme saint, né du ciel » Cette arme est donc, sous
une forme sensible, l'image de la domination, ou aïçvaryam, dont
j'ai parlé plus haut dans une note.
1 Tel est le sens des mots: >^ ^ $k ffy ^ ^j|É
Sffl . *Begere-cœlum-gubernare-terram (signe du participe) spiri-
tus-sagacitate-prœditas.n Le signe du participe est rejeté ici après
les deux régimes. (Voir Prémare, p. 128.) Le caractère siang de-
vrait être sans la clef de l'homme 1BL • Sous cette forme, il est sy-
nonyme de fa >4j ■> et peut avoir une acception verbale. (Voir dans
les Mémoires de Hiouen-thsang, traduction de M. Stan. Julien, p. xlvi
de la préface du Si-yu-hi, les remarques du savant professeur sur le
caractère siang.) Le signe du participe d'un verbe actif peut se pla-
cer après le régime, comme dans cette phrase: Jr j «3* HtT ,
tympanum pulsans.
33* OCTOBKfc NOIEMBKL 1857.
rouge comme le sang, ses denlt ressemblent à de* tranchant*
de glaive. La lance qu'il porte à la main touche jusqu'au
trente-troisième ciel et pénètre jusqu'au fond des dfa -huit
enfers. A sa vue, les rois des génies des soixante et douze
cavernes sont glacés d'épouvante; Us frappent la terre de
leurs fronts , s'inclinent respectueusement à ses pieds. .
Tout à coup , le singe contracte cette forme qu'il avait re-
vêtue, prend son arme, et, par une métamorphose, la ré-
duit à n'être plus qu'une fine aiguille à coudre; il la cache
dans son oreille, et retourne a la caverne qu'il habite. *
Après cet exploit, il se forme une cour, en dis-
tribuant des grades et des emplois aux singes de <li
verses espèces. Le temps du repos était venu, un
jour, à la suite d'un grand conseil, dans lequel il i
été discuté sur la littérature et sur l'art militaire avec
les dix rois des animaux1, il donne a ceux < m
banquet. On mange bien , on boit mieux encore
voilà les sept rois des bétes qui vont dormir pcèi do
pont de fer, à l'ombre d un pin. Pendant que le roi
des singes sommeille tranquillement, sous la gtrd<
de ses quatre grands officiers, deux personnages
étrangers, qui tiennent à la main une pancarte sur
1 Ou plutôt les rais des animaux tabulent, à savoir i le roi des
démons-bcrais, le roi des désnoni crocoduV», le roi des démons-
pong (espèce de poiassu qui se change en oiseau, selon les Chinois),
le roi de* serpent», le roi des renards, le roi des (les deux ca-
ractères manquent dans les dictionnaires; ils sont sans doute mal
écrits). Tels sont les personnages avec lesquels le beau roi des singes
discute sur lu Uttrrt et $mr la jeerrv ' Quelles que soient la forme et
la nature des êtres que les Chinois mettent en scène , ils leur don-
nent immédiatement leurs goûts, leurs habitudes , n km leur» ins-
tinct* particuliers.
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 329
laquelle est écrit son propre nom, s'avancent en si-
lence. A l'aide d'une corde , ils saisissent ïâme 1 du
roi et l'emportent. Celui-ci s'éveille dans sa nouvelle
demeure; sur les murs de la ville où on l'a conduit,
il lit ces mots : Frontières de l'empire des ténèbres. C'est
là que règne le juge des enfers, le roi de l'empire
des morts, Yênwang. Surpris de se réveiller en pa-
reil lieu, le singe répond à ceux qui l'ont amené :
« Je sais bien que je suis sorti des trois mondes, mais je ne
suis pas rentré dans les cinq éléments; je ne leur suis plus
soumis. Pourquoi ces gros gaillards ont-ils osé m'effacer du
milieu des vivants ?» — Et voilà que les deux mandarins du
sombre empire, dont l'emploi était d'effacer le nom des morts,
se mettent à le tirer de force pour l'entraîner ; ils voulaient
1 %/ÎL Iffiv Kouan-ling . a ordinairement le sens d'âme humaine.
Ici, cette âme est le qTO: des philosophes indiens , l'homme en pe-
tit, l'homme en raccourci, pas plus long que le pouce, WfWTOfi, tel
que le reconnaissent les védantistes et aussi les sânkbistes; à ces
derniers, comme nous l'avons déjà remarqué, le bouddhisme a fait
plus d'un emprunt. Ces deux personnages qui enlèvent l'âme du
singe .rappellent trait pour trait le dieu Yama lui-même, lorsqu'il
vint enlever Y âme de Satyavân (l'époux de Sâvitrî) durant son som-
meil. Les Tao-ssé admettent aussi que l'on peut, en dormant, faire
un voyage dans l'autre monde. ( Voir le livre, des Récompenses et des
peines, traduction de M. Stanislas Julien, p. 4o.) A propos des mé-
tamorphoses du singe, et de la facilité avec laquelle il contracte
son arme et fait rentrer en lui les petits êtres sortis de son corps,
on reconnaît qu'il possède, avec les armes divines, la connaissance
des formules magiques, des secrets au moyen desquels on les retient
et on les rappelle à soi après s'en être servi.
swifui ^nmmrr m^i^iIui
[Mahâbhâralam., Adiparva, lect. i3o, vers 5 1 3 1 . )
350 OCTOBRE- NOVEMBRE 1857.
le faire entrer; mais le caractère impatient tlu roi des
s'éveille tout à coup. Tirant de «on oreille l'arme enchantée,
tout en colère, il ae courbe , saisit l'occasion , prend en main
la masse de fer, et se met à frapper sur les deux sbires char-
gés d'entraîner les morts ; il en a fait de la viande morte ' ,
et s'échappe du nœud coulant jeté autour de son cou. Alors,
s'ouvrent un passage, il pénètre dans la ville des morts. La
terreur s'y répand ; les démon» à tète de bœuf se sauveul à
l'est et se cachent à l'ouest ; le* démons k face de cheval s'en*
fuient au sud et se dispersent au nord, puis, montant au
palais de Sém-U \ ils avertissent les rois de ce qui se pesée ,
en criant : • Malheur? malhcu
1 fj ;Q 0Sj SJ •"«• fit de la chair préparée pour être
conservée, de la viande séché* eu salée.»
I jfifc H?. Ceet le neut du palais habité par Varna. Les dé-
■o— à tète de bœuf , en sanscrit, ritauj: , sont des espèces de yak-
chas; les démons è tête de cheval, en sanscrit. sjtobuJ:, sont les
' Au cesssnencesneut de cet épisode, il est dit dans I* teste que
I* roi des singes avait jjjk ~|\ /è\ f «ae-lia-eta, litiéralement :
déposé son ennr, cest-eVdire , abdiqué, mis d* coté las sentiments
humains . les désirs terrestres. La glose s'étend longuement sur cette
expression. Voici quetqoe*-unes des réflexions qu'elle lui suggère :
■ Le roi des singes possédait en mi-méme la vie des hommes et de*
choses, il l'avait absorbée complètement , il pouvait donc dépoter son
tarer. Le texte ne dit pas: son cœur se retache (*uv/im$-A*a), mais
bien : il te débarrassa de tout sentiment personnel. Il y a là -dedans
une belle pensée, que le* hommes do siècle ne comprennent pes.
eux qui n'ont pas encore échappé* (eux misères do moode ), et qui ,
en secret, se préoccupent du blâme et de la louange C'est lace
qu'on nomme la calamité d'un co-ur qui se répand an dehors, et
c'est rentrée qui donne accès A la vie et à la mort .... Celui qui a
abdiqué les sentiments humains vit dans un état d'abstraction ; il
ne tient plus à rien , et pourtant il existe Il ne tient à rien, et
il est le maître d'abandonner ce qu'il veut A la différence d*
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 331
Il y avait dans les régions inférieures dix rois se-
condaires, nommés les dix rois remplaçants du som-
bre empire1. Ils s'excusent devant le singe , qu'ils trai-
tent de grand immortel; si on a osé porter la main sur
lui, c'est qu'on s'est trompé de nom : il y a tant de
noms qui se ressemblent dans le monde des vivants!
«Comment vous appelez- vous? Venez avec nous;
montons au palais de Sên-lô, et là nous examine-
rons le cas devant le grand juge qui siège du côté
du sud2. » D'abord , on feuilleta trois des registres sur
ceux qui n'ont pas renoncé à eux-mêmes , il voit même en dormant.
Confucius a dit : « Au matin , j'écoute l'enseignement de la doctrine ;
« le soir, je puis être mort ! . . . — Mais vivre et être exposé à mourir,
ce n'est pas là connaître clairement la vraie doctrine. Celui qui a
renoncé à ses sentiments personnels ne peut mourir jamais, mais
peut vivre toujours Ainsi du singe, qui entre brusquement
dans la ville du roi des enfers, après avoir tué ceux qui l'entraî-
naient. Le mort redevient vivant, et les vivants, à leur tour, devien-
nent des morts »
1 ~~f-* 'TvT -Ë& "4"* Chy-tay-ming-wang. Je m'abstiens de ci-
ter ici leurs noms chinois, qui ne se prêtent ni à la traduction lit-
térale, ui à l'interprétation des caractères.
s Le dieu des morts de la mythologie indienne habite du côté du
sud ; de là le nom de c^RmuUUMÎd: , régent de la partie rrœridionale
de l'horizon, qui est donné à Yama. Il est à remarquer que les ado-
rateurs de Vichnou se croyaient affranchis , eux aussi , de la dépen-
dance du dieu des morts. (Voir le Vichnoupourâna, traduction de
M. Wilson, page 287.) C'est par la méditation, par l'absorption en
Bhaghavat, par le renoncement, en un mot, qu'ils arrivaient à évi-
ter la mort et la vie des naissances futures. A ce propos, je ferai ob-
server que les Chinois ont encore emprunté aux Indiens l'idée des
neuf organes creux, ou neuf portes. Ainsi, dans une glose de l'édi-
tion in-8°, on lit ces mots : « Les anciens ont dit : Le cœur du saint
homme a sept ouvertures ; cela doit s'entendre des sens internes.
Dans ce livre, on dit: En général, les neuf ouvertures concourent
338 OCTOBRENOVBMBRE 1857.
lesquels étaient inscrits les noms de toutes les espèces
d'animaux. Arrivé à l'article singe, le juge lut m ({tu
suit .
• Le singe ressemble à l'homme , mais m» nom ne m trou ve
pas parmi ceux de l'espèce humaine. Il ressemble aux qua» I 1 a
pèdes , mais il ne marche point à la suite des animaux mer-
veilleux tels que le ky-lm. 11 a des rapports avec les volatiles .
mais il n'est point soumis aux lots de l'aigle. • Il y avait encore
d'autres registres; le roi des stages, les parcourant de l'œil,
remonta au delà des noms des Ireiae cents esprits inférieurs,
et découvrit ces mots : Suom-ktmg , • singe né d'une pierre
céleste, ayant atteint l'âge avancé de trois cent quarante-
deux ans, terme de sa vit. «A celle vue, il dit: • J'avais oublié
ces circonstances de moo âge, a quoi bon les rappeler, et
qu'est il besoin de ce nom ?» — S'armant d'un pinceau, avec
attention et d'une main exercée, il efface tons las noms ap-
partenant à la race des singes. Apres avoir eflacc tous ces
noms, il arracha le registre, en s'écriant: «Ces! réglé, c'est
réglé! A partir d'aujourd'hui, je ne sais plus soumis à vos
lois. • — Et il se fraya un passage hors des limites du sombre
empire. Les dix rois n'osèrent l'approcher ; Us se rendirent
au palais de Nuées flottantes pour saluer le Pou-sa (Botllii
*attva) . rot des trésors de la terre, qui dut présenter, à cette
occasion, une requête au ciel supérieur.
tout** à la sanctification do bouddhiste; cela doit s'entendre des or
ganes externes. On peut voir par là que, en ee qui touche su corps
humain, si les organes internes servent à former le saint homme
(le sage, d'après l'idée de koog-fou-tseu et des lettrés de son école) ,
les organes externes servent à l'accomplissement de l'eut de Boud-
dha • Ce sont la les neuf portas de te titU dont il est question
dans la bkagkavudgultd, et à propos desquelles M. Schlegel a <l
uote : Porte enamenmtur m kunc mutdum . bim oculi, binm naret, fctiur
oarra etof.km tant septrm im captif constitut* ; infra dam , août et mtm-
brmm génitale. Les lettres omettent les dent derniers organes, qui
n'ont point un rapport aussi direct avec le comr, avec la pensée.
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 333
Le singe était retourné triomphant au lieu où ses
quatre grands mandarins le croyaient encore en-
dormi. Bientôt après, un jour que le souverain Sei-
gneur de Jade1 trônait dans le palais des nuées aux
portes d'or, à l'heure où, tous rassemblés, les im-
mortels , lettrés et guerriers du palais des plus hautes
régions élevées faisaient leur cour, un messager cé-
leste2 vint apporter un placet de la part du roi des
Dragons de la mer orientale , qui se plaignait des
méfaits du roi des singes, et demandait des troupes
pour le combattre. Quelques instants après, arrive
un autre placet, présenté par le roi des enfers, et
qui contenait ce qui suit :
«Dans le sombre empire habite celui qui régit le principe
grossier de la terre. Au ciel, il y a les purs esprits; sur la
terre, il y a les génies d'un ordre inférieur : les deux prin-
cipes subissent les lois d'une rotation perpétuelle. Les êtres
animés ont la vie , les êtres inanimés ont la mort , et ils re-
viennent sous la forme de créatures : il en est ainsi pour
toutes les classes d'êtres. Or voici qu'un certain roi des singes
(suivent ses noms et les détails de sa naissance) , emporté par
1 Yu-ty « le très-vénérable empereur » ; cette expression appartient
à la secte des Tao-ssé.
yV Tchin-jin; c'est ainsi que les Tao-ssé nomment les
êtres qui peuvent laisser de côté leur corps mortel , se rendre invi-
sibles et aller où ils veulent. Ces Tchin-jin vessemblent aux Djoguis
indiens arrivés à la puissance surnaturelle par la méditation, ou à
ceux qui, selon le système des sânkhistes, possèdent au plus haut
degré la qualité de la bonté et de la vérité (sattva). En tant que gé-
nies, il se rapprochent tout à fait des siddhâs du panthéon hindou.
(Voir la définition qui en est donnée dans le Vichnoupourâna de
M. Wilson, p. 227.)
m l >HRE NOVEMBRE 1857.
la colère, par la méchanceté, par l'esprit d'insubordination,
et se vantant d'être un esprit qui pénètre tout , a maltraité
les dénions des neuf cercles de ténèbre*. Fier de sa grande
force, il a injurié les dix rois secondaires du sombre empire,
et pénétré dans le palais de Sé*-Iô pour anéantir son nom aind
que ceux de toutes les espèces de singes. Il ne veut pas se
résoudre è ce que les singes, après avoir vécu longtemps,
s'éteignent pour tourner dans la roue, et chacun dfatt n'est
plus condamné à vivre ni à mourir. Dans m«>n indignité
j'adresse mes bumbles supplications au Ciel tout-puissant,
le priant de daigner envoyer des guerriers célestes pour ré-
duire ce monstre; par là sera rétabli l'ordre en ce qui touche
aux deux principes du ciel et de la terre , et une paix éter-
nelle sera rendue au monde. — Requête respectueuse. •
I • Du u suprême promit de leur v<
mais les saints qui l'entouraient se demandaient quel
pouvait être ce singe extraordinaire. Par ordre, du
souverain des lieux, deux étoiles partirent vers le
roi des singes , pour le prier de paraître devant leur
maître. Celui-ci s'empressa d'obéir, et, montant sur
une nuée, U s'éleva tout joyeux vers les hautes ré-
gions de n nipuée. Il allait vite, mais l'étoile de Vé-
nus, chargée de le guider, le laissait loin derrière
elle. Arrivé à la porte du ciel , le singe veut entrer,
et voilà que des sentinelles, armées de grands glaives,
lui ferment le passage. Toujours disposé à se ficher,
le singe cherche querelle à l'étoile, qui l'a trompe . en
l'invitant à venir se heurter contre des portes closes;
il parle déjà de s'en aller. «C'est ta faute , répond en
riant l'étoile de Vénus; tu es resté en arrière, les
gardiens, ne te eonnaissant pas, ont refusé de t ad-
ÉTUDE SUR LE SY-ïÉOU-TCHIN-TSUEN. 335
mettre. » Elle dit un mot aux terribles sentinelles, et
le singe voit s'ouvrir devant lui les portes des de-
meures célestes l.
A la vue du souverain seigneur, le pauvre singe
se trouble , il oublie de saluer ! C'est un grand crime,
qu'il cherche à racheter par l'humilité de son attitude
et de son langage, et qui excite l'indignation des
magistrats du palais céleste. Quoi ! il a un corps
d'homme, et il ignore les rites! Mais, dans toute la
cour du divin Maître , il n'y a qu'un emploi qui puisse
lui convenir : celui de gardien des chevaux. L'étoile
1 La glose, continuant de développer la théorie de la transmuta-
tion des métaux et de la pierre philosophale, dit à ce propos : «Ceci
montre clairement que celui qui possède la connaissance de la trans-
mutation des métaux et de la grande science de la pierre philoso-
phale , -g^ "V/j? ^g -IlL ys^ -jrpf > j0lut d'une longue vie ,
en harmonie avec les lois célestes, monte jusqu'au neuvième ciel,
et entre en relations familières avec le Maître suprême : on ne peut
l'empêcher de monter jusque-là. Le Maître suprême est le souverain
du ciel et de la terre; par son pouvoir, il récompense et punit les
vivants et les morts. ( IzkJ HH , littéralement : l'obscur et le lumi-
neux, les ténèbres et la lumière. C'est uje expression élégante, em-
pruntée à l'historien Ssé-ma-tsien.) Il a le secret du passé et du
présent » Il y a dans tout ceci un singulier mélange d'alchimie,
de matérialisme et de croyance en un dieu maître du ciel et de la terre,
et qui récompense et punit les vivants et les morts. Quel est ce roi du
ciel , Brahma , Bouddha ou le Chang-tien des lettrés ? On ne peut le
savoir au juste. Il s'agit probablement de l'Adibouddha , ou Bouddha
créateur des théistes, qui admettent un dieu doué des attributs que
les Indiens accordent à Brahma. Dans ce récit étrange, on voit, réu-
nis aux Bodhisattvas les dieux des Tao-ssé et les divinités brahma-
niques ; ils agissent de concert et vivent en bonne intelligence , con-
formément au proverbe chinois : les trois religions n'en font qu'une.
336 (TOBRE-NOVEMBHK 1857.
de Vénus l'installe dansées fonctions , et il a si l.»rt
à faire, qu'il passe les jours et les nuits sans dormir
Un pareil emploi ne tarde pas à l'ennuyer, d'autan!
qu il entend dire qu'à la cour du roi descieuv il a \
a pas de rangs distim t>; il n'est encore lui ■
qu'une sorte de surnuméraire1. S'il s'acquitte de sa
1 ^fe "% 'fi/tf, nom entprt emtré iau In $Mn , dtua Us emityo-
ries. (Voir l< Dictionnaire de Mormon . au mol Wri.) • Il n'y • point
de rang» , dit le commentateur ; les aaiota hommes sont devenu -
peiilee de conoaiirc et d acquérir (intelligence céleste ; ils n ai étant
d'après lea Iota du ciel; ils transforment lea deux priocipee; ce sont
des esprits éclairée qui ont le don des Bille snétantorphosea : ils ont
la trio, et il» sont sur le mène rang que le ciel. Pourquoi ? Par lea
métaux, ...rangs sont fixés dorant tout un èe*. ( £ft ) . san,
être confondus ; par la pierre pbiloeophalc, l'essence do «
rt de la lune a donné à l'esprit sa perfection. C'est, dans son en-
semble, l'air (la soramc. l'essence) du principe supérieur; car. ce
qui enveloppa la ciel al la terre, c'est l'air; ce qui transforme las
métaux et produit la pierre poiloaopnale , c'est encore l'air. Il
rien que l'air n'embrasse, il n'y a rien dans quoi ne M trouve l'air,
qui sert à la production des métaoa et de la pierre philosophais. «
In écrivain a dit . •Contenir lea mouvements de la
fortifier l'esprit, pratiquer à fond la vertu, ce sont la les trois lu-
naièrea. Tous lea triera tendent à chasser viol w ont cet esprit droit
et juste qui demeure toujours vivant.* Il a dit encore. . Les ténèbres
qui se répandent (dans l'esprit) mettent obatada aui (ranforma-
tions, et, dans la milieu oeeenr qu'elles produisent , elles envelop-
pant tous les êtres, et enserrent la vérité comane dans un filet. » Puis,
rhirrnant è mettra m doctrine d'accord avec celle de Coofuciua et
des anciens sages, le rrsasm soie! sur ajoute : «Quelle diafteoace y a-
t-il (entre cette doctrine) et caque dit le Y-kima, par ces mots bj
ciel et è la terre correspond la vertu ; au soleil et à la lune cor-
respond la clarté (de son intelligence); aux bons et aux marnais
génies correspondent le bonheur et les calamités? — Et dans le
rckomtf-rong : le ciel et la terre coordonnant . les dix mille êtres se
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 337
besogne avec diligence , on lui dira : Bien ! S'il se
montre négligent, il sera sévèrement châtié. C'en
est assez ; le roi des singes prend le parti de retour-
ner à la montagne où il vit en souverain. S' élançant
à travers les portes , qui s'ouvrent devant lui , parce
que les gardes savent son nom cette fois, il prend
son vol sur un nuage et va s'abattre au milieu des
siens.
Le retour du roi fut célébré par un banquet, et
on annonça l'arrivée du roi des Dragons unicornes,
qui fut introduit, et dit en s'inclinant avec respect :
«Depuis longtemps, j'ai entendu dire que Votre Majesté
appelle auprès d'elle les sages; il n'a pas dépendu de moi
de venir plus tôt lui présenter mes devoirs. Ayant appris
que Votre Majesté , après avoir été enregistrée parmi les em-
ployés de la cour céleste, a mis le comble à ses désirs par
un retour glorieux, je suis venu tout exprès pour lui offrir
cette robe de couleur jaune, en signe de congratulation. Si
développent et grandissent. — Tous commencent par être jeunes et
s'habituent aux pratiques de la vie (et de la vertu) ; ceux qui parvien-
nent à la perfection , on a donc le droit de les nommer les saints
hommes qui sont en harmonie et en union avec le ciel. » En me re-
portant au grand commentaire de l'édition impériale du Tchong-
yong (invariable milieu de Confucius) , je trouve l'explication sui-
vante de ce court passage : « Le mot oey ( Ait ) du texte signifie
disposer en ordre , mettre l'ordre et la paix dans les choses. Le mot
yo ( é=i ) signifie gagner sa vie, se développer dans la vie.» Ce qui
revient à dire : le ciel et la terre disposent les êtres selon leur rang
et leur condition; ceux-ci se développent d'eux-mêmes, mais sous
l'influence du double principe créateur ; leur vocation est donc de
se perfectionner pour remonter à leur source.
x. 23
Hl OCTOBRE NOVEMBRE 1R57.
> II. veut bien nu» retenir i son service, je suis prél a lai
moigner tout le *èle d'un Mijet <l< >oi
Dana -•> joie, le roi lui donna le tin.
<lr ministre de i icè-roi et de commandant du |»i e
ii u'«t corps d'armé»*. Ce nouv- ni venu qui était un
intrigant, <lit en note Péditeur eninois) persuada au
singe de faire écrire sur sa banni omsel titres
de Tsy-tieii'ta-ching e grand saint ordonnateur du
ciel1. » Mais la fuite du sainl | tsonnage avait èU
noncée au Maître souv«-r.im. oui m mil en devoii
1 Le coauaeataleor fsit Id mte remarque : • Le roi des singes
avait la aaéaae orifiae qee le ciel} 3 s'y avait dooe rien an «p>
pût se trouver en oppositioo avec la ciel ; aussi fallut-il qu'un rai de*
aapriu onicornea le p email t à la rêatatamca .... En acceptant la roi*
jaune et en inscrivant son nouveau litre sur sa ban niera . il se Mêê*
rai l indépendant . maître absolu , et disait . • Je ne rr I .
et non du ciel!» One glose de l'édition in-** dit cocon «Dans
rbonme, il n'y a que le eaur, et le contres! ce qu'il y a .1 |>m>r
pal.. Ouand ee srage obéit à son «rur.il rat singe, et eell lu.
Quand il est stage de pierre . d sa nomme le Beau roi daa singe* ; il
ne ae sépare pas encore da crus de son espèce. Il vs plus loin dans
ses prétentions, et devient San • oa - *oa<j , le (
cbement éclaire. Peu s'en faut { ,-nc à ce détacherne.
chose» terrestres. Pourquoi parait-il devant le palais des Dra^
Tout à coup, il prend le nom de Grand Saint du ci<
ce nom prononcé, non seulement la détachement diaparait. mai»
encore le singe a changé de nature. Bientôt il se répand au dehors,
il perd la tranquillité et s'attira beaucoup d affaires. Puis il a un.
sinécure dans le ciel, puis il devient la Grand Saint
il se révolta, et, au milieu de tons lea démons, il ne peut plus se
recueillir. Il faut qu'il soit enfermé sou» la montagn
ments (après sa ebuta) pour qaa le singe intelligent revienne à son
premier état... .Ce qui bat que le cour dn aage est brillant c<*
aa miroir, c'est qu'il est an un repos absolu; être en an repos ab-
solu, c'est ne pas même oeanettra qaa le cœur est le cour
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 339
d'envoyer des troupes pour le châtier. Il nomma gé-
néral en chef, chargé de soumettre les esprits re-
belles , Tao-ta-tien-wang-ly-tsing ; les trois grands No-
tcha-tay-tseu reçurent le titre de régents des trois
océans1. Voilà donc les armées célestes qui s'ébran-
lent pour aller punir le singe de sa fuite précipitée.
Après les défis et les provocations d'usage , de grands
combats sont livrés, dans lesquels l'avantage reste au
roi des singes. Il y a là des détails charmants , un peu
puérils, et des descriptions d'armes fort agréables
à lire en chinois, mais qu'il serait inutile de traduire
1 II y a , dans le texte, ^ ^ ^ 3E ^ ^f To_ta"
lien-wang-ly-thsing. Ce nom est écrit aussi, et plus souvent, To-ta-ly-
tien-uang, ou simplement Ly-tien-wang . De Ta-lo-ly-tien-wang (en
admettant que les trois premiers caractères soient purement phoné-
tiques, quant aux deux derniers, ils représentent le mot sanskrit
Dêva), on pourrait tirer Dattali [Dêva), nommé aussi Dattâtri (Dêva),
l'un des richis des anciens âges, fils de Poulastya, et considéré aussi
comme Agastya lui-même, devenu le régent de l'étoile Canopus.
Mais je ne vois pas ce que viendrait faire ici ce personnage, qui n'ap-
partient point à la tradition bouddhique. Le mot chinois ly (littéra-
lement prune) est aussi le nom d'une étoile qui, dans les magistra-
tures du ciel, «a pour emploi de gouverner les choses militaires. »
Voir le Dictionnaire de Khang-hy. Quant à 3ÏJ\ Dt* No-tcha,jc
serais tenté de le rectifier ainsi : ïr|) yè, ce qui donnerait Yê-tcha,
Yakcha, d'autant plus que ces personnages sont nommés plus loin
t$l Ya-tchay, qui est la véritable transcription du sanskrit
Yakcha. Cependant, de No-tcha on peut tirer Naàya, les rivières per-
sonnifiées , que l'on trouve invoquées quelquefois, au commencement
du Pantchatantrarh , par exemple, immédiatement après les Siddhâs.
ri ne faut pas oublier que le singe est ici la personnification du feu ,
qui ne pouvait pénétrer au fond des eaux; des rivières ne seraient-elles
pas bien venues à l'attaquer?
23.
340 OCTOBRE-NO\KM»RK 1857.
ici. I^es personnage»* nus en scène s'il m
nacent et sVftlaqucot vivement avec des •rmei ma
naturelles; tour à tour boutions ej sérieux, luttant
entre ciel et s«Ttj ils s'agit.- ut tourne tel • >prits
(1 une fantasmagoi
\ aincii •luis une première rencontre, malgré ses
efforts trente fois rei *. l'un ilrs lils .lu roi du
ciel vient annoncer a son pèfi ejlie le singe est m
vin. qu'il |»o ni I i.|ii. II.' sont
écrits les tit belle «< i I saint
ordonnateur du ciel. Pendant ce temps, le singe
félicité par les fées des soixante et douze cavernes,
ne songe qu'à mieux établir sa puissance. H donn
donc à ses six frères des titres analogues au rf
tribuant linaj une autorité absolue sur les choses <lu
ciel. D'autre part, le roi .lu oiel, renonoaoj
ployer la force, consent à laisser à ce grau.l lainl le
titre qu'il sait m I.i-h défendre. L'étoil- de \ énns eal
ehargée d'aller lui porter cet i- BOBTeiie, en Imu
tant à monter de nouveau vers les régions célestes ,
où il se verra confirmé dans ses dignités. Le mi du
ciel ordonne à son d s travaux de dresser
pour le grand saint, à droite du jardin des I
immortels \ un trône, qui fut placé dans un pal
Dans ce palais, il y eut deux intendants; I un se nom
mait la Parfaite quiétude, l'autre l'Esprit paisil
Une fouie d'immortels d'un rang secondaire furent .
J»S T^T- ' P*c'>eri frbulet*1 • qui ne fleurissent qu'uni- fou
tous les trois mille ans. (Voir Mormon, au mot Fan.)
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 341
en outre, préposés au service de cette demeure cé-
leste l.
Cependant le singe menait la plus douce et la plus
tranquille existence dans son palais. N'ayant rien à
faire qu'à manger et à dormir, il flânait à travers l'O-
lympe , si bien que le roi du ciel , craignant que cette
oisiveté n'attirât quelque fâcheuse affaire, se décida
à nommer le roi des singes gardien du jardin des
Pêchers immortels.
Comme il allait entrer dans le jardin, voici que la Terre
vient à sa rencontre et lui demande : « Grand Saint, où allez-
1 Le roi des singes a déjà triomphé du roi des Dragons et du roi
des enfers; maintenant il impose des conditions au roi du ciel
( nommé ici Yu-ty « l'empereur de Jade » ) . Tous ces succès , il les doit
à la connaissance, acquise précédemment, des secrets de l'Intelli-
gence, ou Bèdki. La glose dit : « Le ciel ou les Dèvas, qui avaient re-
gardé le saint personnage comme un mauvais génie , prenaient la
vérité pour l'erreur; lui, au contraire, en faisant de ses frères (les
rois des crocodiles, etc.) autant de saints, il transforma l'erreur en
vérité. Non-seulement les Dêvas ne pouvaient soumettre les saints,
mais même ils ne pouvaient soumettre les mauvais génies. Et tandis
que les Dêvas, regardant le saint personnage comme un mauvais
génie, ne pouvaient soumettre un seul d'entre les démons, le saint,
en élevant au même degré que lui les démons, ses frères, gardait
son autorité sur toute la troupe des saints » D'où il résulte que
les Dêvas du ciel brahmanique, en méconnaissant la véritable na-
ture d'un personnage initié à la révélation bouddhique, trahissaient
leur impuissance et leur incapacité. En lui accordant une place à
part dans leur Olympe , ne semblent-ils pas aussi capituler avec la
doctrine nouvelle, se retirer devant elle et céder la place à ceux qui
la représentent? C'est ainsi que les bouddhistes, en ôtant le sceptre
à Brahma, l'ont relégué, inactif et impuissant, dans un coin du
ciel; une place aussi a été donnée à Ci va et aux troupes de démons
qui le servent.
Ml i l'HKKNON fc.MBHE lb57.
vous?-— J'ai été nommé par le roi du ciel intendant du
jardin des Pêchers immortels, et je viens faire ma revi
— A ces mots , la Terre s'empresse de le saluer -, elle appelle
tons les employés du jardin, pour q
devant le Grand Saint . puis elle introduit cejajj ri La m
voit:
Dca péchera robustes, étincelanU de fleurs divines; —
chargea de fruita abondants «4 qui ae touchent; les rameaux
s'inclinent. — On ne dirait paa dea arbres merveilleux , mais
ii dea péchera ordinaires. — Ce sont les arbres qui i
sent et ae développent apontanéim ni à l'oueat, et dont le
fruit se nomme la Mère du cid du lac d'Ambroisi*
Interrogée par le singe, la Terre lui apprend qne
ces pêchers sont au nombre de trois mille six ou
Ceux qui sont en avant fleurissent un
mille ans; tout homme qui mange un <l* leurs fruit.-
devient Immortel. \u milieu, te trouren^ceux qui
fleurissent qu'une fois dans six mille ans; t
homme qui mange un <!• lui > fruits peut voler dans
les airs i toujours, sans vieillir. Enfin, I
au fond, se trou\< m < rux qui ne fructifient qu'une
fois en neuf mille ans; tout homme qui mange un
de leurs fruit- \n éternellement, et dans une pu t
liarmonii* BTi I | I i-t || T. nv. H > en avait ilou/.r
1 Dans Mornaoa (au mot Fan) , ils sont appelés la mèrt du t irl
de foutu. Les deux caractères que je traduis par lac d*ambr<
jir- yffl . signifient, le premier, «pierre précieuse de coul< m
rouge, et le second, «fossé. • Des» le roman bouddhique 101
BUncke et Bleue, traduit par M. Stanialas Julien, on voit (ebap. v)
Blanche aller cueillir, sur laa borda de ca même lac, la plante i un
mnrtali à la t»ar<li 'l'un jejMM iuimortel à léU de linge.
•
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 343
cents de chacune des trois espèces, qui ne différaient
que par la couleur du fruit1. La vue de ces pêches
merveilleuses devint une grande tentation pour le
singe. Négligeant toute autre promenade, il rôdait
dans le jardin , et regardait d'un œil avide les fruits
à moitié mûrs, qu'il eût croqués à belles dents, si
les employés aux ordres de la Terre n'eussent été
sans cesse sur le qui-vive. Pour tromper la surveil-
lance de ces gardiens armés , il leur dit qu'ils peuvent
aller se coucher, et qu'il se charge de faire bonne
garde en leur absence.
Dès qu'il les a vus partir, le singe se dépouille de son
bonnet et de ses vêtements, puis il se met à grimper sur
l'arbre. C'était un grand pêcher aux fruits mûrs et transpa-
rents. Il en cueille un certain nombre, tandis qu'il est sur
la branche, et se met à les avaler d'une bouchée; puis il
descend de l'arbre avec précipitation , reprend son bonnet et
ses vêtements, et rappelle les gardes en leur disant de re-
tourner sur la plate-forme qui leur sert de lieu d'observation.
Quant à lui, il s'en alla dans sa demeure, et resta absent du
jardin deux ou trois jours Il était enchanté d'avoir dé-
robé le fruit merveilleux ; mais , un matin , la reine des cieux 2,
ayant résolu de préparer un grand banquet, ouvrit les portes
1 La glose cherche à établir un rapport entre ce jardin des Hes-
pérides et la double théorie des Kwas et des deux principes. Ce qui
ressort de plus clair, au milieu de ces explications tout à fait obs-
cures, c'est que les trois espèces de fruits qui mûrissent une fois
dans trois mille, dans six mille et dans neuf mille ans, se rappor-
tent à ceux qui obtiennent l'un des trois états ou Véhicules de Çrâ-
vaha, Pratyékabouddha et Bodhisatlva.
2 Cette reine des cieux, 7? Tif ' est 'a Dêvî, en tibétain Lha-
mou, des bouddhistes de l'Inde.
344 OCTOltl.l NOVEMBRE 1857.
précieus**, le lac d'Ambroisie étant le lieu choisi pour célé-
brer la ft te des Pèches immortelles '. Voici qu'entrent d'sbonl
>cpt jeunes tille» divines, vêtues de robes de couleur i<>ugc,
bleue, verte, jaune, violette, blanche, notre, portant cha-
< ti ne sur la tète un panier de fleurs. Elles allaient au jardin
des Pêchers, cueillir le* pêches pour la fêle. Arrivées devant
la porte du jardin, elles aperçoivent la Terre, les gardians
armés placés par elle, et les deux grands mandarins du pa-
lais du Grand Saint (du singe) , qui leur défendent d'entrer
S'approehant de ces personnages, les jaunes fille* immor-
telles leur dirent « Nous svons reçu un ordre de la Raine du
ciel , qui nous enjoint da cueillir les péchas du jardin , pour
célébrer la grande (été.
• Jeunes Immortelles, répliqua la Terra, arrêtât. Mainte-
nant les choses ne sont plus comme par le passé. Les i
Vénérables (la dieu du ciel et ceux qui président sux quatre
saisons) ont été mis à la retraite. C'est le Grand Saint du Gel
rectifié qui commanda ici; présentas donc votre requête a ce
Grand Saint , alors nous oserons vous ouvrir les portes.—
donc est ce Grand Saint? — Dans la galerie, s dormir. —
En ce cas. allons donc la chercher; partons, sans plus
tarder.»
La Terre se joint sux jeunes filles immortelles , et vs , en
leur compagnie, chercher le singe jusque dans is galerie des
I i urs; elles ne l'y trouvent pas. Dans cette galerie, il y avait
bien son bonnet et ses vêtements ; mais où était-il allé ? I
poursuivent leurs investigations de tout coté , sans arriver à
aucun résultat C'est que le Grsnd Saint, après avoir avalé
quelques péchas, s'était métamorphosé an un petit homme
long de deux pouces. Perché à l'extréanV
dormait à l'ombre \ •
Il y a, dans le texte chinois, mZX pfr. Iilt/ralemcnt : « tain-
f aear — utmmbléi. • Eiprsssion qui pourrait signifier la réunion des
PJinas.fn=myT:.
1 II avait dépouilla %a forme matérielle et grossière peur prendre
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 345
Les sept jeunes filles immortelles étaient donc fort
embarrassées. Comment retourner près de leur sou-
veraine, sans avoir accompli leur mission? Encou-
ragées par l'un des grands mandarins du jardin des
Pêchers, qui leur conseillait de passer outre, en pre-
nant sur lui la responsabilité de leurs actions , elles
se mettent à l'œuvre. Déjà elles ont rempli trois pa-
niers des fruits cueillis sur les pêchers de la première
et de la seconde catégorie. Au moment où elles vont
porter la main sur les plus précieux, sur ceux de la
troisième espèce , elles voient un intervalle entre les
fleurs et les fruits, causé par l'absence des pêches
que le singe a mangées. D'abord elles regardent à
l'est et à l'ouest; sur la branche méridionale , il y a
des pêches moitié rouges et moitié blanches. La jeune
immortelle vêtue de bleu attire la branche , la jeune
immortelle vêtue de rouge détache le fruit. C'était
précisément la branche sur laquelle dormait le roi
des singes , transformé et enivré par le suc des pêches
surnaturelles. Tout à coup , il revient à lui et reprend
sa forme première; tirant de son oreille son arme di-
vine, il gourmande de sa grosse voix les jeunes im-
mortelles, en les traitant de méchantes petites fées.
Celles-ci expliquent qui elles sont, pourquoi elles
sont venues , et le singe demande quels sont les per-
sonnages invités au banquet de la Dévî.
celle de Pouroucha, de l'être en raccourci, inaccessible aux choses
de ce monde. Comme le ver à soie , il était sorti , laissant là sa gros-
sière enveloppe, ses vêtements et son bonnet.
Ml Dl I KM NOVEMBRE 1857.
• Le sont, rvpondenl les jeune» immortelles, ceux qui |
sont convies d'après l'ancien usage, savoir : pour l'ouesi
Bouddha, roi de cette partie du ciel, les Bodhisattvas , les
\> liais; pour le sud, Kouan-yn (Avalokitéçvara) ; pour l'est,
Tsong-np«'n-i liinh-ty ( MahàKarouna Bouddha), les véné-
rables Immortels des dix continents el des trois Ues; pour
le nord, les Esprits merveilleux, et pour le centre, les 1m
mortels de toutes les extrémités et tout les ceins. A ces i m<|
Vénérables de prenu r ordre, , il faut ajout'
Boisseaux; puis, pour les régions supérieures, les quatre
grands empereurs des Trois puretés; les Immortels de l'air,
pour les régions intermédiaires, le Dieu de Jade, les Esprit.»
immortels des prisons de la mer des neuf limites ; pour les
régions inférieures, le Régent des ténèbres, les habitants de
la terre devenus immortels après avoir traversé le siècle. ' . >
1 La giasc , qui parait écrite par un écrivain matérialiste , dit que
les quatre points cardinaux et le centra, représenté» ici par autant
île saints personnages et dlmmortels de diverses classes, ne »i
tient rien de pies sjne les cinq Ménienii ( Voir, sur cette iatsspréla
tioo des cinq Bouddhas, l'Utnducttom à (Hufirt dm Bmddkimt ia-
du* de M. Eug. Burnouf, p. 1 16 et suit.) Dans notj nous
avons, pour rouest. Bouddha, les Bodhissttvas et les ArhaU, tous
Isa saints da Bonddhiaase indiee. Au sad , se trouve kouan-yn ( <tW
/okiiéct-arv), connu eassi sous le nom de Pmimopàm , et qui est pa i
lieraient révéré des Népalais et des Chinois. Les moto: «^ W
■M - £Sj" •élevés, grande — laveur — saint — emper< m
paru correspondre au sanskrit Mftlty UlftllUI:. Mahakarouna est
un Bodhisattva qui a donné son nom à on toétn cité par M. Eug.
Ilurnouf, et dont le texte • < bétain. On voit que le nord n'a
plus que des esprits merveilleux, sans noms particuliers; le centre
ne renferme non plus que dos immortels, très nombreux , mais aussi
nul définis. Chacune des trois régions est désignée par le mot /\^
' [p] , littéralement : • les kuit profondturt , ou les kaii cawmo • il
y a celles d'en haut, du milieu et d'en bas. Les quatre
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 347
Le singe prétendit avoir le droit d'assister à ce
banquet, en sa qualité de grand saint. Il s'élance sur
un nuage vers le lac d'Ambroisie , et se trouve bien-
tôt en présence du grand Immortel aux pieds rouges * .
« Respectable sage, lui dit-il , où allez- vous ? » — L'Immortel
répondit : « La déesseTien-mou m'a donné l'ordre de convier
aux festin des Pèches ceux qui doivent y assister. — Respec-
table sage, reprit le Grand Saint, vous êtes dans l'erreur; le
dieu de Jade, sachant que je puis voler sur un nuage avec
rapidité, m'a désigné pour aller de toutes parts faire les in-
vitations. Je suis allé d'abord préparer la cérémonie dans le
palais Tong-ming (de l'Esprit pénétrant) ; ensuite je me ren-
drai au banquet. » — L'Immortel aux pieds rouges était éclairé
et cloué de rectitude ; et pourtant il prit ce mensonge pour la
vérité. Faisant retourner en arrière le nuage propice qui le
portait, il s'envola droit vers le palais Tong-ming, tandis que
le Grand Saint (le singe), au moyen de formules magiques
par lui répétées, se métamorphosa. Ce fut la propre forme de
des trois Puretés, placés dans les régions d'en haut, sont les quatre
Tathâgatas, dont les noms se trouvent cités dans Y Introduction à l'His-
toire du Buddhisme indien (page 53o) : «A l'orient, Akchôbhya; au
midi, Ratua Kêtu; à l'occident, Amitàbha; au nord, Dundubhî-
i-vara. » (Les cinq empereurs célestes des Tao-ssé sont cités aussi au
Livre des Récompenses et îles Peines, traduit par M. Stanislas Julien,
p. 11 ). Pour les régions intermédiaires, on voit reparaître le Yn-
hoang, dieu de Jade des Tao-ssé, qui ressemble un peu à Indra. En-
lin, dans les régions inférieures, ce sont les dieux des enfers et ceux
qui , parmi les vivants , sont déjà destinés à l'immortalité. *jdtl ~Hj'
>iSi lUl ' uu^ralement : " les immortels qui ont flotté (comme
l'eau qui coule) à travers la terre du siècle.»
1 Cet immortel aux pieds rouges (ou aux jambes nues) ressemble
beaucoup à Nârada ; comme celui-ci , il accomplit les messages des
dieux et sert d'intermédiaire entre le ciel et la terre. Tl joue un grand
rôle dans les légendes bouddhiques chinoises.
m OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
I Immortel aux pieds rouges qu'il revêtit, et en peu de temps
il arrriva au-dessus du lac d Ambroisie. Parvenu auprès des
galeris précieuses, il retient ton nuage, met pied à terre lé
ment el pénètre dans l'enceinte. •
Là, tout était disposé pour un I
mu «i«s BQfim immortels ne se trouvait pn-M'iit
Le singe avance , regarde avec attention , il lui m hrc
mie boi vrante : la vapeur d*un vin exquis lui
monte bu < erveau et lui fait venir l'eau à la bouc]
Oh! qu'il eût bien voulu le goût- i M runinenl
faire? Hecouranl encore à la magit il mâche ses
poils, en disant: «Chanj •! H\ "il .. i|ni setrans-
fornu'iit <u petits v.ts i\\ù provoquent le .sommeil. Ils
se glissent dans le corps des hommes, et iloi i vous
voyex ces hommes languissants, la tête penchée [œil
à demi dot, s'en aller dormir.
Décidé à enlever ce précieux régal assaisonné de toutes
les saveurs, le Grand Saint pénétre dans la grande galerie.
Là est la t vin baie dans laquelle on boit l'ambroisie, là sont
les amphores. Sens prendre la peine de mesurer, il avale à
longs traits le pré* i<M ii liquide. Mail voila an*3 est rrre'î il
' ih % it D % :(k iJf "■■"■■■
put empêcher qu'au coin de sa bouche la sali 1 A it. » H y s
une expression analogue dans le Makàbkànta . lorsque l'ogre II
• liniha voit le fils de Pàndou couché à ses pied», et qu'il se rejoint
de le dévorer, il laisse échapper cette exclamation : «MÇKélM
vKfotPi nm QéaJTf »T nets . • Ma langue (ait couler des gouttes de
graisse; elle loche ma bouche tout à l'eotour. •
1 «Ce lui là une ivresse véritable, divine, et telle qu'on n'en s
jamais vu depuis. • (Note de l'éditeur chinois. )
ÉTUDE SUR LE SY-YEOU-TCBIN-TSUEN. 349
essayede retrouver son chemin. — « Mauvais, mauvais! se dit-il
à lui-même; et encore voilà les invités qui vont arriver l'un
après l'autre! Après tout, il n'y a pas grand mal; allons-
nous-en d'ici... C'est une excellente idée... Le mieux sera de
retourner dormir dans le palais du jardin des Pêchers.» —
Et d'un pas mal assuré , marchant sans savoir où , il part et
se trompe de chemin.
Il était arrivé jusqu'au trente-troisième ciel , où
est le palais de l'Adibouddha \ au lieu où réside.
Lao-tseu. Celui-ci, alors absent, se trouvait dans la
tour de la Pierre philosophale , en compagnie de Dî-
pamkara Bouddha2, enseignant la doctrine au milieu
des auditeurs et des grands de sa cour. Le Grand Saint
(le roi des singes) ne sait à qui parler. A côté d'un
fourneau qui sert à préparer la pierre philosophale ,
1 Ilya, dans le texte, Fj9 j&\ ~T? Téou - sô - tien , littérale-
ment : « exciter — régler — ciel ou dieu.» Dans le Dictionnaire de
Khang-hy, on lit au mot sô : «Son cœur est (fixé, établi) dans le
dieu qui excite et règle (les êtres, qui leur donne la vie et les di-
rige); dans le palais de celui qui étend au loin sa puissance et qui
retient dans le devoir, il écoute l'enseignement de la loi. » Les mots
que je traduis par « étend au loin sa puissance et retient dans le de-
voir » sont IjîgW t§Tj Mj-lê, que l'on sait être le nom du Bouddha,
considéré comme créateur et maître des êtres , c'est-à-dire l'Adiboud-
dha des théistes, appelé aussi Adinâtha et Svaqaihboû. (Voir l'/nfro-
duction à l'Histoire du Bouddhisme de M. E. Burnouf, p. 222.)
2 Tel est, je le crois, le sens des deux caractères chinois V^A
Ai£ Jen-tèng "qui allume la lampe, qui produit la clarté d'une
lampe. » Ce Bouddha Dîpamkara est le dernier dans la série des âges.
Il est cité dans le Lotus de la bonne Loi de M. E. Burnouf, p. i4,
et souvent aussi dans la Vie de Bouddha, publiée en tibétain , et tra-
duite en français par M. E. Foucaux.
iiO <><; lOHKh ISOVEMBHE 1857.
il \ a cinq < <|uelles se i insent le>
pilules merveillt \ ors, l- Grand Stinl M <li» i
lui-même :
■ Ces choses-là doivent être ce qu'il y a de plus précieux
chez les Immortels. Depuis que j'ai obtenu la grand. Int. I
ligence jusqu'à ce jour, j'ai appris à connaître la <
Irinsèque et extrinsèque et tout ce qui s'y rapporte. Il con-
vient de préparer ce breuvage merveilleux, «fin de roniin
service aux habitants de la terra, après quoi j'arriverai, sans
plus tarder, dans ma demeure. Oh! j'ai fait là une bonne
trouvaille! Puisque j'ai rencontré ce précieux breuvage, p
attendre davantage, je vais en avaler quelque» gorgées.
A peine a t-rl dérobé cette ambmiM- , qu
pris dm - I raignant d'a\
imeurdu ciel, il s'évade par la por
descend, à laide duo nuage, sur la montagne habi-
tée par les si: . jets. Les quatre grands man-
darins qui gouvernant en son absence »-t les gén
fées des soixante et douie cavernes célèbrent son
tourpai i i\<it ni voir été absent
que bien peu de jours; mais les jours du ci< I sonl
des années de la terre. Il était n tU cent dix ans hors
de son royaume. A la suite du banquet dans I- -quel
on a célébré son retour, le Grand Saint I. roi
singes, raconte m qtl il i Int. il promet de retour-
dan» i tes régions puiser le breuvage m r\« il
leux qui donne I mimorta&é. Partant aussitôt \ers
le lac d'Ambroisie, on les convives réonti pow le
banquet des POches immortelles étaient encore as-
semblés, il saisit le lr m.^e précieux ci n vienl I»
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 351
verser à tous les siens, qui le boivent à longs traits 1.
Orles sept jeunes Immortelles dont nous avons parlé
plus haut étaient retournées auprès de Dêvi lui rendre
compte de leur mission. «Eh bien! avait demandé la
déesse, en apportez-vous beaucoup de ces Pêches im-
mortelles?» Les jeunes filles durent raconter com-
ment la rencontre inattendue du Grand Saint et ses
rudes paroles les avaient empêchées d'accomplir en-
tièrement ta tâche qui leur avait été confiée. La-des-
sus, la déesse va trouver le Maître des dieux pour
lui expliquer l'affaire ; mais avant qu'elle eût dit un
mot , arrivent un échanson et d'autres immortels, qui
s'écrient: «Un être inconnu, jetant le désordre au
milieu du banquet des Pêches immortelles, a dérobé
et mangé les fruits divins ! ... » Des divers lieux où le
singe a commis des méfaits, on apporte des plaintes :
il a dérobé le breuvage immortel dans le palais de
l'Adibouddha, et déserté le poste qui lui avait été
assigné dans le jardin des Pêchers. Transporté de
colère , le roi des cieux , le Maître suprême met sur
pied ses armées.
Les troupes célestes viennent donc attaquer le
mont Hoa-ko. Mais le roi des singes a fait sortir les es-
prits cornus et les fées des soixante etdouze cavernes ;
il se rit des menaces de toutes les puissances célestes.
Une étoile (l'étoile aux neuf splendeurs) s'avance bra-
vement , et lui reproche ses crimes : « Tu as commis
1 Ici te singe rappelle Garouda allant dérober l'ambroisie pour
la porter aux serpents ; mais le singe n'a point à lutter ni à braver la
foudre pour ravir le précieux trésor.
JM OCTOBRE-NOVEMBRE IS57
dix péchés! Tu as d'abord volé les pèches, pu l<
vin du repas, puis troublé le banquet ém Pèches un
mortelles, etc Ne le sais-tu donc pas? -
oui, je le sais bien , répond le singe en se moqu;mt
tout cela est vrai; mais i ix-tu . I
forcer à te soumettre, aii^i que PordotaiK !•• M.iîtrt*
dtsdtnx I- inbat s'engage; après bien des
péripéties, la victoire reste au roi des singes mus
les rois des esprits unirornes et les génies-fées des
soixante et douze cavernes ont été faits prisonni
1 1 v a donc de grands cris et des larmes de désespoir
du côté des habitant» du mont Hoa ko. Le roi
singes trouva mauvais qu'en !•• voyant revenir sain
et sauf, et victorieux . e
■nées célestes, ses sujets se livrassent à la doutai
« Le succès et la déf.. nlifférence. s
la loi des combats; pourquoi se hm<
donsnous avec vigilance; mangeons notre 100]
reposons nos esprits par un bon sonmi'-il < I
nous noua battrons encore. »
Cependant . le bodbisattva Avalokitôcvara . qui habile sur
le mont Pottarake, dans la mer méridionale '. avant été in-
1 Le A'oaoj^ des Chinois, nommé sou« en t. «n féminin, la
Kowmm-yu, cerreap oni en Smu Bodhisatrva A ralelnrérwu . patron
des Tibétain». Son nom est expliqué (voir l' Imtrodmcltom i
dm Bomddkuwu da M. E. Bornouf, vol. II . p. 116) de cette manière :
• Le Seigneur qui regarde avec compassion le* êtres sonffirant
maux de l 'existence. » Tel est, en effet, dans les caractères chinois,
le sens exact et précis de ce nom, que l'expression santerite ne Tait
qu'indiquer. WQ Hf* 4g 3r. H* Kowmm-cky-yn-poaui. lit-
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 353
vite au banquet des Pêches immortelles par les jeune filles
de la suite de Dêvî, arriva avec son grand disciple Pradjnâ-
kouta 1 et les autres ; ensemble ils montèrent vers la galerie
Précieuse, au bord du lac d'Ambroisie, et virent que le plus
grand désordre régnait dans la salle du banquet. Il y avait
quelques Immortels du ciel qui , au lieu de commencer le
repas, parlaient entre eux confusément. Avalokitêçvara ap-
prend de leur bouche tout ce qui s'est passé. — « Puisque
ce banquet n'a pas lieu , leur dit-il , suivez le pauvre bonze
(suivez-moi), et allons voir le Maître du ciel. » — Les Immor-
tels suivent donc le Bodhisattva ; ils arrivent ainsi au palais
de l'Esprit pénétrant. Là il y avait les quatre grands Inten-
dants du ciel et l'Immortel aux pieds rouges; ils vinrent tous
recevoir le Bodhisattva, qui leur dit: « Je désire me présenter
téralement : «le Pousa, le Bodhisattva qui regarde les bruits du
monde, qui prend intérêt aux nouvelles émanant de cette terre. » Le
plus souvent, on écrit ce nom sans le caractère chy, et la significa-
tion demeure incomplète. D'après les légendes tibétaines , traduites
par Csoma de Kôros (voir Y Introduction à l'Histoire du Bouddhisme,
vol. I, p. 53g), Avalokitêçvara habiterait le pays septentrional
nommé Outtara-Kourou. Notre texte dit : p£] }££ ~Ûfë JpF> «S^
ilin ï J Nan-hay-phou-to-lo-kia-chan ; et ces mots me semblent de-
voir être traduits comme je le fais, par «le mont Pôtaraka de l'Océan
méridional, c'est-à-dire du Djamboudvîpa, de l'Inde.» Pôtaraka, au-
jourd'hui Potala, se trouve être précisément cette ancienne capitale
du Tibet, dont les légendes locales attribuent la fondation à Avalo-
kitêçvara , ainsi qu'on le voit établi par un curieux passage de Y In-
troduction à l'Histoire du Bouddhisme. (Vol. I, p. 542.)
1 4P \~Ç- Hoey-ngân. Le premier de ces deux caractères signi-
fierait plutôt «faveur» yy|^: -, mais je le trouve donné comme l'é-
quivalent de « sagesse , haute intelligence » ît^tt > dans d'autres noms
propres. Quant au second , comme il a le sens « d'escarpement , » il
correspond tout à fait au mot sanskrit *Fït: « pic , » lieu escarpé , propre
à bâtir une forteresse. Dans Y Introduction à l'Histoire du Bouddhisme
(vol. II, p. i58),on trouve la mention d'un Bodhisattva de ce nom.
x. 2 à
HH OC I "i i i NOVEMBHE 1857.
devant le Seigneur du ciel, veuilles lui porter
Le Koumbhauda, mtendant du ciel '. alla dans la galerie
de la Région dea âme»1, pour accomplir «on ménage; et
comme il y entrait , parut le respectable Lao-tseu , que pré-
cédait la reine du ciel Wang-mou.
Le bodhisattva Avalokitécvara , ayant été introduit avec
son disciple, aalua i eipect— oetaaejat le Seigneur du ciel;
puis, après qu'il ont échangé de» politesses avec Lao-tseu et
la Reine du ciel . chacun prit un siège. Alors le Bodhiaattva
se mit à faire de» questions sur ce qui s'était passé à l'occa-
sion du banquet des Pèches immortelles. Le Seigneur .In
ciel répondit : «Chaque année ce banquet avait lieu au un
lieu de la joie et de l'allégresse. Celle fois, ce maudit singe y
a jeté le désordre, et. dans mon coeur, j'en suis fort affligé.
J'ai donc envoyé cent mille soldais de» milices célestes vers
les monde» inférieurs pour le soumettre ; mais j'attends en-
core leur retour, et je ne sais s'ils sont victorieux ou battus. •
A ces mois, Avaloki|éçvara ordonne à son disciple
Pradjnàkouta de s'élancer au plu* vite des hauteurs du
vers le mont Hoa ko. pour recueillir de» nouvelle» de l'armée
«Si vous trouva que le combat se prolonge sans avantage
' Ff*. JK TC? kieomkdmgtrr. La transcription du sanskrit
Aseai»M«(a on komskmmmJm par cas trois caractères ne me asitstait
pas pleinement. Ja l'ai adopté» cependant, aptes saura rélerion, pour
dans saouls : le premier, c'est qoe la syllabe tov on t*r , d'après les
recherches de M. Sun. Julien, représente l'une des cérébrales in-
<li. nnes, i, d, r. la seconde, c'est que las kommbkandas , sarvHenrs
de Roudra , dieu do ctd et pene dea formes de Cita, ont été conser-
vés dans la mythologie hsnddhiaus. Le Tekim-jim qui avait porté an
« » I la nouvoll. «le la faite dn stage portait aussi ce titre de Kiesa-
aeno-tsr.
Lbu/+wù * âme , esprit — région supérieure • , <
pression qui répond au sanskrit 5»aroaioku « le mon.l
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU -TCHIN-TSUEN. 355
de part ni d'autre, vous devrez prêter un secours efficace
aux troupes célestes »
Le disciple rajuste ses habits , s'arme d'un épieu de fer,
s'élance hors du ciel sur une nuée, et arrive devant le mont
Hoa-ko. Là il voit les armées des Génies qui enveloppent le
mont comme un filet de leurs lignes serrées. Forcé de s'ar-
rêter, il appelle les soldats célestes de garde à l'entrée du
camp, et les charge d'aller annoncer sa présence.
Cette fois, l'envoyé du Seigneur suprême déclare
se nommerMb-y1, second fils de Ly-tien-wang et grand
disciple d'Avalokitêçvara de la mer Méridionale , et
portant pour nom de religion Hoey-ngân (Pradjnâ-
kouta). Les quatre grands rois (Tchatourmahârâdjas)
vinrent Je saluer, et, comme ils causaient entre eux
de la révolte du singe surnaturel t on vint annoncer
' /TV 3L. Mo-y, littéralement : « bois — gouverner, l'em-
porter sur.» Peut-être faut-il lire, pour le second caractère, ^7
Tchay; le sens serait: tenir à deux mains un bâton, Dandapâni (?),
ou bien Gadâdhara, Gadâbhrit. Les mots ~7$? rlf* Taî-tseu peu-
vent être la traduction de Koumâra «jeune prince, ou fils de race
royale.» H est beaucoup question, dans YHistoire de Bouddha (tra-
duite du tibétain par M. E. Foucaux ) , d'un certain Dandapâni , fils
de la famille royale des Çâkyas , qui offrit en mariage à Çâkyamouni
sa fille Gopâ. (Voir aussi Y Introduction à l'Histoire du Bouddhisme,
vol. II, p. 535, et p. i5i, où ce même personnage est qualifié
d'artisan de la ville de Kapilavastou. ) Je sais bien que la manière
la plus simple d'interpréter ces deux caractères, en lisant Motcha,
serait d'en faire sortir le sanskrit rffaïï; , mokcha «libération finale» ;
mais mokcha ne peut former un nom propre sans l'adjonction d'un
qualificatif, comme, par exemple, Mo-tcha-kio-to , Mokchagoupta.
[Vie et Voyages de Hiouen-thsang , traduits par M. Stanislas Julien,
liv. II.)
»4.
HÉ OCTOBRE NOVEMBRE 1857.
que ce dernier s'avançait aux porto du camp MMÉ1
livrer de nouveaux combats.
Les quatre grands nota du ciel et i vang <Uli
bèrent sur le parti à prendre ; Us veulent faire avancer des
troupes, mais Mo- y four dit : • Mon respectable précepteur
spirituel Avalokitêçvara, en m'ordonnent de venir savoir des
nouvelles de l'année céleste, m'a aussi recommandé de ma
mêler au combat ; et, quoique je n'aie pas de valeur, je |
aller voir ce qu'est ce Grand Saint. — Mon fik, répoiulit
Ly-tien-wang , votre résolution est excellente. • — Kl le jeune
Tai-tseu ( kouméra), s'armant de sa lance de fer. s'élance
hors de la porte du camp; il provoque à haute voix le Grand
Saint du ciel bien réglé. — « Me voici , répond aussitôt le roi
mges! Qui es-tu donc . toi qui oses me provoquer ainsi ?
— Je mbS$ Mo y, second fils de Ly-tien wang, je suis Pradjnâ-
kouta — Quoi ! au lieu de pratiquer In r les
bords de la mer Méridionale, lu es venu ici. . ? — C'est mon
précepte I qui m'a envoyé pour savoir des nouvelles
de la lutte engagée ici. et voici que je vais te faire prison-
nier •
Le combat t'engage au penchant de la mont
Hoa ko. ( iKjii uit» i\ iitr fois de suite, Pradjnà-
kouta lutte contre le roi des singes sans pouvoir le
vain* ri'. Il Huit par I tandis <jni son <-n
nemi, rentre tranquill»mt nt dans ses cavernes, s'\
pose à l'abri de toute attaque, il retourne à son camp
annoncera son père, le Roi du < i* I1. que le singe est,
en vérité, un génie supérieur, impossible à van*
Alors Mo- y, accompagné des esprits aux grands
1 Cest-è-dire le Drta, le dieu, l'un des immortels qui siègent
dans les régions d'en haut.
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 357
glaives, est chargé d'aller vers le Seigneur suprême ,
pour lui exposer le véritable état des choses. Ava-
lokitêçvara reçoit le message et le transmet au Sei-
gneur des cieux. Celui-ci, voyant qu'il s'agit encore
de demander des secours, se met à sourire. Un peu
surpris de la puissance de ce démon de singe, qui a
pu vaincre les cent mille soldats de l'armée céleste,
il ne perd point sa sérénité , et se contente d'ordon
ner l'envoi d'un nouveau corps d'armée; mais Ava-
lokitêçvara prend la parole, et dit au Seigneur su
prême :
« Que Votre Majesté m'accorde la permission de faire pa
raître un génie qui saura bien le prendre. — Ce génie, quel
est-il? — C'est le neveu de Votre Majesté, le second Saint
éclairé, prince des esprits célestes \ 11 habite dans leKouang
tchéou, à l'entrée du Kouang-kiang ; jadis il a eu assez de
puissance pour dompter les six monstres 2. 11 y a aussi les
1 Lien-ching-eul-lâng-tchin-hm «le prince des esprits qui vont où
ils veulent (après avoir dépouillé leur corps) , le second sage éclairé. »
5 /\ T3p <(les s'x monstres, les six espèces de démons et de
génies malfaisants et rebelles.» Il y a ici une allusion à la révolte
ancienne des démons contre le ciel, des titans contre les dieux, tra-
dition que la Chine aura empruntée aux Indiens. La glose de l'édi-
tion in-8° a parlé ainsi de ces six monstres, à propos de la quiétude
du cœur: a Une fois que le cœur s'est déposé, abdiqué lui-même, il
sait que les six monstres lui obéissent. De ces six monstres, la moi-
tié ont des noms de démons: le bœuf (gômoukha, espèce àeyakcha) ;
le crocodile (graha, espèce de génie qui tourmente les enfants, et
aussi le nom de Rabou, dragon ennemi de la lune et du soleil); le
pâng, grand oiseau fabuleux du genre des souparnas ou garoudas
On les appelle aussi les six vices » Les six vices, selon les In-
diens, sont: le désir, la colère, la convoitise, le trouble, l'orgueil
et l'envie.
35« n< rOBRE-NOVBMBRB IH57.
jeunes frères Mey-chan. qui comptent devint leur*
jusqu'à douae cent mille esprits à tête fkerbe '. Ce sont des
esprits d'une intelligence vaste et profonde; mais ils ont cela
d'extraordinaire, qu'ils obéissent à la persuasion et non à un
ordre direct. Que Votre Majesté daigne manifester a leurs
U le désir qu'elle a de les voir s'armer, et elle verra
qu'il* ont asses de force pour s'emparer du rebelle. •
A ces mots . le Maître suprême manifeste son désir de voir
ces génies prendre les armes. Aussitôt que le roi des génies
aux grands glaives a reçu cet ordre, il s'élance au haut des
a pour y obéir, et arrive à l'entrée du Kooang-kiang. En
un instant, il arrive auprès du palais de Tcliin kun
garde* l'introduisent et l'annoncent à leur maître . qui vient
jusqu'à la porte , accompagné de ses jeunes frères, pour re-
cevoir la volonté suprême Après avoir brûlé des parfums .
il ouvre la lettre qui renferme cette volonté
Dans ce mettage était racontée la révolte du singe
et les rudes combats que soutenaient vainement dM
tre lui les années célestes. Tcliin kun y lut aussi que
le Maître suprême le priait de vouloir bta 'lier avec
ses jeunes frères achever la campagne et •empain
du rebelle. U accepte avec empress* mu ©1 < ctte clii-
Ik île mission. Les six frères cadets de Mey-chan sont
convoqués, ainsi que les quatre lieutenants, Kliang.
Tchang, Yaoet Hy.ct les deux chefs de coi p k.>uo-
Lia <>t Trliin kun. I- > voilà qui partent tous; sui-
vons-les donc dans leur expédition , et voyons com-
ment le génie < hinois sait comprendre ces <
1 Ttmo-ttom-<ki*. L'éditeur chinois sa coeSseSs da mettre an note :
« Voila des génies qui ont on drôle de nom. • Dans une pareille glose,
il m'est impossible de trouver aucun éclair
ÉTUDE SUR LE SY-YEOU-TCHIN -TSUEN. 359
merveilleux, où des êtres fantastiques s'attaquent
avec des armes enchantées.
Tchin-kun range les génies de son corps d'armée , montés
sur des aigles et conduisant des chiens en laisse ; ils portent
des arbalètes, que l'on tend avec le pied, et de grands arcs.
Avec la rapidité de l'ouragan, ils traversent la grande mer
Orientale et arrivent devant le mont Hoa-ko. Là se tenaient
les puissances du ciel en lignes serrées et rangées par ordre.
Ne pouvant s'en approcher tout près, il s'écrie : «Je suis
Tchin-kun, le second des saints au grand éclat, c'est moi
que Sa Majesté le Seigneur suprême a chargé de venir
prendre les singes endiablés. » — A ces mots, les portes du
camp sont ouvertes , et chacun des esprits qui l'accompagnent
entre l'un après l'autre en bon ordre. Les quatre grands Rois
du ciel et Ly-tien-wang vont le recevoir jusqu'à l'entrée prin-
cipale, et, après qu'ils ont échangé les saluts de politesse,
Tching-kun leur demande de quel côté est la victoire. Les
grands rois lui racontent toutes les péripéties de cette longue
lutte , et il répond en souriant : « Puisque me voilà venu , il
faut que je combatte contre l'ennemi , au moyen de quelques
transformations magiques. Que toutes les puissances consti
tuées du ciel et de la terre soient attentives à faire leur de-
voir, et qu'elles s'établissent tout autour de nous en lignes
serrées , tandis que je vais jouer la partie. Je prie To-ta-lien-
wang de venir avec moi , et de faire en sorte que le miroir
enchanté au vif éclat soit tenu au milieu de l'espace, pour
empêcher que l'ennemi, au moment de sa défaite, ne nous
échappe par la fuite » Ly-tien-wang promit de suivre
ces instructions et se retira. Cependant Tchin-kun, suivi
des quatre grands intendants de son armée, de ses deux
lieutenants et de ses six frères cadets , sortit du camp pour
livrer bataille. Les autres chefs, qui veillent à la garde du
camp, retiennent attachés les aigles et les chiens; les génies
à tête d'herbe ont aussi leurs instructions. Arrivé devant la
300 • x.TOBRE-NOVKMBHK 1857.
caverne du Treillis dm easur ', Tchin-kun «perçoit les sii
rangés eu ordre, et qui semblaient l'attendre sans eraii
Du milieu des bataillons épais et serrés, à l'aspect imposant,
s'élevait la bannière sur laquelle se lisaient ces mots : • Le
Grand Saint du ciel bien réglé. • Aussitôt Td lun Lui s'écria :
• Singe endiablé, comment as-tu pu usurper le titre il un
pareil rang dans le ciel ? » — Et un petit singe qui l'avait
vu courut annoucer l'approche de celui-ci à son i
Le roi des singes saisit sa lance enchantée, revêt sa tu-
nique, son bonnet de combat, aa cuirasse, et d'un bond il
s'élance aux portes du camp. Avec son œil pénétrant, il a
compris que la physionomie de Tili in- Lu n révéla m
supérieure ; dans son allure se trahit un être qu'arum* (ln
souille plus délicat Cependant il le regarde en souriais
d'un air moqueur; il lève vers lui son arma enchantée, et .lit
à haute voix : • Quel est ce petit champion assez audacieux
pour venir ici me provoquer? — Tes yeux n'ont donc pas
de prunelles, répondit Tchin-kun ; quoi t tu ne me reconnais
pas! je suis le oeveu du Seigneur suprême , j'ai obtenu I.
titre honorifique de Tchmo-kott-luq-km —ne; eai-fcaq V I l
ordre suprême m'enjoint de m'emparer de ta personne ; c'en
est fait de toi. ■
Le roi des singes répliqua : «Et moi. je n'ai pas oubli.-
l'époque où la jeune sœur du Seigneur suprême . songeant
au monde, s'unit à Yang-kunet en eut un Us qui lut • liargé
1 La nappe <f eaa qui séparait de la vente do ciel Is caverne ha-
bitée par les singes , ainsi qu'il a été explique au commencement <lr
ce travail.
1 BS £ S H î H £fl »«■'■*■■■■ ■ «■•
science brillante , le second parmi les rois des esprits éclairés. •
Tc*ao-aory pourrait se traduire par «{VoiUHI, DipakapraJjnd
a lieu de croire qu'il s'agit ici d'un de cnTfTJTlf'FTl;, ganâdkipâi (ri.. I
des troupes célestes) dont les Djaïm reconnaissent un très- grand
nombre.
ÉTUDE SUR LE SY-ÏÉOU-TCHIN-TSUEN. 361
de tailler à coups de hache le mont Mey-chan \ ; serait-ce loi ?
Un petit roi de Ion espèce ne mérite pas de recevoir les coups
que je frappe. Va donc au plus vite appeler tes quatre grands
rois, pour qu'ils sortent des rangs! — Un méchant singe,
reprit Tchin-kun fort en colère , ne peut être qu'un grossier
personnage; avale le coup que voici »
Le roi des singes avait levé son arme enchantée; les deux
champions en vinrent aux mains. Trois cents fois de suite ils
luttent sans pouvoir se vaincre. Tchin-kun , excitant l'éner-
gie de sa puissance, s'agite pour opérer une transformation.
Voilà qu'il se donne un corps d'une hauteur gigantesque,
tenant dans ses deux mains un grand glaive à trois pointes,
et doué d'une puissance surnaturelle. A le voir, on dirait le
mont Hoa-chan 2, avec les pics azurés qui se dressent sur son
front. Son visage frappe d'effroi ; ses dents sont rouges ; sur
son crâne se mêlent des cheveux hérissés et en désordre. Il
attend que le singe montre sa tête pour la lui couper. Mais
le singe, ayant aussi recours aux transformations qu'il sait
accomplir, grâce à son esprit surnaturel, prend un corps
égal et un visage semblable à ceux de son adversaire. Il
dresse son arme enchantée, celle qui se nomme comme la
pensée. On peut le comparer au mont Kouen-lun3, dont le
sommet est comme le pilier sur lequel repose la voûle du
ciel. C'est ainsi qu'il fait face et tient tête à Tchin-kun. Il
ordonne à son premier lieutenant Ma-liéou, le chef des
singes à croupion rouge, de combattre avec acharnement;
' /fort ^k^î • Littéralement : « Prince du figuier sucré. » H y a en-
core ici une allusion à quelque légende indo-chinoise qui m'est in-
connue. Nyagrodha (nom sanskrit du figuier sacré) est un nom
propre qui a été porté par un brahmane, et aussi par un roi légen-
daire, fils d'Ougrasèna, et qui fut frère de Kansa, par conséquent
oncle de Krichna, comme ce dernier.
2 L'une des principales montagnes de la Chine, dans la province
de Chen-sj.
3 Montagne fameuse, dans le nord-ouest de la Chine.
NI OCTOBRK- NOVEMBRE 18
mais il ne peut agiter le* bannière*. De »on côte aussi,
l'ang pa ', le second général (de* singe*) . frappé de terreur,
ne peut plus se servir de ton glaive. Dev.i
ligne, Kang, Tchang, Yao, Ly, Kono-cliiti < i l cliing-kieu
(généraux et lieutenants de Tchin-kun), lancent le bataillon
léger des esprits a tète d'herbe. Ils se précipitent en face de
la caverne qui forme l'entrée do mont habile par les singe*.
Avec les aigles et le* chien*, avec leurs arbalète* et leurs
grands arc», ils mii'Hent vivement leurs ennemis. Voilé
donc le* singe* qui jettent bas leurs lances, délient leurs
rasées, abandonnent leurs cimeterres , se débarrassent de
leurs lancée et se prennent à courir, te* un* criant , les autres
fuyant au sommât de le montagne; d'autres encore ret«
neot dans le* caverne*.
Pendant ce temps, le Grand Saint, leur roi. était aux
prises avec Tchin-kun. Quand il voit que tes démon* et tes
singes de son propre camp sont mis on déroute, Use trouble
en son orur V Abandonnant la forme surnaturelle qu'il avait
revêtue, il contracte son arme et son propre corpv 11 imt
1 «S fflt * In) t^ ' " ■ '"'■' ,f rwitio0 iD***
ce sont là des caractère* pu renient phonétiques, et qui ne forment
pas de sens.
* L'éditror chinois met en note: «Une fois troublé , il perd la
tel*; en* fois qu'il a perde I* tête, il est bat'
glosas piatiss en Mat du chapitre, dam l'édition in-6*. dit. à pro-
pos de ce passage : • Ces deux mots : «en coax m tromklt, mantreet
bien la source du découragement et de la défaite. En effet, le cour
de rhomme est ce qui dirige tout en lui. Qu'il s'agisse du roi dm
singes, qui est dans le cid , ou de rhomme sur la terre, soyes surs
que c'est le cour qui conduit tout. » Cm lignes rappellent les beaux
«ers de !■ Bhagavadgeità , oè la même pensée est exprimée an
• Il est dit que les organes dm sens sent puissants, I* esprit est plus
puissant que les organes des sens; mais l'intelligence est pins pois
saute que l'esprit ; ce qui est pies fort encore qee l'intelligence , c'est
lui (le cœur ou les affections du cour, la passion, etc.). » (Lect. m
çloks 4s)
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 363
Tchin-kun le poursuit à grands pas et lui crie : « Si tu fuis
ainsi, tu seras bientôt soumis. Je le fais grâce de la vie!»
Peu disposé à continuer le combat, le roi des singes courait
toujours. Arrivé près de la caverne , il rencontre Kang ,
Tchang, Yao, Ly, Kouo-chin et Tching-kien, qui veulent
l'arrêter, en criant : « Ah! le misérable singe qui a pris ainsi
la fuite ! » Le roi des singes frissonne dans tous ses membres.
Saisissant son arme enchantée réduite à la longueur d'une
aiguille à broder, il la cache dans son oreille, se secoue et
se change en un passereau , qui se pose en voltigeant sur la
cime des arbres et sur la tige des moissons. Les six jeunes
frères de Tchin-kun , troublés et surpris , le cherchaient de
toutes parts , sans pouvoir le trouver. « Il a fui , le singe in-
visible, répétaient-ils, il a fui, le singe endiablé!»
Pendant ces clameurs , arrive Tchin-kun ; il interroge ses
frères, qui ont vainement poursuivi le roi des singes jusqu'à
son palais Contractant son œil de phénix, Tchin-kun
regarde à son tour, il aperçoit le roi des singes tranformé
en passereau , perché sur le sommet d'un arbre. Aussitôt,
abandonnant la forme surnaturelle qu'il avait prise, il jette
de côté sa lance enchantée , ainsi que son arbalète et ses
flèches; il s'est changé en un grand aigle; il déploie ses
ailes pour se précipiter sur le passereau. Le roi des singes
(caché sous cette forme de passereau) l'a aperçu; d'un coup
d'aile rapide, il a pris la fuite, et, se changeant en un vieux
cormoran, il disparaît dans les profondeurs du ciel. A cette
vue, Tchin-kun hérisse les plumes qui le couvrent, se secoue
et se transforme en un grand aigle de mer-, il s'enfonce jus-
qu'aux régions du tonnerre, pour harceler son ennemi. Ce-
lui-ci se précipite au milieu d'un torrent, et, s'étant méta-
morphosé en poisson , se cache dans les eaux. Arrivé sur les
bords du torrent, Tchin-kun ne peut retrouver les traces de
celui qu'il cherche. — « Ce singe endiablé aura plongé sous
les eaux, se dit-il à lui-même; il aura pris la forme d'un
poisson , d'une écrevisse ou d'une autre bête aquatique Eh
bien! j'en ferai autant, afin de l'aller prendre. »
Ml OCTOBRE NOYEM >7.
Le voilà qui se change en un aigle pécheur. Se balançant
>nr ses grandes ailes, il s'abaisse sur le torrent et plane à la
: icc des vagues. H attend quelque» minutes; mais le roi
des singes, qui, sous la forme d'un poisson, se laisse aller
au fil de l'eau , aperçoit le volatile qui . malgré la gracieuse
couleur bleue de son plumage, ne ressemblait point, par sa
nuance, à une sarcelle, et qui n'avait ni la bonne sur l'ar-
rière de sa tète . ni les pieds rongée de la cigogne. H lui sem-
bla que cet oiseau pourrait bien être Tchin Un. qui avait
revêtu cette forme et l'attendait pour l'avaler In un clin
d'oeil il se transforme; le voilà devenu un poisson à l'aspect
trompeur K II se prend à fuir. Tchûvkun se dit. lorsqu'il h
voit : • Ce poisson étranga lamnmhlii estes au poisson d'or
qui se change en dragon ; mais la nageoire de la queue n'est
pas de la même couleur rouge ; il ressemble aussi an poisson
a grosse tête, pourtant le» moyAetnre» dm écaille» ne pa-
raissent pas. Serait-ce un poisson noir ' ? Mai» il n'a point
sur la tête le marqua d'une étoile. Il a l'air encore d
poisson armé'; mai» je ne vois pee de crochet» è se» tné-
cJsoires. Il aurait- il donc aperçu ? Le voilà qui s'est mis à
fuir Ce doit être le singe endiablé qui , sous cette forme.
cherche à se dérober ans coup de mon bec •
Le roi de» singe» se décide à sortir dn milieu dee ceux
Prenant la forme d'un serpent aquatique, il se glisse ver» la
rive et t'enfonce parmi les herbe». Or Tchin-kun, qui s'ap-
prêtait à donner le coup de bec, voit disparaître le poisson ,
et il découvre à se place le serpent, qui émergeait do milieu
du torrent Soupçonnant avec raison que c'est son ennemi,
il se change en un héron cendré à tête couleur de fou il
allonge un grand bec pareil à un crochet de fer bien acéré ;
1 11 y a, dan» le teste. £*f 39| EH , un poisson ilros«i
fantaisie, mensonger, qui n'appartenait à aucune espèce connue.
1 II s'agit de dem espèces die poissons . l'un t grosse tète, rmme
de couleur noire, dont j'ignore las noms.
1 l-i même observation s'applique è cette autre eapèce.
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 305
il se met à se promener pour attraper le serpent. Celui-ci se
transforme en une oie mouchetée, qui se tient immobile
comme une pierre au milieu des terrains bas et salés. A la
vue de cette transformation d'un ordre inférieur, Tchin-kun
se dit : o Parmi les oiseaux, c'est là le plus vil et le plus mé-
prisable; il ne marche de pair, ni avec le phénix, ni avec le
faisan, ni avec l'aigle, ni avec le corbeau; aussi n'échap-
pera-t-il pas à mes coups.» Reprenant donc sa première
forme et restant à portée de son ennemi , il s'avance pour
saisir son arc , qu'il tend et arme d'une flèche , puis il marche
à petits pas. Le roi des singes, qui fuyait toujours, profite
d'un instant favorable pour se soustraire aux regards de son
ennemi. Se jetant au pied d'une montagne où il peut se ca-
cher, il se change ; mais , celte fois, il se change en un temple
de la Terre. Il est si grand, que sa bouche en est comme
l'entrée ; ses dents deviennent les battants de la porte ; sa
langue est l'idole ; ses yeux sont les fenêtres. Cependant ,
comme il lui restait sa queue, difficile à ramasser, il la re-
leva en arrière et en fit un mât de pavillon. Tchin-kun, qui
arrive marchant toujours à petits pas au pied de la montagne,
ne voit plus l'oie qui s'y est abattue : à la place de l'oiseau
se montre un petit temple. Avec ses regards perçants, il a
bientôt remarqué le mât de pavillon qui se dresse derrière
l'édifice , et il dit en souriant : « Voilà le singe ; il est là
maintenant pour me déjouer. Ce n'est pas la première fois
que je vois une pagode; mais jamais encore je n'en avais ren-
contré qui eût son mât de pavillon par derrière. Sans aucun
doute, la vilaine bête a cru me tromper. Il voudrait, en me
tendant ce piège, me faire entrer, puis me saisir entre ses
dents ; aussi me garderai-je bien d'avancer. Un instant , je
vais le tâter; d'abord à coups de poings je vais frapper les
fenêtres, puis donner des coups de pieds dans les battants
de la porte. »
Quand il entendit ce monologue , le roi des singes se mit
à avoir grand peur. «Le méchant! se dit-il; ces portes sont
mes dents, ces fenêtres sont les prunelles de mes yeux. S'il
;k.o OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
me brise les dents, s'il me crève las yeux, comment pour-
rai-jc échapper? • Il (ait donc un bond de tigre et disparait
dans l'espace. Tchin-kun cherche vainement de tontes parts;
il ne voit plus que les généreux de ses quatre corps d'année
et ses deux lieutenants, qui l'entourent et lui disent : • l.h
bien! frère aîné, vous avez pris le rebelle depuis longtemps?
— Ah! répond Tchin-kun avec un sourire, le vilain singe
t'était changé en une pagode pour me tromper; j'allai* im
crever les yeux et lui casser las dents, lorqu'il s'est
morphosé de nouveau, et a disparu sans laisser de
C'est extraordinaire et merveilleux 1 •
Les assistants sont frappés de crainte et de surprise, les
généraux pâlissent «Jeûnai frères, dit alors Iclnn Un, res-
tes ici à veiller; faites bonne garde, tandis que je vais aller
à la recherche du rebelle. • Et le voilé qui s'élance dans l'es-
pace. A moitié route du ciel, il rencontre Ly-tieo-wang , qui
tenait en main le miroir magique, avec Tsota. qui était
debout sur un nuage. • Roi du ciel, demanda Tel. m Un,
aves-vous vu le roi des singes ? — 11 n'est pas encore
par ici, répliqua le roi du ciel; non* sommes »
rer cette partie des deux.* Tchin-kun leur raconte toutes
les transformations du singe, puis il ajouta . • Immédiate-
ment après le changement en pagode, il s pris la fuite. • A
ces mots. Ly-tieo-wang promène vers les quatre cotés du
ciel le miroir magique. Tout à coup il s'écrie, avec l'accent
de la plus grande joie : • Obi Tchin-kun. marches vite, ha-
tea-vous! Le singe, caché sous une forme magique, est allé
se sauver dans votre propre camp, a remnouchure du Rouan-
kiang. • Dès que ces paroles ont frappé son oreille I < liiii
kun saisit sa lance divine et retourne vers son propre camp.
Or le singe, k peine arrivé dans le camp de son ennemi, s'y
était métamorphosé, et il avait emprunté la propre physio-
nomie et le corps même de Tchin-kun ; ainsi changé , il avait
pénétré dans le temple. Les génies chargés d'en garder l'en-
trée, ne l'ayant pu reconnaître, l'avaient respectueusement
accueilli, en frappant la terre de leur front. La , le singe est
ETUDE SUR LE SY-YEOU-TCHIN-TSUEN. 367
tranquillement assis ; on allume le feu pour brûler des par-
fums, et voici les trois victimes (le bœuf, le mouton et le
porc) que Ly-hou lui offre respectueusement en tribut. Les
vœux que font les mortels lui sont présentés par Tchang-
long; les pétitions écrites par ceux qui demandent un fils
lui sont remises par Tchao-kia; les bonnes résolutions des
malades implorant la santé, c'est Tsien-ping qui les lui fait
passer \
Or voici que quelqu'un vient dire : « Le Seigneur arrive. »
Les génies gardiens du lieu regardent, et sont tous frappés
de terreur. Tchin-kun leur demande si le Grand Saint établi
par le ciel n'est pas là. Tous répondent qu'il n'y a pas de
Grand Saint dans le temple; qu'il n'y a personne que Tchin-
kun lui-même , au milieu des parfums et des lampes. Tchin-
kun ouvre brusquement la porte. Dès qu'il l'a vu, le singe
lui dit, après avoir repris sa forme naturelle: «Ça ne vaut
pas la peine de crier; ce temple sera désormais rendu célèbre
par mon nom \ » Tchin-kun a saisi sa pique surnaturelle à
double tranchant et à trois pointes, qui se nomme coupe-
visage; mais le roi des singes esquive ses coups, et, prenant
la petite aiguille à broder cachée dans son oreille , il cherche
à se dérober à un si pressant danger. Il fuit ; mais de toutes
parts des ennemis le pressent et l'assiègent. Une fois hors de
la pagode, au milieu des brouillards, au milieu des nuées,
tantôt fuyant, tantôt combattant, il cherche à regagner le
mont Hoa-ko. Cependant les troupes des quatre grands rois
du ciel veillent attentivement à ce qu'il ne puisse échapper.
1 II y a plusieurs difficultés dans ce passage, non quant au sens
des phrases, mais en ce qui touche aux noms propres, que je crois
être des noms de génies composant la cour de Tchin-kun , dont le
singe a usurpé un instant la place.
2 La note du texte dit: a Ce temple n'est pas celui de la Tête du
singe, mais il exprime la même idée.» Cette courte observation de
l'éditeur chinois ferait supposer qu'il y a un temple nommé Sun-
miao, qui rappelle la transformation du singe Sun-ou-kong.
368 OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
Le grand général Khang-tchsng et le* autres sont unanimes
à redoubler d'effort» pour l'arrêter, en le serrant de prèa '.
Cependant, le roi des Esprit* aux grand* glaives a donné
ordre aux jeunes frères de Tchin-kun d'amener des troupes
pour s'emparer des démons rebelles , après quoi il s'élève
dans les régions supérieures; 3 roulait se présenter au Sei-
gneur suprême. Le Seigneur suprême était dans le palais de
la région des âmes, avec Avaloàitécvara, la Mère dn ciel,
et la foule des immortels, S entretenant arec sa cour de la
guerre des dieux arec le singe, il exprimait son étonnement
de ce que Tchin-kun . parti depuis toute une journée, n'eût
point encore donné de ses nouvelles. «Que Votre Majesté
permette au bonté, dit Avalokitcévara en parlant <l<- lui
même, que Votre Majesté permette è l'humble home d'ail. t.
en compagnie de Lao-tseu. hors des porta méridionales du
ciel, pour apprendre la vérité sur ce qui se passe. — Vos
paroles sont justes. • répliqua le Dieu suprême. Les portes
méridionales dn ciel sont ouvertes ; Avslokitécvara s'i
regarde et voit partout sur la terre les poisaa.no
• |in veillent en armes autour des rebelles. Ly-tién-wang est
avec No-tclia; ils tiennent è la main le miroir céleste, dont
ils projettent la réverbération à travers l'espaee, tandis que
Tchin-kun tient le roi des singes étroitement bloqué et joue
avec lui au plus fin.
A valokitéçvara s'adressent à Lao-tseu , M dit «Ce Tebnv
kun. que j'ai envoyé contre le singe, a bien de la peint.
1 Uns glose de l'édition in-8* dit à es propos : • A la vue de ses
sujets les fées et les stages, qui commençaient à perdre contenance,
le Grand Saint sentit son eorar se troubler ... . Dans tontes ses trans-
formations, ii n'a fait que descendre do quadrupède au volatile, au
poisson, et enfin au reptile. Ne sachant plus quelle forme prei
après celles-là. il ve métamorphose en pagode; il a cache sa I
nuis sa queue le trahit- Oh! que esta est pitoyable! Le voilà donc
réduit à se changer en son propre adversaire. C'est se quitter soi-
naeme pour entrer dans un autre, sortir d'un plu» grand pour se
réfugier dans on plus petit.
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHlN-TSUEN. 360
Certes il est doué d'un esprit pénétrant, et il serre déjà de
bien près le rebelle. Cependant il n'a pu encore le faire pri-
sonnier; si je lui prêtais un peu d'aide maintenant, sans nul
doute , il le tiendrait bientôt. — Eh bien ! aidez-le , répliqua
Lao-lseu. — Avec ce vase de porcelaine, dans lequel trempe
une branche de saule1, je frapperai la tète du singe, reprit
le Bodhisattva ; non pas de manière à ce qu'il en perde la
vie, mais de sorte qu'il tombe; ainsi je mettrai le petit saint
Tchin-kun à même de le saisir. — Ce vase est de porcelaine ,
dit Lao-tseu ; s'il atteint la tête du singe , tout sera au mieux ;
mais si , au lieu de frapper la tête du rebelle , il rencontre
sa lance magique, certainement il ne la brisera pas, et l'en-
nemi ne sera pas pris. Laissez-moi plutôt entrer en lice. —
Et quelle arme avez-vous ? — Des armes ? répliqua Lao-tseu ;
j'en ai, j'en ai, j'en ai! »
Relevant sa manche, il tira, du haut de son bras gauche,
un anneau, et dit: « Cette arme est d'acier fondu; j'y ai
adapté tout alentour de petites incrustations de la pierre phi-
iosophale pour compléter sa puissance divine. Elle a la fa-
culté de se transformer ; l'eau ni le feu ne peuvent l'entamer,
et elle a le pouvoir de tout envelopper dans sa circonférence.
On la nomme Y acier taillé, ou bien encore Y acier qui enveloppe*.
1 L'un des deux textes dit, « La branche de saule du vase de por-
celaine ; » l'autre dit : « Le. vase de porcelaine à la branche de saule. »
J'ai adopté cette dernière interprétation, parce que, dans l'édition
de la Ribliothèque impériale, il y a une gravure (dont j'ai fait autre-
fois le décalque) qui représente Kouan-jn, suivie d'une servante, qui
tient à la maiu un vase allongé , d'où l'on voit sortir une petite bran-
che fine et flexible. Devant la déesse marche le disciple Hoeï-ngan;
il porte à la main une bannière, et à sa ceinture est attaché un ci-
meterre.
5 « Si l'on raisonne d'après les notion^ reçues , il est évident que
le feu peut entamer le métal, tandis que le métal ne peut triompher
du feu. Le métal dent il est ici question n'est donc point de la
même nature que l'acier fondu ordinaire. En incrustant des points
de la pierre philosophale sur sa circonférence, Lao-tseu l'avait rendu
x. 25
J70 OCTOI »\ I.MBRE 1857.
Traverser le passage de la vallée Han l. et changer aa longue
existence pour arriver à l'étal <Vun Bodhisattva; voilà ee <|
lui faut obtenir, et ce à quoi il ne peut arriver. Ceat donc à
.le l'aller frapper pour qu'il lorol>
En achevant ce» paroles, il ae précipite des portes du bel ,
comme une nuée, sur la tête du roi de» singea. Celui • i
i occupé à combattre contre Tcbin-kun et ses six frères.
revoyait point la chute de cette arme, qui le mena
l)u milieu des esprit» célestes, parmi lesquels il vieil de
monter, il perdit pied et chancela , Il essayait de se relever
en s aidant de ses pattes, lorsque l'en des chiens de Tcbin-
kun , qui le suivait de prés dans se fuite, lui donna un coup
de dents eu mollet , et le ht tomber en le tirsnt à lui. Étendu
. 'in.', h miii:»' »-• mil i injuri.r »;•» a.itrrsairr» . Mi»,
râbles! vous n'êtes pes de force s m'arréter . il y a longtemps
que vous cherchée à mordre le vieux singe ! •
11 se retourne et fait un effort pour se relever ; mess Tchin-
Luii et ses sis frères se précipitent sur lui. Avec des cordée,
ib le lient solidement; au moyen de couteaux à pointes re-
cossrhéea , Us percent ses ee décharnés ', pour rempéeher de
pareil a cette pierre misas. Était-il difakde, avec «as telle i
décomprimer et d abattre les cours rebelles et téméraire* > #
de l 'édition m-«\)
'38 S Wî rt $ *m.kmkmm.+mÏMm*
»age, la ports de la vallée //** • Comme cette vallée »'<
l'ouest (voir le Dictionnaire de Khan. un traduire: faire un
voyage A l'ouest, dans le» pays bouddhiques. f/ott-Aoa •rlianc-
longne existence • , ou mieui • corriger, rectifier «a vie . prendr*
antre manière de vivre, qui permette (au siège) de mériter l'état de
Bouddha et d'y atteindre, t
' 1E r" 'M* littéralement : • ses os de pipa, se» os pareil»
an luth. * Le Dictionnaire de Khang-hy dit que cette ssyrsaaiaii si-
gnifie : • L'apparence d'un poisson qui n'a plus d'écaillés, qu«
a gratté. • La glose dit, i propos de ce dénoument : • Le petit saint
a pu triompher du grand saint ; c'est là une parole qui renferme
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 371
leur échapper par une nouvelle transformation. Après avoir
ramené à lui le disque, Tchin-kun alla présenter ses devoirs
au Maître suprême, avec Kouan-yn et la Dêvi, et tous les
immortels; il retourna au palais des nuées divines. D'autre
part et dans la région inférieure, les quatre grands rois,
ainsi que Ly-tien-wang et tous les génies , ayant réuni les
une grande vérité. Ce qu'il y a de plus grand sur la terre ne triomphe
pas du plus grand. Le plus petit vient à bout du plus grand , comme
le rat de l'éléphant, le porc du tigre, le moucheron du serpent
Les choses excessives sont sujettes à des revers ; il faut abandonner
ce qui est trop haut et implorer les petits. Avalokitèçvara fait sur-
gir Tchin-kun, et le roi des singes va être fait prisonnier. Ce n'était
pas que Tchin-kun eût la puissance de prendre le roi des singes ;
mais le petit saint pouvait triompher du grand saint; et si, après
l'avoir fait prisonnier, à la fin il était incapable de le retenir, c'est
que la différence de force entre les deux adversaires continuait
d'exister réellement. Dans les choses du monde, pouvoir les grandes
choses et non les petites, comme réussir dans les petites et non dans
les grandes, cela se rencontre communément. Il y a, dans tous les
degrés, des obstacles, des empêchements qui arrêtent; mais celui
qui peut les petites et les grandes choses, celui-là a le pouvoir de
faire qu'il n'y ait ni petites, ni grandes choses. Celui que l'on ap-
pelle un brin d'herbe, capable de transformer les six métaux; celui
qui, avec un poil de son corps, a manifesté les mers, les cavernes,
le ciel et la terre, celui-là, ce n'est point un esprit pénétrant comme
les autres; non, c'est le Tathâgata Bouddha vénérable [Ju-lay-jo-
tsou): voilà pourquoi, si le singe a été soumis par le petit saint, il
fallait que Bouddha intervînt pour l'arrêter. » Une autre glose, après
avoir fait remarquer que les génies à tête d'herbe sont de la même
nature que le singe, ajoute cette réflexion : «Les médecins disent :
Attaquez la maladie avec la maladie! Les militaires disent: Attaquez
des brigands avec des brigands ! Il fallait donc que ces rebelles du
mont Hoa-ko, pour être soumis, fussent attaqués par les génies à
tête d'herbe.» Le fond de l'idée semble être que l'homme dont l'es-
prit s'élève si haut et qui défie le ciel peut être vaincu par les pas-
sions, par les désirs qui appartiennent à sa nature. Ces génies à tète
d'herbe sont comme une image des mille petites misères qui trou-
blent l'homme et le font tomber !
25.
372 OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
troupes céleste* , les firent rentrer au camp. Là furent célé-
brées les louanges du petit in kuu, à qui on
buait le mérite de la victoire. • C'est à la laveur du ciel véné-
rable qu'on doit le succès, répliqua Tchin-kun, tous les
génies ont fait leur devoir; quel mérite particulier ai-je pu
acquérir? — Frère aine, reprirent Kang-tchang et Yao-ly. si
vous envoyiex vers les régions supérieures on exprés, an-
cer au Maître suprême le succès de l'entreprise? — l
que le Dieu souverain n'a pas fait connaître sa volonté, vous
ne pouvez paraître en sa présence, répondit Tchin-kun
je vais d'abord monter vers lui avec les quatre grand* roi •
Dans tout ce récit <jwi ne manque ni <!
ment, ni de fantaisie, il s.igit maintenant d»
un peu d'ordre, si cela est possible, l.t d'abord, au
Cad . nous voyons siéger une triade que les gravi;
(de I • (iition de la bibliothèque de l'Arsenal) rc|
sentent ainsi : au milieu . un personnage plus grand
que les deux autres , coiffé et vêtu a la façon d'un en
pereur, avec une barbe: c'est ÏÂdinûti •■> . La ) u-ty, ou
Empereur de Jade. À la droite du souverain seign-
se montre un vieillard, qu'à sa I
tête chauve on reconnaît pour Lao-tscu; à la gau< I.-
du roi descieux, parait kouan > n coiffée à la ma-
nière des dames chinoises, tenant en main mi i
t. derrière la déesse • bel aux Bouddhistes
du céleste empire, on distingue I- \ > • .1 poi
laine à branche de saule. Ces trois divinités ont II
nimbe autour de la tête; la parti* inférieure de lui
corps demeure cachée dans les nuages. Au-dessous
delà triade ainsi figurée , viennent les quatre rois des
cieux, les Tchatounnahârâdjas , qui commandent les
ÉTUDE SUR LE SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN. 373
divers ordres d'esprits célestes. Ceux-ci ne sont point
en rapport direct avec le Maître suprême ; ils ne
communiquent avec lui que par l'intermédiaire des
quatre grands rois. La terre aussi a ses esprits infé-
rieurs, ses démons (Rouan)1, ses esprits-fées (Fao)2;
mais l'homme (représenté ici par le singe) l'emporte
sur ces êtres doués d'une énergie et d'une puissance
assez grandes cependant , puisqu'ils font la guerre aux
génies du ciel. Une glose dit même à ce sujet : «Les
esprits de la terre craignent de nuire aux hommes;
pourquoi les hommes du siècle ont-ils donc peur des
esprits?» Nous avons vu, en effet, le roi des singes
subjuguer assez facilement tous les génies de la terre ,
ou, si l'on veut, ranger sous sa domination tous les
animaux de la création, même les animaux fabuleux.
Lorsqu'il était à l'école du Bodhisattva Soubhoûti,
qu'a-t-il voulu apprendre ? Les transformations , l'art
de se transporter librement là où bon lui semblait,
sous toutes sortes de formes. Il a acquis la puissance,
mais non la sagesse; il a étendu le champ de ses dé-
sirs et de son ambition , au lieu d'apprendre à domp-
ter ses instincts impétueux. Il a dérobé , lui aussi ,
le fruit de l'arbre de la science; il a voulu devenir
l'égal des dieux immortels, et, pour y parvenir, il
a dérobé les pêches d'or, le breuvage mystérieux , la
pierre philosophale. Gomme Prométhée, petits-fils
du Ciel et fils de la Terre , il a épouvanté les habi-
m-
374 OCTOBRE-NOVEMBRE 18i7
tant» des régions supérieures par sa pui> lui
Ixilente activité. Vaincu, après uni' lut! <• huilée,
il t« ant entre les mains d- dieux] mais cette
défaite n'aura pas pour résultat de ie fàûttnchaim i
mu un roc pour livrer son foie aux vautours; il \
aura une réhabilit.ition de cette créature désord n
née , inquiète . toujours prête a bouleverser la na-
ture. Comment s'opérera cette réhabilitation, n
I - tudirrons dans un prochain article. Pour cette i
nous laisserons notre héros !•• quadrumane, s'en
aller, comme un malfaiteur, entre quatre esprits Mn
grands glaives, dans sa noire pri m n qui >• noinrue
la To»r du démon déco;
I IU DES
SUK L* 61 WIMUKK VÉDIQUE.
viK uXHYA W RIG M DA
iiAprriuts x rr m
liapilres X et XI traitent du Krumapûtha, ou «Lee
tare par redoublt-rueut • , c'est-à-dire de la méthode de lec-
ture qui coupe les stances par membres de deux mots . repre-
nant toujours le second mot du membre pour en former an
membre nouveau avec le mot suivant. Cette méthode est un •
combinaison du uunktlApâtha et du padapétha. Elle offre toutes
les permutations euphoniques, toutes les particularités d'ac-
centuation et de quanti' uomalie» «!<• la tamhit,)
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 375
puis elle ramène toutes les formes , comme fait le pada, à leur
état primitif et normal , soit dans le premier énoncé, soit dans
le second, soit encore, fort souvent, au moyen d'un bahu-
krama, ou membre de plus de deux mots, suivi d'un pari-
yraha, c'est-à-dire d'une double reprise avec iti intercalé.
Le chapitre X expose la théorie et les règles essentielles de
cette méthode de lecture. Uvata, en divers endroits, l'appelle,
par excellence , le Kramaçâstra. Le chapitre XI peut être con-
sidéré comme un supplément et une espèce de commentaire
du chapitre X : il donne la raison des règles qui y sont ensei-
gnées, y ajoute des préceptes accessoires, des observations
critiques et montre les divergences des écoles, les opinions
diverses des maîtres ; puis , après avoir recommandé de suivre
l'ancienne méthode , les procédés primitifs enseignés par Pan-
câla, fds de Babhru, il présente les objections qu'on fait au
sujet du Kramapâtha en général, les réfute et loue les avan-
tages de ce système de récitation, très-efficace pour la con-
servation du texte sacré dans toute sa pureté, et très-propre
à appeler l'attention, par un rapprochement immédiat, sur
tous les faits remarquables de phonétique, de quantité, d'ac-
centuation. Aux yeux du scoliaste, l'objet de ce second cha-
pitre est si évidemment de donner les raisons des préceptes,
que, partout où les sûlras omettent de le faire, il a soin de
combler la lacune et d'indiquer lui-même ces raisons dans
son commentaire. De la nature même du chapitre XI , on peut
conclure, avec assez de vraisemblance , qu'il est moins ancien
que celui qui le précède; mais ce n'est pas ici le lieu de par-
ler de la composition du Prâtiçâkhya, et d'exposer les con-
jectures qu'on peut faire sur l'âge relatif de ses diverses par-
ties. Il serait à désirer que chacune des parties du Prâtiçâkhya
fût suivie d'un travail d'explication, de contrôle, de critique ,
semblable à celui que nous trouvons dans le chapitre XI , pour
le sujet traité dans le chapitre X. Ce seraient de précieux ma-
tériaux pour l'histoire des origines de la grammaire, des in-
dications, partielles sans doute et bien incomplètes, mais
malgré cela, d'un grand intérêt, sur la conciliation qui s'est
376 OCTOl Uil NOVEMBRE 1857.
laite entre les diverses théories, les diverses pratiques des
écoles.
M. Hoth est le premier qui nous ait donné sommairement ,
il v a une diiaine d'années, des notions générales . mais nettes
et exactes, sur le Kmmapàfka, dans ses dissertations si sou-
vent citées, Zur Ldterutur umd Gtickickle dt* VI Wa. En i854.
M. le D* Pertsch a publié le texte et la traduction d'un petit
traité spécial , intitulé L'pmlekhu, qui expose , comme notre cha-
pitre X , celte méthode de lecture védique. A sa traduction
il a joint un commentaire qni lait honneur a sa prudente sa-
gacité, non moins qu'à son érudition, et dans son introduc-
tion il donne, sans le traduire, le texte de nos deux chapitres,
d'après les manuscrits de Berlin. Je relèverai les variantes
que ce texte nous offre : elles sont asses nombreuses dans le
chapitre XI. M. Pertsch lait remarquer avec raison que ce
chapitre est difficile, en maint endroit . tant pour le fond que
pour la forme, et il parait que le manuscrit 394 de la col-
lection Chambers, qui renferme le commentaire, est trop
incertain et trop fautif, dans cette partie, pour pouvoir aider
beaucoup à l'intelligence des sùtras.
C'est à cause des difficultés du sujet et de la langue, que je
suis revenu pour ces chapitres à la méthode d'interprétation
et d'anooUtion que j'avais suivie pour toute la première
lecture. J'ai cité, à peu près en entier, les senties dl va|a,
et je les ai traduites partout où il était unie de le faire. Le
sens une fois bien arrêté, il sera facile de disposer les règles
dans un ordre plus conforme è nos habitudes européennes.
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 377
CHAPITRE X (lecture II, chap. iv ).
(texte, traduction et commentaire.)
Kramapâtha. — Règle générale du hrama. — Mots à sauter, don-
nant Heu à des membres de plus de deux mots. — Où l'on doit
faire le sandhi et où on doit le rompre. — Mots sujets au pari-
yraha. — Règles du parigraha. — Réunion en un seul membre
des samayas, ou assemblages de mots déjà connus.
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378 OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
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HfH^cîm(V«Jri RTR 2T^m SH^ FTf^T II C II
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uwmui uij-iiw toot *r. TTfnr^ n r: i
ftfaHl^tH'H'l î^TO £*TT^: MNrH^ ^ Il V4 II
IMDI ( !!<>>
1. [Règles du] krama. — Ayant commencé pal
deux mots, qu'il reprenne le second, le joign>
mot suivant, et qu'il compose ainsi la dnni statu *
2. Un mot (Iiiih s. ul» lettre, autre que [la parti
rule] o; su et sma al terc* j n'est à-dire avec sk pour s],
suivis de nnh . un mot coupe par un autre mot
ce mot qui le coup'
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 379
3. lm, ayant la fin tronquée [c'est-à-dire devenu i];
les mots qui ont l'initiale allongée; skambhanena ,
tronqué [c'est-à-dire devenu kambhanena]; le pre-
mier terme des deux mots doubles ito shimcata et
âvar tamah;
4. Les deux mots svasâram askrita; le second des
deux mots vîrâsa etana : c'est en sautant ces [mots
dont l'énumération précède , que] l'on coupe [ comme
il est dit au premier çloka]; — et [en passant les
mots] qui suivent ceux dont l'initiale est allongée
( voy. chap. II , 43 ) *. —
5. Que [le lecteur du kramapâtha] ne prononce
pas , à la reprise ni à la clôture [du membre] , la forme
produite par le mot antécédent ou par le mot sui-
vant [c'est-à-dire, qu'il ne conserve pas, pour le mot
repris entête d'un membre, les modifications dues au
mot précédent , ni , pour le mot qui clôt le membre ,
les modifications occasionnées par le mot suivant].
— Que, pour tout le reste , il se conforme aux règles
de la samhitâ. —
6. Sautant les [mots] sujets à Yavagraha [c'est-à-
dire que le pada coupe en deux], ceux qui sont ac-
compagnés d'iti, les thèmes dhaksh dhuksh quand
leur initiale est modifiée, et les mots dont la voyelle
initiale est allongée,
7. Et ceux dans l'intérieur desquels il y a un chan-
gement qui n'est pas produit par une influence ex-
1 Selon une autre interprétation, donnée également par le sco-
liaste : «ou [en passant les mots] de l'espèce de ceux dont l'initiale
est allongée», c'est-à-dire les mots dont l'altération est initiale.
380 OCTOBRE- NOVEMBRE 1857.
térieure, quil lasse, pour toutes ces [formes-là]. 1.
pariyraha [oost-i dire qu'il les répète deux fois «ver
iti intercale]; — [ qu 'il fasse] de même (pour les
mots] placés entre plusieurs autres mots; —
8. Et [pour] le dernier de l'hémistiche; — mais
non [pour] la particule à , non nasalisée, et m t nm
nant p« I hémistiche. — La reprenant. qu'il la |
nonce de nouveau avec le mot suivant.
9. [Le mot] accompagné dïfi [se nomme] apaitkitê
[c'est-à-dire «suivi, » ou «placé auprès»]; — le nx.t
seul [c'est-à-dire non sui\i di/i, se nomme] sthitn
[placé]. — Quand on les dit tous deux combinés
[a savoir Yapasthita et le sthita], le nom est stkito-
1 0. Si . dans le premier [ membre du krama j , la
li ttre [finale dn premier mot] n'est point visible
[par un eH< i du sandhi], que le pangraha [la]
montre [sous sa forme primitive]. Cela est désiré
[c'est-à-dire ce n'est point une règle obligatoire]. —
Que, dans la répétition [après iti], foi
composés. —
I I . Pour les mots précédés d'<//. le sandhi
iti est désiré] par les anciens maîtres. Que sva(-
soit pas lié. Qu'on le prononce à la manière de l'oea-
ijraha. — Qu'il n'v ait pas de tandhi entre les deux
hémistiches. —
12, Qu'on lie complètement ensemble, dam le
krama. les samayas [ou assemblages de mots déjà
vus précédemment], par la raison que leur fcr
eet connu; el qu'on termine par un mot [du samaya)
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 381
le membre qui précède, et [le membre que le 5a-
maya commence] par les deux mots [suivants]. —
13. Que le n changé en ûshma, l'allongement,
Yupâcarita, l'altération [en cérébrale], la contraction
d'un pragrihya, soient [ramenés] à leur état naturel
et primitif, dans le parigraha [avant et après iti]. —
1 4. L'insertion [nommée] çauddhâksharasandhi dis-
paraît [dans le parigraha]. — Les trois sandhis sui-
vants reviennent à leur état naturel : î ° les riphitas ,
où le r remplace un ûshma devant une sourde; 2° le
changement [de duh] en du; et 3° svadhitîva.
NOTES.
I. Sûtra i. sfîïT:. • • — C'est le titre du chapitre : SFT
I. Sûtra 2. ^JJ^n" ... — Commentaire : STKTT crçTWrpTJTr-
^iï{Tl[ MViï<jy<WTTH • ^T «WÊMIisré HMNilrTj Exemple : TsT-
^rnr ît i ît niun i mûri fçpc. i f^on^siiù i j^ft *uod^i' i
4)ôb^6J j#r Ulae^i' [Rig-Véda, VII , on , i ). C'est toute la pre-
mière demi-stance. Nous verrons plus loin (sûtra 9) la règle
en vertu de laquelle le dernier mol de Yardharca se répète
avec iti intercalé.
II-IV. Sûtra 3. ^cftcf uj . . . — On passe, dans le krama,
les mots énumérés dans ce sûtra, d'où il résulte que, là où
ils se rencontrent, il se fait des coupes ou divisions formées
de plus de deux mots. Exemples :
1 ° Mots d'une seule lettre : Wi ïfë^ 1 IT<£f T oiYiiU* 1 ( Rig-
1S2 OCTOBRE-NOVEMBRE 1857
Védm, IX, lxy, 39) : on ne répète pas U particule m. «pu
sait xt^, et ainsi la seconde eoope est formée de trois noie.
On réunit de même le* trois mois 3tf?T. pour 3^ 3 ?m ( \ 1 1
1 \in. a), et 3£ ar. dont le kramo, en y joignant le mot mu
vant de l'hymne, s'écrira, en vertu de règles que nous v. r
rons plus loin, de la manière que voici : 3J M 1 4 çp£i ?*
JllWlUtS 1 (I, t. 1).
Vf fait exception : ainsi pour wyifr (I. ttiu, 11), on >mt
les règles ordinaires dn aynata.
Après avoir donné cm trois exemples. Uvata ajoute : çan-
mf q^rt *ifm, • 11 n'y a pat d'autre mot d'une seule lettre
(dans le flio- Veda). . Notre sùtra coosidère \ comme tenant
la place de ^ , et composé par conséquent . dans le principe ,
de deux éléments.
a* 5a et ssjm . altérés et suivis de *ah : ainsi , en une seule
coupe: m 5 ni; (I, xxxviii. 6); et sjrrrjorf or. (YI.xliv, 18).
Contre- exemples non sujets à r exception, parce >\
t initial n'est pas altéré, ou parce que nah ne suit pas :
a*jjT¥ij?îfarW (Yïit wm, 11), ftfc Hft-ftuffi fm m «6
(VI. xxiv, 18); m 3 *ari ar^n^T (VU. xxxn. 1 ); wffç
mt «aisuvvjniM (111, xxx, â)>
3" Dans les tmèses (voy. II. 43). le mot coupé et le mot
qui coupe ; ainsi l'on passe HTf « tfft , et le membre est de
quatre mots pour le paaaage suivant : rrî -ijiwAil^sf (IX.
lxxxvi, 4a)- Le scoliaste donne pour synonyme à VHnfh la
proposition conjonctive 9V Stnrfff , • et celui qui coupe *.
4* f . quand on supprime la finale (voy. IV. 36). Membre
de trois mots : 9m mf (IX, eu, 6).
Contre-exemple où la coupe «e fait régulièrement, parce
>|n»'f n'a pas perdu %m nasal* rrrrr^mt: (VIII. lxxxvi , 1 1).
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 383
5° Les mots qui ont l'initiale allongée. Membres de trois
mots (voy. II, 4o et 4a) : ifiR^ïW, clans le pada: jffrfà i
?jW i 5TT i (I, cxxiv, 8) ; S[i^ciumi<yiui ^TsTFT, clans le pada
^p^rarït i srqfïïr i ^TsîFf i (X, xxxui, 4).
6° Skambhanena , quand le s initial est supprimé (voy. IV,
7). Membre de trois mots : f%r^iT^FT Ç^WRTHjX, cxi, 5).
Contre-exemple où le s n'est pas retrancbé et où le krama
se fait d'après les règles ordinaires : ^Hs^l-H^HI ^M^F
(VI, xlvii, 5).
70 Dans les deux sandhis irréguliers : Ito shimcata (V, 7),
Avar tamah (IV, i3) , on passe le premier mot. De là encore
des membres de trois mots : offrît Rmh > dans le pada qf^ 1
%7J: 1 fà-cjH 1 (IX, cvii, 1); 3GTT srtcrrfcr:, dans le pada: «loi f^-
cmôl: 1 rPT: (I, xcn, 4).
8° Les deux mots svasâram askrita (IV, 38 ) : f^Ç «rcRii^-
^rftyy, dans lepada wuijr i a^irT i (X, cxxvn , 3).
90 Le second des deux mots vîrâsa etana. Lescoliaste, qui,
pour les exemples précédents , ne fait pas le krama (au moins
dans mon manuscrit), donne ici la forme de la coupe : q^T
cîhTU : i ôft^pT ^P" rraîfer : i , dans le pada cft^lM : i ^rFT i ( V,
lxi, 4)-
IV. Sûtra 4- Mdll^° • • — Ce sûlra est obscur, et le
scoliaste nous apprend qu'on l'interprète de deux manières.
Les uns l'appliquent aux deux premières tmèses citées au
cbapitre II, 43 , à la suite de l'énumération des mots qui al-
longent leur initiale dans la samhilà : yMHy-c^M M H(rf , dans
lepada ^T:Tfq- i f%rT^i (Rig-Véda, V, 11, 7 ) , et H^loljyW
qrsnrr, dans le pada tTjTÀti 1 5TT 1 (X, lxiv, 3 ). — Ceux qui
expliquent ainsi cet axiome disent que la règle précédente,
384 OCTOBRE. NOVEMBRE 1857.
relative aux tmèses, ne t'applique qu'à des cas où la tméae,
comme dan» l'ev >• plu» haut (^BftsTftaM^sa?),
ne commence pas l'hémistiche , c'est-à-dire où l'un et l'ai
mot doit devenir final . chacun à «on tour.
Ceux qui rejettent cette interprétation subtile prcn
nent v dans le sens de en. et traduisent twfît partrarrç
• espèce > ; d'après eux , le sûtra 4 se rapporterait à (Oftuj-
"^ i fifRfcu^T i €fyl*1 r^ra i «ï^rT: * ( voyex plus haut <rjVft
flNrT). Utata renvoie à ce sujet au chapitre XI , 7 , où il n'est
question que des trois premiers de ces quatre smmdhu irré-
guliers. — L'un et l'autre sens est peu satisfaisant, mm
n'en vois pas de meilleur qu'on puisse substituer à ces deux
..(.niions des interprétée indiens.
V. Serai 5. m =n ri* =f>ct . . . — Ce sûtra signilir qu'A y
a d'un membre à rentre solution de continuité : quant à la
liaison des mots d'un mène membre entre eux , on observe
les lois du saunai, mais le* lettres initiales et finales du
membre en sont affranchies. D résulte de là que ce système
de lecture est, comme noua l'avons dit . un mélange de la
1* Exemples de modifications initiales, dues au mol pré-
cédent, et qui ne se font pas, à la reprise, dans le krama-
pàtka : UV^jtjVu, 1 *^3 *Jf*T 1 , dans le pada *n»j ïrJT^g 1
(Rie t'tua. Vil, xxxi il , 4) : dans l'intérieur du membre. I
«£ initial se change en » , en vertu de la règle donnée au
chapitre IV, 5; à la reprise, en tête du membre suivant, il
reprend sa forme naturelle;
UT 3 1 m zfa <H (voy. plus bas les sûtra» relatifs au pan-
grahu) 1 *J (et non J)«rii (VU \\\n. 1);
1 là ffT: ■'«< pat win de mm* , daa* le awarril tic P«rù. comme U
puait Tétre , par «ute d*aa« errear «m daa*t . daas la aïs— ■rrit da Bettia .
( Voy« rUpmUkkm de M. Pcrtoca . p. vu . ao«e A. )
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 385
îT ttt : i =T (et non HT ) ^ i (IX, xliv, i); voy. V, 26.
20 Exemples de modifications finales, dues au mot suivant,
et qui ne se font pas , à la fin du membre , dans le krama-
pâlha : S^TcT ôrf?TT I feAâfrj SRT ^5T I dQjo^fàf^ (I, LXIII, 5):
le ^ de crt?PT^ reste dental , tandis que , dans l'intérieur du
membre , il devient palatal , en vertu de la règle IV, 5 ;
m% 33^ 1 SFë^f 5T5; 1 (X, cxli, 1 ) : la pluti prescrite pour
l'sr final de Wê% , VII, 2 , se fait dans l'intérieur du second
membre, mais non à la fin du premier.
V. SÛtra 6. 3^. . . — Le scoliaste explique umûf^rf de
la manière suivante : ?mw%TTf5TVT^' faRîrf. Cf.ch.XI, s.M-
Exemple : ôrfsT^ ^rraf| : 1 Miuf^usr 1 (Rig-Véda, 111, xxxxu,
6).
VI et VII. Sûtra 7. ^q^^JllRl . . — Commentaire :?Tcr-
Exemples : i° Termes sujets à Yavagraha : ^ifyfï-j^il : 1
^rfôftf^nyfy'-sfît: 1 (Rig-Véda, 1, 1, 2, dans le padaïïfvî sfîl:);
20 Termes suivis d'ifi, dans le pada : i<£jVjl «<J(r^ 1 ^£TJTT
^rfr^TJTT ( VI , lix , 6 , dans le pada \<$\\\\ ^fà) ;
3° Les radicaux dhaksh, dhuksh, quand ils perdent leur
aspiration (voy. IV, 4i ) : *3 ^ ' ^ 5F^ ' H^^ ^ '
(II, 1,10) ; *ffΣTT5F?N £v\*d$ 1 ^Hfcfri U^FTj (I, cxxi, 8).
Contre - exemples où ces radicaux ne sont pas sujets au
parigraha, parce qu'ils conservent leur aspiration : 41 -cH fT 1
rt*ft% 1 *rairrâ 1 (IV, iv, U)\ ^JçT^i^Faraxm«r: (VIII,
x. 26
386 'M K'RRE NOVEMBRE 1857.
V Termes dont l'initiale est allongée (vov. II, 4o-4a ) :
9?^ (dans le pesta «faf) <tat > IJ^fiW^ i (I, cxm, 16) .
wrâirirrmferTt i «^«ffHiiïu'j^fiirtl (X, xxxv, 6),
5* Termes modifiés par eux-mêmes et sens influence ex
térieare : fjqtn; ont i §*J^W 53* ' ( ' • c**1™ • * ) i ff?"
mspr: i èUfniiiïH «r|vrt i (V1H, v, n), voy l\. «;
Contre-exemple où le modification est produit*- par uni-
influence extérieure : «rw ^rtr (VIII, i, 19). Le pmrigrmkm ne
*e fait point . parce que le changement de ^ en OJ^ est dû au
j- degré*: (voy. V. a8).
Ces divers ssuieplss montrent comment l vata entend ah
kramy. On (ait d'abord la reprise do mot, et c'est après l'a-
voir joint au mot qui le soit qu'on le répète deox fois, avec
insertion de 1* particule tfi. Il serait donc peut-être plus exact
de traduire : «en sautant, en passant par-dessus [le mot
vant] • (voy. les exemples qui précédent. )
La particule V. qui suit tintft au commencement du
çlokm 7. e été omise dans le manuscrit de Paris.
Ml StTSA o ST^o —Lee exemples que donne L val..
prouvent qu'à ses yeox ce sûtra s'applique à tous les termes
placés entre plusieurs mots , 1 tous ceux que Ton saute en
vertu du sùtra 3. Je ne crois pes qu'il y ait un autre sens pré-
férable (cXcbap. XI, »3); seulement, si l'on entend ainsi la
règle, U mention spéciale de gnrfvt est inutile dans le sûtra
précédent, à moins qu'on ne prenne la conjonction «r du
sûtra 4 dans le sens de 9T, conformément à la seconde opi-
nion citée par Uveta, et qu'on ne rende facultative la parti*
de la règle relative aux plutu initiales.
Exemples : ^3% -tJrmM^St 1 4jwl*lf»lfrl -'{jVÏH 1 %f?f W 1
( IX. lxxxvi, aa ) ; SijJflje^t/ f^f^7f 1 sj^rswfitfft sp-rgra •
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 387
fêjfdJH f%fT I ( V, II , 7 ) ; H^Tollutâ Wtît l JT^iaNrfïtfrl ^jUJÛ' I
àfrr ôjt i (X, lxiv, 3); irt^ ut: i rît ^f?r *ït i îÇoiîh *t i (I,
xxxviii ,6). Dans le dernier exemple , on fait le parigraha de
ijt, parce que c'est, dans le pada, un sahetikaranam , et celui
de ^r, parce que c'est un mot placé entre plusieurs mots et
sauté dans le krama.
VIII. Sûtra 9. $I^PJfT?Zf. . . — Exemple : irtepr $fH
A4ta§*i (voy- sûtra 2).
VIII. Sûtra 10. Tf . . . — Exemple : it^ttt ^fm [Rig-Véda,
IX, lxv, 29; voy. plus haut, sûtra 3). Le parigraha devrait
se faire pour â, en vertu du sûtra 8.
Contre-exemples : i° a terminant l'hémistiche rT^T(dans
le pada rM U 1 87 1); parigraha d'à : ^RÏT 1 (IX, LXV, 3o);
20 â nasalisé (voy. II, 3o) : ITUTT wf 3JJ ^ =ï 1 ^r?JT 1 (VIII, lvi,
11): ici Yâ est nasalisé , parce qu'il est précédé d'un mot
terminé en e : mrff, et suivi d'une voyelle qui commence
un pâda.
VIII. Sûtra 1 1 . UcMI^I^I ... — Exemple : 433TT êr^fiFf 1
57 ef^'uu* 1 [Rig-Véda, IX, lxv, 29) , déjà cité au sûtra 10.
IX. Sûtras 12 et i3. <jt|fè«4ri — SfefFf
^idchïUl* a exactement la même valeur que y^îdchrui,
que nous avons vu au çloka 6. Uvata cite, comme exemple
d'upasthita, le pragrihya sug;, qui s'écrit dans le pada : 517^
jfêr. — Emploi cité de apasthita et de sthita, XI, 3i.
IX. Sûtra i4- rlH • • • — Le commentaire complète la
proposition, en suppléant sran- « le récitateur, le lecteur»,
comme sujet du verbe 9T^. Exemple : foWldM*) ^fflr f&HT^ôRTT
26.
3M OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
(RigVMa, I, xtiv, 10). — Dans celle répétition «VM ", a*
parigraha, le premier ribhâvaso. placé devant itt, eat apa
slkila ; le second , placé après iti. est flatta ; les deux sont st Ai
lopasthitu. — Emploi cité de ce dr*n</. \ I 3 1
X. Sûtra 1 5. KJpK| • • — Dan* '« manuscrit de Paris ,
le texte a ^*; mais la glose *rjw:. — Commentaire :
tPTT V^ 4JlM<Hil^ Sïïi n^ WT SQMI: WtÇW : FTP*. J'ai donné
dans la traduction même du su Ira l'interprétation de cette sco-
lic — W»<J» : ufjflQ ^«J»lflf*i^ La racine 3^ signifie • exciter,
ordonner ». Le mot «fcçK: s'applique bien au parigraha, dont
l'objet eat d'exciter l'attention, de l'appeler sur une forme.
Nous retrouverons ce terme an chapitre IX. i*. — Au su-
jet d'isktam, Uvata ajoute : |WWMfraw*llE^** HPlft. J'ai
aussi tenu compte de cette mention . en traduisant le texte.
Exemples: «W: ■ nfîrfrl lajfj [HigVéia. I.cvn, 3);lM:i
•Mfl ri (ou plutôt nq ) (II, xxxiv. 7); M rsrf 1 fftftfifrffnrj
(I , xlix. a). — Je n'ai pas besoin de taire remarquer que
les deux dernier» exemples ne s'appliqueront pas moins bien
à la règle , si , pour suivre plus exactement les lois du «rodai .
nous remplaçons Vtmaafêrm de * et de fit par la nasale la-
biale.
X. Strrju 16. tiMIHI'J — Commentaire 1 *WWH;
ifélijfjlfui 1141U1 ; m^ena% ■■ uQtl^Mi fa/lft GN&\ ^JÔ^ ■• WW-
.T55TTPÏ. Voy. chap. I» i5, note du sûtra 10a.
Exemple : JftâffftîT 1 «jjlfevftPt qjîfir>ft . (IX, ci. 1)
\i SCtiu 17. *;|ri^q^ — Commentaire : îfo^S
<jSjivi?fif|^ • sjMiimiBi . rafffri cr^rfÇfV «rw^ (Il y a évidem-
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 389
ment une faute dans ces derniers mots, et il faut lire, avec
le manuscrit 3o4 de Berlin, cité dans YUpalekha, p. vu,
note 1 1 : Çôrf^ft^ Q5.M<HÎiri WT^> ou changer simplement
U<JÛ(^ff en rR> OU ^ddM'f^d.) yyf^HftÎH iWidtf^Ullrfî PlUlrl
ciTr-3rT^^nf^i Çôr ^f^T'Eôr: i (Rig-Véda,l, lu, 12). «Pour
les mots qui ont iti devant eux , quand on fait le parigraha
(suit la décomposition du possessif itipurva), le sandhi avec
iti (voy. chap. I, la note qui précède le 1er sûtra) est désiré
par les anciens maîtres. Et aussi par nous. Que le mot svah
[qui suit iti] ne soit point lié [avec cette particule]. «Non
lié » est pour que la fin de la particule iti ne prenne pas Ya-
nudâtta (jfTTÇôr: , et non ^firÇôT:). Quant au svah qui est
suivi d'iri [et commence le parigraha] , qu'on le prononce à
la manière de Yavagraha. « A la manière de Yavagraha » est
pour qu'il y ait comme intervalle le temps d'une mesure.
(Voy. chap. 1,6, sûtra 28). »
Les manuscrits de Berlin, que M. Pertsch a suivis, don-
nent^ ce qu'il paraît, TStàunA , au lieu de çryTT*. Mais, dans
le manuscrit de Paris, ni le texte, ni le commentaire n'ont
l'a privatif, qui ne se trouve pas davantage dans une citation
de cet axiome faite au chap. XI, 16. Je n'ai pas besoin de
dire qu'à cause de la leçon qu'il a adoptée, M. Pertsch coupe
aussi autrement que nous les mots de la glose wwicrmRî.
X. Sûtra 18. Çffèf '.... — Comme les hémistiches ne se lient
pas non plus dans le samhitâpâtha , le scoliaste se demande :
«Pourquoi cette défense? De quelle règle pourrait-on con-
clure cette liaison?» — «Du sûtra 19», répond-il. "^R în-
tnôra' îlfTifày STjrwiH 1 £«5hHcdlH, etc. (voy. sûtra 19) ^TOT^:.
XI. Sûtra 19. £fcsr\ïTc=Ud • • • • — Les manuscrits de
Berlin ont UMUld, que M. Pertsch a changé avec raison en
()( M! \ KMBKE 1857.
wiaiwj. Le manuscrit de Paris a WWI^, sans l'insertion
euphonique du q. — Uvata ajoute \lft:, pour (aire ressortir
le sens causal de l'ablatif, qui commence le sùtra. 11 construit
avec le second hémistiche, si je m'en rapporte à la dm
ston qui est dans mon manuscrit, le locatif ctî. qui termine
le premier. L'instrumental singulier Ôfc^ est expliqué par CTTO-
ffîwn^qr, «le mot initial du asansya». et irfon par rjxnra-
rftpi , • après avoir passé le samaym ». — Notre axiome entend
par somaya les assemblages de mots, tels que certains re-
frains, etc. que les copistes dn pâma, et parfois de la tmm-
hitâ, omettent dans les manuscrits, en indiquant tes lacunes
par un petit cercle. Les exemptes donneront une idée bien
nette de la manière d'écrire ces groupée de mots dans le
km ma :
i- cm * . tmfn a sa i affrijitiu.* U<0'(îtf^ * ( Mg- Véia.
VIII, mil. i) : le mmmym est mu tnshtubham ishmm; il est
joint au membre précédent par mu, puis réuni en un seul
membre arec les don mots suivants : mmmimd-fitrmym imdave
a* ihfèfe $r sjr^ Mii{ i WJtiQ nm tçfH: VU* ' ( \ ' I
xxiv. i ) : le samaym est akàn tmm ê; la liaison se fait de même
que dans l'exemple précédent.
Il faut plus de deux mots pour cunti i nu tamaya \m>i
la règle ne s'applique pas à la a* stance de l'hvmne a.'i du
i" mamiala, bien qu'elle renferme les deux termes ■WTrrt
*Mi*t| . qui se lisent déjà à la stance précédente; ce n'est
point un samaym : 4,lSJW<Cllf£ft e^WW-'' Hr*ifu i SMH on-
MWi^HMiftPj4iui^>iw^gMl néw; ***urrf^f?r rTwroaaà i «-
FHJ^ i OTQTfiren «mam^i> • Malgré la communauté de la
cause exprimée en ces termes : par la raison que le krama est
connu , la règle qui ordonne de lier complètement ne s'ap-
plique pas à He« passage? tels que aqrner vaymm... amntândm
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 391
(1, xxiv, 2 ). — Pourquoi? — Parce qu'il n'y a pas dénomi-
nation de samaya. »
La règle qui fait l'objet de ce sûtra est parfaitement expli-
quée par M. Pertsch , dans son Upalekha, p. 33 et 55.
XIII. Sûtra 20. «*|Gft|^6( . . . — î" n changé en âshma. —
â&Mc^-H signifie « manière d'être , forme consistant à être
comme un ûshma». Voy. IV, 26-35. — Dans YUpalekha (V,
6), il y a âshmavrittir nakârasya. — Danslechap. IV, 35 du
Prâtiçâkhya, le mot âshma a un sens moins étendu : hci-h^u
Exemples : i° j&iîtëlïyoi yi^fëi: i parigraha : ^^yjfaolrUATi'-
SJFT^ tt i [Rig-Véda, VI, lvii , 6) ; Ml^ff^i(*rcJH^i parigraha :
U^lPR STf[ïï^ (voy. chap. IX, 27); icJXIsiMH'l^JMMl^ 1 pa-
rigraha : QtflsinMIM frl fàyismMRj (IV, XXXill, 6); ^TôT-
5TfSf 1 parigraha: yid^fardl^ërç^ (II, xliii, 3) ; ÇôTrTaf:
tTTÏÏ : 1 parigraha : ^dHollPId FcTSrTcrr^ (IV, 11, 6); ïre*TÏ-
ià&tf ^TTj parigraha : ^HIWWlWcUHIHhS «Vll-n (IV, xxxn ,
à).'
20 Pluti ou allongement. Exemple : M-dA-^ c^tfif^ 1 pari-
graha : M^Mfrrdfd IT^^IT^i i(III, xxxi , 20) : voy. ch. VII, 2.
3° Upâcarita (voy. chap. IV, i4)- Exemple : sylfH^<iy 1
parigraha: sfllfcl : ftïifiî siHfri î^^kT^ (I, l, 4)-
à" Altération en cérébrale (voyez chapitre V, 10 et 20).
Exemple : ^iT| îrirf 1 parigraha : ^HjH'frf ^T*T (I, cxxxvn ,
1 ) ; fàrjmiiî Ç£T?ïj parigraha : ftjrjilMftfrt fôrTSJnR 1 (X, 11 ,
7)-
5° Contraction d'un pragrihya (voy. ch. II, 27). Exemple :
^Mrfto) 1 parigraha : ^Trft ^f?T ^qïft (II, xxxix, 2).
Ml OCTOBKE. NOVEMBRE 1857.
Contre-exemple montrant que cette règle ne s'applique
qu'aux pragrtkyas : W1|terff: i pangrnkm : MJgfeftt fHlpJVJ»
(II. XII, à).
XIV. SCnu ai. SJI6M(UIM: — Commenteire :
sfamptnt rtvt=rnrrrnffr v W- i w^m^ <!^i% fitenrint i. (Voy.
rh. IV. 37 et 38.)
Exemple»: JP^'*'* • eerijnele : 3^<jJ*«Pf ^jç î H%
(Aïo-VsWe. V.nii, i);«*éft«WÉ: » fWsjreie : eTsm* jfii
sprrrç: 1 (X.XLYI.7.).
XIV. Si tua as. 73TTO — t> rommentaire explique
3rrzf (• propriété • . d'où • (orme propre • ) Tff* par crçfff n-
«gfff; 3W^W7: par l'addition de «&»:, et wtà per celle de
VriTh. — Comme il s'agit particulièrement de le forme qoe doit
prendre le mot devant yf*. dan» kpmngruka, le vrai te» de
*rpf otfff est ■ reviennent à le règle, è le forme régulière ».
Ainsi , dans le premier exemple que cite le scoliaste , le r,
substitut du vùarga. se remplace devant c, selon la loi du
samiki, par un c palatal.
Ex. : 1* ripktUu devant des sourdes (voy. ch.IV. laet i3):
RTSirr rfifr; 1 pangraka : RHWI ^rt W : J erWI: » (/!»«- Keee,
IX , xlvii , 46 ) . cf. sûtra 1 7 ; tjé$ anrèjt ' panerai* : fim-
Zftôl%:*q£ 1 ( X, cxxxii. 7 ); «nfîif B»fj pmngruha ; «Jet:
gf^fafôfW: «ïfft (Vlll, LXXXVI, II);
a* Duh changé en dû (voy. ebap. V. aa ) : ^"irti *mt 1 pa-
rtgraha : ^VlftE* £: * q* (VI , XL?, a6) ; «S*W ÇT^f : • pen-
groÀa : $brfii^rT 5; i«h , (VIII, XIX. l5); gWt^T: • ifr»
^î S: S 5H: ' (1V« ,x'8)-
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 393
3° svadhitîva ( voy. V, 1 3 ) : ÇêrfyrTtST jtàrt i parigraha :
^fa'tdflàfd'ÇërfëffFT:^ i (V, VII, 8).
Contre-exemple montrant qu'il ne s'agit que des riphitas
suivis de sourdes. Quand le r est devant une sonnante, on
ne modifie pas le mot, dans le parigraha, devant iti: ÇôrfsTrf
irf|î i parigraha : W Psir! fà frif ç=T:^ftïrf l (X, GLXVil, 2).
D'autres, comme Uvata nous en avertit, coupent autre-
ment cet axiome : WT^ ^ ^3T ublfoJAJnfcT dUWfd I ^TTÏT QTrZ[-
^513": 1 afera^UFTl^^ 3RT : $W. U<$ifH ïïffà" <rf|i% fihUMIUI 1
^rfà" 5HT: I ^SRTrT ^ yf^pHUcU^I =^ 1 R" silhHd : I flyrnrl ^fèf
d'd xiffî : 1 (VIII, xxxi, 7; voy. plus haut, note du sûtra 7, les
exemples relatifs à feTô^ et à VQ ) 1 u)nfoWUll<{rl qf^î%
jjcim u*fHiTTôft q- fwrffr 1 y)iifèiArf?r ijmfà 3^ ^r ^ îj^ut-
êrirr i. «D'autres expliquent différemment ce sûtra, en cou-
pant la construction (et entendent) : les trois derniers re-
tournent à la forme régulière, [c'est-à-dire] les trois derniers
sandhis [du chapitre IV, enseignés] à la suite [des sûtras
qui traitent ] de l'insertion d'une lettre dans les çauddhâk-
sharas, reviennent à l'état naturel , quand le parigraha se fait.
— Quels [sont ces] trois? — Jaghukshatah et les thèmes
dhaksh, dhuksh. ( Suivent les exemples.) Sans la coupe de la
construction, le retour à la forme régulière de ces mots-là,
dans le parigraha, n'est enseigné [par aucune règle]. Car s'il
n'y a pap coupe de la construction, l'expression : «les trois
autres » est [inutile et] sans objet. [Le reste du sûtra] riphi-
tâni, etc. a le sens qui a été dit [dans la glose qui précède
cette nouvelle explication]. » Le sens de ce long développe-
ment est facile à saisir. D'autres interprètes , dont l'opinion
est peut-être préférable , coupent autrement la phrase. Ils dé-
tachent les mots 3W^ 3*1: des mots qui suivent, et les appli-
m OCTOBRBNOVEliBRB 1857.
.juent a juijhaktkatak, etc. ili rendent ainsi la règle plu»
complète.
CHAPITRE XI (lectanll.eaap.*).
(TUTS. TVU0OCTIOSJ tT COMaiKTAlU.)
kjunAPÂTHA (Miite). — Raisons des règle* et dea procédé*
dans le chapitre précédent. — Observation» critique* — Opinion»
et théories diverses. — Éloge du lieMspIfaa et réfutation de* cri-
tiques doe4 il est l'objet.
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ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 395
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ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 397
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ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 399
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TBAIU'CTION.
1 . Le krama [ est] ce que [le lecteur] ré<
rompre la sanihità , et avec une égale durée, <
binant les mots deux à deux. — [Il y a] aussi [un krama]
de plus de deux [mots], sans solution delà samh
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 401
[où,] sautant certains [mots, l'on] termine [le membre]
par ceux qui les suivent. —
2. Une [particule] d'une seule syllabe, sans con-
sonne , etnon diphthongue , est passée [dans le krama] ,
par crainte de la nasalisation; — et [de même] un
[mot] altéré par un [mot] précédent, et [devenant]
cause [à son tour] de l'altération d'un [mot] sui-
vant, [est sauté dans le krama,] pour réunir la
double cause [de l'altération] du dernier. —
3. Le second des deux [mots] pari itah est sauté,
parce que [c'est] le premier [à savoir pari, qui,
quoique séparé , ] altère le mot qui suit [itah, à savoir
simcata]. — Des [maîtres] autres que ceux [qui don-
nent cette règle], considérant la cause [d'altération]
qui résulte du sandhi, [c'est-à-dire regardant comme
principe du sh de simcata, l'o irrégulier de ito , ] font
ici, par suite de cela, le krama [ordinaire] de deux
[mots.] —
4. Le mot âvar, qui est suivi de tamah, est égale-
ment excepté, par suite du doute relatif à la cause
qui produit le r. — Pourquoi ne passent-ils pas éga-
lement [les sanclhis non moins irréguliers] adopito,
socit, ushar vasûyavah, et aussi les [thèmes] dhaksh,
dhuksh? —
5. [Dans nir u svasâram askrita , ] le mot svasâram
est excepté, ainsi que le [ mot] suivant askrita [pour
akrita], parce qu'il a une insertion de 5, et comme
nih est ici préfixe d'askrita, la pratique [des maîtres
est que le membre], vu l'addition de ce mot, [soit
composé] de cinq. —
x. 27
402 OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
6. [ On passe] également on, accompagné d'm
[et perdant le m], et A , accompagne de ïanmnâsika .
• i iiuna, devenu etona, par l'accession dueaaa, »
mot qui suit câskambka cit [, à savoir kambkiuuna].
et [tout mot] qui a l'initiale allongée: ces [divers
mots ne peuvent terminer le membre] , à cause du
doute relatif à la cause [de l'altération). —
7. Ceux qui pensent que l'altération est due au
mot antécédent, veulent que, pour les trois der-
niers [sandkis qui précèdent], le membre soit [ré-
gulièrement] de deux [mots] , parce que cet [ antécé-
dent) vient immédiatement avant [I altération qu'il
cause]. — Mais pour la quatrième et la m
exceptions, énumérées à partir du çloka a], c'est
aussi un [mot] immédiatement voisin ( q
il I altération, à savoir le mot] suivant. Pourquoi
donc ne [fait-on] paslà aussi la coupe dedeut [mots] ? —
8. Pour la tmèse, [on passe] le mot coupé et le mot
qui coupe [et ils ne peuvent pas clore le membre] .
parce qu'on ne voit pas le sondai de ces mots. —
D'autres [ maîtres] veulent que [ pour les tmèaea] , la
coupe soit de deux [mots] , conformément à la règle ,
parce qu'ici la combinaison des lettres se fait sans
solution [de continuité]. —
9. Quand [la tmèse ne commence pas l'Ii
stiche et] a des mots antécédents, [on les prononce
deux à deux , ] selon la successioo des mots, jusque-
là [à savoir jusqu'à la tmèse]; ensuite [on prononce]
le mot coupé et le mot qui coupe [.avec l'antécé-
dent et le suivant]. — Puis on répète ces deux
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 403
[avec iti intercalé, on fait de même] pour les deux
autres tmèses [ qui n'ont pas de mots antécédents
et commencent l'hémistiche]. Ensuite il y a combi-
naison du mot non coupé [c'est-à-dire de celui qui
suit la tmèse] avec le mot suivant. —
10. S'il y a [ deux mots] immédiatement unis qui
produisent un krama de trois [mots] , Gârgya [est
d'avis qu'on fasse le krama] avec trois [mots], puis
[il veut que le membre suivant soit] encore de trois
[mots]. — Quand il y a réunion de trois [mots à
joindre ensemble, quelques maîtres veulent que] la
liaison successive de la samhitâ [soit] de cinq [mots,
en un seul membre]. — Mais les disciples de Çâ-
kalya font, dans ce cas , un krama de quatre mots. —
11. D'autres , sans rompre [pour cela le sandhi],
ne font nulle part de krama de plus de deux mots ,
disant : le sandhi [de chaque mot a lieu] avec son
[voisin]. — [Gela ne s'applique] pas partout. [Les
maîtres,] en grand nombre, mentionnent, par un
précepte énumératif , la règle çâkalyenne, [relative]
à [des membres de] trois [mots] et plus. —
12. Quand il n'y a pas mélange [de mots exer-
çant une influence phonique ] , il faut observer la
règle précédemment établie [ c'est-à-dire faire les
coupes de deux en deux mots]. — [Qu'on fasse] le
sandhi selon le mot [ , selon la forme propre et pri-
mitive du mot], quand les causes [d'altération] ont
disparu. —
Dans les membres du krama, on doit, sautant le
samaya [ou assemblage de mots déjà connu], clore
27.
kOà OCTOBRE. NOVEMBRE 1857.
[le membre] , en combinant [ce samaya] avec les deux
mots [suivants] et, au moyen de [ton premier)
mot [, avec le membre précédent]. —
1 3. Les mots accompagnés dïfc" [dans le pmk-
pâtha], les composés, les mots qui terminent [l'hé-
mistiche, et ceux qui, dans un krama de plus
deux mots, sont insérés au milieu, ceux dont l'as-
pirée se change en la troisième [de l'ordre], cent
qui sont modifiés sans liaison avec un autre [ mot .
c'est-à-dire par eux-mêmes], et les mots qui ont i
tiale allongée :
14. Après avoir sauté [ces mots-là. et les avoir
combinés avec le mot suivant], qu'on montre [au
moyen du pariaraka ] leur état de mot [ , c'est-à-dire
leur forme propre et primitive]. — Et [si l'on suit
l'opinion] de Gârgya ( XI , i o ). [qu'on fasse de même
leparigraha] , après les deux membres de trois [mots].
— Lorsque le membre initial du krama [à savoir le
premier de l'hémistiche] a une lettre non vue, [les
maîtres] veulent qu'on la montre ; or, c'est le pari-
qraha qui la prononce. —
15. Quand on dit un mot seul [ , non suivi d't/i],
c'est la sthiti ou position [c'est-à-dire on l'apprit'
sthita, u placé »]. — Lorsqu'il a à la fin iti [ , c'est-à-
dire qu'il en est suivi], alors [on le nomme] apa-
sthita [« suivi » ou « placé auprès •]. — Mais lorsqu'on
prononce ces [ deux mots] , en renversant Tordre [ob-
servé ici, c'est-à-dire, d'abord Yapasthita , puis \e sthita],
et en les combinant ensemble , alors Us enseignent
[ que cette combinaison se nomme] sthitopasthita. —
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 405
1 6. Qu'il coupe le composé , en le répétant [après
iti]. — Qu'il fasse [dans le parigraha] le sandhi [ avec
iti] des mots , autres que svah [, qui suivent cette par-
ticule]. [Quant à svah, les Çâkalyens] enseignent
qu'il a dans le parigraha, comme antécédent à' iti,
un prolongement de temps [ , à savoir une quantité , ]
égale à [celle de] Yavagraha. —
17. [Ou bien] qu'il fasse le krama des deux côtés,
de manière à produire un sandhi continu [, en lais-
sant au mot sa forme irrégulière]; puis qu'il montre
ensuite [au moyen du parigraha] la forme propre du
mot. [Ou bien] encore qu'il lie [le mot irrégulier] ,
selon sa forme propre, avec l'un ou l'autre [des mots
voisins, soit l'antécédent, soit le suivant. Cela se
fait] pour les trois derniers [mots ou espèces de
mots, énumérés au çl. 6 , ou selon d'autres au çl. i 3 ] ,
pour qu'il n'y ait pas séparation [du mot altéré et du
mot altérant , quel qu'il soit]. —
18. Le mot a, non nasalisé, est excepté [du pari-
graha]. Qu'on le répète et qu'on termine le membre
[par le mot suivant], comme [il a été enseigné]
plus haut [c'est-à-dire d'après la règle générale du
krama], — De même [pour montrer la nature propre
des mots], dans un /crama de plus de deux mots, aban-
donné à la fantaisie [, c'est-à-dire qui n'est soumis à
aucune des règles données], on peut procéder en
détachant les mots un à un. —
19. Qu'on ramène à sa nature propre [, avant et
après iti], dans le parigraha, en supprimant la co-
loration [c'est-à-dire ïananâsika et les modifications
|l( 04 I oHKK-NOVLMBRE 1»»7.
qu'il accompagne] , le root qui a subi [dam la aoaV
hitâ] le retranchement de n. l'addition d'un uskma
ou d'un r, — et de même I altération [en cérébrale] ,
— la syllabe allongée. ï'upàcorita, — et [le sondai]
où un prnarihya, suivi d'une voyelle, sa contracte
[avec elle]; —
20. Les thèmes Hûnâça. dàdkya, dûlabka, — et le
r remplaçant un ûshma devant des sourdes; — et !•■
mot qui occupe une grande place , dans lea çâstnu,
à savoir] svadhithn ; — et qu'on écarte la lettre il
calée, née du sandki de syllabes pures. —
2 1 . Que l'on applique . dans ïahkikrama [ , c'<
dire quand on prononce la mot pour la première
fois], la règle du mot précédent (, c'est-à-dire qu'on
dise le mot avec las altérations que peut cause i
mot précédent ] ; mais . en le répétant , dam la krama
[dans la reprise] , [qu'on fasse] las changements pro-
duits par le mot suivant. [Tout mot ] autre que ceux-
là [, c'est-à-dire tout mot altéré par lui-même et non
par l'influence de l'antécédent ou dn conséquent)
doit se prononcer conformément au iamhitâpétka.
Mais cette règle ne s'applique pas au mot de la fin
m .m mot du commençassent [de l'hémistiche . parce
qu'il n'y a pas de reprise pour eux). —
22. Pour ces [mots et catégories de mots énu-
mérés dans les ai 19 et 30 ]. on peut aussi procé-
der une fois, dans le paritjraha, [avant tfi.) confor-
in. ment à la santhild, mais en répétant ensuite le
mot | iiprèi» n4/], sans faire de sandki. C'est parce que
Il canso qui donne lieu au* tandhis suit [dans le pa-
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 407
rigraha, s'y trouve avec son effet, qu'on y fait ainsi
une fois le sandhi]. — Dans les sandhis à'ûshmas, for-
més de deux ûshmas, [qu'on ne rétablisse] pas le vi-
sanja [avant iti]. —
23. Si deux altérations d'un mot qui n'ont pas la
même cause vont ensemble, soit simultanées, soit
immédiatement rapprochées, sans qu'il y ait réu-
nion des causes [en un seul membre, au moyen
d'un bahukrama, donnant lieu à un parigraha], alors
la samhitâ doit obligatoirement se dissoudre par l'un
ou par l'autre [énoncé, à savoir par le premier ou
par la reprise]; —
24. De môme aussi, nécessairement, quand il y
a un retranchement de m, précédé d'une voyelle al-
térée , et quand une consonne première [d'un ordre
de sparças] passe à l'état de troisième. — Ou bien
le contraire a lieu [, à savoir le retour d'une première
à l'état de troisième] , pour ceux qui suivent l'autre
opinion [, celle de Gârgya] ; — et pour les deux [écoles,
une telle dissolution du sandhi a lieu], quand [une
première ou une troisième] est suivie d'une nasale
[et est altérée par elle]; —
25. Et aussi pour une nasale précédée d'une [con-
sonne] altérée [en cérébrale]. — Semblable est le
krania d'une syllabe qui se fond en une seule [ avec
la suivante] ; — dans ce krama [ainsi fait], l'accent
qui précède [ la syllabe fondue en une seule avec la
suivante] ne doit pas prendre le sandhi avec le svarita ,
quand cette [syllabe fondue] est suivie d'un accent
bas [, à savoir d'un anudâtta]. —
III OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
26. Et lorsqu'une syllabe anudâtta entre dans la
dépendance dune initiale suivante [qui est «ttflta],
[on rompt] aussi [ le sandhi qui a lieu] avec «Ht
[syllabe conséquente]. — Quand [la contraction ] a
pour premier élément un adâtta et pour second un
anudâtta, la solution [du sandki est] postérieure [ , c'est-
à-dire se fait dans la reprise avec le mot suivant] ;
quand [le second élément est] udàtta, [elle est] an-
térieure [.cest-a -dire se fait dans le premier énoncé,
avec le mot précédent ]. —
27. Quand la portion postérieure d'accent d'un
svarita est prononcée bat [c'est à dire avec le ton de
Y anudâtta , parce qu'elle est suivie d'un ndâtta] , [ alors
on résout le sandki dans le premier énonce, où ] la
syllabe n'est plus accompagnée du principe [d'nl
ration de son accent, lequel principe est l'initiale
udàtta du mot suivant]. — Quand un assemblage de
syllabes anudâttas précédé d'un adâtta [et aussi d'un
svarita] , prend deux accents ou même plus [. on ré-
sout le sandhi dans le premier ou le second énoncé]. —
28. Quand on ne voit pas [dans le krama ordi-
naire] les deux sandkis d'accents ou de lettres de telles
ou telles syllabes ou lettres, [quand on ne les voit
pas,dis-je,] tels qu'ils sont prescrits pu I- > règles],
il n'y a pas lieu [ pour cela ] a la non solution du
sandhi. D'autres [maîtres] disent l'accent, dans les
membres du krama , non combiné d'après les règles
de la samhitd. —
29. Si l'on voit dans le krama [, eu faisan i
roupes ordinaires, des particularités phoniques ' qui
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 409
ne se voient pas dans la samhitâ, [alors d'autres
maîtres] , pour ce cas , prescrivent la coupe de la façon
suivante : un membre à part, joint au krama, et ne
rompant pas le sandhi, et réunissant, même plu-
sieurs mots, joints à leurs causes [ d'altération]. —
30. Quand un mot n'arrive pas à [avoir] son
accent, et une fin de mot à clore [un membre],
mais que c'est [la fin du terme] combiné là [avec
lui qui le clôt], alors ce mot a sa forme propre ex-
clue [du krama], à moins qu'on ne le dise à part
[sous forme de parigraha], en le répétant après [le
membre]. —
3 1 . Le mot se voit tel qu'il est [ , c'est-à-dire sous
sa forme propre], dans la sthiti [, c'est-à-dire quand
il est prononcé sans iti dans le krama,] et dans le
sthitopasthita [ou parigraha]; car dansYupasthita [, c'est-
à-dire quand il est suivi d'iti, il paraît] avec un re-
tranchement, et quelquefois de même dans la sthiti:
c'est pour cela que les Çâkalyens pratiquent, dans
le krama, le sthitopasthita [ou parigraha]. —
32. Ils disent : «Que [le lecteur] fasse le krama,
en reprenant tous les mots [au moyen du parigraha], »
— Mais qu'il ne transgresse pas la règle tradition-
nelle [de l'école]. Disant la méthode du krama [, la-
quelle consiste dans] la smriti[les préceptes du çâstra]
et la nature originelle [des mots] , qu'il applique
dans sa récitation les autres [prescriptions], en vue
de la perfection de ce [krama et de la conciliation
des diverses règles]. —
33. La bonne méthode [ est de faire ] comme
410 OCTOBRE-NOVEMBRE 18*7
[a été] enseigné, au commencement, te fàstra du
krama, mais non comme disent, chacun à se façon,
les divers [maîtres]. — Ainsi le fils de Babhru [ , a sa-
voir Pan cala ] , le premier auteur du knuna , a d'abord
enseigné cette méthode [à ses disciples] et la louée
[ pour son utilité ). —
34. Le kramapâtka [ . objecte-ton , ] est sans objet
pour qui connaît le paaa et la Josâftiai, vu que ses
effets sont postérieurs à [ces deux autres méthodes, ]
auxquelles il doit son origine . 1 1 mm connus ancien-
m -iiifiit. Il n'est pas produit complet [, mais moitié
une cho>« . moitié une autre], il n'effectue pas autre
chose [que le paéa et la samhità], u'ajoute ni n*
tranche rien ; [ enfin ] il n'est pet révélé [ dans les
livres saiuts]. —
35. [A cela on peut répondre d'abord : l'objec-
tion se contredit elle-même;) si, pour une chose
inefficace, il y a le contraire d'effet, d'autre part,
pour [toute] chose efficace, il y a le contraire de
non-effet. — [Fuis] les ç4$tnu qui montrent [les
faits du langage] renfermant des exceptions . le krama
[qui rend attentif à ces exceptions, au moyen du
bahukrama , du ftarigraha , etc. ] n'est pas sens objet. —
36. Le krama [est une méthode bonne et] Utils
l>arce contraire [que nous venons de dire], puis
parce qu'il met d'accord les [prescriptions diverses
des] castras , qu'il est anciennement connu . qu'ÎJ ne
se réfère pas aux deux autres [méthodes, de ma-
nière à n'avoir rien de distinct d'elles], parce que
beaucoup de bons maîtres se sont accordes à y re-
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 411
courir, enfin parce qu'il fait autorité en vertu de ia
révélation. —
37. Et sans [le krama], le sandhi et l'accentuation
par groupes de deux mots ne peuventse faire. G'estle
meilleur des modes de lecture. — Aussi le krama
est-il la conservation des Riks et des Yajuh, par les
mots et les accents. Ainsi la lecture du [ Véda se fait]
par trois méthodes.
NOTES.
I. SÛtra i . ^fST ... — Commentaire : tliwjî: - yf^HlilT
ttMÏMH); HMMchM =rT<rUdhM. — La 3" personne W1^ est
expliquée par l'addition du sujet ôraïT, que nous avons déjà
vu dans une des gloses du chapitre précédent. — *T9>iT: in-
dique le sujet du chapitre : sfèr^rît oli^Hoy:.
Uvata fait remarquer que le sûtra dit : « combinaison de
deux mots égale en durée » , pour distinguer ce krama des
mots du varnakrama ou krama des lettres dont traite le cha-
pitre VI : W^^ïqf^riï fè^JH M^illR: H Çfi*T (VI, l ) ^
itt iTfT- — Par celte égalité de durée, il faut entendre sans
doute qu'on met le même temps dans le krama à prononcer
chaque mot en particulier, abstraction faite de la répétition ,
que dans la samhitâ.
Le scoliaste analyse tT5Tf%7 comme un dvandva : H ^r ^
rRHlCT ÇT%TT, d'où l'on pourrait déduire un sens, préférable
peut-être à celui que rend ma traduction : le krama combine
le pada et la samhitâ; les mots y sont dits tour à tour d'après
les deux méthodes. Dans le texte même du sûtra , le manus-
crit de Paris porte qr<£ ?n%f en deux mots ; mais dans le com-
mentaire, le composé u^yf^rf est répété plusieurs fois, et c'est
aussi la leçon des manuscrits de Berlin (voy YUpalekha de
411 OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
\| IVrtM-li. |i. \in. t-l «!'(■. \ — J«' 11 ai |>a» tra.luit la jui
licule de transition «W; elle sert mm doute à marquer que
i hapitre se rattache étroitement au précèdent . qu'il traite
(i développe le même sujet; on pourrait aussi peut-être la
considérer comme un cornlaiif de «Ut. qui commence Je ter»
suivant.
Exemple de huma ¥fn?ûf» . ** ajHfrf . ( /lie- lésa . 1.
i. »)•
1. StTiu a. WZR .. — M. Pertach lit rapnt et «wlfft.
Je préfère les leçons du manuscrit de Paris (*ft «IRt . dam
le commentaire). — I^régWejuu retient ciel ■liuweseiaox pli
quée dans la suite ; elle résuma pi us i ours des sutra* survenu,
et Uvala nous dit qu'il citera plus loin les a temples des mots
que l'on saute (mtt a^PJprrw^lff^rnf :). Le chapitre pré-
cédent (au sûlra 3) nous a d'ailleurs déjà donné des détails
circonstanciés sur les mots que l'on saute. — Le substantif
»PT. désigne, soit la méthode du hummfétkm, soit les membres
mêmes du kmma; ce dernier sens est celui que le mot a le
plus ordinairement dans ces deux chapitres (voy. Pertach.
Upalekha , p. a3 ). — Nous avons déjà vu «*t au chapitre IV,
1 7 et V, 1 7 . et nous le retrouverons au chapitre XV, 1 1 . Dans
ce dernier endroit, le scoliaste le traduit par uTT; dans les
autres, parffr ou wfô V.
II. SÔTma3.fnjfn-(X.s.3)...--5ur«e/ji ( -irtw),
voy. ebap. I. 19. — wfipHfh wtunrf , voy. chap. I, 1. La
métaphore ■ ayant une double matrice (cf. II. 1 1 ) • désigne
la particule o ( = a-»- a). On saule ces particules, pour éviter
que, devenant finales, elles ne se nasalisent, conformément
1 I opinion exprimée au chapitre I, 19. où le scoliaste noua
renvoie. Les exemples cités sont ceux que noua avons donnés
dans la note du sûlra 3, 1*, du chapitre précédait
Contre-exemples : 1* Il faut que ce soit une simple voyelle ;
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 413
ainsi la règle ne s'applique point à âh : jf^^ : ' ^ans ^e Pa^a :
jf|<T: i *T: i [Rig-Véda, X, lxi, 5);
2° La particule o fait exception. Voy. ch. X, sûlra 3, i°.
Uvata fait remarquer que le mot ^ohim^, servant d'épilhète
à Tt sous-entendu, empêche d'appliquer la règle à une syllabe
voyelle qui ne serait pas un mot : ÇJcht-d^J^U*! u.<Jolîmu*r i
«<jrti3chh8l{ q<iHdM|4VtlMfH I ^H^l ^Tm\ fdÙÎÛJH l «U.Fh^fè-
ùfà Ud^[ H<idAWcWI^UjfàiH . Et quel mal y aurait-il à cela ?
ajoute le commentaire, srar 3ït 5W:. Il en résulterait, répond-
il, qu'on ne finirait pas le membre, par exemple, à l'a du
passage que voici [, u qui n'est pas un mot, et doit être par
conséquent final ] : snrHomiiUU % 3 j^fà l «otMM ^ ÇOTrT Re-
lativement à cet exemple, qui se trouve en partie dans une
citation du commentaire de M. Bôhtîingk sur Pânini, VII,
m, p,5, p. 33g, voy. la remarque faite au sujet d'une décom-
position de diphthongue , dans le Dictionnaire de MM. Bôht-
îingk et Roth, t. I, p. 86 1.
II. SÛtra li. ?ftT (X, s. 3). . . — Uvata explique bien la
fin du sûtra : f*<*l^rjr. «Pourquoi [saute-t-on ce mot et ne
peut-il être final] ? » u^^Wd^H+HAt^M i rffr cj UT ZJ^ WsJ^tHJ-
OMlBl CTcôf ?f ^Tïï^i 6JroHATT# TITcôf 5fh i. « Pour réunir la dou-
ble cause de l'altération du mot suivant. Dans mo shu nah
(Rig-Véda, I, xxxvm, 6), le changement en sh a pour cause
occasionnelle la voyelle altérante (o), en vertu de l'axiome
su abahvaksharena (chap. V, 2 ). Dans shu nah,\e changement
en n a pour cause le changement en sh [du s de su] , en vertu
de l'axiome nate su sma (chap. V, 26). S'il n'y avait pas une
voyelle altérante [, la finale de mo], il n'y aurait pas chan-
gement en sh; et s'il n'y avait pas changement en sh, il n'y
aurait pas changement en n ».
Autre exemple : WF§ sut ïïT: (VI , xliv, 18).
4M OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
III. SÛTftA 5. irf^ (X. ». 3). . . . — J'ai inséré dan» ma
traduction, pour la rendre intelligible, les explication» du
commentaire : lM6lul4tapj{ fitvffi* ej( Hl%wf^ qfcr o^ffc
qt TCfltôr-— Dan» le texte du »ùtra. m termine la proposi
tion qui donne la raison de la règle; c'est une tournure fort
usitée.
Exemple: q^ftr^ (/ue-VWe. IX. cvu. i).( Voy.il> \ .
7)
II!. SCtka 6. rTêT: • M- Pertsch. d'après les manuscrits
de Berlin . donne ■^nr pour W&Wt . — Commentaire : fflT
- ftWT Ô?f WTWPjf »MI»MJWWf tffinf «IJUHItNQ l fift WTTlfï l
^ fîfctàft 1WW f^JW^ • *1<MB^4I •# *WMIWI: » fJnPWW
«éft i • Des maître» autres que ceuilà. considérant, en celle
circonstance, la cause [d'altération ] née do uutdkt
(Quelle cause?— Le changement irrégulier [d\4) en e. dans
%m ftvr) pensant que le changement en sa est né jus
tement de là. font là le kntma de dent mois • qrftr» i fm
ft*m i. Je ne me sois écarté de l'interprétation du seoltaste
que pour «çérf . qu'il explique an moyen d'nne ellipse qui
me parait grammaticalement impossible. Cette différence
partielle n'affecte en aucune façon le sens général du sulra.
IV. Sôtiu 7. rnr.TJt • • (X.s.3). — U*a|a
fWi, comme rattachant ce sûtra au chapitre précédent : mil
anTQ^Îfc. — II commente fîMt (cf. ebap. IV. 18) par le
synonyme nu-îta?t et par le complément «aUHI^. • et ex-
cepté . exclus de la conclusion , 1 c'est-à-dire se saute et M
peut être final d'un membre. — 11 ajoute : £farrrut 1 • Pour-
quoi?! — "^MfinMmui^ • par le doute relatif à la cause
du r. » — :? fç felfll'Jr) GJ^TOî tlÇ^f • 3J?fUT Sî q^if^ii ^OîT
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 415
HdrÎJfH i « car on ne distingue pas si le r [d'avar] est produit
par la fin du mot précédent [ushâ), ou par le commence-
ment du mot suivant ( tamah). — WT "SLmwJQtmciiuïï i « c'est
pour cela qu'on passe (âvar), pour réunir les deux [causes
possibles]. »
Exemple : 3GTT «iolHM : (Rig-Véda, I, xcn, Z»)-
IV. SÛtra 8. tA6\ • • • — Pour les trois sandkis irréguliers
cités dans ce sùtra, voyez chap. IV, i3. — Pour dhaksh et
dhuksh, IV, 4i- H est parlé de ces deux derniers thèmes au
chapitre X, 6, comme étant sujets au parigraha, mais non
comme devant être sautés dans le krama.
Uvata fait observer avec raison que la cause de ces sandhis
[et de l'altération de l'aspirée dans dhaksh, dhaksh] est lout
aussi incertaine que celle du r d'avar . *Himfàchfàfà-<4lfà , et
ne trouvant pas de réponse à la question du présent sûtra ,
il dit naturellement que, si on ne les passe pas, c'est unique-
ment pour cette raison, qu'ils ne sont pas compris dans les
mots que le kramaçâstra énumère comme ne devant pas clore
les membres du krama : il^fa H<rUlfa rWlfà îhMUIlQ ^TôraT-
$UHi =T n^rTFTtarfà' rlwwlÎHU'fd. — Ici l'on ne donne que la
raison des faits compris dans le castra : rT=T i^rtMlfa^^rJ-
V. SÛTRA g. MHl( (X, S. 3). . . — JtjU*)^ = gTol<HHI<-
«foJHr, comme au sûtra 7. — M*l(NsH: =y*j^|i|i|: - rt<-ol-
<XV^ = iMtuu-ojyir^. — Les adjectifs masculins se rappor-
tant à askrita et à nih, s'expliquent sans doute par l'ellipse de
513^:.
VI. Sûtra 10. fj^fri (X, s. 3) . . . — Uvata explique le
doute relatif à la cause de l'altération , comme il l'a fait plus
haut : on ignore si l'altération est produite par la fin du mot
précédent, ou par le commencement du mot suivant. — Les
416 OCTOBRE-NOVEMBRE 1S57.
exemples relatifs à ce sùtra m trouvent . pour la plupart . dans
la note du sùtra 3 du* chapitre X. Il faut y joindre celui de
\'d nasalisé : WVt Vf ( dans le pmdm Si) fia ^QiMl ÏUtl-ufa
(RigVéda, V.xlviii. ï ). — Pour rendre inleUigible la n
bon relative à skambhonma. voici la citation complète :
**u ftn*w=r* wwnm (X.cxi,5).
VII. Stras ii. ÇrfaW»i,(X.4)... —
?<j£f dt frfxrrt «TPt?t i. Si le mot altéré et le mot qui altère te
suivent immédiatement, il suffit, en effet, d'un membre de
deux mots, pour (aire le tattdkt. et rendre compte de la mo-
dification euphonique. — Lee trois irrégularités énumérées
à la fin du sùtra précédent affectent le commencement des
mots : ce sont le oaae (de rtVdse **sm), la chute de * (dans
cit kambhoMna) et l'd long (de joeiat éVeie) : rpnnm: rf*rr.
sfîtnjTre* w. —A ces trois iseeiu, UvaUi , au chapitre X . q ,
en ajoute un quatrième (pmrlto saiaicess j.
VII. Sîtiu la. fi>MJ — La quatrième exception est
éW asaw^ (autre 7). et la sixième ymm feerli.es! (sùtra 10).—
Uvata.danssa glose, développe le raisonnement par <>>>
lemme 1 De deux choses l'une : ou bien il ne faut pas faire la
coupe de deux mots pour les trois sesWau mentionnes an sù-
tra 1 1 , ou bien il faut la faire aussi pour les deux dont U est
question ici ; car il y a , pour les uns comme pour les autres,
rapprochement du mot altéré et du mot qui altère. Cest le
voisinage immédiat qui . dans les deux cas, est cause de la
modification : 3wnrrfa fç fâl«l{Vi(l»lrâta . — Nova avons
vu. dans les notes des sùtra» 7 et 10, qu'il y a doute sur le ,
principe de ces deux altérations. Aussi la question critique du
sùtra 1 a et le dilemme du scoliaste ne s'adreasent-ils qu'ans
pûrvanimittamâninah , qui veulent que la cause soit immédia-
tement voisine de l'effet.
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 417
VIII. Sùtra 1 3. 3FTP$£S$ (X , 3 ) . . . —Commentaire :
5^MUo£iùf^, «dans le sandhi par non-succession, par in-
terruption » : c'est le nom donné à la tmèse au chap. II , 43. —
ê^L|<UHIH^l 5FT: §rô fàRdÎHijl : q^^H ÇT^ sffif ^Êt iJôrfà" i.
On ne voit pas le sandhi de çunahçepam , le mot coupé, avec
cit, qui le coupe, tandis qu'il devrait le suivre. ( Voy. la note
du sùtra i5.), — Les exemples ont été cités au chapitre II
et au chapitre X.
VIII. Sûtra 1 4- rTrTt • • - — Ces maîtres font ainsi le krama .
SprfsTrT i fà^M i ÛluQi^d i ( Rig-Véda, V, ii , 7 ). Uvata ex-
plique les divers sandhis qui se font dans ces trois membres ,
en citant les sûtras 3i, 1 1, 4 et 6 du chap. IV. — «i^jqir^
= çItHUIIç^, « en vertu de la définition , de la règle générale ».
— La seconde moitié du sûtra est expliquée par la glose sui-
vante : ^jrTT <^MlfoltffôM oIUIHÎ ôrtfr: ^ Ûf^rlT HoIrfïfH . Cette
glose, que confirme, du reste, toute la suite du commen-
taire , montre qu'il ne faut pas , dans le texte du sûtra , lire
frmr fcMWI , mais 4£HifoJ<rlHT , pour spTT «foi^jHI . — Pour rTrft
sqr, voy. plus haut, sûtra 6.
IX. Sûtra 1 5. M^MMI^UJ. • • — M. Pertsch , d'après un
manuscrit de Berlin , lit yind : pour 33T FTrT : ; mais l'ensemble
du sûtra et le commentaire ne laissent, ce me semble, sub-
sister aucun doute sur cette dernière leçon. Commentaire :
5Rïu" ôRGôtJ : I mrTrf: — *MMUo!T!=îfSrri£l! : i » Quand la tmèse
(le sandhi interrompu) a quelque chose d'antécédent, des
[mots] antécédents existants, le krama doit être prononcé,
dans la partie de l'hémistiche qui précède [la tmèse], par
x. 28
*| (M.lnHHK-NOVKMBRB 1857.
( membres de] deux mot», »eioo U soccesaion de» mou. Ju«
(|iie-ln, c'est-è-dirc jusqu'à la Imèse. •
Exemple : OT ÎFïî i irai nplfcl • 8 11 '11*1 : i llJljWï i ( /ho
Vida, IX. Lxnvi.àa).
Après cet exemple, l'iala continue m cet termes : fat.
nft(jirwn i pf$ w*t ciwwftw^Ffci fat ■ * fnwfjf • |wt
*?ç ^f*rJXf: ' wçî u^tfuiiiMiéJirt ^nwilïj g<H'ji.iJjiii»îtaifi
tmnf?ri »n m m(^ijj«ii^ i fiirtilt v% iw nim et lit *n
smàt i «pt nç i fs^^vAvèmurt m » • Pourquoi cela est.
I lit ? Cela n'est-il pas établi par la a' sàtra du chap.Xr—
Non . cela n 'est pas établi. Oo toit bien (dans la sommai] la axa-
dju du mot tyau [, qui précéda la troésc ,] avec la portion de
mot narA, mais non star la mot entier aardpemsas»; et alors
il r< «miterait du texte aasfesaasfajfsfeffaeJt (s. i3).qu
iyale ne peut pas dore [un membre]. Cest pour «m pécher
cette déduction que cette règle est donnée. — I I tant
prononcer le mot coupé et le mot qui coupe avec ... — Avec
quoi ? — Arec [le mot qui précède la tmase al le mot qui ta
ntt . c'est-à-dire, dans I exemple ailé, avec] las deux mots
(yalt et dwvymm : \fif At{isjlW\»tf (en on seul membre) •
Le commentaire ajoute que, salon d'autres maîtres , il ne ré-
sulte pas de ce qui a été dit plus haut . que fyatê oe poisse
ait lieu
pas terminer oo inerahre ; pan importe sme le .
avec une portion ( initiale ) du mot ou avec le mot entier
( «J^Mvil-t srr «fr*^*t m). Et eo effet le mmu/Ai oc peut aJecter
que le commencement de aardfasiaisî et la un de (vu/e.
IV si nu 16 êTcT: (X. s. 8). . . —J'ai aum fidèlement
! interprétation du scoliaste. Pour bien comprendre ea sûtra .
il faut se rappeler qu'au chapitre II . 43 . le PrdUçàkkya cite
trois tniéscs. les seules qui se trouvent dans le Aie-KeaV
De ces trois tmèees. il y en a deux qui commencent Thé-
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 419
mistiche, et une seule qui soit précédée d'autres mots; c'est
à cette dernière que s'applique le sûlra précédent. Celui-ci
s'applique à toutes les trois. — fa^ (ônfiT) = ilf^ii^ur zftsT-
offt, «il combine au moyen du parigraha [, d'abord le mot
coupé, puis le mot qui coupe] ». Uvata donne le même sens
à niraha, au çloka 3o; nous retrouverons aussi ce mot au
çloka 1 A , avec le sujet ■eficj* : . Il est bien formé. Le préfixe
nih, entre autres sens , marque « en dehors », et ce composé ,
par conséquent , s'applique très-bien à une reprise en dehors
du membre. — ^ q^ i 3ûï^ i snofrt =3" tiw odâfrf i.
Exemple : ^Jrf ;rçrastef $aâf i H^iuÎMPîfH n^TW ' %f?r ^ i.
(Voy. le sûtra précédent.)
Suit l'explication de itarayoh cftd^ft : i gf^JTFTOoraT^'
q^; fàjW i " De quelles deux autres [ tmèses ] ? — De celles
qui n'ont pas de mots antécédents (c'est-à-dire qui commen-
cent l'hémistiche). Il en répète également les deux mots (en
faisant le parigraha). Exemples : i" spHiq^T Hf^df i SR:-
UlMfïîÎH SfT : stfj i f%f^f?T f%rT i ; 1° q^TôJTSraf qrcrqT i NWÉN*
mfô ^lOT i orfèr sn i . (Voy. chapitre X, note du sûtra 8).
La seconde moitié de la règle est commentée ainsi : rTrT:
«oijôlrM *T37T «T^T É%TT 3ïrTê?TT , « ensuite , il faut faire le san-
dhi du mot suivant avec le mot non coupé [qui clôt le
membre où est la tmèse]. » Exemples : r"^ ^ i ; i° pf^rf
H^tjirt} 3° Wiuimiï^j. — M. Pertsch donne saÉftq pour
Sôqiï^T. On voit que le sens de l'axiome et le texte de notre
manuscrit, qui viole le sandhi pour conserver l'a privatif,
rendent indubitable la leçon que nous avons adoptée.
Uvata nous dit, en terminant, que c'est pour ne laisser
aucun doute sur le sens que le maître a ainsi développé sa
X. Sûtra 17. dy^frï\- • • — Commentaire : fftô) = 3©T-
28.
430 OCTOBHKNOVBMBRE 1857
rrrrtf: i. La traduction du sûlra. avec la* additions explica-
tives, rend bien compte de ce commencement do commen-
taire. Uvata ajoute : ^WH^S WIUll «Tunt wj »Wtll<ni ^T^W 1
• De cet trou [mots] reprenant [an membre suivant } le mot
du milieu, [ il faut ] encore ( le krmmm) avec trois mots. — Pour-
quoi ? — De cette façon encore, il y a noo solution de con-
tinuité de la cause et de l'effet (c'est-è dire du mot altéré et
du mot qui altère). • (Voy. plus haut, sùtraé. et eh. X. a.)
— Exemple : 3Ç 3 • ï J OT . dans le pmia Jr^ i ï ^fri i n •
m • (Haj-l'esk. VIII. lu. 9).
X. Situa 18. f*M«!H — Commentaire : •fwfWr-
«Et Et fit-il îmrnl ^ifàiaffsjinsajpit »tim «Jatt^uniaV tjffcprwr
nwîifa tr>fà yb wnrnri «Quelques maîtres pensent 1
dans cette réu nion de trois [mots] , qui produiseot ou snbiasatst
(l'altération] . [à savoir ] du mot altérant et de ceux qui éprou-
vent le changement en th et en * . la non solution de la ntmkitd
a lieu par un kramm de cinq mots (c'eat-à dire par un membre
réunissant aux trois mots le mot qui les précède et celui qui les
Mut }.. Exemple :3c 3 orrarfiti. (Voy. le autre précédent.) —
fatal {ut 1 3* fç 1 3£ 5 tri j«u -nflifafBrsl •Rf} 1 wAfrrt UIJbI 1
;tipwi& awf •* çtru^ 1 QTCrojrêr twaf ai *arpij n fiWrtQ ^fïr 1 n
^NÏHWMélHI-îkNi g^TP^i -t»I^Hl IIWI^mTIi^UI Q^Sf *H
Ur'JUM m çrm j?»ni am îwrsfcr m «ffv^r^ uwfWïf 1 «Pour-
quoi ? car l'on dit : dans ud i. sh* *mk , le changement en s/>
a pour cause la voyelle altérante (a*); le changement en a a
pour cause le sh, sans la voyelle altérante, il n'y aurait pas
changement en $h; sans le changement en sa, il n'y aurait
pas changement en n. [C'est la non réunion de ces principes
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 421
et efl'els qui serait] solution de continuité (voyez sûtra 3).
Mais pourquoi nah ne peut-il terminer le membre? — [C'est
qu['en reprenant le n (cérébral), devenu n (dental), de cette
manière : no vaso, on ne voit pas le sandhi du n avec vaso. »
X. Sûtra 19. ^rP.^T: (X, s. 3). . — Exemple : 3^
<j HT: 1. — Nous avons déjà vu «l-cif^-ï au sùtra 9. Le mot
s'applique bien à une pratique traditionnelle. — Le manus-
crit de Berlin donne, à ce qu'il paraît, âcarite; la leçon du
manuscrit de Paris, âcarito, est confirmée par la glose : STT3»
^TTOîJ : thMMIt|(frl. — Le commentaire ajoute : r(UI«< : fJ^ÎHJp-
oj-?<4«): , « le mot tu a pour objet d'exclure l'autre opinion
[mentionnée dans le sùlra précédent]. »' — Pour l'exemple
cité par Uvata, le membre finit bien à nah, et le krama est
bien de quatre mots; mais si l'on appliquait le sûtra aux
exemples cités au chapitre X, sùtra 3 , 20, ou bien il faudrait
ajouter un mol à nah, ou bien le krama ne serait que de
trois mots. On peut se demander si le sûtra 17 ne se rap-
porte pas à des exemples commet GT trr: , et les sûtras 18 et
19 à une combinaison comme 3£ ( 3<ïJ S) .<T TFT: , où nous
avons, outre shu et naïf., la particule a, qui est aussi com-
prise dans les exceptions , comme mot à sauter. Ne serait-ce
pas à ce dernier cas que s'appliquerait proprement le mot
Irisamaama ?
XI. Sûtra 20. îTc^rUMl^ld ... — Commentaire : ^mt-
WTcrïïT = tfiujr vfîquilMloUH 1. « Mais comment, se demande
le scoliaste, y aura-l-il non solution de la samhitâ, si l'on ne
fait pas de krama de plus de deux mots, et si l'on ne com-
bine pas ensemble les mois qui produisent et ceux qui subis-
sent l'altération ? » ?rf^ <sl^sh*fl =T fwm fafàrlfafàf7(*fèuiiïil
<*rtji||Mjrr «fyflu") uarfff 1. 11 répond par les mots du texte srfàr Sôr-
(g OCTOBRE- NOVKMBHt IS»7.
*mf vUrÙCri . et U lot explique de la manière suivante : qrf-
?wçrot: iw ftnmôl fnopwfcwi^i: ow» («A Pi cuTTasjftRnjQ;
rjàfï* i • Le saaeai m faisant entre les fia* et les commence-
ments des moto , les retranchements , additions , changement*
[ont lieu pour chaque mot] à l'égard du mot voisin, et il
suffît qu'il n'y ait pas solution de la ssuàaia! entre les mois
deux à deux. •
Exemple du araata, coniormement à celte méthode : m
q i IJï?: i (Voy. chap. X . sotre 3. a*.)
XI. Sfrnuai. IFT^ÎT: — Commentaire crfti
ÔHrt UpK HikMM: • * WaW jwn JTOW i qpt I BW U^trlBJ|TOJT7-
je q^ ai Gtwttrt f^fir* * iraf* * ** 3* t. Toute cette glose
est relative à 1 adverbe lUatlR . qui forme à lui seul une
proposition : • Lies mets sraa sssue ànkt ne s'appliquent pas
partout. — Comment? — Là ou il y a influence lOuiproqnc
du commencement et de la tiu des deux mois [voisins], là
cela s'applique. (Suit un exemple: Rtg-Véda, I, xciv, t6.)
Mais là où, des deux mots, Tanticédent ou le suivant n'est
pas cause occasionnelle du ea^angement, là eeie ne s'applique
pas. • J'ai ajouté entre munUimm et làeaen la négation *. qui
manque dans mon mannsen
Uvata cite ensuite le paaiage connu m 5 Ql:, et répète sur
les influences altérantes ce qu'il a déjà dit aux sulras 3 et 18
Puis il continue en ces termes : rmn^nfW. - 9Ç8 «i{ffl
4^etiMi<Ti: demfaqiH 1 fins* ^ sm : <m«r*r jrôTta **em-
ÊPjito srwrfawFfr.
Exemples (déjà cités), »' kntma de trois mots ; iffr 3 m
a' krama de quatre mots 37 q m 1 . .V krama de cinq mots
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 423
XII. SÛtra 22. ^|qr^ . . . — Commentaire : «dlotà
( de la racine ïï «àtfà' , « mêler ») = af^r^UÎt i f*H* iTôrfà' i ?T3
^ ôr^TïïTïïTvqt vçpzri çrenrt fafa-à =t uôrfTT H^cU* uôrfrr i
^tevFFTTW^f^ i £TV3T çhMm-N|Rrd^: i « Que veut-on dire
[par ce mot : sans mélange] ? — On veut dire : là où il n'y a
pas un mot antérieur aux [deux mots] qui, d'après la règle,
doivent être prononcés ensemble dans le krama, qui soit
principe d'altération. — Qu'il observe la règle antérieure
[signifie] qu'il fasse le krama par deux [mots]. (Voy. ch. X,
i.) » — Suivent des exemples, déjà cités, du dvikrama et du
oahukrama.
XII. SÛtra 23. q^lM6 . . — Exemple : ïT ïït: i ït ^ i
{Rig-Véda, IX, xliv, i ). — uui«<l Ulrol^d : i huinHj 3^rn
^ Hrdl^H fihUMIUl ^Tcôf i a Le mot pra est cause du change-
ment en n cérébral; quand ce mot a disparu, la reprise [de
nah] se faisant avec le mot suivant, le « redevient dental. »
XII. Sdtra aA. sygji (X, 12). .'. — M. Pertsch, d'après
les manuscrits de Berlin , donne J3rTt , au lieu de ïftTt. — Pour
donner la raison de cette règle, Uvata nous renvoie au cha-
pitre X , 12, et , à ce propos , il nomme encore le chap. X ,
kramaçâstra, par excellence. — Exemple : rëTT ^ 1 ^ rUf<<flU!-
eîrTr *ci*il<»^ 1 [Rig-Véda, I, lxiii, 6). Le samaya est ^ 1 cffçT
j^ 1 ; il est lié par son premier mol au membre précédent ,
puis prononcé tout entier, en un seul membre , avec les deux
mots suivants : OTTTSÇnm 1 Ç5T : s 4V<±>^.
XIII et XIV. Sûtra 2 5. M^fHchl(lflU (X, s. 7-9). . .
— M. Pertsch a lu t^wiôn^, au lieu de Miwjcji^, et il a placé
iT-e^fri après WT. — Uvata donne avec beaucoup de soin la sy-
nonymie de tous les mots, sujets au parigraha, qui sont énu
4M ..t.îOBHfc N<>\ hMHHK l«5"
mérés dans le texte ; j'ai introduit ses explication» dans ma
traduction, partout ou cela était nécessaire pour la clarté. —
Dana le sens de «fcfowrf . nous avorta vu (chap. X , 6 et g )
*tf?rarçrir et àfJrarçifr 1 - mrt wmjajifui ■ - 1mn^ wb-
*ri?f umt **w* i« - ■f^ nwjipiiP - finenn^fn^ tJftnnj
njfà uuuwiifa <i4ifo. — Le changement d'aspirée ou qua-
trième en troisième, eat expliqué par la citation de» doux
premiers mots du dernier çbka du chap. IV : Jijwft 4£1H.»
et SJïTïf^ par l'exemple ordinaire fllfAu?^. - IM~oalrt foçft
îtà (j^Mi<pi|ui m mwgjf ^Rfn *n n^ o^rfrr^r ft trçé%^ »
• Par quoi ? • ajoute- 1 • il. *fePT 1 <jf(U|lJI 1. — • Par \epangraka. •
- fifcwrrift 1 • Pourquoi ? • Dans la réponse à cette question .
Uvala passe en revue les ditere» catégories de mots sujets au
pmigrùkë qui sont énumérés dans le sùtra. 1* mots accom-
pagnés d'iit dans le paJm : farft fj 1 f*T jfilf Wf ( /lie- Viaie .
\ III. m, a ) 1 JWl qnrt?T: «Ho . . . yf*| qf^uffu ffrift sjajf}
'JnUU*lil: 1 rt m irf^fït 1 • Pour r» ih se. ife 1(1 »faA . il résulte-
rait de la règle [donnée au chapitre V, 10] . que dans la se-
conde énoncialion du pmrigrmk* [ . après ili .] il devrait y avoir
i* [au lieu de s, après la voveile altérante i] ; c'est pour que
cela ne soit pas [que notre sùtra ordonne de montrer la Corme
primitive du mot ; on pourrait aussi entendre, et cela revient
au même : la forme que le mot a dans le padapé{ha]. • Il ré-
sulterait de l'application quTvata fait ici, et plus bas, 3* et
h\ de la règle du chapitre V. 1 o , que le pangraha doit être
considéré comme ne faisant en quelque sorte qu'un mot.
a* Composés : ijpt jfiÀQ^à ( X . ctv. 3 ) 1 |?*w WKI^qço
J$m ufyjçw <£biavû UMJUMii: i fî UT *jfçf?| » • Pour iarhuto ,
n'était notre sùtra , il faudrait , dans le premier énoncé du
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDTQUE. 425
parigraha [, avant iti] , un «cérébral [à cause du r] , en vertu
de la règle [donnée au chap. V, 20]. «
3° Dernier mot d'un hémistiche : e ^f?T ÇT: 1 . Même ob-
servation que plus haut, i°.
4° Mots placés au milieu d'un bahuhrama : rft" cr UT: 1 Le
parigraha nous donnerait ÇSrfàr ^ 1. Voyez i° (tTorôTïT, dit le
scoliaste).
5° Mots qui changent une quatrième en troisième : sTSTSTcT
^TsTO^T: (VIII, XXXI, 7) l ^RT3r qffel^m ^f^HId^ëT^t
« Ici [c'est-à-dire pour jugukshatah, tenant la place dejughu-
kshatah] , nous devrions avoir une troisième [c'est-à-dire un
g non aspiré] , dans le premier énoncé du parigraha, en vertu
de la règle qui veutque le premier énoncé du parigraha (c'est
ainsi que le fait le pada) soit comme dans la samhitâ, et le
second comme dans le pada. »
6° Mots modifiés par eux-mêmes : ^yîrfrf^pgir (I, ci, 9).
Même observation que plus haut, i° et 5°.
70 Mots dont l'initiale est allongée : *fyiïlcfyfr (I, cxxiv,
8) 1 ^Rra Ucxoi-cm ({Woiy wi : 1 H m iT^f^- 1 « Dans le premier
énoncé, nous devrions avoir une longue [en vertu du prin-
cipe exposé plus haut, 5°]. »
Uvata propose ensuite, pour les quatre premiers mots du
çloka i4, une autre construction , qui ne change pas le sens
d'une manière essentielle.
XIV. Sûtra 26. <=ftn • • . — Uvata renvoie au çloka 10
( sûtra 1 7 ) , et cite l'exemple connu 3£5T 1 3; 5 UT: 1 parigraha :
^^c#J fôdfrl ^ I.
XIV. Sûtra 27. dy^îîjl (X, s. io). . . — M. Perlsch
1Î6 OCTOBRE NOVEMBRE 1857
demie 7T fîâï, au lieu de îTOl, «pie porte mon maniucnt
WiJHfi). — Pour fsrrrç . cf. «dire 1 6 . et pour wtiçgt- .
\. 10. — Commentaire : vfit t*ft JJWJ<HlM6iïïi uxfc WV
Tfpç: . voy. ». 16. (Cette partie de la gioae eat expliquée
l»ar les additions que j'ai faite» à ma traduction.) féUMJUt •
g<lrwvujr*iui«itf m nnftxmwmrt \$z * wm *vjfm m
<j£ tHFTjià m i rHUiwjfyayfrl i mfefrt ?r| , . Pour quelle rai-
son ? — Pour faire ceaeer le doute relatif à la fin du mot
Par exemple . dans le membre de deui mois : HA Inlm (ou
plutôt ià* *âm). qui oemmeoco ITilmaHitbe (1. xux. 4).
on m distingue pas ai le prceumi fiait en a ou en m. Ceal
pour cela qu'on fait le pmngrukm : làm ifi tdm. •
W SCraAsio-3o. 1|J..._l|gT..._fHÏt •— (X, s. n>
i4)... — Le terme technique ta ft i . que j'ai traduit comme mot
abstrait , est pris par livata comme synouyme de fcwrt.quenou*
avons vu au chap. X, 9 , c'est-à-dire comme désignant le mot
même qui est employé seul et sans Ut (UfHplOlW^ul). — Il
donne pour exemples : 1* de êtkttt . m* (/u«- tau*. X, clvi .
a) • m (ou plutôt *mj 1; 9* de «amlait* : {«jji-ft yf* (VI.
lu , 8) ; 3* de sthttopostkita : mi: 1 mfirfrT «m; 1 . et en outre
l'exemple déjà cité au chapitre X, sùtra t&.
Le gérondif fàuflW eat expliqué ainsi : WH^fl JB qrni
fàwi ' QUIr^. ■ ayant mis Yupasthita en tête et le tlkila après ».
— Quant au verbe ¥TW#rt. le commentaire le considère
comme exprimant à lui seul toute la proposition que fou >
?& î«Hjyfî«iH^rflu(w<iHiM.g^-i 'nui'h-mm\r», . « ainsi
1 Peut-être vaudrait-il ouetu lirrftVjfrT. AuaMimeat-ce lafanacqu
le eoameoUife de eat trait 1
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 427
ils font la montre du mot [c'est-à-dire, ils en montrent la
forme propre et primitive] , au moyen de l'un des [ trois, à
savoir] de la sthili, de Yupasthita ou du sthitopasthita. »
XVI. Sûtra 3i. M H l (X, s. 17). . . — Comme le pari-
graha est déjà ordonné par le sûtra 25, cette règle-ci a pour
objet, dit le commentaire, de défendre ïavagraha pour le
premier énoncé [ avant iti], — Exemple : Q7ht|JrrfàffT ^Tî-sf^rf 1
{Rig-Véda,l, 1, 1).
XVI. Sûtra 32. hR|H (X, s. 18 ). . , — ^JWT, «an-
■ técédent d'ifi » , forme un composé. — Cette règle, relative
à ÇêT: , à sa quantité et à son accentuation dans \eparigraha,
est bien expliquée par la glose et l'exemple que nous avons
donnés dans la note du sûtra 18 du chapitre X. Uvala y ren-
voie. — C'est d'après le commentaire que j'ai ajouté : « les
Çâkalyens», yu*vl^^rU. — 11 donne pour exemples du
sandhi avec ili : ^j^dr^rfll'oitfg-SôRT {Rig-Véda, VIII, xci,
4); <4J*H> ffiVjÛ'fl (VI, nx,8).
XVII. SÊtra 33. ilfH^iHH. . . — Entre le sûtra et la
glose , à la suite de *l<yfimHiTcrrf£, mon manuscritdonnecomme
variante ^oi^viHir^, « pour montrer la combinaison, le rap-
port des mots ». Il n'est pas question de cette variante dans
le commentaire. — Les additions et explications diverses
que j'ai insérées dans ma traduction sont, comme toujours,
empruntées à Uvata, qui commente ce sûtra avec beaucoup
de soin et de netteté. — 3U*IrT: = qâfuT q^CT ^ , « avec l'an-
técédent et le conséquent». — g-UH^Ut = g^rjT qferr 5TT. —
Le composé qui termine le sûtra est commenté ainsi . fàrfîr-
7^n)"}oiH«4i<riW *TU5jfFT, « rie celte façon aussi il y a non sépa-
m '< TOBRE-NOVKMBRE 1857.
ration de la cause qui motive l'altération (que cette eau*
l'antécédent ou le conséquent]. • — fantâ^ peut avoir deux
sens. Selon les uns, il s'applique aux trois derniers fqrf*;-
ffrôn^, cnumérés au sûtra 10, c'est* dire à r/rdsa efena,
cit kambhanêna, et aux mots qui ont l'initiale allongée; selon
d'autres , vu que la section des mots dont la cause d'altéra-
tion est douteuse comprend aussi l'énumération faite au
sûtra a5 , ce sont les trois derniers de cette énnmération que
cette règle-ci concerne. Elle expose deux méthodes de krmma.
que les exemples cites par le ■colinsit édatreissent parfaite-
ment.
La première consiste à (aire en deux membres le umdki
du mot irrégulier (sous sa forme irrégulière ) . d'abord arec
le mot antécédent, pais avec le mot suivant, et a montrer
ensuite la forme propre et primitive du mot. au niaytn
purtgruha. Exemples : ât^TT fflT I OT^T mini, i 'flftrtWw i -
v^tft i «)fiw«)ep. i Tons cm exemples ont été souvent cités ;
ce qui est nouveau ici . c'est la coupe du krama.
D'après la seconde méthode, on rétablit la (orme propre
et régulière du mot , soit dam le membre ou on le combine
avec le conséquent, soit dans celui on on le joint à f antécé-
dent : ce genre de krama rend le pmncruka inutile. Exemples :
•mi^im \F& i ^7W UTTRf : i ou OTJTO WfSf i UrVI *W W i MIKR-
'*&& • WWJfcT WWlui^i ou f*tr*4W^T i &&& WWTTP^ i
uifauT^ i if^FTi ou jjif.iu^ i »^jw i.
Ceux qui remplacent les trois derniers mots ou catégories
île mots du sûtra 10 par les trois dernières catégories du
sûtra a5, changent simplement les deux premiers exemples
cités-, le troisième est le même (tfrËPTf^f). pour les deux
-titras. Ainsi, d'après la première des deux méthodes pro-
posées : ORt^irV: i tl*V: ?TOI#Ç¥f : i tfaja rfré «msj: i ( /ne-
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 42y
Vétla, I, CXLI, 7); ôrçjTITÏ JTFT^rTÎ l AIW^HWf^fH: l HH^rllfàld
MM^riî I (I, XCIV, 16).
XVIII. Sûtra 34. =N<c^H(V (W $frT).... — Cette
règle est identique avec celle que contiennent les sûtras 10
et 1 1 du chapitre X. Uvata cite le même exemple d'à non
nasalisé qu'il a donné dans la glose de ces sûtras; et pour l'a
nasalisé , celui que nous avons vu plus haut au sujet du sû-
tra 10 du chapitre XL
C'est une exception à Sïs^R- JTWJJHlft ST^T ^ ( siitra 2 5,4°)
- «UoiNrï a pour complément sous-entendu qf^ij^irr- ^fcsr-
ôFTPT (de la racine çft) =» STWJcJUM *rd|. — On peut, avec
le scoliasle, donner pour sujet à la seconde proposition <*Hrt,
sous-entendu.
XVIII. Sûtra 35. rTSTT- • • — Uvata rattache (TOT au sûtra
précédent : «de même qu'on montre la nature propre d'à,
par la reprise au membre suivant». — OehU^lP = OeftcFqç,
«chaque mot un à un [en commençant par les premiers] ».
- fà": STsTg; = WT^rnr. — Pourquoi [cette règle] ? ^3"%^: 1
Réponse : mn ^ u^frll: Fôittsi y|«[^| : ^f|fàr, « afin que
toutes les fins de mots et tous les accents soient vus ayant
leur nature propre. »
Exemple : 5T <%rTT fà" , dans le pada . ; 57 1 g 1 Wl 1 S7T 1 fàr 1
(Rig-VécLi, I, v, 1) : krama par retranchement successif des
premiers mots : ?oTrT 1 ^FT 1 ^rTT fr 1.
Le commentaire ajoute : fniïiTAfàfàc+iimjFr ?jt srftfjïT:
Hiitich^iiMHiy 1 ^mrum =3rrêr \ « Le krama de plusieurs
Mi OCTOBRENOVBMBHE IS57.
iuoU, par combinaison des cause» el cfitU d'altération, le*
quel n'est pas mentionné dan» lea précepte» du kmmm (au
chap. X),est dil abandonné a la volooté propre [du lect.
Ain», dans A tr etd ri (ou plutôt, telon la règle du tmnm-
krama, chapitre VI, i. A ttieiÀw). le mot la ne peut dore
un membre, parce qu'il ne pourrait y avoir redoublement
du t, si l'on faisait la coupe par les deoa mots é te; le troi-
sième mot [à) non pins, de peur de l'aaaaaWtf . ni le qua-
trième mot {ità pour île) , à cause de l'allonfeeient • H peut
paraître étonnant qoe le redoublement du f dans «t wtt
d'après les lob de mnmhmmui. eseree de l'influence sur les
coupes du krama, et (esse de g un mot à sauter. Je ne puis
pourtant voir d'autre sens à cette partie de la glose : il est
vrai qu'il s'agit d'un trusta abandonné a la volonté du lec-
teur.
\I\ ^itm36. H=*MMM!o (X. s. ai) — Il s'agit
des diverses modifications relative» eu a final , dont il est
traité an chapitre IV. >6-35. — Voyei le» exemple» au « lia
pitre X , sùtra 1 1 . Uvata en cita sa quelques aetre» . qoe no—
avons vus au chapitre IV ; il» difirent quant au» mot», mai»
non quant à la nature de l'altération, ni quant à la manière
dont le panaraha rétablit la sonne primitive.
Ce sùtra , se demande le scoliaste. n'esl-il pas simplement
une répélition inutile du »utra i5 (ch XI . 1 3et ia) ?— N
car le sùtra a5 ne prescrit pas de ramener le mot. quelles
que soient sa nature et son altération . a la forme propre, a
la (bis avant et après itt , mais il élément avant in. Ainsi
les composes conservent, dans le premier énoncé du pan-
graha, l'altération irrégulière qui affecte le tandki même des
dent éléments, parce que le sùtra 3i (chap. XI, 16) nor
donne de couper le composé qu'après iti : v^mftrfn v-T : w4
[Riq-Véda, X. xlvi, 5). voyes chapitre II. 36; »3>*uifafa
3^ï»TPtJX, vin. a), chap. IV. 7. «jiftlfjWfJMfÙrfX.
ÉTUDES SLR LA GRAMMAIRE VEDIQLE. 431
xiv, 9), chap. IV, i3; ^uh'fuifïtÎH ^SHgtfrjf (VI, xx, 4),
chap. II, 37.
Pour les altérations au contraire dont il est question dans
le présent sûtra, on les fait disparaître aussi bien avant
qu'après iti : fol*MsitlMl'4JMUFT^ 1 fol*Jls1HHlPlfH' fa" -s yisHÏ-
:TFTj (IV, xxxill, 6).
XIX. Sûtras 37-39, ïtfrf • • — grTo. . . — Sf^T. . . —
Voyez le chap. X , sûtra 21 , 2°, 3°, 4° et 5°, et les exemples
cités dans la note. — Dans le manuscrit de Paris, . . . iisrfff
manque après ysfn . . . J'ai comblé la lacune d'après le texte
de M. Pertsch. Le commentaire donne poursynonymeD^ftuTôf
il-c^iri. — Pour la règle des pragrihyas, il renvoie au cha-
pitre II, 27.
XX. Sûtbas 4o et 4i. U=(lR,H: • • — ift^- • • — Voy.
le chap. X, sûtra 20, i° et 20, et les exemples cités dans la
note. — Il faut remarquer ydlf^-t : employé comme syno-
nyme de Ue»|<l-4.
XX. Sûtras 42 et 43. M£|lll$ ... — g^fT. . . . —
Voy. ch. X, sûtras 23, 3°, et 20, et les exemples cités dans la
note. — Les manuscrits de Berlin donnent, à ce qu'il paraît,
«ii5»iiti^*fsf, au lieu de. . . £wir. — Le commentaire explique
l'épithète emphatique de svadhilîva (pour svadkitir iva) par
la double irrégularité du mot, à savoir le retranchement du
r et l'allongement de la voyelle : ~^ïïW ^fort %kï$ ^ <uituQ-
Milriri 1 rtwi^y îT^Tîf^ST: 1. Avant cette explication , il en donne
une autre fondée sur la qualité de pratikanlha : îT^FTCT OT^mr
ufrtertô^j %fv^Sï: (cha|j. I, i3) 1 ; puis il cite svadhitlva avec
431 OCTOBRE-NOVEMBRE 1851
l'irrégularité qui lo précède et celle qui le «oit . au chap I \
1 3 : tuti ^ nriMnif ^w-
Au sùtra suivant , . . . »hrf est interprété par fffof.
XXI. SéTaaa4.frfî|^(X... 5 et 6) — Cou».
mentaire : wfàtâ =» CT^W 0*î> •"1^. - uéfîhlMMrW^ - ujf>
ug* fawrf 0^. L'accusatif masculin âmr*. qui eat en tête
du second ardkarca, doit »c conttruire avec le premier, et la
proposition suivante commence par W^. — Exemple : ff or
(RigVéda, IX. iliv. i); le m (cérébral) par l'influence de
a. — A la reprise sr^rt •• - «=wr*: - j^w^fnfèmTjw^mrt
«rtfirç**. « Un mot autre que celui-là , c'est-à-dire autre que
le mot qui a des altérations produites par l'antécédent on le
conséquent, [un mot] modifié par lui-même. • — ■*j4tyf-
9«T<t%t. sjnontino emprunté au chap. X. sntra 6. (Voy.auaei
chap. XI . sùtra 33. ou ce mot est traduit un peu différemment,
mais où l'on pourrait mettre, comme ici, sans que ce change-
menl dénaturât Uréflc:«consorinén»ont an lesifciaij à[ ta»).—
Le dvandva qui suit est décomposé ainsi ; <mw*dlVilWJ
pour préciser la fin de la règle, le tonliaate ajoute : !(l4fr|l
d^JifO ^nrav^ nTW^tA ^rP[. Pour quelle raison ? Parce que
ces deux mots (le premier et le dernier de l'hémistiche) ne
se disent pas deux (bis .- ntrtpravvftvnfiarpi. L'exemple re-
latif a cette dernière règle est omis dans mon manuv
mais une autre main a écrit à la marge : «liçvwi (pour WJ-
v/pr)sp:(VIII, v. n) : c'est le commencement de l'hé-
miNtiche.
Wll. Seras 45 tl^Kl • — Uva|a explique ce sein
comme une règle facultative, qui permet de ne rompre le
tamdki qu'une seule fois , dans le pangruha , après ifi , pour
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 433
les mots énumérés dans les çlokas 19 et 20. Dans la glose
du çloha 19, il nous avait dit que l'usage ordinaire était de
faire disparaître , pour ces mots et classes de mots , les alté-
rations du sandhi, aussi bien avant qu'après iti. — M. Pertsch
donne , dans son texte ^ - ^ra^, pour 5TT - «t-^fl. — Les
mots ^fèfcr chl^Ull-oiyiH^ sont expliqués , dans le commentaire,
par la scolie suivante : ^ fè Hc<*»l(UW-olfH qf^W qjoFër^"
'jfniw -J* rç<rf)m4Jï fSif^HI : , « car cette cause du sandhi suit
[et produit son effet] dans le premier énoncé du parigraha,
à l'occasion duquel le retranchement et les diverses [altéra-
tions] de la lettre n sont prescrits.»
Exemples : sfcft ^ ïrârT : 1 parigraha : sifcrr ^crfâ" ST^IT^s
^5T (Rig-Véda, I.clxv, a);
fÈrSëra^T yÎM^«^ 1 parigraha : foRTënà^T ^f?T fol^ol^^l:
(X , cxxxiv, 3).
Dans le manuscrit de Paris , ces deux exemples sont écrits
avec solution du sandhi, même avant iti; mais la faute est
corrigée par une autre main , à la marge.
XXII. SÛtra 46. 34lc(5tiH . • . — Nous avons déjà vu
fÈRRT: , dans le sens -de visarga, au chapitre VI , 1 ; nous le re-
trouverons aux chapitres XIII, 1 1, et XIV, 1 1 . — Les exemples
cités par le scoliaste éclaircissent bien ce sûtra : fàrlw\jfcci?t*^i,
dans lepada fà": sfèreôr^: 1 ^ 1 (Rig-Véda, III, lv, 22 ); Ç5T-
W[rH OrT, dans le pada Çêh^çnrTT 1 tfr^ ( VI, xxxiii, 4 ). Si
nous supprimons, dans le premier exemple, la cérébrale,
dans le second le r, dit Uvata, nous aurons, en vertu du
sûtra 32 du chap. IV, deux s dentales , ou en vertu du sûtra
facultatif 34 du môme chapitre, nous pourrons mettre un vi-
sargfadevant le s dental. Cette seconde orthographe est inter-
dite ici pour le premier énoncé du parigraha, et le présent
sûtra veut qu'il y ait ôqwfw: , c'est-à-dire changement du vi-
x. aq
434 OCTOBHE NOVKMBHE 1857.
$*rx)* en sifflante (voy. chap. V. i ). Aiawi l'on din
fTf^#r^r: îfmàft:. — Le commentaire cite pour cootre-
oxemple : f^ï: «JfHo'JI (I. mm, 10). on il n'y a pas mm
dki de ileux ûskmas , mais rencontre du rùerga et d'une la-
biale (voy. ehap. IV, u).
XXH1. Sôtiu 47 vJMM**M<W — Commentaire :
«i/7<a%fi. - h fin^i: nfWfm m»Tî. - «fr*n ■ fe^trtj. - sjej
m wwiU'j»ni'il.- V«4ii^ «pâtnr. «quand il n'y a paa réu
nion des cause» (cf. sùtra 4). au moyen d'un kakmhmmu
( membre de plus de deux mot» ) • , mffoç nf^. • quand il
n'y a point de pangrukm. • — ftj*. • obligatoirement • —
fcvftrm . - «TÔf - 4f$m . • la uamkilà (et les altération» qu'elle
amène ) •. — w-u/î'^ui t«*&?) - t£far m jfm en.
Exemple : a ni;, dan» le pesta a 1 *. 1. Le scoKnttr ap
plique avec beaucoup de netteté notre sùtra a cet exempt*
vw rôrfint u^^mf^rtmM^inw wmfymlm. • [ La mmkitâ
amène ici un double changement :] celui du a en a, qui a
pour cause pra; celui de YammiAUa en ttanta, qui a p
cause Yudâiia [ de pn]. jjçn nç omfirft fippnrrnt «fjafh
$Êt 1 , • la samkild est dissoute, en faisant la reprise arec le
mot suivant. •
H espKqoe de mémo m* pot 1 Ç^«r>W^ ( A10- K4û . \ III
1. 19); voyex chap. V. 28. — Dan» ee second exemple, les
changements sont w.frfj). l'altération de l'accent sur le.
celle du a à la syllabe immédiatement suivante; dans a m
les deux altération* portent sur la même syllabe.
XXIV. StTaa 4» H<*U^>FT — Cette prescription
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 435
est aussi pour le cas où l'on ne fait point de bahukrama : sr^-
Exemples : i° ^ f^Vlirt, dans le pada 5TT i ^* if^qtf^ i ( Rig-
Vêda, IX , lxxi ,6). — ^T ^chPdyiftfti^cc^MrQf =et , « ici le
changement en e et l'état à'udâtta ont pour principe la con-
traction [d'd-Him en e] », rTJpf^ïïT UcUI^M %?Fn% ^IH, « et
ce [principe d'altération et ses effets] sont supprimés , quand
on fait la reprise avec le mot suivant. » Ainsi : 5 l^ujfd.
2°^3?T Q'^fSj^ (dans le pada fè-sÇrjqn ^ 1) iTTîft ^: (X,
cxxx, 5) : ici l'altération a pour principe le mot suivant
( U7ÎMÎMt() , et par conséquent elle se supprime dans le pre-
mier énoncé , avec le mot précédent : $AhU Q^.
XXIV. Sûtra 4o,- f^lKl^t... — Nous avons vu au cha-
pitre 1,3, que l'avis de Gârgya est que les mots se terminent
par des troisièmes ; c'est cette diversité d'opinion qui donne
lieu à ce sûtra. — Uvata explique un peu différemment fsr-
*mïï'. , mais sans rien changer pour cela au sens de la règle :
vu^T ^fà y<*rWçiïu*rHW fcjuuu: , « il a été parlé dans la règle
précédente du retranchement, le contraire de cela, c'est le
non-retranchement » , c'est-à-dire ceux qui suivent l'opinion
de Gârgya ne ramènent pas la troisième à l'état de première;
mais au contraire la première, s'il y a lieu, à l'état de troi-
sième : 4<JW Q^s^- Pour cet exemple , il y a , comme dit le
scoliasle, alopa. — ^wrqujyi est le génitif pluriel de flKPfcT: ,
formé de la racine J, « aller » : nrrcPTff fr ^WJJI-«$îrf*nr5[f ■
XXIV. Sûtra 5o. frSïT. . • — M. Pertsch lit mt , au lieu
de rTOT. — 3iftrcrf = UIJ.îJMrtlr^W^I-e^ÎH I % ^ 51WSTCR*Trï.
Voyez chap. 1,3. — Exemple : Qch^f^dHH , dans le pada
fè5*3»Hj ^"° 1 [Rig-Véda, I, cxxi, 4). — Le changement
29.
HI OCTOBRE-NOVEMBRE 1857.
• lu p (ou A) en m, prescrit par le sûlra 4 du chapitre IV, est
dû a la lettre suivante (qjfafa*). et le mot doit par eooaaV
quent revenir à sa forme propre dans le premier énoncé,
avec l'antécédent : oèfr fiwj^; — On peut entendre par
ijBt • d'une manière déterminée. • c'est-à-dire : forcément
dans le premier, ou forcément dam le second énoncé, et
non a volonté , dans l'un ou dans l'autre. Au reste . le membre
où doit se (aire la solution du umJki est toujours ainsi dé-
it-rminé par la nature même des altérations.
XXV. Sônu Si. 3T8TT • — £*•** toujours pour le cas
où l'on ne fiait point le hahdrruma. — ^fcf (et non en deux
mots rtl JT ) . complément de flfift, • précédé de • —
Exemple: («ft^W:) *: tqvrp (%-FéaV 1. xxxvm.6).
XXV. SCtua 5a. rTOT — Exemple : $»m %. a*f: .
(RyVééa. IV. xii . 6) . c'est dans le premier énoncé qu'on
voit la forme propre de far , fondu , a la reprise , en une seule
syllabe, avec l'initiale de tjç .
XXV. Sônu 53. Pf •*... — Jt Pertsch lit ujwalfot
en un seul mot. — Quand une syllabe salé/te est suivie
d'une syllabe anaddtta , avec laquelle elle te fond en une
syllabe unique , cette syllabe unique prend le «vente, dans
les divers cas indiqués su chapitre III . 7. Devant le «se-
nte, Yanatldtta, même précédé d'un mdàUa. dont le voisi-
nage devrait le changer en raartte, reprend le ton bas , celui
iVanudâtta , qui est sa nature propre. Dans le krumm enseigné
au sùtra 5i, ce utndht d'accentuation ne peut avoir lieu.
Ainsi: $fa Êi 1 nn finj* 1 [RyVéJm. VIII. xu. 1) dans cet
exemple l=T -»- V, contracté en set. prend le svaritu, et la
finale de fcftf, se trouvant, par le premier énoncé de fs*. se-
parée de ce twurita, ne peut pss entrer en uuuih avec lu.
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 437
C'est là le meilleur sens que j'aie pu tirer du sûlra et de
la glose; mais j'avoue qu'il ne me satisfait point entièrement.
Pour que d'autres puissent trouver mieux, je donne ici tex-
tuellement le commentaire : ani*mfrM : ^FT riWÏ^<*»mfrR:
gir: *ôrç: ^ôrf^R' ê%Tî 3" cîwt frfFrfïïïïrrçôr^" *rf?r i ^ ^ i
^ïï\ fërôt i. — Nous avons vu RlilH , dans le sens à' anudâtta,
au chapitre III , 9 , et ÎHijii: , dans un sens analogue , au cha-
pitre III, 10.
XXVI. SÛtba 54. ZJXT- • • — U s'agit encore de la fusion
de deux syllabes en une seule. Quand une syllabe anudâtta
se contracte avec une syllabe suivante udâtta, ou en occa-
sionne la suppression, le résultat de la contraction ou la syl-
labe unique qui reste après le sandhi, est udâtta (voyez cha-
pitre III, 6). Le krama, dit notre règle, doit dissoudre cette
sorte de sandhi, etrendre à chacune des syllabes son accent
propre. — A voir la glose d'Uvata , on dirait qu'il lit 33T3W
pour 3<UW ; il faut, en effet, que le premier de ces deux mots
soit exprimé ou sous-entendu, et je serais tenté de croire
que le texte du sûlra doit l'exprimer; car 337JFT est peu utile
après mj^;..
Exemples : m rT-Sëi": i dans le pada 5&T 1 % 1 ^5T: 1 (Rig-Véda,
V, xxxv, 3) ; yôlMM Çcnwfi'^:j, dans le pada çtsmvà: 1 WT 1
(IX, lxxxvi , 24). Ce sont deux exemples d'abhinihita-sandhi •'
dans le premier, nous avons devant l'a initial udâtta une syl-
labe anudâtta, dans le second une syllabe svarita; l'une et
l'autre, après le sandhi, sont udâttas, conformément à la règle
du chapitre III, 6. Le krama dissout ce sandhi et rétablit l'ac-
centuation primitive, dans le premier énoncé du mot qui a
subi l'altération. Ainsi : ^TrT (dans le pada ff),.. , <7cnTFT
FcTTWT: !• — C'tîst pour donner plus d'extension à la règle
que le scoliasle a ajouté l'exemple du svarita, qu'elle com-
prend au reste très-naturellement.
43* OCTOBKE-NOVKMBKE 1857.
XXVI. Sfinu 55. d&Mtft- — Commentaire : 3*1-
*q$ ÇPOTf^r fa«r<HI{l4a; Hf7TU7j — é^ttT *nr eTC^ WWTOW7T
iTôrfH i W^ïPT ^32^^ 82[T Tj iWffca^JJWW U4IWI4I *WT: —
J&UT *TÇ ôran ...h Quand une contraction ayant pour pre-
mier élément un mdâtta, a pour conséquent [pour second élé-
ment] un anudâua, la solution du sanstai est postérieure.
[c'est à-dire se (ait] dans l'énoncé avec le mot suivant [à sa-
voir daus la reprise}. Quand le second élément est non bas,
t à dire uJàtta . et que le premier cet •nmdAlta, la solution
est antérieure , [ c'est-e-dire se bit] dans renoncé avec le mot
précédent ( à savoir dans le premier énoncé du mot] ». —
Je n'ai pas besoin de (aire remarquer la hardiesse de l'eJHpee
de <TT: , que le scoiiaste supplée dans la seconde proposition.
— L'adjectif awx, qui signifie proprement • intérieur, placé
plus bas », désigne, en parlant d'un ouvrage, d'un discours,
ce qui précède; wt(t&. tWW^. • emploient, comme nous
l'avons déjà vu . dans un sens analogue.
Exemples : i* $£«iHfr. dans le pmim an i ^ i «inf«l i
(%-VAu. 1. nu. i): le premier élesnent de U contraction
est udâita, le second anmdâtta. la solution se sera donc daus
la reprise : fa i *^ «1-ifM i.
Ovata (ait remarquer que . même dans le cas où le pre-
in ht élément est udàttu, il peut se (aire que la solution et le
retour à l'accent primitif aient lieu dans le premier énoncé.
Par exemple , quand la syllabe qui reste après la suppression
d'une autre , prend le tvarita, en vertu de ja règle râla lien ne ,
exposée au chapitre III, 7. Ainsi, en faisant le kruma de
rtfjafrj. dans \e pada ft 1 arsfrj 1 (X, xv, 5), où VmddUu
la suppression de Vauudâtlu qui le suit, se ca^tnge en tvunla,
on rétablit l'accent primitif de te dans le premier énoncé
^fa ^ (<*t celui daruniu dans la reprise : uafrawi-^ }.
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 439
Pour le cas où c'est la seconde syllabe qui est udâtta, le
commentaire nous renvoie aux exemples du sûtra précédent.
XXVII. Sûtra 56. ^j\ch"^jjj . . . — Cette règle devient
fort claire, si nous nous reportons au chapitre III, 2 et 3,
qui nous enseigne que l'accent svarita se compose de deux
portions, dont l'une est plus élevée que Y udâtta, tandis que
l'aulre est de sa nature anudâtta, mais s'entend comme Yu-
dâtta, à moins que la syllabe suivante ne soit elle-même
udâtta ou svarita; car, dans ce cas, cette seconde portion du
svarita a , dans la prononciation , le ton de Y anudâtta. Dans
l'exemple : tiïiwï % J$ (Rig-Véda,lX, xvi, 1), la syllabe finale
de aluûï: est svarita; mais la seconde moitié de ce svarita se
prononce du ton de Y anudâtta, parce qu'elle est suivie de ^éf ,
dont l'initiale est udâtta. Ce sera donc dans le premier énoncé
que le /crama résoudra le sandhi, parce que STWf: . combiné
avec le mot qui le précède , et terminant le membre , se trou-
vera séparé de son principe d'altération, qui est ^f. Ainsi
La fin du sûtra, qui est fort elliptique, est développée
ainsi par le scoliaste : dd,trf( UZJ <ioiui H^lPlfà-tf* sWlci.l'yïçH^UH.
Nous avons vu fà" — ^T, « frapper bas » , employé deux fois
(au passif fà^-Ud'), dans la glose d'Uvata, au chapitre III,
1 6 ; et , dans un sens (Afférent , au chapitre III , 1 8 , le même
verbe avec le préfixe nih : fMFWKT.
XXVII. Sùtra 67. 35TrPT^- • • — Commentaire : 33T-
^^:Wf|HU^SlU^MMWT^|UliMMc4l<UÏ Tn$ÛS3fi;*Wrtsfà
ôtt sr^tej'^iw^l ol^*»M s fîhumûï wusd vtcud- C'est, comme
l'on voit, sur l'autorité du scoliaste que nous avons, dans la
traduction, ajouté le svarita à Y udâtta (voy. le 3° exemple).
no OCTOBHE NOVEMBRE 1957.
Exemples : i" 3*lfcn (dans le /nssVi fjsn:) WWfçH [Hia
Vida, X.ciuvn. i). Dans toi :, qui m compose de deux
syllabes MuJàttas, U première prend le signe du «venta, à
censé de 1 asVfrte qui précède : cet effet du soae'Aj diepereit
dans la reprise du mot avec le conséquent : \jsn wdfçi. La
seconde syllabe prend le signe de YammJÂttm, à cause de l'a-
dàtta qui suit : cet autre effet du tandki disparait dans le pre-
mier énoncé dn mot. arec son antécédent : 3R t<Bl .
a* 3Ç5PJïn WJ (V, uxm, i). Ici de même le «tenta
initial de «gp^Tf disparait, avec l'antécédent <Jf ( gf*jm WJ).
et le signe de l'oaadaVta sous le syllabe finale disparaît, avec
le conséquent w^ ($Ç JÇ^VT).
3* e7r# SeTTI (dans le euale eJÇff) «$0: (X. xciv.i). Dans
ee troisième exemple. Us deux |esmiénn syllabes de mn
ont, dans le tamUu continu, l'accent prtcmyu (chapitre III .
1 1 ), qui ne se marque par aucun signe ; si nous retranchons
l'antécédent arré} . pour dire dans la reprise : WÇFTï tsXVJ: ,
ces deux pnuayas se trouvent remplacés par deux umMltm;
si nous retranchons le conséquent, et sera YanmdétUt de la
finale qui disparaîtra : e7l% eT^Tf.
Uvala renvoie à ce sujet su autre 4?. et dit que quelques
maîtres veulent qu'on fasse, en ce cas, un ba kmÂramm ( réu-
nion de plus de deux mots en un même membre ) : m*nt-
PMHfÙe^njlft vrwiot: (voy. pins bas, autres b& et 5o,).
XXVlil. 5tTSA So. Ztm — M Pertach lit H*l pour
?WI et Jjzjft , pour ^arpf ; maU Q fait remarquer que celle der-
nière leçon (iwà) est aussi celle du manuscrit du commen-
taire de Berlin.
Le krama est, comme nous l'avons dit. la louibinsiaejfc
de la samhitd et du pada II faudrait donc qu'on y trouvât
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 441
lous les faits, tous les caractères phoniques qu'offrent ces
deux modes de lecture. Cependant il y a des cas où, en di-
visant simplement les mots deux par deux, on modifie cer-
taines particularités, d'accentuation, par exemple, qui se
trouvent dans la samhitâ. Ainsi , en coupant, d'après le krama
ordinaire : ïT tTT: i ^T j^t i f 3T *T^ i , nous avons des anudâttas
là où la samhitâ nous offre des pracayas : îl HT ^t *TÎ|. Le
bahukrama pourrait seul obvier à cet inconvénient (voy. la
fin de la note du sûtra 57) ; la plupart des maîtres cependant
disent qu'il ne faut pas y recourir dans ce cas, et qu'on ne
doit pas se dispenser pour cela de couper les mots deux par
deux. Il en est qui prétendent (ce qui justifie cette interdic-
tion du bahukrama) que dans le krama la combinaison des
accents ne se fait pas d'après les lois de la samhitâ.
. La syntaxe de ce sûtra est assez remarquable : ïrçsfô
(ÇTfw.... yf^rUJÏ:) iiraTîmT... Mfçidl (au duel féminin) îraffr....
« quand il y a non-vue [des sandhis] tels qu'ils sont prescrits
( qrôjrfr = fSif^H ) ». Le duel...^*f^ri est un dvandva, où la dua-
c
lité est marquée par les deux compléments: Ç5T7 et ônfr ;
il y a ellipse de ^rf%TT après le premier. — WftT désigne ici
la syllabe en tant qu'affectée de l'accent. — Le scoliastff ana-
lyse très-minutieusement le composé yHIWÎolcrTlM : , dans le-
quel il y a deux négations affectant une idée déjà négative
par elle-même, «la solution du sandhi» : iolçHta: = foMmr:
^W: = twiwïfdçrfiu: l.
Après l'analyse de ce composé doublement négatif , Uvata,
appliquant la règle à l'exemple que nous avons cité, ajoute
ce qui suit : g m ^rfwôrg^1 Ulcc^Qrtd)£>iH ldHI<& (dgifàl
uarffr 1 znnfà uicc^oifyfi n? çsï i =t ^_ 1 ^ ït| i ^rht ^ ^rï-
rim «■qtit<y^yHldjfàHW^i^^:i5f^^tf^^:^r^:çôrpr-
h- OCTOBHESOVr.MBHE 1857.
;rn5«tf*i • Dansce [premier] énoncé .0 m: (daiislepatfaq j.
il n'y a pas non-solution du tamdkt [ ni csJuavmna , et ada et
f,-i!im. , pani ,j |\ | ^ .: !■ .. f.l,r.,| sj |r j,a/if«i [«] l.-ui
cause Q , sens qu'on ait besoin d'ajouter d'entrée moto j. liai» .
bien qu'on voie là le a ei le stunta. dan» las membres suivants
* tô ' fcf «$ i(flio- Varfa, IX. xiiv, i). persoitede l'ab-
sence d'eccent procmya (remplace par l'aaaea'fta) , il y e bien
solution du sandki [et par suite on ne voit pas la cause du
changement d'accent]. Ce n'est pas un défaut; car d'autres
maîtres, dans les Araauu. ne prononcent pes l'accent d'après
les combinaisons de le uunktU (gant - fjp&r). • Us croient
qu'il n'est pas nécessaire de le remener à la forme qu'il a
dans le fondai, et qu'on peut, dans le avenu, le dira e le
façon du pesta.
XXIX. Sûnu 59. HQZ. . ■ — Ces! l'opinion contraire
à cette qu'exprime le sûtre précédent 11 y a des maîtres qnj,
tiens le cas où le krmmm ofre des toit* qui ne se voient pes
dans le tamkiià (par exemple les aaasiéfnu de r exemple cité
dans la note précédente), veulent qu'on joigne eu krama,
à ses coupes régulières deux par deux . on bakmJmtma , réu-
nissant tous les moto ain*i modifiée et eeui dont le voisinage
les modifie. Ainsi l'on 1ère un seul membre du passage que
voici: j*t ïr fftr Tn^r nj**fa 3J& "^ {Hif-VéJ*, X, lxxv.
5). En se contentant de couper d'après les lots ordinaires du
irama, on aurait : ^ "«T 1 âV tât 1 rih injt 1 tru^ *TJ*3Tfà 1
?^?^ STS^.-' 3*5%. "^ '• c'esie-dire huit a*udâltat qui
ne sont pas dans la tamkiti, et qui ne reviennent, dans aucun
des membres, à l'état de prucora.
Uvata traduit çd (M. Pertocb donne os) par vnimamni
« dans cette circonstance, en ce ces • ; — «ijUllfà per frfn-
*TÊT; — m«lild<yiNfdgMl: par MWJifawlg^ ■ «ayant pour
cause la non rupture du sandki. • J'ai cru pouvoir donner s
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 443
fsRRTT: un sens différent de celui qu'indique le commentaire;
il m'a paru qu'avec le préfixe vi, marquant distinction, kra-
mah pouvait prendre la signification de « membre à part » ,
laquelle convient parfaitement ici. Au fond, cela ne change
rien à la valeur de l'axiome. Partout ailleurs dans le Prâti-
çâkhya, folihM: a le sens de visarga. — Dans le premier hé-
mistiche, je lirais volontiers (ïïfà) ■$ fofcrïW, « non solution du
sandhi » , leçon qui s'accorderait mieux peut-être avec la suite
du sûtra; mais le commentaire, au moins dans mon manus-
crit, n'admet point cet a privatif (zpf( «MlUt fonyiW M'Urf).
— J'ai réuni en un seul mot UcMJUIlfà ; le sens y gagne, ce
me semble. D'après la glose, on doit supposer que le sco-
liaste détache ST et en fait le sujet (^ && atwjîSiçrtlu^:).
XXX. Sûtra 60. T7Z. . . — Ce sûtra s'applique au mot
initial de l'hémistiche. Comme ce mot ne se reprend pas , il
ne peut, s'il est modifié quant à l'accent ou quant aux lettres,
paraître dans le krama sous sa forme propre qu'au moyen du
parigraha. Voici la glose d'Uvata : q^ ïïtJT Ç5T7 H" 11-c^frt 1 T^T-
(T5I u^ic^FT R" H-c^fd (il coupe en deux le dvandva et fait
rapporter ^ à la première moitié , et cr^TrT: à la seconde )
l rT^T^'t ÔTH^ fà^l*H = folWrW«3lM %HRt-c^lf^H , « alors il
prend, il a sa forme propre exclue, c'est-à-dire oubliée, non
mentionnée , détruite par quelque autre mot. » 1 cnjêfiTvT ^sr-
^çpf ^T omicpri ^ 7T3% (il y a m dans mon manuscrit; mais
il faut évidemment lire rT3") sTFIH, « la forme que , dans le
temps du padapâtha, l'accent ou les lettres font [au mot],
n'est pas produite [dans le kramapâtha}. »
Exemples: i° Modification d'accent : rT^ar^r. dans le
padaîï 1 «d^i (Rig-Véda, X,cix,i): Y udâtla{^) est changé
en svarita (rf), en vertu du sûtra 12 du chapitre III. Le pa-
rigraha rétablit l'accent propre du mot : fTsfôrr.
4*4 <>< I MRE-NOVE1
a* Modification de lettre : ^ÏT. dans le pada ^ i ^fajT i
(l.cxxxu. h); fOJ. chapitre II, 35 Le parigrmkm rétablit la
quantité propre du mot : farffl sr.
Nuits avons déjà vu M{IÇ dans le même sens (chap \ I
0, et i4). Le commentaire lui donne ici pour synonyme ÊT-
snjrfTT ( voyes plus bas, dans le teste du sûtra 6a , ft^ ).
— Les mots n J irh* gw?* ne sont pas expliqués dam les
scolies . au moins dans celles que contient mon manuscrit
\\\l Sinu6t.tejrTo. . — M. Pertech donne fW*:.
<|uil détache du long composé qui commence le çjoka; mai»
il nou» apprend que le manuscrit du texte qu'il avait sons
les yeux . a la même leçon que le manuscrit de Paris. —
ànaaiglfturl est évidemment une faute du copiste; carra,
sjtrftirir m compose de wiraiyj ff t yrfarït u
Cesûtra établit que, ni 1" o/xu (Ai ia{% oy. plu* lui ut, su iras a 8-
3o) , ni parfois même U tiktit, ne suffisent k ramener le mot
à sa vraie forme, et que ponr être toujours sur de la donner
complètement . il faut combiner les deux méthodes . à savoir
renoncé ordinaire sans ifi, et le easijrana. C'est la négation
I i me assertion contenue dans la glose du ib' çhku, et que
j'ai citée et traduite à la fin de la note relative aux entras
a&*3o.
Exemples : if^nt' i . itkilopmstktla : tflfiW^ (Ate-rTne,
1 . cxui , 1 6) ; ici , dit le scoliaste , l'mpusthita artâtfrf M nous
donne que partiellement . avec perte (OTTOï^- WWWTJ. la
forme de t^qç. il n'a pas le sranta que non* offre le pada, et
le remplace par i'anaditia.
Pour»TT om. , Y upaslktlmfmfii ne rétablit pas la brève derj.
Pour trr?T: ma: ( VII . xli , i ) , la siktit , comme le
encure l'vala, ne nous donne pas le r que nous offre le (
dans Yupastkila uinfif-i.
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VEDIQUE. 445
Dans le commentaire, il y a STît ^FT, au lieu de mri -s f5r,
que donne, dans mon manuscrit, le texte du sûtra, et qui
se trouve aussi dans le texte de Berlin, tel que le reproduit
M. Pertsch. Sur adhi, après l'ablatif, voyez le Dictionnaire
de MM. Bôhtlingk et Roth. Uvata ajoute, comme synonyme.
Dans la traduction du dvandva initial du sûtra, j'ai rem-
placé le mot concret sthita par l'abstrait sthiti.Ceia ne change
rien au sens et empêche la confusion ; car sthili se trouve au
second hémistiche.
XXXII. Sûtra 62. sfi^TcT. • • — Commentaire : ^HT WÎ
5Tftrt iTërfH 1. « Ils veulent qu'on fasse le parigraha aussi bien
pour le dvikrama (membre de deux mots) , que pour le ba-
hukrama (membre de plus de deux mots). — Pour quelle
raison ? — De cette façon , la non-solution du sandhi se fait
mieux [et plus sûrement].» On voit qu'Uvata ne rattache
pas ce sûtra au précédent; il donne pour sujet à Ç*ljfh le no-
minatif ^ift «Midi:, «quelques maîtres». — Il faut remar-
quer 4h*tch : , « le lecteur du krama » , qui se trouve déjà plus
haut dans la scolie du sûtra 60, et que le commentaire nous
offre deux autres fois dans la suite de ce chapitre. Précé-
demment il n'avait employé que le terme générique cran.
Exemple : m if^ I Ç7RTT I W^H cT^KT l ïtc^fafri ïT£ l 3*T
cT(U<5 1 y&n 1 ( Rig-Véda, IX, lxv, 29 ) . « Et ainsi partout »,
ajoute le scoliasle, ^ôt STôra.
XXXII. Sûtra 63. i|M[|ri . . — Un des manuscrits
de Berlin, au lieu de 4ir4h*w^, a ^frg^T, leçon qui se trouve
aussi, nous dit M. Pertsch, dans le manuscrit du commen-
taire, mais substituée , par correction , à celle que nous avons
m.. OCTOBRE. lOflMBM l»57.
adoptée. — Commentaire : <7ff$t «rçmf^J* uàvMjffc(|.1
H*Ù iluiwftwîiHiêJulf^ (chapitre X, i) HJ «Hiuilli^i •Ji-'im
yiïQ.HJfl: i. Uv»ta considère partout comme k vraie règle le
premier des deux chapitres, et nous avons vu qu'il l'appelait,
par excellence , le çAitra du «Team.
Le reste du sùtra n'est pat fort clair. J'ai donné k chaque
mot en particulier et à l'ensemble la signification qui m'a
paru la plus naturelle à la fois et la plus logique. Le com-
mentaire donne pour synonyme km$, «voie, méthode s,
tpt, «manière d'être, procédé»; il ajoute an nWnaW fm%-
*Jnaî le duel $rj. • causes . principes ». puis il en expliqu
premier terme par HMiflftuill^ . et le second par y*rrn . .
<|iu signifiai la lot», comme ttMnT:. • origine • et • combinai-
son. • Ne pourrait-on pas entendre par s^fix": la tradition
en Uni qu'elle wnieigm le» loi» de In tmmkitd. et par *JM9: .
la forme originelle de» mots, telle que le» donne le nnéa?
Cette interprétation s'applique bien, ce me semble, an tente
et à la glose. La mumhil et le «nie sont le» principe» consti-
tutifs du krama; le krmmm combine ce» deux méthodes de
lecture.
Pour le dernier en*» du çlokm , U vata non» apprend qu'on
le construit et l'explique de deux manière». Le» un» donnent
pour régime à «3 l'accusatif pluriel ^rrrfm. le» autre» l'ac-
cusatif singulier (PTfrV. De li le» deux traduction» que voici :
• qu'il récite la perfection (rmrftj . sjq$) du kramm [la suite
parfaite du krama], en suivant (n^ • f-jum H^9IVI ff) le»
autres prescriptions [ occasionnelles . donnée» en vue du
krama dans le second chapitre »>l{lfui wi^Tt siimmiPi; suit
un exemple relatif au chapitre XI. 39] • ; on bien • qu'il n'ap-
plique ce qui est dit dans ce second chapitre qu'autant que
cela s'accorde avec le premier, qui est le seul vrai pêstrm du
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 447
krama. » C'est la seconde construction que j'ai suivie dans ma
traduction.
XXXIII. Sûtra 64. <M8f[MR$. • • — Commentaire : ^mt-
XXXIII. Sûtra 65. ?fcF. • • — Le commentaire explique
le patronymique srraân" : par STiJTpf: imônRraTccT: ; il réunit
la tmèse ST.... 3dM en un composé atôTR' , auquel il donne
pour complément fijn&wr: ; puis il ajoute à daiynH ( = vivÛm )
le datif %TÏÏT, qui amène le çloka suivant :
« Les mauvais pas , même très-grands [ , qui se rencontrent
dans la lecture du Véda], sont fendus [et franchis] parle
recours au krama, comme les ténèbres se fondent dissipées
par le soleil , à la fin de la nuit. »
M. Roth a parlé du çloka 33 et des suivants dans sa Dis-
sertation sur la littérature et l'histoire du Véda, p. 85.
XXXIV. Sûtra 66. snH'M — M. Pertsch lit OêT-
nfàào pour q^rgf^So — Uvata commente avec beaucoup de
soin ce çloka. La seule difficulté qu'il offre est le long com-
posé qui forme le second pâda : « par les effets postérieurs à
[ces méthodes qui sont] son origine, effets non ancienne-
ment connus ». sgTçwToT est un composé possessif qui signifie
proprement « ayant antérieur à soi-même , ce à quoi il se ré-
fère, ce à quoi il doit son origine ». On pourrait, sans modi-
fier essentiellement le sens, concevoir d'une autre manière
le rapport de ^lyfas» ( <JJT ïrafe) à fàfèfît: , et traduire cette
m "< I 'URE-NOVEMBRE 1857.
première ëpithète comme on génitif: • les effets. . . de [cette
méthode] non anciennement connue. •
Les derniers mots : =T V ijrt : sont en— liés «in
wwf gpftsgref «i^uwqHiu><imtfMiHiijyuw3 ^iwift-
\aitiiî\>iW'jivi\iiiiïtoÂy <l%iAfv i irai w -twnnii/fwMJÎf^-
qTTTT: d^fn q^fàfv: i • Ce kramm n'est eniaigné dans au-
cune des sept voies brahinaniennee . comme [le sont la seaV
hiiâ et le paie:] U règle de la tamktlà, dans [les préceptes
relatif* au] nski, [à la] divinité, [an] mètre [des hymnes, à la)
lecture sacrifice, [à l'Jœuvre sacrifice; et la règle du pada,
dans [ l'énumération suivante : ] le nom, le verbe, la prépo-
sition, la particule, sont le pada [proprement : le mot]. •
XXXV. Sônu 67. ijfHUM:. . . — La forme du fuira
est btxarre. mais le raisonnement est logique. • Si ce qui est
inefficace est sans effet, d'un autre coté, ce qui est effiraos
ne peut être sans effet. Or voos dites à la fois : d'une part,
que le krmmm est inutile, parce qu'il vient après la tamkiU et
le pada; et. d'autre part, qu'il se réfère à la samkitÀ et an
pada. et n'est pas antre chose que ces méthodes. Comment
peut il être inutile, s'il est identique avec dea choses utiles ? •
A quoi il serait facile de répondre que c'est précisément à
cause de cette identité qu'il bit double emploi. — Voici le
texte du commentaire : irpfc <J|*lf|fllApM'/ îwî ît fiiwifïl 1
nmi^w ufHf&iMgjjq *fîf 1 fnrrfer 1 ofmimt ifttsparar fl*>
ïïTj^rfm ufànafn 1 aftrt f^[ Q^f%!mftp»j ttxtA wnt ?nw 1 wt:
aftrc^ar 1 im-juiu! <j<{»ifçtti<4tm hwWtt ufÀm qtfmn 1 rjw-
t* f| HWUfTi^M: 1 «Ce qu'on a dit en ces termes: ce Anima
n'est pas fiait avant le pada et la tamkitâ, donc le contraire
d'effet existe pour lui , cela n'est point -.car le contraire d'inef-
ficacité existera de mèmepource qui est efficace : or ceareavi,
se référant au pada et à la samhtlâ qui sont efficaces , est effi-
cace par cela même. Ce krama n'est pas autre chose que le
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 449
pada et la samhitâ : telle est la proposition énoncée d'abord,
Une partie [du raisonnement] détruit l'autre partie. »
XXXV. Sûtra 68. ÏÏ^TW^- • • — Commentaire :
yuoiicO fàôTrzra': -"^rerf; crf^wï rnfà Hàuiun^ifùi i ?tot muIjt-
All^lfui i d^-dfHIM-iJWIMdlîO SSïïW i. tVapavâda (excep-
tion) a pour objet de défendre [l'application dune règle]. —
On appelle pradeçaçâstrâni les castras par lesquels les choses
sont montrées , ainsi , par exemple , le» castras (ouvrages et par-
ties d'ouvrages , des Prâtiçâkhyas , entre autres) , relatifs à la
connexion [des lettres et des mots]. Dans ces c<fo<ras,onvoit,
clans l'un , la défense d'une règle donnée par l'autre »
XXXVI. Sltra 69. fqL|<4<Hlr1 — J'ai suivi aussi
exactement que je l'ai pu , dans ma traduction , les scolies
d'LJvata. Pour ratrercrïïï, il cite le commencement du çloka
précédent , puis il ajoute : yfHilojfg f| HTSTI-: fM^MlP^nU %ST
HoHff, ce qui est une répétition du raisonnement de tout à
l'heure — *T*nfë : signifie la conciliation des différends. Nous
avons dans les deux chapitres relatifs au krama des opinions
fort diverses , dans l'application de la méthode , il faut prendre
parti, concilier ces différences, et c'est un bon fruit que la
conciliation des préceptes sacrés. — Nous avons vu plus haut
le concret J^rcrfes , avec a privatif entre les deux termes ; ici
l'abstrait ^tufàfâ: est sans négation , el nie par conséquent
l'assertion précédente. — Au sujet d'îFrrçnrnT, le commen-
tateur fait remarquer que le krama a des choses qui lui sont
propres , par exemple le parigraha des mots dont le pada ne
fait que Yavagraha : ^ollcil|<^|iuii uf^uj. - mjujftmd^ =
H4WJM1WHIH. - STsÊfàrsr ÇTT^fiT, se. qôrï^f: . — Les derniers
mots sont expliqués ainsi : ^t ^f\Ù ?Z: fffiT; 1 l^HlfclJM :
x. 3o
4*0 NOVEMBRE 1837.
nrç t r*U,4 «IKflfilWII: . • et le kruma est vu ( mentionné )
dans la çrnti : les Angiras ont récité le Vé«la \w membres de
.leux mots ; les Hilakhilvas , par membres de trois. •
WWII UTrî. . . — Commentaire : «mçl —
&U<tifeyfl vVl4MI{U. dans ce JrwtJru . hit est le complé-
ment commun de «tfçm et de WTf : Uvata ajoute fc^ f^ flffc
3W7jJ*f: srawV Wy «n^HpiWFJiWBw , • car, le membre de
lèu nanti une fois Lit . un peut procéder aux combinaisons
ultérieures, en vue de la composition du odda.de flieiuisli
li- de la stance, de l'hymne. • — «nin «Hn^l^ mftlTPft
'j|{l4iirav4nTt wimni^wui^J i M^M^dj hI^^i *i i • de» méthode*
le lecture établies par le bienheureux l 'au râla, la méthode
du imiaiaestla ninl: un I n il «joule une explication qui
donne à uttam* son double sens de • dernier • et de ■ supé-
rieur t. Il est mitamm et par l'ordre et par la grandeur
WWII. SÔT*A7i.fïcT:... - M. Pcrtsch donne UWl
pour ?mr. — Le scoliasie rattache, comme l'on voit, SPTP^
au sutra précédent. Il serait peut-être plus luiurel de le rap-
porter au second hémistiche. — e^rnt « ftnfrtl- - rwfil: m
^fg>tw<gU> : (s. e. mfa)
Les scoliea des derniers sùtras sont terminées par de» e*>
kas, que je n'ai pas donnés dans mes notas , parce qu'ils sont
mutiles pour l'interprétation du texte, et ne me paraissent
rien contenir d'intéressant
NOUVELLES ET MELANGES. 451
NOUVELLES ET MÉLANGES,
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
PROCES-VERBAL DE LA SEANCE DU 10 OCTOBRE 1857.
D est donné lecture du procès-verbal de la séance der-
nière-, la rédaction en est adoptée.
M. le président lit une lettre de M. le Ministre de la
guerre, qui annonce l'envoi d'un exemplaire d'un rapport sur
l'Algérie adressé à l'Empereur.
M. Sully Leiris , procureur impérial à Chandernagor, écrit
pour demander des indications sur les meilleurs travaux pu-
bliés sur la législation musulmane et indienne. M. le prési-
dent et M. Lancereau se chargent de lui fournir ces rensei-
gnements.
M. Khalil el-Khouri écrit pour annoncer la publication pro-
chaine d'un journal arabe qu'il va commencer à Beyrouth,
et qui paraîtra une fois par semaine ; il envoie un prospec-
tus, dont il demande l'insertion dans le Journal asiatique.
M. Joachim Menant, juge à Lisieux, est nommé membre
de la Société.
M. Mohl demande l'autorisation du Conseil pour négocier,
avec la Société des missions de Londres , l'achat d'une fonte
de caractères chinois. Cette demande est renvoyée à la Com-
mission des fonds.
M. Defrémery donne des détails sur une nouvelle édition
critique du Gulistan de Sadi, qu'il a terminée; il commu-
nique quelques corrections qu'il propose dans le texte de
l'ouvrage, et lit quelques extraits de sa traduction.
Le bibliothécaire adjoint demande que le Conseil vote
3o.
45* .H. lOKHh-NoYEMBHE I8&7.
des remercimenls à M. Pauthier. pour avoir raclu
titué à la Société un ouvrage qui avait appartenu à la biblio-
thèque de la Société, et qui avait été vendu à la vente de*
livres de M. Marcel, à qui il avait été prêté Celte proposi-
tion est adoptée.
oijvjucm orrMTS k Là son.
Par la Compagnie dos Iodes. Ibrmkim Rosmn at lUojmmoor.
Photographie* (a* cahier. Londres, 1857). infol.
Par la Société. Bikliotkmtw stcssaslû «rfuun scUntiarumqur
amm Bmtmwtm Jtortt Cetaliji sjsannatirnf . curante P. Buts
km. Batavia, i853, in 8*.
Par la Société. Pntfaaiient 0/ Lnmml toemtin mmi nsrsetfV
cals 1a tkê lAmry of tkt Smttksomta* institution. Grand in
sans nom de lieu . ni date.
— Ttntk mmmml rsperr a/ tkc fiearW e/reoea/s oftka Smith
somian instttation. Washington, i8S6. in- 8*.
Par l'Institut néerlandais, rtarsva mm kit Komn-
Instituât roor taal land- m nié— en* a* 1 nm Noaariandsck-1 nmé
Amsterdam, 1867, I et II en 3 tomes in-8*.
Par la Société, Zntscknft aar Dmtsekm Jfnryw Inaéutw
Cimlhckaft. Il* vol. 1" et a' livraison, in-8*. Leiptig. 18&7.
Par M. Logan. Journal a/ lie Imita* Artkipelmao. Vol. I .
n* a. et vol. II. n* 1 (sans date). Singepore. in-8*.
Par la Société. Journal 0/ tkê asiatic Society a/ Binaal
1857, n" i et a, in-8*.
Par la Société. ProcmmUmas af tks Boyal Gaoarmpkical S
eiety of London Février à mai 18S7. 3 cahiers ia-8*.
Par les éditeurs. Tijdscknft aoor /sWisene laal- lamé- a* roi
kenkundê, de i85a à i855, aa livraisons int8*.
Par le Conseil. Boletim • années de Coasswe ultramartno
Lisboa, de i85à a 18S7. 3a livraison» in-é/.
Par l'Académie de Vienne. Stltaaasbancklt der Akndtmtt
icr Wistensckaften. i856 et 18S7, livr. 1 et a.
— Fontes rerum austr tac arum. Tomes X et Mil ifl
NOUVELLES ET MÉLANGES. 453
Par l'Académie de Vienne. Archiv fur Kunde ôsierreichi-
scherGecchichts-Quellen. 6 numéros, in-8°.
— Almanachder K. Ahademie der Wissenschaften. 1867,
in- 12.
Par la Société. Verhandelingen van het Bataviaasch Ge-
nootschap. Vol. ik et 25, in-4°.
Par l'auteur. Nouveau système de traduction des hiérogly-
phes égyptiens, au moyen de la langue chaldéenne, par M. Pa-
rant. In-fol.
Par l'auteur. AINouzhet al schehiyetfi'l rihat al-selimiyet,
par Selim Botros. Beyrouth, i856, in-8°.
Par l'auteur. Le Pêcheur et le Génie, conte des Mille et
une Nuits, texte arabe, par M. E. Combarel. Oran, 1867,
in-12.
Par l'auteur. Relation du voyage de M. le capitaine de Bon-
nemain à R'dâmes (1856-1857), par M. A. Cherbonneau.
Paris, 1857, in-8°. (Tiré du Journal de la Société de géogra-
phie. )
Par l'auteur. Zoroastre. Essai sur la philosophie religieuse
de la Perse, par M. Joachim Menant. Paris, 1867, in-8°.
Par l'auteur. Rig-Véda Sanhita. Vol. III, by H. H. Wilson
( traduction anglaise). London, 1867, in-8°.
Par l'auteur. Ueher die geographische Anordnung der Na-
men arischer Landschaften im ersten Fargard desVendidad, von
H. Riepert. In-8°.
Par l'auteur. Die Liederdes Hafis, von Herm. Brockhacs.
I" vol. livr. 3 et 4. Leipzig, i856, in-4° (en persan, avec le
commentaire turc de Soudi).
Par l'auteur. Les Psaumes disposés suivant le parallélisme ,
par M. l'abbé Bertrand. Versailles, 1867, in-8°.
Par l'auteur. Mantic uttaïr, ou le Langage des Oiseaux,
publié en persan par M. Garcin de Tassi. Paris, 1857, in-8°.
Par l'auteur. Petit livre de poche, par M. de Mas -Latrie
père. i854i in-2,4-
Par l'auteur. Rapport à l'Empereur sur la situation de l'Al-
gérie, par le maréchal Vaillant. Paris, 1867, in-8c.
t&4 OCTOBRE-NOVEMBRE 1837.
Par l'auteur. Dt Tongim et de ta fmmatim dm mJrnmOs
systèmes «Técriturm onmtuUs et ocWaateJss , par M. G. Pao-
TBiia. Août i&3ê, inà*.
Par l'auteur. Mémoinsmr Im Cslmdntnjmm^tm et muumi
mon , par Mahmoud, i ■ partie. Gdeadrier judaïque. Bru ici le»
i855.in-A*.
GaAMMAïaa nuaçAiss oa Lnoaoao, traduits en arabe, par M. So-
liman al-Harairi. Paria, ébat Bsnjsesin Dupret. 18S7. ia-8*.
L'ouvrage de M. Soliman al Harairi ae compose d'une pré-
face à l'adresse dea musulmans, da deut traductions dé la
Grammaire de Lbomood : l'une littérale, avec dea notée:
l'autre libre, et d'un court dialogue.
L'auteur a ajouté à ton ouvrage quelques pièces et eerti-
ûcata, notamment une lettre de son Esc )« Ministre de l'ins-
truction publique , qui , sur le rapport de M. Beinaud . a ac-
cordé «ne souscription à l'auteur . et une appréciation de
l'ouvrage par M. Baissée. inHrprêU Ireducteni dn minietére
de la guerre.
Dans sa prélace, l'auteur convie les mussdmans à l'étude
il leur rappelle leur science d'autrefois , et leur montre leur
ignorance d'aujourd'hui. Pour miens nova connaître . amener
la conciliation . il leur recommande d'apprendre notre langue
et nos sciences. Comme il sait qu'en s'adressent à dea
mans il faut leur parler piécea en main pour les
il Tait de nombreuses citations dea textes du Roran et dea
traditions de Mahomet , par leeqneJlee 3 prouve que la loi
musulmane fait un devoir de s'instruire et d'avoir de bons
rapports avec les peuples étrangers. Voici quelques ooea de
ces citations :
lro«Tar.
Apprenea loirt artirr de cru .|«t te fenèilet . s ywtea» rsègise qa'àV
•pserasaaaaati
NOUVELLES ET MÉLANGES. 455
Si quelqu'un cache une science utile aux autres , Dieu le bridera , au der-
nier jour, d'un mors de feu.
Dieu hait l'homme oisif.
Si quelqu'un se rend coupable de torts ou d'injustices envers un sujet qui
n'est- pas musulman, je l'accuserai au jour du jugement.
Toutes les créatures sont la famille de Dieu , et le plus aimable parmi
vous, c'est celui qui fait du bien à la famille de Dieu.
L'auteur, en pariant du musulman qui ne sait que le
Koran par cœur et qui en ignore l'esprit, lui applique ces
paroles de Mahomet :
Cet homme est semblable à l'âne qui porte des livres.
La traduction de la Grammaire de Lhomond, dont le
texte français est en regard , quoique littérale, est claire et
suffisante. L'auteur a atteint deux buts : faire connaître le
génie de la langue française, en se servant du style simple
et net du grammairien Lhomond , et initier aux règles. 11
suit pas à pas le grammairien français, avec une rigueur
presque mathématique. Nous ne reprocherons pas à l'auteur
cet amour de l'exactitude ; car ce qui peut faire avancer l'é-
tude d'une langue, ce sont bien les traductions littérales. Ce-
pendant, qu'il nous permette de lui faire une observation :
nous craignons que son habitude de serrer le texte de près
ne l'ait mené trop loin , en lui faisant traduire notre auxi-
liaire avoir par txÀc qui, en arabe, n'a d'autre sens que ce-
lui de chez, près de, et répond, en certains cas, au verbe
appartenir. Ainsi, j'ai un livre cjUcS^oOc; mais dans j'ai
aimé o-m^i, vous exposez les Arabes à traduire : (_$i>àc
t_}*x£- Les Arabes n'ont pas besoin d'un mot étranger pour
rendre le prétérit et la 1" personne, il leur suffit de la dési-
nence o • C'est là un véritable arabisme. L'auxiliaire avoir
n'a d'autre rôle en français , comme son nom l'indique , que
d'amer à conjuguer les verbes en indiquant les temps. Le
mot jj^ , employé comme équivalent de ce verbe auxiliaire ,
45o (TOBRE. NOVEMBRE 1857.
n'a pas de sens. M. Soliman al-Harairi fait connaître la «■ I
tic ce verbe dans une note (p. rr, rP ).
.«-ri* . m fraacja». aaat pat •■ v«vfca tMi staiw. c'rvt «a a a#/(ac}-
•rrbe de l«»|«») qai «M jJkt , rt criai ipi U Iradail |«r ^^JL» •** lr«a»|* ;
rar la» PVaacaw dàwat : .4»m acat aW aa «■<**»■* Km* «m trau aV «M
forwc cracadanl ««a» m faaaaika pas aV aaanaV». ai h» lira» rpa Mal a
mot. Ce vrrba «H ^jif'qa* viaat afvra teal npf»** aaiilisaw ; car ifeaa-
irrfil liaru i|aaV]aai lasapa cVa caajagaàaaa» dâa «refera H attirai • la» caa-
jajraar, coarjac la m tma daas las '
Pour éviter toule espèce de méprise, il aurait fallu, don»
cette note , dire que le verbe auxiliaire «voir ne pouvait pa»
traduit en arabe par un mot spécial, pat plus par o^c
que par un autre mot; que, lié à un participe paaaé dans là
conjugaison d'nn verbe, il indiquait un temps; mais que la
manière dont les Arabes rendaient le temps était sans ana-
logie en français. Le verbe «voir, considéré comme ayai
le sens iY appartenir, doit se conjuguer sur la 3* conjugaison
des verbes irréguliers en oir. J'admets qne le mot jj»* rend
mieux le verbe aroir ( dans le sens d'appartenir ) que <jUL»
• posséder*. Et ici, enlre les deux mots arabes, il y j
la même nuance qu'entre aroir et posséder.
Dans la Grammaire française i Tusage de» Arabes que nous
avons bute, le cheikh Fàrès et moi, et qui a précédé de pt%>
-ieurs années celle de M. Soliman . nous avons eu soin de
ne pas traduire le verbe auxiliaire «voir, et d'expliquer son
NOUVELLES ET MÉLANGES. 457
rôle comme auxiliaire et comme verbe ayant le sens d'appar-
tenir. J'avoue que nous avons eu tort de traduire le verbe
être, considéré comme auxiliaire; car ce que je dis du verbe
avoir doit s'appliquer au verbe être, qui ne doit être traduit
que comme verbe signifiant exister et se conjuguant sur la
4° conjugaison des verbes irréguliers en re. M. Soliman est
tombé dans la même erreur. On donne ainsi aux Arabes une
idée fausse de nos verbes auxiliaires. Je sais bien que les ex-
plications ne leur manquent pas; mais vous créez inutilement
un embarras aux étudiants, et vous les exposez à traduire : je
suis aimé par <_>yç£ 09-^= î •
Dans sa traduction libre de la Grammaire de Lhomond,
l'auteur a donné les règles françaises en suivant la structure
de la pbrase arabe. C'est une répétition de la traduction pré-
cédente, seulement il a négligé, avec raison, de donner une
seconde traduction des conjugaisons et de quelques exemples
Je ne dirai rien du dialogue, qui est très-court, et néces-
sairement insuffisant.
A une connaissance profonde des ressources de la langue
arabe, l'auteur a joint des études solides sur la nôtre; il se
montre grammairien habile, écrivain correct et élégant. Dans
ces conditions, il ne pouvait faire qu'un bon livre. Le style
littéraire qu'il a adopté, le seul qui pouvait convenir, fera
tomber les illusions de ceux qui pensent que les livres des-
tinés aux Arabes de l'Algérie doivent être écrits dans le lan-
gage usuel. Il en est de l'arabe comme de toute autre langue :
du moment qu'on met la main à la plume, il faut faire comme
Buffon, endosser l'habit des dimanches, ajuster les manchettes
brodées.
G. Dugat
m OCTOBRE. NOVEMBRE 1857.
ScTTI.àUMT A f ARTICLE SOS vÉTMT Of 14 UTTiutTVKt C*»/
Tout ce qui précède était écrit «I même tur le poiot d'être
mis tous presse , lorsqu'il m'a été donné communicstinn d'un
opéra et don vsude ville arabes qui viennent de Bevroutl/nti
tour otacoe doux pièces est no négociant maronite, mort récem-
ment 800 nom était Maroun. aheoruroeut comme celui
pu 10— ■§■ que l'iolér ameute population dos Maronites s'bo-
nore d'avoir en pour chef; la (amifts à laquelle il apparte-
nait était celle de* Naccaseh \ 11 était à la tête d'une maison
• "ini<ii ranir «le IW-vroul , et il lut le bMmaSf • '>«*/ <|Ui en
Orient, les livres de uampeabihei rirent tenus en parties
vécut dans une étiolai amené avec rlaerf . et. de
son vivant . représente en ïvvrie le monde nouveau , de même
que Naatf représente le vieux monde. AMLhouri Ta chante
après sa mort dans deux pièces de vers qui se trouvent dans
son recueil, et où il lui donne le titre ddirre <U rOriml*.
comme il a donné le titre d'Attn de rOooiaW à M. de Le
martine.
Outre l'arabe. Maroun possédait le français . l'italien et le
turk. et à se» œrmaisaances littéraires, a Joignit le goAt de
la musique et des arts. Les (hier en) pièces de sa composition
fureot jouées et chantées chea haj . en présence des personnes
le* plus éclairées du pays; et rien ne montre mieux la grande
place que la littérature occupe parmi les indigènes, que la
quelles produisirent. On cite surtout . pour Ten*
1 M. Reinaud ayant ajouté . dans ua tirage i part de m>o article
qui a pam dans le numéro de juin 18S7. p. 465 et soi*, la Douce
ci -jointe, noua Hnaéron» ici pour que les lecteurs du Journal asia-
tique possèdent l'ensemble do travail. — (La rédaction.)
NOUVELLES ET MÉLANGES. 459
ihousiasine qu'il excita, un vaudeville où le khalife Haroun
al-Raschid figure dans une des mêmes scènes que dans les
Mille et une Nuits. Aucune de ces pièces n'a jusqu'ici été im-
primée.
Les deux pièces que j'ai eues sous les yeux, et qui portent
le nom de Récit1, sont, 1° un opéra en cinq actes, intitulé:
L'Avare*. Au nombre des airs qui le distinguent est l'air un
moment si fameux de La Parisienne. i° Un vaudeville en trois
actes intitulé : L'Envieux*. C'est la dernière pièce pour la
date de la composition , et c'est celle qui a le plus frappé l'at-
tention des connaisseurs ; aussi trouve-t-on à la fin des mor-
ceaux de vers , dans lesquels les amis de l'auteur, notamment
Nasif , lui font compliment sur le mérite de son œuvre 4. Dans
ce vaudeville, d'une part, un des acteurs répète la scène de
M. Jourdain , et fait de la prose sans le savoir ; de l'autre , une
espèce d'instituteur entreprend un cours de métrique arabe,
et ne fait grâce d'aucun des mots techniques qui hérissent le
sujet, et qui , même chez les Arabes , ne sont familiers qu'aux
personnes tout à fait lettrées. Il n'est pas étonnant, d'après
cela , que là même où l'auteur ne s'exprime pas en vers , il
emploie la prose rimée et cadencée dont il a été parlé.
Une circonstance que présente le manuscrit du vaudeville ,
et que je n'avais pas encore remarquée dans les écrits des
Orientaux , c'est la présence des points d'admiration , d'in-
terrogation et des autres signes qui, chez nous, ajoutent tant
de clarté à la phrase. En arabe, dans le style ordinaire, la
phrase est coupée de manière que le sens se déduit de lui-
même; mais ici , où le dialogue est pressé et où il prend toute
sorte de formes, du moment qu'il ne s'agissait plus d'une
action à mettre sous les yeux des spectateurs, mais d'un ex-
' ¥&
* Le mot naccasch, en arabe, signifie t peintre». Les poètes dont
il s'agit n'ont pas manqué de jouer sur ce mot.
m OCTOBRE- NOTRyRRB lê&7
posé à lire dans le silence du cabinet, le secours de ce» pe-
ins située, atnssMn nous sommes trop habitués pour en
sentir tonte l'importance, devenait mdispanmbla
Il est à regretter que 1rs divers écrits de Maroun ne soient
point parvenus en France . ou que . du moins . les déni pièce*
dont il s'agit ici n'aient pas été connue» plus lot de moi. Ces
écrits, devenus l'objet d'un mm an moins rapide, s m ai sel
probablement été jugés dignes de raitention du monde lettré
On dit Qu'un frère de Maroun a composé une tragédie,
n'a pas été non plus imprimée.
N. B .— Page 486. ligne i« de numéro d« >juù
• u lice de ^*y . on haait ^yJ ! . leçon qui ne détruirait pas
1^ meln- |a aajaj vrsii
BU* vil ** sel *è . par ane faveer deei Icict «'•»« pas é* terme
Ihro a» fil borne»
\4*u*jt frVsaraaatta, asrsaiaeeaeso m de k Alatituue
Jcr WuKOKbtAro.bwUiM «oaOtlo;Bcrthlia*i end Rodespb
Rot». Vol II. feuille. 3, 40 s*u»i IVierOjourg. 18&7, uvé*.
'.nuiiim es* iraisceaa smucmm mit foustSMomam Và*A
oiemu, CmMSTomAfi* eae ffaaaraaatrce*. Bearbeilel ma
Kr. UblemsoA. Dcmièm* éémee. Berlin. 18S7.gr. m-8\ um
176, liiv et 63 page*.
La première édition de cet ouvrage a paru en iMj
puis ce temps il a été traduit en anglais, et auj
l'auteur en publie une nouvelle édition, revue, corrigée et
augmentée. C'est surtout la syntaxe qui a reçu dm additions
considérable* la cnreetomalnie a été complétée par une
partie poétique, et le* règles de la métrique ont été ajoutées
à la grammaire.
JOURNAL ASIATIQUE
DÉCEMBRE 1857-
ÉTUDES
SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE.
PRATIÇAKHYA DU RIG-VEDA.
CHAPITRE XII. (Lecture II, chap. vi.)
Quelles sont les lettres qui ne peuvent pas être finales et celles qui
ne peuvent pas être initiales. — Quelles lettres peuvent se com-
biner entre elles dans l'intérieur des mots. — Les quatre parties
du discours. — Enumération des prépositions.
Ce chapitre, qui est le plus court de tout le Prâtiçâkhya,
se divise en deux sections bien distinctes. La première, qui
se placerait bien, ce semble, après l'alphabet et la classifica-
tion des sons et des articulations, traite delà nature des lettres
et de leurs convenances et répugnances, non plus quant au
sandhi extérieur et à la liaison des mots entre eux, mais quant
à la formation même des mots et aux combinaisons intérieures.
La seconde section divise les parties du discours en quatre
espèces , auxquelles en effet toutes les autres , qu'on a ima-
ginées dans la suite, peuvent se ramener; et, après les avoir
divisées, elle donne, des trois premières, des définitions très-
concises, mais qui en marquent bien le caractère essentiel.
Ces définitions, pour lesquelles Çaunaka est parfaitement
d'accord avec l'auteur du Nirukta, sont tout ce que nous
avons dans le Prâtiçâkhya de philosophie grammaticale. C'est
fort peu de chose encore ; ce ne sont que de premières fon-
dations; mais elles sont si solides, si bien assises, qu'elles
x. 3i
462 DÉCEMBRE 1857.
porteront sans peine tout Tédifice : Q semble même, celle
base une fois posée, qu'il ait dû s'y
et, en quelque sorte, de lui-t
[inn
[\*:l
[i*Tfa: m II
Hlruirctin * nworfiT: nr^ ma nr^ir r m-
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ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 463
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[^^llé II
TRADUCTION.
1. Les ûshmas, les intermédiaires [y, r, £, v], le
rî, les aspirées, et l'ordre de ca, ne vont pas à la
fin [des mots], à l'exception [d'un seul ûshma,] le
visarga. — Le rî, le li, la seconde moitié des ûshmas,
ne vont pas au commencement, [des mots] , non plus
que les sept lettres qui précèdent le t[ dans l'alpha-
bet, à partir dejTi].
2. Parmi les sparças, les [trois] ordres du milieu
3i.
464 DÉCEMBRE 1857.
ne se combiu* al pas entre eux. — Le r ne [se
bine] pas avec /. — ni le r avec des sparças non
[nasals, à savoir] derniers [de leur ordre], placés
après lui. — De même, les sparças sonnants [, non
nasals, ne se combinent] jamais avec les ùshmas. —
3. La première et la dernière des im> i im-dùfcti
[y et v, ne se combinent pas] avec des ûskmas pla-
cés après elles; — ni le r avec le r; — ni une as-
pirée avec une aspirée. — Le premier, ûshma [à sa-
voir h] ne [se combine] pas avec des sparças, étant
placé après [eux]; — ni ce même ûshma, ni une
aspirée, comme antécédents, avec des sparças non
derniers [à savoir non nasals]; —
k. Ni les sparças sonnants, non nasals, avec des
sparças sourds; — ni les nasals avec des ûskmas
places après ; — ni le / avec / ou avec des sparças
postérieurs; — ni les ùshmas les uns avec les autres.
— Cela est relatif à l'intérieur des mots des stances
[du Rig-Vtda, non au sandki entre les mots]. —
5. Le nom. le verbe, la préposition et la parti-
cule : voilà les quatre espèces de mots, disent OM
qui connaissent les termes [ou parties du discours].
— Le nom [est] ce par quoi [l'on] désigne un ob-
jet; — le verbe, ce par quoi [l'on exprime] l'ac-
tion; il [se nomme aussi] dhâtah [thème ou ra-
rine]. —
6. Pra, abhi, â, para, nih, duh, ana, ri, upa, apa,
sam, pari, prati, ni, ati, adhi, su, ut, ara, api : voilà
les vingt prépositions qui expriment un sens avec
les deux autres [espèces de mots, les noms et les
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 465
verbes]. — Les [mots] autres [que ces trois es-
pèces] sont des particules. —
7. Des vingt prépositions, les neuf monosylla-
biques sont udâttas; — dix ont Yuclâtta sur la pre-
mière syllabe; — mais abhi a Yudâtta final. —
8. Le verbe dit l'action; la préposition fait la
distinction ; le nom exprime un objet ; la particule
est un remplissage du pâda. —
9. * Et parmi ces particules, qui, par leur inci-
dence dépendante du sens, sont insignifiantes, il y
en a d'autres qui ont un sens. Il n'y a point ici d'é-
numération disant : [voici] celles qui [s'emploient]
dans le style mesuré [c'est-à-dire dans les vers], et
[celles qui s'emploient] dans [le style] non mesuré
[c'est-à-dire dans la prose].
NOTES.
I. Sûtra i. 3SERJfttÇ4fO/. . . — Le composé initial a
dans mon manuscrit la forme suivante : 6fM\ri : çrâfeo^KTT-
ôTTTT:, mais ^ est évidemment de trop; •àW-Ûrt :«?UMÎWo est
pour 37PTfrT:ÇsrT+3£+ ^OTo. La leçon que j'ai adoptée est
d'ailleurs confirmée par les deux manuscrits de Berlin , et
par le manuscrit de Paris lui-même dans une citation que le
scoliaste fait de ce sûtra (/. a5, b). L'ordre que suit Uvata
dans sa glose la justifie également : SPUSTII i ïKT:Ç*n: 1 3Ç3»r{:
I tft&M 111141 I xlchl^cllî ^TrT OTf3lu(r|c|U|[: «ÏÏjjfcf =T Ih^lrt II
Le commentaire ajoute : crrf^pzn^r JTEffTT i HIH^f^dïïTîi
« Les autres lettres vont toutes sans exception [ à la fin des
mots]. Nous allons en donner des exemples », et il en donne
en effet onze pour les voyelles (le ri bref à la fin d'un padya
406 DÉCEMBRE 1857.
^ : pi: ) , et huit pour le» consonne» (la forte non aspirée et
la nasale des quatre ordres non exceptés). Le h a été excepté,
dès le commencement . dans l'alphabet même. Toutefois celle
mention préliminaire , qui exclut aussi le fi du nombre dee
lettres initiales, n'empêche pas qu'il ne soit expressément
compris dans le sùtra suivant.
Il résulte de là, d'une part, que . dans la doctrine d>
uçâkkya, les sifflantes et le r ne sont jamais finales essen-
tielles et primitives . et ne peqvent terminer les mots qu'ac-
cidentellement, en vertu du aeasfti; et. d'autre part, que
Vanasvâra final n'est qu'une abrériation d'écriture substHoée
I. SCnu a. *{=f,U~*UT . — Commentaire : <rpn$ .
Iffft HBïïWwBl^: • fTWTTTW <$ê <»9I(I<Q : HW i.Cesonteo
tout treûe lettre». Toute» le» autre», ajoute l'v»{a, peuvent
commencer les mot», et il en donne dee exemples , ouïe pour
les voyelles, et vingt-quatre pour les consoones. Il n'y en a point
du a' du premier ordre. — Non» avons déjà vu vsrç dan» le
•en» de JW, an chap. XI . a6 ; nous le retrouverons , avec la
même signification, chap. XIII. i6; XIV. ao; XV, i4:
XUII.ai.
II. Strsu 3. HI*^4l<^lH • • — Le» trois ordre» du mi»
lieu sont les palatale», le» cérébrales et le» dentale». Le com-
mentaire ajoute : HkriOJo'tfJ dgsjsjft «sHr . • mais il» se com-
binent avec ceux de leur ordre et avec le» antre» lettrée. »
Suivent des exemples de combinaisons diverse», non snter*
dite» par le sutra : «flPrV: ( Aie- V+U . I . xr. i a ) . «rçjmfoi
(V, lu, 6);gç (Vin. xxii. 18); jÇÇ* (Vffl. m,i5);»ljpJF:
(IX.cxu.a); 7*kr (X.cxyii, 5); «ufem^ (Vl.xvm.io);
^T (IX.xxxv, a); ritâfnf (I. clviii, 5); TOT: (X, lxxxv,
3oet3i); «rte (I.ti.8); arr (Mil xx.x.a); 3^nnf
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 467
(VI11, v, 37);cTrf^:(IV, xix, 2 ) ; =mâr (II,xxrx, 6);^-
ciïci (I, LXXXVII, 2).
Contre-exemple montrant que la règle ne s'applique qu'aux
trois ordres moyens : oUcKJHUlii yfcïrt (X, clxxxix, 3).
II. Sûtra 4- ?T fH| <=h I i UJI . . . — Mon manuscrit ajoute à
la glose du sûtra : McRrf ^sUrl , «mais il se combine avec
les précédentes». Cette addition se trouve également dans
le commentaire du sûtra suivant, où elle est beaucoup mieux
à sa place. Ici il faut ou ajouter q^5T « et avec les suivantes » ,
ou lire J*$l: — Exemples : Jy'-^fd ( Rig- Véda , I , xcn , 3 }) ; STW:
(IX, lvii, 3a); srfif: (I, xm, 5); srraf (V, lxxxiii, 3).
II. Sûtra 5. ^tS^t. . . — Commentaire : ÇTcÎTrJ y^fJTci.
Ici <rlf: signifie : « avec des sparças , placés devant lui ». Ce
serait un autre sens qu'au sûtra précédent, ce qui est une
raison de plus pour regarder plus haut la leçon comme fau-
tive. — Exemples de groupes où v suit une consonne sparça :
àj [Rig-Véda ,1 y xxxiv.q) ; ?ol<rlrft ; *M.£l<^î (X, lxxxv, 10);
Fort (I, v, 8); fsrvôiï (I.cxin, 1).
Contre-exemples montrant que le v peut précéder la na-
sale ou dernière consonne de l'ordre : <£fy£hloUi: (IV, xl, 1);
3?TOrâf(I, v, 5).
II. Sûtra 6. fTSTT- • • — Le commentaire supplée S^TT-
3^d « [les sparças sonnants] autres que le dernier, la nasale » ,
et la proposition négative : Ueht&H'fÏT: ^ ** ^sucf. Puis il
ajoute : tf&flyi*^ ÇTJ?^, « mais les [sparças] sourds se com-
binent [avec les ushmas). » Exemples : f&Hg: ( RigVéda, VI,
lxxii, 2); wlrtlrt (I, Lxxxvn, 2); çfrf^; W; W^ (V,lix, 1)
468 DÉCEMBRE 1857.
Contre-exemples montrent, r que lee mulet tout excep-
tées de la règle : 8*4 (X. cxxivn, 4);<rfij: (1. divin, 9):
faroj: (I, xxii, 16); W;
3* Que le sûtra ne s'applique qu'eux spmrpm : «Tîfa (1.
XXTT, l); W:(li.V. 7);WP^(I.XYII,6).
III Sônu 7. HltUI. • — Lee menuscriu de Berlin
ont, à ce qu'il persJt, * pour V. Pour expliquer le leçon du
manuscrit de Paris, il but faire rapporter tfff:*n à oepir
et le sous-entendre a vec#?m.— Commentaire: f^i^k»
Exemples : OTBllfe* ( flie-FseV VIII, xxxvu. 7); wnjl
(I. xiii, ta).
Contre-exemples aaceilreat que celle interdiction n'tst re-
lative qu'à v cl à * : wtfà (VII. lxxxi. t); «NEW: (III.
vin, 11); «rÇ: (1. xiii. S); wnfc^ (V, 1 xxxin. 3).
in. Stras 8. #T~^rjî:. . . — Commentaire •^tajàjWct
Exemple : mkm {RipVéJm, III, lit. 18). — Voy. chaj>. \ 1
sûtra 8, la règle qui interdit le krmmm de r.
111. Stras 9. Sf Hl^'U! —Les deux termes «rWl
et Jjwiui^ sont svnonvmes et désignent également les tpmr-
ço$ aspires. H (pour imj «* 'c suffixe B\ forment l'un et
l'autre des mots possessifs.— Commentaire : wànj dmjrfc.
Exemples : qW'iu^WeTf (/lie-VWa. X. cxxix, 3); ràfPX.
(I, xcui, 6).
L'interdiction ne a'éteod pes absolument au redouble-
ment d'une même aspirée : tôt. lé a* exemple du sûtra 3. et
«•IÇJiïî^d (VII, cm, 3).
111. Sctim 10. 5* n^sf*. ... — Commentaire : mf :
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 469
rîT^. Voyez la restriction contenue au sûtra suivant. Exemple:
«Jri^l =7: (Rig-Véda, X, xxxvn, 9).
Contre-exemple montrant qu'il ne s'agit que des sparças :
III. Sûtra 11. «IMtIH!- • • Je ns 5«! dans lft copie de
M. Pertsch. Le duel est préférable et confirmé d'ailleurs par
le commentaire (çraî ^n" =T y^sy^ ). Uvata ajoute: 3ITO7I
ydi^fi'. Exemples ; sT^f (Rig-Véda, X, lxv, 11); %%î (IV,
XVI, 3); ôH&i (VIII, LV, 10); «M^lrj^ (I, XCIII, 6); 5^{T (IX,
lxxxi, 1); m-Tjrrf^f (X, lxxxv, 36).
IV. Sûtra 12. •TFTrnTT!- • • — Commentaire : St^Wj
(ou mieux 3?PTT^') Û^sûrl- Exemples : qf^raft: (Rig-Véda,
V, n, 4); *W«|irl; snJ^crfrNfenrT (I,cxn, 24).Alamarge,
dans mon manuscrit, sont ajoutés les deux exemples sui-
vants, où la nasale précède : ^jWrfn- (I, xix, 7);'TOT: (I,
xxxv, 11).
IV. Sûtra i3. hItÏHI*. — Commentaire : gff^J
ÛUsÛr). Exemples déjà cités : ^ST; fo|6,lil : ; FT; tjfsFT:.
Contre-exemples montrant qu'il ne s'agit que des nasales :
^ (Rig-Véda, I, xxm, 20); fèrçqsft (I, vin, 8).
IV. Sûtra là. H^l^0- • • — Commentaire: ÇJofcg^J-
sOrt. Exemples: cnrT^r (Rig-Véda, l\l, lux, 17); £§d": (VIII,
xix, i5); w$ (I, xxxviii, 7; ^J^r (I, lvii, 4).
Contre-exemple montrant que la règle ne s'applique qu'à
î et aux sparças : fcsngft:.
470 DÉCEMBRE 1857.
iv. Stnui5. ;5cn*ïï: —
î?f^. • mais elles se combinent avec leore semblables » . à sa-
voir sh avec «a, » avec s, etc. Exemple» : «*: SUT: (Ri« Wde,
1 , xxiv, i a ; j'ai suivi l'orthographe de mon manuscrit ; usai*,
pour que l'exemple s'applique à la remarque du scoliaste,
il faut écrire : trqifej: , et c'est en «flirt de cette façon que
le mot est écrit au chapitre XIV. n); fàfwwffV ( VU. u.
a); fàwrft (I. ci*. 5); Wlfat (I. \\\». i\).
IV. Svtka . I JjdMÙfj . — Commentaire : offclfiei-
Exemples de aeasfti extérieur, contraires, i* an sûtra 3 :
ar^if {HyVédm. VII. xcix. 7);3vmo7nrt (VIII. fa
a* Au sùtra a ^M|j|tWwi . Uan* le posi* sty • WWî-
*:(l.c. 16);
3* Au sùlra il: *OTTJW ( \ . MM . i) ; &OJ Ç * ( 1
9); vsrq^rinnnf (III. xxxv.6; mon manuscrit . en vertu du
sùlra 16 du chapitre IV, inaère un k entre a' cl ç), & rfif
fùÂY-ûl <j>iW'Ufe!r (M. xxvi. 6). am^fT&mri (IX,lxxx,3).
ïff^ftto; ( I , u, 1 S : mon manuscrit insère un t entre e et
t. en vertu du sùtra 17 du chapitre IV).
V. SCtba 17. ?TT*T ... — Le acoliastc (ait précéder sa
glose de la remarque suivante ; i<lQ{iri nufo , • c'est une
citation • ; puis il répète les mots du texte . en remplaçant
simplement le dérivé curieux 'Jivj: par «vf^;. Le Nindtim
( 1 , 1 ) lait l'énumération dans (es mêmes termes : «J<4llQ
\
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 471
Y. Sûtra 18. rTSTPT •• — Uvata donne pour sujet a
^fÎT^VTf^- le nominatif êran-, «celui qui récite, qui dit», et il
explique ÇTrôf «être» par çCôsf, «objet».
Exemple de noms : 3TR- fe ôr^ir m^^ôrt: ( Rig-Vèda, V,
xlvi, 2).
VI. Sûtra 19. rTSTTP^rrrf • • • • — Le commentaire répète
les mots du texte , et explique iTTcï par fèfîïïT.
Exemple de verbes : ^rf ^qf f^" fuiuÏÏdMfêiui: {Rig-Vèda,
VII, civ, 1).
Le Nirukta (1. c.) emploie également dans sa définition
les termes 1TT5T: et W&. — ff=IHïlWk<*MHdlc<ï-dUi 1 aRuifd WTT-
ôiîïypTirnôqTrr ^i^yyT^Tf^r -nmfà 1.
VI. Sûtra 20. TT. . . — La glose de ce sûtra est incom-
plète dans mon manuscrit. Je n'y trouve que l'explication
du dernier mot; ^ttTÇTWTîih mK^4 Irnwrî « « [avec] quels deux?
— [Avec] le nom et le verbe».
Exemples : i° pra : u.ijjû'f îTTrTcî^T: (Riy-Vdda, VIII, xliii,
6); v'Zpf 3037 fy^rrir^rr (X, cxxxvi, 2);
2° abhi : afï^r W *f?C5T: (I, lxxx, i4); ïïfà "STIT ^ré !
(X, CXXXII, 2) ;
3° â : tiiûrjii irf^ fer^ ( VIII , xxxn , 1 A ) ; *t^Q^m ïïi xtf|
(I, xix, 1, etc.);
h" para : u^ldrî) ^Id^oi-cJE (IV, xvm, 3) ;q^T ^trrtf^ rPT-
moigî^rR (X, lxxxvii, i4);
5° nih (dans le manuscrit nir) : cd£\dim faGcjtd* (I, xx,
6) ; fd|4Udi mUcjïQiïmfa, dans le pada fà". 1 ilMlfà t (IV,
xvm, 2);
472 DÉCEMBRE 1857.
6* imh : J^'^f^àr: (Vni . XL1T. 3o); jffoj: «rffnfct:.
<f ana : BJ g WÎTOyFT^riWÙ': ( II , XXXI , 3 ) ; IfW V^VI
^rxrjon^ (I.cui, io);
8* W : foum WJIÇ. (I . clxxxvih. b) ; *m afrt (d*iulepa*a
f&i^ri)»#(X.xiT.9)ifi^f5ft (III. xxxiii, i);
9* ap* : infcmaiwyfT (I.CXXXVI, l); <«JMfî^*5iHjfç(I,
cxxxvi,6);
ÎO* apa : 1W UHIll^Wlft. dan» !• J>««« WJIRïft (X,
cLXXXix, a); ■**$ (dui* ta pada VTi^i) ****& (X.
clxiv, i);
il* mm.- g^nfvvoM (VIII, xvi. i); n^ni^s mÇà
(I.XYll, \).
i a* pan .- fettfôiuiUi ufpzi-T ( V, xiiv . 1 1 ) ; 9Rn n^if;
ofto* (IV, XV, I ) ;
|3* f.m/1 :affc»*«fc*<r:(\lll MU 1 7 ) ; flft ***. 00*1
W^VR (VII. lwviii. l);
ih* ni :rifcfitow*fo-ftm*- (V. LXXXlll, 6);*çW*ft-
«g£*rftf*w (V. LXXXlll. 8);
i5' ato; Wf?târof*5$nî (VUI.Lixxv. x);*fftwft*|^
QQt: (1, clxxxii. 3);
16* adki : xm (I^NJlfWr»J^(| (X , cxxiv. b) ; «M^fîi^.
dans le pada WtV i ^ i (I, txxi. io);
17* »« : g^jnfùr. Rrafc^ (III. liv, ia); wftaRTf^i
(dan» le pada g 1 «ft 1 ) fjf| (VIII mm 10) ;
18* ai : 3tfrt F3T ftRRÇ : ( X , XXXVII . 7 ) ; £* 3^ ^BT
wfa(VII,LX."a);
ÉTUDES SUR LA GRAMMAIRE VÉDIQUE. 473
190 ava : *Jd Wl^fè ol * I [n Hl U (II, xxm, 8); ïïoCnm (dans
le parfa ^ôT 1 SW 1) fsi" jtwïtt ^qw (I, xxiv, i5);
20° api : 1TZJ i I -c^'rd Ul dlî (M fô ri (I, CXLV, 4); "^ôTT ^SrRT-
irfif cffrr errer: (III, vm, 9).
LeIWra&ta(I,3) énumère les mêmes prépositions ou pré-
fixes dans un ordre différent, et en indique la signification.
VI. Sùtra 2 1 . 7PI7 • • • — Commentaire : ^ûf^ 1 -ll*Tlwr-
mOflfan ^ r?T pqiHI 3(<Ho<Ul:. J'ai suivi l'interprétation d'U-
vala, mais ^rf^, qui s'emploie proprement quand on parle
de deux choses , sert à distinguer surtout les nipâtas des upa-
sargas. — Exemple : ffÇJTra rTm ( Rig- Véda , II , 1, 16).
VIL SÛtra 22. fqajrî:. .^ — Commentaire : $ 1 ïTT 1
fr: fj! ifèri Hl f^l g- I 3rT l ^rt 3TOÏTT ^Tra^T 3WT 33TWT
^Rra-:. — Nous avons vu 3W dans le même sens, au cha-
pitre III, 19.
VII. Sûtra 23. 34144^1x11: — Le scoliaste les énu-
mère, comme ceux du sûtra précédent, sans donner d'exem-
ples : tjjï I 5^T I 3*7 l WJ l tjfj l qfrf I ^frT I ^fà' 1 Sôf I îgfqf I.
VII. Sûtra il\. ^TtCTrT: ... — Exemple : *fàr fâmfîji
^TôTrt =3Rff|rT: (Rig- Véda, IX, lxxv, 1).
VIII. Sûtra 2 5. Î5nHl^l^«h — Ce sûtra et le sui-
vant sont sans commentaire dans le manuscritde Paris. — Le
Nirakta (1 ,4) distingue trois espèces de nipâtas ou particules :
celles qui expriment comparaison, celles qui annexent et
coordonnent, et enfin celles qui font remplissage. Ces der-
nières, qui sont#r, ^, ^, 3, sont désignées, dans le texte
474 DÉCEMBRE 1857.
de M. Roih, parle root cj^rpm (p*l* par « bref), ortho-
graphe qu'a pu paraître confirmer l'opposition de aivuujuii.
(JYiruirto.I.g).
IX. SCtra a6. HMIHMi — M. Roth (ad Nirukt.
1,9) pense arec raison que ce distique (et l'on en peut dire
autant , je crois , du çloàm 8) a'eat vraisemblablement pas au-
thentique. Pour l'expliquer, le secourt d'Uvala ne serait point
inutile, car il offre plusieurs di&sculté». — Le substantif fc-
7Pf=f signifie habit u ail— ant. dans le style dea graanmei-
riens, •irrégularité, exception»; mais il ne parait pas, avec
cette acception technique, dans le teste du Pràbçâkkjm; voilà
pourquoi j'ai préféré donner an mot un sens analogue à celui
ou YAskrn emploie le verbe ftqrtft en parlant des particules.
J'ai considéré ■é<JUl<i comme un composé possessif • ayant
dépendance du sens (de la proposition) s. — ^n jfh. pour
* ^i"h jfh . J'ai construit de la façon suivante l'ensemble de
la dernière proposition : «ce compte, disant: [ce sont] ceflee
ci, n'est point ici [dans le Prétiçékkym], [céim^i] qui [s'em-
ploient comme pàimpérmMU } dans la iiosntiositiun a syllabe»
mesurées (c'est-à-dire dans le» vers], et [comme rdkympâ-
rantu] dans [la composition] à syllabe» non mesurée» [c'est-»
dire dans la prose]. • En d'autre» terme» : il n'y • point ici
(comme dans le \mita. 1,4) mat énsmération qui déter-
mine quelles sont celles de ce» pi th. «a» qui s'esnpsôsent, etc.
Cest une allusion . qui semble évidente, au passage suivant
du Ninkta (1. 9. fin) :«OfrçJti$ : fmrrej^ n=%^ arnjn-
jrjtm wjiiç&i u^un f?t nprrà^pfar: Cette allusion
serait historiquement intéressante, ai l'on pouvait considé-
rer comme authentique ce dernier çloka du chapitre XII
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 475
MÉMOIRES
SUR LES CONTRÉES OCCIDENTALES,
TRADUITS DU SANSCRIT EN CHINOIS , EN L'AN 6&8 .
PAR HIOUEN-THSANG,
ET DU CHINOIS EN FRANÇAIS,
PAR M. STANISLAS JULIEN.
TOME PREMIER,
CONTENANT LES LIVRES I À VIII, ET UNE CARTE DE L'ASIE CENTRALE.
I.
Position du bouddhisme dans le monde antique.
Cet ouvrage de Hiouen-thsang est pour nous d'une très-
grande signification historique. Il nous instruit, et bien sou-
vent il nous instruit à fond de l'état religieux et de l'état
moral, et, par suite, de l'état politique et de l'état social de
l'Inde du temps où le bouddhisme y dominait , quoiqu'il y
fût déjà vivement combattu et qu'il tirât à son déclin. Grande
et curieuse époque, qui tombe entre l'établissement du chris-
tianisme dans l'empire romain et les premiers développe-
ments de l'islam dans un monde arabe naissant.
Hiouen-thsang est un témoin important de la situation de
l'Inde, telle qu'elle se dessina immédiatement après l'établis-
sement des races du Touran dans son territoire. Il s'agit des
Indo-Scythes et de leur domination dans le Kaboulestan , le
Gândhâra , le Kashmir et toutes les contrées traversées par
l'Indus depuis Attok, jusqu'à son embouchure. Telle fut
476 DÉCEMBRE 1857.
l'Inde nouvelle . qui naquit au pied de la vieille Inde de» suc-
eeaseurs d'Alexandre, qui surgit dans le PanUchab, et qui
s'étendit jusque dans le voisinage du Gusurate.
L'Inde scy thique , plus favorable encore an bouddhisme
que l'Inde grecque annexée à l'empire des rois de la Bac-
triane, l'Inde scy thique est comme une relique du Bouddba,
même pour le cœur du pieux Iliouen-thsang. Il la ebérit
dans le souvenir de son rot Kanischka ; mais elle avait suc-
combe sons les coups triomphants que lui avait portes la caste
des Kchalriyas: celait donc un passe, ce n'était pins un pré-
sent. N importe, l'esprit d'Ashoka. du grand rot bouddhiste
de la primitiveln de des kchalriyas , cet esprit souillait encore
dans les régions occidentales de l'Inde lorsque Hiiineu lliacisg,
y pénétre. Il n'en était pins de même dans l'Inde centrale
ou dans le lladbya-deahe ; 3 n'en était surtout pas ainsi dan»
l'Inde orientale, vrai berceau de la doctrine du Bouddha.
Non •seulement le bouddhisme y était déjà puissamment
ébranlé par la rigueur d'un brahmanisme en pleine recru-
descence, mais le pays était couvert de reines : il y svait
des cités bouddhistes écfOadées ; il y avait des empires boud-
dhistes déchirés par des Avisions intestines. On voit les pas
attristés d'Hioueo thsang, on le» in tend qui errent dan» le»
lieux si pleins encore de le tradition qu'il cherche A ré-
chauffer.
L'histoire de l'Inde bouddhiste renferme ainsi deux élé-
ments que nous pouvons apprécier dans les récits du voyagem
chinois : l'élément indigène et l'élément étranger. Le premier
est encore puissant . mais il est pniasamment combattu et plu»
puissamment controversé; l'antre est anéanti; il avait été
l'appoint de la cause du Bouddha, appoint que lui offraient
les conquérants étrangers, les rois scythes . successeurs gros-
siers des rois grecs , distingués par La culture de leur esprit;
mais les Scythes avaient été capables d'une plus grande piété
que le» Grecs, à cause de la simplicité de leurs instinct» mo-
raux et intellectuels. Il est probable que la haine de l'étran-
ger, de cet étranger qui s'était si vivement
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 477
maintien de la cause du bouddhisme, qui avait si vivement
combattu la cause d'un brahmanisme recrudescent; il est
probable, dis-je, que cette haine fut pour beaucoup dans les
désastres auxquels le bouddhisme tomba en proie dans l'Inde
lotit entière durant le cours du vme siècle.
L'histoire de l'Inde bouddhiste a pour nous, du reste, un
intérêt encore plus puissant que son intérêt local et national ;
elle tombe entre l'anéantissement de l'empire grec de la Bac-
triane et l'invasion d'Attila, à laquelle succombe l'empire
romain ; elle se rattache ainsi à un chaînon intermédiaire de
l'histoire du monde. Converties au bouddhisme , les hordes
scythiques ou touraniennes calmèrent leur fureur guerrière
dans l'Inde, dans la Sérique, dans la Bactriane, où elles
fondèrent des empires. Il n'en fut pas ainsi dans les régions
où elles conservèrent la foi de leurs pères, la foi à ce dieu
de l'épée dont Attila fut un symbole vivant. Nous voyons les
Mongols se pacifier également au moyen âge, dans le Tibel
et dans la Chine, dès qu'ils ont reçu la loi du Bouddha. Ceux
qui ont passé à l'islam , les prédécesseurs et les successeurs
deTamerlan, font tout périr par l'épée, en Europe comme
en Asie.
Voici donc le très -grand intérêt que nous offre l'action
du bouddhisme sur les races du Touran; or Hiouen-thsang
nous introduit au plus vif de cet intérêt. En outre , et si nous
savons l'étudier avec fruit , il peut encore aider à nous faire
comprendre la cause de sa grande faiblesse politique et so-
ciale, la cause de son impuissance en face de l'énergique
opposition qu'il rencontra de la part du brahmanisme. En
effet, si le bouddhisme adoucit les mœurs des hordes féroces,
des tribus houniques, turques, mongoles; s'il les rend hu-
maines sans leur ôter toute leur virilité, il agit en sens con-
traire sur les Aryas de l'Inde , de l'Afghanistan , de la Bac-
triane , de la Sérique. Prêchant une constante inaction poli-
tique et sociale, il hébêle à la longue les peuples et les
gouvernements.
.Né d'une réaction contre un brahmanisme oppresseur
x. 3s
47* DÉCEMBRE 1857.
contre un brahmanisme qui prétendait absorber tonte la
puissance politique des princes et des peuples, il prospéra
d'abord et Gt de grands progrès, s cause de cette réaction
même. Mais il ne put tenir kmgteeaos contre le brlhma
mi nie recrudescent, qui >ut animer contre lui la caste des
Shoùdras, lorsqu'il parvint à l'attirer dans ses intérêts. Il ne
l ui résister davantage, dans les régions orientales de la
Perse et de Is Beclriane. ans pradicariooi d'un aoroastrisme
qui célébrait sa renaissance sous le sceptre des Sassanides.
Le bouddhisme manque sasenriellement de vigueur, car. • il
corrige la (croate des barbares, l'histoire le prouve . l'histoire
prouve aussi qu'il extirpe la force politique cbei d'autres races
d'hommes beaucoup plus civilisés. Telle est probablamenl
une des raisons pour Iniquillni la race ruinons loi a éner-
giquement résisté par les principes de go marnent tnt et lea
intitulions de CoeJncrâs.
Il
Dm liwilinaaaw m fce» es tlaét wcUin en lemf» <tr Htoorn tlwaag.
Iliouen Ihsang nous renseigne aboodammen i snr l'état des
dans l'Afghanistan et les diverses portions de l'Inde
Il parle des enthousiastes do Rondra dans ses
terribles, et des partisans de Shiva dans ses
placides; il cite encore les adorstenri nos Nages ou
serpents. Ce qui frappe . c'est son silence absolu sur la secte
des Vaischnivas , résultat négatif, il est vrai , mais un des plu»
importants qui jaillissent de son récit : voua pourquoi il im-
porte de s'y orienter.
retendons- nous d'abord sur le fend des choses.
Vischnou. c'est-s-dire (s Pémknmt. c'est-à-dire le Somfi*
vivant , l'Espnt rntficatear, Vischnou est on dieu de l'ère vé-
dique; il parait comme l'associé intime du dieu Indra dan*
plusieurs hymnes du Véda. Si Indra dérobe le Soms sox
dieux de l'antiquité, s'il combat Tvaschtar ou le Gandharva .
Vischnou fait exactement la même chose. U est le dieu qui
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 479
monte en trois pas de la terre au ciel , ou qui descend en
trois pas du ciel sur la terre. Il en descend comme porteur
du Soma , qu'il a dérobé aux anciens dieux ; il y remonte dans
la personne de son pontife, l'inspiré du Soma, qui le trans-
porte aux cieux dont Vischnou s'est rendu le maître. Ce dieu
ne fait que poindre, du reste, dans le Véda; il y joue un
rôle moins important qu'Indra, quoique celui-ci soit aussi
un dieu nouveau ; car il substitue son empire à l'empire de
l'Asoura, qui est l'esprit de vie des temps primitifs. Indra
détrône, pour ainsi dire, Varouna, qui est l'Ouranos des
Grecs, mais dans un sens beaucoup plus vivant : c'est ce
même Asoura qui est aussi l'Ahoura ou l'Ormazd des Bac-
t rien s.
Il y a plus : avant que le règne de ce Varouna ou de cet
Asoura fût établi, il y eut un dieu plus vieux encore, un
dieu qui le précéda dans l'ordre des temps. Il y eut un
Asoura primitif, le Gandharva par excellence, le Savitar du
Véda, le Tvaschtar, qui est le dieu des Gandharvas et très-
probablement celui des Gândhàrâh. La puissance d'Indra se
développe ainsi au détriment de deux autres dieux, dont
l'un, Tvaschtar, a plus d'un trait de ressemblance avec Kro-
nos ; dont l'autre , Varouna , est identique de nom et d'idée
à Ouranos. Vischnou, qui sera si grand dans l'épopée;
Vischnou, qui y grandira à côté d'Indra; Vischnou, qui fi-
nira par effacer Indra même; Vischnou n'est qu'un autre
Indra dans l'ère védique; il est l'Indra sacerdotal, ITndra
mystique. En revanche, on peut affirmer d'Indra qu'il est,
sous un certain point de vue, le Vischnou héroïque.
Disons un mot de ce Roudra qui paraît sous tant de formes
dans le récit de Hiouen-thsang : il se manifeste, en principe
et dans le Véda , au sein de la tempête ; il est le chasseur sau-
vage, l'Orion typique, celui qui parcourt les airs à la tête de
la troupe des morts. Mais ces morts sont les mortels, les
Maroutah, dont les âmes se mêlent au vent après avoir
quitté leurs dépouilles terrestres. Fils de Roudra , postérieu-
rement instruits par Tvaschtar et les Gandharvas, ils de-
3a.
480 DÉCEMBRE 1857.
viennent immortels en recevant d'eu* le* Sacra d'Agni et
la boisson du Soma; ib cessent d'errer dans l'atmosphère
nocturne; ils brûlent leur péché dans les flammes du sacri
lice.
Mats voici ce qui arrive plut tard : accapares par Indra .
ils finissent par devenir ses compagnons, le* anooiéi de
toutes ses entreprises ; car c'est Indra qui achève son œuvre .
qui hérite des dieux de l'antiquité, qui les dépouille da Iode
chose; il Ole à Roudra lea Marootah. tas fils; àTvaschtar. las
llihhavah . qui sont et ses fils et set disciples. Tel est cet In
dra , qui ne fut plus un dieu vivant . mais qui fut une grande
tradition épique du temps de Hinttenlhsang. Si celui-ci ta
uit donc sur les incarnations da Vtschnou , sur celle en Ri
matchandra ilans le royaume d'Ayodhya , sur celle an Rris-
chna dans celui da Malboura. qu'en conclure? Ayant sé-
journé dans lea deux paya, il n'aurait pu garder la silence
Ht lea Vaitchnavt» , si le principe des incarnations da Visch-
nou eût vécu de ton temps.
Une chose est encore à remarquer : Indra n'a jamais été
la dieu d'aucune secte. 11 n'en fut pat ainsi da Roudra ni de
Vitchnou. quoiqu'ils soient également tes dieux d'une époque
védique. Désarment aa colère (ton saanyoa). Honnie revêt,
comme dieu d'une secte, dans formes opposées : il est KJia
ton» l'aspect do temps destructeur . il est Shtva tout la forme
du temps réparateur . Yischnou est, avant tout . un dieu mys-
tique; il est le principe d'une incarnation et celui d'une déi-
fication; il est le dieu de I apothéose. C'est an cette quaheé
Mirlout qu'on pouvait l'opposer an Bouddha, qui sortait de
la via pour s'éclipser dans le était, par opposition avec Yêtrr
'ibsoln, uans lequel tes Brahmanes prétendaient s'absorber
comme dans leur principe suprême.
A tout prendre . Indra est un dieu d'action qui n'a rien
de philosophique en soi ; mais Roudra te rapporte aux tour-
ments du cœur humain , en même temps qu'il renferme un
principe d'abstraction ou d'ascète. Se mariant a l'âme hu-
maine de la manière la plus intime. Vitchnou en devient
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 481
l'époux mystique ; il la tient suspendue aux lèvres de son
amitié, aux voluptés de son amour.
A part cette raison de leur aptitude spéciale à devenir des
dieux de sectes , il y a autre chose encore dans la cause de
leurs succès. Leurs croyances se sont très-anciennement con-
formées à de très-vieux éléments du culte des Shoûdras,
dépouillés de leurs grands dieux par le peuple conquérant.
Quoiqu'ils soient devenus une caste dans l'organisation so-
ciale de l'état politique des Aryas, quoiqu'ils aient fini par
parler un idiome de la langue de leurs vainqueurs , il n'en est
pas moins vrai que les Shoûdras constituent un peuple à
part. Ils sont identiques aux Gédrosiens de l'antiquité per-
sane, à ceux que les Grecs désignent sous le nom de Cé-
pkènes, ou sous le nom également ancien à' Ethiopiens orien-
taux. Ne participant pas aux Sacra des Aryas , ne possédant
pas le culte de leurs mânes, ne remontant pas au ciel des
Pitrïs, ne célébrant pas les Shrâddhus, ils ont dû se rattacher
à des divinités de l'ère védique qui se trouvaient être les
plus étrangères à toutes les formes du culte domestique , à
toutes les formes du culte public et politique de leurs vain-
queurs. Accorder aux Shoûdras l'adoration des Pitrîs et la
participation aux Sacra d'Agni et de Soma, c'eût été leur
reconnaître une parité de droits, par suite d'une parité d'o-
bligations avec leurs maîtres; or cela ne se pouvait pas.
Tel était donc l'étal des sectes du temps de Hiouen-thsang,
après l'épanouissement de la fleur d'un bouddhisme qui com-
mençait à se faner. Plus de traces de la vieille religion vé-
dique des Brahmanes, plus de traces de la vieille religion
épique des Rchatriyas; le nom de Brahma et le nom d'In-
dra, voilà tout. Les croyances populaires avaient pris le des-
sus sur les croyances héroïques et sur les croyances sacrées.
Le principe des incarnations de Vischnou avait pu poindre
dès celle époque , mais il n'étail pas encore venu à terme ;
car, quand il vint à terme, ce fut l'ère de la ruine du boud-
dhisme.
Ce qui a donné naissance au système des Avatârâh n'est
4SI DÉCEMBRE 1857.
pas dilticile à deviner; la polémique contre le» Bauddbes au
fait foi ; elle éclate dans le Ramiyanam de Valmtki lui même :
on la lit surtout, et surabondamment, dans les Pouranas.
ti l'on célèbre le triomphe de» Shaiva» et des Vaischnavas
Mir le Tripoura. Le Tripoara est la cité que les Banddhes
ont pervertie , cité idéale , figure du inonde conçue sous le
point de vue de l'allégorie; triple cité, séjour de l'imposteur
qui a envahi le ciel, la terre, l'atmosphère, qui a pénétré
jusqu'aux enfer». Mais Shiva et Visrhnou te sont entendus,
ut renversé tout l'édifice de cette imposture du hsut de
son piédestal.
Que l'on me comprenne bien ; car il importe d'éviter, à os
sujet, une méprise.
En «fat, il ne s'agit ici, en aucune Ucoo . du Jomd même
de la poésie épique des Initiant II ne s'agit pas du Parssbott
Rama , personnage mythique qui remonte i le plus hante
antiquité, il ne s'agit pas dn Hanta Tchandra, à moitié my-
thique et à moitié historique. Le Rame Tchandra historique
lut un roi d'Ayodhye, et pmheblssnsnt un conquérant,
quoique m conquête n'ait pas laissé de traces dans le midi
de rinde. Weber nous a parfaitement révélé l'autre person-
nage de et nom, le perionnags mythique, celui qui n'est
qu'une forme du Rama au soc de charrue, l'équivalent de
l'Aloide des Grecs. Cest le Halabhrit . le HaJ-ayoadha , c'est .
au fond . un Shiva qui est devenu agriculteur après avoir
été pasteur. Il ne s'agit pas davantage de Kriscltna, qui est
le prototype des Yidavalt , du peuple souverain des cités de
Msthoura et de Dvaraka. Ces dieux, ces demi dieux . ces hé-
ros sont tout s lait hors de question. Il s'agit purement et
amplement du costume vsJschnéva, de la forme sectaire dont
on a revêtu ces personnage» d'une haute antiquité mythique
«•t héroïque
MÉMOIRE SUR HIOU EN-THSANG, ETC. 483
m.
De l'iniportance des voyageurs chinois , pour la connaissance des rapports
entre les peuples de l'Orient et de l'Occident par la route des caravane*
dans l'Asie centrale.
Nous venons de voir la haute importance des récits de
Hiouen-thsang, et M. Stanislas Julien a rendu un grand
service à la science en nous le faisant connaître; mais il ne
veut pas que nous lui soyons seulement redevables de Hiouen-
thsang. Il promet de le compléter par le récit d'autres voya
geurs chinois, qui appartiennent tous également à la foi de
Bouddha, qui se sont tous mis en route en s'inspirant des
mêmes intérêts , les uns aux premiers jours de l'introduction
du bouddhisme au sein de la Chine , les autres postérieure-
ment au temps de Hiouen-thsang. Grâce à M. Stanislas Julien,
nous posséderons donc , tôt ou tard , un véritable Corpus de
pèlerins bouddhistes , qui nous éclaireront dans les ténèbres ,
en marchant devant nous dans des régions jusqu'ici inexplo
rées par la science européenne.
Il ne s'agit ici, en aucune façon, d'exagérer le talent de
Hiouen-thsang. 11 est vrai , cet écrivain ne porte un véritable
intérêt qu'aux objets qui concernent sa foi; mais il a aussi
des yeux pour autre- chose. Non-seulement il rend très-bien
compte de tout ce qui est hostile à sa croyance, mais il jette
aussi un regard lumineux sur les objets de la vie matérielle,
de la vie sociale et même de la vie politique quand l'occasion
se présente de les faire valoir. Ce n'est pas tout à fait un Hé-
rodote, mais c'est plus qu'un Pausanias, et c'est même plus
qu'un Pline. Cependant, tout le monde sait de quels secours
nous sont Pline et Pausanias, quand il s'agit d'investigations
et de recherches. Sachons donc jouir de Hiouen-thsang mal-
gré ses imperfections, et prions seulement M. Stanislas Ju-
lien d'une chose, au nom de cette érudition historique qui
ne s'en tient pas aux mots, mais qui cherche des idées et
des fails dans les mots mêmes. Qu'il complète son œuvre
)>. DÉCEMBHK 1857
par un second ouvrage qui se rattache au premier par aa
nature et par son importance. Nom avons un antécédent
dans la monographie sur la ville de K bot en par M. Rému-
sat ; quels traits de lumière ne jailliraient pas d'un certain
nombre de monographies sur les autres cités de la Serique.
telles que Kaschgbar . que Yarkand , qu'Aksou , que Kou-
tché. que Hami, etc. Ce serait comme la vue d'un nouveau
monde. 11 n'y a que les Chinois dans le monda antique pour
rivaliser avec les Grecs sons m point de vue. A part les
Arabes des temps postérieur* .1 ■ \ a que les Chinois pour
nous instruire, en Orient, de ce qui peut intéresser 11ns-
toiirgeneraie.de ce qui a trait à la civilisation du globe, de
ce qui importe à la rnnesàmnrn dm rapports de cominerm
et d'industrie qui lient les cités de l'Asie entre elles, et cela
dés un temps très reculé sur lequel, il est vrai, nom n'avons
pas de date. Les Perses ont été partout par les armes; les
Banyans de l'Inde, ceux de le religion brahmanique aussi
bien que ceux de la religion bouddhique . ont foulé, de toute
antiquité . les routes de cummeree de la haute Asie, de l'Asie
centrale, de l'Asie méridionale; ils nom devaient le récit de
leurs aventures, mais Us n'ont pas su , ou ils n'ont pas voulu
les Grecs, les Chinois et les Arabes.
i\
D« vovsg* «sa !lnaca*dbeaf ea lai- Misas
J'ai dit que Iliouen thsang i
des objets de sa foi. Cela le rapproche déjà de cm voyageurs
juifs du moyen âge, qui parcourent l'Orient et l'Occident
dans le but de retrou ?er les membres dispersés dm femmes
de leurs coreligionnaires, pour gémir de leurs douleurs et
se réjouir de leurs félicités II en est de même de ceux d'entre.
les voyageurs arabes de la même époque qui poursuivent un
but de sainteté. Il en est ainsi encore du plus grand nombre
«les missionnaires de l'Église catholique, «dans les relations de
leurs voyages parmi les peuplades sauvages et dans les pays
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 485
païens , et dans ces coins de la terre où l'islam leur permet
un accès sans tolérer la propagation de leur foi. Ce point de
départ, ce but de Hiouen-thsang une fois constaté, tel qu'il
porte avec lui son instruction spéciale, et sans nier les limites
que ce but porte à son investigation, nous ne pouvons pas
nous refuser au plaisir de la reconnaissance, en applaudissant
aux lumières qu'il fait jaillir sur une foule de points , acces-
soirement il est vrai , mais toujours avec une certaine abon-
dance.
Ainsi Hiouen-thsang n'est pas un esprit politique, et il
n'oflre aucune curiosité dans le genre de la curiosité d'Hé-
rodote. Il ne présente rien non plus qui ressemble aux re-
cherches d'un marchand instruit. Il est moine, d'une portée
d'esprit exclusivement ascétique. Cela ne l'empêche , en au-
cune façon , d'aider à la connaissance des choses du inonde
réel, en dehors des choses du monde imaginaire. C'est ce
monde qui est, en effet, le grand intérêt du bouddhisme lé-
gendaire, car il surpasse, en ce genre, tout ce que l'on pour-
rait lui comparer chez les autres peuples.
Il y a d'abord Y itinéraire de Hiouen-thsang, qui offre à lui
seul la plus haute instruction. Il suit la route des caravanes
formées dans l'Afghanistan et le Tokharestan , qui traversent
la Sérique et qui aboutissent à la Chine. Il franchit la chaîne
du Behur, comme les Aryas l'appellent; car Belour signifie
Vidoûra dans leur langue, c'est-à-dire la région éloignée des
montagnes aux extrémités du monde des Aryas. C'est la
même chaîne qui porte le nom de Belout, ou des monts
Noirs , dans l'idiome des Turcs. C'est la chaîne de l'Imaùs qui
sépare les deux Scythies; la Scythie des Sères, ou la Sérica à
l'Orient; la Scythie des Tochares, ou le Tokharestan, y com-
pris le Ferghana , à l'Occident. Les Aryas, les Tibétains, les
hordes turques et tartares y placent également leur paradis.
Mère de l'Oxus et du Iaxartes , mère des rivières de Rasch-
ghar et de Yarkand, mère encore de la rivière de Khounar
ou du Tchitral , qui s'unit au fleuve de Kaboul pour former
la branche occidentale de l'Indus, cette chaîne, que couvrent
HI < KMBKL 1857.
tant de voiles , el que soulèvent Uni de regards, a été traver-
sée psr Hiouen-thsang et les pèlerins chinois à ses dem eatra
mités ; car ib ont suivi le roule des rivières de Kaschghar el
du laxartes , ainsi que la roule de l'Otos et de ses
dans le voisinage des sources de la rivière de Khounar.
Tel est doue ce nœud des montagnes qu'il bat
s ses dent extrémités, pour pénétrer dans la Chine par la
route de l*Outlarakoorou des Indiens, c'esl-a-dire de la Se-
rique; pour pénétrer dans la Bactriane et dans la T ranimant
par la roule de l'Oultaramadra des Indiens, c'est-à-dire du
Ferghana et du Toabareatan. C'est une des grandes voies du
monde. Elle a été très certainement frayée dès les jours de
In plus haute antiquité, par suite des mêmes nécessités de
la vie commerciale qui ont ouvert la route des liénrts de
diverses portions de l'Inde et d'nne très grande partit de la
Perse, qui ont frayé les steppes de la mer Caspienne et les
steppes du voisinage de la Crimée, qui ont sillonné des et
furts de l'activité humaine et les déserta de la Syrie et les
l 'ides de l'Arabie, qui ont bravé les abords de Méroé et
de l'Egypte, de la Libye et des régions du Soudan on de
la Nigrilie, La plupart de ces voies de communication entre
les hommes appartiennent, sans contredit, à un lias viens
monde. Ce monde rot le monde d'nne humanité chamitique.
qui précéda le monde des Sémites et celui des Àryas. H nous
rend compte des plus vieilles dvilisaiions de l'espèce hn
maine, de celle de la Chine, de la primitive Bahylonie et de
Is primitive Egypte. A part les notions tièt insuffisantes.
quoique toujours curieuses , que les géographes de l'antiquité
<>nt eues des contrées qui nous occupent ici. ce ne sont qne
les voyageurs chin I percent décidément les voiles.
Quant à Hiouen-thsang. tout moine qu'il est. il n'en parti
cipc pas moins au génie mercantile de la race chinoise: c'est
ce qui se trahit par I attention qu'il porte sur plusieurs articles
«ie commerce dont le débit s dû èlre dm plus grands dans ss
patrie. Il note constamment plusieurs espèces de plantes et
de bois odoriférants de l'Afghanistan et de quelques régions
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 487
voisines. Il porte une grande attention aux produits du monde
minéral et du monde végétal, et toujours c'est visiblement
dans leurs rapports avec le trafic des marchandises. A part
les reliques , ce sont là les objets qui le frappent le plus en
route.
L'intérêt du voyage de Hiouen-thsang ne se borne pas au
parcours de la Sérique, du Tokharestan , de diverses por-
tions du Ferghana , de la Transoxane , de la Bactriane , du Ba-
dakchan, de l'Afghanistan jusqu'aux confins du Baloulchis-
tan. Ces itinéraires sont déjà de la plus haute importance pour
l'histoire du commerce du vieil Orient. L'intérêt redouble
encore par suite de son long séjour dans toutes les régions
de l'Inde occidentale, centrale et orientale, dans une foule
de localités de l'Inde himâlayenne , de l'Inde du Vindhya et
par son parcours du Dékan. Il serait temps enfin de compa-
rer ces itinéraires de Hiouen-thsang avec la section du Tîrtha-
yâtrâ-parva, comprise dans le Vanaparva, ou dansle troisième
livre du Mahâbhâratam (t. I, éd. de Calcutta, p. 517-618).
C'est une étude que l'on pourrait utilement corroborer par
le parcours des Pourânas, dont les compilateurs aiment à
s'arrêter aux tîrthas, car ils nous en racontent les légendes.
Ces tîrlha's sont des lieux de dévotion et des lieux de com-
merce tout ensemble. Il y a là des temples et des marchés , où
l'on voit constamment une grande affluence de pèlerins et de
commerçants venus de toutes les parties de l'Inde. Le Cata-
logue des manuscrits de la collection de Mackenzie, publié
par Wilson en deux volumes, offre aussi, à ce sujet, de cu-
rieux renseignements pour ce qui concerne le Décan. Qu'un
géographe d'une science aussi éprouvée que M. Vivien de Saint-
Martin se mette donc à l'œuvre, lui à qui ce sujet revient de
droit, lui qui a été, pour ainsi dire, l'œil géographique de
M. Stanislas Julien, par l'excellente carte dont il a doté sa
traduction.
C'est ainsi qu'une grande partie du monde antique nous
sera splendidement dévoilée dans ses rapports mutuels. L'Inde
surtout et la Sérique des marchands issédons de l'Asie cen-
IM DÉCEMBRE 1857.
traie , qui vu) agent entre la Sérique et la Si «due. <
main aux compagnie* de* Banyans qui leur sont probable
ment parentes. L'Aitai et l'Oural seront ainsi explore» dam
leurs légendes métallurgiques, aussi bien que les <
île l'Afghanistan et du Baltistan, aussi bien que las
.lu Lahdak et les contrées montage, imiui du Badakcban et du
Tokharestan. L'histoire de la métallurgie du moode antique
pourra en tirer de très-grands avantages, et la mythciogir
entièrement métallurgique des races finnoises , originaires du
Touran. en sera probablement éclairée jusque dans ses pro-
fondeurs.
\
De lladV nd»|*c . <|M était asarts , et «a Claés svieassateae éa
ce
Noos allons aborder maintenant notre sujet dans ses pre-
sses les pins indispensables. Noos sllons plus spérialnmant
étudier l'Inde de Hinnen ihaang*. parler de ce qu'elle n'était
pliM. et indiquer ce qu'elle n'était pas encore , mais ce qu'elle
allait devenir avant l'ère de l'envabiasement arabe.
il > a im ln.lr* qui avaient complètement disparu du
temps de Hioueo-tnsang. et cela depuis un ssses grand
nombre de siècles. L'une de ces dans Inde» était celle de
l'époque védique et l'autre celle de l'époque épique, dont la
première embrasses elle sente une période coniinéfaHe. Cette
Inde correspond . par son état social . à une Grèce anté-nomé-
rique et anté-liellènique . à une Grèce pélasgiqoe. on encore
à une Italie anté-étrusque et anté-mmaine. H «agit de l'Inde
historique . d'un corps de peuple àrya pur sang . d'un peuple
dont nous pouvons suivre La marche à l'issue de son berceau .
d'un peuple qui sort de l'Afghanistan . où il est d'abord exclu-
sivement concentré jusqu'au temps où il se répand dans le
Sindhou-dvipa , où il descend jusqu'aux embouchures de I In
dus, purifiant de son point de vue les pays de la conquête.
Il linit par s'établir solidement dans les légions du Pantsêhab .
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 480
il progresse vers le Madhya-desha, qui est l'Inde centrale;
enfin , il finit par occuper le Magadha , ou l'Inde orientale.
Plus tard , il pénètre dans le Vindhya , qu'il assujettit à son
empire, après avoir séculairement occupé les territoires de
l'Adscha-ruîdha et du Thchagala-mîdha , de l'Adchmer et du
Djessalmer, territoires possédés par la race guerrière des pas-
teurs , chevriers ou A egicores de la vieille Arie. C'est le Râdsch-
poutana de l'Inde du moyen âge, boulevard contre lequel
vinrent se briser les flots de l'islam envahisseur.
Le corps du peuple ârya n'est pas encore constitué en
castes tranchées durant toute cette époque védique. Il forme
un corps de Vishah, ou de gens domiciliés qui se divisent en
cinq Dchânas, comparables aux cinq Phyles de la vieille
Grèce pélasgique et aux Gentes originales de la très-vieille
latinité. Ces Pantcha dchanâh, ces Gentes s'appellent encore
du nom des Pantcha Tcharschanayah ou des Pantcha Tchar.
schanîh (Benfey, Glossar. à son édition du Sâmaveda, p. 67
h. v.), qui étaient d'abord des nomades, ce qu'implique le
mot de Tcharschanîh. Ce sont les hommes qui marchent,
qui sont en route (de tschar). Les familles pontificales se sont
approprié ce nom d'une manière spéciale. Leur pensée se
met en route, elle marche, elle est à la recherche du dieu
Agnis , qui est caché dans l'eau de la nuée et dans le bois ;
elle est aussi à la recherche du dieu Soma , qui est caché dans
la plante de ce nom. Ces sages veulent allumer le feu de
l'autel , ils veulent boire le nectar et manger la viande du
sacrifice. Leur pensée est à l'œuvre. Elle fabrique (takchat)
des mantras ou des hymnes; elle tisse (vayat) les mètres el
les rhythmes; elle brode le manteau de la parole. C'est ainsi
que les Aurores, jeunes et immortelles épouses de ces hommes
infatigables, brodent le vêtement de la création à l'issue de
la nuit.
Un autre nom de ces tribus est celui des Pantcha Krïsch-
tîh ou Krischtayah, ou encore celui des Pantcha Kchitayah.
On les désigne ainsi comme agriculteurs sous la première,
et comme propriétaires d'un bien fonds sous la seconde de
uu DÉCEMBRE 1857.
ces dcu* formes de mot». Tab ils occupent les
maître» du sol . tel* Us siègent dam les primitive* cités ru-
rale»
Ils ont s leur tète des Dckmmààk. c'est-è-dirc des rots des
G*nlê$% ou des Vukompmtayak. oigenee souverains du corps
des Vishah. Ce système oflre «M complète analogie avec le
régime des dèmes de fat vieille Grèce ; c'est la primitive Oi-
kokratie . c'est la vieille Amphiktyonie. Telle est cette souve-
raineté des kchatirdk . c e*t à-dire encore celle des eew eV
mtctUèt qui occupent une kektlik. un kekmya. une demeure
fixe; car toutes ces rlsnosninitinni sont dériséw d'an verbe
kcki qui signifie habiter.
Noos avons ici le tuf àrya pur sang, le vieux fend des
propriétaire* du sol de le moque te. C'est de son sein même
que s'élève graduellement une eew par excellence, une eew
royale, composée de le parenté des chois de le tribu. Cwt
d'abord le groupe de leurs familiers, de lente amàkaymh. ou
des soeii coofodére* qui les entourent, dent le genre des
//oiaafiuuMA. qui sont les Achexnénides. Telle est l'origine
de la souche des Kckminydk. qui en dérivent. Ces elcnatrijeb
ne sont pas encore réunis dene une oaste entièrement dose.
Cela n'arrive que beeaconp plus tard, s l'époque où les
Brahmanes se sont compiéiement sépare* du vieux fond des
VUhah.
Cette grande révolution ne s'était dn reste pas encore ac-
complie dans le principe de l'ère épique ou héroïque. Le se*
paration des Brahmanes, leur iinlsensnt du reste de le so-
ciété des Àryas amena le déclin de cette époque. De lé date
un temps nouvesu . une ère juridique et théocratique com-
mence. Les Brahmanes composent un corps d'ouvrages théo-
logiques qui leur servent à ihengsj l'esprit de la religion
védique, à lui attribuer un nouveau sens, à les mettre dans
la possession exclusive des sacre domestiques et des secru
publics. Cels ne leur suffit pas. Réunissant le» Grikym Soi-
Iras, les traditions de l'établissement domestique et de réta-
blissement public à un corps de doctrines nouvelles, ils en
MEMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 491
forgent des codes, usurpant la science de la loi comme ils
avaient usurpé la science de la religion : double levier de
leur grandeur et de leur orgueil.
VI.
Qu'est-ce que Hiouen-thsang a connu de la vieille Inde védique et de la
vieille Inde épique ou héroïque ?
De toute l'Indevédique , Hiouen-thsang ne sait qu'un nom :
celui de la littérature sacrée , commentée, ordonnée et amen-
dée parles Brahmanes; littérature dont ils ont prétendu tirer
violemment , et par extorsion évidente , le droit de leur domi
nation, quoique cette domination ne soit fondée que sur un
texte fabriqué, celui du code des lois. Hiouen-thsang, voya-
geant dans la patrie de Pânini , un des principaux grammai-
riens de l'époque où la littérature védique était déjà sécu-
lairement close , et où il ne s'agissait plus que de l'exploiter
et de la commenter, parle de la célébrité de Pânini , de l'il-
lustration de ses disciples , et des conversions opérées dans
leurs rangs par le Bouddha.
Qu'est-ce que l'Inde épique et que sait-il de l'Inde épique ?
L'Inde épique ou héroïque est l'Inde des Kchatriyâh, celle
qui a fourni X étoffe des épopées du Râmâyanam, mais sur-
tout et avant tout du Mahâbhâratam , ainsi que de l'Hari-
vansha. On y remarque des fragments d'épopées antérieures
encore, et cela dans les histoires de Yayâti, de Kârtavirya-
Ardchuna , etc. Nous ne possédons plus un seul monument
intact de toute celte Inde guerrière ; car toutes les épopées
ont élé remaniées à diverses reprises par les Soûtas ou les
rhapsodes des âges postérieurs , gagnés aux intérêts de la do-
mination des Brahmanes. Elles ont été définitivement re-
maniées bien plus tard , et cela par l'action exclusive des
sectes Vaichnâvas naissantes, quand les Brahmanes les ont
armées contre les Bouddhistes. En réalité, et par sa nature
même, cette grande et belle Inde héroïque est le pendant
de la Grèce d'Homère, de la Germanie odinique dans la
Ml Mt.tlEMBKE 1857.
période qui s'étend entre le commencement de la guerre
de* Cimbres et rétablissement de» Germains sur le* ruines
de l'empire romain . etc. On peut (étudier parfaitement , mats
au moyen de la seule critique, en écartant le» voile» nom*
breux dont la politique de» Bran m» ne» l'a systématiquement
enveloppée. Elle s'est associé, dan» cette enivre , le» Sou-
tes, barde» d'un âge postérieur, qui prétendirent se ratta-
cher aux Soutes de l'antiquité, barde» et généalogistes de»
vieille» races royale» de l'Inde héroïque.
Rien de tout cela ne se trouve dan» Hiouan theeisg, sauf
une pauvre et triste contraction d'nn aussi vaste sujet, un
lambeau singulièrement éconrté de l'histoire de la grande
guerre qui fait le sujet du Mahàbharatara . la mention in-
complète du champ de bataille de Kourookchetraro . on fiait
l'Inde héroïque, ou elle nage, pour ainsi dire . dans le seng
de» Ronron». Le booddbssme ayant donné une place cu-
rieuse à étudier aux dieux Brahmà et Indre . l'Inde védique
et héroïque est doue bornée à eut deux figurée dan» lus ré-
cit» de
Ml
Qm! SbI If bvsataaaiMM w pravotiM Is
L'Inde des Àryas ne peut être bien couspiuu que par la
connaissance des deux Inde» qui lui sont antérieure» : celle
de» Amtocktkomm et celle de» Skoiénu. L'Inde primitive nous
est attestée par la présence de» montagnard* dan» quelque»
parties de l'Himalaya . du Vindbya . comme dan» quelques
groupes isolé» de montagnes dans l'Inde orientale et dans
plusieurs parties du Décan. C'est l'Inde de» Nischadas et dus
Tcbandâlas de la tradition antique. Elle fut le point de dé-
part des nègres de l'Océanie. des Papoues et d'autres peu-
plades sauvages plus éloignée» encore. Sur celte Inde gros-
sière et entièrement inculte vint se greffer une tige plu*
noble . le rameau toumnirn . qui rappelle le» idiomes de la
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THS ANG, ETC. 493
haule Asie, ceux des Finnois et ceux des Turcs. Il rayonne
dans le tamil , le telinga et les dialectes de la même famille ,
tous littérairement cultivés chez les peuples du Décan. Telle
fut la première Inde dont il n'y a qu'une mention sourde dans
la tradition des Aryas. ^
A cette Inde que nous pouvons appeler du terme im-
propre des aborigènes succéda la seconde Inde, celle qui
précéda immédiatement l'Inde des Aryas et qui fut l'Inde
des Shoûdras , des Ethiopiens, des Céphènes, l'Inde de l'elh-
nos des Roushikas. C'est cet ethnos qui fut le protecteur des
aborigènes contre l'oppression du brahmanisme naissant, et
qui défendit en même temps sa propre cause. L'histoire de
cette Inde est des plus importantes pour la connaissance de
l'Inde védique et de l'Inde épique et brahmanique. Indra,
le dieu des Aryas, contracte une alliance avec les Rou-
shikas d'origine guerrière. D'autre part, les Râpyas et les
Bàbhravas, qui sont de la famille des Raushikas pontificaux,
s'allient dans les familles brahmaniques. Il s'écoule plus d'un
siècle entre la lutte des Aryas envahisseurs et des Shoûdras
envahis, et l'époque de la dépression totale des Shoûdras,
qui ont fini par devenir une quatrième caste dans le système
brahmanique.
On se fait trop souvent une fausse idée des Brahmanes ,
en comparant leur théocratie à la domination d'un sacer-
doce tel que nous l'entendons ; car s'il y a des prêtres parmi
les Brahmanes, ceux-ci ne sont pas tous des prêtres. Dans leur
principe même, rien ne distingue les Brahmanes du corps
des Aryas ou des Vishah. Ils sont pasteurs, guerriers et agri-
culteurs comme les Vishah. Tels ils se présentent durant la
plus ancienne époque védique des Bhrïgous et durant l'époque
non moins védique des Angiras, qui succède à celle des Bhrï-
gous. Les Bhrïgous sont des Varounides , des adorateurs
d'Asoura,quiesl entièrement identique à l'Ahoura des livres
zends ou à Ormazd. Les Angiras élèvent Indra sur le pavois,
ils l'exaltent au-dessus des autres dieux. Indra obscurcit et
remplace Varouna. Vrïhaspatih s'établit à côté d'Indra; il
x. 33
M DÉCEMBRE IS57.
est le Rralunanaspatih , Vagpatih. etc. la personnili
Manlra, «le l'hymne, de l'onivre de l'holoeauste. C'est le pro
M du Rrahmà des Ages pcatériaoci. du H m h m A des
Brahmanes, ses prétendus fils. Mai» Hs sont de beaucoup
antérieurs à leur père fictif; c'est ce que Both a supérieure-
ment démontré (ZmUekr. d*r Jeuts. atore. eau/J. vol. I , Brakma
and die Brmkma*e*. p. 66-36). Vrihaspatih finit par devenir,
durant l'époque épique, le Pomrvdka ou le Pomrokita . la per
sonnifteation pontifirale d'Agnis. du dieu de l'autel. Il four
tionne alors à la cour d'Indra, qui est devenu le roi des dieu* .
le pendant du Zeu* olympien des Hellènes, de l'Odin des
Ases on des Anses, du Wodan des mess guerrières de la
ileGermanie. Le Radach en le simple roi , teSanirêdech ou
le roi des rois, ss tiennent chacun un chapelain, un pontife
domestique, on Poorohitah à l'instar d'Indra, que Hioocn
tbsang appelle l'empereur dn ciel. C'est le temps de la
roitive séparation des fonctions sacerdotales et iwtriarealea
San* doute . le roi est toujours on sacrificateur de droit,
comme chaque père de femille; mais, devenu riche et puis-
sant, il n'a plus le loisir de sacrifier en personne. 0 intro
dnit à m cour nn pontife domestique, qui finira tôt on lard
par consolider la puissance de ss famille dans tes nonsoMi
du rot . et toujours au détriment de le puissance royale.
La coa/rsVi> sacras compose l'autre élément dn sacerdoce
antique des Àryes. C'eat une mémhlm dn genre des soAsWiteSn
de la vieille Italie. Ce sont dm i ompagniei de jeunes gens.
encore dégages dm lien* de le Camille, et qui se dévouent
temporairement au service dm dieu*. Associés a* pontife
sacrificateur, ils ont leur prototype dans le jelaj am ou dans
Is communauté des Matou uh, qui se groupent autour ri In
dra, qui sont les Sakkayak, les Soeri du dira, qui composent
le sakkyam , la toeietas du dieu , vrai pendant d'un sacerdoce
salien. ou d'un sacerdoce de frères Arvales, réunis autour
d'un Mars ou d'un Jupiter dans les vieilles religions du
Latiuui. Quand l'antiquité épique fit retraite devant l'ère
brahmanique, ces corporations se dispersèrent et se re-
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 495
constituèrent en autant d'écoles, sous la discipline brahma-
nique.
Le prototype de ces associations est à chercher dans uri
monde antérieur qui précède le monde des Aryas. Il relève
d'un dieu Tvaschtar ou Savitar, qui ressemble beaucoup au
Phtha de Memphis, au Baal de la Chaldée, quoiqu'il ait été
modifié par les Aryas. Les Brahmanes ont fini par relever de
sa déchéance ce dieu, qui tombe sous la domination d'Indra ,
îorque Indra dérobe le feu sacré et l'ambroisie, les enlevant
aux dieux de l'antiquité. Ils en ont fait leur Vishvakarman
ou leur Brahmâ, comme ouvrier des mondes, et leur Prad-
schâpatih ou leur Brahmâ, comme seigneur des créatures.
Tels nous pouvons les étudier dans les Brâhmanas du Véda ,
tels ils paraissent déjà dans quelques hymnes. Après l'avoir
identifié à leur Brahmâ, ils ont formé ultérieurement, et
sur ce même type, leur conception d'un Brahman, d'un
être absolu, d'un être abstrait, distingué du Brahmâ dé-
miourgos , de l'auteur du code brahmanique. Celui-ci réside
dans le Brahmaloka , tandis que l'autre réside en soi.
Une œuvre pareille à la domination de la caste brahma-
nique ne put s'effectuer qu'à la suite de longues luîtes et de
longues guerres intestines, dont les légendes épiques font
foi, quelque arrangées et systématisées qu'elles soient parles
Brahmanes d'une époque postérieure. En supposant que les
sodalitates et les collèges des pontifes de la vieille Rome royale
et de la primitive Rome patricienne fussent parvenus à se
dégager, soit de la royauté, soit du corps du patriciat, ils
eussent offert l'exact pendant des Brahmanes, en se consti-
tuant à part dans leurs familles.
Ce n'est pas sur les Kcbatriyas seuls que les Brahmanes
ont pesé dans cette lutte; ils ont également pesé sur la classe
movenne, sur ce grand corps des primitifs Vishah, des pro-
priétaires du sol , habitants de la primitive cité agricole et
industrielle, marchands de la cité, qui ont fini par constituer
la caste des Vaishyas. On les désigne, comme jaunes de cou-
leur, sous cette nouvelle forme; on en fait de véritables mn-
33.
H| DÉCEMBRE 1857.
lâtrts, issu» évidemment d'an miU*g< avec la race brun* de*
Sfeoudras , car lea Shondras sont la race brime par excellence.
Ils sont les descendants de la déease aras», de la Kadron ;
ils sont les Kedravevas, dam lesquels Lasaen a reconnu lea
Kadrosiena on Gédrosiens de l'antiquité persane. Ils ont pour
auteur un dieu llabkrom . ou un dieu kupi . un kapila. qui se
reproduit dans lea écoles philosophiques naissantes dea Brah
mânes, en leur caractère de reproducteurs, remanieurs et
absorbeurs de l'antique sacerdoce éteint dea Céphènss . et
d'une des formes de leur grand dieu , de celle de leur dieu
àraa par excellence.
C'est donc ainsi qu'ont agi les Brahmanes; ils ont voulu
ingliansnlnr et rlssniim l'empire do Kchatry a roi , lea Pouro-
hitaa ae faisant les mimutm et, an besoin, lea assuras dm m-
lais, les llanmêcùlm de ce roi lis ont asservi l'antique polu
ou la cité rurale, aussi bien que la cité marchande des
Vaishyas. Ils y ont introduit leurs cours de justice et imposé
leur magistrature ; ils ont eftacé le droit indigène dea Viahah
pour lui substituer le code brahmanique. De là un très-grand
mécontentement dans cette classe dea Vaishyas, qui nous
rend compte de la chaleur avec laquelle elle a ambrasse le
culte de Bouddha. Cest par la même raison que le bond-
dhisme se recruta si abondamment dans les rang des Relia-
Iriyas , jusqu'à l'époque où Ashoka sonda l'empire indien du
Bouddha même.
Mil
D« ■■Hnirfisi ém Unies i «a» flad»
Certes, le Bouddha n'est pas sorti de terre comme one
merveille. De même que toutes Us hérésies et que tontes les
révoltes de l'esprit humain et du cœur humain sont cons-
tamment nées de l'oppression au sein de la classe pontificale
elle-même, comme ches les juifs, chea les mahométans, et
trop souvent aussi chez les chrétiens , de même dans les écoles
philosophiques de l'Inde. Bien avant le Bouddha . des Mou-
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 497
nis et des Tapasvis, des Sannyas et des Yogis, disciples de
différentes écoles et relevant de divers systèmes, ont foulé
aux pieds les ordonnances de la loi brahmanique , ont rejeté
les devoirs domestiques, sociaux, moraux de la famille brah-
manique , attaquant par là le patriciat de ces familles. Ils ont
ainsi placé leur propre ascendance , la transcendance de leur
élévation, de leur ascèse, de leur stoïcisme au-dessus des
obligations de la vie domestique, civile et politique des Brah-
manes. Méprisant la vie du Pourohita ou du pontife, et celle
du Grïhastha ou du chef de famille brahmanique , ils se sont
glorifiés de leur dévotion, de leur sainteté, de leur ascèse.
Les Brahmanes se sont promptement aperçus du danger que
courait leur établissement; ils ont tonné contre ces saints,
ces mystiques, ces théosophes et ces philosophes, qui s'en-
touraient de nombreux disciples, qui aggloméraient dans leur
voisinage une grande masse de peuple accourue des divers
points de l'Inde, et qui finirent par gagner l'oreille des Vai-
shyas, tandis que les rois les favorisaient pour résister à l'or-
gueil des Brahmanes.
Le Bouddha ne fut que l'expression très-adoucie des ten-
dances de cette classe d'hommes. Ce fut justement à cause
de sa tempérance, parce qu'il n'était pas un démagogue,
parce qu'il n'était pas un moine emporté et violent, parce
qu'il ne s'entourait pas d'une tourbe de fanatiques, d'un
peuple d'iconoclastes, d'une horde de chiliasles, de mazda-
kiens , parce qu'il ne fut pas davantage âpre et exclusif à la
façon des donatistes, des puritains, des jansénistes; parce
qu'il plaisait, comme les pélagiens , par le libéralisme de ses
principes aux hommes du monde, par la vertu de sa pra-
tique aux âmes pieuses, par sa charité aux classes populaires
et aux déshérités de la fortune, qu'il finit par prendre un si
grand ascendant, d'abord sur le corps des Vaishyas, ensuite
sur la politique des Kchalriyas, et enfin sur une portion de
la population des Shoûdras, y compris un reste des abori-
gènes.
498 «.tMHhfc 1857.
IX.
Dt U cooilitutioo da boaddhi»— ca bec de cdfa du brihataakaM.
Nous venons d'esquisser les antécédents de IVre bond-
dhiste de Hioucn-thseng ; nous allons regarder cette ère d'un
peu plus près.
Le bouddhisme constitue une sorte d'église ou de I
théocratique, fondée sur le principe d'une ascète i
géc. ayant ses conciles, et se constituant à part daua tes
écoles et dans $c$ monastères. Cest le pendant, sur un grand
pied, de ce que nous voyons, snr no moindre pied, chez les
Née-Orphiques, chex les Pythagoriciens , cbes les Plistes de !•
Thrare, chex les Druides, chez les Esténien* à part des Thé-
rapeutes ; constitution ébauchée qui n'a rencontré se grande ,
sa haute et définit» c expression que dans l'Église chrétienne.
Cette institution d'une école d'ascèse et de morale ani
pée sur le christianisme, prototype d'une Eglise anticipée,
tient, cria est évident, à un grand mouvement de l'esprit
humain, soit dans le monde païen, soit dans le monde hé-
braïque. Le mouvement dont il s'agit remonte, pour le moins,
m fit Mode avant l'ère ilmiicnnc; et il se manifeste sous
diverses formes, quoiqu'il ait des causes sociales analogues
dans divers pays. Cela est «rat pour l'Inde bràhmaoi
pour la Bac tria oe xoroastrienne , pour l'Asie Mineure diony-
siaque , pour la Grèce él< > ie ; cela est vrai encore pour
la Judée pharisaique et pour la Judée sadduceei n est
pas de même de la propagande d'un système d'église chex
les Gètes et chez les Daces , ainsi que chex les Kymris. Le
mouvement dont je parle ne relève pas chez eux d'une cause
intem$; il n'est pas le produit de leur état social : c'est un
fait de propagande étrangère qui vient de loin; c'est don-
fait sans cause morale et sociale. Quand il s'est produit, les
Gètes, les Daces, les Kymris vivaient encore au sein d
grande simplicité; ils n'avaient pas de longs antécédent
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 490
culture comme les Aryas de l'Inde et de îa Bachiane, comme
les Grecs et comme les Juifs.
Il serait bien plus faux encore de ramener ces diverses
manifestations de l'esprit des temps à un principe d'unité ri-
gide. Il est vrai, la propagande bouddhiste fut des plus actives;
elle se signale de bonne heure dans l'Inde, l'Afghanistan, le
Badakchan, leTokharestan, à Bamiyan, dans la Bactriane, la
Transoxane, la Sérique, avant de percer en Chine à l'ex-
trême Orient , et d'essayer de pénétrer en Perse et dans la
Syrie. Il est même probable qu'elle a agi, mais très-indirec-
tement, sur les hordes turques des régions du Touran et les
tribus finnoises des contrées de l'Oural ; et qu'elle s'est pro-
pagée parmi les Saces et parmi les Massagètes; mais voici ce
qui a dû arriver dans les derniers cas :
Pour occuper l'esprit de ces peuples tout neufs, le boud-
dhisme a dû fatalement capituler avec quelques-unes de leurs
croyances; ce qui ne lui a jamais, du reste, beaucoup coûté.
Il a dû forcément renoncer à tous ses antécédents de philo-
sophie, d'ascèse et d'école indienne; il a dû se plier, comme
chez les Aryippœi d'Hérodote, à d'autres cultes. C'est ainsi
seulement qu'il est possible qu'une impulsion bouddhiste se
soit fait ressentir au loin, jusque dans les contrées voisines
des Palus-Mœotides; qu'elle se soit communiquée à des restes
de Cimmériens , à des tribus de Gètes et de Scythes. Il se
peut donc, mais je ne voudrais pas l'affirmer, comme on l'a
fait avec beaucoup d'imprudence, il se peut donc que le sa-
cerdoce cymrique d'un dieu IIu, et que le sacerdoce gétique
d'un dieu Salmoxis, aient subi le contre-coup d'une chaîne
de longues commotions asiatiques ; que le premier se soit
transporté dans les Gaules, par suite de ces commotions, en
y constituant le druidisme propagandiste et conquérant;
que l'autre ait fini par aboutir aux institutions de Komove
chez les Prusso-Lithuaniens. Mais si nous exceptons le fond
de l'organisation sociale, il n'y a pas trace de doctrines boud-
dhistes, ni chez les Druides, ni chez les disciples de Sal-
tnoxis.
500 DKCt.MMM M%
Est-ce de la même façon iaeVrsrfs. est-ce par un ébranle
ment analogue . mats par une tout autre voie que le boud-
dhisme aurait agi sur la formation d'une école néo-orphique
de l'Asie Mineure, mère d'une école pythagoricienne de la
grande Grèce? Qui saurait le dire? Une chose est certaine
de toute façon , c'est qu'il n'y a pas on seul élément de spé-
culaiion bouddhiste ni cbesles Néo-Orphiques, ni chea les
Pythagoriciens, quoique l'on y retrouve le principe boud-
dhiste d'une école qui se constitue en une hiérarchie politique
et sociale, sous la forme d'une rfe/uv et dans l'esprit d'une
Démocrite. qui a longtemps voyagé en Orient, cherche à
fonder, es revanche, une école de la vie pratique et spécu-
lative ; une école qui reproduit très-exactement les concep-
tions matérialistes des Beuddhas sur l'origine et la formation
des mondes, et qui leur emprunte de plus, tout en les mo-
difiant un peu. les vrais principes de leur ascèse. L'école
d'Épicure essaye à son tour de concilier le mode de vie pa-
cifique et toute d'abstinence, telle qu'elle fut pratiquée par
Démocrite. avec le mode de vie tonte mondaine d'Aristippe.
Elle identifie ces doux fermes très-opposées de l'existence.
au moyen de la doctrine d'une Kiomè (rséaVie en sanscrit) ,
•tune domctmr, d'une tmnili, d'une rolmpté qui leur est com-
mune. Cette théorie mitigée du plaisir est conçue dans le
sens de la modémtion, et cela, pour la durée des plaisirs
mêmes. Elle a des antécédents bouddhistes sur lesqu*
est très-important d'insister, parce qu'on me semble avoir
méconnu le principe même du bouddhisme . en isolant trop
son ascèse de son £«W, et en l'envisageant même à part
de ses conceptions sur l'origine des choses. M. Barthélémy
Saint-Hilaire,du reste, ne s'y est pes trompé, pas plus que
Colebrooke. M. Burnouf a touché aussi à la vérité, ça et là
obscurcie par la notion . suivant moi totalement erronée, que
le bouddhisme serait issu des antécédents de la philosophie
de Kapila et du Yoga de Pajandchali . tandis qu'il relève plu»
directement du Nyâya deGautama, mais surtout et avant
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 501
tout de la physique de Kanada. Un mot maintenant sur le
principe de cette méprise.
X.
Des systèmes physiques et du principe métaphysique des Bauddhas.
La cause de la méprise dont nous venons de parler tient
à l'ignorance du vrai principe de l'ascèse des Bauddhas.
On dirait qu'elle continue le Tapas des Sannyasis et le Yoga
des sectateurs de Patandchali ; mais c'est une grosse erreur.
Elle ne les modifie pas seulement, elle les anéantit; car elle
les transforme dans l'esprit d'une Edonè, ou d'un système de
volupté qu'elle cherche dans le repos absolu, dans l'absolue
quiétude. Tel est le point saillant, le vrai point de la méprise.
L'erreur est excusable; car tout est anomalie, tout est
contradiction dans le système du Bouddha. C'est ce qui a
fait croire à M. Burnouf que le système, comme tel, ne vient
pas foncièrement du Bouddha même; que le Bouddha n'a
pas eu de philosophie , pas plus qu'il n'a eu de religion et
de culte; qu'il fut de pure pratique; qu'il enseigna une as-
cèse modérée dans l'esprit de celte pratique , et qu'il la mit
en œuvre par son enseignement. Il n'y a pas de tortures phy-
siques dans la pratique de l'ascèse des Bauddhas, et cela,
par suite d'une opposition flagrante contre le Tapas stoïque
des philosophes Cyniques de l'Inde, qui sont ses Sages nus,
ses Gymnosophisles, ses Dig-ambarâh ; je parle des vrais Dig-
ambarâh , des Shaivas , et non pas des Bauddhas , qui en ont
usurpé le nom.
Le Bouddha rejette du même coup le vrai principe, le
principe suprême du Yoga, YAhankara absolu , le Grand Moi.
Il s'agit de la tendance abstractive des Yogis , de leur effort
pour anéantir le monde des sens en soi et hors de soi, pour
établir le Moi absolu en triomphateur sur les ruines du monde
et de l'humanité. Ce Moi absolu , c'est le Dieu absolu, le Moi
unique dont les individus ne sont que des modes d'appari-
502 DÉCEMBRE 1057.
tion. llicn n est plus opposé au bouddhisme que celle pra-
tique du Yoga pour Atteindre au sommet de la transcen-
dance, pyramide d'orgueil de l'esprit humain; pyramide,
dia-je, car à ses degrés correspondent de» pratiques violentes ,
des exercices spirituels et des exercices physiques pour tuer
le monde en soi et hors de soi.
On le voit, il en est tout autrement de la Toiuckti ou de
lEàmé des Bauddha*. qui est place* absolument comme
cbex Démocrite. qui se trouva renfermée dans la sphère d'un
repos graduellement amené, d'une quiétude d'esprit unie i
une quiétude de corps , et dont le dernier terme est la pou
dans U néumt, comme M. Barthélémy Saint- llila ire l'a par-
faitement observé. Tel est donc le véritable, le grand j
cipe de la philosophât du Bouddha. 11 est tout d'une pièce
avec le principe de ton ascèse , U en est tout i liait insépa-
rable. Ces! la pratique du souverain bien comme identique
s Is souveraine quiétude.
Ce principe souverain s'appelle le Skoimyam. r'est-à-dirc
le vint dans le langage des Beeuanaa. h» pomnam, le plein
est, au contraire, le principe suprême pour tous les parti
«ans du Sanlbya de kapila et du Yoga de Psiandschali,
sans exception. Or qu'est-ce que les Beuddnes entendant per
le»*?
Ce vide est double i leurs yeux : c'est le vide du avoeeV
et le vide de l'esprit. Ce monde est vide ; c'est un exauce ex
tiriemr, et cet espace n'est que la Jorme du vide. Cet esprit
est vide; une sapeutisu purement imaginaire eu aWent de
nous, et cet espace est encore vide. Il n'en est pas ainsi de
Kapila et de Patandschali ; ils disent que le monde est plein,
que l'esprit est plcio, que le monde sort du plein et qu'il
rentre dans le plein , que l'esprit sort du plein et qu'il rentre
dans le plein; doctrine antérieure, du reste, à leur spécu-
lation; car elle se trouve énergiquemen! formulée dans le
texte d'uu petit Bràmamun que l'on peut lire dans le
faianj HtbUoihecu uhLcu. Uriked-Anufyak-opanul
•lia. ib>,. adbvàyah VU. p. q48) .
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 503
Purnam adah, purnam idam ; purnat purnam udatchyate,
pârnasya purnam âdaya purnam ev-âvashitchyate.
«Celui-là, cet espace céleste, est plein. — Celui-ci, cet
espace terrestre, est plein. — Enlevez le plein de cette plé-
nitude de l'espace céleste; — ôtez le plein de cette pléni-
tude de l'espace terrestre; — ce qui reste sera le plein. »
Pour bien entendre ce vide des Bauddhas dans le con-
traste du plein des Brahmanes, il faut savoir que les pre-
miers nient ce que les autre affirment. Ils nient l'existence
de Yâkâsha ou de la substance élhérée. Ils la nient sous ses
deux formes : d'abord comme élher externe, c'est-à-dire
comme espace du monde, bhoût - âkâsha ; ensuite comme
éther interne, c'est-à-dire comme espace du cœur ou comme
espace de l'âme, hârd-âkâsha. Ils rejettent et la notion d'une
substance lumineuse éthérée comme principe matériel des
mondes, et la notion d'une lumière spirituelle propre à l'àme
humaine, qui enfante en soi le monde des idées dans la cor-
respondance avec le inonde des Jig lires. Tel est le Shoânyam
des Bauddhas, qui coïncide avec l'idée abstraite de l'espace
sans contenu. C'est une conception de l'école des Mathéma-
ticiens que l'on rencontre également chez les Mages et chez
les Chaldéens; elle se trouve formulée dans la philosophie
toute physique de Kanada. Vivement adoptée par les philo-
sophes du grand monde, les élégants, les viveurs, les beaux-
esprits, elle devint chère aux Tchârvukas ou aux Sophistes
et aux rhéteurs de l'Inde, à ces pendants des Cyrénaïques,
des émules d'Arislippe et des Sadducéens. Or ce sont eux
que les Bauddhas rencontrèrent partout sous leurs pas; ce
sont eux que les Brahmanes confondirent malicieusement
avec les Bauddhas, en les traitant de Nâstikas ou d'athées;
ce sont eux qui formèrent l'appoint des Bauddhas parmi les
courtisans des princes, et parmi les riches commerçants et les
riches industriels.
504 DÉCEMBRE IH57
\l.
De h
Le Monde repote ainsi dans un cadre vide. Il y existe par
juxtaposition des objet» dans l'espace et par combinaison
chimique des atomes élémentaires. Il est l'œuvre du Teams
( kâla), et il a pour principe le Hasard, car c'est d'une ren-
contre fortuite des éléments que provient le choc qui , par-
courant la série des myriades de siècles . finit par dégager le
Monde dn Chaos, qui loi sert de fondement. L'onire repose
sinsi sur le eVspieVf comme sur un fondement L'ordre c'est
l'apparence; le détordre, ce sont les éléments, et sont les
infiniment petits qui servent de principe ans mondes on aux
infiniment grands. Tout cela se compose et se décompose par
un mélange de bemrd et de fatalité, par les combinaisons ■
la (bis fortuites et létales du temps, ou dn mouvement, et de
l'espèce.
Si tel est le néant do monde physique, tel est aussi le
néant du monde moral ou intellectuel. Au* yeox dm Beud-
dhes . il n'y a pas plos de Poorooscha dans le sens du San-
khys et du Yoga qu'il n'y a de Prakriti dans le même sens.
L Homme typtane ou le Pouroucha est on non-sens poor les
Bauddhas. comme la Nmtune typtame oo la Prakriti. Il n'est
ni le fils ni l'époux de cette femme mythique. Il n'est pas le
créateur d'un monde qu'il n'e pas fécondé, et il ne se survit
pas à lui-même sur les mines do monde, en m retirant en
soi, en se repliant sur se bomdssni, sur son intelligence des
êtres et des choses. U n'est pas le Mmkmt dm Yogis, le Moi
absolu . le Ahankârak. le grand Moi dont tout sort et en <]<n
tout rentre. Il n'est pas ce lion de Kapila dont les rugisse-
ments enfantent et dont les rugissements détruisent les
mondes. Le Skâkya Sinnrn, ou le lioo de la maison de Sba
kva, n'a aucune de cm prétentions. D est doux comme un
agneau et il périt comme un souffle.
MEMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 505
Nous venons de contempler ce Shounyam, ce vide moral
el intellectuel des Bauddhas , ce défaut absolu de toute cons-
cience de soi ; mais aussi cette absence de tout orgueil dont
ils combattent le principe dans leurs adversaires, auxquels
ils prêchent l'entière humilité d'un entier néant. Ils aspirent
au suprême repos, à la suprême quiétude, au Nirvânam où
il n'y a plus rien , où tout souffle cesse et où toute existence
s'éclipse.
C'est pour amener l'espèce humaine à cette félicité dans
la suite des âges , pour que les hommes marchent sur les
traces du Bouddha et de ses apôtres, pour qu'ils finissent
par copier le Bouddha et par devenir Bouddha à leur tour,
chacun individuellement et dans la révolution des âges, que
le Bouddha s'est manifesté. Il a mis au néant le système des
Brahmanes, qui se réservaient le privilège de leur ciel ou
de leur Brahmaloka, et qui se réservaient bien plus encore,
le privilège d'une identification finale à un Brahma suprême.
Les Brahmanes avaient ordonné la loi des transmigrations
pour les autres castes sans exception. Il fallait une longue
série d'épreuves, et cela sous plusieurs formes de l'existence,
pour que le Shoûdra respectueux aux Brahmanes pût renaître
comme Vaishya, pour que le Vaishya respectueux à l'égard
des Brahmanes pût renaître comme Kchatriya, pour que le
Kchatriya respectueux à l'égard des Brahmanes pût renaître
comme Brâhmana. Il fallait plus d'une épreuve aussi pour
que le Brahmane fidèle à la loi pût aller au Brahmaloka, et
pour que le Rïschi entre les Brahmanes pût s'identifier au
Brahma même. Le Bouddha renversa toute cette échelle d'é-
preuve; il prétendait que l'on naissait directement Bouddha
si on l'avait mérité; fût-on Thchandâla , fût-on Shoûdra,
aussi bien que si l'on était Vaishya, aussi bien que si l'on
était Kchatriya, aussi bien que si l'on était Brâhmana, en
pratiquant la vie du Bouddha, on arrivait au Bouddha
même.
F.MftRE 1857
XII.
IWqwo» I» Sfcs*«ti oat fan fiafial ém Bréfc— m coatrr
U BowykwlM.
On «'étonne de voir les Shoùdras faire l'appoint des Brâh
mânes contre une doctrine qui les intéressait avant t
puisqu'ils devaient être les pi— ieia mfrmuekts d'un monde
oouveau auquel voulaient les convier les Bouddhistes. Cet
étonnement cesse quand on st rend compte de la vraie po-
sition des choses.
Quand les Brahmanes commencèrent A ae brouiller avec
les Kchatri vas , et qu'ils en furent venu» a ces massacres de
Kourou -Kchclram. attribués an Parashou Rima , an dieu
guerrier des pontife* de l'Inde . en Sou-Brahmanva . au dieu
à la bâche, l'ennemi d'Indra, do dieu des Kchatri vas. ils se
virent dans la nécessité, pour repouseer les armes par le«
armes, de créer de nouveaux rois et de nouveaux guerriers.
IN lai tirèrent en partie de leurs propres rangs, et rn partie
île la caste des Shoùdras, caste légalement avilie par les
Brahmanes, mais partiellement relevée de m déchéance
sons la condition d'un grand dévouement Lee rois tfaurjas
de l'Inde orientale étaient des rois Shoùdras du temps d'A-
lexandre. Il y eut certes de longs antécédents à ce fait .
qu'à l'époque plus récente où des rois Shoùdras mêmes, dé-
sireux de secouer le joug . d. I nSdéJcs , et finirent par
se laisser séduire par le loi do Bouddha. Mais il y avait tou-
jours la même ressource pour les Brahmanes, faiseurs et
défaiscurs de rois, ils élevèrent la grandeur des soi-disant
Radchapoutirih . nouvelles castes guerrières issues d'un bas
fond social . et que Ton essayait de rattacher aux dieux et
aux héros de l'antiquité par dm généalogies fabriquées pour
cet objet
Tel est donc le phénomène en bloc. Ce fut pour al
davantage ces GU d'une Inde nouvelle dans les lacets de la
politique des Brahmanes, que Ton réforma plusieurs por-
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 507
lions du vieux code brahmanique. On poussa en même temps
à la formation des sectes populaires sous leur costume mo-
derne. Les Brahmanes épousèrent personnellement la foi du
dieu Shiva; mais cela ne suffisait pas aux besoins du temps.
On ouvrit , comme nous l'avons dit, une ère nouvelle dans le
système des avatâras de Vischnou. On se créa , dans cet es-
prit, des rois obéissants , des héros de vertu que l'on pouvait
opposer à la tradition des Ashoka du Bouddhisme. Les guer-
riers de nouvelle souche, les Vaischnâvas, s'enivrèrent du
vin délirant d'un religion à la fois mystique et sensuelle. Cela
rappelle les Houris du paradis de Mahomet, que les Soufis
chantent à leur façon, mariant la volupté au platonisme.
XIII.
Des Avatâras de Vischnou dans leur opposition au système du Bouddha.
Je le répète encore une fois, et cela parce que je tiens à
être parfaitement compris et entendu sur celle grave et im-
portante matière. Chacun sait que la poésie épique de l'Inde,
en tant qu'elle rappelle Homère et qu'elle ne rappelle pas
Virgile , en tant qu'elle rappelle les Nibelungen et qu'elle ne
rappelle pas le Tasse, elc. est spécialement renfermée dans
deux vastes compositions, le Râmàyanam et le Mahâbhâra-
tam , auquel le Harivansha fait suite. Râma , le roi d'Avo-
dhya, est le héros du Râmàyanam; Youddhischthira , l'aîné
des Pândavas, est le personnage saillant dans la collection
des récits épiques du Mahâbbâratam; Krïschna, comme
chef et comme roi des Yâdavas, est le héros du Harivansha.
De ces trois hommes, deux seulement, les deux derniers,
font des personnages strictement épiques ou héroïques.
Le Râmàyanam porte un tout autre caractère que les deux
autres ouvrages. La conquête de Lanka semble un sujet
épique , il est vrai , mais cette conquête est moins une con-
quête que l'acte d'un ordre de civilisation, on pourrait dire
que la mission d'une propagande. Weber, je le répète ici,
508 DÉCEMBRE 1857
l'avait déjà judicieusement observé. Comme épuui de Sita .
la lille du Sillon , Uaue de la charme que le roi Dclianaka
promenait sur le terrain sacre, lui le roi laboureur, le Sira-
dhvadscha, le Shirin qui a la charme pour emblème, Rima-
tchandra n'est autre, au fond, que son homonyme. Il est
l'autre Rama, il est le Hala bhril, le H«l-àyûdha, qui a pour
armes le soc de la charme. Le Hala-bhnt canalise le Doab de
la Yaraouna , le père de la Silâ colonise le pays de Mitluls :
c'est la même conception. L'expédition de Rama, de l'époux
de la Sitâ . se lie à l'enlèvement de Sitf par Ravana. Ce der-
nier est une personnification du lladès. Il enlève Sitâ comme
l'Imon enlève Koré. Havane est Paulaatya de son nom I
e«t nommé, d'après ton père, Pulastya, qui est un vrai Plu
m» . car il accumule les nraeuci «V la Itrrt, comme son nom
l 'tiitliqiii-
Cest en suivant la Koré. en courant après elle comme on
autre Triptolème. c'esl-a-dirc comme le possesseur d'un
polos ou d'un champ trois sois labouré, d'un Tntttym, d'un
Tn katym en sanscrit; c'est eu arrachant la Sllâ (la Sito, ou
la déesse de le terre labourée) aux stérilitéa des embrasse-
menu du Hadès que Rima entreprend la conquête de Cet Un.
où le ravisseur séjourne. On le voit, ce sujet est purement
mythique, et il remonte a le plus haute antiquité. C'est le
sujet des expéditions d'Oairis, tel qu'il nous est rapporté par
Diodore de Sicile, en dépit d'une foule d'altérations gros-
sières. Il constitue tout le tond épique de l'hymne à Démêler,
de la légende de Triptolème. «I noue le découvrons dans un
grand nombre de légendes MniMehlm chex les Celtes . les
Germains, les Slaves, et liée i criaillement aussi chex une
foule d'autres peuples de l'antiquité.
C'est donc un très-vieux fond dont je ne discute pas ici
les origines. Cest un fond qui s'est trouvé fréquemment re-
produit, sans aucun doute, par les bardes de la cité d'Ayo-
dhya , par les généalogistes de la maison royale <\e§ Aikxhvika-
vas, dont Rama Tchaodra fut le dernier et le plus illustre des
héros. Ayodhya fut très-certainement un point central pour
MÉMOIRE SUR HIOUEN -THSANG, ETC. 509
la propagation d'une vieille culture, et cela dans des temps
de beaucoup antérieurs à l'époque de son principal héros.
J'ai dit le sujet du poëme, en laissant de côté ses brillants
épisodes. Je dirai maintenant un mot de l'état sous lequel
il se présente.
Râma est devenu d'abord un idéal de roi , non pas à la
façon guerrière des Kchatriyas , mais à la façon pieuse des
Brahmanes. 11 ressemble à un roi de l'ère héroïque comme
Louis le Débonnaire ressemblait à Charlemagne. C'est un
vrai roi de moines ; c'est de plus un controversiste qui dis-
pute volontiers sur des matières spéculatives et religieuses,
ou qui prend du moins un grand plaisir à voir débattre ces
matières en sa présence. C'est un modèle de délicatesse, mais,
avant tout, de scrupule et de délicatesse religieuse. C'est le
prototype d'un roi brahmanique, dans l'esprit de la secte
naissante des Vaischnâvas, et c'est dans cet esprit qu'il a été
conçu tout entier. On dirait qu'il est appelé, surtout et avant
tout, à faire la contre-partie de la valeur idéale d'un roi des
Bauddhas, pour remplacer la valeur idéale d'un Ashoka
dans l'amour et dans la vénération des hommes. Il faut
ajouter à cela qu'il y a dans le Râmâyanam une controverse
positive contre le Bouddha , une vive polémique des Brah-
manes contre sa doctrine, et que cet assaut a lieu en pré-
sence de Râma Tchandra , qui ne s'abstient pas d'y prendre
part.
Le style de cette épopée est d'une très-grande beauté; il
est, en outre, d'une simplicité tout homérique; mais il faut
formellement distinguer entre le poêle et son idiome. Cet
idiome est le sanscrit, classique par excellence, et, sous ce
point de vue, d'une tout autre coloration que l'idiome ho-
mérique. Ce n'est pas tout : les expressions les plus abstraites
du langage de la philosophie et de la scolastique, ainsi que
les termes de la jurisprudence, s'y rencontrent tout naturel-
lement comme un langage usuel ; elles y ont élu leur domi-
cile, elles y ont acquis droit de cité et de bourgeoisie. Si la
poésie est simple et naïve, et elle l'est à un haut degré, elle
x. 3 k
510 DÉCEMBRE 1957.
l'est en deuil de l'extrême déticatowe et parfois du nnum
ment du «en liment qui t'y découvre. Coriettt problème d'une
poésie homérique de diction et d'esprit . et d'un idiome se
tore de locutions que l'on «tirait omprunlsoi à Platon on à
Aristote. ou s U StM . et à un certain fond de néopleioaieme.
Qu'en conclure pour la solution de ee problème, «mon
que le vieux style épique a été lenounlé avec un rare bon-
heur, et non pas dans une pensée de pur archaïsme? Les
Soûlas de cette époque de la Baneiminri ea sont retiennes
aux Soûlas de l'antiquité, dont ils avaient conservé la tradi-
tion vivante.
Quel qu'il soit . le HaoxAyauam s'en est pas reniai impnr-
Il I est pour son fond mythique, pour son fond mato-
nqoe, comme il est cnrieui et instructif pour l'esprit sectaire,
a la fois ictigioux et politique, dans lequel il a été revu .
travaillé, retondu. Honneur doue è oatte msgnmque édition
d'un aussi beau poème . è cette parfaite traduction que non*
devons ans soins, è l'enthousieimaot à l'admirable dévoue-
ment de M. Gorreaio! Imprimé è Calcutta avec une roupablr
le Manâblièrelem n'a pas ou umIIm
ir même oonneur. m ceenieoroon nos* guère qu un menuo-
« Ht à l'étal d'une terre en friche.
Ce Mahabharetam est une ■■iialojima tout entière. Un
dirait un hôpital poétique où l'on aurait placé cote à cote
les débris m utile* de nombre do pnimai épiques, entre autres
les chenu sur Yayèti et Us dnrinéii do ses enfanta. C'est ....
arsenal puissant pour aider è la oomtruotion d'une vieille
heu* héroïque tout entière. On dirait d'une collection qui
réunirait les poèmes d'Homère et dos llomérides. do PisaAdre
el de Panyasis, etc. le tout joiol eux poèmes dos Argonau
tiques d'Apollonius et du pseudo- Orphée, ou dos Diony-
siaques de Nonnus. sauf l'unité de style qui s'y trouve. U y
a, dans la partie capitale du poème, dans les chants de la
guerre des Kourous et dos Pendons, une grandeur épique
et héroïque étrangère au sujet du RamAyanam : on y sent
un autre souffle. A cela prés , c'est toujours le langage du
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 511
Ràmâyanam ; et l'on peut se demander avec raison : le sans-
crit était-il encore une langue complètement vivante du temps
de la dernière rédaction , de la remise en œuvre de ces com-
positions colossales?
En faisant abstraction d'une compilation souvent irréflé-
chie , car le même sujet y est répété dans la rédaction de
diverses légendes , ce vaste réservoir de la tradition indienne
que nous appelons le Mahâbhâratam a encore un but didac-
tique. C'est, pour ainsi dire, un miroir des rois, tels que
ces rois doivent sortir façonnés de la main des Brahmanes.
On vulgarise la science brahmanique pour leur instruction.
Le Shânti-parva , ou le XIIe livre, est plein de cet enseigne-
ment : le Râdchu-dharma d'abord, et, à sa suite, le Mokcha-
dharma. L'exposition des divers systèmes de la philosophie
et de la théologie brahmaniques, l'exposition de la loi brah-
manique, tout s'y trouve, depuis les notions sur l'origine
et la dissolution du système des mondes , embrassant l'ordre
de la création et la théorie de l'Apocalypse , jusqu'aux
notions physico-chimiques sur les éléments de la matière.
C'est aussi un cours entier de politique à l'usage des rois
placés sous la tutelle des Brahmanes. La morale, l'art de
la guerre, les arts d'agrément, rien n'est omis dans cette
éducation d'un Kchatriya , pour le rendre l'instrument de la
domination des Brahmanes.
Je suis entré dans quelques détails au sujet de ces com-
positions, sans faire mention du Harivansha, dont la rédac-
tion est des plus négligées. Le Krïschna du Harivansha n'est
déjà plus le Krïschna du Mahâbhftatam , poëme où il figure
moins comme un dieu que comme un héros. Son histoire y
offre encore le fidèle reflet de la grandeur et de l'éclipsé de
l'ethnos des Yâdavah, dont il est le représentant. Mais dans
le Harivansha c'est tout autre chose; la dissolution des
mœurs y est déjà fort avancée, et tout y respire les voluptés
du harem.
$ti,
51* DÉCEMBRE 1857
\l\
Voici maintenu»! U conclusion que j'aurais A tirer de ces
prémisses par rapport ao temps de Hiooen-thsang .
U est hors de doute que Rima Tchsndra fut un roi d'Ayo
dhya qui vécut sur là dédin de l'ère héroïque, et qu'il
rat le sujet d'une légende épique. Une période toute nou-
velle eotninonoi avec aea fila Ko—ha et Lava, quoiqu »U
paraiaseat encore sous la tome de Dioacttrea. Ceal ainai
que I ère héroïque fiait Épi— lat à la suite da triomphe
dea Pindous sur lea Ronrons. Cette poésie cet comme l'os-
«uaire de l'âge héroiqsje. dont elle nom présente la tombe.
Recneillant lea cendres dn vieux monde, c'eat le pendant
d'Homère; car l'ère héroïque ea termine, pour lea Gréa,
avec la guerre de Troie. Cest ainsi qu'elle finit par Théodo-
ric de Vérone dans l'épopée germanique, roulant son der-
nier flot du temps où lea Germaine s'établissent dans l'en»-
pire romain î car I épopée cerfoYingiennc, et Bien plus encore
l'épopée chevaleresque . appartiennent à un tout autre
monde. On sent déjà Imnoeoce d'une dasae lettrée, et le
passé d'une science dans Fane et dose l'antre ferme de ces
don épopées dn moyen âge.
Voici le grand tait qui en résulta : ces poèmes résument
un paaaé et ne commencent pas on présent, ni cbes les lu
«liens, ni cbes les Grec** ni cbes les Germains. Ce pressa/
de la poésie épique existait cbes tons ces peuples; mai* I
n en est resté que quelques bardes contemporains dea rois
■nnjnSj |. I.i Nf.Hi'iinn !<• • t '!• I \ti^l< li"rr< Msnjl -Mviniii-
Le bouddhisme n'est pas guerrier et s'épouvante dn son
de la trompette. Quand le brahmanisme se redressa et com-
mença s gronder d'une voix menaçante contre lea usurpa
tours de son pouvoir, il devait enflammer de nouveaux cou-
rages en excitant la guerre sainte contre cette œuvre de
MÉMOIRE SUR HIOUEN -THSANG, ETC. 513
philanthropie efféminée. Il y voyait une œuvre d'athéisme
et une œuvre d'hypocrisie , à cause de la nature à la fois né-
gative et ascétique de la pensée du Bouddha. Il renouvela la
mémoire des héros delà fin des temps héroïques; mais il les
affubla d'un nouveau costume ; de là la descente d'un dieu spé-
cialement appelé pour purger la terre d'une hérésie infecte.
VVeber voit dans cet avatâra ou dans cette descente une in-
fluence manichéenne ou gnostico-chrétienne. Je crois qu'il a
raison.
Je ne veux d'autre preuve de la faible veine héroïque
qui animait le corps des Bauddhas , que leur création d'une
royauté mitoyenne dans les rangs des Dchainas, qui sont des
Bouddhistes d'un âge postérieur à Hiouen-thsang, des Boud-
dhistes qui adoptent la loi des castes pour échapper à la
destruction dont leurs frères étaient tombés victimes. Ce
nouveau Bouddha, qui se donne spécialement la gloire du
nom de Dchina ou de victorieux, a beau enflammer une nou-
velle caste à son service, dont le métier est le port des armes ,
il ne triomphe de rien ou de peu de chose. Les rois dchai-
nas du Décan sont aussi peu guerriers que les rois bauddhas
du nord de l'Inde. Ils sont plus scrupuleux encore en face
du sang humain ; car ils ne voudraient pas même tuer une
mouche par excès de philanthropie, redoutant de frapper
une âme humaine qui en eût revêtu le corps. On sait la
passion des riches marchands de la secte des Dchainas pour
les hôpitaux qu'ils fondent en faveur de toutes sortes d'ani-
maux et même en faveur de toutes sortes d'insectes.
Nous avons vu fleurir les Shaivas du temps de Hiouen-
thsang. Ils se ruent sur les Bauddhas avec une fureur qui
trahit leur origine sauvage. Une nouvelle secte se forme
néanmoins dans leurs rangs, une secte contemporaine de
l'époque des Dchainas; je veux parler des Laingas, qui
adoptent le phallus pour leur emblème. Rien de plus bizarre
que la combinaison de leurs doctrines et que la pratique de
leurs théories. On les croirait licencieux, ils ne le sont en
aucune façon. C'est un compromis étrange entre la foi boud-
51* DM r.MHHE 1857
\IN
De Npoqw et BmmmhÙmmf coassa» cTao* ipsaas ck t
aa gémit gaaniar Matai «t «a gémit gasuiai •
Voici maintenant la conclusion que j'aurais à tirer de cet
p féminin per rapport ao temps de Hioocn-tmeng.
Il est hors de doute que Rima Tchaodra fut on roi d'Ayn
clliya qui vécut sur le déclin de l'ère héroïque. «| aaj ,1
tut le sujet d'une légende épions. Dm période toute nou-
velle commence avec an file Konaha et Lara, quoi.)
paraissent encore sons la ferme de Dioecures. Ceet ainsi
que 1ère héroïque finit également à la suite do triomphe
eet comme l'os-
dot PAnoVxis sur les Itouroos. Coite poéeii
suaire oe i âge novmqeje. aoneone noue proseene m
Recueillant lea cendres du viens monde, c'est le
•I Homère; car l'ère héroiqne et termina, pour les Grecs.
avec b guerre de Troie. Cas! ainsi qu'elle finit par Théodo-
ric de Vérone dans l'épopée gervneniqos. roulant son der-
nier Bot du temps on Us Car ai sans s'établissent dans l'em-
pire romain ; car I épopée certovingien ne, et bien ptns enoore
l'épopée chevaleresque, appertienoent k un tout autre
monde. On sent déjà l'influence d'une dame lettrée, et le
passé d'une science dans l'une et dans l'autre forme de cm
deux épopées du moyen Age.
Voici le grand (ait qui eu résalts : cm po fanes résument
un passé et ne commencent pas on présent, ni corn les In
«liens, ni chm les Grèce* ni ohm lea Germains. Ce pressa/
de b poésie épique existait chm tons cm peuples; mai il
n'en est resté que quelques barde* contemporains dm rois
guerriers de b Scandinavie et de l'Angleterre angio mionne,
Le bouddhisme n'est pas guerrier et s'épouvante do son
de la trompette. Quand le brahmanisme se redressa et
mença a gronder d'une voix menaçante contre Im
leurs de son pouvoir, il devait enflammer de nouveaux
rages en excitant la guerre sainte contre cette oeuvre de
MEMOIRE SUR IIIOUEN -THSANG, ETC. 513
philanthropie efféminée. Il y voyait une œuvre d'athéisme
et une œuvre d'hypocrisie , à cause de la nature à la fois né-
gative et ascétique de la pensée du Bouddha. Il renouvela la
mémoire des héros de la fin des temps héroïques; mais il les
affubla d'un nouveau costume ; de là la descente d'un dieu spé-
cialement appelé pour purger la terre d'une hérésie infecte.
Weber voit dans cet avatâra ou dans cette descente une in-
fluence manichéenne ou gnostico-chrétienne. Je crois qu'il a
raison.
Je ne veux d'autre preuve de la faible veine héroïque
qui animait le corps des Bauddhas, que leur création d'une
royauté mitoyenne dans les rangs des Dchainas, qui sont des
Bouddhistes d'un âge postérieur à Hiouen-thsang, des Boud-
dhistes qui adoptent la loi des castes pour échapper à la
destruction dont leurs frères étaient tombés victimes. Ce
nouveau Bouddha, qui se donne spécialement la gloire du
nom de Dchina ou de victorieux, a beau enflammer une nou-
velle caste à son service, dont le métier est le port des armes,
il ne triomphe de rien ou de peu de chose. Les rois dchai-
nas du Décan sont aussi peu guerriers que les rois bauddhas
du nord de l'Inde. Ils sont plus scrupuleux encore en face
du sang humain; car ils ne voudraient pas même tuer une
mouche par excès de philanthropie, redoutant de frapper
une âme humaine qui en eût revêtu le corps. On sait la
passion des riches marchands de la secte des Dchainas pour
les hôpitaux qu'ils fondent en faveur de toutes sortes d'ani-
maux et même en faveur de toutes sortes d'insectes.
Nous avons vu fleurir les Shaivas du temps de Hiouen-
thsang. Us se ruent sur les Bauddhas avec une fureur qui
trahit leur origine sauvage. Une nouvelle secte se forme
néanmoins dans leurs rangs, une secte contemporaine de
l'époque des Dchainas; je veux parler des Laingas , qui
adoptent le phallus pour leur emblème. Rien de plus bizarre
que la combinaison de leurs doctrines et que la pratique de
leurs théories. On les croirait licencieux, ils ne le sont en
aucune façon. C'est un compromis étrange entre la foi boud-
516 DÉCEMBRE 1857.
tiques et sacerdotaux, sans éléments philosophiques, sens
principe de dialectique el de Métaphysique. Il» possèdent,
en revanche . das éléments éthiques et , par conséquent , juri-
diques et politiques. Caat dans ce dernier sens et pour las
subordonner à leur Brahma que las Brahmanes las ont exploi-
tés, qu'ils ont essayé de devenir par eut . autant que possible,
les maîtres dn gouvernement ainsi que de l'administration
de la justice.
Voilà donc ces deux grande Éléments dont se composa leur
Brahma. L'élément érya pur est celui du Brahmanaspati,
du dieu du foyer daa Àryae. Caat le Brahma domestique, la
(.nhaspeti, le père de Camille , tel qu'il se m* ni leste dans le
GârUpmtjmk. le feu du foyer, et dans «accompagnement daa
deux autres sans. L élément anaiaVja . celui qui a civilisé las
Âryas, leur a été apporté par lea Cépbènes; car Tvaschtar
est la para commun des deux familles ennemies, ancêtres da
l'espèce humaine.
Lea Bhrigotts . lea adorateurs da Varouna . d* Asoura . d'Or-
maad, lui ont toujours rendu hommage; mais las Angiras
l'ont asservi et combattu jusqu'à ce que las Dcéhsaanai la
relevassent de aa rlécaéancs Cependant on la tient dans
l'abaissement chat las sectes da l'Inde. Quoiqu'elles soient
Shondras d'origine, on las a positivement privées da ce
Tvaschtar sons son ancienne (orme, et pour cause; car il (al-
lait leur enlever leur grand dieu, la principe de leur (orna
sociale. en les courbent sous «ne loi de servitude. On l'a rem-
placé pour eux par un Rendra védique . transformé an Shivs .
et par un Vtschnou védique, devenu un maître bienveillant .
sous la figure d'un Armiâra Puis on a rendu la Tvaschtar
aux Shoùdras. mais sons la forme d'un serf, da l'ouvrier qui
travaille au profit des dieux Shiva et Vischnou. La grand
flieu , que les Brahmanes ont scientifiquenient identifié à leur
Brahma même, joue le rôle d'un atepau chat tons les Shai-
vas et surtout chex tous les Vaischnàvas. Cest ainsi que le
même dieu . qui est au fond le demiourgos des Brahmanes ,
le grand architecte . l'ouvrier des mondes , se trouve placé à la
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 517
tête de la caste des Shoûdras comme l'architecte servile qui
bâtit les cités célestes et les cités terrestres , les lempîes et
les palais de Shiva et de Vischnou. Il est notoirement au ser-
vice de Krischna, pour lequel il fonde la cité de Dvârakâ,
sur les ruines de l'antique Kousha-sthâlî des Céphènes, c'est-
à-dire de la cité dont il fut naguère le maître.
Voici maintenant ce qui est arrivé à ce Brahmâ dans le
système du Bouddha tel que Hiouen-thsang nous le révèle. Il
est placé à la droite du Bouddha, dans la suprême ascension
du Bouddha aux cieux, comme Indra est placé à sa gauche,
chacun d'eux remplissant des services de courtisan et des
fonctions de chambellan auprès de la personne du Bouddha.
Brahmà lui érige une pyramide ou un Stoûpa à droite, et
Indra une pyramide ou un Stoûpa à gauche, pour renfermer
les reliques mortelles du Bouddha. Il tient constamment une
place centrale entre ses deux serviteurs, soit dans sa sépul-
ture, soit dans son ascension. Il monte entre le Brahmaloka
à droite et le Indraloka à gauche, avant d'entrer dans son
nirvânam, avant de s'éclipser.
Ceci nous fait comprendre toute la politique du boud-
dhisme à l'égard delà vieille foi de la caste brahmanique et à
l'égard de la vieille foi de la caste des Kchatriyas. Il n'avait
pas intérêt à les mépriser ni à les avilir. Il voulait les hono-
rer et les respecter, mais il voulait les tenir dans une posi-
tion subalterne. Il voulait se créer par là des prosélytes en
foule dans les rangs des Brahmanes aussi bien que dans ceux
des Kchatriyas.
XVI.
De l'indra tel qu'il figure dans le bouddhisme du temps de Hiouen-thsang.
La conduite toute spéciale du bouddhisme, tel que Hiouen-
thsang nous le révèle, est bien plus curieuse encore dans ses
rapports avec le dieu Indra, comme père des Kchatriyas,
qu'en ses rapports avec le dieu Brahmâ, comme père des
518 DÉCEMBRE 1857.
car le» Brahmane» étaient le» ennemi» du bond-
en bloc et le» Kchatriya» forent ao nombre de n»
plu» ancien» partisans. Ans», voici ce qui arrive. Le Bouddha
s'attribue sur plusieurs point» le» acte» de l'Iodra, q
transforme on abaorbo ainsi on sa personne. Il le pouvait
d'autant plu» aisément, qu'lndrs était un dieu goeirioi et
non pa» l'ouvrier des mondai II existe des hymnes du Véde .
il est vrai, mais il» sont en très-petit nombre, où il usurpe
sur le Tvascbtar et sur Varouoa ; ce n'est là toutefois qu'une
première tentative, et elle ne tire pas à conséquence, Le»
kcliati iya» l'adorent comme dieu dos dieu» , comme roi de»
deux . le prototype du roi des rois, d'un empereur àrya ter-
restre. D n'est pas pins le i resta m dn monde à leur» yeoi
que ne le fut le Zens olympien pour les Hellènes, le Jupiter
faniloli— i pour les Latins, le VVodan guerrier pour le» Gev>
mains. Ces dieu» de l'ère bér oigne sonnent on dieu antérieur
et le plongent complètement dans l'ombre; c'est ce dieo-ls
qui est le véritable ouvrier des monde»
L'Indre que le Bouddha absorbe est le Skytmà; c'est
Ylmdra-fmmco*. qui dérobe l'ambrossie an Gandharvs.ou à
Tvaschtar. Associé à Afais. 3 se nourrit de la victime et
devient son propre pootiss on mangeant la victime. Agni»
victime. Or le Bouddha abolit tout holocauste et le remplau
par la Ckmnté. il s'offre pour le kspotab et devient le victime
à m pince. Alors Agnès et Indre lui rendent hnmmagn et
s'eftacent devant lui; rbolocauste des viens temps est aboli
en Csveur de la charité de l'époque nouvelle.
L'autre Indre , celui qui n'est pas absorbé par le Bouddha .
est l'empereur do» deux . le serviteur rospotlnco* du Bond
dha. Le Bouddha ne pouvait pa» s'attribuer le caractère de
cet empereur, comme il avait pu «'attribuer celui du faucon
et do pigeon . ou celui du sacrilicateur et de la victime.
MEMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 519
XVII.
Du Shiva de l'époque de Hiouen-thsang.
Dieux populaires , dieux shoùdras , dieux aussi d'un certain
nombre de familles kchatriyas et brahmaniques, les dieux
Roudra et Shiva étaient très-puissants à l'époque de la nais-
sance du bouddhisme. Us dominaient à Benarès ou à Kashi
la grande université des Brahmanes, où Shiva avait élu son
domicile, et ils régnaient encore dans plusieurs portions de
l'Inde himàlayenne, ainsi que dans les contrées de l'Occi-
dent. Les Râdchapoutras adoraient le Mayoûra, le fds du
dieu, le paon guerrier, l'oiseau de la Héré de Samos, qui y
figure comme une vraie Pârvati. Le dieu guerrier, l'Arès de
l'Inde, reçoit ailleurs le coq ou le koukkoutah pour symbole.
C'est absolument la même idée.
Partout où cela se peut , et par acte de conciliation , le
Bouddha cherche à se maintenir en rapport d'amitié avec le
Shiva et avec son fils le Mayoûra, et il n'est hostile que là où
les Brahmanes exploitent la secte shivaïte contre le boud-
dhisme en particulier.
Nous arrivons à cette foule de Larves et de Lémures qui se
rencontrent dans le cortège du Shiva , comme Roudra et comme
Kapâlabhrît, porteur d'un crâne. Le bouddhisme s'accommode
parfaitement de ces Bhoutas et de ces Pishâtchas , de ces fils
de la nuit et de l'abîme , qui sont radicalement étrangers au
culte d^s Pitarah ou des Mânes, culte complètement opposé
à l'idée de l'émancipation bouddhiste, puisque c'était le
culte des aïeux du peuple de 1ère védique, que les Brah-
manes prétendaient exclusivement continuer dans leurs fa-
milles. Partout où ils se rencontrent, dans le Vindhya et
dans l'Himalaya, au Décan , au Népal, au Tibet, ces Larves,-
ces Lémures sont les dieux des peuplades foulées. Ce sont les
Génies de leurs ancêtres, ce sont les déshérités de leurs
cieux. Le bouddhisme s'accommode , en général , de toutes
les superstitions populaires.
MO DÉCEMBRE 1857.
C e»t là r*ide minent un grand Irait de ressemblance avec
Épicure. qui croit aux spectre* et aui fantôme», à toute» la*
vision» de l'esprit, mais qui ne croit paa aux dieux et qui
adore dea homme», c'eat-à-dire dea sage» qui aoot le» ance-
«curieo», et notammeot Épicure et Démoerite en
l'antique Leocippe, etc. Non paa que le» Boad-
dluatea, que le» épicurien», etc. y voient de» ImmoritU;
cence». de» ombres, de» appamuom, de* idée», le* évoquant
dan» la p entée »eule et se leur appliquant d'existence réelle
que dan» le* fantaisie» de l'esprit humain. C'eat dan» ce een»
que le» Beoddhat adoptent toute» les aupentitioo» populaire*
comme le» épscarieas. qu'il» croient à loo» le» coota» de
vieille femme, il est vrai qu'a» lean: enlèvent en
leur substance.
XVIII.
De fhniian Inim à —tuf— en pomr mlUmmr ta vavaga 0»
Je tiens de déblayer le terrain »ur plneienri notai» de
l'antiquité indienne qui ae rattachent i l'état da bouddhisme
tel que liiourn tbsang non» l'expose. Je compte eotrapeeodr»
une suite de travaux indépoadenli aar ce sujet important .
qui aboutiront au bouddhisme de Hiooen-theang, comme
il* y prendront leur point de départ. C'est le meilleur moyea
de faire valoir le livre de M. Stanislas Julien que de J'accep-
ter. en quelque sorte . comme le pied métrique pour prendre
la mesure de quelque» reohoTcsSo» bsaloriqaa» aar ce même
pied ; je ne le» croi» pas aaaa importance pour la juste ap-
préciation du bouddhisme.
Je m'occuperai ainsi graduellement de» antécédente de»
dieux Indra et Brahmâ . de ceux de Rondra t comme do maie»
le» forme* du sbivaisme, et je terminerai me* recherche»
par un travail spécial »ur le ' i^'iBMF"*1 dea caravane» de la
Sérique , ainsi que sur le mouvement commercial de la vieille
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 521
Inde. On y discutera des formes de culte intéressantes pour
l'histoire des mœurs de l'antiquité, et la question des fon
dations de temples qui se lient aux rapports du commerce.
C'est dans ce sens que je vais tracer une esquisse préa-
lable des groupes de faits que j'aurai successivement à exa-
miner.
XIX.
De l'Indra des Bauddhas comme d'un sujet d'études dans ses rapports
avec le Bouddhisme.
Indra se présente d'abord, comme nous l'avons dit, sous
la figure védique du Shyena ou du faucon , comme Agnis ,
son associé, sous la figure non moins védique du Kapota ou
du pigeon. Le Shyena est le type du sacrificateur et le Ka-
pota est celui de la victime. Ils se présentent devant le roi
Shibi , qui joue un rôle dans le Véda comme roi sacrifica-
teur, et ils le mettent à l'épreuve. Shibi veut sauver le pigeon
de la poursuite du faucon ; mais le faucon est destiné à s'ali-
menter de la chair du pigeon, et en lui enlevant sa proie, le
roi lui fait un tort irréparable. Tel est le conte imaginé par
les auteurs de la fable indienne , qui se trouve contenue
dans le Mahâbhâratam sous plusieurs formes. Shibi rachète
l'animal en s' offrant lui-même en holocauste au dieu , qui se
révèle alors comme tentateur, aussi bien qu' Agnis, son col-
lègue. H refuse naturellement cette offre. Le Bouddha s'at-
tribue le rôle du roi dans le récit de Hiouen-thsang, de
même qu'il s'attribue , en fait , le double rôle du faucon et
du pigeon. Nous savons déjà dans quelle intention religieuse
et sociale.
Rien de plus curieux que de suivre les transformations
de la mythologie védique dans le cours des âges. A l'époque
la plus reculée , le faucon et le pigeon étaient deux types ,
deux figures et probablement deux hiéroglyphes , passés dans
les Mantras ou les hymnes des Aryas. Employés originelle-
ment dans le langage des Céphènes , communiqués aux Bhrî-
SU UEC.fcMHKt 1857
gous per les Gendharvas , leur» maître*, ils étaient descendu*
de ce* fils et de ces disciple» deTvaschtar ans fila el aux dis-
ciples d'un Yrihaspati ou d'un Rrahmsnaspati.
\ mi enauite an tempe on on types «I ces figures n'exis-
taient plus sous leur forme védique, où ils n'avaient plus
cours que dans la tradition des Brahmanes. Le faucon et le
pigeon devinrent alors le sujet d'une légende qui se rapporte ,
du reste, à un roi de IVpoque védique. (Menée*, vol. I. Vm-
nm-pmrrm. lib. III . TinkmjétrA^mrrmntShjfmaiapotfyê. adhy.
i3o. i3i . p. 586. S87. — hlmkdkh. vol. IV; Awkàuuu,
pmrvm. lib. Mil ;Shj wa inif -difrêas .adhy. 3a. p. 7a, 78.)
Cette légende revêt une antre forme. Le rot est remplacé
par le LomUkakmk on le tb Miser des bois (le UUmkoi.
l'homme du iéur). D'abord il s'agissait de la tenUtion d'un
roi. il s'agissait d'épi ou ver an piété envers les dieux, lu gran-
deur de son dévouement royal et pontifical Ensuite il s'agit
d'un chasseur qui appartient 4 la caste la plus méprisée dm
habitants des bois, et I s'agit de m conversion, comment il
renom a à son mérier mnvaga un pénétrant dans les flammes
du sacrifice. (Jaunes*, vol. Dit SaéWenre*. lib Ml
ails Lalsftaéa Stmuidt. adhy. 1 63 109. p. 558.56a.)
Sain le Bouddha s'empare d'un sujet familier et l'inter-
prête dans le «ne de m doctrine, revêtant, comme nous
l'avons vu, le caractère du pantin et de la victime. Que de
sicdc*. que de r*ve4 niions dumnm ai éio^
et la dernière de on rédactions!
Si je voulais plaisanter, je retrou» mais une dernière mé-
tamorphose de h sable jusque dans celle dm deux pigeons
qui s'aimaient d'un amour si tendre chm le bon Lafontaine ;
car c'nt exactement l'élégie amoureuse du pigeon et de la
colombe, telle qu'on la lit dans ce chapitre du Muhâbhé-
ratam où le Loubdhika remplace le faucon . et où le pigeon
va se dévouer pour n fameHe.
Le /ira de la légende est ensuite a considérer. Htonen
thsang (p. 137) le place dans YOmdrém on dans le royaume
du Jardin . qui lait partie de l'Afgtianistan oriental. Le Poe-
MÉMOIRE SUR HIOUEN THSANG, ETC. 523
kue-ki (chap. ix, p. 64, 65) lui assigne à peu près la même
localité dans le voisinage des Gândhârâh; c'est la Suastène
des géographes de 1ère macédonienne.
Ce pays porte encore un autre nom, celui d' Oushî-nara ,
car il est habité par les Oashi-narâh ou par les hommes du
désir. Shibi, leur roi, est connu sous le nom patronymique
(ÏAushînarah. Oushanas, ou celui qui désire, est un nom du
pontife des Bhrïgous, qui joue un des plus grands rôles
dans les hymnes du Véda. Cet Oushanas correspond , littéra-
lement de nom et mylhiquement de fait , à un dieu germa-
nique du nom de Wunsch, identique à un dieu Scandinave
du nom à'Osk ou Oskr (Oscar); dieu erotique, dieu du dé-
sir, sur lequel Grimm s'est savamment expliqué dans son
Histoire de la mythologie allemande.
Les Ouskî-narâh ou les hommes du désir forment le cor-
tège de ce dieu et les Oushînarâni ou les femmes du désir
sont les compagnes d'une Ouskik, qui est évidemment leur
déesse. Ces dernières se reproduisent dans les Wunschwei-
ber de la mythologie germanique et dans les Oskmeyar de
la mythologie Scandinave, sur lesquelles il est également
utile de consulter l'ouvrage de Grimm.
Le peuple auquel appartiennent ce dieu erotique et cette
déesse qui s'en rapproche par le nom et par l'esprit, ce
peuple est de la race des Bhrïgous. Les Siboi des géographes
de l'ère macédonienne sont les sujets du roi Shibi, comme
il est anciennement écrit dans le style du Véda, tandis qu'il
s'appelle Shivi dans le Mahâbhâratam; chez Hiouen-thsang
il est connu sous le nom de Shivika. Ce peuple s'est avancé
dans le Madhyadesha , comme d'autres tribus de la vieille
Arya brahmanique des régions de l'Occident. (Voyez Lassen,
Ind. Alt. vol. I , p. 55a , note i ; p. 589 , 5oo ; vol. II , p. 1 68. )
XX.
Suite.
L' Indra-serpent dont parle Hiouen-thsang nous est tout à
514 DÉCEMBRE 1857.
tait inconnu. Noue ronnaiiions bien an usurpateur du rang
d'Indra, le roi védique Nakouacha. qui n'eal. an fend, que
nbMM m- nu- | .! I lu- nui..' r.s.t pliiM.ur» MM «l«m 1«*
Veda . en joignant à osa noms le suffixe »ka. Ainsi , nous avons
afanou et llanoo-sha. on l'homme qui pensa. Pourou et
Pourou-sha . on l bomme qui ae multiplie; Nabou et Nabou-
sha, on l'homme vêtu d'un habit causa (de nmk, coudre,
lier), ou également têtu d'une auiiaau (asaaVae), l'homme
captif d'un vêtement, lui qui allait origmairement au.
Dans les rangs opposes aux Àryaa il y a (comme noua le
verrons bientôt) l'homme brun, le Rapi ou le Kapuha.
qui correspond A un Cercops ou à un Cécrops, ou à un Cy«
dops. De toutes eus figures de l'homme, il n'y eu a qu'une
seule qui veut se ûùre datai* qui se fait proclamer roi du
Gel et de la Terre, selon lu légende épique, qui détrône
l'autre Indra et ae lait nommer Indra à se place, qui se fait
porter sur Im épaules des autrm hommes et qui tombe enfin
maudite sur la terre, sous le figure du serpent.
Il n'y a pas d'autre Indra qui me soit encore apparu sous
la figura du serpent dans août ce que j'ai i eue outré dans les
légendes épiques. Dana le Véda. e'est Indra qui cotnbr
serpent sur tout et event lent.
Cependant les lornndm tp'tifflfica dastinjroent entre Im
mauvais serpents. Im ennemis des rtouamas (le Nahaseh de
l'Écriture). 11 se peut qu'Indra ait été quelque part, mais
cela doit être alors dans une Cable très-subalterne, un de
ces serpents-là. Quoi qu'il en soit de le bête , l'india serpent
de Uiouen-thsang est le pendent du Bouddha qui «'offre en
aliment pour sauver la vie d'un autre sous le figure du roi
Shivi. C'est ainsi , si nous devons croira ce que Hiouenlhsang
nous rapporte de lui , qu'Indra se lait ssrpmt de ferre et asr»
eaul t—m, et cela pour sauver lea peuples de l'Oudyâna et
du Gàndharéh précédemment cités. Offrant son corps de ser-
pent en aliment, il les arrache A la Jésus* qui les accablait,
à la assis qui les dévorait, et à la mort qui les enlevait l< I
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 525
nous tenons la clef de cette fable , et nous pouvons pénétrer
le mystère qui nous en voilait le sens intime.
Dans le Véda, Indra combat le serpent, le Ahi, qui est la
cause.de la sécheresse et, par suite, de la. famine, de la mala-
die, de la mort. Ce serpent embrase l'atmosphère de ses feux ,
enveloppant la cime des montagnes et empêchant le nuage
de crever, d'abreuver les troupeaux et de féconder les champs
des Aryas. 11 est en même temps le type dune royauté et
d'un sacerdoce des Céphènes , adorateurs de dieux-serpents,
Kâdraveyas ou serpents eux-mêmes. Ce sont les Shoûdras,
les Kadrosiens ou les Gédrosiens. Il protège ses propres sujets
sur le territoire de Y Ahi-thschatram , c'est-à-dire sous le para-
sol du dragon , à Y ombre de sa puissance tutélaire , qui les ga-
rantit de la morsure du serpent dans les rages de la cani-
cule. Mais il n'est pas si bien intentionné pour les Aryas,
pour les ennemis de son peuple, qu'il mord et qu'il pique à
plaisij.
En frappant ce serpent, en le précipitant des cieux, Indra
ouvre de nouveau la source de l'abondance pour les Aryas.
Le serpent mort tombe sur la terre d'abord, et roule ensuite
dans les flots de l'Indus avec le cadavre de la déesse qui l'a
mis au monde. La mère et le fils, quittant les régions célestes
et terrestres, nettoient ainsi le ciel et la terre, enlèvent les
péchés des dieux et des hommes , et les entraînent tous par
les embouchures de l'Indus au sein de l'Océan. Or s'il y a
un Indra-serpent quelque part dans la légende indienne, il
est évident qu'il repose sur une identification légendaire du
meurtrier et de la victime , du dieu vengeur qui frappe le ser-
pent de terre, qui le lance du ciel sur la terre, et du dieu
purificateur qui roule le serpent de l'eau, qui entraîne ses
débris du côté de l'Océan. C'est ainsi que le serpent devient
aussi utile, ausssi secourable à l'Arya par sa mort, qu'il lui
avait été funeste durant sa vie.
Tel doit être le sens de cet Indra double serpent, l'un de
terre et l'autre d'eau, de cet Indra qui nourrit volontaire-
mentles peuples affamés de l'Oudyâna et du Gândhârâh de sa
x. 35
MO DÉCEMBRE 1*57
ckatr de ttrfaU . cl qui le» arrache ainsi aux horreurs de la
famine, de la pestilence, de la mort.
Ce miracle s'opère dan» on lirtha ou un lieu sacre île pèle
rinage, qui en revêt le titre de Smr^mmtekmdkx i. de terptmt
média** ou de strpemtrtmed*. Qui ne songerait aussitôt à As
Uépios. le dieu de la médecine, dont le bâton sauveur eat
entouré d'un serpent, qui a pour nra bisons le serpent, ssu
veur de la maladie et de la mort )
Or voici les rapports qui se rencontrent dans la concep-
tion d'un dieu Asllépios et d'un dieu Indra, quoiqu'il» n'aient
rien de commun dans l'apparence. C'est qu'Asklépios eat le
lit» d'Apollon, c'est qu'Apollon tue la mère et le fils comme
Indra tue la mère e4 le fila, c'est qu'Apollon frappe la Pytho
et le Python, le serpent et la femelle dn serpent. Le mot
l'oûtak correspond en sanscrit aux moto grecs Pylkô et Pylkâm .
Ce mot offre un doohiesen». U indique l'infection ptirtéU, le
peeafrar.qui en est la suite; il exprime le péché, dont le aer-
pent est la figure an physique comme an moral. U désigne
également la pmrtfemttcm et oa qui en est la suite, la pareai.
comme si l'on disait Ïùd*mrd*$tumi9té. par contracte de IV
odeur. 1a purification se prenant comme la pureté, et dans
le sens physique et deaa le sens moral ; car le corps pur on
purifié est l'emblème de rime pore ou purifiée dans la litur-
gie sacrée de toute» las races ârya». comme de toutes les
races indo-européennes.
Du reste . la racine eed m retrouve iailistinitsanonl dans
le» langues de tons cm pan pies, et cela également dan» le
double sens que nous venons d'indigner. Elle y forme dm
mots dont les uns doivent s'entendra dans le sens de la pu-
reté , et les autres dans celui de l'impureté.
Askiépto», le dieu qui a U serpent sauveur pour sym-
bole, le dieu qui est le fils du lueur du serpent de l'impo-
reté, est donc, en quelque sotie, le serpent lui-même, à la
îacon d'Indra . tel que nous venons de l'expliquer. Indra est
PotUa Kratou . parce qu'il a rendu l'holocauste amr, en le dé-
gageant dm étreintes du serpent, et Apollon est Priâtes à
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 527
l'autel de la Pythie, qui s'élève sur le fondement de la rési-
dence de la Pythô ou de la mère du dragon que le dieu a
mis à mort. Voilà comment Indra et Apollon peuvent être
considérés, indirectement il est vrai, comme des dieux méde-
cins , Indra à Sarp-auschadhi , comme Apollon au temple de
Delphes.
Le lieu où Indra réside comme serpent d'eau s'appelle
Souma dans le récit de Hiouen-thsang ; or Soâma est, en
sanscrit, une désignation de la mer lactée, en style védique
de la nuée bienfaisante qui , en crevant , en foudroyant le
serpent, imbibe la terre de torrents de lait et de miel, cette
eau étant à la fois douce, fécondante et guérissante.
Le récit de Hiouen-thsang, qui se trouve aux pages i3y et
1 38 , est également corroboré par le Foe-kue-ki , comme dans
la légende du roi Shivi, qui, ainsi que nous l'avons dit, se
présente dans les mêmes lieux.
xxr.
Suite.
Rien de plus curieux que le rapport du Bouddha et des
dieux serpents ou des Nâgas. Les Nâgas expriment la mytho-
logie populaire de la race brune ou de la race céphène qui
en porte le nom. Us sont les dieux des laboureurs, qui se re-
gardent comme autochthones. De ce point de vue, ils rap-
pellent les cultes latins et les cultes pélasgiques de la vieille
Italie et de la vieille Grèce , domaines d'un peuple de culti-
vateurs de souche ârya ou indo-européenne, d'un peuple
instruit, comme le furent les laboureurs âryas de la vieille
Inde et de la vieille Bactriane , par une race brune qui a eu
les prémices de la culture et de la civilisation d'une portion
de l'Asie centrale dans les vieux âges du monde.
Il y eut un temps où les maîtres, qui étaient de la race
des Nâgas, ont dû opprimer leurs disciples, qui étaient de la
race des Bhrïgous , où ils ont dû faire peser sur eux un rude
esclavage. Il y eut aussi un temps où les Bhrïgous secouèrent
35.
518 DÉCEMBRE 1857.
leur» chaîne*, les brisant sur la tète des Nagea. C'était
jours du Trita, comme l'appelle le Véda, et du Traetona.
comme dit le Zendavesta . du Trita qui est devenu le i
doùn de l'épopée persane.
Il y eut une troisième époque , «Ile de la conquête d'une
nouvelle souche des Àryas. de la souche guerrière et hé-
roïque qui usurpa sur les Bhrigous, qui eflaca la splendeur
de leur Trita. parce que Us Bhrigous avaient adopté des
portions de la foi des Gandbarvas , des fils de Tvaschtar, et
que le Tvaschtar était l'auteur du dragon. Les Bhrigous
avaient reconnu la divinité de Tvaschtar sans la subordon-
ner à Varouna. leur propre «Ben. Il est vrai qu'ils ont atin
boé à Varouna la iréation do monde, mais dans un tout
autre esprit que celui qui se manifeste dans le dieu Tvaschtar
comme auteur du monde. Le symbole de l'alliance entre
Tvaschtar el les Bhrigous se rencontre dans l'union de la
fille dn Tvaschtar et du pontife Vivasvat, et dans la nais-
sance de Vaivasvata (tfanou ou Yama). le père des Mano-
vidrs ou des Vaivasvatides . qui furent le produit de cette
union.
Je ne fais ici qu'effleurer ce sujet, en me proposant de le
traiter ailleurs et a fond Cest à MM. Roth et Kuhu qu'ap-
partient l'honneur d'avoir pris l'initiative de ces études.
Indra, le dieu de U souche des Àryas conquérants, frappe
donc le serpent; mais en frappant le serpent il commet aussi
un meurtre èrdaauctaV ; car le serpent est le fils du Tvasch-
tar, et il est un pontife. Le Véda et La poésie épique enseignent
ce que les mythes d'Apollon et d'Héraclès enseignent en pa-
reille matière. U faut toujours txpter U tang sers*' par une
ttrvitmd* mommUmméê, ce sang eût-il été celui du mt'ckant ou
de Y impie. Qui n'est pas frappé, è ce sujet, de la malédic-
tion que Dieu fait peser sur les meurtriers de Gain dans les
récits de ls Genèse, et sur l'application que Lantech veut
en faire par rapport a lui-même? Or Cain et Lamech sont
eux-mêmes des méchants, des meurtriers. En les frappât
on empiète sur les droits de Dieu , et quoique la loi du ta-
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 529
lion soit une loi du monde antique , il faut encore que celui
qui se venge dans sa propre cause soit puni et soit purifié, le
tout pour empêcher une extermination à l'infini.
Les Nâgas de la Sérique, du Belour, de l'Afghanistan, du
Kashmir, du pays de Taxila, de l'Ahi-thschatram, ou de
l'Ahi-kschetra dans le Madhyadesha , etc. sont les débris
d'une race de Shoûdras anciennement souveraine et qui ont
conservé une partie de leur indépendance en passant sous
le sceptre des Aryas mêmes. Ils étaient fort vivaces du temps
du Bouddha , comme ils étaient fort vivaces du temps
des Macédoniens : c'est ce que l'on peut voir par le témoi-
gnage des géographes de l'antiquité classique, qui nous ra-
content leur culte et leur adoration dans le pays de Taxila,
dans le Kashmir, etc. Le Bouddha est avec eux en des termes
fort singuliers, et sur lesquels j'aurai l'occasion de m'expli-
quer dans la suite des travaux indiqués. Il les combat et ils
finissent presque généralement par lui rendre hommage. Il
est d'ailleurs bon prince à l'égard des Nâgas et de leurs dieux;
en général , ce n'est pas contre les sectes populaires que les
Bauddhas déchargent leur courroux, même quand elles leur
sont hostiles. Toute leur colère tombe sur les Brahmanes,
qui sont leurs ennemis jurés, leurs adversaires par excel-
lence.
XXII.
Suite.
Nous sommes toujours encore sur le terrain de l'antique
Suaslène et de la région des Gândhârâh; car le Bouddha
nous y apparaît une autre fois encore et toujours sous le
point de vue du saint qui s'offre en holocauste pour abolir
l'holocauste et le remplacer par la pratique de la charité.
Nous voulons parler du Kchânti Rïschi , du récit de Hiouen-
thsang (p. i33), c'est-à-dire du saint qui soujfre tout, qui
endure tout, qui est un modèle de résignation et de patience.
Il est le Jin-jo-sien des Chinois « comme M. Stanislas Julien
530 DÉCEMBRE 1857.
nous l'apprend . c'est a-dire celui qui support* U komU. Pour-
quoi supporte t-il ainsi tout auront de U part dea homme»?
Parce qu'il offre son corps au Kah rédsckd , c'est-à-dire au
roi dm siècle, au roi do quatrième âge du monde, au roi de
l'âge actuel, qui est l'âge de U perversité. De Berne que le
roi Suivi coupe ses membres pour nourrir le Csucoo et sau
ver la colombe, de même que Indra . serpent de terre et ser-
pent d'eau, coupe se* membrm pow ahineoter U peupU . qui
■mul de ûum. Bouddba. en revêtant U rurure de Kchinti
ams^avuem e> ^ave» eneenanej t ot^^srmm^mwimmM^^ s ^^ • • ^* » w^eawet • ^m n^ps. »•• w *ew em>umsmssnnm>
Rïschi. coupe ses membres et les offre s ce roi affamé, évi-
pour triompher du siéde et pour su changer le
Wlll
Nous voyons Indra qui figure dans un hymne do Véda
comme allié dn Kmpt . du Cercope. do «ose son vieil ennemi ,
avec lequel il contrante mm alliance. Elis s'établit sous la
ferme dune adoption. Or on dm noms d'Indra est celui
d'Ardjouna. et celui-ci est également son fils. U doit être on
fils d'adoption et le Kapi même, car Ardjouna est Aasi-
dkvadcko. c'est-à-dire qu'il a le singe pour bannière , pour
symbole, pour emblème.
Le Kapi est le dieu de plusieurs régions de l'Inde et de
l'Afghanistan, on même temps qu'il est l'autochthone de cm
lieux , qu'il est l'homme fcrea par excellence U réaide dans U
Kapi-tha qui se trouve dans le voisinage d'Aht-Kchetra (ail-
murs et plus anciennement Akttkckmtrmm). on dans la ré-
gion placée sous Is parasol , c'cet-è-dire sous 1a tutelle du
dragon (p. 337039). Kapitkm est pour kaptttka [Sanskrit
Wàrterkmck. vol. II. p. 6*. A. ».) et identique à JapMsànW
lak, à la région des kapischtbalah . dont parie Panini (Mil
3, 91 ; II, A, 69) et qu'il cite comme Bkrmsekta- Kàpitcha-
Idk ou KâpUcktkaldk , c'est-a-dire comme eVcaas de leur rang
et de leur autorité, comme ricin», dépravés, comme ayant
perdu leurs dieux, le séjour 4m esssx. toute chose qoe ce
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 531
mot bhraschta implique. Ils sont connus d'Arrien (Indic.
IV, 8) sous le nom de Kambi-stholoi.
Nous nous trouvons ici en face d'une branche importante
de cette grande race des Céphènes ou des Ethiopiens orien-
taux, qui se rattache évidemment aux. Céphènes de la région
de Kapisha et de la cité de ce nom que Cyrus détruisit dans
la contrée de Kapishayana ou de la Capisène. Elle refleurit
plus tard, du temps de Hiouen-lhsang, qui est plein de sa
gloire-, mais elle ne fut plus qu'un souvenir du temps d'Al-
birouni, comme nous le savons par le docte travail de
M. Reinaud sur cette matière.
Il s'agit du Kaboul des modernes , de la cité et du pays
des Kabolitœ de Ptolémée, de la patrie d'un Kapi, d'un
Kapi-lah, d'un Kapi-shah mythique, qui fut un Kerkops, un
Képheus, un primordial Céphène , qui fut de la race de ces
Ethiopiens de l'Orient, du premier peuple de culture d'un
monde antique, d'un monde anté-ârya, d'un monde anté-
sémitique. Ce que les Kapis, les hommes bruns, typique-
ment les singes (indigènes du Lamgham et de la Suastènc,
comme du pays des Gândhârâh) furent pour les Gédrosiens ,
les Coushites, les Céphènes, les Éthiopiens de l'Orient, c'est-
à-dire un peuple des bois, devenu plus tard un peuple la-
boureur, les Maroutah le furent pour les Aryas, les Marou-
tah, fils de Roudra, le dieu des bois; de là l'assimilation
légendaire du Kapi et du Marout dans le Râmâyanam , quoique
le Kapi soit le père des Shoûdras, tandis que le Marout est
le père des Aryas.
D n'y a pas de singes dans tout le Tibet, ni dans le petit
Tibet ou le Baltistan, ni dans le moyen Tibet ou le Lahdak.,
ni dans le grand Tibet ou le pays de Lassa , pas davantage
dans la région des Sifans et aux extrémités de la mer du Ko-
konor, contrées où s'étendit la race tibétaine dès la nuit la
plus reculée des âges. Or tous ces peuples se disent des-
cendre, et cela sans exception, depuis le Balti jusqu'au Si-
fan, se disent descendre d'un dieu ou d'un demi-dieu qui
eut la figure d'un Cercops , d'un singe ; preuve , selon moi , in
tt* V1BKE 1857.
faillible de la grande influence que le Kapi mythique, que
le Kapi originel du Kapitha exerça, dan» la nuit des âges,
»ur ces barbares, qu'il exploita en les pliant sous sa domina-
tion ; mais sur lesquels il exerça une influence civilisatrice
telle que pouvaient la recevoir cet fils perdus d'un père cé-
Les rapports du Bouddha et du
sur un vaste territoire, et demandent aae étude spéciale
le singe typique et bieiogljphique. auquel
avoir le loisir de
- Nous armons à l'indra . secourante au Bouddha sons la
ligure d'un ères rat Mme. type sons lequel Hiouen-thsang
nom le révèle dans a— trèi curicuee légende.
Ce rat nous tel inconnu dans les légendes d'Indre, quoi-
qu'il soit très-connu deae les légendes de Skanda ou Soo-
brahmanya. qui est le Ares des Brahmanes et que ceux<i
opposent, comme nous Pavons vu, à l'Indre des Kcbatriyas,
à leur dieu de la guerre deae le grand conflit dee Kchatny as
et des Brahmanes. Voyons cependant ai nous ne trouvai ions
pas le fil qui rattache le véritable Indre à ce rat sauveur.
Toutefois, j'avertis d'avance que ce fil est d'une ténuité es*
trente, et qu'il faut, pour le découvrir, s'enfoncer dans la
recherche mythique dee eflets et des censés.
Le rat s'appelle Âkkom comme animal avatar ei/oaoynr,
c'est-à-dire dans ses rapports avec un monde toulerrwn. Indra
est invoqué comme AkkmmjmU dans le Véda (Sàmm. eu/tare
prmp. I. initia a. S 5. efct a; %• VIII. 17. ia; Nirwktm.
III. 10. éd. Ho th.). On t'invoque, oh Àkhemlala ! . Âkkmm-
dota prukàyuM, est-il dit dans les panegei cités. Indra fait
sauter la ans* comme il fait sauter la assumas» , et toujours
dans le but de faire jaillir l'eau, soit de la nuée, soit de
dessous terre.
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 533
Il existe une importante légende sur un roi Kou.sh.ika,
c'est-à-dire sur un roi mythique qui appartient à l'ethnos de
ce nom et qui devient un Vasou , lorsque Indra se fait son
allié, qu'il lui prête son char, d1où il tire le surnom d'Oujoa-
ritchari, du roi qui se promène dans les airs. Il est le sujet
de quelques légendes très-importantes du Mahâbhâratam ,
citées par Lassen dans son grand ouvrage.
Ce roi est un roi fossoyeur et canalisateur, et voilà com-
ment il arrive à cet emploi de ses forces.
Il est d'abord précipité des cieux par la malédiction des
Rïschis et il tombe au fond d'une caverne , dont il sort comme
un vrai Akhandala par le concours d'Indra son protecteur,
perçant le mont pour opérer la canalisation d'une partie du
Doab de la Yamounâ. Le vrai fond de cette légende ne m'oc-
cupe pas ici , je ne fais que prendre note d'une de ses cir-
constances.
Il y a en tout ceci , en dehors de ce qui concerne la cana-
lisation et, par suite, la culture du sol, un antique rapport
du dieu rat et du monde chthonien des laboureurs de l'anti-
quité céphène et, par contre-coup, d'une partie de la plus
vieille race des laboureurs âryas et indo-européens ; nous al-
lons en dire quelques mots.
Or il faut savoir, pour l'entente de cet ensemble de choses ,
que les Bhrïgous morts remontent aux cieux dans le monde
des pères ou des ancêtres de leur race , dans le monde d'un
Yama céleste , qui reçoit dans sa demeure les descendants
des Vaivasvatides. Roth en a suffisamment et Irès-brillam-
ment traité. D'autres Aryas, une portion des laboureurs nom-
mément, ont leur paradis sous terre, comme les Nâgas, dans
la région d'un Ploutos ou d'un Ploutôn, dans la demeure
des richesses souterraines. Ainsi dans les religions des Pé-
lasges et des Latins, ainsi dans le culte d'Eleusis. C'est la
demeure d'un Yama comme roi des morts dans un monde
chthonien ou souterrain, par contraste d'un Yama comme
roi des pères dans un monde céleste. La tradition baclro-
persane traite ce Yimâ du monde chthonien (car elle donne
534 DÉCEMBRE 1857
le nom de Yimà au Varna dea Brahmane») . elle le kl
dis-je. de déchu, par oppoaition avec le £a»s*Ua on le Y i mi
Immùmx. C'est le roi de i'osxêr». comme l'autre est le roi de
la Immièrt. 11 est pour ainsi dire un Adam qui est devenu .
comme laboureur, le aujet de la mort, comme l'Adam qui
cultivait le jardin avait été le roi de la vie terrestre.
Nous voyons le rat jouer un rôle très-actif dans le nulle
dm Mânes on dm Lares chca les Polaages de la Grèce et de
I Uk Nl<" M • mssi MM ■ !»«•/ !«•■> hUmn-iir* A" I i BJmj >i>
donne Italie latine. I. '.Idikamla du Mahébhiratam . m I
curieux qui renferme toutes les légendm du culte des Nàfras
de la vieille Inde, contient aussi, dans le portion dont M. Pa-
vie a donné mm sicellanla tnwlnction. l'histoire de deux
époux du nom de IfcaWm^Airon. c'est à-dire rbistoire du
stems et de la vsrt/J*. do Crmim et de le Grmui (Grma), car
c'est le même mot. Le Dscliaratkàroo était le aaamis par ex-
cellence, on le Yàyè—rêk. le meilleur dm nomade*. Il ne
pouvait s'arrêter nulle part , il ne pouvait fonder nulle part
Errant ainsi à travers le monde . il arriva un jour dans la
eWure du Comekmmi. D y entra dans une cussrae. ou il mi
Ira Yàyd-rmrdk, les nomades ses ancêtres, ayant tous le tête
empêchés d'y tomber par une corde fragile doot un gros rat.
habitant de la caverne, rongeait le bout Ses ancêtres l'ins-
truisirent du sujet de leur effroi. Ils allaient descendre du
ciel de leurs siens, ib allaient m précipiter dans IHsdes.
parce que leur dsscsndsnt courait le monde, ne voulant m
fimtr dans aucun lieu , ne voulant pas m marier, ne voulant
pu fonder de famille ; une fois marié et établi, a offrirait
dm holocaustes, il sacrifierait eus mines de ses situ et il
les rétablirait ainsi dans leur céleste rlameo».
Dscharatkiron épouse In somme de son nom , qui appar-
tenait à la race des Nagas ou dm serpent». 11 devint donc
laboureur et cessa d'être nomade. Ils eurent pour 61» Ântkak,
le pontife de» serpents, de Is race eblhonienne. et qui les
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 535
sauva de la destruction. Nous sommes ici en face de la lé-
gende patronymique du pays des Graikoi et des Illyriens. Le
vieux Kadmos et la vieille Harmonia (le Graikos et la Graix)
quittent les régions de l'Orient et arrivent dans les contrées
du Couchant. Ils se transforment en serpents , en habitants
des régions chthoniennes, après avoir engendré un fds, Hly-
rios, qui rachète le peuple illyrien des serpents, les Enché-
léens, qui les sauve de la destruction dont les menaçaient
leurs ennemis, et qui gouverne ainsi leur empire. (Apollo-
dor. lib. III, cap. v, S 4-)
Le rat est donc un animal chthonien , une hiéroglyphe de
la même nature que le serpent. Voici comment il figure
dans la légende du Bouddha racontée par Hiouen-thsang,
et la circonstance dans laquelle Indra revêtit cette figure.
Le Bouddha était au début de sa carrière , il lui importait
donc de ne pas souiller sa robe virginale. Or c'est ce que
prétendait faire une méchante femme, une Brâhmanâ, dis-
ciple fanatique des Brahmanes, ennemis du Bouddha. Elle
ne rougissait pas d'avouer sa honte , et pour confondre le
Bouddha , elle se disait enceinte de ses œuvres. S'étant placé
une écaelle sur le ventre, elle se présenta devant l'assem-
blée de ses auditeurs pour ébranler leur foi. Des doutes
s' élevant ainsi partout autour de la personne du Bouddha,
Indra vint à son secours et prit la figure du rat ; il coupa de
ses dents le cordon qui retenait l'écuelle. La terre trembla ,
s'entrouvrit, et la femme coupable fut précipitée dans YA-
vîtschi, le plus bas des enfers, où tout mouvement s'arrête,
où il n'y a plus de vagues , où il n'y a plus d'onde de l'exis-
tence qui rebondisse et donne signe de vie. (P. 3o3.)
Indra, sous la figure du rat, est au véritable Indra ce
qu'Apollon Smintheus, ou Apollon sous la figure du rat, est
au véritable Apollon. Le vrai Apollon n'est pas plus un Smin-
theus que le vrai Indra n'est un Akhou; on ne les a rattachés
qu'indirectement et sous de certains rapports au symbole
d'un dieu qui appartient au monde inférieur, qui ronge lejil
de la vie, parce que l'archer Apollon frappe et blesse ses en-
III DÉCEMBRE 1857.
uemis connue l'archer Indra , et qu'il les précipite do faite
de leur grandeur. On le voit, ils te rapportent ao type do
rat comme iU se rapportent ao type du serpent. Ces! ainsi
que nous avoos appris à connaître les dans divinités dont il
s'agit dans leur rapport avec un Asklèpioe , ou un serpent
médecin , un serpent sauveur qui guérit de la moriure do
serpent destructeur.
Le dieu rat rssl est le dieu des Sboùdms, en leur qualité
d'un peuple de mineurs de la montagne et d'agriculteurs des
vallées et de la plaine. Nous le rencontrons dans le Sérique
des anciens, au pays de Hnoteo et dans les déserts qui se
trouvent dans le voisinage de l'oasis de Khoten. Cest ainsi
qu'on lit une légands sur les rets secourabtes, qui rongent
durant la nuit les armes et les cuirasses de I* armée enne-
mie et sauvent le peuple laboureur qui les adore, légende
rapportée au long dans l'Histoire de la ville de Khoten, pu-
bliée par II. Abd-Rémusat (p. 47 &o). Cest ce qui se Ht
littéralement encore cbea Hérodote ( hV II . ) . a
propos du roi pootUb Setnon , qui est l'adorateur de Pblha.
Ce dieu, qui a pour symbole le rat. est le vrai sauveur de
Setnon et du mena peuple des ouvriers et des laboureurs,
prés cri sa de la foreur do roi d'Assyrie par le rat qui ronge
les cuirs et les cordes des armures et des arcs de l'armée
ennemie. Pareille chose est dite du dieu Smmtheus, dans
l'Asie Mineure , lorsque Teukros y débarque avec son armée.
(Straboo. XIII. d. 1 .Serv. Commml. md jEm. lib. I. v. 38;
lib. 111. v. 106, etc.) Je crois le type du rat amené de la
Sérique et dea régions de l'Asie centrale; c'est le pays de
leur rassemblement, le pays d'où ils éasigrenl par troupes
en parcourant des espaces iimninm. Ils causent de grands
dommages, sont redoutés et pour cela invoques par les le-
boureurs comme agents des divinités cbthonicnnes , afin
d'écarter leur courroux. Cest évidemment un des plus vieux
types , que je compte examiner pins à fond dans ra suite de
mes recherches.
Le Bouddha venait d'échapper ainsi su plus grand des
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 537
dangers par le secours du rat. Il allait se rendre à Shra-
vasti pour y prêcher, pour la première fois, clans le jardin
Anâtha-pindikah , quand les Brahmanes lui tendirent des em-
bûches pour détruire sa réputation naissante.
XXV.
Suite.
Indra figure , dans le Véda , comme oiseau Knpindchala ,
et c'est encore là un vieux type que la légende bouddhiste
a accaparé à sa manière.
Les Brâhmanas , qui font partie du Véda, traitent au long,
et à plusieurs reprises, l'histoire du meurtre commis par
Indra sur le fils du Tvaschtar, sur le Ahi dahaka, sous la
figure de Vishvaroûpa, du serpent à trois têtes. C'est une
légende très-curieuse, très à part, car c'est une forme toute
particulière donnée au combat d'Indra, du bienfaiteur des
Aryas en sa qualité de destructeur du serpent , qu'il détrôna
de son empire des trois mondes. On se demande aussitôt :
d'où vient-il que le dieu hostile à tous les Aryas sans excep-
tion , que ce dieu combattu par Trita ou Traitana ( Thraetôna
ou Feridoun) du temps des Bhrïgous, combattu par Indra
du temps des Angiras, soit revêtu tout à coup dans le Véda
même, du moins en quelques hymnes, d'un caractère parti-
culièrement sacré ou sacerdotal ?
Nous avons observé déjà que le Tvaschtar, le père du ser-
pent , est aussi le dieu qui a instruit les Bhrïgous ; nous avons
dit de plus qu'il y avait des Aryas laboureurs et autres , qui
avaient embrassé le culte des divinités chthoniennes , tout en
les modifiant , tout en les accommodant au génie de leur
race; nous avons ajouté que Indra, le dieu des Angiras,
combattait ces Aryas en combattant en même temps le ser-
pent. De là le brâhmicide attribué à Indra; de là la nécessité
pour lui de se purifier du meurtre, son servage temporaire,
sa dégradation momentanée. L'épopée en prend acte pour lui
substituer un nouvel Indra, ce Nabouschah dont nous avons
précédemment parlé et qui, précipité à son tour des deux,
rampe sur la terre comme serpent, tandis que le vrai Indra .
suffisamment purifié, réoecope à son tour la trône céleste.
Ce n'est pat le moment de poursuivre les traita de cette
légende dan» le Véda et dans l'épopée indienne, d'eu I
quer les phases et les tranaformatiom. Nom noua arrêtons
sur ce point unique où le ïïmmirhah joue un rôle.
Dana le Véda. Indra asservit le Tvaschtar; Zeus asservit
de même Hépbestos ai le force à forger les Cars dont Prosaé
Usée est enlacé; Proméihée. qui n'est qu'Hépbcstos sont une
autre forme; Proméihée, déchu comme homme, tendit que
Hépbestos est déchu comme dieu. C'est ainsi qu'Indra . nnj
a combauu le Tvaschtar, le forée à forger la fondre dont le
dragon est frappé. Or ce dragon est le fils <lu Tvaschtar
dans la légende védique oomnsedans le légende baetrienne
car le fils du Tvaschtar est l'Ahi dahaia (l'Aâdahak. le Z*
hak, l'AsIvage ou l'Asdehel) eux trois corps. Dans 1e lé-
sjende épique. Indra oblige nu Taàchake. un pontife dea
bois, un charpentier portier de la hoche, un lootatour du
Tvaschtar • abattre d'un coup de la hache sacrée les trois tètes
du fils de Tvaschtar. déjà frappé par la fondre d'Indra. Trois
espèces d'oiseaux sortent do ces trois lotos, trois espèces do
perdrix . et de ce noeahre sont les Kiniodahollh. Ces oi*
seaux sont les âmes ailées qui s'éiancant immortelles du corps
de la victime mortelle.
J'ai montré ailleurs (dons mon travail sor les légendes
brahmaniques qui a paru dans le Journal asiatique de 1 856)
que les principaux traits de cette légende se rencontrent
dans la Grèce et l'Asie Mineure sons diverses formes; que
le Takchaka de l'épopée indienne et le Tvaschtar du Véda y
paraissent dans les caractères du roi Térée et du charpen-
tier Polvtechnos. etc. et que les cas eaux s'y retrouvent éga-
lement, à part les variantes neenhrenses. lobes qu'elles sont
propres à tons les sujets mythiques sono exception. Je m'y
réfere, sauf à revenir au fond du sujet sons une autre forme.
MÉMOIRE SUR HIOLEN-THSANG, ETC. 539
Selon le récit de Hiouen-thsang (p. 335-337), c'est le
Bouddha qui revêt le caractère d'Indra-Kapindchala dans la
cité de Koushi-nagara. Il y figure comme Kapindchaîa-râd-
schah, ou comme roi des perdreaux de l'espèce des franco-
lins. Voici à quelle occasion.
Agni, le dieu du feu, dévorait des forêts entières, et me-
naçait l'univers d'une conflagration générale. Un perdreau
de l'espèce des francolins ( c'est ici le Bouddha) but l'eau
d'un torrent à pleines gorgées et s'y humecta les ailes , pour
éteindre le feu avec l'eau renfermée dans son bec et avec les
battements de ses ailes. Indra fut charmé de cette œuvre gé-
néreuse, quoique impuissante, et joignant ses deux mains en
creux, les remplit à tel point qu'il éteignit la flamme. C'est
encore ici une morale toute nouvelle tirée d'une légende an-
tique, c'est encore ici la métamorphose d'un mythe dans
une fable populaire ; car ce que le francolin tente de faire
ici, Garouda l'accomplit sous une autre forme et dans un
autre esprit, et cela dans une légende que nous lisons dans
YAdiparva du Mahâbhâratam, très-curieuse collection d'une
foule d'antiques légendes.
Garouda s'est chargé d'enlever l'ambroisie au ciel d'Indra,
comme Indra l'avait enlevée, précédemment, au ciel de
Tvaschtar ou du Gandharva. Jadis les Gandharvâh, les ar-
chers et les fils du Tvaschtar gardaient l'ambroisie et cher-
chaient à empêcher le Shyenah de s'en emparer; les Devâh,
les soldats d'Indra , du Devâh des Devâh gardent maintenant
l'ambroisie à leur tour, afin d'empêcher le Garouda ou l'aigle
de s'en emparer. Pourquoi cette ardeur de l'aigle à dépouil-
ler le faucon? C'est que l'aigle , type de Vischnou, et tombé
avec sa mère dans la servitude des serpents, avait obtenu
des serpents la promesse de sa délivrance , ainsi que la li-
berté de sa mère , s'il allait leur procurer l'ambroisie.
Mais Indra est aux aguets ; le dieu du feu allume autour
de la coupe du nectar un vaste incendie , pour qu'il ne soit
pas possible à l'aigle de s'en approcher. Celui-ci dessèche les
eaux, en buvant un grand nombre de rivières , et en éteignant
540 DÉCEMBRE 1857.
le» forces d'Agnis. il pénétra, sous une moindre forme . dans
le lieu où l'ambroisie restait sous la garde de deux dragons
célestes. Les ayant aveuglés par la po assiéra qu'il ramasse
par le vent de ses siles, il dérobe la coupe et prend la fuite
avec l'ambroisie. Indra le poursuivit de sa foudre, mais ce rot
en vain ; car s'il parvenait a frapper une des ailes do voleur,
il en renaissait une nouvelle qui prenait aussitôt la figura
d'un nouveau Garouda.
On le voit , c'est absolument le mythe da ces deux co-
lombes qui vont chercher (voler) l'ambroisie aux sources de
l'Océan pour l'spporter à Zens, qui s'en nourrit; mais des
deux colombes qui sont en roule, l'une périt toujours . parce
que son aile est brisée dans la partage des Planètes; usa
nouvelle colombe est aussitôt créée pour remplacer l'autre.
Sans nous occuper ici de la lutte d'Indra et de Garouda ,
ou de leur accord final . j'insiste sur l'analogie de la légende
du Garouda et du kapindchala qui éteignent égalassent un
incendie de la même manière et dans la même but; mais
le sens mythique est absolument perdu dans le récit de
Hiouen-thssng et la Cible des Bauddhas; il a été remplacé
par un sans tout nouveau Bouddha se fait petit oiseau pour
ans signer la grandeur du faible, qui apporte son contingent
en faveur de la cause du l'espèce humaine. do feibl.
faut pas apprécier a la valeur de sa forée physique, mais
qu'il faut estimer s la grandeur da m força morale.
La légende da Garouda se lit, du reste, dans le 3a et le
33 edhyàyah de YÂuikm Pmnm. Smmpmn*. p. S*. 55.
*xvi.
Il existe d'autres rapports encore entra l' Indra et le Bouddha
qu Une sera possible de bien classer et de bien déterminer que
oar les progrès de nos connaissances sur l'immense champ
de la mythologie indienne. C'est ainsi qoe nous rencontrons
Indra, dans le Magadba (p. 67a). sous une forme tout s
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 541
fait inattendue , dans le costume d'un serf, sous la ligure d'un
moissonneur. Ces prétendus déguisements des dieux, expé-
dients des mythographes compilateurs, comme Apollodore,
comme les auteurs de Pourânas , etc. ne sont rien moins que
des déguisements dans leur réalité même. Un dieu qui pa-
raît sous le costume du serf est le dieu qui expie le meurtre,
tel qu'Apollon dans plus d'une légende , tel qu'Héraclès dans
plusieurs autres, et tel qu'Odin,qui se manifeste, comme
Indra, dans la qualité d'un faucheur. Portant une botte
d'herbe sur l'épaule, il la remet au Bouddha, qui l'en avait
prié, ce qui revient à dire que le Bouddha s'était chargé,
ici encore, de la tâche humble et abaissée qu'Indra avait
été obligé d'accepter. Il est très-évident que les Bauddhas
n'ont pas connu le sens du mythe; ils n'y ont vu que le fait
d'une humilité extrême , comme ils ont vu, dans des mythes
analogues , des faits de charité, ou encore des applications
morales. C'est que les Bauddhas sont à l'aulre extrémité du
pôle de l'antiquité mythique, dont ils ignorent absolument
l'esprit, radicalement éteint du reste durant l'ère du Boud-
dha, environ six siècles avant l'ère chrétienne.
Odin est malfaiteur ou Bôl-verkr sous le costume du fau-
cheur; et pourquoi est-il malfaiteur? C'est qu'il lui est arrivé
ce qui est arrivé à Jason dans Aia Colchis, à Kadmos dans le
champ de Thèbes. Chacun sait que ces deux héros y avaient
semé les dents du dragon , les dents de la discorde, à part
les variations des deux mythes. Chacun sait qu'il était sorti
de ce blé, issu dans le champ d'Ares, du dieu de la guerre,
une moisson de Spartoi , de gens semés avec les dents du
dragon, qui reviennent fréquemment dans les bràhmanas
du Véda, où ils paraissent comme les dieux anciens, les
Asourâh, les dieux des Bhrîgous, et comme les dieux nou-
veaux, les Devâh, les dieux des Angiras, qui se combattent ,
sparddhanta, de spridh, spardh, «combattre.» Ces SparloiAk
sont les Sprïdhah ou Sparddhah des hymnes du Véda, le vrai
prototype des Spartiates. Or ce sont des Spartoi, des fau-
cheurs de ce genre qu'Odin avait enflammés les uns contre
x. 36
142 «EMBHE )ft&7.
les autre»; ils s étaient mutuellement détruits Odin fut
obligé de servir leur nseltre à son tour, de datonjf bûcheur
à son tour, et de faire leur ouvrage durent tout le tempe de
son abeissement. de son expiation, de sa captivité. Voici
comaaent il se dégagea de aea Cars. Il gli
dans un trou où le maitre tenait cachée la boisson
le nectar, l'ambroisie, et . après lavoir bue sous la forme du
■eunanj |ajnj I. Boadj dhlummmH 'I l'eBtenl san Innpy
rée sons la ugnre de l'aigla. Il fat poursuivi , dans m faite,
comme le faucon ravisseur de la même boisson, oneami
l'aigle ou le Garouda. comme la eolombe. aevquels j'ai déjà
fait allusioo.
Cette légende d Odin se lit dans Brmfmmtémr, 58 (£aUs
Seèvre Slmrtmtommr. vol. I. Havue*. i848. p. a 1901b) Il s
dû y avoir un rapport originel antre Indra
esar et Indra comme Sbyena , on Vtschnou <
Ib volent l'ambroiaie de la maniera indsauéa. et se
1 q en meurtre, eosonunent comme AnoUoo, eoaaase
■me Héraclès, après avoir tué le dragon, le sym-
bole d'un pontife suapchthooe. os qui les oblige à se cacher.
à servir sons mat humble oondstion. Ou/ert. marnera d'un
curions système da mythologie primitive, bien coinmmi de
toutes tas raemâryas et iadn saronéonass. et qni appartient à
l'Asie ma Irai s, leur patrie rvmmmnsa. Noue en voyons sapai ei .
an quelque sorte . la dernier somme sur Us lèvre» d'un boud-
dhisme bégayant, vieillard «Tira monde païen très-avancé, et
lui retombe, tans en avoir la conscience, dans une sorte
d enssnee , où il reprend l«* langage de quelques mythes sons
la forme de paraboles.
XXMI
Sam.
Voici une nouvelle légende où la Bouddha se rencontre
encore avec Indra d'une meon toute spéciale (p. 478), et
dans la même localité du Ifagadha Elle nous montra le
MÉMOIRE SUR HIOUEN -THS ANC, ETC. 543
Bouddha, qui est tour à tour dans le sec et dans Yhumide, II
a besoin d'un bain, et Indra crée obligeamment un lac pour
lui procurer ce bain. Il s'agit de l'Indra du Véda, du pen-
dant d'un Zeus Nephel-âgereta, d'un Zeus qui rassemble les
nuages, qui fait pleuvoir, forme des lacs et grossit des ri-
vières comme Indra. C'est le Zeus Ombrios, le Zeus Hyétios;
c'est le dieu du Nabhas, de YAbhram [Y Ombrios); c'est,
comme je l'ai dit, le tueur du serpent, l'Indra du Véda. Il
ouvre la nuée comme un entonnoir; il crève, comme Héra-
clès, le tonneau du Gandharva ou du Kentaure; il grise la
terre des torrents d'une pluie fécondante.
11 y a un rapport intime entre le Bouddha qui a besoin
d'un bain, et pour lequel Indra crée un lac, entre ce Boud-
dha qui fait, au fond, comme Indra, et le Bouddha qui sort
du bain, et auquel Indra rend les vêtements, qu'il a eu la
bonté d'étendre sur les arbres et les rochers pour les faire
sécher au soleil. Quand l'orage est iini , quand Indra a mis
une fin à la domination du démon de la sécheresse qui tour-
mentait les Aryas, le dieu fait resplendir de nouveau le so-
leil, il fait sécher les vêtements du ciel et de la terre; car,
dans le langage sacré des hymnes, le ciel et la terre (rodasî,
ceux qui pleurent ensemble , qui gémissent et se lamentent
ensemble), reçoivent le nom de shitschau, de vêlements, du
manteau céleste et de la robe terrestre, conjointement
mouillés et aspergés, conjointement sèches au même soleil.
Il est dit du Dakcha, du pontife cosmique qui revêt les cos-
tumes du ciel et de la terre après l'orage : Ubhe sitschau
yatate. (Rigveda, édit. Rosen, liv. I, hymne, xcv, shl. 7,
p. îgô.) t II revêt avec zèle les deux vêtements, les attirant
à soi avec véhémence. »
Le sens mythique de ces expressions du Véda resta lettre
close pour les Bauddhas , qui désertaient les écoles des gram-
mairiens et des commentateurs brahmaniques , où ils eussent
pu l'apprendre, et qui s'adressaient au peuple, chez lequel
le langage des mythes avait passé dans une foule de contes,
du genre des Mabinogion chez les Celtes, etc.
30".
Mi M « I Mil: l
\\\lll
Nuilr
Il faut encore avoir recour» aux concoptiont du Véda pour
retrouver le rapport de l'Indre avec le Bonddha tons une
nouvelle ferme. Indra r*t le dieu de la nuée; il foudroie le
démon de la nuée, celui qui a'eet lanfcuné dan» le aein de
la nuée, qui l'empêche de produire «on enfant . le jeune dieu
de la pluie . le vent qui soupire dana le aein de la nuée, l'em-
bryon du feu que le «ruoujt retient confiné dana le aein ma
Dan» le langage épique, cette Népnélé amei captive s'ap
pelle la Din . par le oontrmto d'un* Héré libre . d'une Aétu
La />/i lignifie la émtét ; car elle cet agglomérée sou» diverses
tonne*; et ï'Adtti veut dire l'unique, FmaVeùaeei; car «Hé
n cet pm morcelée, comme i entre, en groupée de nuées
distincte»; die eat nn eâr frai» et pur. elle cet on étber mn»
bornée. Or cette Dit» eat le prototype de Ufmumt itrr$$tr§.
dont le ventre eat gonlé et ballonné quand elle porte a»
it dan» «on aem . oppelé pour cela on Dttym . on Dm-
loctérânromont un Ikutym. Il eat donc le fcrtua d'une
l*Cnir^e5t 90mmHm4M9 OaMM e^éje\ GOteTm'tlIt?*) , Q tmam9 amwt
qui acconcbe dana le mng; son fil* naît également déchiré,
à la mite d'nn>eeVni»mmi naturel. Le» dieux dm Bhrlgou»
•ont le» A iityàk . le» indivinme». nnimnt d'une AJtt, . d'un
eapace lumineux, indivwbie et indivise, aortant d un fond
Un entre nom dm Bhrigou». Ditym an premier étage de
leur existence . «et mini de Mmromtmk , de moHtb. Il» août le»
noneYueaa , le» fil» de nomdrm , du dieu qui e Irarv , qui as la-
amu», et qui eat loi même l'embryon do le nuée, le génie du
vent qui hurle dan» la tempête. Or Indra, le dieu dm Angi-
ra», se substituant à Koudra comme il se substitue à Va-
rouna. entre dans la nuée, déchire le sein maternel de le
l>iti comme mère des Maroutah. Il y pénétre dans l'atome-
MEMOIRE SUK I1IOUEN THS ANC. , ETC. 545
phere pendant l'orage , comme il entre sur terre dans le sein
des femmes en couches. Le Marout naît dans l'atmosphère
comme sur la terre; il y naît par la suite d'un foudroiement.
Indra le précipite en dehors du sein de la mère , le lance
violemment par terre, d'où le nom de Tchyavanah, du tombé,
du précipité, donné à cet enfant tombé, comme Héphestos,
du haut des cieux. Ce nom est donné à Bhrîgou , soit comme
fils de la nuée, soit comme fils du Bhrîgou, du pontife
terrestre.
C'est ainsi que le péché de la conception charnelle est
brûlé et expié dans le sein maternel et dans l'enfant, qui naît
avec le péché héréditaire. En naissant, son Père céleste
l'adopte comme son Père terrestre; car il le relève de sa
chute et le porte autour de la flamme du foyer, brûlant ainsi
son péché et purifiant ses membres.
La légende de la naissance des Maroutah par suite d'un
foudroiement se lit dans une dernière, curieuse et belle
relation du Râmâyanam , édition de Gorresio. ( Garbhabh.edu ,
Adikânde , h'f sarga, vol. l,p. 196-198.) L'accouchement
de la femme terrestre sur le type de la Diti atmosphé-
rique se trouve dans les brâhmanas du Véda, entre autres
dans le Garbha brâhmanam, ou le brâhmanam de la concep-
tion de l'embrvon et de la naissance de l'enfant. ( Vrïhad
âranyakam, aschtamasya tschaturtham brâhmanam , édit. de Cal-
cutta, p. 1075-1092.) 11 faut y distinguer surtout le passage
suivant, où il est question de la descente du dieu vengeur
dans le sein de la mère , du foudroiement qu'il y opère , pa-
reil au foudroiement du Dionysos quand il sort du sein de
la Sémélé. C'est une allocution faite à la mère au moment
où elle accouche :
Evâle (jarbha edschalu sah-âvaitu dscharâyunâ
Jndrasy-âyam vaOchrah krïtah s-ârgalah su parishrayah
Tarn Indra nirdschahi gurbhena s-âvarâm suh-eli.
«Que ce fœtus s'agite et se mette en mouvement, qu'il
descende par l'utérus [dscharâyou , littéralement, par l'or-
546 DÉCEMBRE IH57
apnedeUtieiitesse.de la maladie . de l'inurnùte . l'homme
aortâal de l'utérus poar vieillir «I pour moarir ). La rare*
a été frite pour être la roafa d'Indra ( snafchma eet rente.
fomàrt, or/irai; armé de la foudre, déchirant la mère, la
purifiant par la tourmente, il précipite IVnfant. La foudre
ou la colère du dieu est à la fois «a châtiment et ou ins-
trument de réhabilitation). Cette s*Jm est le verrou (q-
dra brise comme Zeu» briae le verrou de l'appartement de
Sémélé. où il entre avec la foudre au moment où elle doit
accoucher de Dionysos). Celle tarna est un aeile (pan
ikntymk. parce qu'elle protège l'embryon, quoiqu'il y toit
captif) Indra le frappe pour qu'il il ■ rends par en bat au
moyen de l'utérus •
En uexceent, l'homme contracte une «Vite qui lui consti-
tueun mmagmmmt . limm , et cette dette, il l'a contractée par
»utte d'une eeehje ou d'une /mm dont il n'est pas l'auteur,
mate avec liqucBs il eet né dam le aem sastcmcl , par auite
de m coswaeaea même Dette et Junte. aWeir et camlm, tout
cela eet exprimé par le ton! mot riburet , d'un très-fréquent
mage daue le Véne, ut qui correspond au mol germanique
fcAaisf. dans toute retendue de la elgniicetion de ce mot
Ceat pourquoi noua lisons dans le .Hhstepetha Brin
i(7Tteara*te > iidfraarreste.edit.Wrber.vol.ll.br m
adhy. V. ». p. a*3. »ft4) :
•mm ha rau punucko mtkéymmdmm «vu . mrityor dtmand
dahâuile.
• L nomme étant né, pour ainsi dire, avec une foule et
une obligation, une coulpe et une dette à acquitter; car de
soi (c'est-à-dire aufsjitihmwl) . il naît le sujet de la mort •
Or cette obligation pour lui . c'est la piété envers deux
daases d'êtres. les dieux et ses ancêtres . et . ultérieurement .
ses obligations comme Grihastha. comme chef de fa nulle,
envers les sien», envers ses serviteurs, envers ses troupeaux.
à quoi il font joindre les Larves et Us Lémures, tes easeaux
sous le «tel et toutes les créât ores vivantes; car il eet obligé
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG. ETC. 547
de les nourrir, par l'institution brahmanique, du restant de
ses repas et de ses offrandes , après avoir eu soin d'entretenir
les dieux, les Pères ou ses ancêtres, sa famille et ses enfants
ainsi que ses serviteurs; après avoir acquitté, en outre, les
dettes de l'hospitalité envers des visiteurs et des invités.
Nous comprenons maintenant ce qui se passe à Kapila-
vastou lors de la naissance du Bouddha (p. 324). Au mo-
ment où il tombe en naissant, où il sort du ventre de sa
mère, Indra, le seigneur des dieux, le devânâm patih (comme
qui dirait Zeus ou Jupiter) , est à genoux devant la mère en
couches; elle accouche, comme on sait, debout, entre deux
irbres, se soutenant à leurs branches dans les douleurs de
l'enfantement. C'est ainsi qu'Indra aide à l'accouchement,
qu'il reçoit l'enfant respectueusement dans ses bras, et qu'il
le revêt d'un vêtement splendide.
Quelle série de révolutions n'a-t-il pas fallu, je le répète,
dans les idées de l'homme, pour que la conception origi-
nelle de l'Indra accoucheur puisse s'amoindrir de cette sorte,
et pour qu'elle puisse devenir un piédestal pour la gloire du
Bouddha !
La conception de cet accouchement de la garbhinî, ou
de la femme grosse , et de l'intervention du grand dieu des
Aryas en cette matière, rappelle, du reste, le passage de la
Genèse qui se rapporte à la sentence de punition portée par
Dieu contre la femme dans ses enfantements. (Gen. III, 16.)
XXIX.
Conclusion sur l'Indra des Bauddhas.
Nous avons dit qu'Indra ligure à gauche du Bouddha et
que Brahmà est placé à sa droite, le rang d'honneur étant
ainsi donné au dieu des pontifes sur le dieu des guerriers
Dans un arrangement systématique de l'ordre des cieux, ar
rangement qui remonte déjà à une antiquité commune aux
Aryas de l'Inde et de la Bactriane, d'où il résulte qu'il précède
leur séparation en races hostiles , les cieux se composent des
548 DÉCEMBHfc 1857.
Tntyatrtiukiu . formé* de don» Àdityàh comme génies de
l'année solaire, de huit Vasous. qui occupeol trm-certaiae-
tuent les quatre poinU cardinaux et le* espace* intermé-
diaires, et de orne ftoudras. qui se rapportent au Menas oo
au cœur humain . iiilériiin— — I agité et placé 4 la télé de*
cinq sens et de leurs cinq ot gants. A cela il saut joindre In-
dra et Predchipeti. qui gouvernent ce système, c'est 4 dire le
Dieu du ciel et le Père dm créetures vivantes, y
l'espèce humaine. (Bornouf. Ymçma. additions et <
ch. iixvu vwmii ) Du reste, il y a un grand nombre d'énu-
pts ahsolumeot le* même* ches le* Bréhmans* et les Bec-
trien* . et qne le* Brahmanes aapliquont eox même* de plu*
Indra bâtit trois escalier* dans le pays de Rapitha ( y
339), pour que le Bouddha puisée monter s ce Gel dm
trente-trois, ayant 4 se gauche Indre, comme seigneur de
rindraloka. et 4 m droite Brebmé. comme irigniur du
Brahsnslok*. tandis qu'il s'élève au-dessus d'eus et entre
eus deux. Le Gel des trente-trois, dont U lait ainsi la tonte
pacifique conquête, est cvidetmnent cocnidéré comme étant
su dessus du Ciel dlndra et du Cml de Brehmé ; il doit le*
renfermai comme les deux nsoitiés d*nn uns— ihln dont 3
offre le type.
Non» voyons Indra et Brahmé des» une attitude bien plu»
humble encore qne l'attitude précédente, toujours en lace
dn Bouddha. Ils sont, comme nous l'avons déjà dit, les
fondateurs de s lodens , de pyramide* destinées à recevoir les
ocudies et les ornements du Bouddha, se» vêtements, ses
nippes et .ses relique*, objets de vénération pour ses
ciples, témoignages de son existence terrestre, tandis mj il
est allé en personne dans le néant, comme unique séjour
d'un absolu repos, d'une entière quiétude.
De pareils stoupss sont entre autre* érigé* 4 K sauge, par
tes soins d'Indra et de Brahmé (p. aéo). Il n'en est pas tout a
fait ainsi à PouschksUvati. qui e»t la Peukela des géographe
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 549
classiques , la capitale des Gândhârâh , ou de la Peukelaotide
des compagnons d'Alexandre. Car il est dit (p. 120) qu'Indra
et Brahmâ n'y ont pas seulement construit un tombeau pour
le Bouddha , mais qu'ils y ont aussi construit leur propre
tombeau. Cela veut dire qu'Indra et Brahmâ sont pris dans
le sens d'Evhémère, selon la constante interprétation des
Bauddhas, qu'ils ne sont pas des dieux, qu'ils sont des
hommes aussi bien que le Bouddha, mais qu'inférieurs au
Bouddha, ils n'ont pas, comme lui, un Nirvânam , une apo-
théose finale. Leur tombeau rappelle celui du Zeus de l'île
de Crète, monument qui se rapportait, en principe, au dieu
chthonien , mais qui fut interprété , dans le sens du tombeau
d'un roi mortel du nom de Zeus, par les disciples d'Epicure,
suivis avidement, sur ce point, par les Pères de l'Eglise.
On voit à Canoge (p. 258), comme à Kapilavastou(p.32o),
la statue du Bouddha, placée entre les deux statues d'Indra
et de Brahmâ , qui y gardent naturellement les mêmes posi-
tions à la gauche et à la droite du Bouddha. Ces statues sont
également celles de trois hommes , et non pas de trois dieux ,
le Bouddha éclipsant les deux autres hommes par la subli-
mité de sa vie et la sainteté de ses rapports.
XXX.
Des rapports du Bouddha et du Roudra, ou du Shiva des sectes shivaïtes.
Je me résumerai brièvement sur un second travail, aussi
important que l'autre par son sujet, et que je compte faire
sur les rapports du Bouddha et du Roudra. Je l'envisagerai
d'abord sous la forme védique de Kapardin. C'est le Dscha-
tin ou le Dschatadhârah des sectes shivaïtes, le dieu des Gêtes,
qui sont les ancêtres des Lithuaniens. C'est aussi le dieu des
Chattes, qui adorent Wodan ou Odin sous la forme du IJoeltr,
c'est-à-dire sous la forme du Roudra, distingué par l'arran-
gement de sa chevelure en tresses nattées , espèce de diadème
sauvage ou de chapeau naturel occupant le haut de son front.
Je l'examinerai ensuite sous la forme sectaire de Shiva. dieu
5*o *Éi ^ HMI iH-r.
jum placide que lioudra e»t terrible, dieu qui ■
et dont le courroux eei *neisé.
Ceux d'entre les Msrootah. cens d'entre le» ancêtre» de*
Àrya» qui tont restée fidèles à Rendra, qni sont demeure*
àrya». fib et disciple» d'nn dien de le chasse, d'un Orion
qui conduisait la troope de* mort* , qui parcourait le* air»
a leur tête, et cela aux époques où le* mort» . où le* Père»
de» viens ieaep* revenaient, on il» troublaient le repos de
leur p usas» ne contre iaqueU* il* *'indifnaient, de leur pos-
térité infidèle à Houdra , de leur noitérim qni avait em-
brasée la vie dn pssteur et du laboorenr. Ces Marontab
»e sont évidemment rencontre», et se sont plus tard lié* à
race» d'homme* pin* berbère* qu'eut, aiasi que de*
racée miivegm.
Tels non» le» » oyons dan* Us nsoulâgnm. le* bois, le*
toréa» dn Paropanis* et de I A%naobUe, allié* ans Kapss. au»
( aplians» de le vie seuvsge. et finissent par s'identifier enr
plusieurs poinu. Témoin la reproduction de cm atarontah
dans leur assimilation avec le» sUpis, dn temps dm expédv
lion* mythique» de Bamatrhaodra; témoin encore l'identm-
cation du Hanoumal comme chef dm Kapis. avec le Marout
comme chef dm Maroutah.
D'autres »e sont liés avec les herdes barbares ou les hordes
iges de race tibétaine, de race finnoise, de race turque.
éAjarm ens^mmmmi *4m pavaM mi nnunla rimerai l'mmWmmmmWjslJmmmVaâanâml
* t|( • | | * • ! 1 ' !• I It i MMPI . * J 4(1* I < lîilM .111» IM IIH III
graduel des chaînes de nsontasme» de l'Himalaya . du Tibet .
du koucnloun. dans le système dm monteene» dm osons»
Belonr. du Tbian-cban ou du lionrtngh . et ftnsUmnnt dan»
le» chaîne* le* plus écartées de l'Altaï et de l'Oural.
Les race* smvaltee. embranchée» dans le» mont» V indhya
et parcourant tes rameaux de montognm dan* le* chaîne»
.lu Déean, j ont re. iifilli d'autre» débris d'une vieille lui -
inanité barbare, comme d'une vieille humanité seuvage. fcile
»e rattachait . en principe . aux nègre» de l'Océanie. mais elle
lut jrm«siV . dans le cours des âges, par les fugitif» de toute»
MÉMOIRE SUR HIOUEN-THSANG, ETC. 551
les races déshéritées des différentes parties de la terre in-
dienne, comme, en général, de tous les pays qui avaient
succombé sous les armes des Aryas.
Il en est né une foule de cultes éminemment mélangés.
Il y avait le culte d'un Apollon chasseur et d'une Artémis
chasseresse, culte âpre et sévère, comme le culte de Rou-
dra et de Roudrânî, qui sonl les plus vieilles divinités âryas
du système des Védas; il y avait le culte des Larves et des
Lémures propre aux tribus sauvages qui liguraient dans le
cortège ârya des dieux de la tempête ; il y avait des dieux cé-
phènes, des déesses céphènes d'une origine lascive et ero-
tique , dénotant une grossièreté et une licence de mœurs ,
rendues plus hideuses encore par le cortège des dieux de la
mort, qui se signalaient par un mélange de cruauté et de
volupté, tout cela dans l'esprit de la dégénération extrême
d'un très-vieux monde. Que l'on y joigne les plaintes élé-
giaques du corps des peuples céphènes, quand ils furent rui-
nés, dans le midi comme dans le centre de l'Asie , et qu'ils
y furent accablés par la conquête et la réaction des races
âryas et des races sémitiques. De là ces plaintes et ces gémis-
sements sur la mort d'un Dieu à la fleur de l'âge, sur la
mort d'un Kâma ou d'un Érôs, d'un Memnon, d'un Attès,
d'un Thammouz, d'un Adonis, etc. On pleurait en lui la
fleur d'un printemps, le germe de l'amour et de l'espérance.
On se lamentait dans le cortège de sa mère, de son épouse,
de son amante. Tous ces chants plaintifs se font entendre
dans le monde antique dès une époque reculée. Mêlés, du
reste, d'un très-grand nombre d'éléments hétérogènes, ces
accents de la vie passionnée des bois, unis aux accents la-
mentables de la misère humaine, frappent l'oreille dans le
cortège des sectes shivaïtes, comme dans les formes de toutes
les religions de la famille du shivaïsme.
Telles sont, d'un coup d'œil et à vol d'oiseau, ces sectes
auxquelles Hiouen-thsang touche, dans son récit, sous une
foule de formes.
Ici paraissent également des doctrines ascétiques d'un nou-
NI DK.EMBRE 1857.
«eau genre, ©elles qui produisent des liatUs et dos
comme dons les légende» que Lucien rapporte du
rien* travail sur la Dem Sytim. On le» reneonti
dans le pay» de Eontché (p. 3-io) . où Hiouen-lluang nous
en rend bon compte, de même qu'H nous lensuigm *ur l'an
aèdmJbfâlmnimk. des porteurs de eranes humain»
■M MH r< BÉMtMM HHÉ MM OHM Mf VMttOM fHBMPfl
I*- Q^M||-— — -...g! lonJMO attlaTt fuMàA Ml fMlift tfWiîtl li I lit* timto, IMWM1
noue referons, sur toutes ees marieras, s notre travail spé-
cial.
Baron dKckstiin
NOUVELLES il MÉLANGES
s()( Il I I \M \ I loi I
l'HLM i > \ I i;BAL DE LA SÉANCE OU 15 NOVKMBhr. i
Le prooH-verual de la dernière séance est lu . la rédaction
Il est donné lecture d'une lettre de II. le ministre de la
guerre, qui demande l'envoi des enamplaires restant» de se
souscription an Précis de Ssdi KImIiI
II. Jomard écrit pour annoncer renvoi d'un mémoire de
Mahmoud hlTcndi.
àl. Booxerant écrit pour demander à la Société la permi»
»ioo de dire, dans les séances mensuelles, quelques lecture»
de son Système Je ïmmti hmguuUqme, ou de la Pkilosopkte eu
reras dans U Iriititè univertelle. Il sera répondu a l'un
NOUVELLES ET MELANGES. 553
que la Société ne lui peut offrir ni un public , ni du temps
suffisant pour son but, et qu'il ferait mieux de faire ses lec-
tures à quoique autre société, qui remplirait mieux son at-
tente.
M. le docteur Walther Munzinger, de Berne , écrit à M. Rei-
naud que son frère Werner Munzinger, ancien membre de
la Société asiatique et élève des écoles de Paris , se trouve à
Kerem en Abyssinie; qu'il s'occupe d'un ouvrage considé-
rable sur les langues des peuples et tribus de ces pays, et
qu'il désire trouver en Europe les moyens nécessaires pour
se consacrer uniquement à la continuation et à l'élaboration
de ses recherches, qui lui ont fourni déjà des matériaux con-
sidérables. Le conseil charge le bureau de répondre à cette
lettre, et d'exprimer toutes ses sympathies pour le plan et les
efforts de M. Munzinger.
Sont présentés et admis comme membres de la Société :
MM. Haoser, professeur de mathématiques au lycée Char-
lemagne ;
Cartwright, à Paris;
Agop effendi , conseiller à l'ambassade ottomane.
M. de Rosny donne lecture d'un fragment sur les mœurs
des Aino , extrait d'ouvrages japonais.
OUVRAGES OFFERTS À LA SOCIETE.
Parle traducteur. Histoire des Berbères, par Ibn-Khaldoun .
traduction de M. le baron de Slane. Tom. III et IV. Alger,
i855 et i856, 2 vol. in-8°.
Par l'auteur. Toison d'or de la langue phénicienne, par l'abbc
F. Bourgade; 2' édit. Paris, i856, in-fol.
Par l'auteur. Address at the anniversary meeting oj the royal
(jeographical Society. London, 2 5 mai 1867, in-8°.
Par l'auteur. Cuadro sinoplico de la lengua inglesa, par
D. Vicente Alcober y Largo. Un tableau grand in -piano
colombier.
554 CEMBHE IA
Par l'auteur, litbltotkeca uroho-stcuUt , o**ia recolla di te*li
arabici che loccano la geografia. la sloria. le biogralie e la
bibliografia dclla Siblia. da Michèle Aauai. Lipeia. i855
in-8* (forl. I. II et 111).
Par l'auteur. Irnduck* Stmdu*. von Albr. Wsatn. I\
i" livraison. Berlin, 18S7, in*8\
Par l'auteur. J/i/ara, ein Beitrag tur Mylhfgawliifhte
de* Oriente, vos Frid. WiaoucauAaa. Leinog, 18S7, tn-8*
Par l'auteur. Grmmmmn frmmcau* de Uimmomd traduit» «n
armU par SotiMAX Ai-rUrulru. Paria, 1&S7. in-8\
Par l'auteur. Le floaaWaa «f U BtmÀdkitmt, par C Scbob-
ail. l'art», l8S7,ùi
Par l'auteur. Al-Kimdt von D* I l-eipiig, 1857.
in-8\
Par lea éditeur». Tnuumettomj of th» Amène** pkilmopkical
Soc-ty. Vol. XI. part. 1". Philadelphie. 18S7. in-**.
Par le* éditeur». Journal of fia AttaUc Society of lltmaal,
1857, in-8\ n* a.
Par le* éditeur». Procoodtmgi of tke Amtencan phtlotophtcal
Soeitty. Vol. VI. janv. i856. o* 55. •>
Par l'auteur. Sultd* Akmmti I Btstmllamgt mmd Vtrtrags
Urèmmdgjhr Gmèntt Bmlkmi *oa Somfyo. Fènmm 00m Siêhêa-
bùrqen. vom Jakrt 1608 dm Ckr. Zmtrotkmmma , von D. Walter
Friedr. Ad. BetiRXACia. Wien. 1857. in 8*.
Par l'auteur. MaWrre $mr télmt ac(aei dm hgmr$ uoclmtqaei
et uody*anùam*$ dam Im Grumda-Bntmjhe , ta Hollande, U Bel-
giqma *l Je Promet, par Mahmoud irrexoi. Braxeilee, i856.
in-4\
Par 1a Société. Zmbcknji dm- Dtmùcm* mioromliatliiekm
Geullsckafl. Il* vol. n' 4. Leipsig , 18&7. û>8*.
Par II. le comte Chr. Laxaturr. Collaettom de chants mmtto-
aoax armémtf ms, publiée par l'association littéraire connue *ou»
le nom de Gamar-KaUoa. Saint Pétereboorg . i856. in-8*
NOUVELLES ET MELANGES, 555
Fleurs de l'Inde, comprenant un épisode de la Ramaïde de Val-
miki et plusieurs autres poésies indoues; suivies de deux chants
arabes, etc. et d'une troisième édition de Y Orientalisme rendu clas
siqae dans la mesure de l'utile et du possible. Nancy, chez Vagner,
et Paris, chez B. Duprat, un vol. grand in-8°. Prix : 5 fr. et par la
poste, 5 fr. 5o.
Pourquoi le peuple français, à qui ce n'est assurément pas
1 esprit qui manque , est-il de tous les peuples du monde celui
qui repousse le plus longtemps les innovations utiles ? Il y aurait
là-dessus beaucoup à dire; mais, quelle qu'en soit la cause, le
fait est certain. Ce n'est jamais qu'après avoir fait le tour de
l'Europe, et quelquefois celui de l'univers , qu'une idée neuve
est pratiquement acceptée par nos concitoyens , quand même
ce serait l'un d'eux qui l'aurait mise au jour.
Ainsi , bien que ce soit d'un Français ( d'Anquetil du Per
ron) que soit venue la pensée d'étudier à fond l'antique et
véritable Orient, non plus le Levant seulement; et quoique,
depuis Jors , des hommes de premier ordre , les Silvestre de
Sacy, les Abel-Rémusat, les Chézy, les "Eugène Burnouf,
aient allumé dans Paris un foyer qui aurait dû inonder de
lumière les réalités de l'Asie, cette connaissance n'a pas pris
chez nous droit de bourgeosie; elle y est demeurée traitée
en étrangère, et laissée pour ainsi dire au lazaret; elle n'a
nullement fait pénétrer son influence dans les enseignements
de la nation. La manière étrange, par exemple, dont vien-
nent d'être expliqués ici , de presque tout le monde , les der
niers événements de l'Indoustan, a montré jusqu'à l'évidence
combien nous étions, en général, ignorants sur tout ce qui
dépasse l'horizon des paquebots de la Méditerranée : Smyrne,
Beyroutou Alexandrie.
Vulgariser tout de bon les langues et les littératures de
l'Orient, les faire entrer à la lin dans la masse des idées qui
circulent en France, voilà ce dont il est temps de s'occuper;
voilà une tâche opportune, indiquée aux travaux des hommes
qui ont le désir et la compréhension du bien public.
>;,., DÉCEMBRE 1857.
On tait m la Société asiatique • rien négligé pour entrer
largement dans cette voie. Pouvait-elle (aire plus que d'édi-
ter une collection usuelle d'auteurs orienta ui qui , imprimés
avec une traduction française, fussent vendus au même prix
que de simples classiques latins ? Eh bien ! c'e»t tout au plus
ri le public a paru frappé de ce qu'avait d'énorme une pa-
reille révolution dans les babihsdos de la librairie, et s'il a
répondu par une adhésion quelque peu vive au efforts des
avants qui se dévouaient pour lui.
Pour motiver son hésitation à recueillir les trésors
se donne la pense de lui offrir, prétendra-t-il que c'est l'as-
pect des caractères typographiques orientaux qui le bit reçu
1er encore? Eh bien! do lela moyesM échappatoires vor >
être enlevés. Voici venir un ouvrage qui ne laisse pas même
ans paressons cette mauvaise excuse.
On sait qu'il y a quatre ans (i853) doux sociétés
de province, l'académie de Stanislas à Nancy. •
impériale de Mets, émirent le vœu de voir enfin adopter,
comme seul moyen efficace de soi mer un nombre suffisant
d'orientalistes . la création . dans toutes les (acuités des lettres .
de deux chaires: lune de sanscrit, pour représenter le gronpr
dos vieilles langues Aryanea . l'autre . d'arabe littéraire, pour
représenter le groupe dee idiomes tV mitiques.
Cette proposition fut adressée au ministre de l'Instruction
publique, qui. après l'avoir reçue officiellement . la mit con-
fidanliellemont A l'étude; et, quoique rien n'ait paru encore
s'opérer, on ne saurait sffirnm sens erreur qu'elle n'ait pas
déjà bût dos progrès eseex assignés.
Néanmoins toute pensée n'est saisie qui demi , tant • i
n'est pas accompagnée d'un imminent emanl d'exécut
il était bon. par conséquent, que la question fil on non-
veau pas, un pas expérimental. L'académie de Stanislas a
compris cela ; et si l'initiative théorique est partie de son
sein, c'est de son sein aussi que sera partie l'initiative pra-
tique de l'ouvrage que vient de publier ad koe un de ses
membres , et calculé de manière a rendre possible ches noue ,
NOUVELLES ET MELANGES. 557
pour les beautés de la littérature orientale, un degré de po-
pularité auquel jamais encore elles ne sont parvenues, et
dont même, quoique à tort, on ne les juge pas susceptibles.
Fleurs de l'Inde, etc. tel est le titre d'un livre qui ren-
ferme des échantillons de poésies choisis dans le domaine des
deux chaires demandées, c'est-à-dire sanscrits et arabes. On
les y a rendus aussi abordables que faire se pouvait, en don-
nant, soit aux traductions, soit aux notes ou développements,
une forme soigneusement littéraire, soumise à tontes les con-
ditions d'un classicisme rigoureux.
De ces morceaux, le plus remarquable (un épisode de la
Ramaïde) nous est présenté à la fois en vers français et en
vers latins , car on a voulu le mettre et à l'adresse des salons
et à celle des collèges. En outre, comme il y avait des incré-
dules, qui niaient que de telles choses fussent réelles, pri-
mitives et non récemment inventées, l'écrivain a jugé utile
d'imprimer en regard le texte de Valmiki , mais en caractères
européanisés , de peur d'effaroucher les écoliers et les femmes.
Ces caractères, dont le système lui appartient1, il n'a pas
hésité à les faire graver et fondre à Nancy. A part donc la
simple paresse , le simple amour de l'ignorance , aucun pré-
texte de répulsion n'est laissé, fût-ce aux gens les plus sau-
vages et les plus récalcitrants. On leur livre, pour un écu,
un petit volume blanc, élégant, mis à la portée du lecteur
le moins docte; un volume dans lequel mille choses antiques
peuvent les intéresser, si seulement, à défaut de savoir, ils
ont de l'intelligence et du cœur.
Ernest Masson.
1 Ce n'est ni celui de Bopp , ni celui de Brockhaus , ni tout à fait non
plus celui de Chézy. Par voie d'éclectisme d'abord , et aussi par quelques
additions à lui propres, l'orientaliste lorrain s'est formé un alphabet trans-
cnptif , qui lui paraît réunir les avantages partiels de chacun des autres et
n'avoir pas leurs inconvénients.
3?
tttf DÉCEMBRE 1857
A Joomuu. or two tsaa» tsavei i* Puma, Csilss, ne by H»
bfrtBif bgi Londres, 18S7, > vol. in-8* (453 et 4)7 psges)
L'auteur est membre du service civil de Madrés ; il se mit
à voyager en i85o pour aa santé, et visita d'abord Ccylan .
où il resta peu de temps ; sa description de l'Ile est courte
et contient peu de choses nouvelles. De là il alla en Perse
par Bushire. visita Schirai. Persépohs, Ifiahan et Téhéran.
Ses remarques sur ce pays ne sont pas sans intérêt , il s'oc-
cupe peu des antiquités , et ce qu'il en dit ne nova apprend
rien ; mais sa connaissance de là langue, et l'habitude qu'il
avait acquise dans l'Inde de «'occuper de l'état de l'agr
turc et du commerce, lui donnent les moyens et la curiosité,
très-rare parmi les voyageurs en Pêne, de s'enquérir de la
condition du peuple. II trouve plus de sécurité, eu moine
«or les grandes routes, qu'il n'espérait; mais la description
qu'il fait de l'état moral, physique, industriel et agricole du
pays est des phas déplorables. Il a le mérite de donne,
noms persans «Tune grande quantité de plantes et d'objets de
tout genre, mérite considérable, car nos dictionnaires sont
irés défectueui sous ee rapport. L ouvrage est smgmserenseut
mal écrit ; mais cependant avec une sincérité et une simplicité
parfaite qui dédommagent le Isiteeu et M inspirent a dc con-
fiance entière dans la vérité dee imyraeelnni qu'H reçoit de
l'auteur.
J M.
Tes méfia Y 4*09* Km», «datée by Alaeeobt Wabsr. Part. III
Tbe Crsul&tûtra of kaiysvana. «a* eilrerts frase iKe eosaseea-
tarie» of karia and Ysdjoiladeva. ITasaiiin • H s. Berlin
TABLE DES MATIERES. 559
TABLE DES MATIERES
CONTENUES DANS LE TOME \.
MEMOIRES ET TRADUCTIONS.
Pages
Etudes sur la Grammaire védique. Chapitres Vil, VIII et IX.
(M. Régnier.) 57
Études sur la Grammaire védique. Chapitres X et XI. (M. fU:-
gnier. ) 374
Études sur la Grammaire védique. Chapitre XII. (M. Régnier.) 461
Étude sur une stèle égyptienne appartenant à la Bibliothèque
impériale. ( M. le V" Ê. de Rocgé.) Deuxième article 112
Études assyriennes. Inscription de Borsippa , relative à la res-
tauration de la Tour des langues par Nabuchodonosor.
Fin. (M. Oppert.) 168
Notice sur Khalil, fils de Caïcaldy, extraite du Dictionnaire
biographique d'Assafady, intitulé : ^LiJb <jîjJl; texte
arabe, publié, traduit et commenté par M. le l)r B. R. San-
guinetti : 227
Description historique de la ville de Kazvin, extraite du Tari-
khi-Guzidèh de Hamd-AHah Mustôfi Kazvini. (M. C. Bar-
bier de Meynard.) 257
Etude sur le Sy-yéou-tchin-tsuen, roman bouddhique chinois.
( M. Théodore Pavie. ) Deuxième article 308
Mémoires sur les contrées occidentales, traduits du sanscrit en
chinois, en l'an 648, par Hiouen-thsang, et du chinois en
français, par M. Stanislas Julien. Tome I, contenant les
livres I à VIII et une carte de l'Asie centrale. (M. le baron
d'Ecrstein. ) 475
JCO TABLE DES MATH
NOUVELLES El mm \\u S
Praeèî vrrbtl .i<- \i s<*i\cr mt.u.llr Al la BoMMM j
iroue la »4 juin 18S7
BiOMlrattoa. — Rapport nr las treveai
Oui miliijii. pndiM raoace i8ib
— Lia* de» ■■■hm iiweiMfcw. —
1 de Coanii Jiifaaiaiatrafiiia. — Rapport nr lai travail
• 1 »• I •••'»ctl ilr la N» j»!*"
.»&(. (M.J. Mo».
I MU de» ■■■hrai — iorioi étraagen. — Uate d» on» rage»
pnhné» par la SebeM > '
Pn**a verbal de la séance du lojnillei i85: 850
r.lfaniw»hyyiiiioBaiirit%iniiid»iiFawa.parM.Joa
TMilPini. ifr-S;;»** (iiimrt mpane».)
*•«• r iiibuii oVumni. • 11 r a» Jui.
2ar*Mtr«.
cannVt«<
/w JVovo f iiinuii Juriim. 1 [iililiii . A«
«cnpMl Anteoana- Pan»» aa l.ta »aea fWrna. 18871 m-V
1). — Paali \atoan aa luttai IV Cnanma
' :. ,ft&».u»**(>» pna
». laiBiif. itt»i in ft* (•« pagaa).
aan aoapir tf Aa», by Sir Jona Bo» -
« I oadrea. 18S7 ; t «al. •»-** (43i al 448 paf
tir» rnumd aa» car** ) (J.M.). — A raaàaWaa ■■■■<»« aV
Clara»; w Uod . oo iW com4 aad al taa.by Raaarl Faana».
:t n-flinU * 4o pagne. e«ocaai aie ■ or ■).—
/•aWarAtnMn «on AnWH Wsaaa Bnrin. 18V7; »•**. -
Aaooace aVa arvada» an M. J. Prnaaap. ton» «a Janmalana-
là|nana CaloatU. anaW» nalaeni iav<*.par M. 7ao»>
Rata aar la eee.afle eenioo an Sakia Ea4> Oraaaa d. Rajah
«■analialdan.-Wradla.4aWi ■jjaill4ia dam»
PrnctVverbel da la séance dn 10 octobrr 18&7 .
1 niB^MftbiaiaMdtUaHa^ ttaataaâv a» aaoba mil ^o-
■ i«>» tiH.uiti. Par», dwa Bioiraaia Doprat ^a-g* ' f . l
c»t). — SnpfdèBnnt arnrtioW «nr nfmf et fa «WiiUmcaaa lr«
arpafahaai camnaïair arnaar aa Ijrna (M. Ranuen). — Jena.
rnl WmrutUch. t ■niiignjiam «en der K. AUdaana Wav
•«aaenanen. bwarniâlat van Otto Bomuasa ood Radolpk
Rot. Vol. Il . (esaara 3i-4o. Saàal Pewaenoorg. 18S7 : » **
— Grmmwmtth àm tyntkm Jproraa aaii «rnatandiaaa Parodia
«aa aad ITaa m inaâa. Bmaiilil «nn Fr. 0n&**se. a* adttioo
Barba, 1867; gr. in-8*. mu. 176. ui» «t 63 page».
Procès-verbal de la léancr dn i3 novwnbre 1BS7 55 J
Ffaar* dr f/aaV. Neacy . 1867. - Waai a/ enaei» M ftn- ,
arasa. Londiu, 1SS7.
h IN DE LA TAlil.l
PJ
A
J5
• 5
t. 9-10
Journal asiatique
PLEASE DO NOT REMOVE
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UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY
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